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Au cœur du centre historique de Ronda, cette demeure seigneuriale du XVIIIe siècle présente des lignes classiques et sobres qui contrastent avec la créativité des sculptures de sa façade.
L'origine de la lignée des Salvatierra remonte à Vasco Martín de Salvatierra, à qui les Rois Catholiques concédèrent les maisons à l'architecture mudéjare qui occupaient jadis le site du palais construit par ses successeurs. La façade baroque citée, au style d'inspiration classique avec sa porte sous linteau encadrée d'une double colonne corinthienne géminée, compte deux corps. La partie supérieure est dotée d'un balcon en fer forgé typique de la région, dominé d'un fronton brisé marqué du blason des Salvatierra. Le fronton repose des deux côtés sur deux paires de représentations nues, telles de petites colonnes ou atlantes classiques, masculines et féminines. Les premières adoptent une position de moquerie, tirant la langue, alors que les figures féminines cachent pudiquement leur sexe. Ces sculptures sont clairement marquées d'une inspiration inca.
www.spain.info/fr/que-quieres/arte/monumentos/malaga/pala...
Arthur...
« Mon petit bouchon »….. c’est ainsi que le surnommait sa Maman… Toute la tendresse qui venait caresser ce surnom quand elle le prononçait lui faisait oublier les moqueries de ses « camarades » d’école… qui utilisaient ce même terme... mais dans leurs bouches, c’était une lame de rasoir qui venait s’enfoncer dans son cœur à chaque fois qu’ils le raillaient ainsi !
C’est à son teint jaunâtre et sa peau restée vérolée, suite à une variole mal soignée attrapée dans sa petite Enfance, qu’il devait ce sobriquet…
Une fois, il était revenu de l’école, le visage tuméfié et le corps couverts de bleus…. Mais aussi les poings en sang…. Il en avait eu marre de toujours serrer les dents et jouer les indifférents et il avait foncé dans le tas, avec toute l’énergie de son désespoir…. Désespoir qu’il avait ressenti à nouveau quand il avait vu les yeux de sa mère s’embuer de larmes pendant qu’elle le soignait…. Alors, il s’était juré de ne plus se laisser aller à la violence… en tout cas, à la violence gratuite….
Un matin, il est parti…. La veille, son regard s’était posé sur une affiche « vous avez la hargne pour vous battre, nous ferons de vous un champion »…. Sa mère n’a pas essayé de le retenir…. Elle a passé sa main dans ses cheveux…. Les a ébouriffés tendrement et tout en couvrant de baisers son visage abimé, elle a murmuré une dernière fois : « je t’aime mon petit bouchon » ….
Gagatisation habituelle : Hiiiiiii ♥
On peut passer à la suite.
Narly a beau avoir treize ans elle reste une enfant à bien des égards. De nature ultra sensible elle a très mal supporté ses premières année de collège et le lot de moquerie qui en a découlé.
Avoir l'apparence d'une petite fille, un style vestimentaire hors norme et une poitrine bien trop développée pour son âges est rarement une bonne chose...
Sa mère, qui aurait voulu que sa fille suive un cursus scolaire normal malgré ses dons de médium, du la retirer avant la fin de la cinquième, de peur qu'elle ne sombre dans une profonde dépression.
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Description
Titre : Un paysan rabroue deux garçons perchés dans un de ses arbres et qui en mangent les fruits ; dans l'encadré: le paysan se retrouve perché dans son arbre pendant que les enfants s'enfuient avec les fruits.
Auteur : Imprimerie Oberthür
Lieu de production : France - France (Ouest) - Bretagne - Ille-et-Vilaine - Rennes
Editeur/imprimeur : Imprimerie Oberthür
Date : 1914-1915
Langue des inscriptions : Français
Indexation
Type d'image : Estampe
Thème(s) : 06. Vie quotidienne - Scène de la vie quotidienne
Mot(s)-clé(s) : Paysan ; Enfant ; Jardin ; Arbre ; Grimper ; Echelle ; Chien ; Fruit ; Aliment ; Vol ; Colère ; Sac ; Fuite
Complément
Support : Papier
Technique graphique : Gravure
Hauteur en cm : 23
Largeur en cm : 15
Cote : 320165_1914-1915_1
Page/feuillet : 33
Gestion des droits :
Public Domain Mark
Cette œuvre, identifiée par Bibliothèque de Rennes - Les Champs Libres , est libre de restrictions de droits d’auteur connues
Fonds : Images
Référence : I-2012-0003278
Contenu dans : Registre
Titre : Almanach des Postes et des Télégraphes, registre 1914-1915
Auteur : Imprimerie Oberthür
L’Almanach des Postes et des Télégraphes, traditionnellement distribué par les facteurs à l'occasion des étrennes de fin d’année, est devenu incontournable. À l’origine, l’almanach est un petit livret populaire publié chaque année et comprenant, en plus d’un calendrier, des renseignements astronomiques, météorologiques, scientifiques et pratiques.
L’imprimerie Oberthür est associée à l’almanach des Postes. Elle fut la première, à partir de 1854, à imprimer à grande échelle ces almanachs postaux. Installée à Rennes, l’entreprise Oberthür est un acteur majeur de la vie industrielle de la ville aux 19 et 20e siècles.
Objet pratique, l’almanach va vite devenir un objet décoratif : la grande idée de l’almanach Oberthür, indépendamment des renseignements pratiques, réside dans l’illustration qui est proposée au recto, collée sur un carton. La vignette, relativement banale va rapidement s’effacer au profit d’une image en couleur qui envahit le recto de la page. Ainsi, chaque foyer français pouvait accrocher, chaque année, un almanach faisant office de petit tableau. Le graphisme et les thèmes représentés dans ces images illustrent les évènements contemporains et reflètent l’évolution des mentalités.
La Bibliothèque de Rennes Métropole conserve une grande partie des almanachs réalisés par l’imprimerie Oberthür. Certains d’entre eux ont été numérisés par la bibliothèque. L’occasion de découvrir ou redécouvrir en images l’histoire des almanachs Oberthür. Vous trouverez sur les tablettes rennaises les almanachs des années 1885, 1887, 1889, 1913-1914, 1914-1915 et 1924. Pour plus d'informations.
Banksy est un graffeur, peintre, artiste de rue. Il travaille sous un pseudonyme, et sa véritable identité fait l'objet de nombreuses spéculations.
C'est en terre natale que Banksy sera le plus prolifique. Plus de 80 % de ses œuvres ont été réalisées au Royaume-Uni. Londres er Bristol (que l'on croit être sa ville natale) deviendront assez naturellement ses terrains de jeu favoris.
La première grande peinture murale connue de Banksy est ‘’The mild mild west’’ qu’il réalise en 1997 sur Stokes Croft à Bristol. Elle représente un ours en peluche jetant un cocktail Molotov vers trois policiers anti-émeute. Les premières oeuvres abordent des thèmes qui n’ont jamais quitté Banksy depuis : anticonformisme, antiestablishement, pacifisme, anticapitalisme… qu’il traitera avec ironie, poésie et moquerie comme il le fait encore aujourd’hui.
Malgré son ressenti négatif à l'égard de la vente d’oeuvre d’art et ses efforts incessants pour rester indépendant face aux excès de ce marché, Banksy a dû s'avouer vaincu. Il est vrai qu'il s'est toujours opposé à la marchandisation de l’art en vendant plusieurs œuvres à un prix inférieur à celui du marché par l'intermédiaire de la société West Control. Et pourtant, avec des peintures vendues aux enchères pour des millions d'euros sur le marché secondaire, Banksy est devenu l’un des artistes les plus chers du monde, probablement sans le vouloir.
IV. Rapport de l'architecture anglaise au gardening
Si l'english garden a des traits généraux spécifiques, qu'en est-il, cependant, de l'architecture anglaise? Il est un palladianisme anglais d'une profonde originalité, celui, issu au XVIIe siècle d'Inigo Jones. Mais Sir Christopher Wren qui mourut en 1723, imposa un style classique, qui tint compte d'éléments très divers et fit preuve d'une grande originalité formelle. Ses disciples, Sir John Vanbrugh et Nicholas Hawksmoor ajoutèrent au palladianisme des éléments baroques et gothiques. Quant à James Gibbs, élève de Carlo Fontana, il se ressent de l'influence maniériste.
Le retour au palladianisme strict d'Inigo Jones s'effectua avec Colen Campbell qui publia en 1715 le premier volume du Vitruvius britannicus et conçut les premières villas néo-palladiennes (tel Mereworth Castle), et, bien sûr, avec Lord Burlington et William Kent.
Sir William Chambers fit pour le compte de la Compagnie des Indes Orientales un voyage « à la Chine », séjourna en Italie et en France, où il suivit les cours de Jacques-François Blondel à l'école des arts. de retour en Angleterre, l'architecte de la pagode de Kew ou de Somerset House fut le rival de Robert Adam dans la défense du néo-classicisme.
Citons à la fin du siècle John Nash qui dessina les splendides terrasses de Regent's Park, ou John Soane, cet architecte si original qui connut sans doute Piranèse, se lia avec Peyre et Ledoux, et dont chacun connaît la maison, transformée en musée à Londres, Lincoln's Inn fields.
Même d'un panorama aussi bref, il ressort que les liens entre architecture et gardening sont fort étroits : William Kent est celui que walpole célèbre comme « l'inventeur du nouveau style » et à l'habileté duquel il attribue « la restauration du style grec et les progrès de l'architecture ». Chambers écrivit une très célèbre Dissertation sur le jardinage de l'Orient, parue en édition bilingue dès 1772, dont nous reparlerons bientôt. Quant à Nash, il fut aussi le collaborateur de Repton, fondant avec lui le style pittoresque qu'illustre par exemple dans le célèbre Blaise hamlet aux toits de chaumes.
C'est ce qui me conduit à une question : si la dépendance de l'art des jardins à l'égard de l'architecture diminue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, jusqu'au moment où Repton réintroduit terrasses, balustrades et parterres, quelle put être l'influence du nouveau gardening sur l'architecture dite révolutionnaire?
Faisons ici une pause. Partie de l'idée de révolution (à propos du sublime, du nouveau gardening et d'un certain type d'architecture), j'ai voulu montrer que le nouveau jardin moderne, tel qu'il se définissait au milieu du XVIIIe siècle, s'opposait à l'architecture par trois aspects : inachèvement au moment d'entrer dans l'espace public, réintroduction de la nature, refus de la régularité et de la symétrie au profit d'une grande fantaisie qui ferait songer à la peinture, n'était précisément l'abandon du cadre et du point de vue unique.
Mais en quoi le gardening relève-t-il précisément du sublime, et du sublime de Burke en particulier? Ne conjugue-t-il point d'abord l'agréable à l'utile, si bien que l'exemple serait particulièrement mal choisi pour illustrer le sublime de Burke?
Sur un point, je suis d'ailleurs obligée de rendre les armes à mon adversaire érudit : quand Burke évoque le gardening, c'est dans une section consacrée au beau et non au sublime. Mais je ferai remarquer que, s'il procède ainsi, c'est d'abord pour lutter contre une conception de la beauté fondée sur les seules proportions, pour prôner un retour à une sensualité-sensibilité élargie et pour comprendre les racines passionnelles de nos émois. « Les hommes ont (...) une malheureuse propension à se faire eux, leurs conceptions, et leurs ouvrages, la mesure de l'excellence en toutes choses. (...). Mais la nature s'est enfin échappée des entraves auxquelles ils l'assujettissaient : nos jardins, à tout le moins, protestent que nous commençons à sentir que les idées mathématiques ne sont pas les véritables mesures » non seulement « de la beauté », mais de toutes choses (III, 4). C'est donc d'abord sous l'idée d'une révolution que nous introduisons le sublime dans l'art des jardins.
V. Le sublime de Burke
Rappelons que Burke (qui était irlandais et de famille maternelle catholique) avait vingt-huit ans lorsqu'il publia en 1757 sa Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau. Cet ouvrage connut immédiatement un succès considérable puisque, durant trente ans, une nouvelle édition de la Recherche parut en moyenne tous les trois ans ! Il reçut deux traductions françaises, avant que les Réflexions sur la révolution de France n'entament l'engouement qu'il suscitait, en attirant chez les partisans de la Révolution une certaine méfiance. Mais qui dénonça le modèle proposé par la Révolution française? un whig convaincu, un défenseur des pouvoirs du Parlement, un protecteur des intérêts de l'Irlande catholique, un partisan de l'émancipation des colons d'Amérique, un réformateur attentif, et, surtout, l'inventeur de ce sublime qu'il nous importe de définir.
Rappelons au passage que la gloire de Burke qui s'était maintenue chez les Anglo-saxons grandit de nouveau aujourd'hui sur le continent, où sa Recherche vient de connaître de nouvelles traductions italienne et française, cependant qu'une traduction allemande est en cours.
Quand on aborde la question du sublime, deux risques symétriques se présentent aussitôt : ou bien on dilue le domaine du sublime en affirmant que tout est sublime, au moins potentiellement; ou bien on réduit ce même domaine, en assimilant le sublime au terrifiant. Aussi importe-t-il moins de présenter une définition a priori que de montrer quels types de difficultés dans la définition des valeurs du beau, du vrai et du bon, l'introduction du sublime permet de théoriser.
J'ai lutté dans des ouvrages récents contre trois idées reçues.
Burke n'est pas un auteur, parmi d'autres, en ce qui concerne le sublime. Il est, sans aucun doute possible, le premier, dans l'histoire des idées, à opposer systématiquement le sublime au beau et à dégager un principe de rupture entre deux expériences. à avoir opposé le sublime au beau, mais non au vrai et au bon, notons-le bien.
Si le sublime est une catégorie esthétique chez Burke, il faut se garder de le confondre avec la caricature qu'on en a donné. Le sublime ne se réduit en aucune manière au gigantesque, à l'informe, au chaotique, au monstrueux. Simplement faut-il compter au rang de ses véhicules essentiels la grandeur (qui s'affirme moins dans la dimension que dans la situation), la force et l'énergie, l'obscurité de tout ce qui se dérobe à la vision, ou encore la simplicité et la rudesse.
Par ailleurs, le sublime est plus qu'une catégorie esthétique, au sens restreint du terme. C'est aussi et d'abord une catégorie de l'expérience en général, une catégorie qui concerne l'intégralité de notre être, bref une catégorie essentielle de l'anthropologie.
Reprenons très brièvement chacun de ces points :
A. Le sublime est défini chez Burke par opposition au beau. Et la ligne de partage entre le sublime et le beau se situe pour lui autour de l'hédonisme, ce qui sera l'occasion d'une difficulté majeure dans la théorie kantienne, laquelle tient de Burke le principe d'une opposition systématique du sublime au beau. Kant refuse de situer le beau du côté de l'agrément : le beau plaît dans sa philosophie, mais il ne fait pas plaisir. Le « sublime de Burke » ne saurait don être confondu avec celui de Kant.
Le sublime de Burke est plurisensoriel, ce qui n'est pas le cas chez la plupart des autres écrivains. On ne rencontre pas chez Burke de rupture entre l'ordre du tact (le feeling) et l'ordre visuel. Non seulement, le beau et le sublime n'appartiennent pas aux seuls sens dits supérieurs (la vue et l'ouïe), mais le toucher acquiert un statut privilégié. Ainsi le rugueux s'oppose-t-il, par exemple, au lisse et au poli. Et nous avons vu chez Shenstone l'importance de cette entrée en jeu des sens inférieurs dans l'acte de la marche qui, seule, doit découvrir la véritable essence du garden.
B. Le sublime est une catégorie esthétique, nous allons le voir. Mais il faut se garder de confondre les véhicules du sublime avec son principe. Et il ne faut pas oublier que le sublime du crime ou le sublime du mal sont encore plus étrangers à Burke que le sublime du gigantesque ou le sublime qui se fonde sur la seule obscurité.
L'obscurité n'est qu'une cause adjacente, mais non suffisante du sublime : elle « semble » seulement nécessaire pour rendre une chose fort terrible, et elle le semble « généralement »10. Quant à la grandeur, elle peut rehausser le sublime, mais ne lui est pas absolument nécessaire. Et Burke préfère la grandeur de manière à la grandeur de taille, comme l'infini artificiel à l'infini réel11. C'est la nature des objets interceptés par le regard qui crée l'effet de distance. Ainsi Malebranche rappelle-t-il que la lune paraît plus grande à l'horizon qu'au-dessus de nos têtes12. Rappelons dans cette perspective qu'on a dérivé sublimis de l'adjectif limus ou limis, « oblique, qui regarde de côté ou de travers, qui monte en ligne oblique ou en pente ». Le sublime, c'est ce vers quoi nous nous élevons ou ce qui nous élève à lui d'une manière oblique.
Il faut établir, en nous servant du texte de Burke, une distinction capitale entre le principe ou le fondement (foundation) du sublime, ses véhicules sensibles et les effets produits sur le témoin du sublime.
Le principe est nécessaire : c'est celui du terrible (plus ou moins voilé et plus ou moins distant); et le problème est d'en distinguer les différents aspects qui tiennent à une forme de pouvoir et de violence consentis. Si le principe est terrible, les conséquences ne le sont pas : le sublime n'inspire pas la terreur, mais l'étonnement. De fait, quand le témoin joue avec la terreur, c'est toujours pour la tenir au bout du regard, la transformer, tenter d'en maîtriser la représentation : « Lorsque le danger ou la douleur serrent de trop près, rappelle Burke, ils ne peuvent donner aucun délice et sont simplement terribles ; mais, à distance, et avec certaines modifications, ils peuvent être délicieux et ils le sont, comme nous en faisons journellement l'expérience. » 13 On peut sans doute regretter que Burke ne se soit pas davantage expliqué sur cette distance et ces « modifications »; mais on ne saurait confondre le sublime dont il traite avec l'immédiatement terrible ou avec le simplement terrifiant.
C. Burke distingue deux types d'expérience mutuellement incompatibles : une expérience du beau qui se fonde sur l'amour, la communicabilité et l'aisance relationnelle, et une expérience du sublime qui repose sur une relation complexe à la douleur, lorsque celle-ci réussit à se réorienter vers le plaisir ou l'absence de déplaisir. En termes plus modernes, autant le beau met en jeu le principe de plaisir (et, d'ailleurs par là quelque chose qui peut très bien ne pas se situer du côté du bien, car le plaisir est égoïste et malin), autant le sublime met en jeu un au-delà du principe de plaisir. et cet au-delà du principe de plaisir ne saurait se confondre avec le simple évitement du déplaisir. Quelque chose appartenant à une réalité qui fait principe, intervient avec le sublime. Quelque chose qu'on baptisera de diverses manières (chose, réel, vérité), mais qui est en tout cas fondamental et peut, si on en tolère l'apparition, devenir source d'énergie. mais il est bien évident qu'on dépasse alors le cadre de la seule esthétique.
Pour traiter de l'influence du sublime burkien, il faut non seulement étudier les différents emplois du terme « sublime », mais tout ce qui relève de la catégorie du sublime. Je vous présenterai certains résultats de ma recherche dans la période de transition qui va des jardins emblématiques du deuxième quart du XVIIIe siècle aux jardins idylliques, et des jardins idylliques aux jardins pittoresques, à la fin du siècle. Les premiers jardins sont emplis d'emblèmes, de symboles et d'allégories savantes, comme à Stowe. Leur succèdent, cependant, des jardins plus dépouillés, quand Lancelot Brown, assistant de kent, devient, après sa mort en 1748, le plus illustre jardinier d'Angleterre. à la différence de Kent, Brown n'avait pas accompli de Grand Tour : il recherchait avant tout la « capability » d'un terrain, ses possibilités, ce en quoi il était susceptible d'amélioration. De là vint son surnom de Capability Brown. Rappelons, enfin, que le jardin pittoresque se développa en dernier lieu et se répandit sous l'influence de Repton.
VI. Du grand au sauvage chez Shenstone et Walpole.
Les Leasowes de Shenstone offrent un des modèles les plus séduisants de transition du jardin emblématique au jardin idyllique. Or, la référence à la lettre du texte de Burke est permanente dans ses Pensées éparses sur l'art des jardins : opposition du sublime et du grand au beau et à sa variété, certitude que l'effet du sublime est plus profond que celui du beau, refus d'entremêler sublime et beau sur le même lieu, sentiment que l'abrupt et de l'anguleux sont favorables au sublime, alors que le lisse et les transitions douces appartiennent à la beauté14, affirmation de la simplicité comme consubstantielle au sublime.15
Mais Shenstone tire le sublime du côté de la grandeur. La grandeur, c'est ce qui en impose, moins physiquement qu'esthétiquement parlant. On croit d'abord retrouver chez lui l'influence de la pensée d'Addison, qui avait publié dès 1712 une célèbre série consacrée aux « plaisirs de l'imagination » dans son journal, Le Spectateur. Addison n'utilise guère le terme sublime et centre son analyse sur le great, catégorie esthétique qu'il oppose au beau et à l'inusuel. « Par grandeur (greatness), je n'entends pas seulement la masse d'un objet isolé, mais l'étendue de tout ce qu'on voit, considéré d'un seul tenant. (...) Ces larges perspectives indéterminées sont aussi agréables à l'imagination que les spéculations sur l'éternité ou sur l'infini le sont à l'entendement. » 16
Cependant Shenstone aime les vallons retirés et il est encore très proche de la pensée exprimée par Montesquieu dans son Essai sur le goût, dont Burke avait traduit une grande partie dans son Annual Register. Ainsi cite-t-il de mémoire un passage : « s'il est vrai que l'on ait fait cette fameuse allée de Moscou à Pétersbourg, le voyageur doit périr d'ennui, renfermé entre les deux rangs de cette allée ». Montesquieu n'avait pas prévu le plaisir des autoroutes, ni d'ailleurs celui des montagnes! Mais il savait rendre raison de ses propres sentiments et formuler l'exigence d'une « progression dans l'étonnement ».
Or, la plus forte impression esthétique est fondée davantage sur l'imagination que sur la perception pure et simple; et Shenstone se rapproche aussi par là de la conception du sublime burkien, fondé sur une forme ou une autre de privation : « L'imagination est un verre qui grossit davantage que le microscope »17.
En fait, c'est Horace Walpole, l'historien des jardins qui se rapproche le plus de la pensée d'Addison, en décrivant son faible pour les grands espaces, conformes à la tradition de ses pères, chasseurs invétérés. La grandeur et le naturel vont pour lui de pair. Ainsi, après avoir dénoncé les absurdités auxquelles conduit un goût effréné du luxe, fait-il de l'Angleterre la patrie du bon sens retrouvé : « le bon sens n'a pas laissé d'apercevoir dans ce pays-ci le besoin de quelque chose at once more grand and natural »18.
L'invention décisive des jardins anglais fut pour lui « la destruction des enceintes murées et l'invention des fossés : essai hasardé qui parut si étonnant qu'on l'exprima vulgairement par une exclamation ha! ha! pour marquer la surprise de trouver soudainement une brèche imprévue à la promenade »19. Peu nous importe ici le rôle des Français, pourtant si cocasse : Dézallier d'Argenville en prônait dès 1712 l'usage, et Monseigneur, fils de Louis XIV en aurait inventé le nom, lors d'une promenade dans les jardins de Meudon!20
Pourquoi la suppression des clôtures fut-elle primordiale? « Les dehors contigus d'un parc sans clôture durent s'accorder avec les dedans, et à son tour le jardin dut être délivré de sa régularité originaire pour pouvoir s'assortir à la contrée plus sauvage »21. Avec la grandeur, le sauvage fait donc nécessairement son entrée. Le sauvage, c'est-à-dire, la nature à l'état naturel, non peigné. Le discord n'est plus permis, parce qu'il n'y a plus ni dehors, ni dedans, (un dehors qui garderait quelque chose de la forêt primitive, et un dedans conquis sur elle par les durs efforts de la civilisation). L'unité est retrouvée. De fait, si les jardins antérieurs étaient nécessairement factices, les nouveaux, au contraire, respectent la nature.
Walpole voit en William Kent l'inventeur du nouveau style : en franchissant la clôture, « il vit que toute la nature est jardin ». Cette vision intellectuelle commande toute la nouvelle conception des jardins. Mais il reproche, cependant, à Kent son absence de « grandes idées » et propose lui-même un nouveau modèle de jardin avec la forêt ou le jardin sauvage de Pain's hill, où « tout est grand (great) et étranger, et rude »22. C'est « une espèce de scène dans le goût des Alpes, entièrement composée de pins et de sapins, quelques bouleaux ou arbres pareils, et présentant l'image d'un pays sauvage et montagneux »23. On songe à Napoléon, dénonçant « la futilité des jardins à l'anglaise » : ce sont « des caprices de banquiers. Mon jardin, c'est la forêt de Fontainebleau et je n'en veux pas d'autre ».24 La nouvelle sensibilité reconquiert, en effet, la forêt, les montagnes et même, d'ailleurs, l'Océan!
VII. Le sublime-terrible et le sublime-simple chez Whately
Le goût du naturel et du grand conduit aussi, comme c'est le cas chez Whately et chez Brown à une volonté résolue d'effacer toutes les traces de l'art : « il faut que le spectateur ne s'aperçoive pas du dessein »25. Whately n'a certainement pas oublié la leçon de Longin, lorsqu'il soutient que les figures régulières inspirent le soupçon d'artifice « à moins que leur grandeur efface cette supposition »26. L'acte de voilement ou de maquillage sont essentiels au sublime : le fait d'utiliser les figures s'avoue à peine si bien que le triomphe du sublime repose moins sur le dévoilement, que sur le voilement qu'il entraîne.
Le registre du sublime est fondamental chez Whately; mais reste que le problème est de donner à chaque site le caractère qui lui convient. Qu'il ait ou non connu l'analyse des caractères faite par Jacques-François Blondel dans l'architecture publique et privée, Whately distingue avec fermeté grand, énergique, original, majestueux, terrible ou merveilleux.
La grandeur s'attache à l'étendue, à la disposition, au style et à la manière. Et Whately développe une théorie de l'infini artificiel qui fait songer à Burke. On sait combien celui-ci attachait d'importance aux illusions de la perception et à la reconstruction imaginaire de l'objet ou de l'espace perceptif. mais la grandeur caractérise aussi certains sites : les forêts, les parcs et tout ce dans quoi on exige de l'unité ou de la simplicité. Quant aux rochers, Whately insiste sur leurs côté majestueux, terrible ou merveilleux. Le caractère merveilleux est si varié qu'il se rapproche du beau, tandis qu'aridité, obscurité et solitude demeurent des traits propres au sublime. Deux formes de sublime apparaissent alors.
Le caractère majestueux ne tient pas seulement à l'élévation27, mais à la situation. Et Whately préconise la plantation de grand bois, qui dissimulent la base des rochers et rendent leur commencement incertain.
Pour le caractère terrible, il est défini à la manière de Burke comme l'union de la grandeur avec la force. Et Whately d'insister sur la nécessité d'assigner des bornes à la terreur, au nom du principe de convenance, en évitant à la fois l'horrible et le choquant. L'art intervient sur deux registres : il doit soustraire de l'environnement tout ce qui pourrait empêcher le terrible de redevenir agréable et il doit accentuer la vivacité des sensations, en utilisant sans excès l'obscurité et la tristesse pour rehausser le sublime. On voit donc comment le terrible n'est pas l'horrible, mais comment aussi le sublime ainsi défini permet de retrouver le plaisir dont il semblait d'abord devoir nous priver.
Quand Chambers s'amusera à peindre les « tableaux du genre terrible » qu'il attribue aux Chinois, il exploitera sans vergogne tout l'appareil de l'horreur, joignant aux arbres calcinés et aux ruines des gibets, des croix et des roues, des temples voués aux divinités infernales, des stèles commémorant des atrocités, des tourbillons de flammes et de fumées. Mais il suffit de comparer ce morceau de bravoure au passage que Whately consacre aux rochers de caractère terrible, pour y saisir une intention de caricature.
En somme, le texte de Whately qui théorise maints aspects de la révolution constituée par l'apparition du jardin idyllique, atteste l'influence considérable de Burke non seulement dans la conception de la grandeur, mais dans celle du terrible qui n'est pas terrifiant et dans celle de la simplicité ou de l'unicité du caractère. Or c'est cette simplicité contre laquelle Chambers va bientôt entrer en guerre. Sa Dissertation sur le jardinage de l'Orient parut en édition bilingue dès 1772, avec une traduction française de Delarochette.
VIII. William Chambers, 1772.
« La plupart de nos jardins, écrit Chambers, diffèrent très peu des champs ordinaires, tant la nature vulgaire y est servilement copiée. »28 Le promeneur ne cesse d'y tourner, « maudissant la ligne de beauté; mais bientôt accablé de lassitude, à demi-brûlé par le soleil, car il n'y a jamais d'ombrage à espérer, et prêt à périr d'ennui, il prend le parti de n'en pas voir davantage: vaine résolution! Il n'y a qu'un seul et unique sentier. »29 Et Chambers de décrire l'Angleterre comme un « pays où l'on donnera le nom de jardinage au métier d'entortiller des allées, de faire des trous et des fossés tortus, afin d'y prendre de la terre pour élever des taupinières, d'éparpiller des arbrisseaux et de présenter une monotonie éternelle de pelouses, de bosquets et de buissons, comme ces carillonneurs qui n'ont que trois cloches »30! Cette monotonie où Whately voyait l'unicité du caractère et la simplicité du sublime, voilà que, loin de susciter les plus vives passions, elle fait périr d'ennui!
Sous cette satire perce néanmoins un curieux éloge, de même que sous le dithyrambe des jardins chinois se cache une certaine moquerie (celle que nous avons rencontré plus haut dans la description des « tableaux du genre terrible »). L'objet de Chambers n'est pas seulement de dauber sur le compte de Capability Brown. Il déplore des dégâts irréparables commis lors de la constitution des nouveaux jardins : « si (la) manie de dévaster dure encore quelque temps avec la même violence, on ne laissera pas sur pied un seul arbre de haute-futaie dans tout le royaume »31.
Chambers est tory. Mais il ne faut pas croire qu'il n'a pas compris l'importance fondamentale de la révolution dans les jardins anglais. Bien au contraire. S'inquiétant de l'absence d'école destinée aux jardiniers-paysagistes, il remarque l'absurdité qui consiste à faire de leur art « une branche collatérale » de l'architecture, car l'architecte, « plongé dans l'étude et distrait par les occupations de son état, n'a point de loisir pour d'autres recherches »32. En fait, Chambers entérine la révolution accomplie dans l'art des jardins qui s'est, grâce aux Anglais, affranchi de la tutelle des architectes. Et il cherche à provoquer ses contemporains pour que soit donné au jardinier le statut fondamental qui lui revient : d'artiste à part entière.
IX. La querelle du pittoresque.
L'histoire des jardins entre cependant dans une nouvelle phase à la fin du XVIIIe siècle : au jardin idyllique et au jardin de Brown, ce « génie du nu et du chauve », comme le qualifiera Uvedale Price, succédera le paysage pittoresque. Sans doute Repton, le plus grand jardinier de l'époque, déclare-t-il que « l'utilité doit souvent prendre le pas sur la beauté et (que) la convenance doit être préférée à l'effet pittoresque »33. Mais le gardening qui s'était libéré grâce à Brown du modèle architectural, s'inféode largement à la peinture, cependant que l'architecture y reconquiert une partie des privilèges qu'elle avait perdus.
Pittoresque... Sous l'influence de Price et de Knight, le terme reprend son sens étymologique : il désigne ce qui, dans un paysage, convient à la peinture et y produit d'heureux effets. Aussi bien n'est-ce plus dans l'emportement de la marche que le promeneur découvre les transitions d'un paysage à un autre. Le gardening n'est plus cet art de mouvement que nous avait révélé Shenstone : il exige un spectateur qui s'arrête à des stations déterminées et contemple le jardin comme à travers un cadre, sous un angle et à un moment précis. Le sketching Tour qui, sous l'influence de Gilpin ou de Cozens devient bientôt à la mode, exige du spectateur une vision très intellectuelle et élaborée du paysage. Aussi ne se déplace-t-il plus qu'avec un carnet de croquis et, parfois même, avec le fameux miroir de Claude, dont la forme convexe et le tain légèrement coloré lui permettent d'adopter un point de vue nouveau sur le paysage.
L'opposition entre sublime et beau perd progressivement son sens. Et Uvedale Price a beau reconnaître que le système de Burke est le fondement du sien34 : reste que « créer le sublime est au-dessus de la concentration de nos pouvoirs (contracted powers) »35, alors que le pittoresque et le beau dépendent bien davantage de nous.
Que reste-t-il du sublime du lieu, du « génie du lieu », dont Pope avait souligné le caractère essentiel? Force est de constater que le jardin pittoresque attache moins d'importance à l'imagination poétique qu'à l'utilité, à la convenance et à un pittoresque finalement très statique.
S'il est alors trois types de jardins anglais, qu'a-t-on en vue quand on parle de l'english gardening? Il me semble que c'est plutôt un compromis entre le jardin emblématique et le jardin idyllique, auquel on ajoute une once de pittoresque. La poésie y prévaut, comme chez le marquis de Girardin, à Ermenonville, dont le centre vivant demeurera toujours l'île aux peupliers où trône le sarcophage de Rousseau, symboliquement déserté de ses restes. Ermenonville combine le sublime de la forêt, du désert, des rochers, au sublime élaboré d'un pèlerinage à Rousseau : chiffre de Julie sur les rochers de la Meillerie, verger de Clarens reconstitué, cabane de Jean-Jacques...
Sublime non pas naturel, mais attribué à la nature redécouverte; sublime concerté d'une poésie qui émane des lieux autant que de la mémoire et de l'imagination, sublime pictural d'un paysage aux points de vue bien déterminés, mais aussi sublime des ruines réelles ou artificielles, des abbayes, châteaux, tombes et tours du passé que l'oeil reconsidère.
Dans ces nouveaux paysages, non centrés sur l'habitation principale, l'architecture trouve un véritable laboratoire. Comment y reconnaître les aspects proprement sublimes? Le sublime surgit dans l'art d'une façon qui n'a pas besoin pour devenir révolutionnaire de se déclarer tel. Il engendre une révolution intime, qui acquiert néanmoins une portée générale; et cette mutation radicale s'attache moins à des thèmes et à des techniques qu'au nouveau regard porté sur le monde et ainsi symbolisé.
ESPEJOS EN LA NIEBLA
TRAGUNTÍA
26 julio 2008
La organización coordinada con Carlos en Traguntía ha ido como una balsa. En Traguntía se encargaban de la merienda y tener el pueblo a punto, los de Madrid del resto. Hemos contactado lo mínimo para darnos detalles y no solaparnos en algo. Acordamos comunicar el acto a la Subdelegación del Gobierno para que remitiera a Tráfico y esté organizada la entrada/salida del pueblo. Es una carretera sin movimiento habitualmente y puede ser peligroso. Comento a Basilio si le parece que avisemos a la prensa y nos encargamos de ello. Los del pueblo se lo toman absolutamente en serio: los domingos quedan los hombres para limpiar de hierbas y zarzas las zonas de paso, arreglan las farolas de la entrada estropeadas, preparan para poder cortar la luz en la plaza para la proyección, el cura limpia la iglesia, el campanario y da cera a las puertas. Las mujeres organizan la merienda con el mayor interés para ofrecer lo mejor a los invitados, compran cada cosa en el lugar donde mejor se hace: las empanadas en Bermellar, las obleas en Villares, los hojaldres en Yecla, las perrunillas en Los Molinos o las floretas en Guadramiro y, de Traguntía el embutido y las tortillas recién hechas.
Pensábamos ir la víspera y quedarnos en la casa rural de Carlos pero está ocupada por los nuevos vecinos mientras rehabilitan su casa así que vamos el mismo día por la mañana. El día antes llama Rosi para ver si nos gustan las tencas porque irían los chicos por la noche a cogerlas a la charca. Carlos le dice que cree que somos más como él que también es vegetariano y comeremos en su casa. Estupenda idea, en esa acogedora cocina que tienen y sus hijos comiendo con palillos como nosotros una lasagna de calabacín de la huerta que te chupabas los dedos.
Los días anteriores dormíamos por los pelos porque había un montón de cosas que acabar. La víspera estaba la impresora escupiendo trípticos a las 3 de la mañana y a las 6 nos levantábamos para coger el AUTO-RES
Llegamos a Viti a las 11 y estaba Andrés el de Pozos a recogernos ¡Qué impresión la llegada a la plaza de Traguntía! Los hombres con mangueras a presión y cepillos de barrendero limpiando. El cielo con muchas nubes y claros pero dice Andrés que está mejor que ayer que hizo un frío tremendo por la noche. De vez en cuando se cargan las nubes y el sol pica un poco, me da miedo que haya tormenta. La plaza está rodeada de verde, un banco bajo enredadera a modo de cenador, árboles laterales y hiedras en arco, el laurelar al lado de la iglesia, todo fresco y limpio.
El equipo de trabajo era prácticamente todo el pueblo: 7 hombres, 8 mujeres, 7 niños y nosotros 2.
En cuanto está la plaza disponible me apunto al grupo de hombres y niños (algunos casi bebés, 3 y 4 años) a sacar las sillas almacenadas en la panera. Hay casi 200: 60 del pueblo, 50 de un bar de Viti , 70 del Centro Parroquial de Viti y unos bancos. Lavamos las que están sucias y en un momento queda montado el patio de butacas, con pasillo central. El grupo de mujeres se cita para barrer la panera y dejar las 7 mesas colocadas. Hay dos arcones nevera llenos de bebida y cubos de sangría macerando.
Al terminar en la plaza, el grupo de hombres y niños vamos a colocar los carteles indicativos de la entrada. Hemos llevado la foto en color de la portada de ESPEJOS en 2,60 x 1,50 m y 3 fotocopias de 1,50 x 0,90 m, pero pegando la imagen de la pantalla en color. Carlos dice que podemos montar una de ellas sobre un soporte ligero de madera y colgarla en la farola de la entrada del pueblo. Queda preciosa. Llevamos camisetas impresas con la misma imagen para que las niñas repartan el tríptico informativo y den el bienvenidos a Traguntía al entrar los coches. Cerramos el paso al pueblo con dos contenedores de basura, un coche y el de la G.C. para que los coches queden en las eras/parking de la entrada. Decían los del pueblo el gusto que daba oír el jolgorio y el corretear excitado de los niños entre nosotrxs. Era como la hora del recreo de la escuela. Al terminar vemos las crías de verderones y jilgueros que mantienen en jaulas, ocultas en los pinos , a donde las madres acuden a darles de comer.
Colgamos en las paredes de la PANERA, un hermoso local en el otro lateral de la plaza, los otros dos murales B/N para ambientarla. Las mujeres tienen las mesas servidas y tapadas con enormes bandas de papel blanco. A petición de Santi, Carlos tiene ya fijada en la pared de la iglesia, en el paño al lado de donde estará la pantalla y detrás del estrado montado con dos palés y forrado con una alfombra, un bastidor de madera donde colocaremos la foto mural en color a modo de escenario.
Antes de comer recalamos las mujeres, alrededor de Rosi, a descansar a la sombra de la iglesia. Traguntía es una especie de matriarcado llevado por ella, que tiene el aplomo, solidez, visión de las cosas y la suficiente autoridad para que todos acepten sus opiniones. La verdad es que parece hasta demasiado idílico, pero es que era idílico; supongo que para ellxs era un día tan especial como para nosotrxs. Había buen humor y calma, mucha calma.
La proyección se ha encargado PROYECFILM, la única empresa de Salamanca que sigue dedicándose al cine ambulante y que aprovecha para regalarnos un DVD con un documental sobre los 30 años de profesión realizado por un alemán. Habían fijado la hora de llegada a las 19:30 pero le habíamos dicho que si podían llegaran un poco antes para evitar estar montando con el jaleo de los invitados al llegar. A las 19:20 no llegaban y estábamos nerviosas. No hay cobertura en el pueblo así que tocaba esperar. A las 19.30 en punto aparece la furgoneta de Joaquín Fuentes y su hijo. Montaron el tinglado en dos minutos de forma sencillísima. Da gusto ver la pantalla de 5x3,5m, cubriendo el paño de la pared. Va a ser emocionante ver las imágenes a ese tamaño, envueltas de la maravillosa música que tienen de fondo.
Teníamos pensado organizar un autobús para llevar a las personas de algunos pueblos pero al final se encajaban bien en coches y sólo pusimos un taxi para Julián Puertorrico y Francisca, su mujer., de Lumbrales. Es tremenda la salud y vitalidad que tiene con 94 años. Disfrutó como el que más.
A pesar de las 200 personas que llegan, el pueblo sigue teniendo la tranquilidad que se respira siempre, sólo el bullicio de las personas encontrándose, saludándose. Fue un acierto no dejar pasar coches y ver las dos calles que llevan a la plaza despejadas, para paseo, sin tropiezos. Los primeros invitados y los plumillas (La Gaceta y El Adelanto) llegan a las 19:30.
Algunos familiares me piden que les acompañe a lo que fue la casa y corral de los nuestros en Traguntía y la casa del robo, la de los Montero.
Empiezo a conocer a una parte de familiares a los que sólo conocía a través de cartas, escritas durante dos años, enviándome información o materiales: Charo, la tataraprima de Luxemburgo, Lola de la Calle del Departamento de Ricardo Robledo; Mª José de Asuntos Culturales de la Embjada en Lisboa, amiga de Aurora, de Viti y ahora descubrimos que es ¡¡¡familia del tataraprimo Alfredo!!!… La verdad es que teníamos exaltación por la cantidad de detalles que nos iban enlazando y habrían hecho falta horas para ponernos al día y presentarnos unos a otros. Julián llega con su chaqueta al hombro a modo de capote, tieso como una vara: ha traído regalos, vino de Lumbrales para Basilio y para mi, orégano y manzanilla amarga recogida por él. También nos acompañaron personas destacadas, los alcaldes de Villavieja y Boada o Jesús Málaga y familia, Subdelegado del Gob. en CyL y Presidente de la Fundación Luna Terrero. A Basilio le han acompañado Pilar, Randa y, del equipo, Martin y Carmen, su mujer.
A las 20:30 Carlos, que hace de presentador del acto, saluda e invita a pasar a la panera donde está montada la merienda que ofrece el pueblo. Las floretas, creo, fueron la estrella de la merienda. Dieron buena cuenta de todo y las anfitrionas estaban felices por ello.
Se llenan los asientos y algunos, como en las bodas, se quedan detrás de pie. Hay unas 200 personas, 160 de invitados confirmados y el resto acompañantes no previstos y algunas personas de los pueblos de la zona.
Cuando empieza a oscurecer dice Basilio que nos presente Carlos y hablemos un poco a modo de presentación del acto hasta que caiga la noche y pueda empezar la proyección. Poco más de las 22:00, apagan las farolas de la plaza, únicamente los ojos iluminados del campanario vigilan como un búho desde la altura y empezó la magia de las imágenes. Qué gusto oír las suaves notas de piano arrancando con la foto de los tatarabuelos. Una de las personas mayores de la familia con 89 años, envuelta en su manta a mi lado musitaba a medida que avanzaba ¡qué bonito, qué bonito! mientras se pasaba el moquero por los ojos humedecidos. Los momentos de distensión, menos emotivos, eran como una toma de aire; todos ríen cuando Julián cierra el capítulo con el sonoro “joder con la Bebé de los cojones” o cuando la maestra pide a José Antonio humildemente: “pero déjame hablar hombre”…
Hay un momento en que la imagen de la calle de Centenares se ve animada por el vuelo rápido de pequeños murciélagos que cruzan vertiginosos por delante de la pantalla. Las mariposas iluminadas por la proyección parecen luciérnagas volantes como si la pantalla hubiera cobrado vida.
Basilio había comentado por la tarde que podíamos cerrar el acto pasando la última escena de OCTAVIA, el funeral en la iglesia de Traguntía y el entierro en El Cuartón. Una idea preciosa ¡mira que he visto veces OCTAVIA pero cómo impresionaba aquí resonando en la plaza a volumen extraordinario el Stabat Mater cantado por Teresa Berganza y la caída de la lápida de granito sobre la tumba! Creo que la mayoría de la gente que estaba no había visto la película con lo que la impresión sería mayor. Fue como un homenaje, porque gracias al rodaje de OCTAVIA contacté con Basilio, bueno, él se interesó por lo poco que tenía en ese momento y me empujó a seguir conociendo la historia. Hoy habíamos llegado a la culminación del trabajo y en el lugar de origen.
Poco a poco los invitados fueron despidiéndose; los últimos Mª José, su hermano y nosotros que nos quedamos con el grupito de 8 ó 10 vecinos al sereno en los poyos de la iglesia comentando la tarde. Como decía Rosi: “¡qué pena me da que se acabe el día!”. A las 2 salimos hacia Villavieja. No pude dormir esa noche, la cabeza se negó a parar.
Tras ver la proyección varios vecinos se ofrecen para contar la relación o datos que tienen de la Bebé: de Traguntía, Pepe, enfermo cuando rodamos en Traguntía; de Peralejos: Agustín; otra vecina que se ofreció durante la exposición en Madrid y la sobrina de Consuelo, la última señorita de compañía de la Bebé en El Cuartón. También está pendiente Ada, cuñada de Emilio, que hace 20 años estuvo recopilando datos para hacer una historia de la Bebé. Si queremos, tenemos cuerda para otro rato.
De regreso en Madrid hablé por Tel. con varios invitados, nos felicitaban por la idea tan bonita que habíamos tenido, estaban maravillados de la organización, el montaje, el ambiente, el estupendo trabajo y esperaban volver a verla en Salamanca. Creo que se traslucía en las caras la satisfacción.
La prensa con esa maldita manía de que las noticias sean de rabiosa actualidad, se fueron antes de empezar el acto para que saliera al día siguiente con lo no se refleja lo que fue el encuentro. Es una pena que las fotos no hayan sido de la plaza con gente, en plena proyección y haber escrito la noticia en condiciones y no limitarse a contar lo que nosotros decíamos. Si llego a saber que se van antes de empezar ni me habría acercado a ellos. El lunes sale de nuevo en El Adelanto casi una página. Si se propone hacerlo más chistoso no lo consigue, se ha montado su película: los extras, Julián como Gary Cooper español, por el pie de foto parece que no reconoce a Jesús Málaga… Bueno, el plumilla apuntaba maneras: en Traguntía, nada más llegar le dijo a Santi que “le hacía ilusión hacerle la entrevista a Basilio en el campanario”. Nos reímos mucho. Ya veis la torre en las fotos, la subida es mala pero la bajada era mortal. Habíamos subido por la tarde para ver desde allí, asomando en el horizonte, la casa de El Cuartón.
Banksy est un graffeur, peintre, artiste de rue. Il travaille sous un pseudonyme, et sa véritable identité fait l'objet de nombreuses spéculations.
C'est en terre natale que Banksy sera le plus prolifique. Plus de 80 % de ses œuvres ont été réalisées au Royaume-Uni. Londres er Bristol (que l'on croit être sa ville natale) deviendront assez naturellement ses terrains de jeu favoris.
La première grande peinture murale connue de Banksy est ‘’The mild mild west’’ qu’il réalise en 1997 sur Stokes Croft à Bristol. Elle représente un ours en peluche jetant un cocktail Molotov vers trois policiers anti-émeute. Les premières oeuvres abordent des thèmes qui n’ont jamais quitté Banksy depuis : anticonformisme, antiestablishement, pacifisme, anticapitalisme… qu’il traitera avec ironie, poésie et moquerie comme il le fait encore aujourd’hui.
Malgré son ressenti négatif à l'égard de la vente d’oeuvre d’art et ses efforts incessants pour rester indépendant face aux excès de ce marché, Banksy a dû s'avouer vaincu. Il est vrai qu'il s'est toujours opposé à la marchandisation de l’art en vendant plusieurs œuvres à un prix inférieur à celui du marché par l'intermédiaire de la société West Control. Et pourtant, avec des peintures vendues aux enchères pour des millions d'euros sur le marché secondaire, Banksy est devenu l’un des artistes les plus chers du monde, probablement sans le vouloir.
Juju m'a taggué ! C'est partiii 8DDD
1) J'ai 12 ans et demi, je suis moche. Et j'suis une fille.
2) J'ai un appareil dentaire. Oui oui.
3) Je suis sadique, j'aime m'arracher la peau et boire le sang qui sort. OUI OUI.
4) Je suis trèèèès complexée: je me déteste. Je déteste ma tête, mes jambes, ma voix, mon rire... Bref.
5) Je suis un troll. J'aime beaucoup frapper les gens quand je suis énervée. On me dit que j'ai de la répartie et j'aime envoyer chier ceux qui se moquent de moi.
6) Je suis née le mercredi 31 janvier 2001. Je déteste le mercredi.
7) J'ai vu et entendu des choses horribles durant mon enfance, donc rien ne me choque. Allez-y, défoulez-vous, parlez de fesses si vous voulez 8DDDD //BUS//
8) J'ai pas beaucoup d'amies, j'ai plus d'amis. J'me sens plus à l'aise avec les mecs, on se marre comme des autistes et pis les meufs de mon collège sont trop spaces.
9) Depuis toute petite, j'adore l'ordinateur ! Les jeux-vidéos aussi *^* D'ailleurs si j'ai pas GTA V, j'me pend.
10) Je suis une Apple addict. Quand je suis allée à l'Apple Store de Val d'Europe, j'ai failli faire une syncope.
11) J'aime mettre des points à la fin de mes phrases. Ça fait troo la meuf froide kwa :$$$
12) Je suis réservée, renfermée et trèèès agressive. Je suis gueularde.
13) À l'école, je suis sérieuse. J'ai des bonnes notes, ça va.
14) J'ai subi des moqueries quand j'étais petite. Toutes sortes de moqueries. "Lesbienne, Billy Bouff Dic, bouffeuse de dictionnaire, grosse tarte".
15) JE SUIS UNE GROSSE FAN D'AVICII MON DIEU SI JE LE VOIS, JE L'ÉPOUSE DIRECT DE FORCE *_______________________*
16) J'adoooore le poisson, j'en mangerais touuuute la journée *ppppp*
17) J'aime pas One Direction, les musiques de maintenant jore Sean Paul ft. DJ Kékédelamerdedechaipasquoietj'menfout.
18) J'adore Daft Punk, The Beatles, Pink Floyd, ZZ Top, David Bowie, Etienne Daho, Elvis Presley, Nirvana, Linkin Park, The Fray, Muse, Digitalism, Awolnation, Rick Astley, Calvin Harris, Journey, U2, Coldplay, Keane, Neil Diamond, P!nk, The Wanted, The Beach Boys, Lionel Richie, The Kinks, Phil Collins, Queen, Icona Pop, Mama's and Papa's, ABBA, O-Zone, Sophie Ellis Bextor, The Ting Tings, Bruno Mars, Olly Murs, Boy, Bobby Darin et Johnny Mercer, C2C, Cee Lo Green, Elton John, Ke$ha, Lykke Li, Lana Del Rey, Mai Lan, Men Without Hats, Robbie Williams et Lady Gaga.
19) Parfois, j'ai des tendances schizophrène, pourtant je ne le suis pas °°.
20) Je déteste parler de moi car, je le répète: JE-ME-DÉTESTE.
Voilàààààà j'espère que cela vous a plu, c'était court... :( snif...
Au rivoiiiir 8)
Michael Cudlitz (Abraham) est revenu à la vie après avoir quitté The Walking Dead Saison 7, le 14 Novembre, pour gentiment se moquer de Negan (joué par Jeffrey Dean Morgan). Il s’est affiché sur photo insolite sur Instagram. Notre Site :http://ift.tt/1OtYFsR Notre Page Facebook: ift.tt/2esMHrB Twitter: twitter.com/newseriesfr ift.tt/1OtYFsR
Source:
www.acrimed.org/Medias-de-classe-haine-de-classe
Médias de classe, haine de classe
par Mathias Reymond, jeudi 16 septembre 2021
Le Nouveau Monde -Tableau de la France néolibérale a paru aux éditions Amsterdam le 10 septembre. Ce livre collectif accorde notamment une large place à la critique des médias et des industries culturelles. En attendant d’en débattre le 23 septembre à 19h au Monte-en-l’air à Paris (avec Samuel Gontier et d’autres auteurs), le 13 octobre à 18h30 à l’auditorium de la Maison internationale de Rennes (avec Sophie Eustache et Renaud Lambert) et le 19 novembre à 19h à la Carmagnole à Montpellier (en présence de Laurence de Cock, Thierry Discepolo et Mathias Reymond), nous publions ici un chapitre. (Acrimed)
« Tout se passe, explique le sociologue Alain Accardo, comme si le “peuple” n’était intéressant pour les médias qu’autant qu’il est inoffensif, désorganisé, souffrant, pitoyable, mûr pour les Restos du cœur, l’intervention caritative et le miracle du loto [1]. » Invisibles à la télévision ou à la radio, les classes populaires sont rappelées à l’ordre dès lors qu’elles ne s’y résignent plus. Méprisés sur tous les plateaux, leurs porte-parole se font gronder quand ils cessent d’y faire de la figuration.
Depuis 2014, les grands médias doivent diffuser des programmes qui contribuent à la lutte contre les préjugés sexistes et les violences faites aux femmes. Un progrès, tout de même, tant par ailleurs l’inégalité sociale semble, elle, toujours aller de soi. Ou presque de soi. Si le législateur a confié en 2006 le soin au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) de veiller à la représentation de la diversité de la société française, son dernier rapport annuel est accablant : « les CSP+ sont surreprésentées dans tous les genres de programmes. Elles représentent jusqu’à 79 % des personnes visibles dans les divertissements, 78 % dans l’information et 73 % dans les fictions. » La proportion des cadres, professions libérales et chefs d’entreprise à la télévision atteint 61 % en 2019 alors que ce groupe ne représente que 10 % de la société ; pour les ouvriers, ces proportions atteignent, respectivement, 3 % et 12 %. Autrement dit, les CSP+ sont quinze fois plus présents que les ouvriers alors qu’ils sont moins nombreux dans la population…
À la radio, aussi, l’écart est saillant. Une enquête du Monde diplomatique pointait que, la semaine du 18 au 24 novembre 2019, « les studios de la radio de service public France Inter ont accueilli 177 invités. Tous issus de classes moyennes supérieures, culturellement et économiquement favorisées. À deux petites exceptions près, à des heures de faible écoute. [Une] étudiante boursière et une chômeuse de longue durée ont apporté leur “témoignage” dans l’émission “Le nouveau rendez-vous”, entre 22 heures et 23 heures [2]. » D’autres stations se préoccupent davantage de la diversité sociale. « Les Grandes Gueules » sur RMC accordent du temps d’antenne à toutes les classes sociales et, comme le relève Vincent Goulet, cette émission « a un côté polémique […] proche de l’ethos populaire [3] ». Mais le sociologue constate aussi que « le cadrage idéologique » reste, notamment par le choix des thèmes et des polémiques, « très proche du pôle libéral et entrepreneurial. » On en revient ainsi très fréquemment à la figure du « patron » qui « se bat seul contre le fisc pour donner du boulot aux pauvres gens ». Et, in fine, les milieux populaires constituent toujours ce que Pierre Bourdieu nommait une « classe-objet », soit un groupe qui est parlé par d’autres plutôt qu’il ne parle de sa voix propre. Ainsi des classes populaires périurbaines : comme le constate le CSA, « les personnes demeurant dans les grands ensembles de banlieues populaires […] n’apparaissent qu’à hauteur de 7 % dans les programmes visionnés alors que ces zones seraient habitées par 27 % de la population ». En revanche, 52 % des intervenants à la télévision résident en centre-ville alors que cette situation caractérise 32 % de la population. De plus, les habitants de ces « banlieues » sont systématiquement présentés à travers des clichés (jeunes des cités, rappeurs, petits dealers) et renvoyés à une identité ethnoculturelle (d’origine africaine, de confession musulmane…) plutôt qu’à leur appartenance aux classes populaires [4].
L’exclusion des classes populaires procède aussi de la sélection des sujets. La couverture des « sports d’hiver » et des vacances à la montagne occupe chaque année une place considérable dans les journaux télévisés (JT) durant les mois de décembre, janvier et février. On s’émerveille des chutes de neige, on compatit aux embouteillages et on salive devant la fondue du soir ! Sur TF1, en février, la cadence est d’un sujet par JT [5]. À quoi s’ajoute la « météo des neiges ». Pourtant, deux tiers des Français ne partent jamais en vacances l’hiver. 9 % des ouvriers se rendent à la montagne à cette saison au moins une fois tous les deux ans, contre 40 % des cadres et professions intellectuelles supérieures [6]. Le choix d’un thème, d’un angle ou d’un invité permet même parfois d’expulser les classes populaires de chez elles – quand Le Monde consacre l’essentiel d’un dossier sur Marseille à la création culturelle, à l’attractivité renouvelée de la ville et à ses bonnes adresses (« Il fait bobo à Marseille ») [7] – ou de les déposséder de leur Histoire – quand la commémoration médiatique de Mai 68 consiste encore et toujours à inviter Serge July ou Daniel Cohn-Bendit.
Et en 2018 ? Comment ont été traités les Gilets jaunes ? De manière générale, par de la condescendance, voire du mépris. Un peu de paternalisme aussi [8], celui de Franz-Olivier Giesbert sur BFM-TV – « Ils ne vivent pas comme nous […]. Ce sont des gens qui veulent juste qu’on leur parle, qu’on leur explique » – ou celui de Christophe Barbier sur France 5 – « Beaucoup de Gilets jaunes sont des gens qui regardent la télé parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’autres distractions dans la vie » ; dès lors, pour mettre fin au conflit pourquoi ne pas « supprimer la redevance télé » ? Trois jours après la première manifestation du 17 novembre 2018, Cyril Hanouna invite quatre Gilets jaunes dans son émission sur C8 pour « faire avancer les choses dans le calme » et faire en sorte « que tout le monde se sente bien dans cette société ». Il tient à le faire savoir aux personnes mobilisées : « Sur les chaînes du groupe Canal+, on est avec vous. » Avec, surtout pour tempérer les revendications et modérer les ardeurs : « Est-ce que vous ne pensez pas que les débordements, ça pollue un peu le débat, et ça fait que les choses avancent moins bien au niveau du gouvernement ? » ; « Je suis persuadé que le gouvernement ne demande qu’à discuter avec vous. » ; « J’ai des infos. Je sais que le gouvernement travaille dans votre sens. » Et, lorsque les Gilets jaunes affichent leur détermination, notamment à obtenir la destitution de Macron, l’animateur morigène : « C’est pas bon, de parler comme ça » ; ou : « Alors là, Maxime, je vous aime beaucoup, mais non. C’est un truc qui va décrédibiliser le mouvement. »
Viendra ensuite le temps de la déception. « Je ne comprends plus rien aux Gilets jaunes, se lamente l’animateur de RMC Éric Brunet le 2 décembre. Cette profonde grogne anti-taxes est devenue au fil des jours un mouvement pour l’augmentation du Smic et des minimas sociaux… J’ai lu avec attention leur plateforme revendicative : elle est plus à gauche que le programme de Mélenchon. » La condescendance vire à la haine de classe. « Il y a dans le mouvement des Gilets jaunes, déplore Thomas Legrand le 11 février 2019, une incapacité à s’exprimer, une incapacité à hiérarchiser ses revendications, une incapacité à dire ce qu’ils veulent. » Éric Drouet et Maxime Nicolle que Legrand identifie comme les « leaders » du mouvement ? « Leurs propos sont absolument débiles. C’est-à-dire qu’ils sont incommentables. Moi je me penche sur leurs textes, sur ce qu’ils disent, et là il ne s’agit pas d’orthographe, il s’agit du contenu : c’est débile. » Pour l’ancien dessinateur au Monde, Xavier Gorce, aussi, les Gilets jaunes sont dépourvus de sens politique (« Nous exigeons ! Et n’essayez pas de nous piéger en nous demandant quoi », fait-il dire à l’un d’entre eux), hargneux, individualistes, bêtes (« troupeaux d’abrutis »), méchants, et même nazis : un dessin représente un Gilet jaune tatoué « Über alles » [9]. Des « beaufs d’extrême-droite » aussi pour le journaliste de Libération Jean Quatremer, qui les dépeint comme « factieux » à « embastiller » d’urgence, « poujadistes », évidemment « antisémites » et « homophobes » [10]. Mais nous cacherait-on des choses ? Jean-Michel Aphatie l’assure : « dans ce mouvement [des Gilets jaunes], je pense depuis le début qu’il y a une organisation souterraine, cachée. Il y a des tireurs de ficelles [11]. »
Les saillies contre les classes populaires se doublent d’attaques contre ceux et celles qui les défendent ou qui les représentent. Sommations à négocier, procès en archaïsme, et rappels à l’ordre : à chaque mobilisation sociale, des syndicalistes ou d’autres personnalités subissent un déferlement de violence médiatique. En 2019 et 2020, au cours des mobilisations contre la réforme des retraites, Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a constitué la cible préférée des journalistes. Lors de la matinale de France Inter le 7 janvier 2020, les deux animateurs ne lui ont laissé aucun répit. Quand Léa Salamé ironise – « Quel est l’objectif d’appeler à faire la grève dans les raffineries ? C’est d’empêcher les Français de mettre de l’essence en fait ? » –, Nicolas Demorand se fait plus sentencieux. « C’est désormais la plus longue grève à la SNCF depuis Mai 68 », explique l’animateur avant de dérouler : « les Français, surtout les franciliens d’ailleurs, se débrouillent comme ils peuvent pour circuler pour se rendre à leur travail. Des commerçants ont perdu beaucoup de chiffre d’affaires pendant les fêtes. Certains redoutent même, on le disait hier, à Paris de mettre la clé sous la porte. » Et Demorand de s’interroger : « Est-ce que vous assumez toutes ces conséquences, tous ces effets de la mobilisation ? Et est-ce que ça vous fait réfléchir et pourquoi pas douter ? »
Tant qu’ils défilent sans entraver le fonctionnement de la société, les manifestants sont tolérés. Dès qu’ils vont au-delà, plutôt que de les interroger sur les motifs de leur colère, les journalistes enjoignent à leur porte-parole de s’expliquer sur cette « violence » et, surtout, de la condamner. Lors du mouvement des Gilets jaunes, François Ruffin est interrogé sur France Bleu Provence le 18 mars 2019 ; la première question qui lui est posée est « toute simple » : « Est-ce que vous condamnez les violences sur les Champs-Élysées, samedi à Paris ? » Les suivantes sont de la même eau. Trois ans plus tôt, dans une séquence surréaliste diffusée sur BFM-TV, Apolline de Malherbe pose huit fois la même question à Olivier Besancenot à la suite de débordements en marges des défilés du 1er Mai : « Est-ce que vous condamnez les violences ? » Les réponses du porte-parole du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste) et sa volonté de débattre du fond (la loi dite « El Khomri ») n’entament en rien la pugnacité de l’animatrice. Elle répétera onze fois une deuxième question : « Les casseurs sont-ils des manifestants [12] ? »
La même morgue s’observe à chaque campagne présidentielle. Le 19 mars 2017, invité d’Europe 1, à la veille du « grand débat », Hervé Gattegno – directeur de la rédaction du Journal du dimanche et éditorialiste à RMC et BFM-TV – revient sur le choix de TF1 de ne convier que les cinq « gros » candidats : « Si on veut un débat sérieux, un débat où on aborde les vrais thèmes, il faut se concentrer sur les candidats qui peuvent prétendre vraiment gouverner le pays. Vous savez, avec onze candidats, dont un complotiste, deux trotskistes et celui qui veut coloniser la planète Mars, ce n’est plus un débat, c’est un jeu télévisé. C’est-à-dire que c’est au mieux "Questions pour un champion", au pire, "Le Maillon faible". » Ouvrier et candidat du NPA pour les élections présidentielles de 2012 et de 2017, Philippe Poutou explique la disposition des médias à sélectionner les « bons clients » : « La plupart du temps, c’est Olivier [Besancenot] qui est invité […]. Depuis quelques semaines, nous proposions à nouveau que ce soit moi qui participe aux émissions, en tant que candidat à la prochaine présidentielle mais aussi en tant que porte-parole du parti, histoire de montrer un autre visage du NPA. Parfois, les télévisions acceptent, mais c’est rare. On nous répond souvent : “C’est promis, on invitera Poutou la prochaine fois !” Et puis, la fois suivante, c’est encore Olivier. Tous agissent de la même manière [13]. » Les médias entendent choisir eux-mêmes les porte-parole des organisations politiques ou des mouvements sociaux, ceux qui font de l’audience, ceux qui maîtrisent les « codes » comme la concision de l’expression.
Mais, de manière plus générale, « pour parler à la télévision, résume l’Observatoire des inégalités, mieux vaut savoir maîtriser le discours en public. La parole est donc donnée, dans l’immense majorité des cas, à ceux qui la manient le mieux, c’est-à-dire aux plus diplômés et aux catégories favorisées [14]. » Lors de la crise sanitaire de 2020-2021, ce sont presque toujours des médecins qui ont été conviés aux matinales des grandes chaînes de radio (92 % des invitations durant les mois de mars et avril 2020) [15] et, plus encore, des chefs de services. Les autres travailleurs médicaux, travailleuses pour la plupart, n’ont pas eu droit de cité. Ce sont pourtant les infirmières, les aides-soignantes ou les agents des services hospitaliers chargées de l’entretien et de la désinfection des locaux qui sont les plus nombreuses à l’hôpital. Ce sont elles aussi qui ont été directement chargées de mettre en œuvre la réorganisation des services, de gérer les plannings et le matériel ou qui furent les plus mobilisées pour dénoncer la destruction de l’hôpital public en 2019-2020 ou les pénuries à répétition (lits, respirateurs, masques).
À quoi tient cette disparité ? Sans doute en grande partie au profil des journalistes, un peu le même dans toutes les rédactions. Cette uniformité est liée à la longueur de leurs études, souvent analogues [16], aux origines sociales communes (et aisées), aux lieux de résidence identiques (20 000 des 35 000 détenteurs de la carte de presse habitaient en région parisienne en 2018) et à des salaires supérieurs à la moyenne (le salaire médian des journalistes titulaires – 74 % de la profession – était de 2 800 euros net par mois en 2016. Celui de l’ensemble des Français était de 1 800 euros en 2015 selon l’Insee) [17]. En bas de la grille des salaires, les journalistes pigistes et en CDD touchent autour de 1 800 euros bruts. Une précarité que ne connaissent pas les chefferies du journalisme qui occupent l’espace médiatique, sélectionnent les sujets, construisent et éditorialisent l’information. Leurs revenus fluctuent entre 5 000 et 15 000 euros par mois pour les présentateurs/animateurs d’émission et journaux sur les télévisions et radios publiques, et entre 25 000 et 50 000 euros pour les mêmes fonctions dans les médias privés [18].
Stéphane Courbit, lui, habite à Neuilly-sur-Seine (ou à Saint-Tropez l’été). 114e fortune de France, l’homme d’affaires à la tête de Banijay a importé les émissions de téléréalité en France. Après « Loft Story » en 2001, c’est lui qui a produit en 2011 l’émission à succès « Les Ch’tis » sur W9, puis, en 2012, sa déclinaison provençale, « Les Marseillais ». Le « concept » est le suivant : suivre quotidiennement durant plus d’un mois des candidats locaux issus principalement de milieux modestes et travaillant dans le monde de la nuit (barman, serveuse, DJ, danseuse…). À chaque saison, ils découvrent un lieu paradisiaque (Ibiza, Las Vegas, Hollywood, Cancún, Rio…). Le succès de l’émission repose sur un montage perfide surlignant les fautes de français des uns ou les réflexions niaises des autres, en saupoudrant le tout de disputes et de larmes. Les « héros » – et surtout les « héroïnes » – ne semblent préoccupés que par leur apparence et leur succès (éphémère).
Si, à des fins commerciales, ces émissions de divertissement accordent davantage de place aux classes populaires – et si ces émissions sont sans doute davantage regardées par les classes populaires –, ce qu’elles disent du peuple, ou d’un certain rapport au peuple, ne diffère pas vraiment de ce qu’on entend sur les plateaux ou dans les studios des programmes d’information. Dans son roman Comme un empire dans un empire [19], Alice Zeniter décrit les jurés du télécrochet « The Voice », feignant « de souffrir plus que les candidats qu’ils éliminaient », leur volant « toute possibilité de parler de la violence du procédé, secondés en cela par la réalisation qui braquait les caméras sur les chanteurs connus, émus aux larmes ». Et la romancière de comparer à « la casse sociale à l’œuvre dans le pays. Après tout, c’était le même show : un patron millionnaire ou un ministre à la retraite assurée venait déclarer à la télévision que c’était dur pour lui, cette fermeture d’usine, vraiment dur, quelle vacherie, la réalité économique se fout des sentiments, elle les piétine, pourtant j’aurais voulu… »
Consterné devant cette mascarade, le héros du roman de Zeniter « aurait voulu voir des Gilets jaunes faire irruption sur le plateau ». Avec leur mobilisation, en tout état de cause, deux mondes se sont affrontés : d’un côté des manifestants s’organisant en dehors des cadres habituels (hors syndicats, partis politiques…), via les réseaux sociaux, et contre les grands médias ; et, de l’autre, des journalistes (et leurs auditeurs) refusant de sortir de leur confort et arcboutés sur l’image (le cliché) qu’ils se faisaient des Gilets jaunes. Ce traitement réservé à la classe ouvrière, à ses représentants et aux syndicalistes relève aussi du refus de toute opposition au libéralisme économique. Comme l’expliquait le journaliste Michel Naudy, dans le film Les Nouveaux Chiens de garde, « pour la très grande majorité [des journalistes], dès l’instant où [les membres des classes populaires] sortent de leur rôle, […] alors ils deviennent dangereux. Parce qu’ils rompent avec le consensus mou de la démocratie molle. Ils rompent la règle du jeu, ils brûlent des pneus, ils occupent des usines, ils séquestrent des patrons, ils sont hors le champ social. Et là, l’appareil idéologique montre ses dents et mord cruellement. Et ce qui est moquerie de classe devient, à certains égards, exclusion, voire haine de classe [20]. »
Et, à l’inverse, les médias traditionnels, quels sentiments inspirent-ils au peuple ? S’ils ont exercé leur emprise sur le public tout au long du XXe siècle, leur crédit a depuis été fortement entamé : les charniers de Timisoara, les guerres du Golfe, les armes de destruction massive en Irak, le Kosovo, le Traité constitutionnel européen, les « faits divers » (Outreau, RER D, etc.), sont passés par là et ont laissé des traces. Mais il faut le souligner : il n’y a pas que des animateurs vedettes et des commentateurs qui ont été impliqués dans la propagation de fake news et dans la propagande en tous genres. Il y a eu des directeurs de journaux, des rédacteurs en chef, mais aussi des journalistes, des reporters, des photographes… Des journalistes inconnus, des reporters inconnus, des photographes inconnus. La pression subie, la précarité réelle, ne doivent pas faire oublier que les journalistes – tous les journalistes – ont une responsabilité qui mérite une exigence sans faille.
Florence Aubenas raconte comment, à la fin de son enquête pour Le Quai de Ouistreham [21], lorsqu’elle est allée trouver ses collègues femmes de ménage pour leur révéler qu’elle était journaliste, l’une d’entre elle lui a répondu : « Depuis quand les journalistes s’intéressent à nous ? » Pour la grande reporter, « l’échec du journalisme, c’est vraiment ce manque de confiance que les lecteurs, les auditeurs ont vis-à-vis de nous […]. Les informations qu’on donne de la société […] ne sont pas celles qu’ils aimeraient partager ou celles qu’ils aimeraient connaître. Elles sont celles qui nous intéressent, qui intéressent ce monde clos de la presse, qui a ses codes, qui a ses intérêts […] Et je pense ça, c’est un sacré problème [22]. »
« Ça et la proximité avec nos sources, ajoute Aubenas. On me demande souvent “mais vous n’êtes pas trop proche des gens ?” et effectivement à Ouistreham j’ai gardé des copines […]. Mais, le problème, ce n’est pas d’être copine avec une femme qui fait le ménage à Ouistreham ou quelqu’un qui travaille dans une usine de plastique à Montréal-la-Cluse. Non, le problème c’est quand on est copain avec Macron ou avec un chef d’entreprise puissant qui vous tient en son pouvoir. » En effet, si les médias ne réussissent plus à prescrire ce qu’il faut penser, ils continuent de fixer, avec l’aide des dirigeants politiques et économiques, l’agenda médiatique. Ils imposent ainsi ce à quoi il faut penser. Pour le sociologue Patrick Champagne, « ce que l’on appelle le “pouvoir des médias” pourrait bien n’être pour l’essentiel que le pouvoir de ceux qui ont un intérêt à croire et à faire croire au pouvoir des médias, et dont font partie, au premier chef, tous ceux qui participent du pouvoir des médias [23]. » Loin, très loin du peuple.
Mathias Reymond
Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz est un important texte de la Rose-Croix paru en allemand à Strasbourg en 1616 sous le titre Chymische Hochzeit Christiani Rosencreutz anno 1459. Imprimé par Lazare Zetzner sans nom d'auteur1, il est attribué à Johann Valentin Andreae (1586-1654), qui prétend l'avoir écrit en 1604. Il n'a été traduit en français qu'en 19282. En 1619, le même auteur fait éditer chez Johan Thiemen le Practica Leonis Viridis avec comme sous titre : Der rechte und wahre fusteig zu dem koniglichen chymischen hochzeit saal F.R.C. (le juste et véritable sentier d’accès à la salle des Noces Chymiques Royales F. R. C.) 3. Cet ouvrage était annoncé page 23 des Noces Chymiques (promissum autoris)4 et dévoile le symbolisme alchimique et mystique des Noces Chymiques. 5
L'action se situe en 1459. C'est un texte allégorique, poétique et satirique dans la tradition des grands textes alchimiques, qui narre à la première personne l'expérience de Christian Rosenkreutz, personnage fictif, durant sept journées.
Ce texte précise que les Rose-Croix « ne jettent pas de perles aux pourceaux, ni de roses aux ânes », indiquant qu'il s'agit d’une œuvre codée, ésotérique. D'une grande qualité littéraire, il se prête à de nombreuses interprétations.
On y relève particulièrement des aspects alchimiques, théologiques, allégoriques, psychologiques, spiritualistes, numérologiques, hermétistes qui révèlent des connaissances précises d'alchimie chrétienne, de magie, de mathématiques et un intérêt pour la mécanique et la pansophie.
Argument
Au cours de sept journées, Christian Rosenkreutz participe aux noces du Roi et de la Reine, qui culmine par la résurrection du couple royal.
Le Récit
Le premier jour
1- L'invitation
Les "Noces" débutent à la veille de Pâques, au moment où Christian Rose-Croix reçoit une invitation d'une vierge ailée, « vêtue d'une robe bleue parsemée délicatement d'étoiles d'or tel le ciel » et qui avait des ailes grandes et belles couvertes d'yeux, tenant dans sa main une trompette en or… Prenant son essor elle sonna de la trompette ce qui ébranla la montagne entière au point que C.R.C. n'entendit pas sa propre voix pendant un quart d'heure.
Il s'agit de la vierge Alchimia qui lui transmet une invitation aux Noces royales, l'informant que s'il ne s'y est pas préparé, ou s'il est trouvé trop léger, les Noces lui causeront dommage.
2- Le songe de C.R.C.
Cette tempête et l'avertissement qui s'ensuit le laissent désemparé et rempli de crainte.
Il s'endort et fait un rêve… Le voilà au fond d'une tour obscure d'une prison, avec d'autres personnes enchainées, luttant les unes contre les autres et se traitant mutuellement d'aveugles et de forçats. Il décrit ainsi les vains efforts de l'humanité dans le puits de l'ignorance et du désespoir.
Le couvercle de la tour est levé, mais sitôt qu'un rayon de lumière s'y infiltre, la réalité n'en devient que plus insupportable et chaotique. Une corde leur est jetée à sept reprises et chacun se démène aux dépens des autres pour être libéré. Dans cette lutte pour la survie, C.R.C. constate qu'il n'est pas en reste…
C.R.C. se hisse au sommet au moyen de la sixième corde qui passe à sa portée et de là, malgré ses blessures, il aide les autres à sortir. Leurs sauveteurs, regrettant de ne pouvoir sauver tous les hommes, lui remettent une médaille en or à l'effigie du soleil levant avec ce texte : « Deus Lux Solis vel Laus Semper » que l'on peut traduire par « Dieu, lumière du Soleil ou à Dieu soit la louange éternelle ».
Rasséréné, C.R.C. quitte sa cellule plein d'espoir et de joie et se met en marche vers la montagne « qui porte les trois temples » où doivent avoir lieu les "Noces".
Deuxième jour
1- La croisée des chemins
Christian Rose-Croix parvient à la croisée de quatre chemins. L'un doit être le bon, mais il ne sait lequel choisir.
Le premier est court mais périlleux, car il est plein d’écueils sur lesquels il peut facilement échouer. (C'est le chemin du développement personnel acquis par les exercices et le yoga, par exemple, chemin contraignant de l'ascèse ésotérique)
Le deuxième est plus long, à cause de ses longs détours, mais il est certain qu’il ne va pas dans la mauvaise direction. Il est plat et facile, à condition de ne dévier ni à droite ni à gauche, et cela à l’aide d’une "boussole". (C'est l'image classique de la voie de la lente évolution)
"Le troisième est la vraie Voie Royale, car il réconforte le cœur par toutes sortes de joies et de spectacles princiers. Cependant, jusqu’à ce jour, un homme seulement sur des milliers est parvenu à le suivre. (C'est la voie que C.R.C. va choisir, bien malgré lui, celle qui le conduira à la Salle des Noces)
Pour le quatrième chemin, "il n’a été permis à nul mortel d’atteindre le but, car sa puissance consume, et seuls des corps incorruptibles peuvent le supporter". (Chemin exclu donc pour lui)
C.R.C., dit le texte, doit choisir celui qu'il veut suivre et n’en plus dévier, car il ne pourrait, au péril de sa vie, revenir sur ses pas… Comment faire un tel choix ? Eh bien, d'une manière absolument spontanée. En désirant délivrer une colombe (symbole de l'âme) des attaques d'un corbeau, il en vient à s'engager dans sa voie prédestinée. Nous avons ici affaire à deux figures traditionnelles et antagonistes de l'alchimie.
2- Entrée au château des Noces
C.R.C. parvient finalement au château et dans la salle des Noces, il découvre de nombreux invités, qui ne voient dans leur présence aucune élection divine et ne trouvent dans celle de C.R.C. que sujet à rires et à moquerie… C'est une profonde déception pour notre héros.
« Les cris augmentaient toujours. Il y en avait aussi qui se vantaient de visions fausses et imaginaires, et racontaient des rêves effrayants et mensongers. »
Parait une resplendissante jeune fille au milieu de trompettes et de musique retentissantes, au milieu d'une lumière intense, qui souhaite la bienvenue aux invités, mais annonce qu'une pesée va avoir lieu :
"Afin qu’aucun imposteur ne se trouve ici,
que nul coquin n’aveugle les autres,
et que, dans le calme, sans trouble,
vous soyez élus pour les Noces très pures,
il faudra, demain, supporter
que chacun de vous soit pesé,
et que soit clairement mesuré
ce qu’en soi chacun a oublié."
Troisième jour
1- La scène du jugement (la pesée, l'épreuve)
Christian Rose-Croix et ses compagnons se préparent à l'épreuve. Ils seront confrontés à 7 poids qui n'ont ni la même grandeur ni la même forme, ceci sur une balance faite d'or pendue au milieu de la salle. L'or est effectivement un métal mythique, qui symbolise les exigences requises de chaque participant aux "Noces".
Les candidats sont divisés en trois groupes et C.R.C. dans sa grande humilité s'estime indigne d'y participer. Il se tient donc en retrait avec d'autres personnes...
2- Les trois groupes (le résultat de la pesée)
Le premier groupe est composé d' "empereurs" et de nobles personnages qui résistaient parfois à un poids particulier, quelques-uns à plusieurs. Cependant rares furent ceux qui arrivèrent au bout de l'épreuve. Après que les nobles, les savants et d'autres eurent passé l'épreuve, vient le groupe des fripons, des pieux messieurs, des faiseurs de pierre philosophale, tous ceux qui abusent des autres et du peuple. Tous furent chassés de la balance à coups de fouet, ficelés comme les autres vaincus et conduits vers les autres prisonniers…
L'épreuve terminée, on proposa de peser le groupe de ceux qui avaient préféré ne pas participer aux Noces et qui se jugeaient indignes, même si, comme C.R.C. lui-même, ils s'y étaient préparés toute leur vie.
C.R.C. bien sûr, triomphe de tous les poids au point qu'on tente de le soulever par la force et de suspendre trois hommes à l'autre plateau. Il reçoit à son tour un habit de velours rouge et une branche de laurier et reçoit la liberté de libérer un prisonnier de son choix.
3- Les six sentences
4- Les 10 anecdotes
Les candidats sont confrontés à un ensemble d'énigmes, qui sont en fait les inextricables difficultés de la vie, mais aussi les rapports de l'homme et de la femme…
5- La fêtes des Noces est annoncée par la vierge Alchimia
Quatrième jour
1- Hermès, source originelle des Mystères
Le quatrième jour commence par une confrontation avec la source hermétique qui jaillit là- par "décret divin et avec l'assistance de l'Art" comme remède régénérateur.
Cette fontaine est le point de départ de la sagesse et de la quête :
"Qui le veut, s'abreuve à moi
Qui le veut se purifie en moi
Qui l'ose m'agite.
Buvez, Frères et vivez…"
2- C.R.C. reçoit un nouveau vêtement ainsi que la Toison d'or
S'étant purifié et lavé à la fontaine, après avoir bu dans une coupe d'or pur, C.R.C. reçoit un nouvel habit, puis la Toison d'Or ornée de pierres précieuses.
3- L'escalier royal de la Salle des Noces
Nanti de sa nouvelle dignité, C.R.C., précédé par Alchimia, est conduit par un escalier de 365 marches jusqu'à la vision du Roi et de la Reine dans toute leur majesté, au point qu'il en est incapable de soutenir la vue.
« Comme les étoiles dans le ciel, cela dépassait en sublimité tout que j'avais tenu pour beau jusqu'à présent. » Telle est la vision qu'offre la "Salle des Noces"…
4- Les 6 personnes royales
5- Description de l'autel et de l'ornement de la Salle des Noces
6- Statues animées, pages et jeunes filles
7- Une représentation théâtrale à la Maison du Soleil
8- La décapitation des personnes royales
9- 7 vaisseaux et 7 flammes Les cercueils contenant les corps inanimés des personnes royales sont placés en secret dans sept vaisseaux merveilleux. Environnés de lumière, ceux-ci prennent la mer.
Cinquième jour
Dame Vénus
Au matin, C.R.C. découvre une crypte où repose, comme morte, dame Vénus (déesse de l'Amour) dans toute sa réalité céleste, parfaite, et inviolable... Ainsi l'aperçoit-il, réelle et dévoilée, au point qu'il en reste cloué sur place…
Il est dit que lorsque le processus de transmutation alchimique aura été complètement accompli, « Vénus se réveillera et sera Mère d'un Roi »…
Les candidats montent à bord des navires, sortent de la baie et atteignent la mer de la plénitude, où a lieu la rencontre avec toute une foule de sirènes et de nymphes qui offrent une perle précieuse en guise de cadeau de Noces et entonnent un hymne à l'Amour, dont semble émaner la manifestation universelle, chant en sept couplets :
"Qui, un jour, nous donna la Vie?
L'Amour.
Qui nous rendit la Grâce?
L'Amour.
D'où sommes-nous issus?
De l'Amour
Comment nous sommes nous perdus ?
Par manque d'Amour."
La Tour de l'Olympe
La Tour de l'Olympe est le lieu où doit s'accomplir la résurrection des personnes royales, ou sous une autre forme, l'Esprit (le roi), l'Âme (la Reine) en la personne de Christian Rose-Croix (le corps). Cette Tour, qui a également sept étages, se trouve au sein d'une île représentant un carré parfait.
Le cinquième jour s'achève à l'étage inférieur de la tour, qui s'avère un laboratoire… C.R.C. et ses compagnons doivent « y laver des plantes, des pierres précieuses et d'autres matières, en extraire la sève et l'essence, mettre le tout en flacons et les garder en réserve… » La nuit venue, C.R.C. contemple la mer, et les flammes symbolisant les corps des rois décapités, ceci au sein d'une véritable symphonie cosmique, la lune brille avec une grande vivacité, la mer étant d'une calme absolu et les connaissances astronomiques de C.R.C. lui révèlent une conjonction de planètes comme on n'en observerait pas de sitôt.
Sixième jour
Au début du sixième jour, les candidats sont réunis dans l'étage inférieur de la Tour septuple et le résultat de leur travail ayant en vue la résurrection des personnes royales est examiné ; purifiés, ils s'apprêtent à pénétrer dans le deuxième étage de la Tour.
Ailes, cordes et échelles
Pour cela, chacun reçoit soit une échelle, soit une corde, soit des ailes.
L'échelle, instrument donné à C.R.C., représente la colonne vertébrale et s'élève ainsi du plexus sacré jusqu'à la région de la pinéale… (symbole repris par la Tour, qui est elle-même septuple). Elle est le symbole de l'acte parfaitement conforme aux plus hautes aspirations, ce qui inclut un chemin harassant et d'intenses purifications.
La corde est celle du mystique qui vit par le cœur. C'est celle de la certitude.
Les ailes représentent tous ceux qui vivent pour le Savoir. Ce sont celles de la pensée.
Ainsi sont représentés trois aspects humains qui participent au processus des Noces Alchimiques.
Six cellules, douze musiciens et un coffre
Au deuxième étage de la Tour, les alchimistes sont confrontés à six belles cellules, légèrement surélevées, auxquelles on accède par trois marches. C.R.C. et ses compagnons y sont répartis afin de "prier pour la vie du Roi et de la Reine".
Puis on amène un coffre, assez grand pour contenir les cadavres des six personnes royales qui seront littéralement liquéfiés.
Puis vient le troisième étage…
Le globe d'or, les portes, les miroirs et l'éclat du soleil
Au centre de la salle, un globe d'or est chauffé par l'éclat du soleil qui se reflète sur les miroirs disposés tout autour. Après avoir couvert les miroirs et laissé refroidir le globe, C.R.C. et ses compagnons le coupe en deux et y découvre un œuf. La Vierge qui les accompagne le récupère et envoie les candidats vers l'étage suivant.
L'éclosion de l’œuf
Au quatrième étage, ils retrouvent l’œuf qui finit d'incuber. Un oiseau noir ensanglanté en sort. La Vierge le nourrit de sang des rois décapités, les plumes noires tombent alors, remplacées par des blanches.
Le bain et l'oiseau bleu
Au cinquième étage, l'oiseau, maintenant de taille adulte, est baigné. Il perd toutes ses plumes, qui en se dissolvant dans l'eau y laisse une poudre bleue. L'oiseau sans plumes a une peau blanche, telle celle d'un homme. Ils appliquent la poudre bleue sur le corps de l'oiseau, lui laissant juste la tête blanche.
La mort de l'oiseau bleu
Au sixième étage, C.R.C. et ses compagnons retrouvent 6 objets qu'ils ont croisé dans leur quête ainsi que l'oiseau. Celui-ci est décapité, incinéré et ses cendres recueillies par la Vierge.
Elle annonce alors que quatre candidats ne sont pas dignes d'atteindre le dernier étage, désignant C.R.C. et trois autres. Ils sont sortis de la salle et…
Le vieillard dans les combles et les figurines humaines
L'intervention de la Vierge et l'expulsion des quatre candidats était un subterfuge pour, en fait, isoler les quatre seuls dignes d'atteindre le sommet de la tour qui n'est pas le septième étage mais les combles au-dessus..
Pendant que la Vierge poursuit la cérémonie avec les compagnons au septième étage, C.R.C. et les trois autres retrouvent, sous les combles, un vieillard (déjà rencontré au premier étage).
Avec les cendres de l'oiseau et de l'eau, ils moulent deux figurines, un garçonnet et une fillette. Puis, ils font couler le sang de l'oiseau, collecté avant son incinération, sur les figurines. Celles-ci grandissent alors jusqu'à atteindre une taille adulte mais restent inertes, de simples figurines à la peau lisse, humaine, mais sans vie.
Un éclat de feu, à travers un trou dans le toit, frappe chaque corps, les ramenant alors à la vie. Le Roi et la Reine sont ainsi ressuscités.
C.R.C. et ses compagnons finissent la journée dans la Tour, mangent, se reposent et se préparent au départ.
Septième jour
Christian Rose-Croix quitte la Tour de l’Olympe, en tant que Chevalier de la Toison d'or. Les 12 navires qui composent la flotte des candidats arborent chacun le pavillon d’un signe du zodiaque. Celui de C.R.C. arbore le signe de la Balance.
À peine ont-ils quitté le large pour pénétrer dans la baie, qu’ils aperçoivent 500 vaisseaux dont l’un étincelle d’or pur et de pierres précieuses. À son bord se trouvent le Roi et la Reine que d’aucuns pensaient encore défunts. À peine parvenus à terre, le roi chevauchant en compagnie de C.R.C. reçoit une étrange missive.
Elle émane d’un gardien à l’habit bleu, celui qui avait la garde du premier portail et qui a transmis à C.R.C. le signe lui permettant de franchir sans encombre les épreuves de la balance et de l’initiation, dont le maître mot est « Purification ». Qui était ce gardien ? C’était un astrologue réputé et de renom… Mais un jour, ayant contemplé Dame Vénus dans son lit, il avait reçu comme châtiment de garder la première porte, jusqu’au moment où quelqu’un le libérerait de cette charge.
Les serviteurs de la Rose-Croix reçoivent alors les règles de leur Ordre :
Ne reconnaître comme fondement de l’Ordre aucun esprit ou démon, mais Dieu seul
Avoir en horreur toute idolâtrie, impudicité et impureté
Ne venir en aide avec ses Dons qu’à ceux qui en sont dignes et en ont besoin
Ne pas employer cet honneur pour acquérir plus de gloire et de célébrité en ce monde
Ne pas vivre plus longtemps que Dieu ne le veut…
On leur donne les pouvoirs sur la Pauvreté, l’Ignorance et la Maladie…
C.R.C. inscrit alors les mots suivants :
« Le plus grand savoir est savoir que nous ne savons rien. »
« Frère C.R.C., Chevalier de la Pierre d’Or en l’année 1459. »
Puis il prend la place du gardien de la porte, le libérant de sa charge. Il devient lui-même le gardien, renonçant, le cœur brisé, au bonheur de jouir de tous les trésors spirituels qu’il avait acquis au cours de ces épreuves.
Mais les Noces s’achèvent par ces mots : « Et alors qu’il croyait devoir être le gardien du portail, le lendemain matin, lui, l’auteur de cet écrit, est retourné dans sa patrie. »
Bibliographie
Traductions
Les noces chymiques de Christian Rosencreutz [archive], trad. de l'all. Auriger, Chacornac, 1928, XXIV-143 p. [1] [archive]
Les noces chymiques de Christian Rosencreutz [archive], trad. de l'all. Auriger, Chacornac, 1928, XXIV-143 [PDF]
Bernard Gorceix, La Bible des Rose-Croix, Traduction et commentaire des trois premiers écrits rosicruciens (1614-1615-1616), Presses universitaires de France, 1970
Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz, trad. Serge Hutin, Editions du Prisme, 1973.
J.-V. Andreae, Les Noces chymiques de Christian Rose-Croix 1459 consigné par J.-V. Andreae - Étude et commentaires de Rudolf Steiner (1918), Éditions Anthroposophiques Romandes.
Les Noces alchimiques de Christian Rose-Croix [archive] publiées et commentées pour les six premières journées par Jan van Rijckenborgh (Rozekruis-Pers Haarlem, Pays-Bas ) (vers 1940)
Les Noces Chymiques De Christian Rose-Croix, publiées et commentées pour le septième jour par Henk Leene, Éditions Chanteloup, France, 1989.
Études
Frances Yates, La lumière des Rose-Croix (1972), trad., Retz.
Aurélie Choné, Jean-Pierre Brach (éd.), Un roman alchimique à Strasbourg, Les Noces Chymiques de Christian Rose-Croix / Ein alchimistischer Roman in Straßburg. Die Chymische Hochzeit des Christian Rosencreutz, 1616-2016, Recherches germaniques, Hors-série n°13, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2018 (lire en ligne [archive])
R. Eddighoffer, Rose-Croix et société idéale selon Johann Valentin Andreae, 2 vol., 1982-1987.
Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Ed/ Robert Laffont, coll. "Bouquins".
Notes et références
Olivier Deloignon,, « « Sous l'égide de Minerve et de la science immuable. Lazare Zetzner, bibliopole et éditeur des Noces Chymiques dans le contexte éditorial strasbourgeois », », Recherches germaniques hors-série n° 13/2018, Presses universitaires de Strasbourg,, juillet 2018 (ISBN 9791034400201, lire en ligne [archive])
Didier Kahn, Alchimie et paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Droz, coll. « Cahiers d'Humanisme et Renaissance », 2007, p. 417 (ISBN 2-600-00688-5)
(de) « practica leonis viridis » [archive]
(de) Johann Valentin Andreä, Chymische Hochzeit Christiani Rosencreutz anno 1459, Zetzner, 1616 (lire en ligne [archive])
valentin andreae (trad. de l'allemand), Practica leonis viridis : explication des "Noces chymiques [de] Christian Rosenkreutz", 1619, Plaisance, Éditions Clara Fama, décembre 2017, 167 p. (ISBN 978-2-917794-26-5)
Articles connexes
Rose-Croix
Johann Valentin Andreae
Christian Rose-Croix
fr.wikipedia.org/wiki/Les_Noces_Chymiques_de_Christian_Ro...
Place du Tertre
Des tabourets des chevalets La Place du Tertre s'installait
Les vacanciers déambulaient
Le fusain effleure la feuille
Un brin d'humour un p'tit clin d'oeil
Pour le touriste qu'il accueille
L'esquisse a pris tant de malice
Qu'on rit soudain par moquerie
Des traits osés de son portrait
Le pinceau étale les couleurs sur la toile
Amène les tons les nuances les tendances
Le peintre mélange l'esthétique à l'essence
Achève le tableau il va mettre la grand-voile
De la gouache où des pastels
Avec de l'eau c'est l'aquarelle
Et la palette pour l'arc-en-ciel à coté des silhouettistes
On voit on voit les portraitistes
On voit les caricaturistes ça barbouille pour gagner sa croûte
La peinture colore la route
Des visages rougis du mois d'août
Le pinceau étale les couleurs sur la toile
Amène les tons les nuances les tendances
Le peintre mélange l'esthétique à l'essence
Achève le tableau il va mettre la grand-voile
Le pinceau étale les couleurs sur la toile
Amène les tons les nuances les tendances
Le peintre mèlange l'esthétique à l'essence
Achève le tableau il va mettre la grand-voile.
TROIS JOURS BOULEVERSANTS
Vendredi matin, 9 heures.
Entendez-vous ces coups de marteau ? Ce sont les clous que l’on enfonce dans les mains et les pieds d’un homme pour le suspendre au bois de la croix, un homme qui n’a fait que du bien sur la terre, le seul juste et parfait que la terre ait connu parce qu’il venait du ciel. Il est venu pour nous dire la Vérité. La vérité n’est pas toujours agréable à entendre, dit-on souvent. Et quand c’est la lumière venant du ciel qui met en évidence la vérité sur l’homme, démasquant l’hypocrisie et dénonçant le mal, on n’en veut pas, il faut s’en débarrasser ! Après un simulacre de procès et des fausses accusations, il est condamné.
C’est ainsi que Jésus est crucifié entre deux malfaiteurs : le Juste est compté parmi les iniques ! Alors que, dans la honte, il souffre atrocement et entend les moqueries des chefs religieux et les insultes des passants, il implore son Père. Pour lui ? Non : pour ses bourreaux. Écoutez-Le : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Quel amour !
Vendredi midi.
Au moment le plus clair de la journée, la terre est entourée de ténèbres. Personne ne peut voir ses souffrances bien plus intenses encore. Sur Lui s’abat la sainte colère de Dieu contre nos péchés. Étant lui-même sans péché, le Fils de Dieu prend les nôtres à son compte et en subit le châtiment. Il se substitue aux coupables. Celui qui est la lumière du monde est caché par les ténèbres.
Vendredi, 3 heures de l’après-midi.
Dans cette nuit profonde, Il crie d’une forte voix, prouvant ainsi qu’Il a enduré la colère de Dieu dans toute sa force et sa lucidité :
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Puis, jetant encore un grand cri, Il expire. Le Prince de la vie entre dans la mort.
Quelques femmes regardent de loin. Elles aimaient Jésus. Elles L’ont suivi et servi depuis le début de son ministère. Que doivent-elles penser en voyant mort Celui en qui elles espéraient tant ? Il est difficile d’imaginer la tristesse des cœurs de celles et ceux qui ont perdu tout espoir.
Vendredi soir.
Deux hommes riches enlèvent le corps de Jésus, l’embaument et l’ensevelissent avec respect puis le placent dans un tombeau neuf taillé dans le roc. Ils roulent une lourde pierre en forme de disque devant l’entrée du tombeau pour qu’il soit bien fermé. Des femmes, le cœur triste et désespéré, ont suivi les deux hommes pour connaître l'emplacement du corps de Jésus. Elles lui apporteront des aromates et du parfum selon la coutume, mais pas maintenant, car le sabbat va commencer.
Du vendredi soir au dimanche matin.
Le sabbat commence le vendredi soir avant le coucher du soleil jusqu’au samedi soir après la tombée de la nuit. C’est le septième jour de la semaine que le Seigneur a institué comme jour de repos. Mais ce n’est certainement pas un repos pour le moral de ces femmes et des disciples qui ont suivi Jésus. Bien des pensées occupent leur esprit comme bien des questions auxquelles ils ne peuvent pas répondre. Jésus leur avait bien parlé à plusieurs reprises de sa mort prochaine, mais ils n’avaient pas compris (Marc 9 v.32). C’est un sabbat d’une profonde tristesse, de deuil et de pleurs pour ceux qui espéraient en Jésus qui leur a fait tant de promesses !
Dimanche matin.
Il est très tôt et il fait encore sombre. Deux femmes – Marie de Magdala et une autre Marie, la mère de Jacques – viennent au tombeau en se demandant qui roulera la pierre pour qu’elles puissent entrer : elle est si lourde ! Mais en arrivant, stupéfaction : la pierre est déjà roulée et le tombeau est vide. Comme elles sont en grande perplexité, un ange en vêtements éclatant de lumière leur apparaît et leur dit :
« N'ayez pas peur : je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié ; il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit… Hâtez-vous d'aller dire à ses disciples qu'il est ressuscité des morts. Voici, il va devant vous en Galilée : là vous le verrez »
Il est ressuscité ! Jésus est ressuscité ! Quelle bonne nouvelle et quelle joie pour ces femmes, et pour les disciples, quelle bonne nouvelle et quelle joie pour nous, chrétiens, de savoir que Jésus est vivant aux siècles des siècles !
Car s’il était resté dans la mort, où serait notre espérance ? L’apôtre Paul a écrit : « Si Christ n’a pas été ressuscité, notre foi est vaine, et nous sommes encore dans nos péchés… » (1 Corinthiens 15 v.17)
Jésus est ressuscité : À son apparente défaite publique sur la croix succède sa victoire sur la mort : Il sort du tombeau, rendant impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable (Hébreux 2 v.14).
Jésus est ressuscité : C’est la preuve de la pleine acceptation de Dieu dont les plans sont accomplis. Sa justice est satisfaite. Le prix du péché étant payé, Dieu peut pardonner le pécheur repentant et croyant.
Jésus est ressuscité : Après s’être présenté à ses disciples pendant quarante jours, il est remonté au ciel où il est maintenant assis à la droite de la Majesté (Hébreux 1 v.3), il est vivant aux siècles des siècles ! (Apocalypse 1 v.18)
Jésus est ressuscité : Ses promesses s’accompliront de façon certaine. Bientôt Il reviendra. Les croyants morts ressusciteront en premier lieu, puis ceux qui seront en vie seront enlevés et Il nous introduira tous ensemble dans la Maison du Père où Il nous a préparé une place auprès de Lui (Jean 14 v.2-3).
Pendant l’éternité, nous chanterons les louanges de Celui qui pour nous est mort et ressuscité.
A toi la gloire,
O Ressuscité !
A toi la victoire
Pour l'éternité !
Pour accéder au site ACRIMED
www.acrimed.org/Anatomie-d-une-campagne-mediatique-contre-la
le texte dans son intégralité:
Anatomie d’une campagne médiatique contre la gauche (1/3)
par Pauline Perrenot, jeudi 12 mai 2022
« Illusionniste », « prestidigitateur », « chefs à plume », « petites cervelles », « fascisme à visage humain », « Polichinelle hâbleur », « escroquerie », « chiens », « pitbulls », « danger pour la France », « insurgé de prédilection »… La campagne de la France insoumise pour les élections législatives, à laquelle se sont ralliées les autres formations de la gauche parlementaire (Générations-EELV-PS-PCF), a littéralement déchaîné les médias dominants. Éditorialistes et journalistes politiques ont orchestré, du PAF aux grands quotidiens nationaux, une cabale d’une rare violence que nous traiterons en trois temps : 1) Mépriser, délégitimer : l’Union populaire n’adviendra pas ; 2) Stigmatiser : haro sur les « islamogauchistes » ; 3) Traquer : sus aux « déviants » de la social-démocratie. Premier mouvement.
Aussitôt Emmanuel Macron réélu, les chiens de garde sécurisaient le périmètre de la « démocratie » en étouffant les critiques. « Dire du président qu’il a été "mal élu" ? C’est "ébranler la légitimité du vote, et par là même les fondements de la démocratie représentative" pour Le Monde. C’est "alimenter une défiance dans les institutions, dans notre système démocratique" pour David Pujadas. Des syndicats qui souhaitent être pris en compte ? "C’est factieux !" s’indigne Jean-Michel Aphatie. » Ce n’était là qu’un début.
« Des gens dangereux »
Pour Mathieu Bock-Côté (Europe 1, 27/04), « Jean-Luc Mélenchon veut accélérer la crise de régime », tenter « un coup de force » et « un dernier tour de piste avant de se laisser momifier vivant à la manière d’un petit Lénine français vénéré et contemplé par tous les sectateurs de la Révolution ». Un peu plus tôt sur la même antenne, face à Sonia Mabrouk, Raphaël Enthoven commentait l’affiche « Mélenchon Premier ministre » de la France insoumise, qui révélerait selon lui « qui [sont] les gens dangereux […] susceptibles de s’asseoir [sur les institutions] pour un bénéfice à peu près nul. » Un verdict partagé par l’ex-plume de Valeurs actuelles, Louis de Raguenel, désormais chef du service politique de la radio Bolloré : « À force de marteler ces messages dangereux, ça finit par donner aux ultras des espoirs de renversement de l’État. » (Europe 1, 2/05)
C’est donc de (violent) concert avec l’extrême droite que les chantres de « l’extrême centre » pointent, d’un seul et même doigt, le péril de l’époque : la France insoumise et l’union de la gauche. Sur LCI, Jean-Michel Aphatie prévenait ses confrères (29/04) :
Le fond de l’affaire, c’est qu’on dit que Marine Le Pen n’est pas républicaine, n’est pas démocrate, très bien, ça fait vingt ans qu’on fait une danse là-dessus à l’extrême-droite ! Et la France Insoumise, elle est comment ? Quel attachement à la démocratie et aux valeurs ?
L’éditocratie poursuivra précisément sur cette lancée. À commencer par Catherine Nay (Europe 1, 30/04) :
Si ça ne se passe pas comme prévu, « il faudra aller chercher la victoire dans la rue pour faire avancer la société ». Qui le dit ? C’est la Clémentine Autain [sic]. Vous savez avec son joli sourire et ses yeux myosotis. Et elle dit ça sans être morigénée par quiconque, c’est sa vision de la démocratie ! Ça s’appelle le fascisme à visage humain.
Dans Le Figaro (6/05), Ivan Rioufol monte d’un cran : « S’il y a un totalitarisme qui vient, c’est au cœur de la gauche marxiste et révolutionnaire qu’il faut le traquer, comme toujours historiquement. » Et de poursuivre : « L’entourloupe sur "le cordon sanitaire" a permis à l’extrême gauche, sectaire et violente, de se comporter en terrain conquis. Oui, il y a un danger pour la République. Mais il est à débusquer dans la stratégie d’infiltration insurrectionnelle du soi-disant Insoumis. » Le totalitarisme, c’est également ce que l’union de la gauche inspire à Bernard-Henri Lévy : « Avec cet accord Insoumis/socialistes, c’est Chavez qu’on accorde avec Jaurès. Poutine avec Léon Blum. Et voilà bradé, pour un plat de lentilles (une poignée de circonscriptions), tout le patient travail de la gauche, depuis 50 ans, pour conjurer sa tentation totalitaire. Navrant. » (Twitter, 4/05).
Sur LCI (6/05), Jean-François Kahn qualifie sans rire les Insoumis de « néo-bolcheviks ». « Un parti factieux, séditieux ? » interroge de son côté Frédéric Haziza (Radio J, 8/05). « Une secte » affirmait deux jours plus tôt Philippe Val (Europe 1, 6/05) : « Une secte dont certains militants se radicalisent sur internet, comme cette femme "gilet jaune", anti vax et mélenchoniste qui a récemment agressé un pompier », mais également « des irresponsables [qui] jouent la violence sociale contre le suffrage universel. » Un parti qui, en tout cas, « a réussi son pari de caler la gauche sur les extrêmes » selon Challenges (5/05), qualificatif employé partout, inspirant un espoir à Thomas Sotto face à Jean-Luc Mélenchon : « Est-ce que ça ne va pas faire le jeu d’Emmanuel Macron une gauche qui se radicalise ? » (France 2, 6/05).
Le 2 mai, date de l’accord entre la France insoumise et Europe Écologie les Verts (EELV), David Reyrat, journaliste sportif au Figaro, synthétise : « Pour être certain de ne pas être coincé dans une faille temporelle. On parle bien en 2022 de porter au pouvoir en France des trotskistes, des maoïstes, des communistes, des khmers verts. En 2022. En France. C’est bien ça ? Vous confirmez ? » (Twitter, 2/05, tweet supprimé depuis). Franz-Olivier Giesbert confirme dans Le Point (5/05) : « La haine est en marche et rien ne semble pouvoir l’arrêter ». On ne le lui fait pas dire… « Certes, nous ne sommes pas en 1789 quand la populace […] saccageait et pillait tout sur son passage. […] Il y a en ce printemps ensoleillé mais saturnien beaucoup d’électricité dans l’air, une violence verbale peu ordinaire, en particulier du côté des chefs à plume de la France insoumise. » Et le non-violent-verbal de qualifier les responsables insoumis de « mufles » et de « braillards », quelques lignes seulement avant de fustiger la « décomposition démocratique » du pays : « Une partie des "élites" de la France d’en haut […] commence à basculer dans l’extrémisme de gauche ». Diantre ! L’élite médiatique, au moins, aura été épargnée.
Pendant ce temps sur Twitter, en écoutant François Ruffin sur BFM-TV, l’ancien directeur du Nouvel Observateur Claude Weill weillise :
Ce type est un grand malade. « Il y a un bâton pour chasser Macron ! » […] s’excite-t-il. Étonnez-vous que des petites cervelles insoumises, échaudées par ces appels incessants à la haine et au déni de démocratie finissent par aller taper sur des pompiers… (3/04)
Qui est excité ?
Jacques Julliard dans Marianne, sans nul doute. Le 4 mai, il tempête dans l’édito « Oui à l’union, non à Mélenchon ! » : « Le mélenchonisme n’est ni l’avenir ni la justice, c’est une construction qui repose sur un homme et sur les branches pourries du mouvement social. Épargnons-nous ce retour en arrière. » Sur France 5 (5/05), Denis Olivennes alerte :
Il faut se souvenir de ce qu’a été Jean-Luc Mélenchon ! […] Il a quand même conspué les juges indépendants et la presse indépendante ! Je ne crois que ce que je vois. Et ce que je vois, c’est un leader qui a attaqué l’indépendance des juges, attaqué les journalistes, dont les amis c’est Poutine et Maduro, des gens qui n’acceptent pas la démocratie ! C’est ça Mélenchon !
Le magazine hebdomadaire des Échos fait campagne plus qu’à son tour, et directement par la voix de son directeur adjoint de la rédaction : « Mélenchon ou la défaite de la raison » titre-t-il son édito (2/05). Tout y passe : « Héros fatigué d’une gauche en déliquescence », « amoureux transi des dirigeants d’un Venezuela en ruine », « un "insoumis sauf avec les dictateurs" », des « convictions […] flottantes », la « gauche régressive ». Bref… « la folie Mélenchon ».
Un crachat que reprend en écho le rédacteur en chef adjoint de L’Est Républicain, dans l’édito qui garnit les huit titres du groupe Ebra – propriété du Crédit Mutuel (28/04) : « Jean-Luc Mélenchon incarne à merveille le Polichinelle hâbleur d’une gauche désorbitée, entraînée vers les abîmes d’une tragique bouffonnerie. » D’une rare brutalité contre « Méluche, le magnifique », l’éditorial se conclut sur un incontrôlable accès de mépris de classe : « Les chiens sont lâchés. Ses pitbulls aboient et mordent. [Mélenchon] est, nous dit-on l’idole des jeunes. Même diplômés. C’est dire l’incurie de l’époque. »
Un désespoir partagé par l’une des grandes figures macronistes du Monde, Françoise Fressoz, qui aligne les formules de courtoisie à l’égard de Jean-Luc Mélenchon : « Trublion », « prestidigitateur », « acteur talentueux, doublé d’un séduisant bonimenteur. À 70 ans, il joue la partition de sa vie, fait croire que la gauche radicale peut gouverner le pays. » (10/05) Le désarroi puise sa source au milieu de l’article : « Avant le premier tour, il y avait deux France, celle d’Emmanuel Macron et celle de Marine Le Pen. Le soir du 10 avril, une troisième a surgi, celle de Jean-Luc Mélenchon. Depuis, le vaincu s’emploie à la faire survivre et prospérer, au prix d’une personnalisation du pouvoir totalement assumée. »
Pendant ce temps sur Twitter, Raphaël Enthoven enthovenise :
UE, OTAN, Syrie, Russie, gilets jaunes, vaccins, oligarchie, populisme, mépris de la constitution... L’avenir de LFI est dans l’alliance avec le RN, plutôt que dans une OPA sur la gauche dont les autres membres doivent renoncer à leur identité pour gratter quelques circos. (2/04)
« On n’est pas en dictature ! Ce n’est pas Mélenchon qui décide ! »
« OPA », « coup de force », « au forceps », « destruction », « soumission ». Partout, le champ lexical mobilisé pour décrire le processus d’accord est celui de la violence, les journalistes politiques moulant leur discours dans les diatribes et le narratif des grands pontes du PS qui refusent l’alliance avec la France insoumise.
Le 5 mai, Le Figaro s’illustre à cet égard par sa Une tout en retenue – « Mélenchon soumet les Verts et le PS à la gauche extrême » – doublée d’un édito signé Vincent Tremolet de Villers, « Bienvenue en mélenchonie » :
De Catilina à Jean-Luc Mélenchon, on peut écrire, sans risque, que le niveau s’est effondré. Les grossiers appétits écrasent, sans aucune gêne, toute autre considération. Fabien Roussel lâche tout pour un steak aux lentilles, Olivier Faure montre qu’il a les dispositions pour ouvrir un stand à la grande braderie de Lille.
Brillant. Au moins autant que la chronique de son confrère Guillaume Tabard une page plus loin, relatant la « soumission idéologique » des « socialistes, écologistes et communistes […], passés sous les fourches caudines de l’Insoumis en renonçant à bien de leurs valeurs ». Dans « C ce soir » (France 5, 5/05), Thomas Snegaroff introduit l’émission – « Est-ce que le PS vit son moment populiste ? » – avant de présenter, entre autres, Denis Olivennes, « essayiste, chef d’entreprise » (et accessoirement co-gérant de Libération) : « Vous faites partie de ces figures de la gauche qui voient dans cet accord une forme de reddition, de capitulation, de soumission, de trahison, de suicide, vous me direz quel est le mot que vous préférez. » Réponse de l’intéressé : « Tous. »
Le but de Jean-Luc Mélenchon selon Christophe Barbier ? « Faire une OPA sur tous les restes de la gauche ». Plus encore ? « Digérer et déchirer la gauche […], et ce qu’il ne digère pas, il veut le déchirer. […] Le rêve du trotskyste Mélenchon, c’est de détruire ce qu’il déteste le plus : ce n’est pas la droite, ce n’est pas l’extrême droite, ce n’est pas Macron ! C’est la social-démocratie ! » (RMC, 3/03) « Lider maximo » titre encore BFM-TV (5/05), dont Alain Marschall donne une déclinaison au moment d’interroger Aymeric Caron : « Le parti socialiste a été liquidé avec gourmandise ? » Sur RMC (3/03), la journaliste Catherine Rambert s’insurge : « On n’est pas en dictature ! Ce n’est pas Mélenchon qui décide ! » avant de s’illustrer par des propos homophobes et orduriers :
- Catherine Rambert : J’ai une pensée et beaucoup de compassion pour les communistes, pour le PS et pour les Verts qui sont en train d’avaler d’énormes couleuvres pour rentrer dans cette union au forceps. Et quand je dis « avaler des couleuvres », je ne suis pas certaine que ça passe par là mais enfin bon, on ne va pas faire un cours d’anatomie aujourd’hui !
- Daniel Riolo : On ne sait même pas si c’est des couleuvres hein Catherine !
De la hargne à l’insulte, il n’y a qu’un pas… que franchit également – comme de coutume –, et sans trébucher, le dessinateur du Point, Xavier Gorce : « Connaissez-vous cette vieille comptine ? "Ce petit animal a la peau si tendue ; Que quand il ferme un œil ; Il ouvre le trou du cul." Pourquoi le sourire de Mélenchon me la rappelle ? » (Twitter, 27/04) Une berceuse que lui inspire la fameuse affiche de la discorde.
Pile « hargne », face « moquerie »
Dans Paris Match (5/05), Gilles Martin-Chauffier met à profit son mépris pour réussir l’un des meilleurs portraits du moment : Jean-Luc Mélenchon en « insurgé de prédilection », « faire-valoir du pouvoir ». Extrait :
Comme un interrupteur, il ne possède que deux positions : allumé ou disjoncté. Sur une estrade, sur un plateau, dans son bureau, il faut qu’il attire l’attention. […] Une fois en scène, il porte le béret du Che, l’auréole de saint François d’Assise (les animaux sont un autre de ses dadas) et la kalachnikov de Castro. Et ça passe : sans avoir jamais pointé dans une entreprise ni lancé un pavé, ce révolutionnaire institutionnel est la voix reconnue des rebelles. Donc il proteste. Le sexisme, le racisme, le nucléaire, les OGM, le capitalisme, la chasse aux bébés phoques, la pluie en été, tout lui tourne les sangs. Malheureusement pour lui, si élevé soit l’arbre, ses feuilles tombent toujours par terre. Les capitalistes se moquent de ses diatribes comme de leur première OPA. Et les sceptiques ricanent : quitte à lutter contre le racisme, à aider le tiers-monde, à préserver la planète, n’importe quelle multinationale en fait cent fois plus que lui. Le leader des insoumis tire plus de flèches qu’il n’abat de proies.
Puis, le 4 mai, L’Obs se joint au concert des petites mesquineries : « Bientôt primus inter pares, le nouveau chantre de l’union de la gauche s’est imaginé un destin de rechange. […] Le voilà qui prétend marcher sur les traces de Léon Blum […] ou de François Mitterrand […]. Mélenchon se voit à Matignon. Un scénario encore bien improbable. Mais, le cas échéant, il ne serait ni Blum, ni Mitterrand. » Invitée sur le service public – qui plébiscite donc ses outrances sur Europe 1 – Catherine Nay opte pour le filon culinaire : « Jean-Luc Mélenchon doit beaucoup jubiler [...] mais il veut faire un soufflé avec des miettes ! » Plus tard : « Il s’allie chacun pour un plat de lentilles ! » Mais encore ? « Jean-Luc Mélenchon a toujours tendance à faire d’un chou un potager. » Enfin ? « La grand-mère déguisée en loup, c’est Mélenchon. » (France 5, 3/05).
Sur « Quotidien » aussi, on se bidonne avec l’union de la gauche au moment d’interroger Julien Bayou à la sortie du local de campagne de la France insoumise : « Le couple LFI-EELV s’est fait hier. Là, c’est quoi le challenge quand on se met à faire un trouple ? » Et les journalistes start-up tiennent à faire savoir qu’ils peuvent, comme Catherine Nay, filer les métaphores : « Vous pensez que ça va être une relation passionnelle ? Mais tumultueuse ? » ; « Il y a un mariage pour demain ? » ; « À deux, c’est déjà fait, à trois on va voir, et là à quatre euh… ? » (TMC, 3/05)
Enfin, après avoir vitupéré contre un rassemblement « navrant », « assez minable » et témoignant d’une « inconséquence politique » (LCI, 4/05), Jean-Michel Aphatie fanfaronne deux jours plus tard : « Hélas, le titre grille le suspense, c’est pas très grave ! Dans les bons films, on essaie de regarder jusqu’au bout ! » et joue les maîtres de foire du plateau : « Olivier Faure, […] vous allez voir, a commenté cet événement avec un enthousiasme désarmant devant les journalistes hier soir ! Il est un peu fatigué le pauvre, il a eu des journées très, très longues, cette semaine ! [Rires] […] Bon, et puis après, il est allé se coucher ! » (LCI, 6/05)
Pendant ce temps sur Twitter, Enthoven enthovenise – les Insoumis « sont définitivement (car délibérément) imperméables à la raison ». Quid des éditorialistes ?
Intermède : le 1er mai ? La violence
Pour ne pas rompre le rythme, il va sans dire qu’au lendemain du 1er mai, comme le jour même, les médias dominants concentrent leurs forces éditoriales sur « les violences » de la manifestation (parisienne). Les chaînes d’info en continu diffusent en boucle l’agression d’un pompier par une manifestante, tandis que France Inter se fend d’une brillante exclusivité : le « soutien à Mélenchon » de la manifestante en question, sur la base d’une exégèse de tweets qui permit à la rédaction de dénicher l’arme du crime : « Un selfie dans l’isoloir avec un bulletin Mélenchon » (2/05).
Le soir dans « C dans l’air » (France 5, 2/05), on apprendra par Fanny Guinochet que les militants autonomes « souvent s’en prennent […] aux biens publics » comme « l’hôpital » avant que Caroline Roux mentionne seulement la revendication des salaires entre deux virgules… pour mieux embrayer : « Les Français auront surtout vu des scènes de violences, de pillages, en marge de cette manifestation. » Discours performatif au carré : s’ensuit un reportage de 15 secondes, dans lequel en effet, les Français verront exclusivement – soit non plus « en marge » – des scènes de pillage. Le clou du spectacle est atteint dans Le Figaro (6/05), avec Ivan Rioufol :
Les « antifas » ont une nouvelle fois semé la terreur en brisant des commerces sur leur passage. Or ces milices, qui sévissent au nez de la police, sont les bras armés de l’extrême gauche. Ces nouvelles « chemises noires » partagent avec LFI, la violence en plus, les mêmes objectifs politiques.
Mais à cet égard, notre palme revient à l’émission « Estelle Midi » (RMC, 3/04). Vingt minutes de bashing en roue libre, réparties entre trois chroniqueurs. Mélenchon ? Un « illusionniste », dont Daniel Riolo entend révéler la vraie nature :
On l’a vu à la manif, […] dans les électeurs de Mélenchon, il y a cette jeune dame qui trouve ça bien de se balader avec des tournevis et des marteaux pour taper sur les pompiers. C’est cette extrême gauche là, aussi, qu’il y a dans le bloc Mélenchon ! Donc à un moment, je crois quand même que les gens vont devoir ouvrir les yeux, exactement comme on les ouvre parfois sur d’autres partis et se rendre compte que le bulletin […] Nupes là, c’est un danger pour la France !
Une violence qui se prolonge lors des « prises de parole » des auditeurs. « Antonio », employé dans un service technique hospitalier et électeur de Jean-Luc Mélenchon, ne peut s’exprimer plus de dix secondes en continu sans subir les foudres obsessionnelles de Daniel Riolo :
Eh Antonio ! Vous, la violence de Mélenchon, elle ne vous gêne pas ? [Quelle violence ?] Bah qu’on agresse des pompiers ? Il n’a pas condamné. Il n’a pas condamné. Il n’a pas condamné. Il n’a pas condamné. Il a accusé l’État de laisser la violence se propager. Il n’a pas condamné. Le discours sur la police, l’agression des pompiers, il n’a pas condamné !
Six fois.
Puis, « Antonio » est coupé au bout de six secondes : « Donc vous vous en foutez ! Dites-le ! » Sept secondes, et rebelote : « Donc vous, vous ne condamnez pas l’agression du pompier vous ? Bah il ne veut pas répondre ! Donc vous ne condamnez pas, monsieur ! [Je condamne toute violence.] Bah Mélenchon l’a pas fait ! » Puis… en fin d’émission :
- Daniel Riolo : Je crois que [Mélenchon] a fini par condamner l’agression de la jeune femme sur le pompier finalement, sur France Inter il me semble. [Non, sur Twitter, NDLR].
- Rémy Barret : Mais tu avais raison, il avait dit auparavant [Voooilà !] que les violences étaient inhérentes [Voooilà !] à la Préfecture de police [Voooilà !] qui n’avait pas fait son travail. [Voooilà !]
- Daniel Riolo : Voooilà. Il a mis le temps, il a réfléchi un peu. Voilà.
Voilà…
Chronique d’un échec annoncé
Alors que la quasi-totalité des éditorialistes accablent d’emblée une « union mal embarquée […], de bric et de broc » (Jean-Michel Aphatie, LCI, 6/05), « un mirage, une escroquerie » (Christophe Barbier, RMC, 3/03), une « fable » (Le Monde, 10/05), un « accord factice » et « moche » (Olivier Bost, RTL, 5/05), ou une alliance au « succès timide » (Challenges, 3/05) sur la base de premiers sondages, partout, les journalistes politiques tiennent également à faire la chronique de son échec annoncé. « Arme de conquête ou pistolet à eau ? » interroge Olivier Bost dans son édito en face-à-face avec Yves Calvi (RTL, 5/05). Spoil :
- Olivier Bost : Ça marche quand vous avez une dynamique pour prendre le pouvoir, réelle et basée sur des gens qui veulent exercer le pouvoir. Très concrètement là aujourd’hui, c’est pas du tout cette histoire-là puisque c’est les plus radicaux qui l’emportent et la radicalité n’a pas pour objectif aujourd’hui d’exercer le pouvoir.
- Yves Calvi : On a l’impression que cette union populaire, à peine commencée, elle a du plomb dans l’aile, en tout cas qu’on la prend pas au sérieux !
C’est le moins qu’on puisse dire…
« Comment va gouverner cet homme ? » s’insurge d’ailleurs Catherine Nay (Europe 1, 30/04). « Parce qu’on voit bien aussi que c’est quelqu’un qui a une certaine enflure de l’égo, qui ne veut pas quitter le pouvoir, qui n’admet pas d’avoir été défait ! Et plutôt que d’être déprimé comme il y a cinq ans, eh bien il dit "Le Premier ministre, c’est moi !" » Même tonalité dans Le Monde, qui prend position le 6 mai et tient à faire savoir sa déception : « manœuvre », « marchandages », chefs de partis qui « convoqu[ent] bruyamment l’Histoire », « Canossa des défaits », « contorsions sémantiques », « silences assourdissants », « reniements »… L’édito du Monde regorge de sentences pour une conclusion sans appel : cet accord « n’en fait […] pas un programme de gouvernement [...]. L’objectif de devenir la principale force d’opposition au président réélu peut permettre de s’en accommoder, tant bien que mal, à titre provisoire. Pas celui d’exercer les responsabilités. »
Jeff Wittenberg, éditorialiste politique pour France TV, en doute aussi très fortement : « Les femmes et les hommes qui vont porter le futur programme si vous gagnez […], est-ce qu’ils ont suffisamment d’expérience ? » ; « Toutes les personnalités de la France insoumise, celles qui vous rejoignent au PS, les Verts, personne n’a connu de responsabilité gouvernementale. Est-ce que ce n’est pas tout de même un handicap ? ; « Dites-nous si le manque d’expérience à la tête de l’État n’est pas un frein ? » (France Inter, 8/05, face à Jean-Luc Mélenchon). Rappelons qu’il y a cinq ans, les mêmes éditocrates sortaient les violons pour l’entrée de ladite « société civile » macroniste dans l’hémicycle.
Verdict plus violent dans l’édito des Échos (2/05). La gauche au pouvoir ? Une « supercherie », révélant « une profonde fascination pour le nihilisme. […] Mélenchon Premier ministre ? On se pince ! » Pas autant que nous… « Très difficile de réussir son pari » assène encore Christophe Barbier (BFM-TV, 5/05). L’une des raisons à cela ? « Le vote musulman. C’est-à-dire de ces 69% de Français qui se disent de confession musulmane et qui ont voté Jean-Luc Mélenchon. Ceux-là n’ont pas forcément envie d’aller voter pour X ou pour Y qui sera simplement le représentant de Mélenchon. Ils n’ont pas forcément adhéré à un programme, ils ont adhéré à cette personne. » Car il faut le savoir : ils sont bêtes (en plus d’être méchants).
Le programme ? « Archaïque » !
Un échec annoncé donc, qui n’empêche pas les journalistes politiques de délégitimer le programme de A à Z. Les positions de la France insoumise sur le nucléaire ? « Mentalité antiscientifique » et « désir régressif vers une nature fantasmée et divinisée » assène Mathieu Bock-Côté (Europe 1, 5/05). Jean-Luc Mélenchon évoque-t-il sur France Inter « une politique de la radicalité concrète sur le plan écologique » ? La journaliste Claire Gatinois (Le Monde) traduit : « Il y a une forme de brutalité sociale aussi du coup ? Vous nous dites […] j’applique mes actions quitte à ce que ce soit brutal finalement ? » (France Inter, 8/05). Et dans la matinale de RTL (2/05), Alba Ventura fait faire ses gammes à Stéphane Le Foll pour garnir les gros titres : « Il y a une dérive chez Jean-Luc Mélenchon ? C’est ce que vous êtes en train de nous dire ? […] Quand vous dites "autoritaire", quand vous dites "radicalité" ? »
Au Figaro (6/05), on prend nettement moins de pincettes au moment de dénoncer « une "soviétisation" de l’économie française à plus de 300 milliards par an ». Le programme pour Christophe Barbier ? « Impraticable et infinançable » (RMC, 3/05). « Des promesses intenables », « une radicalité [...] en tout cas anachronique » tance Alain Finkelkraut avant de nuancer : une « radicalité monstrueuse » (Europe 1, 10/05). « Ça serait la faillite si c’était appliqué ! » radote Jean-François Kahn sur LCI (6/05). Quant à Jacques Julliard dans Marianne (4/05), il en est « convaincu » : « L’application brutale de l’ensemble des propositions du programme de Mélenchon nous conduirait à la catastrophe. » « Complétement dingue » ajoute Denis Olivennes sur France 5 (5/05) :
Emmanuel Macron a fait la plus grosse relance keynésienne de toute l’histoire récente de la 5ème République ! Ce pays prétendument néolibéral atteint des niveaux de dépense publique, de dette publique, de dépense sociale, d’impôts, de fonctionnaires et de réglementations comme on n’en a jamais connus ! Et on va encore alourdir la bête ! Dans ce pays qui souffre déjà d’une faible croissance qui explique son niveau de chômage et son faible pouvoir d’achat, on va encore charger la mule et son ventre va toucher le sol ! Et on va rajouter encore 200 milliards de dépenses publiques, […] c’est complétement dingue !
Et pour sortir de la dinguerie, rien de tel qu’un recul historique avec François Lenglet. L’objet de sa chronique (RTL, 3/05) ? Faire état du « bilan économique désastreux de l’expérience du Front populaire » ! L’occasion pour l’éditocrate d’anachroniser sa rengaine en fustigeant la « surenchère syndicale » de l’époque, ainsi qu’une France « affaiblie par les grèves à répétition et les nationalisations. » Avant de se faire le porte-parole de Léon Blum, qui « doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe en entendant Jean-Luc Mélenchon récuser la construction européenne qui a tant manqué à l’époque. » Toute honte bue. Autres références, même tonalité sur Europe 1, où Nicolas Bouzou avertit ses contemporains (Europe 1, 4/05) :
La vérité, c’est que les programmes révolutionnaires du type « La France insoumise » n’ont jamais apporté rien d’autre que de la misère économique et sociale ! C’est toute l’histoire de l’Amérique Latine dans les années 1980 et 90, c’est parfaitement documenté historiquement. Ce type de programme met en place un système économique qui génère des rentes et qui entraîne une explosion des inégalités. Les riches, dans ce genre de système, s’en sortent toujours. Ce sont les plus fragiles qui en souffrent.
« Révolutionnaire » ? Rétrograde, en tout cas, pour Denis Olivennes : « Back to the future ! On va refaire le programme d’il y a 40 ans, on rentre dans la modernité en refaisant le programme commun des années 70. Ça, c’est l’avenir de la social-démocratie. Euh… non ! » (France 5, 5/05). Paraphrasé le même jour par Challenges : « Il y a des éléments de son discours qui nous ramènent quarante ans en arrière : retraite à 60 ans (alors que l’espérance de vie a gagné presque dix ans depuis), augmentation des impôts et des dépenses publiques (alors que celles-ci ont déjà progressé de dix points de PIB), intervention massive de l’État… Il n’y manque qu’un bon programme de nationalisations ! » Chiche ! L’Europe ? « La même rhétorique que celle de Marine Le Pen […]. Bref, comme avec le projet du Rassemblement national, cela s’appelle un "Frexit" sans le dire. À nous de le répéter. » La majorité des confrères s’y attèlent déjà, dont Frédéric Haziza, tapant sur un « programme anti-européen et pro-Poutine. » (Radio J, 8/05).
Mais la cabale vaut pour l’ensemble des aspects programmatiques : « Le blocage des prix ? C’est archaïque ! » vilipende Jean-Michel Aphatie (LCI, 6/05) avant de dérouler le prêchi-prêcha : « Tout le monde le sait : l’économie de marché, qu’on régule qu’on tempère, […] est la seule qui permet au consommateur et au producteur de vivre ensemble. » Puis : « Nationaliser les banques ? Mais pas un socialiste n’y croit ! » Et il ose :
On a l’exemple du Crédit Lyonnais, on a vu ce que ça a donné ! Des masses d’argent non contrôlées, du scandale, du gaspillage… Je ne sais pas si Jean-Luc Mélenchon y croit d’ailleurs ! Mais lui, il a toujours dit ça, donc au moins faisons lui le crédit d’une cohérence intellectuelle à défaut de la sincérité.
Et de poursuivre le dézingage en règle. La retraite à 60 ans ? « C’est l’un des plus gros bobards de la scène politique actuellement. Ça, Jean-Luc Mélenchon, il va falloir qu’il l’explique hein ! […] Parce que quand il était en campagne présidentielle, vraiment, personne n’a été attentif à ça. On est d’une complaisance souvent avec la gauche qui est très importante. »
« Complaisance » ? Dans le dictionnaire éditocratique, nom féminin ; définit l’attitude des médias sus-cités, et celle de Paris Match en particulier, au moment d’évoquer les militants et sympathisants de la France insoumise qui « vont refaire un tour de piste d’ici au mois de juin pour aider Jean-Luc Mélenchon. » (5/05) Par exemple ?
[L]es fameux zadistes qui chassent les paysans creusant des retenues d’eau sans leur permission. Au bout de quelques mois à jouer les Jacquou le Croquant, ils finiront à trente par sortir trois carottes et dix navets d’un terrain où un campagnard nourrissait un village à lui seul. Alors ils les apporteront sur le marché en tendant le poing et la sébile. Je vous rassure : entretemps, rien n’aura changé. Rien ne change jamais. Et Jean-Luc Mélenchon continuera de rêver de révolution comme la chaisière rêve d’épouser l’évêque.
Terminons ce premier volet sur le service public en compagnie de Renaud Dély, présentateur de « 28 Minutes » sur Arte, également éditorialiste et présentateur sur France Info. Pour l’auteur de l’essai Anatomie d’une trahison. La gauche contre le progrès (mai 2022), la séquence actuelle est plus qu’une aubaine : cabale et auto-promo, d’une pierre deux coups !
C’est donc en grand expert que Renaud Dély défile sur les ondes publiques : « C ce soir » (France 5, 2/05), France Inter (4/05) et « C à vous » (France 5, 5/05) – dont sont issus les propos qui suivent. Et en grand expert qu’il manie l’art des citations : « Comme disait le psychanalyste Jacques Lacan, "le réel, c’est quand on se cogne". » Voilà pourquoi les éditorialistes ne sont jamais assommés. « Le problème du projet unitaire qui est en voie d’être adopté, c’est qu’aussi sincère soit-il, il est en léger décalage avec le réel aujourd’hui sur de nombreux sujets ! » Plus précisément sur le fond du programme ?
C’est le signe d’une gauche qui perd confiance en elle, qui rompt aussi avec une certaine idée du progrès, en tout cas du mouvement. C’est une gauche qui est profondément à la fois repliée sur des identités, des communautés qui s’affrontent et repliée sur le passé, qui est nostalgique. […] Ces derniers jours, on entend beaucoup parler du Front populaire, […] c’était il y a 86 ans !
Le psychanalyste n’est pas encore au bout du raisonnement :
Et donc cette gauche [veut] se rassurer […] parce qu’elle perd pied face au réel, parce qu’elle a du mal à le comprendre, à comprendre sa complexité et à le réformer. […] Ça contribue probablement à flatter, à enthousiasmer même une frange militante c’est vrai, mais à réduire le champ de la gauche sur un espace beaucoup plus réduit électoralement et à la décaler de la réalité du pays.
Ce que confirment d’ailleurs noir sur blanc les résultats des deux dernières élections présidentielles.
D’autres griefs ? Anne-Élisabeth Lemoine se charge du lancement : « C’est une gauche qui donne beaucoup de leçons également ! » « C’est la gauche indignée » acquiesce Renaud Dély, du même ton paternaliste. « C’est légitime et heureux de s’indigner dans la vie face à l’injustice et au malheur, mais ça ne fait pas un projet politique ! » Il n’en fallait pas plus à Patrick Cohen : « Il y a une formule formidable vous vous rappelez, c’est celle de Malek Boutih, "la gauche est condamnée à se liquéfier dans sa méchanceté". » Et les éditorialistes dans leur arrogance… bourgeoise, comme le rappelle Renaud Dély au moment de parler « écologie » :
L’indignation ou la dénonciation d’une génération, par exemple les boomers […], ne suffit pas à construire le monde d’après ! Le problème de toute une frange de la gauche, et de toute une frange des écologistes au sens large, c’est de tenir parfois un discours anxiogène, catastrophiste, mais sans réussir à dessiner les contours du monde d’après. Si effectivement c’est foutu, s’il n’y a plus rien à faire, foutu pour foutu, on finit par se racheter des SUV !
Éclats de rire sur tout le plateau.
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Après avoir polarisé leur agenda de campagne autour de l’extrême droite, après avoir tapissé de chats un projet de société structurellement xénophobe et raciste, après avoir propulsé la candidature d’un néo-fasciste reçu partout avec déférence ou complaisance, les médias dominants exploitent la seule fenêtre médiatique (massive) arrachée par la gauche depuis des mois pour (massivement) instruire son procès.
Dès lors, il faut au moins être éditorialiste au Figaro pour entrevoir, dans la séquence actuelle, un « cirque médiatique mené par l’extrême gauche autour de son nombril » (Ivan Rioufol, 6/05) ; travailler au Point pour titrer une chronique « Mélenchon, nouveau chouchou des médias » et critiquer une « lune de miel médiatique » (Jean-François Kahn, 12/05) ; ou encore vivre sur un plateau de CNews pour avoir « l’impression que c’est Jean-Luc Mélenchon qui a gagné l’élection présidentielle depuis quinze jours avec une complicité ou une douceur de l’espace médiatique » (Pascal Praud, 5/05). « L’extrême gauche n’affole surtout pas les médias bien-pensants. L’extrême droite toujours, l’extrême gauche jamais » lui rétorque l’ancien directeur général de LCI et membre de la direction de TF1 Éric Revel, plus lucide que jamais.
Mépriser, moquer, délégitimer : les chiens de garde étaient bel et bien de sortie. Comme jamais ? Sans doute non. Mais avec plus d’une corde à leur arc. À suivre…
Pauline Perrenot, grâce à un travail d’observation collectif des adhérent·e·s d’Acrimed
l’Arbre d’Amour connaît une vogue importante tant dans le domaine de l’estampe que dans celui de la faïence. Les hommes sont perchés sur les branches d’un arbre au faîte duquel trône l’Amour, les femmes tentent de les en faire descendre par les moyens les plus variés. Elles font parfois appel à la séduction : « Suzon tire par la manche son mari : doux, doux Jacquot… » Les faïences du XVIIIe siècle, dont les figures s’accompagnent de petites phrases en bouts rimés, font régulièrement allusion à des cadeaux. Les saladiers de Nevers portent ainsi la mention « D’agréable manière – Recevés cette tabatière » ou « La charmante Isabeau – Lui présente un beau chapeau ». Dans la plupart des cas cependant la séduction ne suffit pas. Les estampes du XIXe siècle privilégient des méthodes plus directes : une femme se sert d’une échelle pour tenter d’attraper un « guerrier couvert de gloire », une autre tient une gaule en main. Le moyen le plus radical consiste encore à scier le tronc de l’arbre : deux femmes utilisent à cet effet un passe-partout tandis qu’une troisième se prépare à tirer sur une corde pour faire choir l’ensemble. Le motif iconographique, proche de l’Arbre de vie sur le plan formel – et du mât de Cocagne sur le plan du contenu –, apparaît dans la gravure aux XVIe et XVIIe siècles (« L’arbre au beau fruict »). Mais ce sont alors les femmes qui sont dans l’arbre et les hommes qui essayent de les en faire descendre (avec un luth ou avec un arc…) ; l’inversion semble se généraliser au XVIIIe siècle.
Pour Duchartre et Saulnier, « l’Arbre d’Amour signifie que les maris sont des oiseaux difficiles à dénicher, et une moquerie à l’égard des filles à la recherche d’un mari ». En même temps, l’image donne aux femmes l’initiative de la conquête amoureuse. Présenter ainsi, au début du XIXe siècle, les rapports hommes-femmes constitue bien une inversion comique des normes communes, mais nullement une subversion ; comme dans le cas du « Monde à l’envers », l’inversion des rapports s’établit d’une part à l’intérieur d’une structure relationnelle stable qu’il ne s’agit nullement de pervertir ou de contester sur le fond, et, d’autre part, sur un mode humoristique qui tient à distance toute interprétation en termes de revendications.
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Une étude menée par Frédéric Maguet, publiée sur « L’histoire par l’image ». [2]
Silène est qualifié de « fils d'Hermès », comme le sont souvent les satyres, mais d'autres traditions en font le fils de Pan et d'une nymphe, ou de Pan et de Gaïa (la Terre), voire, selon Nonnos2, de Gaïa fécondée par le sang d'Ouranos mutilé. On le fait naître à Nysa, en Asie.
Il est censé avoir participé à la Gigantomachie. On lui attribue, de pair avec Marsyas, l'invention de la flûte, ainsi que l'invention d'une danse particulière, qu'on nomme en son honneur le silène.
Il est également le héros d'un certain nombre de contes burlesques, où son penchant pour le vin le mène à déambuler, ivre, parmi les mortels. Ainsi, un jour qu'il a trop bu, il s'égare en Phrygie et est recueilli par le roi Midas. Quelques jours après, Dionysos, inquiet, le retrouve chez Midas et, en remerciement, lui offre d'exaucer un vœu. Midas choisit alors de transformer tout ce qu'il touche en or (voir Midas). Venu d'Arcadie, monté sur un âne, et s'étant fait insulter à cause de son ivresse, il invoqua Zeus qui lui permit de changer ses railleurs en baudets.
Dans la mythologie grecque, Silène (ou Papposilène) (en grec ancien Σειληνός / Seilênós) est un satyre, père adoptif et précepteur du dieu Dionysos, qui l'accompagne sans cesse. Il est en outre le dieu personnifiant l'Ivresse, assez proche en ce sens de deux autres divinités mineures faisant l'une et l'autre partie du cortège de Dionysos, Comos (la bonne Chère) et Coros (la Satiété), qu'Hérodote1 fait naître d'Hybris (la Démesure).
Il est généralement représenté sous la forme d'un vieillard jovial mais d'une grande laideur, avec un nez épaté, des traits lourds, un ventre bedonnant. Socrate a été comparé à un silène par Alcibiade dans Le Banquet de Platon (215b) ; c'est sous ces traits qu'il est représenté sur les bustes antiques. Cette comparaison qui pourrait sembler insultante ne l'est pas tant lorsque l'on considère l'usage qui consistait à dissimuler sous l'apparence de silènes des représentations précieuses de divinités olympiennes, comme des figurines d'Apollon en argent ou en or.
« Alcibiade : (…) je déclare qu'il est tout pareil à ces silènes qu'on voit exposés dans les ateliers des sculpteurs, et que les artistes représentent un pipeau ou une flûte à la main ; si on les ouvre en deux, on voit qu'ils contiennent, à l'intérieur, des statues de dieux3. »
Il ne s'agit pas d'une moquerie de la part d'Alcibiade, mais d'un subtil éloge : si son aspect extérieur est laid et repoussant, à l'intérieur il est « pareil à un dieu ». Pour qualifier son Gargantua, Rabelais utilise à son tour dans son prologue l'image de la boîte de Silène4.
Par antonomase, on donne parfois le nom de silènes aux satyres, et chez les Romains, aux faunes et aux sylvains.
Le Silène ivre, sculpture en marbre clair du début du iie siècle, d'une hauteur de 110 cm et conservée au musée archéologique de Narbonne, fut découvert en 1856 lors des travaux pour la réalisation des fondations de la gare. C'est une copie d'une œuvre en bronze aujourd'hui perdue, créée au ive siècle av. J.-C. par le sculpteur grec Lysippe5.
Après l'Antiquité
À partir de la Renaissance, le thème de Silène a été régulièrement repris. Silène est traditionnellement représenté comme un vieillard bedonnant et joyeux, laid, lubrique, rendu grotesque par son ivresse. C'est en particulier le cas dans les œuvres de Piero di Cosimo (Les Mésaventures de Silène, 1505-1507), Peter Paul Rubens (Silène ivre, 1616-1618 et La Marche de Silène, 1616-1617), Antoine Van Dyck (Silène ivre et Silène ivre soutenu par un faune et une bacchante, vers 1617-1618), José de Ribera (Silène ivre, 1626), Gerrit van Honthorst (Le Triomphe de Silène, vers 1623-1630), Charles André van Loo (L'Ivresse de Silène, 1747), Honoré Daumier (L'Ivresse de Silène, dessin, 1850) ou Jules Dalou (Le Triomphe de Silène, groupe sculpté, 1885).
Eau-forte aquarellée.
Pour combattre la paresse de son fils, cette mère utilise ici les mêmes punitions qu'à l'école : réprimande, privation de récréation, agenouillement, oreilles d'âne, moquerie des frères et sœurs.
Inv. 1979.03052
Peintre symboliste suédois.
À partir de 1904, Eugène Jansson peint de grandes toiles ayant pour sujet le corps masculin nu, athlétique, de jeunes hommes qu' il rencontre dans les établissements de bains de la Marine et qu'il ramène dans son atelier transformé en salle d'entraînement. Il fréquente à cette époque les lieux de plaisir de Stockholm. Sa peinture alors se heurte à une grande résistance et à quelques moqueries.
www.youtube.com/watch?v=rEK5JNvvnis
A nouveau le sombre, à nouveau la nuit.
Tania, même si elle sentait bien que Jakob lui échappait, comprenait qu’elle incarnait encore pour lui une alternative attrayante. Et parce qu’elle savait que le temps ensemble leur était compté, elle voulait le plus possible profiter de cette intimité. Elle était sa reine, celle qui régnait sur son quotidien : une présence presque rassurante pour le souverain isolé, même s’il était, à mesure qu’il avançait dans le labyrinthe, de plus en plus distant.
Pour compenser et garder un certain contrôle, Tania rassurait les plus hauts dignitaires du royaume. Elle servait de caution maléfique à son compagnon, de cran de sûreté. Avec elle à ses côtés, Jakob était jugé crédible. Car sorcières, vampires, âmes damnées, génies malfaisants connaissaient son allégeance de longue date à Lucifer, sa fidélité à tout ce qui était maléfique. Alors que Jakob seul, tourmenté entre bien et mal, les faisait tellement douter du bien-fondé de sa royauté qu’ils avaient plusieurs fois envisagé de l’assassiner. Mais la voleuse d’âmes s’y était opposée. Défendant bec et ongles le roi vampire et arguant que grâce à lui, elle saurait progressivement se rendre maîtresse de l’anneau de feu et du pouvoir absolu qui le constituait . Ce qui était un mensonge éhonté, mais qui avait le mérite de garder Jakob en vie. Pour elle déjà, mais aussi pour le reste des royaumes des ténèbres. Car Jakob, par sa seule présence, semblait atténuer, ralentir le processus d’effondrement qui affectait le quotidien des citoyens des ténèbres. Oeuvrer à préserver ce monde en même temps que la vie de celui qui partageait son lit, la rendait fière, malgré sa défaite face à Marie, et la difficulté qu’elle avait désormais, à faire le moindre maléfice.
A chaque potion qu’elle tentait, son âme retrouvée lui signalait qu’elle agissait mal et la tourmentait par mille et une piqûres de rappel. Sa magie noire ne fonctionnait plus comme avant. Ce qui provoquait chez elle, un agacement colérique que venait régulièrement calmer Jakob par une parole, un geste d’apaisement. C’était dans ces moments-là d’attention et de considération, plus que dans leurs étreintes que Tania pensait qu’elle avait gagné définitivement. Et que jamais Jakob ne quitterait ni sa couche ni sa fonction royale.
Forte de cette croyance, elle avait relâché un peu le contrôle et les sorts qu’elle avait jeté sur le jeune roi vampire et sur sa musique.
Jakob pouvait, au moins lors de visites, aller jusqu’au château des monts chauves, à son manoirr et en différents lieux du royaume des ombres. Mais aussi jouer de la musique hors du contrôle et de l’emprise de Tania. Secrètement, la plupart du temps quand il rentrait chez lui, il tentait des sorts féeriques musicaux, en pensant à Marie, en pensant à tout le bien qu’ils pourraient faire une fois réunis. Et cette perspective lui ramenait le sourire, l’espoir, galvanisait sa magie.
Il tentait aussi des expériences pour aider certains êtres, passés au royaume des ombres, mais torturés et perdus entre bien et mal, tout autant que lui l’était.
Il avait créé des sorts de sérénité, de douceur, d’apaisement. Seul, tout comme il le faisait lorsqu’il n’était qu’elfe-fée à la Vallée Heureuse. Ce bonheur de recréer de la magie positive, en toute autonomie, lui faisait du bien. Elle le reconnectait à sa source, à ce qu’il était depuis tout enfant. Et se dévouer à autrui, tenter de réparer des situations difficiles pour des êtres plus égarés que réellement maléfiques, lui redonnait espoir de se sortir lui aussi de ce guêpier.
Il se rendait compte qu’il avait les clés de sa propre délivrance et l’harmonisation qu’il souhaitait mettre en place depuis le début entre les deux univers, commençait à prendre forme ; un autre sujet de joie mais aussi de fierté pour le jeune roi.
Et l’elfe-fée en lui continuait de projeter sa voix dans le labyrinthe, mais de façon moins acharnée. Non que Jakob n’ait plus envie d’en découvrir la sortie et de retrouver celle qu’il aimait vraiment. Mais il comprenait, sans doute pour la première fois de sa vie, que ce n’est pas le travail acharné, mais l’équilibre intérieur qui compte et qui l’aiderait le plus à avancer. Cela voulait dire créer les conditions les plus favorables pour réussir.
De lui-même, il s’était composé une sorte d’hygiène de vie qui l’aidait aussi à maintenir des énergies hautes, propres à établir une autorité et une compétence de chef. Il rendait ainsi hommage aux bagues qu’il avait reçues de Titania et Obéron. Et l’anneau de feu lui-même en bénéficiait, pouvant déployer ensuite protection et influence bénéfique tant à Marie qu’à Jakob. Les deux époux travaillaient inconsciemment à la fois en synergie mais aussi individuellement, pour leur propre édification. Et si rien ne semblait avoir changé véritablement dans chacun de leurs royaumes respectifs, chacun d’eux ressentait une paix grandissante, presque inexplicable, mais très appréciable.
Le retour progressif de Jakob-Roméo sur ses terres, chez ses amis vampires, hors de l’emprise et de la présence de Tania, avait réjoui de nombreux sujets.
La reprise d’une gouvernance absolutiste, même si bien différente de celle d’Oswald et Osmond, avait ramené une certaine sérénité. Le délabrement du royaume avait été stoppé. Laissant un répit bienvenu à tous les êtres maléfiques. Un regain d’espoir animait le monde des ténèbres, qui autorisait rencontres, déplacements et activités quotidienne sans risque de catastrophe.
Jakob avait retrouvé le château des monts chauves, son manoir et quelques promenades avec son meilleur ami.
Un soir qu’il l’avait gardé à souper dans la salle à manger ornée de la grande tapisserie des vendanges, après quelques viandes rôties arrosées de vin capiteux, le roi vampire, levant la tête en direction de la tapisserie avait soupiré :
- Nous y voilà...je suis l’homme que je ne voulais pas être ici. Celui qui commande, qui ordonne, qui a des terres et des domestiques sous ses ordres. Celle qui est à mes côtés n’est pas celle que je souhaitais avoir. Et pourtant…
- Et pourtant, tu ne peux pas dire que tu es malheureux. Tu t’es adapté à cette nouvelle vie grâce à Tania et ça n’est pas plus mal. Je t’avais dit que tu y arriverais.
Jakob avait souri puis secoué la tête.
- Pardonne-moi, mais ce n’est pas Tania qui m’a aidé à m’acclimater et à supporter mon état de roi vampire.
Elle m’aurait plutôt plongé dans le désespoir.
- C’est moi alors?
- Plutôt cette maison et son fantôme. Depuis quelque temps, je vis grâce à eux des choses surprenantes.
Et Jakob avait alors raconté à Ulf tout ce qui lui était arrivé: le portrait de Bartoloméo, le labyrinthe, le navire, la tempête, la projection de sa voix, le chandelier et sa rencontre avec Titania et Obéron.
Le capitaine et premier ministre Ulf avait écouté d’une oreille plus qu’attentive, les mille et un progrès de son jeune ami. Par moment, il souriait, à d’autre, il semblait gêné. Et plus que tout agacé. Il sentait lui aussi un changement, qui tout anecdotique qu’il semble pour le moment, annonçait via ces confidences, une mutation profonde qui le laissait inquiet quant à l’avenir du royaume. Son ami renoncerait-il alors au pouvoir et le placerait-il comme roi à sa place ? Rien n’était moins sûr. Alors, le capitaine ne devait-il pas faire tout son possible pour maintenir l’existant ? L’anneau de feu dans sa part maléfique pouvait les aider.
Face au récit enflammé de son ami, Ulf avait cru bon de jouer le frère aîné plein d’expérience :
- Tu sais, ce genre de remontée féerique, je l’ai déjà vécue. Et ça n’a pas duré. C’est un passage, crois-moi, une sorte de fièvre qui s’éteindra d’elle-même avec le temps.
L’anneau de feu, tu peux l’utiliser comme bon te semble, après tout ! Alors pourquoi te tourmenter à oeuvrer avec par l’entremise d’un labyrinthe ?
- Parce que le labyrinthe est la clé de notre délivrance à tous, Ulf. L’anneau de feu est régi par deux forces complémentaires. La mienne et celle de Marie. Hors des charmes basiques, qu’ils soient maléfiques ou féeriques, l’anneau s’active en unissant nos deux âmes, nos deux magies.
- Et tu ne peux pas le contrôler entièrement sans Marie ?
- Je ne crois pas. Cet anneau semble fonctionner en duo. Depuis notre mariage aux arènes qui a été aussi la nuit de notre séparation, quand je suis devenu roi, il nous fait travailler chacun suivant un cheminement particulier. C’est comme un gigantesque jeu de piste, de conscientisations successives. Cette bague me fait remonter le temps et m’ouvre à des compréhensions dont jamais je n’aurais pu soupçonner l’existence.
- Alors tu es toujours aussi amoureux ! Faudrait-il que je capture Cupidon et le tue vraiment à l’insecticide vampirique pour qu’enfin tu reviennes à la raison ?
- Pff...je crois que ce serait bien inutile. Mon coeur a ses raisons que la raison vampirique et maléfique ne connaît pas...et l’anneau de feu est…
- Un anneau magique qui crée de la magie amoureuse. Oui, je vois ça, et quand j’y pense...tu n’as finalement pas tellement changé hormis l’apparence. Si j’avais su, je t’aurais laissé au marais chez les jumelles.
- Non, tu n’aurais jamais fait ça : d’une parce que tu t’y serais noyé sans moi et de deux, parce que tu m’aimes et que moi aussi je t’aime comme un frère.
Tu veux que je te dise, Ulf ? Si nous nous sommes rencontrés, je pense que c’était pour m’aider à endosser plus facilement la condition de vampire et comprendre que l’amitié est possible, entre les deux royaumes antagonistes. Rien ne se fait par hasard. Tout a une raison d’être, toujours.
- Tu crois vraiment ça ? C’est certes gentil pour moi mais...Et Tania ? Tu m’en disais pourtant uniquement du mal quand tu n’étais encore que Matthias de Sylphe.
- Oui… et jamais quand je n’étais qu’apprenti d’Oswald, je n’aurais pensé qu’elle deviendrait ma reine des ombres. Mais il y a sans doute là aussi une raison à cette union, une blessure à guérir pour elle comme pour moi, une façon de l’aider.
- Mais à quoi, grands dieux ?
- Je ne sais pas, Ulf. Mais je remarque une chose : tout ce qui nous arrive nous oblige à changer de regard les uns sur les autres. Alors Tania comme les autres maléfiques a certainement un rôle positif à jouer dans nos aventures. Et certainement elle en joue un, qu’elle en soit ou non consciente.
Ulf haussa les épaules. Les réflexions de Jakob le ramenaient à s’interroger quant à sa propre identité et ce n’était surtout pas confortable. Parce qu’il repensait à Ilma et Vilma et à tout ce qu’il avait abandonné depuis qu’il était vampire. Et cela le plongeait direct dans un chagrin sans fond.
Et cela, il n’en était pas question.
Alors il secoua ses idées sombres.
Puis, reprenant son air matois et taquin, il s’écria :
- N’empêche, nous sommes deux à l’avoir connue plus que personnellement. Et j’aimerais assez connaître tes impressions après expérience intime plus que prolongée avec la voleuse d’âmes, nota le vampire d’un air gourmand et intéressé.
Jakob se mit à rire. Puis, répondant à son regard pénétrant par un regard tout aussi malicieux, il dit :
- Dangereusement attirante, mais contrairement à ce que je craignais, elle n’a jamais pu prendre mon âme. Et elle n’est plus en capacité d’en capturer d’autres depuis qu’elle est ma reine. Je ne sais pas d’où vient ce prodige. Possible que la position de première dame l’ait en quelque sorte calmée. Mais…j’ai plus l’impression qu’une tierce personne lui a désactivé ce pouvoir. Qui ? Là est la question.
Le regard tout à la fois ému et taquin de Ulf, laissait penser qu’il approuvait totalement son ami. Mais il le surprit encore davantage en lui disant :
- Moi, j’ai ma petite idée sur qui a généré ce miracle. Si comme tu le prétends, l’anneau de feu sert autant la comtesse de Kalamine que ta personne, il se pourrait que Marie ait agi pour que Tania ne puisse plus jamais nuire à qui que ce soit.
Jakob pâlit.
- Si Marie a fait cela, cela voudrait dire que Tania l’a attaquée ! Car jamais Marie n’aurait fait une telle chose sans être agressée. Mais si Marie s’est défendue contre Tania, ça voudrait dire que depuis notre séparation, elle acquiert des pouvoirs féeriques. Donc ça voudrait dire qu’elle est maintenant en pleine capacité de faire de la magie avec l’anneau de feu...
- C’est fort possible ! Et comme vous fonctionnez de façon gémellaire, Marie avance certainement en féerie autant que tu acquiers de pouvoirs et de conscientisations de ton côté. Vos âmes sont liées. Donc si elle te sent en danger ou se sent en danger, elle répliquera pour se protéger et te protéger également.
- Incroyable...quand j’y pense...cela m’émerveille et m’effraie tout à la fois. Je n’ai jamais vu Marie faire de magie. Et je ne sais pas du tout comment à l’avenir je vivrai cela. Et si avec cette magie, elle en profitait pour me rejeter ?
- Tu oublies qu’elle t’aime.
- Mais je suis devenu maléfique.
- Tu crois sincèrement que mon apparence vampirique a changé mon amour pour les jumelles et le leur pour moi ? Crois-moi, si l’amour est véritable, il se fiche du costume.
Il n’empêche que voir la comtesse de Kalamine régler son compte à la voleuse d’âmes, ça m’aurait rudement fait plaisir d’assister au spectacle.
- Et moi donc...Si comme tu le penses, cet affrontement a eu lieu, je n’en ai rien vu ni su…
- Ca vaut peut-être mieux. Tu sais à quel point Tania peut être violente...Et je doute qu’elle se soit retenue vis à vis de Marie. La bonne nouvelle est que la réplique de ta dulcinée a dû être particulièrement efficace puisque Tania n’a pu dévorer ton âme. Et aux dernières nouvelles, elle n’a pas fait de nouvelles victimes. Ce qui est plus que surprenant.
Ca me rappelle un duel terrible que l’on nous racontait à la veillée, quand j’étais encore gamin : deux sorcières. L’une qui ignorait ses pouvoirs, ligotés depuis son enfance et l’autre qui les cultivait tant qu’elle finit par se corrompre au mal et contribua à pervertir tout ce qu’elle aurait pu créer de bien. Quand celle qui ignorait ses pouvoirs s’est réveillée, elle a non seulement révélé des dons plus grands que la sorcière consciente mais elle a en plus ligoté les pouvoirs maléfiques de cette dernière dans un duel sans merci. A sa manière, Marie et Tania ressemblent à ces deux sorcières. Et je crains que Marie n’ait agi comme la sorcière inconsciente.
Le roi vampire soupira.
- Cela lui ressemble si peu, à moins qu’une fée l’ait formée à ce type de magie, mais je la vois pas faire du mal à qui que ce soit...Et quand bien même elle aurait affronté et vaincu la voleuse d’âmes, Tania m’en aurait parlé, tu ne crois pas ?
Ulf se mit à rire :
- Tania ? T’avouer sa vulnérabilité ? La mettre en scène, oui, pour conserver son pouvoir sur toi et l’aura dont elle dispose auprès des grands maléfiques du royaume, mais elle n’aurait jamais révélé ses propres difficultés et encore moins une défaite face à celle que tu aimes. Elle a beaucoup trop de fierté pour ça.
Et la petite comtesse de Kalamine t’aime suffisamment pour vouloir te protéger, même si cela l’a obligée à sacrifier sa place auprès de toi.
Jakob porta la main à son coeur :
- Ce que tu dis met le feu dans mon âme...car tu penses que Marie m’aime toujours, même si je l’ai trahie en m’unissant à Tania ?
- Je ne le pense pas, j’en suis sûr.
- Mais comment ? L’as-tu vue récemment ? As-tu des informations à son sujet ?
Ulf grimaça.
- Disons que j’ai eu de ses nouvelles indirectement. Ma troupe et moi ne pouvons plus attaquer Kalamine. Il y a une espèce d’arc-en-ciel protecteur qui constitue comme une barrière infranchissable sur la frontière. Aucun maléfique ne peut le pénétrer au risque d’une auto-combustion immédiate.
Si nous avions pu par le passé contourner et piéger les artificiers et protecteurs du royaume, et rapiner tout ce qui nous était utile, nous avons dû renoncer à le faire dans un grand nombre de royaumes féeriques, dont Kalamine tout le premier.
Et je suis persuadé que cette protection provient de la magie de ton épouse.
Magie probablement inconsciente mais néanmoins liée à cet anneau de feu indomptable et donc à l’amour que vous partagez elle et toi.
- Je vois. Et si moi en tant que porteur de l’anneau, j’essayais de casser ce sortilège ?
- Au risque de ta propre vie ? Je ne te crois pas assez fou pour oser une telle fantaisie.
- Et pourtant, si je suis protégé par l’anneau, je ne crains rien.
- Est-ce que vraiment tu souhaites mettre en danger celle que tu aimes et ses amis ?
- Non, mais je voudrais réconcilier les deux mondes. Si en tant que porteur de l’anneau de feu je ne le fais pas, à quoi aura servi cette expérience maléfique ?
- Tu veux dire qu’à l’issue du combat, tu abandonnerais le royaume des ombres ?
Le jeune roi détourna un moment son regard, gêné et soupira.
- Ulf, je ne suis pas d’ici. Tu le sais pertinemment. Et toi non plus tu n’appartiens pas à ce monde.
Ulf eut un rictus :
- Tu n’as pas idée du temps qui s’est écoulé entre ma métamorphose et aujourd’hui. Je ne saurais plus être qui j’étais avant et en cas de retour, je serais maintenant trop vieux pour me réadapter à l’humanité qui était la mienne.
- Même pour Mila et Ilma ? Ulf, j’ai vu à quel point tu les aimes...tu ne peux pas avoir oublié la liberté que vous aviez ensemble, l’amour que vous partagiez…
- Non, je garde tout ça en mémoire, c’est ma plus douce rêverie quotidienne, mais le monde humain avait condamné cet amour puisque j’ai été pendu, puis vampirisé par Oswald. Et c’était il y a très longtemps…
- L’amour véritable n’est pas une question de temps ni d’âge, mon ami. C’est une question de coeur.
Si réellement tu sens toujours en toi cet amour, alors il te guidera une fois revenu à ton état originel. Et moi aussi je t’aiderai ainsi que tes amis enchaînés au même statut vampirique contre leur gré.
- Toi ? Mais tu auras mille autres occupations bien plus réjouissantes avec Marie, futur comte de Kalamine ! Je ne serai plus qu’un lointain souvenir pour toi.
- Tu te trompes ! L’amitié que nous partageons aura toujours une place prépondérante.
- Même si je ne serai plus qu’un paysan humain mal dégrossi ? Dis donc...tu ne m’as jamais dit de quelle famille tu étais en féerie. Pour plaire à la petite comtesse, je suppose que tu n’étais ni un lutin, ni un gnome velu amateur de bière.
Jakob sourit.
- Effectivement, je ne fais pas partie de ces familles.
- Alors tu viens d’où ? Avec tes dons musicaux, tu pourrais faire partie des sirènes, ou peut-être des génies ou des anges célestes ?
Le jeune roi secoua la tête.
- Des hobbits ?
- Gontrand, mon cousin que tu as rencontré durant notre aventure, ne l’est qu’à demi, par son père.
Ulf ferma un instant les yeux pour se remémorer la scène...Oui, il se souvenait de ce jeune pianiste un peu enrobé, timide et rêveur. Mais qui sentait une odeur, pas seulement de hobbit mais…
- D’elfe...tu es un elfe ! Un elfe géant, humanoïde car tes oreilles ne sont pas pointues...Mais oui...j’aurais dû y penser plus tôt : un elfe a la capacité d’être aussi bien maléfique que bénéfique. L’elfe fait partie de ces familles féeriques qui peuvent muter, se métamorphoser facilement et expérimenter la dualité car ils ont des cousins noirs. C’est pourquoi tu aimes t’occuper des elfes égarés ici...des êtres perdus mi anges mi démons.
Jakob prit un air laconique.
- J’ai du sang d’elfe, par mon père, tu as bien deviné. Rajoute un peu de poussière de fée et tu sauras qui je suis vraiment.
Le capitaine eut alors une drôle de vision. Celle d’un elfe et d’une fée qui avaient eu trois fils et qui faisaient partie des plus redoutables opposants d’Oswald, régnant dans un minuscule royaume, jamais vaincu : la Vallée Heureuse.
N’en croyant pas ses yeux ni ses oreilles, le vampire se les frotta activement. Et la voix tremblotante, il demanda :
- Mais alors, si tu es bien qui je pense, comment es-tu devenu ce petit homme si étrange, à la veste rouge pourprée, si éloigné des elfes-fées ?
- C’est une longue histoire. Mon frère Angelo m’a transformé en humain pour qu’Oswald ne puisse pas s’en prendre à moi et que je puisse mener la mission qui m’était confiée à Kalamine en toute sécurité. C’est en humain que j’ai rencontré la fille d’Alexandre. Et j’ai été transformé en celui que tu as connu après mes fiançailles avec Marie. Il était hors de question que je laisse mon amour sans secours et prisonnière du sorcier. Et comme je ressemblais trop à ma nature elfique, il valait mieux m’en éloigner physiquement autant que la magie pouvait le faire : c’est sous cette apparence d’enfant que tu m’as rencontré ainsi qu’Oswald. Enfant que je n’étais pas.
- Donc, tu connaissais Marie de Kalamine avant notre rencontre ?
- Oui. Et nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre peu avant l’invasion d’Oswald et son enlèvement. Son père venait de m’accorder sa main quand toi et ta troupe avez attaqué le château.
De plus en plus ému, Ulf avait porté la main à son coeur.
- Voilà pourquoi j’avais vu la jeune fille donner un anneau à la grive...et ce devait être l’anneau de feu et il était pour toi. C’est pourquoi il n’a jamais pu vraiment être maléfique. Il t’avait été donné par pur amour par l’héritière d’Héloïse. Son pouvoir ne pouvait donc pas appartenir au royaume des ombres, sauf par corruption du porteur. Et si tu viens de la féerie...ça pourrait vouloir dire...que tu es vraiment l’élu ???? L’élu de la prophétie que tout le monde attend ?
Par tous les enfers...si vraiment tu es l’élu, voilà une nouvelle qui change sacrément le sens de l’histoire. Et qui confirme toutes mes intuitions.
Tu veux que je te dise ? J’y avais pensé à plusieurs reprises en t’observant mais...je n’osais y croire, y rêver. Je préférais me dire que tout cela n’était que fariboles des anciens...quelque chose comme...une fantaisie pour maintenir un espoir...mais...si tu es vraiment l’élu…
- Tu t’emballes, Ulf, comme à ton habitude. Je ne sais pas si je suis ce personnage de légende. Pour être honnête, ce n’est pas ce qui m’intéresse ni me préoccupe. La seule chose qui m’importe, c’est que je n’ai pas envie de continuer à gouverner les royaumes maléfiques dans une opposition à la féerie, comme le faisaient Oswald, Osmond et tous ceux qui ont régné ici. Je pense sincèrement qu’il y a un point de concorde et de cohabitation à trouver avec les royaumes ennemis. Tu es bien d’accord que l’ombre et la lumière sont indissociables, non ?
- Oui, cela va de soi. L’un ne va pas sans l’autre. Ils sont complémentaires.
- Eh bien, je crois que la féerie fonctionne de la même façon avec les maléfices.
Si nous renforçons l’opposition entre les deux, nous nous éloignerons toujours plus et nous favoriserons toujours le pire : la guerre, la folie, les massacres, la haine, l’esclavage, la domination, l’exploitation de la peur, de la faiblesse, de la faim. Mais si nous trouvons un moyen de réconcilier les deux, un terrain d’entente, alors peut-être que nous pourrions bâtir un gouvernement équilibré pour tous et nous établirions une harmonie progressivement, car le bien serait gagnant pour tout le monde.
Ulf leva les yeux au ciel :
- Matthias, tu oublies que le mal reste le mal…
- Le mal est lié à la souffrance, au manque, à la peur. Si nous soignons les peurs, le manque, la souffrance, alors nous réduisons l’emprise maléfique, tu ne crois pas ?
- Sans doute, mais il y a et il y aura toujours des cas irrécupérables. Et il y a des gradations chez les maléfiques.
- Comme il y en a chez les féeriques. Ulf...il faut que j’essaie de parvenir à l’équilibre des forces, tenter de créer l’harmonie entre les deux. C’est sans doute ma vocation de musicien qui veut ça, mais c’est aussi ce qui doit être fait par les couples de l’anneau de feu. Je le ressens de plus en plus. Et je ne pourrai réaliser cela pleinement qu’en étant uni et réuni à Marie. C’est ensemble que nous sommes les meilleurs, toujours. Et le seul moyen de la revoir est d’ouvrir une brèche entre nos deux royaumes, de nous revoir à la frontière des deux mondes pour unir nos magies...à défaut de nos corps, si cela s’avère impossible.
Le ton de voix du roi vampire était si ému qu’Ulf se dit que désormais, rien ne découragerait son ami d’une telle entreprise. Alors, il avait objecté :
- Je comprends ta quête et elle est généreuse. Profitable à tous. Mais en admettant que tu y parviennes, ça veut dire que tu devras affronter la vicomtesse, dans un combat singulier. Y as-tu seulement pensé ?
- Oui...et je risque de la perdre pour toujours, si je n’arrive pas à contrôler mes instincts vampiriques en sa présence, à moins qu’elle-même me tue avant. C’est un risque mortel évident. Mais je dois pouvoir l’éviter.
- Comment ?
- Attends que je réfléchisse... Il faudrait...une sorte d’échelle, quelque chose qui circulerait de l’un à l’autre, un moyen qui nous permettrait d’échanger sans nous mettre en danger de mort...Ainsi nous pourrions tenter une réconciliation l’un avec l’autre. Puis entre les deux mondes où nous vivons. Et si nous y parvenons, alors il n’y aurait plus jamais de guerre et une paix durable s’installerait.
- En somme, tu voudrais l’échelle de Jacob, pour vous retrouver Marie et toi…ou quelque chose du genre, un truc qui vous relierait l’un à l’autre, en plus de l’anneau. Et qui vous permettrait de créer l’harmonie.
- Oui...c’est tout à fait cela ! Mais je crois que je sais où aller et avec quoi je pourrais...Oh Ulf, il faut que j’essaie. Je n’en peux plus de cette vie sans Marie. Le seul souci, c’est que je n’ai pas encore fini le labyrinthe.
- Il te reste combien d’étapes à passer selon toi?
- Je ne sais pas exactement. Mais si je suis le portrait de Bartoloméo et si je compare avec celui de moi qui est dans ma chambre, je pense qu’il y a encore deux ou trois quêtes à accomplir. Pour découvrir d’autres objets je suppose et acquérir de nouvelles sagesses.
-Eh bien...ce n’est pas encore demain que tu reverras ton épouse.
- Non, je le sais mais...depuis quelques semaines, je sens que j’avance progressivement sur le bon chemin. Quand j’ai été sacré roi, j’ai fui cette démarche initiatique et j’avais décidé de me contenter de ce que j’ai ou presque. Mais plus je me reconnecte à ma véritable nature au sein du labyrinthe, plus je retrouve des forces dont j’avais oublié la puissance et les bienfaits.
C’est comme un retour aux sources. Aux sources de qui je suis vraiment.
- Attends...J’ai peur de mal comprendre.Tu es en train de me dire que tu serais prêt à tomber les masques?
- Oui, Ulf. Pas maintenant évidemment, ce serait suicidaire, mais je le ferai dès que je m’en sentirai la force.
Sous le coup de l’émotion, Ulf se versa un peu d’eau-de-vie et après l’avoir avalée d’un trait, il s’exclama :
- Pfiouuuuuuuu...Matthias, tu réalises que tu mettras en danger ta vie en te mettant à nu, face à tous ceux et celles qui font confiance à ta gouvernance ?
- Ce ne serait pas la première fois, tu sais. Je l’ai déjà fait aux arènes face à Sadia, Tania et tous les dignitaires maléfiques. Et je les ai presque tous anéantis. Si Marie est à nouveau avec moi, je suis prêt à le refaire.
Ulf secoua la tête en grimaçant :
- M’étonnerait que Tania t’en laisse l’opportunité...Dans ton joli projet de réunion, tu oublies que tu es maintenant lié à cette femme maléfique et que : si tu as une muselière moins serrée qu’avant, ce n’est dû qu’à sa volonté, pas à tes exploits. Tu n’es qu’au service secret de Sa Majesté, si je puis dire.
Et pour illustrer son propos, Ulf se leva et se lança dans une pantomime déjantée tout en s’égosillant sur une musique toute aussi radicale, à la manière d’un guitar hero d’un nouveau genre.
www.youtube.com/watch?v=NG1AK1opZy0
Si la démesure chorégraphique et vocale du vampire avait dans un premier temps amusé le jeune monarque, elle lui avait aussi fait froncer les sourcils. Non de colère rapport à la moquerie ironique savamment déhanchée et orchestrée. Mais parce qu’Ulf exprimait à sa façon, un reflet de la réalité. Dure à admettre pour son ego, car hélas, le vampire avait raison.
L’élargissement de Jakob n’était que la résultante de faveurs qu’accordait Tania à son compagnon, parce qu’il avait cédé à son emprise. Ayant eu ce qu’elle souhaitait ou presque et la place qu’elle convoitait, Tania pouvait relâcher la pression qu’elle exerçait sur lui désormais, considérant qu’il lui était acquis et suffisamment soumis pour se plier indéfiniment aux règles qu’elle lui imposait.
Le jeune homme soupira.
S’il voulait vraiment changer la donne au royaume des ombres, il allait devoir sortir de sa zone de confort. Projeter sa voix dans le labyrinthe, mener sa quête intérieure était certes important, vital, même pour renouer avec qui il était vraiment et enclencher quelques changements. C’était ne pas se perdre de vue en quelque sorte. Mais pour parvenir à réunir royaumes ténébreux et royaumes lumineux, il allait falloir faire bien plus que cela.
Oser transgresser plus qu’il ne l’avait fait les interdits de magie féerique. Et s’il voulait réellement retourner dans son monde elfique et vivre cet amour profond qu’il éprouvait pour la comtesse de Kalamine, il lui faudrait confectionner à l’aide du ruban rose qui le liait à Marie, une potion qui abolirait la distance entre eux et permettrait enfin à leurs deux mondes de coexister pacifiquement.
A nouveau, Jakob fixa la tapisserie des vendanges. A ses côtés, Tania dans une robe rose à voile grenat semblait concocter de nouveaux maléfices, propres à l’enchaîner encore plus à ce rôle de monarque de pacotille, tout en continuant elle, à tirer les ficelles du pouvoir. Tout en lui donnant l’illusion d’être le seul maître à bord.
De cette vie sous emprise et sous contrôle, factice, il ne voulait plus...Si attirante soit Tania parfois, si facile la résignation, elles n’étaient pas profondément, ce qui pouvait réjouir Jakob. Son âme était d’une autre étoffe et réclamait quelque chose de différent. Elle voulait une union égalitaire, une collaboration nourrie par l’amour, qui rayonne et qui ne s’achète pas.
Alors le jeune homme repoussa son assiette, se leva. Sortit de table. Et faisant face tant à Ulf qu’à la tapisserie, il fit apparaître une guitare entre ses bras puis divers autres instruments, puis décida façon chef d’orchestre de répondre à la provocation par la provocation. Et pour impressionner son auditoire, il projeta sa voix en rafales successives et déroula ainsi ce nouveau mantra :
www.youtube.com/watch?v=mjNjCq1uws4
Ebahi par cette soudaine furie instrumentale et magique, Ulf contemplait son ami comme s’il redécouvrait ses capacités.
-Waouuuuuuuuh...mais comment tu fais ça ??? C’est...stupéfiant ! Tu m’avais déjà fait le coup avec Gontrand, mais là...tout seul, tu parviens à un résultat tout aussi...voire plus... symphonique. C’est l’anneau de feu qui te rend comme ça ?
Amusé, Jakob reposa lentement ses instruments avant de les faire disparaître d’un geste circulaire. Et avant de répondre à Ulf, il nota sur un carnet les derniers vers qui lui étaient venus. Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que c’était important pour la suite de ses aventures. Puis il se tourna vers le vampire, toujours éberlué et malicieusement rétorqua :
- Si tu as bien écouté ma chanson, tu auras la réponse à ta question. Tu permets que je te quitte ? Je crois que j’ai trouvé l’inspiration dont j’ai besoin pour faire ce que je dois faire…
Mais Ulf ne l’entendait pas de cette oreille. Il courut après Jakob qui déjà quittait la pièce et l’agrippant par l’épaule, il supplia :
- S’il te plaît, ne fais pas une bêtise qui te coûtera la vie et détruira toute chance de prospérité ici ou ailleurs.
Pour toute réponse, Jakob caressa la joue du vampire et d’un souffle, lui murmura à l’oreille :
www.youtube.com/watch?v=s5BJXwNeKsQ
Dans cette vision, l’elfe fée lui montrait tout ce qu’il avait été jusque là et serait.
Oui, il avait été un enfant gâté, pris au jeu de hasards étranges et de volontés extérieures qui l’avaient amené progressivement du cocon familial féerique, à diriger les ténèbres maléfiques, tout cela sans l’avoir vraiment désiré. S’il ne pouvait changer ce passé, il allait faire en sorte de sortir de cette emprise artificielle, infantilisante, si confortable soit-elle et s’efforcerait désormais d’apprendre à voler de ses propres ailes. Quitte à perdre tout ce qu’il avait gagné matériellement. Ce qui comptait à présent pour lui, c’était l’amour et il allait se donner les moyens de le retrouver et de le vivre.
- Il est fou...complètement fou ! Murmura le capitaine vampire. Et en même temps, je sais qu’il a raison et que l’amour est la seule quête qui mérite le voyage, n’est-ce pas ? Pfffffffff...dire qu’il m’a fallu rencontrer ce gamin pour admettre ça...
A nouveau, un flot de souvenirs tendres partagés avec Mila et Ilma lui revinrent. Et tandis qu’il repassait une à une les images de ce bonheur enfui, il entendit à l’étage, le roi vampire chantonner cette romance, en relais de ses propres réflexions :
www.youtube.com/watch?v=beNJOIU8xsI
Alors Ulf sourit. Presque malgré lui. Un espoir se levait en lui, par delà le gouffre abyssal que Jakob s’apprêtait à traverser.
- Aux innocents les mains pleines, murmura le capitaine avec douceur. Puisse celui-là nous mener à bon port.
Vendu au rayon Érotique…
C’est vrai, qu'au moins un genou est bien visible !
Photographe et distributeur inconnu. Pas les meilleurs au vu de la version colorée, voire Doc !
Des stéréos un peu plus « érotiques » étaient vendues sans tomber dans la pornographie avec d’autres modèles féminins dans le même décor, collé sur le même carton bleu.
Photo de charme européenne. Impossible de faire ressortir plus la robe avec tous ces plies, dommage.
Faire la nique:
Se moquer de, narguer quelqu'un.
Expression vulgaire et populaire venant de l'arabe nikah (faire l'amour) qui donna le mot français forniquer. Au Moyen-Âge, on utilisait faire le niquet pour montrer son mépris à autrui. Rapidement, cette expression se transforme en faire la nique.
www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/14267/fair...
Sold in the Erotica section… It's true, at least one knee is clearly visible!
Photographer and distributor unknown.Not the best, considering the colored version, or even Doc!
Slightly more "erotic" stereos were sold without crossing the line into pornography, featuring other female models in the same setting, mounted on the same blue cardboard. A European glamour shot. It's impossible to make the dress stand out more with all those folds, which is a shame.
Faire la nique:
To make fun of, to mock, or to taunt someone.
A vulgar and popular expression derived from the Arabic word nikah (to make love), which gave rise to the French word fornicate. In the Middle Ages, the expression "faire le niquet" was used to show contempt for others. This expression quickly evolved into "faire la nique."
www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/14267/fair...
(Gilles Behnam, Professeur de philosophie, chef de projet du Mag Philo.)
Position du problème
Platon qui connaît et fréquente les arts et les artistes ne recourt le plus souvent qu'à ceux surtout " littéraires ". Les citations abondent en rappel d'Hésiode, d'Homère et des poètes. Hormis celles au théâtre et au choeur, les références aux beaux-arts représentatifs sont plutôt rares, et jamais développées pour elles-mêmes, dans une composition pré-esthétique dotée d'un intérêt philosophique . Sur la sculpture, le dessin, la peinture, ou l'architecture pas ou peu de choses, sauf pour élaborer une critique radicale et dépréciative de l'art. Malgré cela, Platon est loin d'être univoque sur ces questions : l'art est par ailleurs doté d'une certaine positivité. Il permet une correction des sens et une véritable éducation. Par lui, l'homme peut s'acheminer du singulier à l'universel, connaître et parcourir à rebours la voie de l'être.
Inspiration et emprunt
On ne peut ignorer la part de composition qui intervient notamment dans ses dialogues qui bien des fois empruntent leur narration et leur scénarisation au théâtre antique. Il est remarquable de relever dans certains textes connus un art consommé du pastiche. Dans Le Banquet, chacun des six discours constitue un morceau d'anthologie. Platon s'y joue des différents convives, en fonction des positions philosophiques qu'ils sont censés défendre (fantaisie comique d'Aristophane phraséologie physiologiste d'Eryximaque , apologie dionysiaque d'Alcibiade…) . Dans Le Gorgias, les intervenants principaux sont parodiés: Gorgias hiératiquement, avec un discours sophistique, polyvalent, et condescendant; son bras droit Polos est opportuniste et rigide, quant au célèbre Calliclès, il est provocateur, intolérant et impulsif.
Derrière ces emprunts réitérés, mais en même temps dissimulés et déniés, se cache une sorte de symptôme philosophique. La critique de l'art mimétique et dialectique recoupe et redouble cette pratique de Platon lui-même. Peut-être même lui a-t-elle servi d'exutoire pour dépasser ses propres inhibitions à assumer la place d'un auteur de mythes et d'allégories.
Ce débat philosophique sur le rôle de l'imitation en particulier trouve son principal écho dans un passage célèbre de La République . Platon y pose une alternative : la peinture doit-elle copier les choses et les êtres, en s'attachant à restituer leurs apparences, ou doit-elle les oublier et les dépasser, en s'attachant à leur essence même ? L'art devrait avoir trait aux essences et non aux apparences, mais malheureusement sa nature semble le condamner à perpétrer l'inverse. Critique morale en même temps que méthodologique : l'art ne peut honorer sa dette et assumer le seul rôle qui ferait de lui un maillon de la philosophie. Il doit éduquer, mais malheureusement, Platon constate qu'il " distrait " et anesthésie la vigilance intellectuelle de ses contemporains.
Comme l'artisan et l'artiste qui produisent selon les modalités d'une activité " technique " relevant du champ " poétique " plutôt que " théorique " ou " pratique ", le Sophiste a une propension à tenir des discours d'imitation qui produisent avec habileté des savoirs d'emprunt.
Le langage de la persuasion et l'art d'imitation entretiennent un même rapport avec les apparences. De même qu'Homère par un récit épique plus vrai que nature " persuade " son lecteur qu'il sait et vit l'existence d'un général d'armée ou d'un vaillant guerrier, le peintre exerce une séduction similaire et " capte " le regard par un habile jeu formel. Tous deux sont des virtuoses des ombres portées de l'être . Le principal problème n'est pas que l'artiste prenne lui-même les habits des personnages et des situations qu'il représente, mais plutôt qu'il s'entende à les faire endosser à leurs destinataires : in fine le spectateur est captivé par la mouvance de l'image et des mots.
Défense de Platon
Toutefois les emprunts ne constituent jamais une fin en soi, mais pratiquent une mise en perspective critique et " ironique ". Platon copie ses prédécesseurs ou contemporains afin de s'en distancier et de s'affirmer lui-même comme un authentique créateur. Il ne les plagie pas, mais s'en inspire. Dès lors, il y a une nécessité à penser la place de l'art tourné dans cette période antique vers la recherche du beau idéal, non pour en évaluer simplement les spécificités de style, et si l'on peut dire les " performances ", mais plutôt pour en éprouver la capacité à contribuer à la recherche de la vérité. C'est seulement dans cette double optique que l'art prend place dans le platonisme : d'un côté il trompe et détourne de l'Être, d'un autre il élève, instruit et doit être repensé dans son rapport à l'essence du monde plutôt qu'à son apparence. S'il y a une place de choix à réserver à la représentation chez Platon, cette place reste introuvable en son siècle : il faudrait se rendre dans les contrées beaucoup plus proches de notre récente histoire de l'art pour rencontrer de telles mises en oeuvre affranchies des modes représentatifs ou figuratifs. L'abstraction géométrique ou lyrique par exemple sembleraient plus en phase avec le souci philosophique d'élever l'âme, de restituer dans sa transcendance absolue ce qui doit rester désincarné et de rappeler l'incommensurabilité perceptive et intellectuelle entre l'ici bas et l'au-delà.
Leçon de Platon
L'art n'est salvateur que dans la mesure où il répond à des exigences gnoséologiques, introduit à la métaphysique et remplit beaucoup plus qu'une tâche " esthétique ". Sa vertu principale est celle d'une pédagogie. Lorsque les arts mimétiques, dans un jeu de reflets et d'ombres, redoublent nos illusions, et confortent nos attachements aux intérêts immédiats de la matière, l'art se fait à la fois l'allié de notre opinion la plus incertaine et de nos passions les plus néfastes. Il surdétermine la sensibilité, et enchaîne par là encore davantage l'humain à l'inconstance de ses humeurs. L'art nous soumet plus que de coutume aux affres du désir et de l'hybris, nous cloue encore davantage au corps. Il faut alors concevoir, si l'on veut sauver les phénomènes esthétiques, un art qui puisse être étayé sur autre chose que la perception. C'est qu'en effet percevoir comme le rappelle le Théétète c'est autre chose que savoir . Chez Platon, sur les plans aussi bien éthique, politique qu'épistémologique, l'art reconquiert sa pleine positivité lorsqu'il répond à une condition :
- Participer à l'idée : l'artiste crée et présente une image certes singulière (la belle marmite, la belle jeune fille, la belle cavale etc. ), mais qui porte en elle les marques de l'absolu, du nécessaire, de l'universel et de l'éternel. Chaque chose n'est belle que parce qu'elle participe de l'idée du beau et sert la beauté idéale. Elle ne peut être belle pour l'un mais pas pour l'autre, belle dans certaines circonstances, laide dans d'autres ; pas plus elle ne peut être du ressort des préférences et des humeurs de chacun, et il ne nous appartient pas de décider arbitrairement de ce qui est beau et de ce qui ne l'est pas.
Socrate rappelle en réponse à Hippias qui a pu en arriver à dire que le beau c'est l'or que Phidias devait donc être un piètre connaisseur en matière de beauté, lui qui avait pu sculpter son Zeus en ivoire et non pas en or. Ironie comme toujours qui ravage le discours sophistique qui évite la question centrale de savoir ce que doit authentiquement réaliser l'art : tromper les sens, ou éduquer l'esprit. Précisément si le Zeus de Phidias est une des rares oeuvres plastiques que mentionne fortement Socrate pour contrer non sans moquerie le discours sophistique, c'est certainement comme le pensait déjà Élie Faure parce que " Phidias, à leur insu sans doute, a formé Socrate et Platon en matérialisant pour eux dans le plus clair, le plus véridique et le plus humain des langages, les rapports mystérieux qui donnent la vie aux idées " . Mais c'est sans doute aussi parce que la beauté de cette oeuvre s'est intégralement passée d'or, que le sculpteur n'en a pas plus utilisé pour le visage, que pour le torse, les membres… pas même pour les yeux, par où brille l'esprit même du Dieu, qui suprêmement demeure sans commune mesure avec quelque matière que ce soit, si ce n'est celle des pierres précieuses, non pas tant pour leur rareté et leur coût que pour leur rayonnement et leur clarté, les plus à même de nous octroyer la lumière et de nous éblouir.
En savoir plus : Sélection de références
Quelques textes de Platon en ligne
- Nimispauci, site d'Ugo Bratelli présente des traductions (notamment d'Émile Chambry chez Garnier).
- Si on lit le grec - ou plus probablement l'anglais - Perseus est le site de référence d'oeuvres de l'antiquité (descendre dans la page à Plato).
Sur les relations entre Platon et l'art
- Cours de classe préparatoire d' Evelyne Buissière professeure de philo de l'académie de Grenoble.
- Antoine Compagnon, récemment élu à l'académie Française, a publié ses cours dont La Politique des genres : Platon
On ne choisit pas sa famille, mais on ne choisit pas non plus son prénom. N’a-t-il jamais été source de moquerie ? Vincent (Patrick Bruel), la quarantaine triomphante, et futur papa, est invité à dîner chez sa sœur Elisabeth (Valérie Benguigui), et Pierre son beau-frère (Jean-Michel Dupuis). Il y retrouve Claude (Guillaume de Tonquédec), un ami d’enfance. Eternelle retardataire, Anna (Judith El Zein), sa charmante épouse, se fait attendre. Long moment durant lequel Vincent fait l’objet d’un interrogatoire sur l’heureux évènement dans la joie et la bonne humeur. C’est sans compter sur la question fatidique souvent source de discorde, et de chaos… Le prénom. La soirée prend alors des airs de pugilat. Entre malaise et secrets de famille, le théâtre Edouard VII nous présente une comédie riche en rebondissements. Une pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, mise en scène par Bernard Murat.
Du mardi au samedi à 21h, le samedi à 17h30 et le dimanche à 15h30.
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Tarif : à partir de 10€.
Théâtre Edouard VII
10, place Édouard VII
75009 Paris
France
La Motte-Feuilly (Indre)
Château de la Motte-Feuilly.
Au second plan : La tour carrée serait du XIVème siècle et la tour ronde du XVème.
Dès le début du XIIème siècle, le site de la Motte aurait été propriété d'un seigneur régional, Roger Palestel, seigneur de Sainte-Sévère. Celui-ci serait devenu seigneur de Sainte-Sévère par mariage.
Au XIIIème siècle, par mariage, terres et château de La Motte Feuilly sont transmis à la famille Vicomtal de Brosse .
Au XIVème siècle, par mariage, le domaine passe de la famille de Brosse à la famille de Sully.
Au milieu du XIVème siècle, Aliénor de Sully, héritière de la Motte-Feuilly, épouse Messire Vaudenay .
Des étude dendrochronologiques commandées par le propriétaire actuel permettent de dater la Tour Carrée d'environ 1360.
Au XVème siècle, le château appartient à la famille Chamborant. Hugues de Chamborant (1420-1486) , chevalier, seigneur de Lavaux, la Mothe-Feuilly et la Ferté sous Reuilly, servit sous le maréchal de Boussac (Jean de Brosse), son parent et son suzerain, contre les Anglais. Les anglais le firent prisonnier à Beauvoir. Il fit les sièges de Compiègne et d'Orléans et assista à la journée de Patay (18 juin 1429, victoire de Charles VII sur Henri VI d'Angleterre). Hugues de Chamborand, valeureux guerrier, est aussi un pillard, coupable d’incendies, de meurtres et de violences. En novembre 1462, il recevra des lettres de rémission du roi pour de nombreux crimes commis. Hugues (ou Huguet) de Chamborand avait épousé Catherine de Vaudenay fille de Dreux Drouin de Vaudenay, chevalier , seigneur de Menetou sur Cher, de la Mothe-Feuilly et de la Ferté-Gilbert , et qui descendait des seigneurs de Brosse par sa mère. En 1446, le Parlement de Paris le fait conduire en prison à la Conciergerie, ainsi que ses complices, pour des excès commis contre son beau-père Dreux de Vaudenay. En 1448, il doit solliciter du roi des lettres de rémission pour le meurtre de Guillaume du Bouex, écuyer, seigneur de Plavet. La veuve de Guillaume avait porté plainte, les lettres de rémission n'arrêtèrent pas les poursuites et le 6 septembre 1449, Hugues et ses complices furent comdamnés à fonder à perpétuité une messe dans l'église où Guillaume avait été enseveli, à payer une amende de 500 livres au roi, une autre identique à la veuve et aux enfants, et à servir à ces derniers une pension de 100 livres. De plus, il furent bannis du royaume. Il ne se soumirent pas à cet arrêt et durant deux ans, ils tinrent une insurrection armée contre la justice. Le roi ayant encore besoin de lui pour la guerre en Guyenne, accorda de nouvelles lettres de rémission.
En 1487, le fils de Jean IV de Culan hérite du château.
En 1504, Charlotte d'Albret* achète le château à la famille de Culan. (Après avoir appartenu à la famille Vaudenay, le domaine passsa à la famille Culan en dédommagement, suite à un procès. En effet, Claude Vaudenay tuteur des enfants Culan, s'était approprié la fortune de ceux-ci.) Charlotte d'Albret avait épousé César Borgia en 1499 avec lequel elle aura une fille, Louise.
La papauté du XVe siècle italien était profondément dégradée. Le cardinal Rodrigo Borgia eut une favorite, Vanozza de Cattanei, qui lui donna plusieurs enfants. Cela ne l'empêcha pas de prétendre à la tiare, qu'il obtint en 1492. Devenu Alexandre VI, il ne changea pas sa façon de vivre. .
Parmi ses nombreux enfants, sa fille Lucrèce fut mariée trois fois à des princes italiens, et toujours pour des raisons politiques.
Le plus doué de ses fils, César Borgia (né vers 1475), ne reculait devant rien : il aurait fait assassiner son frère Giovanni et donna l'ordre de tuer le deuxième mari de Lucrèce, Alphonse, roi de Naples (1497). César Borgia inspira le Prince à Machiavel.
Alexandre VI fit de César, son fils préféré, un cardinal, et ils menèrent ensemble leur politique. Ils commencèrent par s'opposer à Charles VIII lors de son expédition vers Naples, puis, après l'échec français, renversèrent leurs alliances. César fut envoyé en France comme légat pour dissoudre le mariage de Louis XII et lui permettre d'épouser Anne de Bretagne. Sa mission accomplie, il renonça au cardinalat et épousa Charlotte d'Albret le 10 mai 1499.
De 1500 à 1503, Louis XII et César Borgia devenu « gonfalonier », après l'assassinat de son frère aîné Giovanni, c'est-à-dire général en chef des troupes pontificales, dominèrent militairement l'Italie du Nord et du Centre.
César, était tout-puissant à Rome, où on lui attribuait l'empoisonnement de plusieurs cardinaux gênants. Lorsque Alexandre VI fut emporté par une mort brutale le 6 août 1503, le nouveau pape, Pie III, fit arrêter César et le livra aux Espagnols. Emprisonné en Espagne, il s'évada, se réfugia auprès du roi de Navarre et mourut en Navarre, tombé dans une embuscade lors du siège de Viana, le 12 mars 1507; il avait 31 ans.
En 1514, à la mort de Charlotte, le domaine fut transmis à sa fille, Louise Borgia. A cette occasion, un inventaire des lieux est réalisé.
En 1517, Louise épouse Louis II de la Trémouille et apporte ce château en dot. Successivement au service de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, Louis II de la Trémouille (Trémoille) occupa un rôle de premier plan à la cour et aux armées. iI fut l’un des personnages principaux des premières Guerres d’Italie. Il mourut d’un coup d’arquebuse à la bataille de Pavie** en 1525, âgé de soixante quatre ans.
En 1530, Louise, veuve depuis 5 ans, épouse Philippe de Bourbon, Baron de Busset. Philippe est un descendant d'un petit fils de Saint-Louis. De ce mariage naît, le 2 septembre 1537, Jean de Bourbon-Busset qui deviendra à son tour seigneur de la Motte-Fuilly.
La Motte-Feuilly restera dans la famille Bourbon Busset pendant plusieurs générations, puis passera par mariage dans la famille de Chabannes.
Joachim de Chabannes, seigneur de Trucy (03 juillet 1578 Bonnat - La Motte-Feuilly 17 mai 1625) époux de Gilberte de Bourbon-Busset est seigneur de La Mothe-Feuilly, leur fils, François de Chabannes, sera seigneur de La Mothe-Feuilly jusqu'à son décès en 1668 à Dôle.
Accablée de dettes, la famille de Chabannes vendra la Motte-Feuilly à Jean Fradet de Saint-Août, comte de Châteaumeillant, en 1651. La Motte-Feuilly sera alors élevée au rang de vicomté par Louis XIV.
Après deux générations, la Motte-Feuilly passera par mariage de la famille Fradet à la famille du Plessis-Châtillon.
En 1757, Marie-Félicité du Plessis-Châtillon*** vendit le domaine à Jean Pâris de Montmartel****, riche et influent financier.
Le fils unique de Jean Pâris de Montmartel, Armand, deviendra à son tour seigneur de la Motte-Fleury. Armand-Louis-Joseph Paris de Montmartel, on l'appelait simplement le marquis de Brunoy, du nom d'une terre qu'il possédait, avait vraiment des idées et un comportement bizarres : Il porte des vêtements simples et préfère la compagnie des gens du peuple à celle de la noblesse. Il a la passion des cérémonies religieuses. Il dilapide sa fortune au point que sa famille le fera interdire financièrement. Il doit quitter Brunoy et s’exiler dans son château à Villers-sur-Mer en Normandie, où il meurt de la variole en 1781, à 33 ans*****.
En 1783, les héritiers du marquis de Brunoy vendent le domaine à Claude Denis de Maussabré, garde du corps du roi dans la Compagnie de Noailles.
En 1887, la famille de Maussabré cède le domaine à Jacques Pierre Alfred Dumayet.
En 1979, Marie Louise Dumayet fait don du château à une association dédiée aux enfants souffrant de difficultés auditives et d'élocution.
En 1998, une famille belgo-australienne, la famille Borel de Bitche, rachète le domaine. La Motte-Feuilly devint alors le siège social d'une entreprise (entreprise Robert-Borel-de-Bitche) dont l'activité était la culture de céréales (à l'exception du riz), de légumineuses et de graines oléagineuses.
Depuis 2003, le château est la propriété du financier international Christophe Charlier, qui est originaire de la commune voisine de Sainte-Sévère. D'après sa déclaration sur Bloomberg, il serait PDG adjoint du groupe ONEXIM, holding de l'oligarque russe Mikhaïl Prokhorov, et Chairman of the Board of Directors de Renaissance Capital, une banque d'investissement dont le siège social est à Moscou.
* Charlotte d'Albret épouse César Borgia, fils du pape Alexandre VI, en 1499 et devient propriétaire des terres de Feusines, Néret et La Motte-Feuilly en 1504. Son mariage découlait du pacte entre Louis XII et le pape Alexandre VI, permettant au roi d'obtenir la bulle pontificale annulant son mariage avec Jeanne de France afin d'épouser Anne de Bretagne alors veuve de Charles VIII. Selon le pacte, Louis XII accordait au fils du pape, César Borgia, un duché (le Valentinois) et la main de Charlotte d'Albret.
** La bataille de Pavie opposa les Français aux Impériaux, les 23 et 24 février 1525. En septembre 1524, François Ier décida d'une nouvelle expédition en Italie, poussé par son favori Bonnivet et contre l'avis de la régente et de Montmorency, qui insistaient sur la faiblesse du royaume. Le roi passa les Alpes avec u_ne forte armée en octobre 1524, prit Milan le 26 octobre, et mit le siège devant Pavie le lendemain. La cité était défendue par de fortes murailles. Après un hiver dans l'inaction, les Impériaux passèrent à l'attaque dans la nuit du 23 au 24 février 1525. Le roi se retrouva au milieu des troupes ennemies et fut fait prisonnier. La bataille fit plusieurs milliers de morts (les chiffres oscillent entre 3 000 et 16 000, principalement dans l’armée royale), ce qui était inhabituel pour l'époque. « Nous avons marché dans du sang jusqu’à en avoir plein les bottes » dit un chant de lansquenets. Le roi sera libéré un an plus tard, contre une énorme rançon qui sera payée par ses sujets, et en promesse renoncement de ses prétentions sur l'Italie. Promesse que François Ier ne tiendra pas.
*** Marie-Félicité du Plessis-Châtillon sera guillotinée à Paris le 26 juillet1794, à l'âge de 70 ans. Le lendemain, Robespierre est arrêté, et guillotiné à son tour le 28 juillet 1794.
**** Les Montmartel, famille dauphinoise, sont à l'origine des aubergistes et commerçants. Ils s'enrichiront en sachant fournir les armées, réalisant au passage de confortables bénéfices. Jean Pâris de Monmartel sera banquier de la Cour jusqu'en 1759. Jeanne Antoinette Poisson, Marquise de Pompadour, maîtresse de Louis XV, était la filleule de Jean Pâris de Monmartel. Jeanne-Antoinette doit ses prénoms à son parrain, Jean Pâris de Monmartel, et à la nièce de ce dernier, Antoinette Justine Pâris, sa marraine.
***** Alexandre Dumas (père) en fera une pièce en 5 actes: Le Marquis de Brunoy, 1836.
Armand-Louis-Joseph Paris de Montmartel aurait été l'objet de moqueries blessantes sur son titre de marquis, alors que son grand père avait été un simple aubergiste. Ces moqueries déclenchèrent sans doute ses dispositions à fréquenter les gens du peuple et à braver la noblesse. Aimant le faste religieux, il donna à l'église de Brunoy des vêtements sacerdotaux brodés d or, des bijoux, des pierres précieuses, il patronne sans compter des Fêtes Dieu, des processions, des banquets...
Il se maria mais se sépara très vite de sa femme.
Il invitait dans son château de Brunoy les gens du pays, il tenait pour eux table ouverte. Les banquets se terminaient en beuveries et Armand étant ivre, il signait des donations à ses familiers. Donations sur lesquelles il ne revenait pas le lendemain. Il se livrait même à des anoblissement sauvages pour se moquer de « l esprit de noblesse ».
La famille fit « interdire » et assigner à résidence au château de Villers le marquis de Brunoy.
www.cairn.info/revue-historique-2014-3-page-567.htm?ref=d...
chateaudelamottefeuilly.fr/histoire
Comte F. de Maussabré, Généalogie de la famille Palesteau, dans le Compte-rendu de la Soc. Du Berry à Paris, 6e année, Paris, sept. 1859, ln-8°, p. 234.
Patrice Boussel. Guide de l'Île-de-France mystérieuse. Éditions Tchou, 1969.
www.brunoy.fr/wp-content/uploads/2022/02/Support-Pedagogi...
www.facebook.com/chateaudelamottefeuilly
data.bloomberglp.com/professional/sites/10/Peer-Analysis_...
Harley-Davidson est un fabricant de motocyclettes basé à Milwaukee (Wisconsin), États-Unis. L'entreprise a été fondée en 1903.
Ces motos ont un style, un caractère moteur et une sonorité particulière qui suscitent la fidélité chez les clients de la marque. Les motards qui ne participent pas à ce culte les trouvent dépassées car elles ont souvent un look de machine de collection mais elles sont bien plus modernes qu'on ne le pense.
Dans les années 1970, Harley-Davidson évolue peu et se cantonne à ses modèles, sans changer de conception durant de nombreuses années. Le coût et le prix deviennent élevés pour des performances qui étaient très inférieures à celles des nouveaux concurrents japonais. Néanmoins, en 1977, Harley-Davidson surprend tout le monde en présentant la 1000 XLCR Cafe Racer. Mais elle n'aura pas le succès attendu.
Quelques années plus tard, la firme récidivera avec le modèle XR 1000, directement dérivé de la compétition, et là encore, se sera l'échec commercial, notamment en raison d'un prix de vente prohibitif pour l'époque, plus de 6000 $.
Parallèlement, Harley-Davidson rachète l'usine italienne Aermacchi et produit des motos de petites cylindrée sous le nom Aermacchi Harley-Davidson.
Au milieu des années 1970, AMF (American Machine & Foundry) acheta la société et augmenta la production mais cette stratégie entraîna une qualité moindre. Les ventes déclinèrent et l'entreprise fut sur le point de faire faillite. Le nom lui-même devint l'objet de moqueries comme à peine capable et le titre goret (hog) devint autant affectueux que péjoratif. AMF vendit l'entreprise à un petit groupe d'investisseurs qui ralentirent la production, introduisirent des techniques de productions innovantes et améliorèrent la qualité. Plutôt que de se battre contre les Japonais sur leur terrain, cette nouvelle direction accentua le côté rétro mais apporta une excellente réputation à la firme.
AMF Harley-Davidson continue de produire ses petites cylindrées dans l'usine Aermacchi. Les locaux et l'outillage sont revendus dans les années 1970 à Claudio Castiglioni, posant la première pierre de ce que deviendra Cagiva.
Une Harley-Davidson devient alors objet de collection qui garde sa valeur si elle est bien entretenue, surtout pour un gros modèle.
La vente d'objets portant le logo et des accords de licence avec des entreprises fabriquant des camions légers à plateau (série F) comme Ford assurent une publicité forte et des revenus intéressants.
C’était il y a 30 ans !
Du "Journal de Québec"
Dimanche, 31 mars 2019 00:00
-Il y a 30 ans, le 1er avril 1989, plusieurs milliers de personnes ont assisté dans les rues de Québec à un défilé de la coupe Stanley organisé par la station radiophonique FM-93, à l’occasion de la journée du poisson d’avril.
-Le défilé était alors ouvert et fermé par « Me Imbut ». L’événement avait attiré presque autant de gens que le match de hockey au Colisée, une défaite de 5 à 4 contre les Bruins de Boston.
-Avec seulement 61 points et 27 victoires en 80 matchs, Québec terminait pour la première fois au dernier rang du classement général de la LNH. En pleine saison, l’entraîneur Jean Perron avait pris la relève de Ron Lapointe, atteint d’un cancer.
*Foule importante
-En signe de moquerie, le défilé des « Nordindes » sur la Grande Allée avait attiré une grosse foule. Les animateurs du Zoo, l’équipe de la station numéro un, s’étaient bien amusés en ce 1er avril 1989.
-Pendant plus d’une heure, une vingtaine de chars, des personnages, une fanfare et une télédiffusion en direct à la télé communautaire composaient la parade. Un bourreau « qui coupait la tête des Nordindes », des supporteurs avec des sacs bruns sur la tête et une voiture de golf complétaient le tableau. Le défilé s’est déroulé sans problème, bien escorté par la police de Québec.
-À l’occasion du 1er avril, les gens de FM-93 avaient organisé une émission sous l’eau et une autre sur la Lune au cours des deux années précédentes.
-Le char des entraîneurs mettait en vedette les cercueils de Michel Bergeron et André Savard.
-Le char des entraîneurs mettait en vedette les cercueils de Michel Bergeron et André Savard.
Marcel Aubut mécontent
-Le directeur de la station, Claude Thibodeau, avait pris avec un grain de sel les démarches entreprises par Me Marcel Aubut pour empêcher l’activité.
« Ils ont tout tenté pour nous mettre des bâtons dans les roues, mais ça n’a pas marché », avait-il lancé.
-Malheureusement pour les Nordiques, la saison suivante fut encore pire avec 12 victoires en 80 matchs.
– Texte et recherche : Jean-François Racine et Stéphane Doré
Trop facile de moquer, avec le sourire narquois de l’homme au chapeau !
À la demande du photographe ?
Dans tous les cas, cet homme et son âne travaille dur, il porte un tablier, nous pouvons supposer qu’il est en contact avec une clientèle devant qui il tient à être présentable…
Que vend-il ?
Chiffonnier ? Des cordes et brindilles de bois remplissent sa charrette ???
Nous sommes à Neuilly-sur-Seine, banlieue de Paris.
Il passe juste devant l’octroi municipal créé en 1825.
Tirage Argentiques, les photographies sont antérieures à leur mise en vente. C :1906. Voir : www.flickr.com/photos/193116254@N07/54470695824/in/datepo...
Ou je précisais : Production à la chaîne sur des bobines de papier sensibilisé,
(Invention des Allemands fins 19ᵉ siècle, la S.I.P (société française), c'est aussi équipé d'une machine similaire juste à la fin de la Grande Guerre pour faire face à la production des images de celle-ci, 1418 qui allait envahir le marché européen.
T.K. Treadwell & William C. Darrah anciens
du National
Stereo Association avouait bien volontiers leur peu de
renseignements sur cette « Collection THÉA. »
Sinon que certaines étaient collées sur carton, d’autres non.
Sur certaines que j’ai reçu depuis le dos est imprimé :
(sans le logo ! )
Société Industrielle de Photographie, Rueil ( Seine et Oise).
Donc trois versions sont possibles pour chaque carte sortie ?
Cela sent la magouille, certains tirages officiellement non jamais existé, je suppose !
Too easy to mock, with the man in the hat smirking!
At the photographer's request?
In any case, this man and his donkey are working hard, he's wearing an apron, we can assume he's in contact with a clientele in front of whom he wants to look presentable...
What does he sell?
Ragman? Ropes and twigs fill his cart???
We're in Neuilly-sur-Seine, a suburb of Paris.
He passes right in front of the municipal octroi created in 1825.
Silver prints, the photographs predate their sale. C :1906. Voir : www.flickr.com/photos/193116254@N07/54470695824/in/datepo...
Where I specified: Production line on reels of sensitized paper,
(Invented by the Germans in the late 19ᵉ century, the S.I.P. (a French company), also equipped itself with a similar machine just at the end of the Great War to cope with the production of images from the latter, 1418 which would invade the European market.
T.K. Treadwell & William C. Darrah elders
of the National
Stereo Association readily admitted how little they knew about this
little information about this “THÉA Collection.
Other than that some were glued to cardboard, others not.
On some that I've since received, the back is printed:
(without the logo! )
Société Industrielle de Photographie, Rueil ( Seine et Oise).
So three versions are possible for each card?
This smacks of trickery, some prints officially never existed, I suppose!
Comme de nombreuses municipalités, Neuilly-sur-Seine percevait autrefois l’octroi, taxe prélevée à l’entrée des villes sur certaines marchandises (alcool, viandes, charbon…). L’octroi municipal est créé en 1825. Le personnel est installé dans des bureaux implantés sur les limites de la ville, au départ des axes principaux.
En 1839, l’Octroi Intercommunal de Banlieue est créé et remplace les octrois communaux dans les villes à proximité de Paris. Les bureaux de Neuilly sont alors désaffectés et après divers projets de réutilisation, ils sont peu à peu détruits.
Sur les neufs bureaux que compta la ville, seuls trois subsistent aujourd'hui : ceux marquant la limite territoriale avec la commune de Levallois-Perret.
Le bureau de Villiers existe depuis au moins 1869, date à laquelle il est déplacé depuis un endroit non connu au carrefour Bineau (angle rue Parmentier – boulevard Bineau). Cet emplacement est choisi, car situé au croisement de sept voies de communication. En 1873, le bureau géré par la ville de Neuilly devient mixte avec l’octroi de Levallois-Perret.
Le bâtiment est une cabane en planches. Il est démoli en juin 1909 pour laisser la place à l’édifice actuel en briques réalisé par l’architecte Léopold Girauld. Outre le bureau des agents, le local comprend un W.C., un système de tout-à-l'égout, un point d’eau et une réserve pour les vélos du personnel.
Désaffectée en 1939, sa destruction est envisagée, mais il est finalement conservé.
S:www.neuillysurseine.fr/page/octroi-de-neuilly-bureau-de-V...
Like many municipalities, Neuilly-sur-Seine used to collect octroi, a tax levied on certain goods (alcohol, meat, coal, etc.) as they entered town. The municipal octroi tax was created in 1825. Staff were based in offices on the city limits, at the start of the main roads.
In 1839, the Octroi Intercommunal de Banlieue was created, replacing the communal octroi in towns near Paris. The offices in Neuilly became disused and, after various reuse projects, were gradually destroyed.
Of the nine offices in the town, only three remain today: those marking the territorial boundary with the commune of Levallois-Perret.
The Villiers office has existed since at least 1869, when it was moved from an unknown location to the carrefour Bineau (corner rue Parmentier - boulevard Bineau). This location was chosen because it was at the crossroads of seven main roads. In 1873, the office managed by the town of Neuilly became mixed with the Levallois-Perret octroi.
The building was a wooden shack. It was demolished in June 1909 to make way for the current brick building designed by architect Léopold Girauld. In addition to the agents' offices, the premises include a toilet, a sewage system, a water point and a storage area for staff bicycles.
Disused in 1939, its destruction was considered, but it was eventually preserved.
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