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COURANCES : LE PARC DES EAUX
Le jardin d’eau est un thème récurrent dans tous les territoires saturés d’eau : en Vénétie au XVIe, ou dans les Pays-Bas au XVIIe, à Fontainebleau (François Ier) dans les années 1540.
XVIe SIÈCLE : NAISSANCE DU PARC DE COURANCES
En 1552, Cosme CAUSSE, seigneur de Marchaumont, secrétaire des Finances du roi Henri II, avait acheté un manoir (relativement modeste, a fortori en comparaison avec ce que deviendra le parc) presque sans jardin. Selon le motif du « pré en l’île », le bâtiment est installé sur deux plate-formes entourées de fossés en eau. Les fossés du château sont prolongés vers le village, d’un côté et de l’autre de l’Allée d’Honneur par ce que l’on appelle aujourd’hui les pièces d’eau des Platanes simples et celle des Platanes doubles (à l’origine, des tilleuls) :
Pour créer le parc, Cosme puis son fils Pierre, grand maître des Eaux et Forêts, vont faire l’acquisition de terrains supplémentaires. Leur surface doit notamment permettre de s’assurer la maîtrise de la rivière de l’École et de quelques-unes (une dizaine ?!) des quatorze sources (!) qui donnent son allure au lieu.
Sur cette nouvelle surface, ils vont créer :
- la Grotte ou Dôme (restauré en 2005) ;
- la Salle d’eau, bassin encadré par quatorze « gueulards » (cracheurs d’eau) de grès, disposés en vis-à-vis :
- et surtout le Grand Canal. Car Courances aura son Grand Canal avant que le roi n’aie le sien à Fontainebleau (1604) !
En 1550, Cosme CAUSSE avait fait creuser celui de sa propriété voisine de Fleury-en-Bière, sur 800 m : c’était le premier du genre à traverser un jardin français ! Mais le chantier (les difficultés techniques et le poids financier) de cette entreprise, ont rendu Cosme un peu plus raisonnable : le Grand Canal de Courances ne fera que 600 m…
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Alimenté par une dérivation de l’École, le Canal fait un pendant domestiqué à l’eau sauvage : l’impression est vibrante !
- c’est vraisemblablement à cette époque aussi, que furent établies trois marches d’eau très originales :
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Elles sont gardées par deux loups et par deux lions : les Nappes :
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XVIIe SIÈCLE : AGRANDISSEMENT ET EMBELLISSEMENT DU PARC
En 1622, le vieux château de Courances, bien délabré, a été vendu par François CAUSSE, le fils de Pierre, et acheté par Claude GALLARD, conseiller et secrétaire du roi Louis XIII, d’origine orléanaise, enrichi dans la gestion des biens séquestrés en justice.
Claude I GALLARD reconstruisit le château entre 1627 et 1630. Entouré de son fossé en eau, il comporte désormais un corps de logis rectangulaire flanqué de deux pavillons saillants ; le mur est composé de moellons crépis et enduits. Dès lors, le domaine de Courances prenait place parmi les grandes propriétés des Parisiens fortunés de la haute administration royale : l’exploitation agricole des terres passa au second plan, laissant la place à un programme d’embellissement et d’agrément.
En 1638, le fils, Claude II GALLARD, très fortuné, poursuivit les achats de terres et l’embellissement des jardins. Il épouse Anne VIALAR : c’est cette première « dame de Courances », sa première épouse, qui est représentée dans le tableau peint par BEAUBRUN, vers 1660 (accroché dans le terrible Salon du Billard), tenant un petit tableau qui représente le parc.
Il établit La Gerbe (bassin à 10 côtés auquel il manque aujourd’hui son jet d’eau central) et trace une allée allant jusqu’au Rond de Moigny.
Mais la charge financière se révèlera trop lourde pour les GALLARD. Courances fut saisi par leurs créanciers et vendu aux enchères en 1677.
Il ne quittera pourtant pas tout à fait la famille, car Galliot GALLARD, frère cadet de Claude II, rachètera le domaine.
Après lui, ce sera son fils, François Galliot GALLARD, qui héritera du domaine.
La structure générale mise en place à la fin du XVIe et dans la première moitié du XVIIe siècle n’a pas connu de profonds bouleversements.
DÉBUT XVIIIe : ACCENTUATION DE L’AXE ET DE LA SYMÉTRIE ET RENFORCEMENT DE LA PRÉSENCE DE L’EAU
Ces nouveaux choix esthétiques sont probablement pris en relation avec les idées dominantes alors en matière d’art des jardins telles qu’elles avaient été développées par Antoine-Joseph DÉZALLIER D’ARGENVILLE, le vulgarisateur de l’œuvre de LE NÔTRE au XVIIIe dans son traité La théorie et la pratique du jardinage.
François Galliot GALLARD eut une fille unique, Anne-Marguerite-Catherine GALLARD, qui épousa en 1708 Nicolas POTTIER DE NOVION.
Leur fils André hérita de Courances à la mort de son père en 1720, mais c’est sa mère, deuxième « dame de Courances », qui resta à la tête de la propriété, et y conduit les travaux, pendant cinquante années !
Elle s’employa à restaurer la domination féodale sur la seigneurie, réclama des droits anciens qui avaient été oubliés, restaura moulins et viviers et agrandit l’exploitation agricole.
Le Miroir, pièce d’eau rectangulaire spectaculaire (1 ha !), dans laquelle se reflète le château, a été creusé dans l’axe principal avant 1756 :
Des vues sont dégagées : vers le nord (vers l’entrée) et vers le sud, en agrandissant l’écrin boisé destiné à accueillir le Miroir.
Le portail architecturé fermant la cour depuis 1642 a laissé sa place pour une grille implantée au-devant du pont dormant qui franchissait la douve. Plus rien n’empêchait le regard d’embrasser la magnifique allée d’arrivée, bordée de canaux, et sa quadruple rangée de tilleuls (hélas changés pour des platanes par la suite).
FIN DU XVIIIe SIECLE : UN PARC SUR LE DÉCLIN
En 1772, la petite-fille d’Anne GALLARD, Philippine, entra dans une très ancienne famille de la grande noblesse de robe parisienne en épousant Charles-Aymar DE NICOLAÏ, président de la Chambre des Comptes dit « le grand Nicolaÿ ». Courances devint leur lieu de villégiature.
À la suite de l’Angleterre, de grandes transformations devaient marquer l’art des jardins en France dans la seconde moitié du XVIIIème siècle : rejet de la régularité, volonté d’imiter la nature, recherche d’un pittoresque inspiré par la peinture de paysage.
Pour plus de pittoresque (?), inspiré par l’Angleterre, ou pour mettre à l’échelle ou pour une autre moins bonne raison, le marquis DE NICOLAŸ fit replanter en 1782 la grande Allée d’arrivée avec des platanes et installer des cultures vivrières au jardin anglais.
Dès le début de la Révolution, les NICOLAŸ émigrèrent en Italie. Mais ils revinrent en 1793 pour défendre la reine devant le tribunal révolutionnaire.
Le 7 juillet 1793, Charles-Aymar DE NICOLAÏ et son fils aîné furent guillotinés.
Courances sera mis sous scellés entre 1793 et 1798.
En 1798, le domaine sera restitué à Philippine-Léontine DE NICOLAŸ, qui mourut en 1820.
Son fils, Théodore DE NICOLAŸ (1782-1871), pair de France, s’employa à relever le domaine et à enrichir son patrimoine foncier.
C’est sans doute à cette époque que la Salle d’Eau fut transformée en lac paysager.
En 1830, l’attachement légitimiste (ainsi qu’un drame familial, le viol de ses deux petites filles) amena Théodore DE NICOLAÏ à s’exiler en Suisse, tout en conservant Courances jusqu’à sa mort à Genève en 1871. Mais il n’y revint plus jamais.
Le parc sera fermé, sauf une fois par an où les gens du voisinage venaient y chasser le corbeau. Le château restera à l’abandon pendant plus de 40 ans et finira par tomber en ruines : un arbre poussera à travers le plancher du salon, les toits s’écrouleront, les balustres s’effondreront. Voici l’ambiance (à quel point romancée ?) qu’en rend Anatole FRANCE dans son Crime de Sylvestre Bonnard (1881) :
Le lendemain, nous prîmes le café sur la terrasse, dont les balustres, embrassés et arrachés à leur rampe de pierre par un lierre vigoureux, restaient pris entre les noeuds de la plante lascive, dans l’attitude éperdue des femmes thessaliennes aux bras des centaures ravisseurs.
Le château avait, par suite de remaniements successifs, perdu tout caractère. C’était une ample et estimable bâtisse, rien de plus. Il ne me parut pas avoir épreouvé de notables dommages pendant un abandon de trente-deux années. Mais lorsque j’entrai dans le grand salon du rez-de-chaussée, je vis les planchers bombés, les plinthes pourries, les boiseries fendillées, les peintures des trumeaux tournées au noir et pendant aux trois quarts hors de leur chassis. Un marronnier, ayant soulevé les lames du parquet, avait grandi là et il tournait vers la fenêtre sans vitres les panaches de ses larges feuilles. Je ne vis pas ce spectacle sans inquiétude, en songeant que la riche bibliothèque de M. Honoré de Gabry, installée dans une pièce voisine, était exposée depuis longtemps à des influences délétères. Toutefois, en contemplant le jeune marronnier du salon, je ne pus m’empêcher d’admirer la vigueur magnifique de la nature et l’irrésistible force qui pousse tout germe à se développer dans la vie.
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Au passage on notera l'absence de filtre de couleur à la prise de vue, ce qui explique le ciel désespérément vide ...
D'autres photos et tout le blabla sur mon blog, j'ai testé pour vous le corps barbie fitness tan pour ma pullip Batgirl SDCC, et j'adore !
Les détails et d'autres photos ici : those-fireflies.blogspot.fr/2016/05/echanges-hybridation-...
Construit en 1971 par l'architecte bordelais Pierre Cauly, ce bâtiment fut l'un des premiers du quartier Mériadeck à être dessiné. Conséquence directe, en comparaison des autres bâtiments de typologie barre ou tour en étoile, cet immeuble est très différent.
Entre octobre 1999 et février 2004, l'agence bordelaise Lacrouts et Massicault restructure le bâtiment, sous le commandement de la Direction Nationale de l'Immobilier, le gratifiant notamment de nouvelles façades de verre et de marbre.
Coût de l'opération de restructuration : 38 M€ T.T.C.
meriadeck.free.fr/Meriadeck/Poste
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Capteur de 16.3 MP (4928x3264)
Prix: $600 USD
Photos prise avec le SMC Pentax-DA 40mm f/2.8 XS
(avec un facteur de multiplication de 1.5) APS-C
100-12800 ISO
www.flickr.com/photos/maoby/albums/72157716019933131
Vos remarques sont les bienvenues / Your remarks are welcome !
Cette exposition vise à retracer pour la première fois la carrière d’Henri Salesse (Paris, 1914-2006), photographe fonctionnaire du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) dès 1945. À travers le parcours de Salesse, c’est l’histoire de ce ministère et les choix de la reconstruction française d’après-guerre qui sont exposés. Henri Salesse apparaît en effet comme l’observateur privilégié d’une transformation radicale et spectaculaire du territoire français.
Henri Salesse a exercé sa carrière de photographe en tant que fonctionnaire de l’État de 1945 à 1977. Ses images et celles des autres photographes qui ont travaillé pour le MRU et pour les ministères qui lui ont succédé sont à présent conservées à la photothèque de la direction de la Communication des ministères de l'Écologie et du Logement.
L’archive patrimoniale de cette photothèque se compose de 67 000 négatifs de format 6x6 cm pour la majeure partie. Depuis 2008, cette archive a fait l’objet de plusieurs travaux qui ont révélé la qualité exceptionnelle d’un fonds documentaire jusqu’alors méconnu. Elles ont permis de distinguer certains auteurs (dont Salesse) et de contextualiser la production d’un service photographique administratif créé à la Libération.
Cette exposition et l’ouvrage qui l’accompagne, embrassent l’intégralité de la carrière administrative d’Henri Salesse. Ses reportages ont été identifiés et isolés afin de mieux cerner son rôle, son regard et son approche de photographe chargé de documenter la reconstruction et la transformation du territoire national.
Regarder l’œuvre de Salesse, c’est considérer le travail d’un technicien missionné à travers la France afin d’établir des constats : c’est acter un état de délabrement d’un pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et suivre un vaste chantier de redressement mis en place par les pouvoirs publics de l’époque. Mais c’est surtout assister, en l’espace de trois décennies, à la métamorphose des villes et des campagnes, à l’élaboration manifeste d’un nouveau monde.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France, comme d’autres pays européens, est confrontée à plusieurs problèmes majeurs à propos de l’habitat. Il s’agit en effet de reconstruire vite pour remédier aux importantes destructions de guerre qui ont anéanti des villes entières mais aussi pour résoudre la question du logement insalubre et précaire qui sévit dans tout le pays depuis les années 1920 et enfin pour répondre à une démographie croissante (le baby-boom) qui a amplifié l’urgence d’une construction à grande échelle.
Les destructions touchent toute la France, du nord au sud, d’est en ouest, et la priorité est de parer aux urgences, de « bricoler » comme on peut des solutions, de « s’ingénier » pour qu’au moins le pays ne se dégrade pas davantage. Dans le même temps, ce gouvernement planifie déjà une autre reconstruction beaucoup plus ambitieuse. Car les ravages engendrés par le conflit mondial sont aussi l’occasion unique de repenser les villes et d’offrir aux Français un cadre de vie qu’ils n’ont jamais connu auparavant, du confort dans des logements fonctionnels, un environnement paisible dans des villes modernes et aérées, et cela pour le plus grand nombre. La tâche est démesurée, car il faut à la fois remédier aux destructions de la guerre, entreprendre une construction massive pour pallier un essor démographique exceptionnel, puis résoudre l’insalubrité de très nombreux logements. Sans compter que l’ambition va s’affirmer au fur et à mesure que l’urgence se fera moins pressante. Eugène Claudius-Petit, ministre emblématique du MRU nommé en 1948, orientera radicalement la politique de reconstruction vers le modernisme et la planification urbaine.
Pour entreprendre ce chantier colossal, sans précédent, qui durera plusieurs années, l’État va tout centraliser. Le MRU va encadrer la reconstruction des villes, installer des délégations dans chaque département, trier sur le volet ses délégués locaux et tout surveiller depuis Paris. Il va falloir reconstruire à l’échelle d’un pays tout entier,
DU 28 JANVIER AU 24 AVRIL 2016
Commissaires : Daniel Coutelier et Michaël Houlette
donc aussi convaincre le plus grand nombre de Français du bien-fondé de l’ambitieux Plan, les habitants des « taudis » d’abandonner leur logement pour des appartements clairs et spacieux dans les grands ensembles, mais aussi les victimes des dommages de guerre d’attendre des années dans des baraquements provisoires avant de retrouver un toit. (Daniel Coutelier, Henri Salesse, Nouveau monde, éd. Tumuult 2016).
La nouvelle administration chargée de la reconstruction a besoin de données tangibles afin d’évaluer l’étendue des dommages et fixer sans attendre des priorités. Mais elle a aussi besoin d’images pour montrer à la population qu’une vaste entreprise de redressement vient de se mettre en marche. Henri Salesse rejoint le service photographique du MRU au moment de sa création en 1945.
Henri Salesse a travaillé pour Photolith, une imprimerie spécialisée dans la reproduction photo-mécanique, située rue Niepce à Paris, où il sera employé de 1927 à 1945. Il continue de se former en autodidacte, obtient des diplômes de la revue Française de photographie, puis durant la guerre, d’août 1939 à août 1940, il est mobilisé, affecté pour grande partie à la section photo de la base aérienne de la Malmaison dans l’Aisne, en qualité de photographe. Il prendra ensuite des cours à la Société française de photographie et de cinématographie à partir de novembre 1942…À la libération, à 31 ans, Henri Salesse compte déjà 18 ans d’expérience en photographie. (Daniel Coutelier, Henri Salesse, Nouveau monde, éd. Tumuult 2016).
Salesse prend des milliers de clichés au cours de ses tournées photographiques qui l’emmènent sur l’ensemble du territoire hexagonal. Comme les autres photographes du MRU, il parcourt les terrains à construire, visite des centaines de chantiers et un nombre incalculable d’habitations nouvellement édifiées. Il doit regarder, enregistrer, répertorier pour pouvoir montrer. (Michaël Houlette, Henri Salesse, Nouveau monde, éd. Tumuult 2016).
Pendant ses trente-deux années d’activités professionnelles, Henri Salesse affiche une étonnante constance dans sa production photographique. Les réponses qu’il apporte aux commandes qui lui sont passées, son approche et son traitement du sujet respectent avec peu d’écarts le cadre qu’il s’est fixé dès ses débuts. Cette régularité se trouve en grande partie renforcée par la répétition de sujets similaires (de nombreux immeubles en chantier par exemple) mais aussi par l’usage prédominant du 6x6 jusqu’à la fin de sa carrière en 1977. L’oeuvre de Salesse, offre un regard équanime sur les trois décennies de reconstructions et de constructions françaises qui ont suivi la guerre. Elle permet incidemment d’établir des comparaisons entre les premiers clichés des années 1940 et les dernières prises de vues des années 1970, entre la nécessité de redresser un pays dévasté et l’avènement d’une société nouvelle, entre un avant et un après où s’exprime une puissante volonté politique. Ainsi ses reportages illustrent le passage de la ville ancienne, partiellement détruite ou « enlaidie » par des compilations désordonnées d’architectures, à l’édification de la cité moderne avec ses contours planifiés et ses espaces rationalisés. […] Ils montrent enfin comment la notion d’aménagement du territoire s’instaure progressivement en France et comment le paysage urbain ou rural est peu à peu recomposé pour laisser place aux nouvelles habitations, aux activités économiques et, par-dessus tout, aux infrastructures routières. (Michaël Houlette, Henri Salesse, Nouveau monde, éd. Tumuult 2016).
La pratique photographique d’Henri Salesse, celle d’un photographe soumis à un protocole de prise de vue visant à une neutralité documentaire, et son rôle de « vérification technique » posent les jalons d’une pratique et d’un regard moderne sur le territoire. Le travail de ce photographe technicien, sa relation au paysage et à l’espace urbain, évoque en effet les productions qui seront réalisées quelques années plus tard par certains auteurs de la DATAR ou par de nombreux photographes contemporains.
Si la personne présente sur cette image venait à se reconnaître et n'appréciait pas cet hommage, qu'elle me le signale, et je ferai disparaître aussitôt cette image de la galerie.
Comment faire son Cabrel ?
L’accent caractéristique de Francis Cabrel est , certes, un des éléments de son style, mais, il ne suffit pas de savoir l’imiter correctement pour donner à n’importe quel texte « la Cabrel’s Touch ». Il ne suffit pas non plus de placer, comme lui, des accents toniques sur la syllabe qui fera sonner le mot, ni chanter des chansons d’amour où on ose déclarer ses sentiments, il faut aussi maîtriser le sens de l’image littéraire. Cet auteur a su, dans une chanson hommage à sa fille nouvellement née comparer la lourdeur des paupières fatiguées des parents à des « bouteilles de butane » (et, pour la rime, la difficulté à les ouvrir s’exprimait par « en panne »). Sa poésie est, au fond, de province, mais elle use de termes urbains pour se donner du contraste.
On voit donc qu’on ne s’approche pas du « Cabrel’s langage » en usant d’images toutes faites, il faut les inventer ! Pour créer une image, pensez d’abord à une comparaison :
par exemple : « Tu es dorée comme un pain au chocolat
enlevez les mots significatifs de la comparaison (pour les spécialistes, vous obtenez une métaphore) :
« toi, mon pain au chocolat »
remplacez l’expression mot par une autre venant d’un registre de vocabulaire différent (vous aurez ce qu’on appelle une image)
« ma statue de terre cuite » si c’est délicat, fin et vaguement champêtre, vous vous approchez du « Cabrel’s Style ».
Francis Cabrel, a depuis quelques années, accepté d’être plus léger, et il ajoute une touche d’humour à ses textes et parfois un parfum léger de sous-entendus
Parfois, on ne comprend rien à ce qu’il a voulu dire (qui a compris ce que peut être la chose qui vient de tomber dans la chanson « Encore et encore » ?)… mais cela sonne, on chante la chanson quand on l’entend… c’est le mystère de la « Cabrel’s Technic »
N’aie pas envie d’hâler ailleurs.
De mon fauteuil je te vois
Blanche Suzy
Patienter que ta peau de lait
Vire caramel
Bonbon au miel
Ou Brou de noix
Tu es pourtant statue de sel
Et tout ce sel me donne soif.
De mon fauteuil je te vois
Blanche Suzy
Grain de beauté sur la plage
Perle endormie
Dans sa coquille
Tu te rêves en statue de terre cuite
Et dans ce rêve je m’invite
Refrain :
Ta pâleur
Chasse les nuages
Et ma fatigue.
Tu estompes de la plage
Et du parking
Les détritus.
Mon héroïne,
Ma vénus
d’opaline,
N’aie pas l’envie,
Blanche Suzy,
D’hâler ailleurs
Dans mon fauteuil je reviendrai
Susy si tendre
Dimanche prochain patienter
Et t’attendre
Sur le parking
Tout près de la digue
Afin que mon cœur qui fatigue
Tes poses languides viennent accélérer
Refrain
Mais je reste loin
Suzy fidèle
Je serre les poings
Au téléphone
Sans savoir cruelle,
Douce tu ronronnes.
Je vais confier mon cœur qui flanche
À d’autres filles en blouses blanches.
Refrain
Et pour finir ad lib
N’aie pas l’envie,
Blanche Suzy,
D’hâler ailleurs
Par la même occasion, l’image le rendant incontournable, voici
comment faire son Gainsbourg.
Les textes de Gainsbourg sont souvent appuyés sur le rythme et, si les rimes traditionnelles sont basées sur les voyelles, lui n’hésite pas à faire claquer les consonnes. À ce niveau, c’est le texte « Comment te dire Adieu » où les rimes sont en « ex », « ax », « ix » en plein milieu des mots qui sert de référence.
Il use de l’ambiguïté du son des mots ou des syllabes, parfois des lettres pour trouver le sens d’une chanson « entre M et N (en parlant on dit « aime » et « haine » seule une lettre change » il se sert aussi de noms propres (sur mon IBM, j’ai tapé N pour M). Le jeu de mots est aussi un des axes sur lequel s’articule une chanson (la javanaise où il donne l’impression de parler en « javanais » (langue secrète de voyous ou jeu d’enfants) en renouvelant à chaque vers des allitérations en « av »)
Gainsbourg raconte un moment, une rencontre, un amour, une rupture, toutes les tranches de vie possibles. Son point de vue est souvent celui d’un homme, un brin cruel, un brin obsédé… mais avec élégance. Ainsi, l’aveu du défaut et l’esthétisme du style « désinfectent » le thème …au point que Gainsbourg s’étudie à l’école comme un Baudelaire contemporain.
Vers la fin, ayant du mal à se renouveler (le vocabulaire français et les emprunts fréquents à l’anglais récurés à fond), Gainsbourg se re-citait fréquemment.
Donc, j’ai réutilisé le thème support du « Comment faire son Cabrel » ; à savoir, l’émotion que ressent le patient d’un centre de rééducation situé, en bord de mer, dans une station balnéaire quand, chaque dimanche, il s’approche, en fauteuil roulant, de la plage.
Est-ce que tu sais qu’si ?
Est-ce que tu sais qu’si
Tu es d’ac-
-cord
je prends aussi sec six
poses
au kodak
de ce corps
que tu exposes
sans retenue
Vraiment aucu-
-ne au soleil ?
Tu t’exposes et je sais qu’si
C’est comm’une tac-
-tique
Et après tout ce n’est qu’six
longs jours
de gros black-
-out héroïque
de tous ces discours
Que je t’ai tus
Tant toi tu
M’émerveilles.
Est-ce que tu sais qu’si
Devant la cli-
-nique
Tu reviens aussi sec c’est
mon rythme
cardiaque
qui panique
et explose
de te voir étendue
et nue
Seule au soleil
Est-ce donc à un ex-
petit mac
down
avec qui tu t’ex
-pliques
à l’I-phone
je veux que tu rac-
-croches
au nez de ce clown
et t’abandonnes
Nue au soleil.
Marie était tellement abasourdie par ce qu’elle éprouvait et tout ce qu’elle comprenait de l’aventure qui avait fait de Jakob, l’amant de Tania, qu’elle restait silencieuse. Un peu comme si Jakob lui avait raconté l’aventure avec un détachement presque indifférent qui la blessait plus sûrement que les méchancetés de sa maîtresse.
www.youtube.com/watch?v=oOCZOKznhXM
- Alors tu l’aimes toujours ? Redit Tania, déroutée par le silence de la jeune fille. Tu devrais pourtant comprendre que tu n’as plus de raison de travailler comme tu le fais, ni de chercher l’union avec Roméo puisque désormais, lui et moi sommes ensemble.
Et je dois dire que nous nous convenons parfaitement. Et comme je n’ai pas avalé le poison qui t’empêche tout lien charnel, je profite un maximum de tout ce que tu n’auras jamais.
Non, ne t’inquiète pas, Roméo ne se réveillera pas durant cet entretien. A moins que tu ne désires que ton mari te voie dans un état aussi pitoyable.
Marie serra les poings tandis qu’un flot de larmes jaillissait de ses yeux.
- Vous ne voyez donc que l’aspect charnel ? Vous pensez que cela seul définit le lien amoureux que je partage avec mon époux ? Répondit-elle. Alors vous n’avez décidément pas du tout saisi ce que nous vivons lui et moi. Pour vous, c’est le charnel qui compte et cela seul. Mais c’est dans ce que vous ne voyez pas qu’est toute la saveur de notre union. A laquelle vous ne pouvez prétendre.
Tania haussa les épaules.
- Tu te raccroches à cette dimension énergétique et spirituelle puisque tu n’as rien d’autre avec lui...mais franchement, qui crois-tu tromper, Marie ? Toi et uniquement toi.
- Et si c’était vous qui vous trompiez ? Y avez-vous seulement songé ?
L’union véritable ne peut se résumer à des étreintes charnelles. Il faut bien plus pour en faire une relation durable et profonde. Il faut un amour qui dépasse la dimension érotique. Qui s’ancre dans le coeur et l’âme, dans l’attention aux mille et uns détails de ce qu’éprouve et endure chacun individuellement, dans un respect et une compréhension qui n’ont pas l’air de vous préoccuper le moins du monde.
- A quoi une telle entreprise me servirait donc ? Je me contente de ce qui est concret entre Roméo et moi. N’as-tu pas compris que ce que tu ne touches pas n’est qu’un leurre, Marie ? Or, je ferai toujours en sorte que jamais tu ne puisses toucher Roméo . Retourne donc à tes petites occupations jardinières pour te consoler. Je crois qu’il est temps que tu acceptes la réalité.
- Si je suis ici, ce n’est pas de mon plein gré, savez-vous. Mais certainement pour que nous parlions toutes deux franchement. Ce n’est pas moi qui ai sollicité cette rencontre. C’est vous qui l’avez demandée dans le but certainement de m’humilier devant l’homme que j’aime. Si véritablement vous prétendez aimer mon mari, alors je ne comprends pas pourquoi vous êtes toujours dans la confrontation et dans un système de domination. Puisque nous l’aimons toutes deux de façon totalement différente, comment pouvez-vous agir de la sorte puisqu’il n’existe pas de comparaison possible entre nos deux façons d’aimer ? J’avoue qu’un tel procédé a de quoi surprendre.
- Pas si tu remontes le temps…
- Le temps ??? Que voulez-vous dire ?
La voleuse d’âmes soupira.
- Tu es vraiment ignorante, ma pauvre enfant. Et tu prétends à l’union totale avec Roméo ?
Alors tu ferais mieux de travailler sur la raison qui fait que nous sommes face à face, toi et moi. Anne bien sûr, ne t’a rien révélé.
- Anne ? Mais qui est Anne ?
- Une intrigante de ta lignée, une disciple d’Urgande, qui m’a volé mon amant.
- Et vous voulez vous venger d’elle en me volant mon mari ?
- Vu l’état où Lucifer l’a réduite ainsi que son amant qui était aussi le mien, je suis déjà vengée depuis longtemps. Cependant...ce dernier a réussi avec son aide, à infuser cet amour puissant aux héritières de l’anneau de feu. Il est donc juste que je prenne ma revanche en empêchant l’union entre toi et Roméo. S’il réussissait malgré mes soins, ce serait pour mieux te corrompre au mal.
En tant que vampire, il ne ferait ainsi que respecter sa nature profonde.
- Que savez-vous de sa nature véritable? Et s’il était plus faune que vampire ?
- Faune ? Une sorte de minotaure humain finalement ? Allons...ne sois pas ridicule, Marie, ce serait pire pour toi ! La luxure, ma chère...tout ce qui t’a fait peur avec Oswald et qui t’a conduite à boire ce poison qui a métamorphosé l’amour de ta vie en vampire...Non, si Roméo avait été faune, je l’aurais su d’emblée et il se serait soumis à mes désirs immédiatement. Mais comme tout vampire partagé...il fallait d’abord qu’il accepte sa nature maléfique avant de m’appartenir. Il est mien à présent. Et nulle autre femme ne peut me le contester. Ni toi ni aucune autre.
- Il est peut-être vôtre au plan charnel. Mais il reste mon mari au plan spirituel et amoureux.
Tania éclata de rire.
- Tu crois vraiment que cela compte encore pour lui ? Si cela était le cas, il ne serait pas dans mon lit...Accepte ta défaite, Marie. Accepte ma victoire. C’est pour cela que je t’ai fait venir ici.
- Je ne vous conteste pas la possession charnelle de mon mari. S’il est heureux ainsi, je le serai pour lui également. Mais en échange, donnez moi la coupe.
- Quelle coupe ?
- Celle où je dois puiser des perles. Le perroquet m’a dit que c’est vous qui l’aviez.
- Un perroquet ? Je croyais qu’Urgande préférait jouer les grives musiciennes…
- Je n’ai pas parlé d’Urgande. Et je doute qu’elle aurait pris cette apparence pour me demander vos services.
- Alors ce doit être Bartoloméo. Mais vois dans quel peau j’ai réduit sa personne, dit Tania en désignant le couffin du dogue noir tout aussi endormi que Roméo. Je doute qu’il soit en mesure d’exiger quoi que ce soit de toi comme de moi à présent.
Marie regarda le chien dont elle comprit immédiatement qu’il était un leurre pour tromper la voleuse d’âmes.
- Je ne sais pas qui est Bartoloméo. Tout ce que je sais, c’est que le perroquet a insisté pour que vous me donniez la coupe. Il ne l’aurait pas fait sans une bonne raison.
Avec impatience, Tania en chemise transparente repoussa les couvertures et enfilant des pantoufles en peau de crocodile en maugréant sur l’obstination des humains, elle se dirigea vers un immense placard qu’elle ouvrit tout grand. A l’intérieur, se trouvaient d’or et d’argent, de vermeil, d’albâtre, de bois et d’étain, plusieurs dizaines de hanaps.
- Donc tu es venue pour une coupe ? Ironisa-t-elle. Eh bien comme tu vois, j’en ai toute une collection. A chaque victoire sur mes victimes, à chaque emprise, j’en gagne une nouvelle. Alors tu vas devoir identifier celle que tu souhaites. Et si je suis de bonne humeur, je te la donnerai. Prends ton temps...si tu te trompes, tu devras me donner ton âme. Et c’est Roméo qui me l’apportera en te mangeant. Car en ce monde des ombres, je suis la seule patronne.
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Marie frissonna à cette perspective atroce. La voleuse d’âmes était donc prête à tout pour garder non seulement Jakob mais obtenir aussi sa personne et son âme. Ce qui lui fit comprendre à quel point sage avait été le conseil de la colombe qui lui avait dit de refuser d’être reine des ombres.
Mais, ne voulant pas céder à la peur, la jeune fille posa ses mains sur son coeur et se mit à prier. Elle se disait qu’ainsi elle serait protégée et pourrait démêler le vrai du faux. Et elle avait raison. Aussitôt que sa pensée se fondit au céleste, elle put observer chaque coupe en détail et finit par identifier celle qu’elle devait réclamer. Elle était d’ivoire sculpté à pied d’argent. Et représentait Diane chasseresse entourée de différents animaux.
D’un geste, Marie la désigna à la voleuse d’âme qui parut horrifiée.
- Sais-tu bien ce que tu me demandes, jeune donzelle ?
- Je sais que c’est cette coupe que veut le perroquet. Ne me demandez pas comment ni pourquoi, je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas non plus ce que cet objet représente pour vous, répondit Marie en fixant Tania dans les yeux avec une sincérité désarmante.
Si désarmante que la voleuse d’âmes en fut d’abord sidérée, puis de plus en plus émue.
Et ce fut presque la voix brouillée qu’elle révéla :
- C’est mon âme que tu viens de réclamer, ma toute belle, le rachat de mon âme à Lucifer.
Et personne n’a jamais pensé à la demander avant toi. Qui es-tu donc pour oser une telle démarche ?demanda-t-elle d’un ton grave à la petite comtesse, pâle et tremblante, encore plus effarée que son interlocutrice :
- Je...je ne suis que Marie de Kalamine, fille d’Alexandre et Héloïse.
- Non...tu es plus que cela, même si tu l’ignores encore, répondit Tania bouleversée. Tu es guidée très certainement par des forces supérieures qui m’échappent. Et pourtant, j’ai tant de magie que je pourrais te faire mourir, et avant, te faire subir les supplices les plus atroces devant Roméo sans ressentir aucune culpabilité. Mais...puisque tu acceptes que je garde celui que tu aimes, alors je veux bien t’offrir cette coupe qui est aussi mon âme. Bien que je doute que tu puisses y puiser quelque perle que ce soit, je te la confie. Si tu l’as demandée, c’est que tu dois avoir les moyens d’en extraire quelque chose de beau et de bien. Va...prends cette coupe et retourne à tes affaires. Je te promets que je ne chercherai plus ta perte, en regard de ce que tu viens de me réclamer aujourd’hui.
Stupéfaite, n’en croyant pas ses oreilles, et aussi émue que Tania, Marie lui répondit :
- Voleuse d’âmes, je n’ai jamais voulu votre perte. A aucun moment. Je voulais seulement m’unir plus complètement avec celui que j’aime, puisque lui et moi sommes mariés sous le sceau de l’anneau de feu. Rien de plus. Nous n’oeuvrons pas dans la même voie, vous et moi. Et je ne sais pas ce qui vous est arrivé pour être aussi méchante et agressive. Mais s’il vous faut mon époux pour tenir debout actuellement dans l’existence, je vous le laisse. Prenez en grand soin.
Cette fois, ce fut Tania qui n’en crut pas ses oreilles. Cette jeune fille éplorée était-elle en train de renoncer à l’union d’avec l’amour de sa vie ? Simplement pour sauver l’âme de sa rivale ? Voilà qui était invraisemblable. Et comme si les pensées de la voleuse d’âme étaient perceptibles, Marie continua :
- Je ne suis pas votre ennemie, Tania. Et je n’ai pas l’intention de le devenir si vraiment vous aimez qui j’aime. Je ne sais pourquoi le perroquet m’a demandé de lui rapporter votre âme pour y puiser des perles, mais...il devait avoir une bonne raison pour agir comme cela. Dans ce parcours alchimique,rien n’arrive par hasard et…
- Tu es en parcours alchimique ? Alors je comprends mieux pourquoi le vent a changé. Ce vent est musique...musique pure céleste...et il me demande de t’apprendre à en jouer. Comment fais-tu une telle chose et comment peux-tu dégager autant d’amour et de lumière ?
- J’aime, c’est tout !
- Non, tu dois avoir d’autres pouvoirs, ce n’est pas possible autrement. Approche, ordonna-t-elle pour tenter de lire en Marie à l’aide de ses pouvoirs maléfiques.
Mais tandis que celle-ci obéissait, la jeune fille se mit à dégager une lumière toujours plus vive en priant pour l’âme damnée de Tania, si bien qu’elle aveugla cette dernière.
- Tu as des pouvoirs cachés, s’écria la voleuse d’âmes, en reculant et en se cachant les yeux. Des pouvoirs d’eau, de feu, de terre et d’air...comme seules les plus hautes magiciennes en ont. D’où tiens-tu cela, petite fille ?
- De l’anneau peut-être ? Je ne vois que lui pour faire cela puisque je n’ai jamais fait de magie, répondit Marie.
- Ton innocence...est...presque...insupportable pour moi, tant elle met de lumière ici. Aaaaaaah...tu es bien de la même lignée qu’Anne, celle qui a mis en échec Lucifer puisqu’elle ne croyait pas au diable mais seulement en l’amour.
- Cette Anne a vaincu le démon ?
- Oui, d’une certaine façon, elle a rendu la malédiction dirigée contre elle et Bartoloméo inopérante.
- Et quel était le sortilège ?
- Lucifer les avait changés en statues de pierre. Mais leurs coeurs amoureux continuent de battre sous la pierre, dans la pierre. C’est leur magie et ni moi ni mon maître n’avons jamais pu en venir à bout.
Marie sourit. Cette nouvelle venait l’apaiser comme jamais n’aurait pu le faire autre chose. Le mal n’était donc pas sans remède. Et si l’amour pouvait surmonter les ombres et les pires maléfices, il le ferait encore.
- Si ce que vous dites est vrai, je ne serai donc jamais séparée tout à fait de mon époux. Même s’il reste physiquement avec vous au royaume des ombres, nos âmes resteront liées à l’amour profond que nous éprouvons l’un pour l’autre par delà les apparences.
Et avec cette affirmation, une lumière intense, plus irradiante encore, illumina la pièce et les moindres recoins du lit, faisant jaillir des orbes lumineuses en si grand nombre que cette magie réveilla le vampire, pourtant profondément endormi dans le lit de Tania. Saisi par l’intense lumière qui pourtant ne le brûlait pas, il l’était encore plus par l’énergie amoureuse de Marie qu’il ressentait dans tout son corps. Il se sentait comme infusé, bercé et transporté au-delà des limites de sa nature vampirique, vers sa nature elfique et féerique. Une sorte de trait d’union se faisait aussi sûrement en lui que le ruban rose les reliait Marie et lui. Ce tissage créa une forme de réunion aussi solide qu’un coupon de soie ; et qui le reconnecta brusquement à qui il était avant sa métamorphose. En un éclair, Jakob se revit chez ses parents, puis chez Erminie, puis au château de Kalamine au moment où il avait avoué ses sentiments à son épouse et puis la nuit où ils avaient souhaité se retrouver, celle où ils avaient été mariés à la fontaine. La lumière le guidait, levait en lui tous les élans, tous les possibles, faisant craquer les limites du personnage factice qu’il jouait en tant que vampire. Instinctivement, il murmura :
- Ce que j’étais, je suis aussi et pour toujours, celle que j’aime est en moi par-delà tout ce qui nous sépare. L’union était, est et sera. J’existe, j’existe, j’existe, j’aime, j’aime, j’aime.
Et cette prière était murmurée silencieusement aussi par sa dulcinée.
Puis, portée par sa foi au lien, et dépassant sa peur de Tania comme sa peur de perdre Jakob définitivement, Marie s’écria d’une voix forte:
- A présent, donnez-moi la coupe, madame. Puisque vous détenez Roméo, vous devez me donner en échange ce que vous m’avez promis.
Tania inclina la tête, prit la coupe dans l’armoire et la tendit à Marie.
Cette dernière la prit en tremblant un peu, car elle mesurait bien la noirceur et les tourments de la femme qui lui offrait son âme. Il lui faudrait non seulement prendre de la hauteur, mais purifier la coupe avant d’y puiser. Mais Marie savait aussi que c’était important, par delà l’union d’âmes qu’elle vivait avec Jakob et qu’elle ne perdrait jamais. Continuer l’affrontement contre Tania pour vivre avec Jakob, n’était pas une solution, mais renforçait les pouvoirs de l’ombre et du mal. Alors que la bonté et l’offrande céleste pouvaient dénouer bien mieux les maléfices et transformer le mal en bien. Sans qu’il y ait renoncement total à l’amour partagé.
Marie, coupe en main se mit à prier pour l’âme de Tania. Et c’était comme si elle levait toute forme d’ombre autour d’elle. Chaque mot de sa prière lavait la coupe et la débarrassait progressivement de tout ce qui la noircissait.
Sous les yeux de la voleuse d’âmes, s’opérait une magie puissante qui surpassait tout ce que Tania savait et pouvait. Et lui venait une honte subite à avoir gardé le roi vampire. Car elle réalisait seulement à ce moment-là, qu’il n’était là que par sa propre magie maléfique. Et que sa véritable place était près de Marie. Que la présence de Roméo ne la consolerait en rien de la perte de Bartoloméo. Que l’humiliation qu’elle avait fait subir à Marie se retournait contre elle-même. Qu’il lui fallait pour réparer, entrer en contrition et repentance.
Alors, saisie d’une inspiration subite, elle dit à la jeune fille :
- Je sais que tu es amour pur et inconditionnel. Et que tu es venue pour apaiser mes tourments par l’amour que tu partages avec l’homme qui est dans mon lit. Puisque tu as fait passer le salut de mon âme devant ta plus chère affection, alors je t’apprendrai à enchanter le vent pour qu’il te ramène celui que tu aimes. Lorsque tu seras rentrée chez toi, invoque la coupe et je viendrai t’aider, à nourrir le perroquet ou bien à jouer la musique du vent. Merci de tout ce que tu as fait pour moi, sans jugement, sans haine, sans désir de vengeance ou de possession...tu es vraiment la belle dame de la prophétie, celle qui nous délivrera tous, conclut la voleuse d’âmes en lui faisant une révérence. Puisses-tu parvenir à l’illumination et ton époux également.
Elle n’avait pas plutôt prononcé ces mots que Marie disparaissait, sa mission accomplie.
Aussitôt l’irradiation lumineuse quitta la chambre, laissant la voleuse d’âme plus décontenancée par la présence de Jakob qu’heureuse. Et pourtant...elle l’avait voulu si fort, ce roi vampire et avait mis tant d’acharnement à le faire prisonnier d’elle tant par la musique que par la séduction. Sans parler des maléfices dirigés contre Anne et la lignée de sa rivale, sa tentative de briser le lien d’âmes dont elle savait pourtant la force et l’indestructibilité. Des mémoires se levaient en elle, dont une, où Marie était sa servante et où elle l’avait constamment humiliée,volant également l’attention et l’amour de l’homme que sa jeune servante aimait. Tania n’avait donc fait que répéter jusque là un scénario abusif dont finalement, Marie venait de s’affranchir, par pur amour.
Les certitudes de Tania quant à la valeur supérieure du mal s’effondraient comme châteaux de sable.
Elle avait peut-être gagné la présence perpétuelle de Roméo à ses côtés, mais elle l’avait aussi perdu définitivement d’une certaine façon, comme le lui avait promis Bartoloméo, puisqu’elle mesurait désormais, l’étendue de sa faute et le côté factice du couple qu’elle formait avec lui. Le fait de confier son âme à Marie pour qu’elle la purifie, lui rendait une conscience. Et elle savait qu’un jour prochain, il lui faudrait rendre Roméo à sa véritable épouse.
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Tristement, elle retourna vers le lit où le vampire réveillé lui tendait les bras. Mais qui n’était plus pour elle qu’une épaule compatissante où pleurer sur elle-même et sur tout le mal qu’elle avait fait. Marie avait réussi à inverser le rapport de force...et Tania lui était soumise. La voleuse d’âmes ne pouvait plus contrer l’amour universel qui l’avait vaincue. Et elle n’avait plus besoin de voler et manger l’âme des autres pour retrouver la sienne. Cette dernière pesait à présent de tout son poids en son coeur, lui ouvrant des compréhensions qu’elle n’avait plus depuis que Lucifer l’avait à son service. Un sanglot la secoua tandis qu’elle nouait ses bras autour du cou de Jakob, tout en pensant que c’était lui qui l’étranglait. Un mur invisible les séparait à présent. Et rien de ce qu’elle tenterait pour le corrompre et le maintenir sous contrôle ne fonctionnerait plus.
Elle avait l’impression d’un feu d’artifices célébrant sa défaite, mais peut-être aussi la prochaine victoire des époux définitivement réunis.
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Vulpes vulpes
fr.wikipedia.org/wiki/Renard_roux
Classe : Mammalia
Ordre : Carnivora
Famille : Canidae
Genre : Vulpes