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Anecdotes urbaines: Quelque chose de très lumineux et silencieux déchira le ciel sous les yeux des touristes. #bnw #bnwphotography #photography #photooftheday #rivieramaya #picoftheday

Lorsque Jakob avait entendu la porte du laboratoire se refermer, il avait frissonné de terreur, sans pour autant le montrer. L’heure était venue d’affronter Oswald ou de se soumettre. Et s’il hésitait, il pouvait trahir et son peuple et sa bien-aimée. Une sorte de poker menteur se jouait avec le sorcier maléfique. Et il était au centre d’une espèce de cyclone qu’il lui faudrait apaiser.

 

Le corbeau se tenait près de lui, l’oeil ironique et vengeur qui donnait à Jakob l’envie de lui tordre le cou. Mais le jeune garçon restait impassible.

 

- Eh bien, Matthias ! Qu’as-tu donc aujourd’hui, jeune homme ? Serait-ce mon épouse qui t’a tourné l’esprit pour être aussi maladroit ?

 

- Je...je ne sais pas, bredouilla l’apprenti.

 

- Tu es troublé, comme sous l’emprise d’un maléfice. Mais qui n’est pas lié à notre magie des ombres. Approche, tends ta main, ordonna Oswald avec autorité.

 

Timidement, le garçon tendit sa main au-dessus de la tasse que tenait son maître. Celle-ci se troubla et la couleur noire devint bleue, puis rose.

 

- C’est bien ce que je craignais, tu es aspiré par des énergies d’amour. Se sont elles qui t’ont fait reculer tout à l’heure face à Marie. Réponds-moi...depuis quand l’aimes-tu ?

 

- Je...c’est ridicule voyons, je ne la connais même pas !

 

- C’est faux objecta le corbeau. Je t’ai vu l’espionner à plusieurs reprises et rougir en sa présence comme une pomme d’api. Tu es...sinon son amant, du moins un amoureux transi.

 

- Oui, tout à fait...transi de peur de révéler sa magie. Car ma femme possède des dons elle aussi et tu le sais pertinemment. Pire, tu veux la protéger de moi...parce que tu l’aimes !

 

- Mais non, qu’allez-vous imaginer ?

 

- Matthias, arrête de me prendre pour un imbécile. Tu es jeune, mais je te sais malin et ambitieux. Me voler ma femme fait partie de tes projets. Une autre façon de tester tes pouvoirs. Seulement moi aussi j’en ai des dons. Et je sais reconnaître un être empoisonné par des sortilèges féeriques. Marie t’a ensorcelé. Je ne sais comment elle a fait mais tu es sous son emprise. Et cela nuit à tes progrès en magie noire. Pourquoi soupirer ainsi ?

 

- Parce que vous vous trompez. Je n’ai pas de commerce avec votre épouse. Je...je suis juste... sensible à sa beauté. Je confesse qu’elle me plaît. Mais...je ne vois pas en quoi cela pourrait nuire à mon avancement.

 

Oswald sourit. Un sourire ironique devant tant de naïveté.

 

- L’amour est une maladie, Matthias. C’est un sortilège en soi. Il n’en est pas de plus puissant en vérité. Aussi bien dans la destruction que l’illumination. Seulement...si tu veux devenir aussi puissant que moi, tu dois t’en détourner, contrôler tes élans. Ce n’est qu’ainsi que tu pourras devenir un sorcier omniscient. Hors de ce contrôle, tu ne seras qu’un sorcier maléfique ordinaire comme il y en a tant...qui se laisse berner par une fée par amour et devient une espèce d’hongre soumis tantôt à la loi maléfique, tantôt à la féerie. Est-ce cela que tu souhaites ?

 

- Je...non bien sûr !

 

- Alors pourquoi as-tu jeté ton dévolu sur le bien d’autrui ?

 

- Je ne sais en vérité, maître...La solitude peut-être. Et c’est la seule femme qui éveille en moi la poésie.

 

- Eh bien, s’il en est ainsi, bois donc ce philtre. Il te protégera de ses influences, et aussi de la mauvaise poésie. La poésie ridicule de l’amour qui domestique et abêtit. A moins que...tu ne souhaites abandonner ton apprentissage, dit le sorcier en tendant une coupe au jeune garçon et en le fixant de ses yeux glacés.

 

Jakob soupira et baissa les yeux. Il se sentait acculé. Pouvait-il dores et déjà sortir de son rôle de garçonnet maléfique et révéler qui il était réellement pour confondre et tuer Oswald ? Ou bien fallait-il qu’il continue d’apprendre de cet horrible malfaisant, de quoi devenir aussi puissant qu’il l’était, pour véritablement anéantir les forces de l’ombre?

Contrairement à Oswald, le jeune homme avait l’amour de son côté. Un amour pur, généreux et sans idée de domination ou de soumission. Cet allié lui donnait une force incroyable. Le sorcier lui-même le disait.

Mais était-ce suffisant ?

Jakob se sentait faible encore...faible en magie. Il voulait pouvoir inverser tous les mauvais sortilèges pour en faire de bons. Avec tout ce qu’il avait appris, il comprenait à présent comment rendre droit ce qui était tordu, comment changer en bien ce que les maléfices avaient abîmé. Mais il lui manquait encore des savoirs auriques pour activer sa puissance. Et pour y parvenir, il avait également besoin de son lien d’âme conjugal avec Marie. Sans sa tendre épouse, il ne pourrait ni progresser ni préserver son âme des dangers de l’ombre.

 

Alors, pour terminer sa formation, il devrait invoquer l’inversion du philtre avant de le boire pour éviter de se couper de sa bien-aimée. Il devrait tromper Oswald encore un peu, encore quelques heures, quelques jours tout au plus. Le temps d’avoir la force suffisante, le temps de finir de travailler ses ombres et de choisir la lumière, celle qui les avait inondés lors de leur mariage. Celle à laquelle il ne pouvait renoncer, même pour tous les pouvoirs magiques du monde.

  

Il ferma un instant les yeux et invoqua silencieusement la protection d’amour pour lui comme pour Marie. Aussitôt, tout ce qui les entourait se figea. Oswald comme le corbeau et Chariot et tout ce qui vivait à la tour. Seule l’âme de Marie et la sienne s’exprimèrent en cet instant. Renouvelant leurs vœux, réclamant leur droit d’amour et de vie.

 

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Une lumière vive alors se forma, scintillante, avant de se cristalliser en une sorte de sucre mauve à multiples facettes et se poser dans la main gauche de Jakob.

 

Il baisa la pierre qui aussitôt se réduisit en poudre fine ; puis il l’ajouta au liquide noirâtre que lui présentait toujours Oswald et à l’aide de sa baguette, remua la potion. Le sortilège noir d’emprise maléfique s’évapora brutalement, pour être remplacé par une eau pure et cristalline, emblème des forces bienfaisantes. Cette eau serait son armure, son ultime rempart avant d’enclencher la libération de la féerie.

Et si c’était pour Marie, il était prêt à tout, se promettait-il. La magie n’appartenait-elle pas à l’âme qui agit ? La formule qu’il récita pour bénir le breuvage, avait quelque chose de grisant, comme s’il la faisait émerger d’une source inconnue, venue de très loin. C’était une magie puissante qui lui soulevait l’âme et l’élevait aussi haut et aussi grand qu’Oswald, mais en miroir inversé.

Ses mains et tout son corps se mirent à trembler. Et dans ce tremblement qui le saisissait, il se vit, comme à travers des portes du temps successives, en train de prononcer ces mêmes paroles pour sauver autant que pour mettre sous emprise, sa dulcinée. C’était comme une mémoire du passé qui surgissait brusquement pour être revécue. Et en même temps qu’il prononçait ces paroles, il voyait ses différents visages, ceux de Marie aussi...et cet amour, plus puissant que tout qui les avait unis à chaque fois.

 

www.youtube.com/watch?v=TB9Tzel52-E

  

Peu avant qu’il ne prononce les dernières paroles, il eut une drôle de vision, différente des autres : il se voyait au grand château des monts chauves, tout vêtu de noir et semblable à un vampire, prononçant ces mêmes paroles face à un chaudron où macérait un ruban rose dans une potion bleu nuit. Un instant, le vampire releva la tête et le fixa d’un air pénétrant et ironique, avant de disparaître aussi sûrement que s’il avait été une ombre. Le sortilège était fini. Et bien que les dernières images aient glacé l’âme du jeune homme, il n’en aurait pas retranché un mot ni une note. Il ne savait trop quoi penser ce qu’il avait vu, mais il savait qu’ainsi l’amour qu’il partageait avec Marie serait protégé définitivement.

 

Alors, d’un léger mouvement de tête qui remit en mouvement tout ce qui l’entourait, Jakob saisit la coupe toujours tendue vers lui par le sorcier maléfique et la but d’un trait.

 

Oswald sourit, croyant dur comme fer que son apprenti se soumettait.

Mais lorsque le jeune garçon lui rendit le verre sans trembler et qu’il vit ses yeux briller d’un éclat mauve, alors le sorcier comprit que sa potion maléfique n’était pas de nature à contrarier ce qui s’était déjà noué.

Mais, amusé par la rivalité qui pimentait désormais leur relation, pensant qu’il pourrait compléter l’emprise qu’il avait déjà sur le jeune garçon quand il l’amènerait au congrès des grands sorciers, il choisit de lui donner une dernière chance :

 

- Voilà qui est mieux, Matthias, dit-il en fixant le jeune garçon aux boucles blondes. Veux-tu voir ce à quoi tu as échappé ?

Le ton sonnait comme une menace et un danger. Mais Jakob, galvanisé par le sortilège qu’il avait invoqué et la magie dont il se savait maître à présent, sourit et acquiesça .

 

Oswald alors l’entraîna vers un chaudron rempli d’un liquide couleur de rouille, qu’il toucha du doigt et qui en se troublant, s’ouvrit tel un rideau de velours épais pour dévoiler à l’apprenti et son professeur, une scène qui instinctivement, fit frissonner Jakob.

Dans cette vision, il avait retrouvé son apparence elfique, à taille humaine et il était enchaîné dans une prison de la même tour. Une prison qui ressemblait beaucoup au cachot où étaient enfermés ses amis et son père. Mais à une autre époque, un autre temps. Face à lui, un petit homme dont la voix aigre et l’emprise lui rappelaient beaucoup Oswald. Un homme qu’il savait être son maître comme il l’était à nouveau aujourd’hui. Un maître qu’il avait défié par amour.

Et que le maître allait torturer.

Il se voyait malgré tout, heureux, tenant tête obstinément à son adversaire.

 

www.youtube.com/watch?v=5Mb-DR9F68U

 

Puis à nouveau le rideau de velours s’abaissa et Oswald croisant le regard de son élève, crut bon d’ajouter :

 

- Je ne te montrerai pas la suite, elle te ferait faire des cauchemars.

 

- Je ne crois pas, maître. Je ne crois pas.

 

- Impudent, me provoquerais-tu ?

 

- Oh non, susurra avec candeur Jakob,loin de moi cette idée !Mais je suis incapable de concevoir que vous auriez pu, dans une vie passée, torturer une innocente jeune fille dont vous aussi, manifestement, étiez amoureux.

 

- Misérable bambin, je ne suis pas amoureux, je ne l’ai jamais été, glapit Oswald. Je me suis préservé d’aimer. Justement parce que je sais trop ce que l’amour fait faire aux gens...et ce qu’il ruine du pouvoir qui est le nôtre. Décidément, tu ne comprends rien, maugréa le sorcier, furieux de ne pas impressionner son élève. Et je me demande pourquoi je t’enseigne tout cela.

J’ai l’impression de remplir une outre poreuse. Mais soit, puisque tu es si sot, je vais t’expliquer cette vision.

Il y a longtemps, bien longtemps, un de mes ancêtres affronta une de ses créatures maléfiques, un certain Gilles à qui il avait donné une très grande séduction et et à qui il appris tous ses tours les plus maléfiques. Mais cet ingrat le trahit en tombant amoureux ici même en cette tour, de la fille du châtelain qui y vivait, Anne. Par amour, Gilles la protégea de toute forme de maléfice et d’emprise. Mais dut payer le prix fort de cette trahison et de la liberté de sa belle.

 

Comprends tu la leçon ? Si tu avais refusé de boire la potion et revendiqué Marie pour toi seul, tu aurais immédiatement rejoint le cachot et tu aurais été torturé devant mes prisonniers pour l’exemple. Et je t’aurais fait hurler jusqu’à te faire oublier ton propre nom.

 

Sans se troubler, le jeune garçon sourit et malicieusement s’écria :

 

- Tout cela est bien beau mais vous oubliez votre femme !

 

- Pas du tout. Je l’aurais fait assister à ton supplice jusqu’à ce qu’elle abandonne tout espoir de liberté. Et qu’elle me supplie de t’achever pour cesser tes souffrances.

 

- Mais elle est libre. Libre n’est-ce pas ? C’est bien cela qui vous agace. Car vous ne pouvez rien contre elle.

 

Oswald sourit méchamment.

 

- Je suis désolé de t’apprendre que contrairement à Anne, Marie est ma prisonnière autant que mon épouse, Matthias. Elle ne peut donc pas m’échapper. Pas plus que toi, en vérité.

 

- Sauf que je ne suis pas votre créature.

 

- Tu le deviendras puisque tu t’es engagé à m’obéir et à conquérir l’ultime pouvoir maléfique.

 

- Je n’ai pas fait cela.

 

- Si.Tu es devenu, de ta propre volonté, mon apprenti. Et tu viens de boire une potion qui t’enchaîne à moi et à mes projets bien plus que tu ne le penses. De plus, en buvant ce breuvage, tu as renoncé définitivement à Marie. Ce qui t’a sauvé la vie, soit dit en passant. Une récompense à un bien petit sacrifice. Qui t’ouvrira des portes dont tu ne soupçonnes pas la puissance. Demain je te présenterai à la cour des grands sorciers.

Demain tu montreras ta valeur maléfique devant tes pairs. Il est temps que tu prennes ta place parmi nous, que tu écrives ta propre histoire. Mais avant, tu vas devoir répéter tout ce que nous avons déjà appris et faire une grande œuvre que tu présenteras devant le grand jury.

Je veux que tu sois fin prêt demain pour impressionner ton auditoire. Et que tu te serves de la magie musicale qui es tienne. Je t’écrirai les mots, et tu y joindras tes notes. A nous deux, je te le promets, nous serons les plus puissants enchanteurs que cette terre ait jamais vu. De quoi attirer en nos mains l’anneau de feu et anéantir avec lui définitivement la féerie.

Et ceci n’est pas une promesse, mon jeune ami. Ceci sera. Parce que je le veux ! Et que je suis Oswald, le plus puissant sorcier de tous les temps, conclut-il avec force.

 

- Mais maître...vous m’aviez dit, intervint le corbeau, furieux du revirement de son maître.

 

- Tais-toi, oiseau de malheur ! Le temps n’est plus à la punition puisque Matthias s’est soumis. Le temps est au travail. Active les fourneaux, les cornues...nous avons beaucoup à faire jusqu’à demain. Nous ne dormirons pas. Matthias doit être le meilleur face aux princes de la magie noire.

 

www.youtube.com/watch?v=jmRU6cJeVDs

 

Et ils avaient travaillé. Jusqu’à l’épuisement, jusqu’aux dernières limites des forces de Jakob. Pour le faire tenir, Oswald lui faisait boire un étrange café. Très sombre et parfumé à la cardamome. Une potion qui l’empêchait de sentir le manque de Marie. De la réclamer. De laisser s’échapper son âme hors de l’emprise du sorcier noir pour rejoindre et s’unir à celle de son épouse.

 

Il n’était plus qu’un robot obéissant sous la conduite d’Oswald. Il était devenu son prolongement, son serviteur zélé, son fils spirituel, créant une nouvelle magie musicale sombre pour un sorcier encore plus sombre encore. Une partition dont lui seul réglait les harmonies, mais dont les maléfices étaient écrits par son mentor. Un cocktail aussi séduisant que dangereux. Propre à corrompre et abattre n’importe quel ennemi, sans même qu’il puisse se défendre.

 

Bien qu’une partie de Jakob ait été protégé ainsi que Marie de l’emprise de la magie noire, grâce au sortilège que le jeune homme avait prononcé un peu plus tôt, la partie visible, celle que tout le monde pouvait voir de lui, avait, sous la pression maléfique, définitivement cédé aux forces de l’ombre. Et Oswald s’en réjouissait. Matthias ne rechignait plus. Ne protestait plus. Il lui obéissait au doigt et à l’oeil. Sans aucun scrupule ni opposition. Et cela engendrait une magie dont le sorcier maléfique mesurait l’amplitude et le fracas par avance. Leurs deux énergies mises ensemble domineraient bientôt l’univers et la féerie. A eux deux, ils créaient un troisième être, mélange de sorcier noir et de vampire carnassier: un monstre qui n’aurait bientôt plus aucun prédateur.

 

Le lendemain soir, après avoir pris un dîner des plus roboratifs, le sorcier et son apprenti s’enfermèrent dans la chambre d’Oswald pour les derniers préparatifs. L’apprenti devait être aussi angélique et magnifique que possible. Son maître y tenait. Alors il transforma sa veste rouge élimée et ses guenilles en somptueux costume de velours rouge à large jabot blanc et gilet de peau noir, lava, coiffa et parfuma avec un soin tout paternel ce petit homme à l’apparence d’enfant.

 

Et lorsque Jakob se vit dans le miroir, il se trouva curieusement très beau. Il ne percevait plus son côté ténébreux. Il l’avait intégré comme s’il le définissait entièrement. Malgré les cernes sous ses yeux, son grand œuvre était prêt. Il le déploierait dans quelques heures et pourrait conquérir certainement un pouvoir que jamais aucun membre de sa famille n’aurait pu espérer posséder. Et ce pouvoir l’aiderait à vaincre Oswald. Du moins l’espérait-il.

 

Au sortir de la chambre de son maître tout aussi paré que lui, le jeune garçon avait croisé Marie qui rentrait du jardin, échevelée, sentant la menthe et la ciboulette, de la terre maculant son visage et son tablier. Et face à ces frais parfums, il avait à nouveau rougi et baissé les yeux, ému de la retrouver aussi immuable que la veille, aussi belle et farouche aussi.

Son coeur avait battu plus vite en la voyant grimper quatre à quatre l’escalier qui menait à sa chambre pour se changer. Si seulement il avait pu la rejoindre quelques minutes. Lui dire qui il était réellement, qu’il l’aimait, lui apprendre ce qu’il s’apprêtait à faire et à vivre et qu’elle puisse l’embrasser avant qu’il n’entre dans l’arène...

Mais ce n’était pas possible car Oswald se tenait derrière lui et surveillait attentivement les deux jeunes gens, guettant le moindre mouvement tendre de l’un vers l’autre.

 

Marie s’était figée en haut de l’escalier. Elle avait regardé les deux hommes avec étonnement puis elle avait ri. Un rire enjoué qui se moquait de leurs costumes d’apparat et de leurs mines solennelles, suivi d’un rire triste à en mourir qui déchira l’âme de Jakob.

 

Il sentait confusément qu’un fossé profond s’était creusé entre eux...un fossé infranchissable, qui le laissait seul et désemparé, abandonné à lui-même sans véritablement l’avoir cherché. Seul face aux forces de l’ombre, guidé par celle du sorcier qui après avoir noué une cape de velours noir sur ses épaules, l’entraînait déjà vers la forêt à la poursuite de son destin : un destin que Jakob souhaitait lumineux de toutes ses forces, sans savoir pourtant réellement ce qui l’attendait.

 

Mentalement, il pria Marie et l’ange de l’anneau de feu de le protéger face à leurs ennemis.

Il serait courageux, il l’avait promis. Et la féerie méritait bien cet ultime effort. Mais il avait peur aussi. Peur de voir révélée une nature dont il prenait lentement conscience. Et qui n’avait rien de bienfaisant : mais le montrant égotique et dominateur. Avec ce frisson de toute-puissance dont il avait pris le goût et la fièvre, à force de travail, d’insomnie et de café. Volupté délicieuse dont il ne saurait bientôt plus se passer se disait-il, à moins d’un miracle. Et c’était peut-être ça, plus que tout autre sortilège maléfique, qui risquait à jamais de le séparer de Marie. Alors même qu’il ne brûlait que de la retrouver. Mais il n’était plus temps d’avoir des regrets. Il lui fallait suivre docilement son maître, en espérant conquérir le public et le jury des grands sorciers. Ce qui ne serait pas une mince affaire.

 

www.youtube.com/watch?v=VJohl40V37g

8 Avril 1830, vers midi, un bateau effectue de drôles de manœuvres au large du Diamant. Vers cinq heures, il jette son ancre en ces eaux dangereuses.

François Dizac, géreur de l’Habitation de la Plage du Diamant, se rend compte du danger encouru mais ne peut prévenir le capitaine du navire, la houle étant trop forte. Il doit se borner à faire des signaux que le capitaine ne voit pas ou ne veut pas voir…

A 23 heures des cris et des craquements déchirent la nuit.

 

Dizac et un groupe d’esclaves se rendent immédiatement sur les lieux. Sous leurs yeux, une vision d’horreur. Un mât de misaine surchargé d’individus affolés se brise et entraîne définitivement dans l’écume un grand nombre de personnes

Dans cette tourmente, 300 esclaves enchaînés…

Le lendemain à l'aube, 46 cadavres dont quatre blancs furent repêchés.

Les corps des marins négriers furent inhumés au cimetière du Diamant et les africains " à quelque distance du rivage", c'est à dire en ce lieu où s’édifie le Mémorial de l’anse Caffard. 86 captifs rescapés furent sauvés et recueillis par Dizac et les esclaves de son Habitation…

 

Junko: "So thats my home please come in!"

portrait polaroid fuji fp100 c silk.

Le bleu vient du fait que le polaroid fut légerement voilé avant la prise de vue.

Dans son repaire, Tania s’impatientait. Car enfin, l’indifférence où la tenait le prince vampire l’agaçait. Avec les appétits dus à sa nouvelle condition, il aurait dû venir la retrouver très rapidement pour y satisfaire ses désirs charnels. Son absence doublée d’un manque d’information quant à son couronnement faisait que la voleuse d’âmes commençait vraiment à s’inquiéter. Alors, elle avait eu recours à la magie noire. Une magie qu’elle pratiquait lorsqu’elle craignait de perdre son emprise maléfique.

En enchantant un cheveu blond du vampire qu’elle avait arraché peu avant de le quitter sans qu’il s’en aperçoive, elle avait assisté à la scène de désenvoûtement de Jakob par l’élixir, ainsi que la destruction quasi complète d’Oswald et Abelard. Furieuse, elle avait compris que le vampire était de nouveau hanté par ses origines féeriques et par l’amour de la comtesse de Kalamine. Aidé en cela par Ulf et ses amis.

Elle avait ensuite suivi les deux vampires jusqu’à l’entrée de la propriété du fantôme, mais la magie de Tania ne lui avait pas permis de découvrir ce qui s’y était fait et dit.

 

- Voilà donc pourquoi je n’avais point de nouvelles. Messire Roméo, je me vengerai sur votre dulcinée, je vous l’assure. Je lui ferai payer cet affront.

 

Elle n’avait pas plus tôt dit cela que trois coups résonnèrent sur la porte de son logis. Ne laissant pas à ses domestiques le soin d’ouvrir, elle se téléporta aussitôt et aperçut un gnome maléfique qui s’apprêtait à glisser une invitation sous la porte. Se retournant brusquement, ce dernier laissa échapper un petit cri de surprise en voyant Tania, tandis qu’elle tendait sa main manucurée vers le petit homme :

 

- Donne moi donc ce message. Viens-tu de la part du seigneur Roméo ?

 

- Presque...de la part du capitaine Ulf.

 

Tania grimaça tout en saisissant l’enveloppe qu’elle déchira pour y découvrir l’invitation du lendemain, au bal d’intronisation.

 

- Voilà qui est mieux, dit-elle avec un sourire ironique en lisant la carte.

 

- Dois-je porter une réponse ?

 

- Dis simplement que je serai là, dit la voleuse d’âmes d’un petit ton sec.

 

- Bien madame, répondit le gnome en s’inclinant. Demain sera soir de fêtes pour nous tous. Et vous serez comme toujours la plus belle.

 

- Evidemment. Et j’espère bien décrocher le plus beau cadeau qui soit pour cette nuit très spéciale, fit-elle avec le regard perçant et incisif. Quelles femmes seront présentes ?

 

- Toutes les créatures maléfiques, bien sûr. Les banshees, les muses de l’ombre, les sorcières, les vampires, les meurtrières, les voleuses, les mantes religieuses, les dames blanches, la Galipote.

 

- Voyez-vous cela ! Cette vieille mégère sera là ?

 

- Il lui faut bien prêter allégeance à notre nouveau souverain. Comme tout le reste des créatures de ce royaume, au moins les chefs de clans.

 

- Oui, c’est vrai ! Où avais-je la tête ?

 

- Dans les fantasmes que vous nourrissez pour notre roi ?

 

Tania plissa son regard bleu glacier et grimaça.

 

- Je pourrais te détruire à l’instant pour ton effronterie, petit microbe. Mais je préfère conserver mon énergie pour de plus nobles desseins.

 

Le gnome ricana.

 

- Si ensorceler notre nouveau maître est un noble dessein...alors je mangerai trois fleurs d’aconit au souper.

 

- Je ne suis pas sorcière, mais voleuse d’âmes. Ce qui m’intéresse, c’est la possession, la domination. La sorcellerie maléfique n’est qu’un moyen d’obtenir des informations, effrayer et tourmenter quelques opportuns. Mais pas me donner le pouvoir absolu. Ni m’accorder la soumission et l’anéantissement de mes ennemis.

 

- Et quels sont-ils, princesse ?

 

- Mes ennemis ? Une certaine jeune comtesse résidant au royaume de Kalamine. Elle, son père et leurs proches sont les forces que je souhaite anéantir. Car ils disposent d’un empire sur Roméo qui m’empêche de régner sans partage sur le coeur et l’âme de notre beau et noble vampire. Un empire que je veux détruire. Ainsi seulement, je pourrais régner en reine sur le royaume maléfique. Un titre que m’ont toujours refusé Abélard autant qu’Oswald et tous les grands maîtres maléfiques du passé. Un titre que je vise depuis des siècles. Et que me doit aujourd’hui le prince Roméo. Je pensais qu’en le faisant esclave et porte-voix des grands sorciers du royaume, il se rendrait facilement à tous mes désirs. Mais ses amis lui ont fait boire un élixir qui, s’il lui a fait perdre la mémoire, lui a rendu son autonomie. Il n’en fallait pas plus pour le rendre hors contrôle. Et faire revenir en lui des appétits féeriques et amoureux

 

- Pour ce faire, il vous faudrait hanter Kalamine et capturer la comtesse, comme l’avait fait notre regretté grand sorcier Oswald.

 

Tania éclata de rire.

 

- Se sont des méthodes de brigands, bons pour les vampires ou les sorciers...j’ai bien mieux à ma disposition si je veux interroger et torturer la jeune Marie.

 

- Je sais...cependant, se sont des méthodes dangereuses, qui peuvent vous nuire autant sinon plus qu’à elle. Parce que son coeur est pur alors que le vôtre est…

 

- Entaché du mal que je fais et que j’ai fait depuis des siècles ? Et si justement, c’était cela ma force ? Et si justement cela faisait tout mon pouvoir et ma capacité d’emprise sur cette fille et sur Roméo ?

 

Le gnome sourit avec malice.

 

- On peut voir les choses sous cet angle, effectivement. Mais vous connaissez la loi, Tania ! Si Roméo ne vous aime pas et que vous tourmentez sans vergogne celle qu’il aime, vous aurez beau jouer de vos charmes et envoûtements maléfiques, l’amour véritable vaincra toujours à la fin.

 

La voleuse d’âmes plissa les yeux et considéra le nain avec mépris et hauteur.

 

- L’amour véritable n’existe pas. C’est une histoire que l’on a forgée de toutes pièces pour faire rêver les naïfs. Et surtout ces diables d’elfes et autres êtres féeriques. Quand je pense au temps heureux où je pouvais séduire et séparer n’importe quel couple...Le seigneur Renaud par exemple, et puis son beau-père, dans la même soirée, au grand désespoir de leurs épouses respectives...A cette époque, Bartoloméo et moi n’étions pas ennemis mais agissions de concert, pour notre plus grand plaisir !

  

www.youtube.com/watch?v=SpWaP-o2Kjw

  

- Je me souviens...vous vous étiez faits passer pour baladins. Mais Bartoloméo est tombé amoureux de la fiancée de Renaud...et tout a basculé définitivement en faveur de la féerie. Et pas par des maléfices tels que vous et moi les aimions. Mais par un amour qui depuis revient s’incarner et nous défie à chaque génération.

 

- Et que nous devons combattre et anéantir définitivement pour retrouver toute notre puissance. C’est pourquoi je dois agir pour empêcher la bonne magie et cet amour insupportable de triompher. Je suis la seule à pouvoir le faire à présent. Et Je m’en donnerai les moyens, sois en sûr, dit-elle en fixant le miroir avec ce regard métallique indéfinissable qu’elle utilisait pour capturer les âmes avant de les manger.

 

Le gnome regarda le reflet de Tania sans ciller, fasciné par sa beauté blonde et par l’intensité de ce regard bleu gris argenté qui pouvait réduire en esclavage n’importe quel être qu’il fut humain, maléfique ou féerique. Puis, comme on sort d’enchantement, il s’ébroua à la manière d’un jeune chien avant de disparaître.

 

Restée seule, Tania consulta la liste de ses sortilèges les plus à même de mettre Roméo sous emprise et murmura :

 

- De toute façon, je gagnerai...et je récupérerai mon bien. Lucifer me l’a promis. Ce n’est pas cette petite comtesse humaine et noiraude qui pourra gâcher la fête. Et si elle ose me prendre Roméo par ruse d’amour, alors je l’enlèverai pour lire en elle, savoir quels sont ses réels pouvoirs magiques...même si cela peut affecter et affaiblir les miens. Et nous verrons bien qui de nous deux est la plus forte.

 

www.youtube.com/watch?v=XAqpJfHCwSs

  

Elle revêtit une splendide tenue de soirée, brodée de pierreries qui scintillaient à chaque mouvement. Puis saisit un diadème de perles fines qu’elle posa sur ses cheveux tressés. Ainsi parée, elle sourit, satisfaite. Aucun vampire, aucun invité mâle du château des monts chauves ne pourrait lui résister ainsi. Puis, tendant un index blanc de nacre, manucuré vers une étagère, elle fit entrer plusieurs petits flacons de poudre blanche dans son sac en même temps qu’un paquet de tabac à rouler. Enfin, elle ajusta son manteau de velours noir sur ses épaules. La nuit serait encore fraîche et il s’agissait de surprendre ses hôtes, pas de leur offrir immédiatement ce qu’ils attendaient. Elle voyait déjà les sorcières et les muses, les dames blanches frémir de dépit en la voyant dégrafer sa pelisse. Et cela la fit rire. Allons, elle était toujours la plus belle et cela, aucune créature féerique et maléfique ne l’ignorerait.

  

Ulf quant à lui, toujours prisonnier de la fleur d’églantine, s’impatientait.

 

- Roméo, ce n’est pas sérieux...je ne vais pas rester bourdon enchâssé dans une fleur...j’ai du travail, moi! Ne t’en déplaise! Et je me fiche bien de ce qui peut t’arriver au manoir de...Oh non! J’avais oublié le le fantôme de...Sapristi! Et si Roméo tombe dessus et qu’il le...vampirise à nouveau!

Mon pauvre Ulf, décidément, tu ne sais plus diriger correctement les situations depuis tes retrouvailles avec Ilma et Mila. Mais pourquoi ma part humaine est-elle toujours là, non de non?

Et pourquoi ce petit homme m’a ramené à cet amour merveilleux? Et pourquoi est-il ensuite devenu vampire?

Tout était beaucoup plus simple avant son arrivée dans ma vie! Je commençais enfin à apprécier ma métamorphose et accepter la perte des jumelles sorcières. Je profitais de mes chasses et de mes rapines. J’y prenais même un certain plaisir. Mes pouvoirs augmentaient en même temps que mes responsabilités. J’avais un nom, une réputation, une respectabilité.Et au moins, Oswald, je savais qui il était. Je ne pouvais pas contrôler sa fureur et ses maléfices, mais j’avais réussi à négocier une vie acceptable en ce royaume des ombres. Aujourd’hui, Roméo est devenu encore plus déroutant que notre ancien grand maître. Voilà qui n’est pas banal! Et pour tout dire inquiétant. Même si je ne peux m’empêcher d’aimer ce gamin comme un jeune frère, il est...tellement imprévisible. Et cet amour qui le tient autant que celui que j’éprouve pour les jumelles...Et l’anneau de feu! S’il en est le légitime propriétaire désormais, je ne pourrai jamais disposer du pouvoir absolu. Mais je pourrais peut-être utiliser ma propre magie: car moi aussi j’ai été élève du même maître . Allons! Si j’essayais le pouvoir du vent sorcier qu’Oswald m’avait appris...Peut-être que cela ferait tomber les pétales de cette fleur ?

 

Effectivement, l’ancienne magie d’Oswald, tout bourdon qu’Ulf était devenu, fonctionnait toujours. Et une fois libéré, le pauvre bourdon fila sans demander son reste aux Monts Chauves où ses amis, inquiets de ne pas le voir revenir, s’étaient rassemblés pour décider d’une attaque du manoir.

L’arrivée de Ulf, revenu à son état vampirique premier, les fit sursauter puis éclater de rire.

 

- Nous commencions à craindre que Roméo t’ait joué un mauvais tour.

 

- Eh bien, vous aviez raison. Il m’a enfermé dans une églantine pour visiter sa nouvelle demeure seul.

 

- Seul ? Eh bien, il n’a pas froid aux yeux notre souverain ! Sait-il au moins que le manoir est hanté ?

 

- Il doit le savoir à cette heure. Car je ne doute pas que Bartoloméo alias Sir Simon lui soient apparus.

 

- Ulf, n’est-ce pas dangereux ? Je te rappelle que Roméo détient l’anneau de feu.

 

- Ca va ! Pour le moment, il ne sait pas s’en servir réellement...alors tout est sous contrôle !

 

Gédéon, un vampire assez peu causant, sourit ironiquement et dit :

 

- Cette formule, tu nous la sers toujours quand justement la situation devient dangereuse...alors nous avons tout à craindre.

 

- Mais non, tu t’affoles pour rien et pire, tu anticipes l’apocalypse. Mais j’ai plus d’un tour dans mon sac. Je vais préparer un bon cocktail qui mettra tout le monde de bonne humeur et nous rendra Roméo aussi coopératif que possible ! Vous vous rappelez de l’égrégore des entrailles du poisson d’or ?

 

- Celui qui transforme tout en or ?

 

- Oui, celui qu’Oswald avait utilisé pour soumettre différents royaumes féeriques.

 

- Ulf, cette potion n’a pas servi depuis plusieurs millénaires...et tu connais son instabilité surtout avec du champagne ! Si jamais elle provoque une nouvelle catastrophe…

 

- Mais arrêtez de voir le mal partout ! Ne vous ai-je pas toujours tirés d’affaire ?

 

- Si...mais à quel prix, parfois !

 

- Charmant, la confiance règne ! Un peu de foi, mes braves compagnons, ne serait pas de trop pour enrayer la poisse que vous posez sur ma tête. Par le sang des mandragores, je m’engage à ce que cette fête voie le règne de Roméo démarrer sous les meilleures auspices maléfiques. Et pour ce faire, j’ai besoin d’un peu de votre sang et de votre coopération. Vous connaissez la loi de l’attraction. Si vos énergies sont négatives, forcément, il s’en suivra un don qui chargera négativement le cocktail. Alors que si vous activez vos forces les plus sombres dans un sens positif pour nous, je suis persuadé que tout rentrera dans l’ordre.

 

- Tu as beaucoup de foi !

 

- Et alors ? N’est-ce pas ce qui m’a valu le titre de capitaine vampire ?

 

- C’est possible ! Mais je crois plutôt que c’est ton côté tête brûlée qui a prévalu...Nous sommes plus prudents que toi, Ulf.

 

- Plus peureux, tu veux dire...Allez, je vais en cuisine, chercher la fiole de don. Et préparer les ingrédients...Je veux du rhum, des fruits confits, de la mangue, des fruits de la passion, de la poudre d’elfe noir, 15 centilitres de sang vampirique et dix litres de champagne...Cela devrait suffire à masquer l’égrégore caché dans le cocktail.

 

Viktor leva les yeux au ciel .

 

- Nous devrions te rebaptiser grand tenancier et maître expert en cocktails délirants.

 

Ulf pouffa :

 

- Et pourquoi pas ? Je suis le barista maléfique du château des monts chauves...Et cela me réjouit l’âme, vois-tu ! Ca me donne envie de chanter comme un ténor d’opéra.

 

- C’est le soleil et le parfum d’églantine qui t’auront tourné la tête !

 

- Et pourquoi pas ? Allez, amenez-moi les provisions, frères vampires et plus vite que ça. Nos invités seront bientôt là ! Et je n’ai pas envie qu’ils découvrent ma recette infernale avant qu’elle ait conditionné tout ce joli monde tel qu’il convient.

 

Ulf en sifflotant, sortit un grand chaudron de cuivre qu’il posa au centre de l’immense table qui servait à préparer les festins. Puis tel un chef d’orchestre, il enjoignit les différents ingrédients à faire leur office dans le chaudron, avant de s’emparer de la fiole où les autres vampires avaient donné un peu de leur sang. Il se griffa pour y ajouter le sien, saisit la bouteille de l’égrégore du poisson d’or sur la plus haute étagère des épices, et entrechoquant la fiole et la bouteille débouchée, il versa quelques gouttes d’égrégore dans le sang frais avant de verser le tout dans le chaudron.

Celui-ci, sous le choc de l’intrusion s’éclaira d’une lumière éclatante, irradiante, avant de redevenir un cocktail tout à fait anodin si ce n’est des bulles miroitantes et aussi brillantes que de petits soleils.

 

Les vampires, fascinés se penchèrent sur le breuvage et Guillermo esquissa un geste pour y tremper sa griffe mais Ulf l’arrêta :

 

- A tout seigneur tout honneur ! Je suis le créateur de ce cocktail, c’est moi qui goûterai le premier ce breuvage.

 

Les vampires gloussèrent.

 

- C’est sûr que si le dosage est raté, mieux vaut que ce soit toi qui essuie les plâtres.

 

Ulf haussa les épaules et sans même trembler, saisit un verre à liqueur qu’il trempa dans son mélange au champagne.

Puis il eleva le petit verre au dessus de sa tête en criant :

 

- A moi la merveille et le talent de Caruso...à moi le pouvoir d’enchanter nos invités et de les rendre aussi coopérants que possible avec nos intérêts vampiriques. Je bois à notre Roméo et au succès de ma potion pour l’avenir du royaume des ombres !

 

Puis il but cul sec le petit verre, tandis que des étoiles d’or s’allumaient dans ses yeux noisette.

 

Brusquement, le vampire se mit à irradier lui aussi d’une lumière aussi éclatante que celle apparue dans le chaudron et d’une voix de stentor, se mit à chanter à peu près ceci tandis qu’une musique des grands soirs se déployait autour de lui :

 

www.youtube.com/watch?v=d_mLFHLSULw

 

Eblouis par un tel prodige, ses camarades s’entreregardèrent avec une joie non dissimulée et allaient se précipiter pour déguster eux aussi leur part, mais Ulf, cessant brusquement de chanter s’écria :

 

- Interdiction de goûter mon chef d’oeuvre avant la fête ! Car alors la magie se retournerait contre nous. Mais je compte bien faire une démonstration publique avec deux d’entre vous...Denys bien sûr...et...Gustave ! Tu as un bel organe et j’aimerais assez t’entendre sur ce genre de partition.

D’autant que je sais que tu aimerais assez séduire ainsi la voleuse d’âmes…

 

Le vampire ainsi dévoilé rougit.

 

- C’est vrai, Gustave ? S’enquit Théodore qui ne pensait pas son camarade épris de Tania tant il avait de réserve avec les femmes.

 

- Eh bien...oui, j’avoue. Tania m’intimide mais si je pouvais...je crois que ce serait le bonheur absolu pour moi !

 

- Alors va donc préparer un costume d’apparat. Je veux que tu sois à ton maximum de séduction, d’accord ? Murmura Ulf avec gourmandise. Cette nuit verra notre triomphe, messieurs ! Notre triomphe absolu ! Et Roméo règnera mieux qu’aucun autre maître avant lui, je vous le promets. Par ce chaudron de pure lumière et de magie !

 

www.youtube.com/watch?v=_Jtpf8N5IDE

La nuit était venue et Jakob, après avoir salué la compagnie était monté se coucher.

Le corbeau l’avait observé et conclu par devers lui :

 

- Toi, mon jeune ami, tu t’apprêtes à vivre quelque chose de très particulier tant tu as l’air heureux…Mais tu ne sais pas encore que je serai là pour t’observer, quoi que tu fasses et où que tu sois.

 

En effet, l’âme noire d’Oswald avait cette capacité à pouvoir suivre, une fois ciblée, une proie peu importe où elle se rendait.

Le problème était qu’il s’était juré de surveiller également la comtesse Smiroff. Comment suivre deux proies à la fois ?

L’oiseau noir réfléchit. Quel était le plus intéressant des deux personnages, dans l’histoire ? La jeune fille ou bien l’apprenti sorcier ?

 

Pour se donner le temps de la décision, l’oiseau profita de ce que la fenêtre du laboratoire d’Oswald était encore ouverte pour sortir et se percher pour la seconde fois de la soirée, sur le balcon de Marie . Celle-ci avait allumé le grand chandelier sur le marbre de la coiffeuse qu’Oswald lui avait fournie récemment.

La jeune fille en longue chemise de nuit blanche peignait, tressait sa chevelure brune ; et pour se distraire, elle chantait une complainte.

 

www.youtube.com/watch?v=sdtSDbE5EL8

 

Mais cette complainte avait beau être triste, la comtesse avait l’air heureuse en la chantant. Comme si…

Le corbeau venait brusquement d’associer l’expression de la jeune fille dans le reflet du miroir de la coiffeuse, avec celle du jeune Matthias un peu plus tôt, lorsqu’il montait se coucher.

Et ce qui frappa immédiatement l’oiseau, c’était la similitude de leur expression. Elle traduisait le même contentement, la même espérance, la même foi.

 

- Ce n’est pas possible, murmura le corbeau. Ils doivent se connaître. Qu’a-t-elle dit ? Un archer ? Un musicien ? Mais oui...un musicien ! Et l’apprenti sorcier qui parlait musique ce soir au dîner, quelle coïncidence ! Ah mes jolis, vous vouliez tromper Oswald mais moi, moi je vous ai devinés.

Et si ce que je soupçonne est vrai, alors je vous ferai payer très cher vos trahisons.

 

Son choix était fait : il surveillerait Marie. Et si elle quittait sa chambre pour rejoindre Matthias, il utiliserait ses dons pour la pister jusqu’à ce qu’il découvre la vérité.

Mais avant, il lui fallait attendre. Attendre que sa proie commette l’irréparable.

Pour éviter d’être repéré, le corbeau s’installa dans un angle du balcon, à demi dissimulé par les branches du grand rosier blanc, espace qui lui permettait de voir tout ce qui se passait dans la chambre de la jeune fille sans pour autant être vu.

Mais à sa grande déception, une fois fixé sa coiffure avec quelques épingles, la comtesse Smiroff avait tiré les grands rideaux bleus, soufflé le chandelier et s’était mise au lit. Dans tout ce noir, le corbeau perdu, s’était avancé jusqu’à la porte fenêtre entrebaillée. Mais rien ne filtrait. Même pas le souffle régulier de la dormeuse.

L’oiseau, déçu, s’apprêtait à repartir lorsqu’une petite lumière verte venant de la forêt, s’introduisit dans la chambre et appela :

 

- Marie, Marie...lève-toi ! Allons, allons...il est l’heure !

 

- Urgande...mais qu’est-ce que…

 

- Chuuut, parle plus bas ! On pourrait nous entendre. Habille-toi et suis-moi. Il t’attend au jardin.

 

- Vous voulez dire qu’il est là ? Il est arrivé ? Vraiment ?

 

- Oui ! Mais attention, pas de précipitation. Pas d’affolement non plus. Reste calme, posée. Il en va de votre sécurité, d’accord ?

 

- Oui, mais...oh Urgande, j’ai peine à croire que Jakob est là.

 

La petite fée se mit à rire doucement.

 

- Je t’assure qu’il est là et bien vivant. Mais tu continueras de le voir tel que tu le connais et non tel qu’il est réellement. Ceci étant pour votre bien à tous les deux, évidemment.

 

La jeune fille acquiesça et se leva rapidement pour s’habiller.

Urgande l’éclairait de sa lumière féérique. Le corbeau, de là où il était, ne voyait qu’une ombre à peine découpée de lumière verte. Mais il suivait tous ses gestes.

 

- Prends ce châle. Il te protégera de l’humidité. Et il te rendra invisible durant tes déplacements.

 

- Oh merci ! Je vais donc pouvoir quitter ma chambre sans être vue ?

 

- Oui. Mais tu dois faire très attention. Le corbeau te surveille. Je l’ai aperçu sur le balcon.

 

- Oh non ! Cette vilaine bête ne me laissera donc jamais tranquille ?

 

- C’est une sentinelle et cet oiseau prend son rôle très au sérieux. Laissons-lui sa part de joie, ne crois-tu pas ? Lui aussi est enfermé. Mais bien plus que toi.

 

Marie fixa Urgande un moment et soupira :

 

- Il faudrait peut-être lui trouver une compagne. Cela le sortirait de sa haine !

 

La fée éclata de rire.

 

- C’est une idée ! Je verrai ce que je peux faire à ce sujet. Mais c’est évident qu’une dame l’occuperait bien mieux que le miroir d’Oswald.

 

- Vous savez ?

 

- Bien sûr...ne crois pas que j’ai attendu ta présence pour venir ici et savoir ce qui s’y passe.

Je sais beaucoup de choses sur Oswald et ses petites habitudes. Sur le corbeau également.

Finalement, ils se ressemblent beaucoup. Et je me demande parfois qui imite l’autre.

 

Ce fut au tour de Marie de rire, puis de murmurer.

 

- Parlez plus bas, Urgande, vous allez nous le vexer, s’il vous entend. Et qui sait s’il ne vous attaquerait pas en représailles ?

 

- Tu as raison. Je vais baisser d’un ton. Ca y est, tu es prête ?

 

- Je pense. Vous croyez que je lui plairai ainsi ?

 

- Marie...Jakob te trouverait belle dans n’importe quel vêtement. Alors tu n’as aucun souci à te faire.

Elle contemplait la jeune fille vêtue simplement d’un corsage à longues manches et d’un corselet sur une longue jupe de cotonnade bleue, ses cheveux relevés en chignon et approuva.

 

- Allons, maintenant, pose ce châle sur toi ! Il est plus que l’heure et si tu veux profiter de la présence de ton bien-aimé...Surtout couvre bien ta tête. Et suis-moi ! Dit elle en se dirigeant vers la porte.

 

- Mais non, pas par là, voyons ! Oubliez-vous qu’Oswald m’enferme ?

 

- Avec le châle, tu es à la fois invisible, inaudible et aussi fantomatique qu’il faut pour passer une porte, même verrouillée. Et c’est aussi valable pour les murs.

 

Sceptique, Marie voulut vérifier l’affirmation de la fée et fit mine de franchir la porte. Y parvint sans difficulté, comme si la porte n’existait pas. Et médusée, se tourna vers la petite lumière verte.

 

- Incroyable ! Dommage que ça ne fonctionne pas en journée, je pourrais m’extraire plus souvent de ma prison.

 

Urgande, un doigt sur la bouche, lui fit signe de faire attention pour descendre l’escalier de la tour car la porte de la chambre d’Oswald était entrouverte. Par curiosité, Marie jeta un œil à l’intérieur.

Une chambre monacale, comme la sienne. Mais avec des rideaux de lit dans un ton brun rouille à parements d’or. Et un immense portrait d’Osmond qui toisait avec sévérité n’importe quel visiteur dès le seuil de la porte. Avec un frisson d’angoisse, Marie s’éloigna rapidement et descendit jusqu’au premier étage. D’un seul coup, elle vit Oswald qui s’avançait vers elle à pas vifs. Il avait senti un souffle étrange traverser l’étage et venait vérifier qu’une fenêtre de l’escalier n’était pas restée ouverte. Marie était saisie. Et s’il la voyait s’échapper, que se passerait-il ? Immédiatement, elle resserra son châle et mit ses mains devant sa bouche pour ne pas hurler. Mais Oswald la traversa comme si elle n’avait pas existé. Il ne l’avait pas vue. Ni même sentie. Marie poussa un soupir de soulagement. Puis descendit à toute vitesse l’escalier et passa à travers la lourde porte d’entrée. Une fois dehors, elle soupira.

Mais Urgande la pressait :

 

- Allons, Marie...dépêche-toi ! Il ne faut pas faire attendre Jakob !

 

- Urgande, s’il vous plaît...laissez moi un instant reprendre mon souffle et ma contenance ordinaire. Car j’ai bien cru qu’Oswald allait m’attraper et me voir. J’ai les jambes encore flageolantes.

 

- Mais non, je t’ai dit que tu étais invisible et inaudible avec le châle sur toi. Alors tu ne risques rien.

Pressons, maintenant. Il est tard ! Dit la fée en voletant sur le sentier qui menait au jardin et qu’elle éclairait de sa lumière.

 

Maintenant qu’elles étaient seules, du moins le croyaient-elles, elles pouvaient parler et se mouvoir normalement. Mais le corbeau qui les avait vues disparaître était ressorti sur le balcon de la chambre et les suivait à distance, fixant le point lumineux vert d’Urgande.

Lorsque la fée et la jeune fille parvinrent en vue de la clairière, une petite lumière dorée s’agita au loin.

 

- C’est le signal, dit Urgande.

 

Elle répondit par un mouvement de lumière verte. Puis les deux lumières se rejoignirent pour former un cercle parfait qui irradia les légumes du carré de terre de Marie.

 

Urgande étendit les mains devant elle puis aux quatre points cardinaux autour d’elle et de Marie.

Aussitôt, la lumière repoussa violemment tout ce qui pouvait être maléfique et le corbeau qui tentait de s’approcher des deux femmes, dut se percher plus loin qu’il ne l’avait prévu. Une clôture invisible féérique avait été dressée et rien de ce qui se passait à l’intérieur ne pourrait être vu ou entendu par les forces maléfiques. Ce qui incluait la sentinelle d’Oswald.

 

Lorsque le sort fut accompli, Urgande sourit et dit à Marie.

 

Tu peux rejoindre le grand chêne au bout du sentier. Jakob t’y attend. Mais sois prudente ! Souviens-toi que tu ne peux pas l’embrasser, même si tu en as très envie. La même consigne a été donnée à ton fiancé. Mais vous pourrez unir vos âmes et vous enlacer.

A présent, va ! Et que tout s’accomplisse comme il se doit.

 

Marie s’avança le coeur battant, le châle toujours serré sur sa tête. Elle ne voyait pas grand-chose jusqu’à ce qu’un rayon de lune illumine l’arrière du chêne et que la haute silhouette de Jakob apparaisse. Emue au-delà du raisonnable, Marie se mit à courir pour retrouver plus vite celui qu’elle aimait. Ce faisant, le châle glissa jusqu’à ses épaules et la lumière de la lune illumina sa silhouette.

Le jeune homme, tout ému tendit ses bras et Marie courut s’y blottir.

 

- Oh toi, toi, toi...murmurèrent-ils ensemble en s’enlaçant.

 

Puis avidement, chacun caressa le visage de l’autre pour retrouver amoureusement tous les traits, tous les contours de l’être aimé. Et dans leurs yeux brillait un tel émerveillement de retrouver l’autre en chair et en os qu’il leur fallait faire un effort surhumain pour ne pas céder au désir d’un baiser.

 

Ce fut Jakob qui, entraînant sa compagne sous les frondaisons du chêne, rompit le premier le silence. Après l’avoir amoureusement serrée contre lui, il dit :

 

- Lorsque l’ange m’a dit que nous pouvions nous voir cette nuit et de me préparer pour ce rendez-vous, j’ai tout d’abord cru à une blague. Mais tu es là. Bien là, enfin.

 

- Et toi aussi ! Si tu savais à quel point tu m’as manqué.

 

- Et toi, donc, mon amour ! Mais tu es là, dans mes bras. Et enfin nous sommes réunis.

Qui t’a amenée jusqu’à moi ?

 

- Urgande, bien sûr ! C’est elle qui veille sur moi. Et toi ?

 

- L’ange de l’anneau. Il fait mon éducation ici. Il m’aide à empêcher Oswald de nous nuire. C’est mon guide personnel.

 

- Alors suis-le. Depuis que je suis ici, je réalise à quel point c’est important de suivre un cadre précis. Alors que j’étais assez libre jusque là, je mesure que face à Oswald, nous devons être de redoutables stratèges. Et puis il y a ce corbeau qui me surveille...il doit être tapi dans l’ombre quelque part. Dieu merci, nous sommes protégés. Et il ne pourra ni nous voir ni nous entendre. Mais tout de même…

 

- Je sais...je l’ai aussi sur le dos : mais il semble plus un observateur qu’un oiseau maléfique. Il est tellement bête et narcissique.

 

- Oui, mais il est aussi tellement servile qu’il serait capable du pire pour plaire à Oswald. Alors méfie-toi, mon chéri. Les ombres les plus néfastes ne sont pas forcément celles que nous identifions comme telles.

 

Et comme pour confirmer les dires de Marie, un bruissement d’ailes retentit dans la nuit et bientôt un oiseau vint se poser près des deux amoureux. Les jeunes gens sursautèrent mais aussitôt, Jakob se mit à rire :

 

- Toi ? Ici ? Mais que fais-tu là, mon amie ?

 

D’une petite voix flûtée, l’oiseau répondit :

 

- Je suis venue de Kalamine vous donner des nouvelles et vous mener à la fontaine pour y sceller vos vœux.

 

- La fontaine ? Il y a une fontaine dans la forêt ?

 

- Oui, mon ange. Mais une fontaine cachée. Uniquement destinée aux êtres féeriques et amoureux. Mes parents y sont allés sceller leur union, Urgande et Hans sans doute aussi. Quelle bonne idée as-tu eue, Grive, de nous mener là.

 

- L’idée n’est pas de moi. C’est le désir de l’anneau, pour qu’il recouvre sa pleine puissance et t’assiste pour vaincre Oswald. Bien que la féerie l’ait chargé ainsi que vous deux successivement par votre amour et vos démarches individuelles, l’anneau souhaite que vous puissiez accomplir la prophétie. Alors je suis venue vous demander si vous souhaitez toujours être unis l’un avec l’autre ?

 

- Mais bien sûr ! Répondirent-ils en choeur, plus que jamais.

 

L’un comme l’autre échangeaient un regard si tendre, si doux que la grive se mit à rire.

 

- Eh bien, s’il en est ainsi, échangez donc un baiser.

 

- Hélas, c’est impossible, soupira Marie. Depuis que j’ai bu la potion du baiser de la mort, je ne peux pas embrasser Jakob ni aucun homme quel qu’il soit. Sinon, je les transformerais ou en monstre ou en pierre.

 

- Qu’à cela ne tienne, je serai votre intermédiaire. Jakob, toi tu peux m’embrasser. Et moi, je donnerai ensuite ton baiser à Marie. Un oiseau n’est pas un homme. Donc je ne risque rien ni à ce que tu m’embrasses ni à embrasser ta dulcinée.

Mets-y tout ce que tu éprouves pour elle. Et je lui ferai ressentir dans tout son être par la magie, tout ce que tu souhaites lui dire dans ce baiser. Ainsi vous pourrez terminer à la fontaine, le rituel d’union et bénéficier tous deux de la magie de l’anneau de feu. Etes-vous prêts ?

 

Les deux amants se regardèrent avec émotion. Puis le jeune homme tendit sa main à la grive musicienne et l’approcha de sa bouche, tout en continuant de se fixer sa bien-aimée. Jakob en cet instant trouva en son coeur un baiser magique et musical comme jamais dans ses rêves les plus fous il n’aurait pu en trouver. La grive reçut la puissance de cet élan qui la fit frémir avant de déposer depuis son bec, le baiser de Jakob sur les lèvres de Marie.

La jeune fille ferma les yeux et brusquement fut emportée dans un tourbillon. Plus rien d’autre qu’elle et Jakob n’existait : un même amour, une même puissance de feu. Et dans le baiser échangé, se révélait une énergie passionnée qui semblait les envelopper comme un manteau de lumière.

 

www.youtube.com/watch?v=1QMI2DPgtbM

 

Au moment de rendre son baiser à la grive pour qu’elle la transmette à Jakob, elle murmura :

 

« la magie appartient à la magie...puisses-tu comprendre au plus profond de ton âme, amour chéri, tout ce que j’éprouve pour toi ».

 

www.youtube.com/watch?v=PSoOFn3wQV4

 

Alors la grive rendit le baiser de Marie à Jakob qui en fut tout aussi chaviré que la jeune fille et tous deux murmurèrent ensemble en s’enlaçant tendrement :

 

- La magie appartient à la magie. Puissions-nous être unis désormais par l’anneau et que s’opère en nous sa puissance.

 

Au moment où ils prononcèrent cette phrase un éclair aveuglant déchira la nuit, zébrant le ciel et la forêt, tandis que le sol se mettait à trembler si fort, que les deux amants prirent peur. Avaient-ils sans le savoir déclenché une catastrophe ?

Le Rocher de Rochebrune est un très ancien site de pélerinage. Selon une légende du Moyen Âge, le rocher se déchira en trois failles à l'instant où Jésus Christ mourut sur la croix. Ces failles furent considérées comme un symbole des trois plaies.

 

Le 11 juillet 1991, en référence à son nom d'origine, trois croix sont érigées au sommet du rocher. Ces sculptures, de formes différentes, sont l'œuvre de Bernar Venet. Elles sont un hommage aux peintres Giotto, Grünewald et Le Greco. .

« Le monde, par de certaines lumières, y disparaît totalement : non seulement le monde moderne, ses pylônes, ses hangars, ses routes qui déchirent les pentes – mais le monde tout court, aussi bien, le monde sans âge avec ses clochers, ses granges, ses ruines, ses chemins, ses hameaux. Plus rien : le pur relief de la terre, son pur dialogue avec le ciel. Et ce relief et ce dialogue, vêtus de châtaigniers, d’air transparent et de bruyères, sont sans limites – sans aucune limite que de l’œil, et de l’esprit : toujours un plan s’ouvre sur un autre, toujours une ombre se fend, pour un éblouissement plus profond, toujours un mauve passe au brun, puis au bleu, toujours une ligne se rompt, ayant tenu sa partie, à l’horizon, pour en laisser une autre élever son chant, dans cette fugue en canon de l’espace. »

 

Renaud Camus Le Département de la Lozère (P.O.L. – 1996)

Frutillar fue fundada el 23 de noviembre de 1856 por inmigrantes alemanes que llegaron a la zona durante el gobierno del Presidente Manuel Montt a orillas del Lago Llanquihue. Los colonos construyeron sus casas en los alrededores de la bahía y dedicaron a labores agrícolas y ganaderas, instalando lecherías, molinos, destilerías, curtiembre y de algunos almacenes dedicados a la venta de víveres y de implementos. Debido a que el pueblo era paso obligado entre Puerto Montt y Osorno tuvo un rápido desarrollo, favoreciendo la formación del comercio.

 

Pronto comenzaron a ocupar las chacras mensuradas por José Decher las primeras familias de colonos alemanes, entre quienes se contaban Wilhelm Kaschel, Heinrich Kuschel, Theodor Niklitscheck, Christian Nannig, Christian Winkler y Adams Schmidt. Los primeros habitantes construyeron sus viviendas alrededor de la bahía, trasladándose por agua en barcos a vapor, construyendo sus propios embarcaderos a la orilla de las playas. Las chacras partían desde el lago y tenían un ancho aproximado de 35 m y 4000 m de largo, hacia los cerros de bosque nativo, eran compartidas con sus vecinos familiares. La mayoría de los colonos alemanes eran agricultores que escapaban de la pobreza agrícola provocada por la revolución industrial de Alemania.

 

En el plano social, se fundó, en 1882 el Club Alemán destinado a reuniones sociales y desde donde se compartían las mejores publicaciones alemanas. Hasta el día de hoy este excelente restaurant tiene abiertas sus puertas para degustar los mejores platos de comida chilena y alemana. Posteriormente, se crearon otras organizaciones como Bomberos y Cruz Roja. Con el arribo del ferrocarril, en 1907, nació la estación en Frutillar Alto. Hoy posee industrias, servicios, comercio y un consultorio.

 

En la administración pública se instalaron los servicios públicos, Municipalidad, Carabineros, Registro Civil y otros. Para la década de 1960 se amplió la cobertura educacional con la creación del Liceo Industrial Chileno Alemán y el Liceo Politécnico Ignacio Carrera Pinto.

 

En 1968 se da comienzo a las Semanas Musicales y en 1973 se construyó el Museo Colonial Alemán. En los últimos 20 años, Frutillar ha experimentado un repunte de la actividad turística. Ha conservado el estilo urbano colonial alemán. Se ha desarrollado el sector hotelero, gastronómico, náutico, pesca de salmón y caza. En el año 2002 quedó finalmente construida la primera marina y club de yates del lago Llanquihue con sede en Frutillar.

 

Actualmente Frutillar mantiene muchas de las tradiciones de los antiguos colonos,ya que muchos de sus descendientes aún viven en la zona, como es el caso de las familias Winkler, Kuschel, Kaschel, Niklitscheck, Neumann, Klesse, Schwerter, Rehbein, Held, Von Bischoffhausen, Schmidt, Sandrock, Hoffmann, etc.

 

Fuente: es.wikipedia.org/wiki/Frutillar

  

Wędrując w masywie Królowej Beskidów w zimie, można zobaczyć i takie piękne oraz zapierające dech w piersiach widoki!

Takie obrazy rekompensują całkowicie trud wycieczki i są swoistą oraz piękną nagrodą dla turysty, prawda?

 

Zdjęcie popełnione w Beskidzie Żywieckim.

unterwegs in Heinitz

- Grubenstraße

> Haus bei der ehemaligen Kohlengrube Dechen

[Heinitz gilt als ältester Ort der Steinkohlegewinnung in Deutschland]

de.wikipedia.org/wiki/Heinitz_(Neunkirchen)

www.youtube.com/watch?v=sWvZivRpXSI

 

Quand le calme devient une faiblesse

 

Quand le fait de baisser toujours baisser la tête

 

Quand le peuple n'a plus de prophète

 

Et qu'il endure les manipulations de fait

 

Quand un jour à force de nous faire croire

 

Que ça ira mieux, qu'ailleurs c'est bien moins chouette

 

Quand le peuple sens qu'on se paie sa t?te

 

Il se réveille et met le feu

 

Cours vite !

 

Quand le calme devient une faiblesse

 

Les masques se déchirent, que le réel paraisse

 

Quand demain nous tous dans la liesse

 

Demanderons les comptes tout en rendant les coups

 

Pourfendeur des discours rebelles

 

Me gaussant des révoltes des révoltes et louant le système

 

Je mesure maintenant la faiblesse

 

De mes vieux arguments

 

Pardonnez ma jeunesse

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

 

Quand le calme devient une faiblesse

 

Et que mon père espère récolter ce qu'il sème

 

Le mensonge a noyé ses rêves

 

Mais ce qui coule dans mes veine est

 

La rage qu'il me lègue

 

Le combat ne peut s'arrêter

 

Quand nous fermerons les yeux, nous passerons le relais

 

Tôt ou tard nous verrons se hisser

 

L'étandard de la masse...souillé

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

 

Toi mon père qui lutte et qui saigne

 

Pour voir ses fils un jour récolter ce qu'il sème

 

Le mensonge a noyé ses rêves

 

Mais ce qui coule dans mes veine est la rage qu'il me lègue

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

 

Le calme devient une faiblesse...Cours vite !

It's a majestic bit of kit!

 

On one day this month, I happened to buy two, yes two, of these accounting for about £2000 in revenue for Apple.

 

But, alas, neither were for me.

 

This machine in blazing compared with my 1.9Ghz PPC G5 chip, the dual Intel cores clearly help it. For example, encoding times for video tend to drop to about 20%

 

Hands-on review of the Apple MacBook

3 - 22 Juillet 2013 - Calvados, Orage au comportement rétrograde et de type annulaire

 

Nous décidons donc de prendre la route direction Biéville-Beuville, un point de vue en hauteur et qui se trouvera en plein cœur de l'orage. Ne sachant toujours dans quel sens cela évoluera, nous trouvons un hangar sous lequel nous pouvons nous abriter.

 

La structure approche, les bases sont hautes et les rideaux de précipitations sont denses, très denses et se courbent (synonyme de vent). Cependant, pas de signes visibles et annonciateur de phénomènes venteux dangereux, même si nous restons vigilants.

La pluie s'intensifie, la foudre tombe, des impacts positifs résonnent et déchirent le silence des lieux et annoncent le passage orageux. Le paysage se métamorphose petit à petit, la pluie et le vent stoppent toute visibilité.

Un premier cycliste trouve refuge sous le hangar, puis décide de repartir, pas de chance le meilleur reste à venir...

 

Puis un deuxième nous rejoint, on papote tandis que des véhicules viennent s'abriter à leurs tour sous le hangar jusqu'à ce que l'impatience des conducteurs prenne le dessus et repartent un à un.

 

Profitant du spectacle au maximum, nous prenons conscience de l'ampleur du phénomène mais pas totalement.

 

La foudre tombe à plusieurs reprises dans un rayon de moins de 100 m, le flash et la détonation sont directes. De plus que les impacts sont généralement positifs et donc nous proviennent tout droit du haut de l'enclume et frappent au plus fort le sol.

 

Après 3 bonnes heures, l'orage tire sa révérence, le téléphone sonne et nous apprenons l'état de catastrophe dans la région (inondations, dégâts, ...).

 

Je proposerai prochainement un montage vidéo au cœur de l'orage, rien d'extraordinaire mais bien assez pour se rendre compte de l'ambiance et de l'ampleur du phénomène.

La première gorgée n’avait rien fait à Ulf. Mais la seconde l’avait projeté la tête la première dans une immense cuve où bouillonnait la potion d’Oswald et Jakob l’avait bientôt rejoint dans cette espèce de baignoire d’un nouveau genre jusqu’à ce que des serpents nageant vers eux les en chassent et les fassent plonger dans un autre univers, précisément celui du rêve du vampire.Un peu désarçonnés, la tête dans le sable et la bouche pâteuse, ils s’étaient entre regardés sans trop y croire avant qu’Ulf ne réalise qu’enfin...il était au pays dont il rêvait.

 

- Matthias ! Regarde ! Ca y est ! Ca a marché ! C’est pas formidable ? Waouuh...tout ce que j’aime ! Un soleil qui ne me gêne pas ! Un costume comme dans le livre et un chapeau…et regarde là-bas au loin: un cheval noir sellé ! De quoi faire une belle promenade.

Allez viens, tu vas pas rester ici tout seul. T’inquiète, on reviendra dans le réel...allez zou, bouge-toi ! Tu voulais de l’aventure alors, en avant mon gaillard !

 

Encore un peu secoué par cette brutale intrusion onirique, Jakob suit le vampire. Le sable, il n’a jamais vraiment marché dessus. La sensation est bizarre, brûlante et rapidement, la soif le prend. Le rêve est peut-être un rêve, mais la soif est bien là. Et aussi l’angoisse...Comment revenir à la réalité, maintenant ? Et Oswald, s’il les voit dans cet état, peut-être les y laissera-t-il ? Profondément perturbé, tandis qu’Ulf ne cesse de s’extasier avec un enthousiasme débordant et se rapproche du cheval, Jakob affronte pour la première fois, un état modifié qu’il n’a accepté qu’après avoir été piqué au vif. Et c’est brutal en terme de descente. Il s’en veut d’avoir cédé de façon égotique. Et pire, il ne sait pas pourquoi il l’a fait. Parce qu’il savait que ça les entraînerait à vivre quelque chose de contraire à ses propres aspirations, à ses propres valeurs. Alors pourquoi a-t-il suivi Ulf ? Et Marie qui doit l’attendre désespérément. Qui pense peut-être qu’il l’a oubliée, alors qu’il est dans un autre rêve, dans une autre histoire…

 

Le silence de son camarade a quelque chose d’assourdissant pour le vampire. Il se retourne plusieurs fois pour vérifier que Jakob est toujours derrière lui. Il le voit suant et transpirant dans son costume rouge. Mais aussi triste. Même si le vampire n’a plus beaucoup de sentiment ni d’émotion, il sait que cela n’est pas bon.

Alors pour ramener un sourire sur le visage de son ami, il décide de tenter la capture du cheval et ensuite de le chevaucher. Même s’il n’avait jamais fait cela avant, il y croit. Et le plus comique, c’est qu’il y parvient, créant la surprise chez Jakob.

 

- Mais comment tu fais ça ?

 

- Je pense que je suis capable de le faire, donc je le fais. Et ça marche, c’est aussi simple que ça.

 

- Alors dans ce rêve, ce que je pense possible se réalise ?

 

- Oui. Enfin...on dirait. Tu veux monter ? Parce que le cheval, je crois qu’il a envie de faire un tour…

 

- D’accord ! Tu sais ? Il nous faudrait de l’eau.J’ai une soif…

 

- On va te trouver ça...doit bien y avoir un saloon quelque part.

 

- Un quoi ?

 

- Un saloon. Un lieu où l’on boit et où on s’amuse aussi apparemment. J’ai lu ça sur le bouquin que j’ai ramené du futur.

 

- C’est donc pour ça que tu connais tous ces détails aussi précisément.Tu crois qu’ils ont de l’eau ?

 

- Ce serait bien le diable qu’ils n’en aient pas. Regarde, justement, je vois des maisons tout là-bas.Doit y avoir de quoi te désaltérer. Et moi aussi. On y va ?

 

Et les voilà partis au grand trot jusqu’en ville.Les gens semblent curieusement indifférents à eux, comme dans leur bulle. Cette exclusion inquiète Jakob. Et s’ils étaient morts suite à la potion ? Et s’ils étaient devenus des fantômes ?

Mais il se rassure bientôt dès la porte du saloon franchie. Un serveur les accueille d’un air affable parmi une nuée de clients bruyants et leur indique une table. A peine installés, leur hôte demande :

 

- Pour ces messieurs, ce sera quoi ?

 

- De l’eau, supplie Jakob.

 

- De l’eau ? Mais mon petit monsieur, c’est gratuit.Vous pouvez aller au puits communal pour en avoir. Ici on sert de la bière, de la fine, du whisky, du brandy. Bref...un truc qui décoiffe un peu.

D’autant qu’il y a un magnifique spectacle et qu’il serait dommage de contempler ces merveilles avec un simple verre d’eau.

 

- Sans doute, mais c’est ce que je veux.

 

- Alors, dehors ! Ici ce n’est pas ce qu'on sert.

 

Jakob se lève pour partir quand Ulf le retient par la manche.

 

- Allons, ne fais pas ton timide scrupuleux. Profite ! C’est un rêve, Matthias et c’est moi qui régale.

 

Tendant une pièce d’or au serveur, il ajoute :

 

- Pour moi ce sera une bonne bière et la même chose pour mon ami. Du moment que ça le désaltère.

 

Le serveur médusé regarde la pièce, la mord pour vérifier qu’il n’a pas la berlue puis, à l’opposé complet du ton aigre qu’il avait servi à Jakob il dit à Ulf avec révérence et gourmandise :

 

- Pour ça monsieur, c’est une des meilleures du pays. Je vous sers cela immédiatement. Avec en plus quelques olives, des tranches de bœuf boucané. Vous serez ainsi tout à fait à l’aise pour contempler le spectacle. Il y a de tout, vous verrez. Un gentil naïf, un amuseur public, un groupe à pâmer les dames et pour finir, le grand Tito et son orchestre, avec une surprise.

 

- Quel programme ! Dit Ulf en se frottant les mains. Je m’en réjouis d’avance.

Pas toi, Matthias ? Allez, ne fais pas cette tête ! Tu le reverras, Oswald ! Regarde comme tout est beau et frétillant. Je suis sûr qu’on va voir des choses formidables. Tu verras dans quelque temps, tu y repenseras comme un de tes plus beaux souvenirs.

 

- Et moi je crois qu’on va au devant d'ennuis à la hauteur de notre désobéissance, répondit Jakob d’un air sinistre, avant de humer sa bière.

 

Il grimaça car l’odeur lui déplaisait. Mais voyant Ulf se précipiter et boire goulûment, comme s’il s’était agi d’un verre de lait, il avala une gorgée, puis une autre et brutalement se détendit. Le breuvage était effectivement désaltérant. Même si le goût était bizarre. Au moins, il apaisait sa soif. Jakob n’avait pas l’habitude de boire de l’alcool. Sauf à certaines occasions. Ce grand verre, il pouvait le siroter tranquillement sans avoir la tête qui tourne. Et au moins, ce n’était pas maléfique.Enfin, il l’espérait.Tout en buvant, il examinait la salle où grouillait une population haute en couleurs. Des hommes, le chapeau en arrière, la barbe en déroute, aussi suants qu’eux. D’autres très élégants dans des costumes très ajustés. Un groupe qui jouait aux cartes avec l’air de conspirateurs, la main posée sur un tas de jetons rayés. Un musicien chapeauté qui jouait du piano près d’une sorte de scène à rideau de peluche rouge criard. Des femmes de tous âges dans des robes corsetées qui buvaient la même chose qu’eux ou bien un liquide légèrement laiteux.

Ulf qui l’observait et suivait pas à pas ses découvertes lui glissa à l’oreille:

 

- Tu sais ce qu’elle boit la dame en mauve?

 

Jakob secoua la tête.

 

- De la limonade. C’est du citron, de l’eau pétillante et du sucre.

 

- Mais comment tu sais ça ?

 

- Devine ! Mon bouquin, bien sûr. Je te dis, j’ai appris un tas de trucs sur ce genre de monde. Tu peux même pas imaginer. Tu vois les quatre types là-bas qui jouent aux cartes...En fait, ils jouent au poker. C’est un jeu d’argent. Les jetons représentent la mise de fond de chaque partie.

 

- Mais c’est dangereux, alors ! On peut tout perdre !

 

- Oui, mais c’est justement ça qui est amusant.

 

Jakob ouvrait des yeux ronds comme des billes. Le monde des rêves d’Ulf était décidément très étrange et glauque.

Des jeux d’argent, des boissons bizarres, une atmosphère survoltée dans un endroit confiné qui empestait le cigare. Et ce pianiste là-bas qui semblait ne jouer que pour lui-même tant le bruit des conversations, des rires gras surplombait la musique.

De tous ceux et celles qui étaient présents, c’était sans doute celui qui faisait le moins peur à Jakob. Alors il se téléporta mentalement près de lui et l’écouta avec attention. L’homme qui semblait très timide, aussi timide que Jakob, jouait avec tout son coeur et son âme. Et sa musique rassurait notre jeune héros. Elle était à la fois douce, tendre et mélancolique.Certainement un elfe-fée égaré dans ce monde. Pour un peu, Jakob lui aurait bien demandé d’où il venait...parce que sa mélodie lui rappelait quelque chose d’ancien et son visage aussi.

 

www.youtube.com/watch?v=tuQHh2y6LRk

 

- Je suis sûr que je le connais ce garçon. Mais d’où ? En plus, j’adore sa musique. Elle est à la fois triste et gaie, comme celle de chez nous. C’est pas possible autrement, il est de ma famille.

 

Le musicien, sentant une présence à ses côtés, releva la tête et c’est à ce moment-là que Jakob le reconnut :

 

- Gontrand ! Le cousin Gontrand ! Mais comment est-il arrivé jusqu’ici ?

 

Le musicien était lui aussi interloqué. Cette présence...cette énergie douce lui rappelait quelque chose. Quelque chose de familier. Et pourtant, elle n’était pas comme d’habitude. Comment et pourquoi était-elle comme masquée ? Il regarda autour de lui, mais ne vit rien. Se pouvait-il qu’un autre elfe-fée soit bloqué comme lui dans cet endroit étrange ?

 

Mais l’un comme l’autre n’eurent guère le temps de prolonger leurs réflexions. Car une voix criarde et passablement avinée, venue du podium théâtre déclara :

 

- Mesdames, messieurs, public bien-aimé...nous allons pouvoir vous présenter...mais où est-il notre chanteur...ce n’est pas vrai ! Il n’est pas encore prêt ? Il s’habille ? Mais foutredieu, il a eu deux heures pour ça ! Il propose que son frère fasse une conférence en attendant, parce que le costume n’est pas tout à fait à sa taille.

Bon, pourquoi pas ? Une conférence sur quoi? C’est une surprise ?

Public aimé, vous aimez les surprises ?

Décidément, on commence fort ici. Alors dans la joie et la bonne humeur, voici...Mr Emile Chopine.

 

Le public applaudit déjà quand un type un peu bizarre s’avance sur scène. Manifestement, il n’est pas en état de faire sa conférence. Mais il s’avance l’air résolu et commence :

 

www.youtube.com/watch?v=OnFk7296jsw

 

Sur le moment, quelques protestations fusent. Le thème n’est pas du tout conforme au lieu. Ca sent la prohibition à plein nez. Mais le bonhomme est tellement drôle que la fameuse conférence finit d’emporter les spectateurs qui applaudissent à tout rompre. Le public est chaud, c’est le moment de l’entrée en scène de son frère tant attendu. Il a le pantalon qui descend un peu, la chemise débraillée mais l’air si gentil que même les plus mal embouchés ont le sourire.

 

- Je sais...je sais, j’ai été long, dit-il pour s’excuser. Mais voyez...le costume, il a été mal taillé. Alors décemment, je ne pouvais pas me présenter devant vous comme si je descendais de cheval.

Ca n’aurait pas été correct du tout. Mais maintenant que tout est arrangé, je vais pouvoir vous chanter ma chanson. Et justement il s’agit d’un cheval. Vous voulez l’entendre ?

 

- Qui ? Le cheval ?

 

- Mais non, moi, bien sûr !

 

Dans le saloon, tout le monde éclate de rire. Et c’est parti pour une chanson haute en couleurs.

 

www.youtube.com/watch?v=q8mXZgdRRM0

 

Ulf et Jakob, toujours attablés, rient de bon coeur. Même s’ils ne comprennent pas tout, entre la chorégraphie, les paroles et le ton débonnaire et naïf du chanteur, ils s’amusent. Le vampire contemple son camarade qui a l’air brusquement plus détendu et lui glisse à l’oreille:

 

- Alors tu vois, t’as bien fait de venir. Ce gars et son frère, c’est de l’or en barre pour la rigolade, non ?

 

Jakob acquiesce. Ulf profitant de l’hilarité générale, commande une seconde bière pour eux, malgré les protestations du jeune homme qui n’a même pas fini la sienne.

 

- Tu fais vraiment ta chochotte, Matthias. Tu es toujours aussi sérieux dans la vraie vie ?

Parce que là, tu es d’un rabat-joie…

 

- Ecoute, Ulf, j’ai pas demandé à être ici. C’est ton rêve après tout. Moi, je ne veux pas d’ennui.

 

- Mais tu les vois où les ennuis ? On s’amuse, c’est tout. Y a rien de mal à ça. Détends-toi, on dirait qu’on t’a mis un couteau sous la gorge. On est pas bien ici, à boire un verre de bière et à profiter de l’ambiance?

 

- Si. Mais on va rentrer comment ?

 

- T’occupe ! On a toujours le cheval, alors on rentrera comme il a dit : à dada ! s’écrie le vampire en éclatant de rire.

 

- T’es bête ! C’est pas possible, répond Jakob. Je comprends mieux pourquoi…

 

- Pourquoi quoi ?

 

- Non, laisse tomber...J’ai pas envie de me disputer avec toi. Ca ne servirait à rien de toute façon. Ca nous donnerait pas le moyen de rentrer chez nous.

 

- Ecoute, l’effet de la potion va progressivement baisser. On en a pas bu beaucoup, enfin...surtout toi. Alors si ça se trouve, dans quelques minutes, tu vas tout voir se dissiper comme une brume et tu te retrouveras dans la cuisine d’Oswald sans avoir eu le temps de…

Oh, mais peut-être pas après tout, dit-il en regardant à nouveau la scène où un groupe vient d'enchaîner avec un morceau qui électrise la foule.

 

www.youtube.com/watch?v=w6iSeCTiU88

 

Tu as vu les trois jolies filles là-bas ? Tu crois qu’elles vont chanter aussi ou alors, elles vont nous faire la danse de la pluie ?

On pourrait peut-être leur demander une petite rallonge personnalisée après le spectacle, tu crois pas ? Ajoute le vampire avec force clins d’yeux.

 

Jakob soupire, lève les yeux au ciel et secoue la tête.

 

- Mais où vas-tu pêcher de pareilles sottises ?

 

- Ah parce qu’en plus tu es puceau ? J’en étais sûr. Mon petit Matthias,même en rêve, il faut arranger ça ! Tu veux laquelle ? La blonde? La rousse? La brune? Je t’arrange l’affaire quand tu veux avec une de ces dames.

 

- Tu as vu à quoi je ressemble ? Non, franchement, si tu crois vraiment que c’est le genre de chose qui me manque, tu te mets le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Moi, ce que je veux c’est…

 

Et là, brutalement, Jakob se fige et s’interrompt. Car passe à proximité de lui une superbe créature dans un long manteau de soie violette, qui lui jette un regard de braise comme jamais encore il n’en a reçu. Ulf qui lui aussi a remarqué la belle, s’est pareillement figé et contemple ahuri, la beauté qui fend la foule comme une reine. Mais il déchante immédiatement en voyant deux musiciens aussi musclés que patibulaires la suivre comme un objet précieux qu’on ne veut pas perdre de vue.

 

- Waoouh...ça c’est le genre de fille qui me donnerait envie de la vampiriser. Elle est…

 

- Renversante ! Mais je te déconseille d’essayer quoi que ce soit avec elle, même avec tes pouvoirs de vampire. Tu as vu les deux types ?

 

- Tu penses...au vu de leur carrure, des tatouages et des cicatrices qu’ils portent, je dirais que ce duo doit savoir se battre et tuer n’importe quel gus un peu trop empressé auprès de leur maîtresse. A ton avis, cette fille, elle danse ou elle chante?

 

- J'en sais rien. Mais elle a une tête qui appelle les problèmes.

 

Jakob avait raison et il ne savait pas encore à quel point.

Calcaire (nom d'Amon gratté), 40 cm, statue envoyée par Davies au Metropolitan en 1915 par le vapeur Arabic, coulé par un sous-marin au large de l'Irlande (image en noir et blanc colorisée).

 

Nakht, vêtu d'un simple pagne blanc et d'une perruque striée, offre une stèle cintrée sur laquelle se trouve un hymne au soleil.

Le cintre comporte deux yeux oudjat entourant un anneau shen et un vase nou. Le texte est écrit en sept lignes horizontales de hiéroglyphes : "Adorer Ra au moment de son lever jusqu'à son coucher, en vie. Par le prêtre, le scribe, Nakht, Juste de Voix. Adoration à toi, Ra à ton lever, Atoum à ton beau coucher. Tu apparais et brille sur le dos de ta mère (Nout). Tu es apparu en tant que roi des dieux. Nout, fais le salut nini devant ton visage. Mâat est autour de toi, sans cesse. Tu traverses les cieux avec un cœur joyeux, la mer des couteaux (monde souterrain par laquelle le dieu passe) a été pacifiée. L'ennemi venimeux a été assommé, ses mains sont liées et des couteaux déchirent ses vertèbres", en référence au serpent Apophis tentant de renverser la barque solaire (cf. osirisnet.net et merci pour la photo).

Tout de suite pensé à George Orwell, avec son livre « Dans la dèche à Paris et à Londres » aller savoir pourquoi ?

Bon livre, mais pas inoubliable chef-d’œuvre à ce point !

Notre reporter photographe des « damnés de la terre » nous amène à Bordeaux. Juste eut à taper sur le net : Pont de pierre, inscrit en arrière-plan, je ne connais pas assez cette ville qui s'est complètement transformée/aménagée en 20 ans.

Notre reporter encore une fois a pris le temps de penser stéréoscopie pour son cadrage impeccable !

Des journaliers en attente de travail ?

Chacun récupérant d'une nuit de vagabondage, où il est interdit de dormir sur les bancs publics ou dans les parcs.

( Vous aviez remarqué la disparition petit à petit des bancs publics aujourd'hui, remplacé par des plans inclinés pour juste pouvoir se caler les fesses en semi-équilibre ou des blocs de pierre design . Même dans le métro parisien ! )

Ces hommes sont propres et bien chaussés entre godillots et espadrilles, chausson. Chacun faisant le maximum pour rester droit, les mains calées pour éviter qu'elles pendent, seul le dernier prend plus ou moins ces aises dans cette position assise. Je partais sur les années vingt, mais la robe de la femme en arrière-plan nous dit 1900 !

Beaucoup de drapeaux, vielle de fête nationale du 14 juillet ou plutôt la revendication de la ville de Bordeaux d’être à nouveau la deuxième capitale de la France ?

En 1870, 1914 et 1940, le gouvernement français déménagera à Bordeaux, un peu plus éloigné du front, et près de l’océan Atlantique.

Mais je n'arrive toujours pas à comprendre la démarche du photographe...

Un tirage d'une plaque avec son inversion devait coûter cher ! Quoique je soupçonne notre reporter aussi, pationner, d’être équipé et d'avoir son coin « chambre noir » chez lui.

Ce qui expliquerait cette myriade de poussières...

Beau et triste témoignage, qui nous change un peu de toutes ces vues des années 1870 de grandes familles bourgeoises.

Plus, toujours ce mystère et boule de gomme...

Bravo le reporter !

 

www.flickr.com/photos/193116254@N07/52090941310/in/datepo...

Happy Double Tenth Day,

10 - 10 - 2015

Taiwan 台灣↖(^ω^)↗

 

#Jadi #Ingat #Saat #Ikut #Merayakan #Semarak #Ulang_Tahun #Taiwan #di #Dadaocheng #Wharf ^_^

 

#Waktu #itu, #naek #MRT #ke #Shuanglian #station #trus #naek #bis2 #yang #disediakan #untuk #menuju ke #tepi #laut...

di #Bis #berdiri #pas di #Samping #Driver Bus,#jadi Ngobrol2 #tentang #Perayaan #HUT Taiwan, #Sekaligus utk #ngasah #Kemampun #bicara #Bahasa #Mandarin #dengan #ngobrol dengan #Penduduk #Lokal.. #hohoho

 

#Wuih #nyampe Dadaocheng, #udah #penuh dengan #Lautan #Manusia untuk #Menyaksikan #Pertunjukkan #Kembang_Api.. Kami #berjalan #Berdesak-desakkan #untuk #sampai ke Tepi Laut, dan #Akhirnya #Duar Duar Duar...#Pesta Kembang Api #yang #berlangsung #sekitar 45 #menit, Benar #benar #Indah, #Menakjubkan, dan #Sangat #Berkesan ↖( ̄▽ ̄")

 

#Sebelum #pulang, #Kami #sempatin #Icip-Icip #cemilan #Khas Taiwan di #sepanjang #Bazar Tepi Laut..都 好吃 喔喔 ㄟ( ̄▽ ̄ㄟ)

 

#Wanna #Back #Home, 哎喲。。#Kebelet #pipis #pula...Tapiii...#Pengunjung yang #juga #mau #pulang #masih #Membludak..Jadi #Nahan #dech #sampe #bisa #keluar dari Dadaocheng Wharf...#hehehe

 

#Unforgetabble #Moment in Double Tenth Day Taiwan...

很 想 台灣 喔喔 ↖( ̄▽ ̄")

祝 台灣 生日 快樂

十 月, 十 號,二零一五

Missiu Missiu Taiwan └(^o^)┘

 

#Buku_Bertualang_ke_Taiwan

#BKT

#Gramedia

#Rp 55.000

Los Andes, Cordillera

Botania, Patagonia

Ostępy strome, dzikie,

Gdzie kondor z nagłym krzykiem

Wzlatuje w nieboskłon

Los Andes, Cordillera

Brazylia, Amazonia

La Plata, Rio Branco

Trynidad, Santa Cruz

Tropiki wszerz i wzdłuż.

 

Jak nudno peruwiańskiej lamie

W ugłaskanej panoramie

W zoologu, w centrum miasta S.

Gdzie taka dzika lama-samiec

Spędza życie opłakane

Za parkanem z grubych szorstkich dech.

Tuż obok w klatce siedzi kondor

Z diaboliczną ptasią mordą

Nostalgicznie międląc w dziobie kłębek piór

Bo i ta lama, i ten kondor

Z taką szyją barwy bordo

Dziko tęsknią do rodzimych, stromych gór

 

Los Andes, Cordillera

Botania, Patagonia

Ostępy strome, dzikie,

Gdzie kondor z nagłym krzykiem

Wzlatuje w nieboskłon

Los Andes, Cordillera

Brazylia, Amazonia

La Plata, Rio Branco

Trynidad, Santa Cruz

Tropiki wszerz i wzdłuż.

 

Zarówno lama, jak i kondor

Zachowują swoją godność

W tej niewoli zoologicznej swej

Już tyle nocy, dni i latek

W czterech kratkach swoich klatek

Wręcz się duszą, męczą się, że hej

Czasami lama brzydko splunie

Kondor wściekle w kąt pofrunie

Bo ich serca zza osłony piór i skór

Z Apeninów, z Gór Szwarcwaldu

Wyrywają się do Andów

Do rodzimych, stromych, swojskich, dzikich gór

 

Los Andes, Cordillera

Botania, Patagonia

Ostępy strome, dzikie,

Gdzie kondor z nagłym krzykiem

Wzlatuje w nieboskłon

Los Andes, Cordillera

Brazylia, Amazonia

La Plata, Rio Branco

Trynidad, Santa Cruz

Tropiki wszerz i wzdłuż.

... La cathédrale de Parme présente un plan en croix latine avec trois nefs divisées en sept travées (sans tenir compte des chapelles qui ne font pas partie de l'édifice roman) et des bras de transept de même longueur que le chœur. Il y a cinq absides en tout : l'abside majeure à l'extrémité du chœur, deux aux extrémités du transept et deux (cachées par les sacristies construites ultérieurement) sur les faces Est du transept, c'est-à-dire parallèles à l'abside majeure^ Il faut noter tout de suite que ces deux absides ne sont pas dans l'axe des nefs latérales et n'en constituent donc pas la terminaison idéale. Il ne s'agit pas là d'une observation marginale : le plan de la cathédrale n'est pas celui d'un édifice basilical à trois absides coupé par un transept, mais bien la juxtaposition d'une structure longitudinale à trois nefs et d'une construction à plan centré entièrement autonome et réparti sur deux niveaux différents (crypte et sanctuaire). ... La nef centrale est flanquée de chaque côté par des tribunes élevées au-dessus des nefs latérales et qui s'ouvrent sur la nef par des baies quadruples. La croisée du transept, le chœur et les deux croisillons dessinent en plan quatre carrés égaux entre eux disposés autour des supports constitués des quatre piliers centraux ; avec leurs côtés absides ils forment un tau polylobé. La couverture en voûtes à nervures atteint le niveau des voûtes de la nef. Sur la croisée est tendue la coupole appuyée sur la tour-lanterne octogonale, qui est issue de la tour carrée de base par l'intermédiaire de quatre pendentifs. Quatre escaliers en colimaçon sont insérés (presque « forés ») à l'intérieur des maçonneries épaisses et donnent accès aux tribunes et aux coursives de service : deux dans les piliers d'angle de la façade et deux dans les piliers Est de la croisée. La façade donne sur la place de la cathédrale. ... A droite de la façade se dresse la masse octogonale du baptistère; en face, la longue façade du palais épiscopal de 1232-1234, restauré au XXe siècle avec suppression des superstructures et des modifications postérieures. La cathédrale, le clocher et le baptistère s'embrassent d'un seul regard depuis l'angle Nord-Ouest de la place. Les couleurs sont diverses mais bien harmonisées entre elles : sur la façade de la cathédrale dominent le grès et la pierre grise, relevés de précieuses touches de marbre rose de Vérone ; le clocher est entièrement en brique, encadré de pilastres d'angle en pierre et de corniches d'arceaux également en pierre ; sur le baptistère domine le marbre de Vérone dans toutes ses chaudes nuances allant du rose au rouge intense. ... La silhouette [de la façade] reste à double pente et ses proportions sont celles d'un carré : la largeur est de 28 m et la hauteur au sommet, de 29. La différence de 1 m correspond au rehaussement de la corniche de l'égout du toit effectué par les artisans de Campione; dans le projet originel, la hauteur était de 28 m et le carré était parfait. Le parement n'offre aucun décrochement, sans contreforts d'angles ni pilastres médians (les deux contreforts de section triangulaire qui surmontent le porche sont une licence poétique des restaurateurs du XXe siècle). Le jeu d'ombre et de lumière et le mouvement reposent entièrement sur les galeries qui ajourent la façade au-dessus des portails et confèrent au lourd pentagone une extraordinaire légèreté. Une première galerie traverse la façade à la hauteur des tribunes, et est formée d'arcades groupées trois par trois ; une autre, semblable, se déploie à l'étage supérieur, et une troisième avec des arcs plus petits court parallèlement aux rampants du toit. Les colonnes de cette dernière galerie se prolongent au-dessus des chapiteaux par des colonnes adossées qui se raccordent à la frise d'arceaux entrecroisés le long des rampants. Au-dessus des arceaux se déploie l'habituelle corniche en dents d'engrenage, et celle-ci devait, dans le projet initial, terminer la décoration. Ce qui se trouve au-dessus (la corniche en torsade et le motif à petits échelons) est une adjonction due aux artisans de Campione, on l'a dit, et elle explique le mètre en excédent par rapport aux proportions du carré parfait. L'adjonction n'est pas gratuite; elle s'inscrit dans la surélévation générale du toit que l'on dut opérer pour construire les voûtes à la place de la charpente apparente originelle. En ajoutant une frise décorative, les artisans de Campione ont également ajouté les colonnes adossées qui surmontent la dernière galerie et transformé les arceaux de simples (qu'ils étaient probablement) en entrecroisés. ...

 

... [L]e porche dans son aspect actuel est une œuvre des artisans de Campione signée et datée : l'année, 1281 et l'auteur, Gianbono da Bissone. La date et la signature sont gravées en une belle inscription latine sur le linteau, accompagnée de deux dessins représentant un lion et un dragon. Les lions de Gianbono (personnages aimés et familiers qui ont porté en croupe tous les enfants de Parme de 1281 à nos jours) sont placés sur un piédestal haut de près de 1 m (exactement 90 cm) ; et au même niveau nous trouvons une pierre rapportée qui rehausse d'autant les faisceaux de colonnes en ébrasement constituant les piédroits du portai. ...

 

... Le décor sculpté des portails est assez simple en ce qui concerne les deux portails latéraux : arc à trois voussures concentriques décorées de feuillage ou de rinceaux, et chapiteaux égale­ment groupés par trois, quelques-uns historiés. Parmi ces derniers, notons sur le portail de droite une Visitation très abîmée (chapiteau de droite), et sur celui de gauche une pseudo-sirène ou bien une femme à califourchon sur un poisson (chapiteau de gauche). Les sculptures du portail central sont plus élaborées et plus importantes : un faisceau de colonnes en ébrasement comprenant cinq éléments à la suite des montants, avec une archivolte à cinq voussures concentriques finement sculptées; au-dessus du linteau avec l'inscription de Gianbono, une frise décorative sculptée de rinceaux habités de petits person­nages, centaures, chasseurs, chiens et animaux en fuite. Celle-ci continue sans interruption sur les chapiteaux de l'ébrasement et - avec un dessin plus simple, sans figures - le long des impostes de la voûte en berceau du porche. ...

 

... Les deux flancs de la cathédrale, ..., sont entièrement occupés par des chapelles du XIVe siècle, et c'est seulement dans les murs hauts de la nef centrale qu'apparaissent des éléments de la maçonnerie romane, qui d'ailleurs permettent des observations intéres­santes. Les chapelles du flanc méridional occupent, ..., une partie de l'ancien « Paradis » et en ont d'une certaine façon hérité la fonction : celle de lieu de sépulture pour les nobles. Elles sont construites selon un projet d'ensemble et leur mur extérieur est continu, comme celui d'une cinquième nef. La dernière chapelle avant le transept est la transformation de l'ancien oratoire Sainte-Agathe antérieur à la cathédrale et « phagocyté » par elle. Sur le flanc Nord, par contre, les chapelles forment un ensemble beaucoup plus incohérent, et apparaissent comme des adjonctions succes­sives, autonomes; la première à partir de la façade (chapelle du Consortium) a une abside semi-cylindrique en saillie, et la cinquième (chapelle Valeri) en a une polygonale. Toutes sont décorées dans le style gothique lombard avec abondance de frises en brique, d'arceaux entrecroisés, et autres choses semblables. En ce qui concerne la bâtisse romane, les détails les plus intéressants que nous pouvons observer sur les flancs sont les témoins de la transformation du système de couverture, passant d'une charpente apparente à des voûtes : le rehaussement de la maçonnerie au-dessous du toit, quelques traces du décor originel d'arceaux (en plein cintre et non entrecroisés) et les contreforts faits d'un mur transversal plein le long du mur haut de la nef centrale en correspondance avec les piliers pour neutraliser la poussée horizontale des voûtes. Ces contreforts n'étaient pas nécessaires avec la couverture en charpente apparente et les seuls éléments de renforcement étaient de simples contreforts de section pentagonale; nous envoyons encore une portion dépasser au-dessus des contreforts en forme de murs. Venons-en pour finir aux absides, la partie la plus vivante, la plus originale, la plus animée de l'architecture de notre cathédrale. Le meilleur angle où se placer pour les voir (si possible le matin au soleil) c'est l'angle Sud de la place San Giovanni, là où débouche la rue du Faubourg du Corrège. Ici, l'effort d'imagination que nous devons déployer pour reconstituer l'architecture origi­nale est encore plus important que dans le cas de la façade. Il nous faut en effet éliminer complètement les deux grands cubes des sacristies insérées entre le chœur et les flancs du transept, prismes en maçonnerie sans ornement, du genre prison, à fenêtres rectangulaires grillagées de fer. Une fois enlevés les cubes, nous verrons apparaître au flanc du transept l'abside masquée, égale en diamètre et en hauteur à celle de l'extrémité du transept lui-même, et celle-ci servait de lien visible avec l'abside centrale, plus haute, rétablissant le jeu original de volumes cylindriques et pris­matiques qui constituait la base du projet. ...

 

... Observons en effet les volumes prismatiques du chœur et du transept. L'extrémité à laquelle est adossée l'abside centrale est nettement plus haute qu'à l'origine, et le surhaussement est repérable dans la zone décorée d'une arcature aveugle avec colonnes adossées et arceaux entrecroisés. Ce décor caractéristique, dû aux équipes de Campione, se poursuit le long des flancs du chœur, tandis qu'au transept nous trouvons à la place, au même niveau, le motif Renaissance des compartiments, ou des caissons comme on veut les appeler. Cette frise est tout entière surajoutée par rapport aux volumes prévus à l'époque romane; mais la tour octogonale devrait elle-même être remplacée -dans une reconstruction rigoureuse - par une tour plus basse, sans doute de base carrée et couverte d'un toit en pyramide. ...

 

... Du côté Nord, le chevet est plus riche et plus avantagé : il existe ici aussi une sacristie-cube, mais un peu plus petite et surtout suffisamment plus basse pour laisser dépasser le haut de la seconde abside masquée, au moins en partie. La perspective, par contre, est moins heureuse, l'espace manquant pour prendre du recul et avoir une vue d'ensemble des architectures. Le monastère Saint-Jean les serre de près et c'est seulement de ses toits que l'on peut jouir de Ia vue la plus belle et la plus complète sur les absides. Livrons-nous maintenant à un examen plus détaillé, en commençant par l'absidiole du croisillon Sud, la plus sobre de décor. Sur une plinthe haute et massive s'élèvent de larges pilastres qui divisent en cinq panneaux la surface semi-cylindrique, sont coiffés de chapiteaux et sont reliés entre eux par des arcs aveugles. Les sculptures des chapiteaux et des voussures relèvent toutes du chantier de l'époque romane, Dans trois des cinq panneaux s'ouvraient, un panneau sur deux, les fenêtres originelles à deux niveaux, en haut sous les arcs aveugles et en bas pour éclairer la crypte; mais le système des ouvertures dans cette abside et dans les autres a été complètement modifié : on a bouché presque toutes les fenêtres romanes primitives (étroites et fortement ébrasées, comme le demandaient les conditions de l'époque où le verre était de fait inexistant) et on les a remplacées par d'autres plus grandes. Au-dessus des arcs aveugles court une galerie d'arcs sur colonnes, comprise entre deux frises d'arceaux : l'une souligne la base de la galerie, avec tous les cinq arceaux une demi-colonne qui retombe sur les chapiteaux des pilastres au-dessous; une autre en haut à l'endroit accoutumé, sous l'égout du toit, est couronnée par l'habituelle frise en dents d'engrenage. La galerie a de simples archivoltes en brique ou en blocs de pierre non sculptée ; c'est la seule parmi les absides à ne pas présenter de décor. Il est probable que c'est la conséquence d'un simple arrêt de travail par manque de fonds. On trouve en effet quelques éléments décoratifs épisodiques assez élaborés pour suggérer un riche programme initial de décoration : l'extrados sculpté de quelques-uns des arceaux, et les chapiteaux-consoles qui présentent des faces sculptées vers l'intérieur de la galerie. A l'extrémité du transept, au-dessus de l'abside, se déploie une autre galerie avec arcs et colonnes qui se continue également sur les deux flancs ; au-dessus nous trouvons le rehaussement déjà mentionné décoré sobrement de caissons. L'abside centrale jouit du décor le plus riche, réparti cependant selon le même schéma que celui de l'abside précédente : division de l'arrondi en cinq panneaux par des pilastres à chapiteaux et arcs aveugles, galerie d'arcs sur colonnes à chapiteaux-consoles comprise entre deux rangées d'arceaux, demi-colonnes qui prolongent les pilastres au-dessus des chapi­teaux et rejoignent la première rangée d'arceaux, ouvertures réparties à l'origine (modifiées ensuite) en deux registres de trois fenêtres chacun. Mais ces éléments sommairement décrits diffèrent dans leur exécution. Les chapiteaux des pilastres sont tous figurés. On y trouve la femme de l'Apocalypse chevauchant le dragon à sept têtes, un centaure qui décoche une flèche à un dragon, Samson qui brise la mâchoire du lion, et d'autres thèmes encore. Malheureusement la longue exposition aux intempéries et la friabilité du grès ont grandement endommagé ces chapiteaux, et cette remarque vaut pour presque toutes les sculp­tures des absides. Les cinq arcs aveugles qui unissent les pilastres ont des archivoltes sculptées en assez haut relief, et sont enrichis de deux bordures en dents d'engrenage en brique, l'une longeant l'intrados, l'autre l'extrados. L'ar­chivolte médiane porte les quatre symboles des évangélistes et d'autres animaux mythiques, et les archivoltes voisines sont, elles aussi, sculptées d'animaux. Les arceaux à la base de la galerie sont entrecroisés et le motif habituel des dents d'engrenage les couronne. La surface comprise entre ces arceaux et les arcs aveugles au-dessous porte un parement de mosaïque d'un grand effet décoratif, semblable à celui de l'atrium de Pomposa : petits cubes alternés de brique et de pierre qui dessinent un damier animé rouge et ris. Cette mosaïque fait défaut au-dessus des deux arcs du côté Sud. Les arcs de la galerie sont portés par des chapiteaux-consoles, sculptés sur le devant mais généralement lisses sur les flancs. Les archi­voltes, par contre, sont sculptées de motifs ayant fait l'objet d'une véritable recherche (palmettes, torsades, rinceaux, feuillage, volutes), de telle manière que chaque arc soit différent du voisin. On trouve même quelque arc privé de décor ; et ceci confirme - comme dans le cas de la mosaïque en damier - que le programme décoratif a subi un arrêt avant d'avoir pu être achevé. On trouve enfin la frise d'arceaux sous l'égout du toit, qui est peut-être la plus riche et la plus élaborée de tout le roman lombard. Les arceaux (on peut noter qu'il y en a vingt-sept) entourent en effet sur chaque tympan un figurant du bestiaire médiéval, animal réel ou imaginaire; et tout l'ensemble est relié par une guirlande feuillue à trois brins qui passe sans interruption d'un arceau à l'autre, emprisonnant de diverses manières les animaux (elle prend le levraut par la patte, est tenue par le bec de l'aigle, passe sous l'aile de la colombe, est prise dans les crocs du loup...) et remplissant de son feuillage les écoinçons entre les arceaux. L'abside du transept Nord est pratiquement identique à l'abside centrale, à part quelques variantes, comme le motif à denticules qui revient fréquemment dans.les archivoltes de la galerie, et l'absence de la guirlande reliant les arceaux; mais on y retrouve l'extraordinaire anthologie du bestiaire, avec des inventions toujours renouvelées. Certains des chapiteaux des pilastres méritent une attention particu­lière : un cerf assailli par un dragon, et un Samson qui ébranle les colonnes du temple, avec Dalila à côté. Regardons pour finir l'angle formé par le chœur et le transept Nord, très riche en thèmes décoratifs. C'est là que se trouve la seconde des absides masquées, émergeant partiellement du toit de la sacristie-cube; suffisamment pour qu'on puisse (dans la mesure où on peut le voir d'en bas) constater la présence des mêmes éléments décoratifs et architecturaux : les chapiteaux-consoles, les archivoltes à denticules, les arceaux avec les animaux dans les petits tympans, et au-dessus d'eux encore deux frises en dents d'engrenage et une moulure soignée. ... Il vaut toutefois la peine de noter sur le flanc Nord du chœur la réapparition de la mosaïque en damier avec brique et pierre, qui à l'évidence aurait dû, dans le projet initial, occuper bien d'autres surfaces.

 

L'intérieur

La première impression éprouvée en entrant dans la cathédrale de Parme n'est pas celle d'un monument roman. C'est en effet la couleur qui frappe tout d'abord, non pas l'architecture; et la couleur est celle des fresques du XVIe siècle qui recouvrent tout : les murs, les voûtes, arcs et nervures, puis, en avançant vers le sanctuaire, les transepts et la coupole. ... Sur les murs et sur les voûtes, les fresques de la fin du XVIe siècle constituent une somptueuse tapisserie aux teintes chaudes, presque veloutée, exactement le contraire de l'image que l'on se fait normalement d'un monument roman : sèche, rigoureuse, avec une maçonnerie visible en brique ou en pierre (ou tout au plus sobrement enduite de chaux), où les éléments architecturaux ressortent avec évidence. ... Voyons maintenant le système des supports. Il présente une alternance entre des paires de piliers principaux plus forts et des paires de piliers plus sveltes. Ce système a sa logique, puisqu'il doit supporter, au-dessus de la nef centrale, une couverture faite de voûtes carrées, chacune reposant sur deux paires de piliers principaux, tandis que les nefs latérales sont divisées en travées deux fois plus courtes; les piliers secondaires sont donc prévus pour diviser en deux la longueur des travées en recevant les arcs des grandes arcades et les éventuels arcs transversaux des nefs latérales. La section polylobée des piliers est commandée par les arcs qu'ils doivent supporter, et le pilier se présente comme un faisceau d'éléments dont chacun a une fonction portante. Les piliers principaux ont toujours un élément (généralement une demi-colonne) qui s'élève vers l'intérieur de la nef sur toute la hauteur de la paroi jusqu'à l'imposte de la voûte; les piliers secondaires n'ont pas besoin de cette saillie et peuvent se terminer au-dessous de la paroi à l'imposte des grandes arcades. Dans le cas de Parme, nous constatons que les piliers principaux comme les piliers secondaires se continuent par un élément en saillie au-delà du chapiteau. Mais ils sont nettement différen­ciés : sur les piliers principaux, la saillie est constituée d'un large pilastre rectangulaire (destiné à recevoir les arcs-doubleaux de la voûte) flanqué de deux colonnes (pour les nervures en diagonales); sur les piliers secon­daires, cette saillie est constituée d'une svelte demi-colonne. ...

 

... La nef centrale, caractérisée par un grand élan vertical, est la partie la plus fidèle à l'original roman, en dépit du revêtement pictural. La seule modification architecturale est la dispa­rition des arcs aveugles dont nous avons vu un témoin dans la septième travée de gauche; en compensation, la cathédrale a échappé aux transformations baroques qui ont dénaturé tant d'autres églises romanes. Les tribunes, parfaitement praticables (et non fausses tribunes comme celles de Modène, dépourvues de sol sont malheureusement fermées au public. Cela prive le visiteur d'un point de vue privilégié pour la vision et la compréhension de l'architecture et empêche d'examiner de près la sculpture des chapiteaux. Les voûtes en croisée d'ogives des tribunes se rattachent à la campagne de travaux de la seconde moitié du XVIe siècle : à l'origine, la couverture était faite de poutres en bois apparentes. Par contre, les voûtes d'arêtes des nefs latérales remontent à la première campagne de construction (le « moment roman ») ; mais en parcourant ces nefs, nous retrouvons fort peu les volumes et les rapports spatiaux prévus à l'origine. Les chapelles latérales constituent, en effet, comme une nef supplémentaire de chaque côté, et les nefs latérales servent désormais de simples corridors pour passer en revue la rangée des chapelles, closes de grilles somptueuses. ... L'espace de la septième et dernière travée est entièrement occupé par l'escalier de seize marches qui monte au sanctuaire, déployé sur toute la largeur des trois nefs, ... De retour dans la nef, ... nous ne pouvons donc saisir que bien peu de chose (et ce peu, avec peine) de la riche anthologie sculptée des chapiteaux, d'autant plus que les tribunes - je l'ai dit - sont interdites au public. Plus que d'une anthologie nous devrions parler d'une véritable « somme » de sculpture répartie sur trois niveaux, et il suffira de quelque exemple pour le confirmer. Au premier niveau, nous trouvons les trente chapiteaux des piliers, dont la moitié pré­sente quatre blocs distincts, c'est-à-dire autant d'œuvres autonomes sculptées séparément et « assemblées » ultérieurement (le chapiteau monolithique n'est certainement pas possible au-delà d'une certaine dimension). Au second niveau nous trouvons les chapiteaux des tribunes : quarante-deux, monolithiques, pour les colonnes des baies quadruples et seize en plusieurs blocs pour les piliers. Au troisième niveau, les chapiteaux des éléments en saillie sont au nombre de dix-huit, alternativement simples (saillants secondaires) ou en trois morceaux (saillants principaux). En y ajoutant les soixante-six de la crypte, le total des chapiteaux s'élève à cent soixante-douze; et en tenant compte des chapiteaux en plusieurs morceaux, le total des pièces sculptées atteint deux cent soixante-dix-huit... [L]es sculptures à l'intérieur et à l'extérieur de la cathédrale appartiennent toutes - sauf celles d'Antelami et des Campione, bien reconnaissables - à la même campagne de construction que les œuvres de maçonnerie, c'est-à-dire aux années comprises entre 1090 et 1130. Parmi les différentes mains qui ont travaillé ici, on retrouve une thématique commune en plus d'un langage commun. ... Nous avons déjà rencontré à l'extérieur le maître des travaux des mois, le chef d'école présumé ou, en tout cas, l'artiste le plus en vue. A ses côtés, on en repère d'autres que l'on peut désigner par le nom de leurs œuvres les plus significatives, celles qui révèlent le mieux les accents de leur langage personnel. Le maître des vendanges apparaît sur un chapiteau du côté droit de la nef avec deux personnages de vendangeurs, un homme et une femme, occupés à cueillir des grappes sur une vigne extraordinairement contournée. Le maître de l'Apocalypse tire son nom de la scène où la femme de l'Apocalypse chevauche le dragon à sept têtes. Le maître des cavaliers a sculpté sur un même chapiteau trois scènes différentes de combat à cheval. A première vue, ces cavaliers bardés de fer rappellent la même « épopée » légendaire que celle des bas-reliefs de la porte de la Pescheria à la cathédrale de Modène, inspirés ... des récits du cycle breton du roi Arthur; ici, à Parme, aucun élément ne permet le rattachement à des légendes d'au-delà des Alpes, et il est plus probable que le thème soit tiré des aventures des croisés en Terre sainte. La première croisade commença, on le sait, en 1096; et Parme - ne l'oublions pas - était une étape importante sur la route des pèlerins. Les trois bas-reliefs représentent respectivement un cavalier à l'assaut suivi d'un valet armé d'une lance, un duel à l'épée entre deux cavaliers affrontés, et une scène de bataille. Tous les personnages ont le heaume sur la tête et sont protégés par de longs boucliers. La scène de bataille est, parmi les trois, celle qui est composée avec la plus grande puissance d'imagination, réalisée sur deux plans avec trois figures seulement : un cavalier donnant l'assaut, la lance levée, un cavalier blessé et tombé qui se relève en s'agrippant à la selle, et au second plan un cheval en fuite, non monté, qui porte accroché à la selle le bouclier de son cavalier désarçonné. La main du maître des travaux des mois se reconnaît dans de nombreux chapiteaux; certains de fantaisie (un jongleur la tête en bas, dans un enchevêtrement de pampres, un étonnant centaure qui transperce d'une flèche un cerf, des lions et des dragons entremêlés qui se déchirent les uns les autres, quatre sirènes à double queue, etc.), d'autres par contre historiés. Parmi ceux-ci: saint Martin partageant son manteau avec un pauvre (en deux versions différentes), les archanges qui transpercent le dragon et le démon, le sacrifice d'Isaac, la visite des anges à Abraham et Sara, le vol prodigieux d'Alexandre le Grand, saint Nicolas qui fournit une dot à trois jeunes filles pauvres que leur père voulait livrer à la prostitution. Et enfin le plus célèbre et le plus discuté des chapiteaux de Parme : l'âne enseignant vêtu comme un moine avec les loups ses élèves sur le second pilier de la tribune de gauche. L'âne, assis et dressé, tient avec hauteur dans sa patte la férule du maître et se tourne vers deux loups ses élèves, vêtus eux aussi de la coule de moine ; l'un tient un livre entre les pattes, l'autre se retourne distraitement. Il suffit de quelques touches habiles (dents pointues et œil féroce) pour évoquer le loup, et d'autant pour brosser l'âne. Sur le livre ouvert du loup on lit : est monachus factus lupus hic sub dogmate tractus. Dans l'interprétation de ce bas-relief, on a recherché diverses références à des fables ou des légendes du genre de celles d'Ésope, mais peut-être que l'interprétation la plus convain­cante est l'interprétation historique (de Quintavalle) selon laquelle il s'agirait d'une claire allusion aux événement survenus à Parme. Comme nous l'avons vu, l'année 1106 y sépare la longue période des évêques schismatiques et rebelles du retour à l'obéissance avec l'épiscopat de San Bernardo degli Uberti. Au changement d'orientation politique de l'église de Parme fait suite un changement dans la thématique même des sculptures qui doivent se faire didactiques, moralisatrices, édifiantes. Plus de dragons et de sirènes, donc, mais des scènes exemplaires de la vie des saints et de sévères avertissements contre les dangers de l'hérésie. Dans ce filon iconographique imposé par saint Bernard (degli Uberti) rentrent de nombreuses œuvres du maître des travaux des mois : l'épisode de saint Nicolas et des trois jeunes filles, les deux versions du manteau de saint Martin, la défaite du dragon et du démon par les archanges; et surtout l'âne enseignant où nous pouvons reconnaître un évêque schis-matique Càdalo ou l'un des autres tandis que les loups habillés en moines représenteraient le clergé corrompu, simoniaque et concubinaire qui afflige l'Église lorsque l'hérésie est assise dans la chaire. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 199-220)

 

Coordonnées GPS : N44.803093 ; E10.330404

Et voilà, Neerah est revenue dechez la talentueuse Nenn *-*

Je suis vraiment fan de ses lèvres et de son fard, elle a fait encore une fois un travail génial (et fastidieux aussi ahah xD)

Je lui ai mis ses acry également reçu (d'ailleurs je crois qu'il y'en a un qui dit merde à l'autre ..)

Quand à sa wig, j'hésite encore, j'ai testé avec celle d'Ecchymose car ça renforçait ce petit côté cadavérique, mais je me tate encore ~

 

Encore merci et de gros bisous Nenn ♥♥

Dans la forêt, au cœur de la clairière,

Un photographe, un jour, posa son appareil photo.

Dans le ruisseau courant dans la bruyère,

Il vit soudain Céline qui se mirait.

Dans le ruisseau courant dans la bruyère.

Si frais, si pur, lui sembla ce visage

Que, sans attendre, il déclencha la photo.

Et les oiseaux, le jour de leur mariage,

Jetèrent au ciel leurs plus beaux triolets.

Dans la forêt, ayant trouvé l'étoile

Dont il rêvait comme un trésor secret,

On m'a conté qu'il déchira sa photo

Car le modèle était bien plus parfait.

Im Anschluss an den Osterräderlauf gibt es jedes Jahr ein großes Höhenfeuerwerk.

Le village de Vaux en Beaujolais a été pris comme modèle par Gabriel Chevallier pour son célèbre roman « Clochemerle » (1934), dans lequel il croque une galerie de personnages truculents, burlesques, hauts en couleurs…qui se déchirent autour de l’arrivée d’une « pissotière », comble de modernité à l’époque !

Albert Dubout a illustré ce roman, en croquant les personnages avec le trait tendrement moqueur qu’on lui connaît…

(PL) Zamek Maurów. (DE) Maurische Burg. (CZ) Maurský hrad. (PT) Castelo dos Mouros.

 

Sintra, Portugal.

More info: en.wikipedia.org/wiki/Castle_of_the_Moors

 

(EN) The views from this castle are amazing and breathtaking. You have to be there! None photo, even panoramic, will not give this climate!

(PL) Widoki z zamku zapierają dech. Trzeba tam być! Żadne, nawet panoramiczne, zdjęcie nie odda tego klimatu!

 

It's enormous panorama picture and it's difficult to watch it here. For better (of full size) view - please click the white arrow on the right and then - "View all sizes" option.

Station de la Concorde, Laval, Québec.

 

Propre, élégante, aérée. On déchante un peu une fois sorti de la station.

Tempera et pastel, 91 × 73 cm, 1893, Musée national de l'Art, de l'Architecture et du Design, Oslo.

 

Le Cri est une œuvre expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions (deux peintures, un pastel, un au crayon et une lithographie) réalisées entre 1893 et 1917. Symbolisant l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle. Elle est considérée comme l'œuvre la plus importante de l'artiste, le paysage en arrière-plan étant le fjord d'Oslo, vu d'Ekeberg, et "Ne peut avoir été peint que par un fou !", d'après son auteur.

 

Le tableau fait partie d'un cycle d'une vingtaine de tableaux, appelé "La Frise de la vie" et resté inachevé. Munch a exécuté cinq versions du tableau, dont les plus fameuses sont une tempera sur carton au musée Munch d'Oslo de 83 cm x 66 cm et une peinture à l'huile, tempera et pastel à la Galerie nationale d'Oslo de 91 x 73 cm. Une troisième version appartient également au musée Munch. Une quatrième appartenait au milliardaire norvégien Petter Olsen avant d'être vendue aux enchères en2012, la cinquième version étant une lithographie réalisée en 1895 à Berlin.

 

"Je me promenais sur un sentier avec deux amis, le soleil se couchait et tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtai, fatigué et m'appuyai sur une clôture, il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville et mes amis continuèrent, mais j'y restai, tremblant d'anxiété et sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et déchirait la nature" (cf. journal de Munch du 22 janvier 1892).

 

Selon Donald Olson, professeur d'astrophysique à l'université du Texas, ce coucher de soleil d'un rouge flamboyant était vraisemblablement provoqué par les cendres émises lors de l'éruption du volcan Krakatoa. Le personnage présente une grande ressemblance avec plusieurs momies, dont une momie chachapoyas au visage figé dans la mort dans une position particulièrement expressive, découverte au cœur des Andes péruvienne en 1877 par des explorateurs français qui la ramèneront au Musée éthnographique de Paris. Selon l'historien de l'art Robert Rosenblum, Munch l'aurait aperçue lors de l'Exposition universelle de 1889 et s'en serait inspiré pour peindre la première version de son tableau. La même momie aurait aussi inspiré Paul Gauguin pour ses tableaux peints en 1889 : La misère humaine et Ève bretonne (cf. wikipésia).

tau mau difoto, massnya malah senyum dech..wkwkwkw

unterwegs in Heinitz

Dechen / Moselschachtstraße

> KEW Solarpark auf dem Gelände der ehemaligen Grube Dechen

de.wikipedia.org/wiki/Grube_Dechen

www.saarland.de/mbk/DE/portale/industriekulturportal/indu...

de.wikipedia.org/wiki/Heinitz_(Neunkirchen)

Frutillar fue fundada el 23 de noviembre de 1856 por inmigrantes alemanes que llegaron a la zona durante el gobierno del presidente Manuel Montt a orillas del lago Llanquihue. Los colonos construyeron sus casas en los alrededores de la bahía y se dedicaron a labores agrícolas y ganaderas, instalando lecherías, molinos, destilerías, curtiembre y algunas tiendas de venta de víveres y de implementos.

 

Debido a que el pueblo era paso obligado entre Puerto Montt y Osorno, tuvo un rápido desarrollo, lo cual favoreció el desarrollo del comercio.

Los alemanes comenzaron a ocupar las chacras mensuradas por José Decher. Entre los primeros colonos, que levantaron sus viviendas alrededor de la bahía, se encontraban Wilhelm Kaschel, Heinrich Kuschel, Theodor Niklitschek, Christian Nannig, Christian Winkler y Adams Schmidt. Construyeron sus propios embarcaderos a la orilla de las playas y se trasladaban en el lago en barcos a vapor.

 

Las chacras, que partían desde el lago hacia las colinas de bosque nativo, tenían aproximadamente 35 m de ancho y 4 000 m de largo. La mayoría de los colonos alemanes eran agricultores que había decidido escapar de la pobreza agrícola provocada en Europa por la revolución industrial.

 

En 1882 se fundó el Club Alemán, lugar destinado a reuniones sociales y a compartir las mejores publicaciones queles llegaban en su idioma nativo. Hasta el día de hoy, su restaurante mantiene su prestigio ofreciendo platos de comida tanto alemana como chilena. Posteriormente, nacieron otras organizaciones vitales para la ciudad, como el Cuerpo de Bomberos y la Cruz Roja.

 

Con el arribo del ferrocarril en 1907, nació la estación en Frutillar Alto. Hoy posee industrias, servicios, comercio y un consultorio.

 

La comuna se constituyó el 13 noviembre de 1936 al separarse de Puerto Varas; su primer alcalde fue Federico Sunkel Dausel (1936-1938).

 

En la administración se instalaron los servicios públicos, municipalidad, carabineros, registro civil y otros. Para la década de 1960 se amplió la cobertura educacional con las creación de los liceos Industrial Chileno Alemán y Liceo Politécnico Ignacio Carrera Pinto.

 

En 1968 se celebraron las primeras Semanas Musicales, y en 1973 se construyó el Museo Colonial Alemán. Desde la década de 1990, Frutillar experimentó un repunte de la actividad turística, conservando el estilo urbano colonial alemán. Se desarrolló el sector hotelero, gastronómico, náutico, el de la pesca de salmones y la caza deportiva. La primera marina con el club de yates del lago Llanquihue fue construida en 2002 con sede en Frutillar.

 

La comuna mantiene muchas de las tradiciones de los antiguos colonos, ya que todavía viven en la zona numerosos de sus descendientes, como es el caso de las familias Winkler, Kuschel, Kaschel, Niklitschek, Neumann, Nannig, Klesse, Schwerter, Rehbein, Held, Von Bischoffhausen, Schmidt, Sandrock, Hoffmann, Schulz, etc.

Il ne faut jamais revenir,

Au temps caché des souvenirs,

Du temps béni de son enfance,

Car parmi tous les souvenirs,

Ceux de l'enfance sont les pires,

Ceux de l'enfance nous déchirent,

Vous, ma très chérie, ô ma mère,

Où êtes-vous donc, aujourd'hui,

Vous dormez au chaud de la terre,

Et moi, je suis venue ici,

Pour y retrouver votre rire,

Vos colères et votre jeunesse,

Mais je suis seule avec ma détresse,

Hélas,

 

Pourquoi suis-je donc revenue,

Et seule, au détour de ses rues,

J'ai froid, j'ai peur, le soir se penche,

Pourquoi suis-je venue ici,

Où mon passé me crucifie,

Elle dort à jamais mon enfance...

_________________________

 

Mon Enfance, Barbara.

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sube la escalera

 

.....sube, tus aposentos están arriba.... al final del pasillo a mano decha... alguien te espera ....

(PL) Zamek Maurów. (DE) Maurische Burg. (CZ) Maurský hrad. (PT) Castelo dos Mouros.

 

Sintra, Portugal.

More info: en.wikipedia.org/wiki/Castle_of_the_Moors

 

(EN) The views from this castle are amazing and breathtaking. You have to be there! None photo, even panoramic, will not give this climate!

(PL) Widoki z zamku zapierają dech. Trzeba tam być! Żadne, nawet panoramiczne, zdjęcie nie odda tego klimatu!

 

It's enormous panorama picture and it's difficult to watch it here. For better (of full size) view - please click the white arrow on the right and then - "View all sizes" option.

Barranco, Lima, Perú.

Los colores es uno de los rasgos característicos de este barrio bohemio de Lima. Destrás puede verse una de las cúpulas de la Iglesia de San Francisco.

"Barranco fue una aldea

De humildes pescadores,

Que recibió del cielo

Su bautismo de luz,

Y el alma de sus hijos

Fue un dechado de flores

Ardiente entre los brazos

De la sagrada cruz."

(Himno de Barranco - Nelly Fonseca Recavarren -Ángel Alvarado L.)

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Ballade à la lune

 

Alfred de MUSSET

1810 - 1857

  

C'était, dans la nuit brune,

Sur le clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.

 

Lune, quel esprit sombre

Promène au bout d'un fil,

Dans l'ombre,

Ta face et ton profil ?

 

Es-tu l'oeil du ciel borgne ?

Quel chérubin cafard

Nous lorgne

Sous ton masque blafard ?

 

N'es-tu rien qu'une boule,

Qu'un grand faucheux bien gras

Qui roule

Sans pattes et sans bras ?

 

Es-tu, je t'en soupçonne,

Le vieux cadran de fer

Qui sonne

L'heure aux damnés d'enfer ?

 

Sur ton front qui voyage.

Ce soir ont-ils compté

Quel âge

A leur éternité ?

 

Est-ce un ver qui te ronge

Quand ton disque noirci

S'allonge

En croissant rétréci ?

 

Qui t'avait éborgnée,

L'autre nuit ? T'étais-tu

Cognée

A quelque arbre pointu ?

 

Car tu vins, pâle et morne

Coller sur mes carreaux

Ta corne

À travers les barreaux.

 

Va, lune moribonde,

Le beau corps de Phébé

La blonde

Dans la mer est tombé.

 

Tu n'en es que la face

Et déjà, tout ridé,

S'efface

Ton front dépossédé.

 

Rends-nous la chasseresse,

Blanche, au sein virginal,

Qui presse

Quelque cerf matinal !

 

Oh ! sous le vert platane

Sous les frais coudriers,

Diane,

Et ses grands lévriers !

 

Le chevreau noir qui doute,

Pendu sur un rocher,

L'écoute,

L'écoute s'approcher.

 

Et, suivant leurs curées,

Par les vaux, par les blés,

Les prées,

Ses chiens s'en sont allés.

 

Oh ! le soir, dans la brise,

Phoebé, soeur d'Apollo,

Surprise

A l'ombre, un pied dans l'eau !

 

Phoebé qui, la nuit close,

Aux lèvres d'un berger

Se pose,

Comme un oiseau léger.

 

Lune, en notre mémoire,

De tes belles amours

L'histoire

T'embellira toujours.

 

Et toujours rajeunie,

Tu seras du passant

Bénie,

Pleine lune ou croissant.

 

T'aimera le vieux pâtre,

Seul, tandis qu'à ton front

D'albâtre

Ses dogues aboieront.

 

T'aimera le pilote

Dans son grand bâtiment,

Qui flotte,

Sous le clair firmament !

 

Et la fillette preste

Qui passe le buisson,

Pied leste,

En chantant sa chanson.

 

Comme un ours à la chaîne,

Toujours sous tes yeux bleus

Se traîne

L'océan montueux.

 

Et qu'il vente ou qu'il neige

Moi-même, chaque soir,

Que fais-je,

Venant ici m'asseoir ?

 

Je viens voir à la brune,

Sur le clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.

 

Peut-être quand déchante

Quelque pauvre mari,

Méchante,

De loin tu lui souris.

 

Dans sa douleur amère,

Quand au gendre béni

La mère

Livre la clef du nid,

 

Le pied dans sa pantoufle,

Voilà l'époux tout prêt

Qui souffle

Le bougeoir indiscret.

 

Au pudique hyménée

La vierge qui se croit

Menée,

Grelotte en son lit froid,

 

Mais monsieur tout en flamme

Commence à rudoyer

Madame,

Qui commence à crier.

 

" Ouf ! dit-il, je travaille,

Ma bonne, et ne fais rien

Qui vaille;

Tu ne te tiens pas bien. "

 

Et vite il se dépêche.

Mais quel démon caché

L'empêche

De commettre un péché ?

 

" Ah ! dit-il, prenons garde.

Quel témoin curieux

Regarde

Avec ces deux grands yeux ? "

 

Et c'est, dans la nuit brune,

Sur son clocher jauni,

La lune

Comme un point sur un i.

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