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Huile sur toile, 45 x 54 cm, 1873 (PDRS 298), Museum of Fine Arts, Springfield (Massachusets).

 

Cette usine, implantée en 1872 par J Châlon, Brenot et Cie sur la rive de Saint-Ouen-L'Aumône, comprenait notamment une cheminée de 25 m de hauteur. Elle se dénomme ensuite "Alcool et levure" de 1878 à 1944 avec trois activités : féculerie, levurerie et distillerie. Ne subsiste plus aujourd'hui que cette dernière. Vue de près ou de loin, elle est le motif de nombreux tableaux de C Pissarro : PDRS 297 à 300, 339, 441, 449, 453 à 456, 491, 542, 557 et 586 (PDRS, C Pissarro Catalogue critique des peintures).

 

L'introduction de deux petites maisons verticales, à gauche de l'usine, crée l'illusion d'une structure plus vaste, mais selon les registres du cadastre et les autres tableaux de C Pissarro celles-ci n'ont tout simplement jamais existé et confèrent ainsi au tableau une plus grande puissance illusionniste. Paradoxalement, le bâtiment du centre que C Pissarro voulait de cette manière agrandir est diminué par l'installation judicieuse d'un peuplier derrière son toit. Cet arbre reprend en effet verticalement la courbe descendante du panache de fumée, la verticalité des trois cheminées et fait écho aux autres arbres en prolongement dont les trois peupliers de droite.

 

Par la réduction de l'espace pictural autour d'elle, l'usine gagne certes en importance et singularité iconiques, domine un décor minimaliste et requiert du coup notre interprétation. D'une puissance apparemment troublante, elle en est au fond dépourvue, réduite à un simple élément d'architecture subordonné à son décor. Non tout à fait insignifiante, mais soumise de fait à l'atmosphère générale du paysage, aux plans horizontaux et parallèles de la voie d'eau, du chemin de halage, de l'horizon et finalement des volutes de nuages emplissant presque tout l'espace et ne faisant qu'une bouchée de ses fumées (cf. R Bretell).

 

Pour voir l'album des oeuvres ayant l'Oise pour motif :

www.flickr.com/photos/7208148@N02/albums/72157627598169304

 

Merci Michelangelo pour la photo :

www.flickr.com/photos/47934977@N03/17141299920/

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Mémoire2cité - A l'état initiale MONTREYNAUD devait etre Gigantesque , le projet complet ne çe fera pas ^^ c'etait la même chose pour Bergson du gigantisme à tout va , le saviez vous? moi oui ;) La tour plein ciel à Montreynaud va être détruite jeudi. Les habitants de Montreynaud parlent de leur quartier et de cette destruction entre nostalgie et soulagement içi en video www.dailymotion.com/video/xmiwfk

À partir de l’analyse de la trajectoire des perceptions de la tour Plein-Ciel à Saint-Étienne, Rachid Kaddour montre que certaines tours de grands ensembles peuvent faire l’objet d’un système de représentations plus complexes que celui, dévalorisant, présenté dans les discours de légitimation de la rénovation urbaine. L’image de la tour est en France encore fortement attachée à celle du logement populaire, du fait notamment de la présence de ce type d’édifice dans les grands ensembles. Or, si l’on parle des tours d’habitat populaire depuis 2003, c’est essentiellement à propos des démolitions : l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) incite les bailleurs à détruire prioritairement dans les zones urbaines sensibles les immeubles les plus imposants, dont les tours les plus hautes. Mais l’image négative du « problème des banlieues » et de ses dysfonctionnements est-elle la seule associée aux tours d’habitat populaire ? Ne tend-elle pas à laisser dans l’ombre d’autres représentations attachées à ces édifices ?

Une réflexion sur la tour Plein-Ciel à Saint-Étienne est, sur ces points, riche d’enseignements. Tenant une place prépondérante dans le paysage stéphanois, emblématique de l’image des grands ensembles, cette tour édifiée en 1972 est démolie en 2011. La constitution et l’analyse d’un corpus d’une dizaine d’images promotionnelles et artistiques (films, photographies de communication) la mettant en scène permet d’en établir une chronique. Cette dernière met en évidence un système de représentations complexe : tout au long de ses quarante ans d’histoire, l’édifice est en effet perçu comme symbole de modernité, emblème de grand ensemble en difficulté et monument dans le paysage stéphanois. Ces deux dernières représentations, l’une stigmatisée, l’autre valorisée, coexistent même lors des dernières années de la vie de l’édifice. Dans toutes ces représentations différenciées et concurrentes, la verticalité de l’édifice tient un rôle essentiel.

 

Acte 1 : la tour Plein-Ciel, symbole de modernité

 

L’image la plus ancienne identifiée date de 1970. Il s’agit d’un cliché de la maquette de la zone à urbaniser en priorité (ZUP) de Montreynaud, pris sur le stand de l’exposition « Saint-Étienne demain » de la Foire économique. Cette exposition vante les grandes opérations d’urbanisme en cours dans la ville, et vise à montrer « les transformations de la cité et son nouveau visage », afin de rompre avec la « légende de ville noire, industrielle et fixée dans le XIXe siècle » [1]. L’exposition fait partie d’une communication orchestrée par le maire Michel Durafour (1964‑1977). À partir de 1973, les reportages photographiques ou les films [2] mettent à l’honneur Montreynaud (jusqu’à 4 400 logements prévus) et en particulier sa tour Plein-Ciel (par l’architecte Raymond Martin), avec sa verticalité (18 niveaux), le château d’eau qui la coiffe et sa situation en rupture avec la ville ancienne. À Saint-Étienne comme ailleurs, les raisons de la réalisation de constructions si modernes durant les Trente Glorieuses relèvent en partie de la réponse donnée à la crise du logement et de la réorganisation industrielle du pays (fixation de la main-d’œuvre, industrialisation du BTP). Mais il faut aussi y voir la traduction physique d’un projet sociopolitique moderne porté par un État centralisateur et des pouvoirs publics puissants (Tomas et al. 2003 ; Dufaux et Fourcaut 2004 ; Veschambre 2011). Le pays est alors dans une période où les aspirations et idéologies portent vers la construction d’une nouvelle ère urbaine, avec ses ambitions (le bien-être, l’hygiène…), et en rupture avec les difficultés d’alors (le taudis, la maladie, l’individualisme…). Le logement, jusqu’ici inconfortable et insuffisant, devient l’un des axes majeurs d’intervention : plus de huit millions d’unités sont construites durant la période.

 

La forme de ces logements se doit d’être aussi moderne que le projet. De grands noms et une nouvelle génération d’architectes sont mobilisés. Ceux-ci dessinent des formes géométriques épurées et, dans les opérations importantes, les évolutions techniques leur permettent de multiplier les signaux que sont les longues barres ou hautes tours autour desquelles se structurent les autres immeubles.

 

Saint-Étienne, ville industrielle durement frappée par la crise du logement, est exemplaire du mouvement. Les grands ensembles s’y multiplient. Implantés sur des sommets de collines aux entrées de la ville, ils doivent signifier le renouveau. Montreynaud, « nouvelle petite ville à part entière » [3], joue de ce point de vue un rôle clé. Sa tour, en sommet de colline et dont le château d’eau est illuminé la nuit, en est l’emblème, un « symbole de la modernité » [4]. La tour doit son nom au fait de proposer « des appartements en plein-ciel » [5], et l’on peut voir dans cette dénomination une valorisation de la verticalité, à la fois comme source d’oxygène et de lumière, mais aussi comme signal urbain.

Acte 2 : la tour Plein-Ciel, symbole d’un grand ensemble en difficulté

Si l’on classe chronologiquement le corpus d’images identifiées, la tour Plein-Ciel ressurgit significativement dans les champs de la communication institutionnelle et des arts au tournant des années 2000‑2010. Dans la littérature, l’intrigue de la saga Les Sauvages de Sabri Louatah débute à Saint-Étienne, et la tour Plein-Ciel en est un cadre important :

« La tour Plein-Ciel se dressait avec une majesté sinistre au sommet de la colline de Montreynaud […]. À l’aube du XXIe siècle, sa démolition avait été plébiscitée par les riverains […]. La célèbre tour au bol était visible depuis la gare en arrivant de Lyon, et beaucoup de Stéphanois la considéraient […] comme le point doublement culminant de la ville : du haut de ses soixante-quatre mètres qui dominaient les six autres collines mais aussi en tant qu’emblème, d’un désastre urbain éclatant et d’une ville résignée à la désindustrialisation » (Louatah 2011, p. 89).

Cette description exprime bien la situation dans laquelle la tour se trouve à la rédaction du roman : en attente de démolition. En 2011, les photographies de Pierre Grasset (voir un exemple ci-dessous), missionné par la ville, montrent l’édifice moribond. Comment la tour Plein-Ciel a-t-elle pu passer de symbole de modernité à « emblème d’un désastre urbain » condamné à la démolition ? Tout d’abord, une partie des équipements de la ZUP et la moitié seulement des logements sont réalisés, du fait de prévisions démographiques non atteintes (Vant 1981 ; Tomas et al. 2003). L’inachèvement accentue les désagréments de la situation à six kilomètres du centre, derrière des infrastructures lourdes. Ensuite, tout au long des années 1980 et 1990, la population de Montreynaud se paupérise (départ des plus aisés vers la propriété, montée du chômage) et « s’ethnicise », avec pour effet, suivant des mécanismes analysés ailleurs (Tissot 2003 ; Masclet 2005), que le regard porté sur elle change : dans les discours politiques et la presse, Montreynaud acquiert l’image d’un quartier dangereux. Dès lors, le quartier entre dans les réhabilitations puis la rénovation [6], mais sans effet important sur la vacance, la pauvreté, l’échec scolaire, la délinquance ou les discriminations. Pour de nombreux Stéphanois, il devient un « là‑haut » [7] relégué.

La tour devient le symptôme visible de cette dégradation. Des rumeurs se diffusent dès les années 1970 sur sa stabilité et l’isolation du château d’eau [8]. Dix ans après sa livraison, seuls 50 des 90 appartements sont vendus. Cette vacance conduit à l’aménagement d’un « foyer de logements » pour personnes dépendantes psychiatriques qui accentue l’image d’un quartier de relégation. La gestion difficile du foyer et les problèmes financiers d’une partie des propriétaires amènent à classer la copropriété comme « fragile » en 2002. Une étude indique que la démolition « aurait un impact positif sur la requalification du parc de logements du quartier et permettrait également de promouvoir un changement d’image du site » [9]. Le dernier habitant est relogé fin 2008.

Acte 3 : la tour Plein-Ciel, monument symbole de Saint-Étienne

D’autres images du corpus indiquent toutefois que, à partir des années 2000, l’image stigmatisée de la tour Plein-Ciel comme emblème d’un grand ensemble en difficulté entre en tension avec une autre image plus valorisante d’édifice symbole de Saint-Étienne. En en faisant l’un des théâtres stéphanois de sa saga, Sabri Louatah reconnaît à la tour Plein-Ciel une place particulière dans la ville. Cette représentation se retrouve, de manière beaucoup plus consciente et militante, dans d’autres productions artistiques durant les années 2000. La tour est notamment représentée sur les affiches du festival Gaga Jazz. Si le festival se veut d’ampleur régionale, son nom montre un ancrage stéphanois – le « gaga » désigne le parler local. Le choix d’identité visuelle va dans le même sens : il s’agit « d’utiliser l’image d’un bâtiment symbole à Saint-Étienne » [10]. Pour les graphistes, la tour s’impose, parce qu’elle est « un monument connu de tous les Stéphanois ». Un monument qui a les honneurs d’une carte postale en 1987 [11], et qui, comme il se doit, est abondamment photographié. Jacques Prud’homme, par exemple, la montre sur plusieurs sténopés visibles sur son blog [12]. Pour lui aussi, la tour est l’un des « symboles de Saint-Étienne ». Pourquoi la tour Plein-Ciel a-t-elle pu être ainsi considérée comme « un monument ancré dans le paysage stéphanois » [13] ? La combinaison peut-être unique en France d’une tour d’habitation à un château d’eau en fait un édifice singulier. Couplée avec son implantation en sommet de colline, cette singularité fait de la tour un point de repère important pour les Stéphanois, mais aussi pour les nombreux supporters de l’AS Saint-Étienne qui se rendent au stade, dont elle est voisine. D’ailleurs, la tour est utilisée comme édifice emblème de la ville sur au moins un autocollant et un tifo de supporters, aux côtés des symboles miniers (chevalement, « crassiers ») et du stade Geoffroy-Guichard.

Cette représentation faisant de la tour un « monument » aurait pu sauver l’édifice, suivant un mécanisme, classique dans l’histoire du patrimoine, de défense devant une menace de démolition. De nombreux Stéphanois réagissent, et, pour l’association Gaga Jazz, « les affiches et flyers invitant les Stéphanois aux concerts de jazz font aussi office d’actes de revendication pour la conservation ». La nouvelle équipe municipale socialiste de Maurice Vincent, élue en 2008, reconnaît que la tour « représente un symbole » [14]. Elle soumet en 2010 au vote des habitants de Montreynaud deux possibilités : développer la valeur et la fonction de repère de la tour en la transformant en « symbole artistique de la ville de Saint-Étienne » [15] via l’intervention d’un plasticien, ou bien la démolir et aménager un parc : 71 % des votants se prononcent pour la démolition, soit 230 personnes sur les 318 votants. Les défenseurs de la conservation expriment un double regret : l’ouverture du vote aux seuls habitants de Montreynaud, et la très faible mobilisation de ces derniers.

La démolition de la tour a lieu le 24 novembre 2011. Son foudroyage la met une dernière fois sous les projecteurs des nombreux appareils audiovisuels présents. Les images produites s’ajoutent à celles existantes, et constituent autant de traces d’un immeuble dont il n’en reste plus aucune sur le terrain.

Cette fin dramatique donne à cette chronique des allures de représentation théâtrale, en trois actes : naissance puis mort de l’édifice, avec un ultime soubresaut sous la forme d’une tentative vaine de sauvetage au nom du patrimoine. C’est une troisième définition du terme de représentation qui est mobilisée dans cette conclusion. Ce sont en effet des représentations, en images et en mots, qui ont permis de constituer cette chronique de la tour. Cette dernière révèle que trois représentations mentales sont associées à l’édifice et à sa verticalité : pour la puissance publique ayant commandé sa réalisation et pour les premiers résidents, la tour est un symbole de modernité ; pour une partie des Stéphanois, mais aussi pour les acteurs ayant décidé sa démolition, elle est l’emblème d’un grand ensemble stigmatisé ; et enfin, pour d’autres Stéphanois, habitants de Montreynaud ou artistes entre autres, la tour est un objet phare et patrimonial dans le paysage de Saint-Étienne.

Aux côtés, par exemple, de la Tour panoramique à la Duchère (à Lyon), qui a été profondément rénovée, cette mise en évidence de la trajectoire des perceptions de la tour Plein-Ciel permet d’expliciter que la verticalité dont nos villes ont hérité, tout du moins celle présente dans les grands ensembles, fait l’objet d’un système de représentations complexe et en tout cas plus varié que celui présenté dans les discours de légitimation de la rénovation urbaine.

Bibliographie Dufaux, F. et Fourcaut A. (dir.). 2004. Le Monde des grands ensembles, Paris : Créaphis.

Louatah, S. 2011. Les Sauvages, tome 1, Paris : Flammarion–Versilio. Masclet, O. 2005. « Du “bastion” au “ghetto”, le communisme municipal en butte à l’immigration », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 159, p. 10‑25.

Tissot, S. 2003. « De l’emblème au “problème”, histoire des grands ensembles dans une ville communiste », Les Annales de la recherche urbaines, n° 93, p. 123‑129.

Tomas, F., Blanc, J.-N. et Bonilla, M. 2003. Les Grands Ensembles, une histoire qui continue, Saint-Étienne : Publications de l’université de Saint-Étienne.

Vant, A. 1981. Imagerie et urbanisation, recherches sur l’exemple stéphanois, Saint-Étienne : Centre d’études foréziennes. Veschambre, V. 2011. « La rénovation urbaine dans les grands ensembles : de la monumentalité à la banalité ? », in Iosa, I. et Gravari-Barbas, M. (dir.), Monumentalité(s) urbaine(s) aux XIXe et XXe siècles. Sens, formes et enjeux urbains, Paris : L’Harmattan, p. 193‑206.

Notes [1] Extraits tirés du film Saint-Étienne, on en parle (Atlantic Film, 1970) associé à l’exposition. [2] Dont Les grands travaux à Saint-Étienne, ville de Saint-Étienne, 1974.[3] Brochure publicitaire Montreynaud, Saint-Étienne, résidence les Hellènes, non daté. [4] Propos tenus par un habitant installé dès l’époque. [5] Brochure publicitaire Des appartements en plein-ciel. La tour de Montreynaud, non daté. [6] Avec, dans un premier temps, le grand projet de ville (GPV) en 2001, puis la convention avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en 2005. [7] Expression régulièrement entendue lors des entretiens. 8] « Le château d’eau : mille m³ qui ne fuiront pas », La Tribune, 17 novembre 1978, p. 14. [9] Lettre d’information aux habitants de Montreynaud, ville de Saint-Étienne, mai 2003. [10] Entretien avec Damien et Sébastien Murat (DMS photo), graphistes.

[11] « Saint-Étienne – le quartier de Montreynaud », en dépôt aux archives municipales de Saint-Étienne, réf. : 2FI icono 4401. [12] Voir aussi le blog participatif 42 Yeux : 42yeux.over-blog.com/categorie-11117393.html. [13] Source : « Tour Plein-Ciel : rayonner ou s’effacer », La Tribune–Le Progrès, 4 février 2009, p. 11. [14] Propos de l’adjoint à l’urbanisme, « Tour Plein-Ciel : rayonner ou s’effacer », op. cit., p. 11.

@ FOREZ INFOS : Le 24 novembre 2011, à 10h45, le célèbre immeuble "Plein Ciel" de Montreynaud, qualifié tour à tour de tour-signal, phare de Saint-Etienne, tour de Babel et tour infernale a été foudroyé. Trois points d'observation étaient proposés pour ne rien manquer du "pestacle": rue Gounod, rue Bizet et sur le parking du centre commercial où une foule considérable s'était pressée, armée de portables et d'appareils photos pour immortaliser cet événement "exceptionnel". De nombreux policiers, pompiers, CRS et volontaires de la Sécurité Civile avaient été déployés pour sécuriser le périmètre. Au total, environ 300 personnes. Un hélicoptère survolait la colline. Un premier coup de sirène, à 10 minutes du tir, a retenti puis trois autres, brefs, et enfin le compte à rebours de cinq secondes suivi d'un grand "boom" et d'un nuage de poussière. Le chantier de démolition, confié au groupement GINGER CEBTP Démolition / Arnaud Démolition, avait débuté en juin 2010. Après la phase de désamiantage, les matériaux de l'immeuble (bois, béton, ferraille...) avaient été recyclés puis les murs porteurs affaiblis et percés pour accueillir les charges explosives. Le jour du tir, des bâches de protection avaient été disposées, ainsi que des boudins remplis d'eau pour atténuer la dispersion des poussières. A l'espace Gounod, qui accueillait les personnes évacuées dès 8h du périmètre de sécurité, la régie de quartier, l'AGEF, le collège Marc Seguin proposaient des expositions et diverses animations. L'ambiance était folklorique. Maurice Vincent, accompagné de la préfète de la Loire, Fabienne Buccio, et Pascal Martin-Gousset, Directeur Général Adjoint de l'ANRU, s'est exprimé devant un mur de graffitis haut en couleur sur lequel on pouvait lire "Morice tu vas trop loin" (sic), "Moreno en force" (sic) ou encore "Morice tu nous enlève une partie de notre enfance (sic)".

 

" Je suis parfaitement conscient que cette destruction renvoie à l'enfance, à la jeunesse pour certains des habitants et que ce n'est pas forcément un moment gai", a déclaré le sénateur-maire. Mais de souligner: "C'est de la responsabilité politique que j'assume que d'indiquer la direction de ce qui nous paraît être l'intérêt général."

 

A la place, il est prévu un espace vert avec des jeux pour enfants et un belvédère. Les premières esquisses du projet doivent être présentées au premier semestre 2012. Rappelons que les habitants du quartier - et seulement eux - avaient été invités le 27 juin 2009 à se prononcer sur le devenir de la tour. L'option de la démolition avait été retenue par 73% des 319 votants. " L'espace public à créer le sera avec la participation des usagers", soulignaient à l'époque M. Vincent et F. Pigeon, son adjoint à l'urbanisme. Ce vieux sage venu en bus, qui regrettait d'avoir manqué la démolition de la Muraille de Chine, nous avait dit simplement: " Il vaut mieux voir ça qu'un tremblement de terre." Et une jeune fille du quartier, inénarrable : " La vérité ! ça fait un trou maintenant. On dirait qu'ils nous ont enlevé une dent !"

 

L' architecte de l'immeuble "Plein Ciel" fut Raymond Martin, également architecte en chef de la Zone à Urbaniser en Priorité de Montreynaud/Nord-Est et Stéphanois . Celle-ci avait été créée par un arrêté ministériel le 11 mars 1966. Sur 138 hectares, afin de rééquilibrer la ville au nord et prendre le relais du grand ensemble Beaulieu-La Métare, il était prévu initialement d'y accueillir de 13 à 15 000 habitants. Le programme portait sur la création de 3300 logements dont 300 à 500 maisons individuelles. Les logements restants, collectifs, étant composés d'immeubles en copropriété et, pour les deux tiers, d'HLM. voir sur la toile d'un tifo, stade Geoffroy Guichard.

 

L'aménagement fut concédé fin 1967 à la Société d'Economie Mixte d'Aménagement de Saint-Etienne (SEMASET), initiée en 1963 (municipalité Fraissinette) et constituée en 1965 (municipalité Durafour). En 1970, la SEMSET ajoutait d'abord 600 logements supplémentaires. Peu à peu, le programme de la ZUP fut porté à 4400 logements. Il prévoit aussi de nombreux équipements tels que crèche et halte-garderies, gymnases, centre social et centres commerciaux, deux collèges, huit groupes scolaires. Dans un entretien accordé au Dauphiné Libéré (7 août 1967), Martin expliquait vouloir créer à Montreynaud "une sorte de petite ville agréable à habiter, plutôt qu'un quartier excentré sans âme", avec des "magasins littéralement noyés dans la verdure" et des "voitures qui rouleront sur des rampes souterraines" ! Il indiquait que les travaux allaient débuter en 68 et durer 6 six ans. " Nous commencerons par le plateau central qui comportera 1800 logements répartis dans des immeubles relativement peu élevés, la plupart de 5 ou 6 étages, et une tour pour donner la ligne verticale."

 

S'agit-il de LA tour ou de cet autre immeuble, baptisé "Les Héllènes" sur un prospectus de l'époque, futur "Le Palatin", près d'un forum digne de l'Atlantide ? Les travaux, en tout cas, ne débutèrent vraiment, semble-t-il, qu'en 1970 d'après un mémoire consultable aux archives municipales (fonds de l'association "Vitrine du quartier" de Montreynaud). On y lit aussi, à travers le témoignage d'un ouvrier qui travailla sur les premiers immeubles, que le premier en date aurait été la tour "Plein Ciel" elle -même. Ce qui lui vaudrait bien son appellation de "tour-signal" qu'on retrouve dans divers documents. Mais qui interroge. D'après la brochure publiée par la Ville de Saint-Etienne à l'occasion de la démolition, sa construction n'aurait démarré qu'en 1972. Le problème, c'est que s'il existe une masse considérable de documentation sur la ZUP, on a trouvé à ce jour peu de choses sur la tour elle-même, à moins d'avoir mal cherché. Elle aurait été inaugurée en 1974 par la CIVSE, le promoteur, mais sans avoir la date exacte, nos recherches dans la presse locale, au hasard, n'ont rien donné. Il y a peut-être une explication. Le château d'eau aurait été construit d'abord et les habitations ensuite.

 

voir les Flyers de l'association "Gaga Jazz"

 

Le mémoire en question précise que Montreynaud devait bénéficier d'une "révolution technologique", à savoir la construction par éléments, le préfabriqué, plus rapide et rentable, les éléments d'immeuble étant désormais construits en usine à Andrézieux... Reste que d'après François Tomas, fin 1972, 1897 logements seulement, pour n'en rester qu'aux logements, avaient été construits, et 2839 en 1977 (La création de la ZUP de Montreynaud, chronique d'un échec, in Les grands ensembles, une histoire qui continue, PUSE 2003). On renvoie le lecteur qui voudrait en savoir plus sur l'histoire de la ZUP, ses déboires, la crise économique, l'aménagement de Saint-Saens et Chabrier (1981), à cet ouvrage, à André Vant (La politique urbaine stéphanoise), aux archives, de la SEMASET notamment, et à la presse, de l'année 74 en particulier.

 

Ce qui nous intéresse, c'est la tour, photographiée un nombre incalculable de fois. Le mémoire, toujours (le nom de l'auteur et l'année de rédaction nous sont inconnus), évoque des rumeurs, à son sujet, dès ses premières années : "On sait que le côté spectaculaire des travaux de Montreynaud alimente les rumeurs, voire les peurs collectives.... La Tour Arc-en-Ciel (sic) s'enfonce... La vasque fuit et inonde les habitants... Face à ces bruits, certains disent que ce n'est vrai, d'autres que c'est faux et qu'il ne faut pas y croire. Mais il y a parfois des vérités intermédiaires, du moins des indices réels qui donnent à penser... Ainsi, il y a bien eu des infiltrations mais seulement à proximité des réservoirs intermédiaires à édifiés au pied de la tour. De l'eau de ruissellement risquait d'atteindre les conteneurs d'eau potable et les transformateurs électriques. La Ville assigne les entreprises en malfaçon devant le tribunal administratif de Lyon en octobre 1975. Des experts sont désignés et l'affaire se termine par un procès-verbal de conciliation prévoyant le partage des travaux de remise en état, qui s'élèvent à 66000 francs, entre l'entreprise générale et l'entreprise de maçonnerie."

 

voir le Graffiti, Restos du coeur, Chavanelle

 

Un article de 1978, paru dans La Tribune-Le Progrès, évoque le château d'eau, "cette belle oeuvre de la technique humaine (...) objet depuis sa naissance de la risée des gens". " Soixante-cinq mètres, 1000 m3 de contenance, le château d'eau de Montreynaud coiffant la tour de son dôme renversé s'élance orgueilleusement tout en haut de la colline, superbe perspective des temps modernes. Il rassemble à ses pieds, aux quatre points cardinaux le vaste océan de béton de toute la ZUP dont il est devenu un symbole face à l'agglomération stéphanoise. Le soir, illuminé, il brille tel un phare dans la nuit, accrochant les regards à plusieurs km à la ronde."

 

On tour, "Montreynaud la folie", sac de collégien (Terrenoire)

 

L'article se fait l'écho des rumeurs. On dit qu'il oscille par grand vent, géant aux pieds d'argile, que son réservoir fuit. Et l'article d'expliquer que l'oscillation (qui pour certains prendrait des allures inquiétantes) "est tout à fait normale en raison de la hauteur de l'édifice" mais que son pied est fiché à huit mètres dans un sol rocheux. Quant au réservoir, il ne fuit pas. "Si l'eau en coule parfois, c'est tout simplement de l'eau de pluie qui s'écoule paisiblement par des gargouillis". L'alimentation de la ZUP provient d'un réservoir de 10 000 m3 situé au Jardin des plantes et dont l'eau est amenée, par une conduite de 600 mm, dans des réservoirs de 2000 m3 au pied de la colline. Une station de pompage refoule ensuite l'eau au château de la tour qui alimente à son tour la ZUP. Ce château, en béton armé, n'est pas collé à la tour mais en est désolidarisé. Son fût a 3,50 mètres de tour de taille et la vasque, à laquelle on peut accéder aussi par une échelle de 300 barreaux, 21 mètres de diamètre. Par la suite, une antenne, l'antenne de M'Radio, y sera plantée. Haute d'une dizaine de mètres, elle était fixée par des haubans. Différents émetteurs d'entreprises de télécommunication viendront la rejoindre.

 

Concernant les appartements, dès 1974, évoquant une "psychose de la tour", Loire Matin écrit que seulement 20 logements ont trouvé preneur. " Avec les difficultés sociales qui apparaissent dans les grands ensembles au début des années 80, la commercialisation devient difficile: 40 logements restent invendus", indique la Ville de Saint-Etienne. Loire Matin encore, dans un article de 1987 - la CIVSE ayant depuis déposé le bilan - revient sur le cas de cette "tour infernale (...) droite comme un i (...) symbole de tout un quartier" et l' "une des premières visions que l'on a de Saint-Etienne". Les prix sont certes attractifs mais "de plus en plus de gens désirent, s'ils doivent acheter, posséder une maison bien à eux". Ils fuient les grands ensembles. Qui plus est au coeur d'un quartier qui jouit d'une mauvaise réputation.

 

voir le Projet de Marc Chopy youtu.be/OoIP7yLHOQM

 

Un autre article, de 1995, indique qu'une dizaine d'appartements sont en vente et qu'un F3 coûte moins de 100 000 francs. Quelques années auparavant, un nombre important d'appartements inoccupés avaient été rachetés et transformés en studios. Gérés par une SCI, ils furent loués à des personnes âgées, accompagnée par une association, "Age France", à une population en proie à des problèmes sociaux ou de santé mais dont l'état ne nécessitait pas d'hospitalisation totale. " La présence de ces locataires ne semble pas du meilleur goût aux yeux de certains copropriétaires", relevait le journaliste. On retrouve ces locataires cinq ans plus tard dans un article intitulé "Les oubliés de la tour". Une soixantaine d'hommes et de femmes "de tous âges, soit handicapés mentaux, soit physique (...) certains placés ici par l'hôpital de Saint-Jean-Bonnefonds" et secourus par le Secours catholique, vivent alors dans la tour. C'est aussi à cette époque que l'artiste Albert-Louis Chanut avait son atelier au pied de l'immeuble.

 

Le sort de la tour se joua dans les années 2000. A l'aube du XXIe siècle, le 30 décembre 2000, un incendie se déclare dans un de ses étages, mettant en évidence des problèmes de sécurité. De 2001 à 2003, une commission de plan de sauvegarde valide le scénario de démolition, inscrit dans la convention ANRU en avril 2005. Le rachat des logements et le relogement des locataires débute cette même année, pour s'achever en 2009. Il restait deux familles en 2008

 

En février 2009, lors d'un conseil municipal, l'adjoint à l'urbanisme déclarait: " La destruction de la fonction d'habitation de la tour est un point acté sur lequel nous ne reviendrons pas. Cette tour n'a plus vocation à être habitée. Cela passe donc forcément par une démolition au moins partielle. Ce principe étant posé, faut-il détruire la structure de la tour ou, au contraire, essayer de trouver une solution pour intégrer sa silhouette dans le paysage urbain ? J'ai déjà abordé la question à l'occasion d'un conseil municipal au mois de juin. Nous avions précisé que la tour de Montreynaud constitue un édifice marquant dans le paysage urbain de Saint-Etienne. C'est un point de repère pour celles et ceux qui habitent Montreynaud, mais aussi pour celles et ceux qui passent à Saint-Etienne. Elle est donc remarquée et remarquable par l'ensemble des personnes que nous côtoyons, qu'il s'agisse de simples passants, d'habitants de Saint-Etienne ou d'urbanistes de renom. Il est important de préciser que nous ne prendrons pas seuls la décision. Nous allons sans doute aboutir à deux possibilités : une destruction totale de cet édifice ou une destruction partielle. Dans tous les cas, il sera mené un travail de concertation par M. Messad, en qualité d'élu référent du quartier, et par Mme Perroux, en qualité d'adjointe sur les questions de démocratie participative. C'est donc par une consultation des habitants de Montreynaud que nous trancherons sur la base de deux projets qui seront présentés et chiffrées.Toutes ces questions seront tranchées à l'été 2009. Par ailleurs, puisque vous citez mes propos, je voudrais les contextualiser et citer M. le Maire qui était intervenu au même moment et qui disait : « Nous pensons qu'il faut imaginer, à la place de la tour, un espace qui fasse le plus grand consensus avec les habitants, qui marque une évolution, un renouvellement du quartier ». C'est là un point extrêmement important. Il n'est pas contradictoire d'envisager une mutation du quartier et que cette tour ne soit plus habitée, avec l'idée consistant à en conserver une trace sous une forme ou sous une autre, en conservant sa silhouette ou en envisageant un oeuvre d'art se substituant à cet édifice..."Implosion Tour Plein Ciel Montreynaud Saint-Etienne

 

www.youtube.com/watch?v=6afw_e4s1-Y - www.forez-info.com/encyclopedie/traverses/21202-on-tour-m... -

 

La tour Plein Ciel à Montreynaud a été démolie le jeudi 24 novembre 2011 à 10h45. youtu.be/ietu6yPB5KQ - Mascovich & la tour de Montreynaud www.youtube.com/watch?v=p7Zmwn224XE -Travaux dalle du Forum à Montreynaud Saint-Etienne www.youtube.com/watch?v=0WaFbrBEfU4 & içi www.youtube.com/watch?v=aHnT_I5dEyI - et fr3 là www.youtube.com/watch?v=hCsXNOMRWW4 -

  

@ LES PRESSES

 

St-Etienne-Montreynaud, Historique de la Zup,

 

1954 et 1965 : Saint-Etienne, ravagée par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, et surnommée "capitale des taudis", est alors en manque de logements (50% de la population vit dans un logement de moins de 1 pièce !), tandis que sa population augmente d'année en année grâce aux activités industrielles. De ce fait, le premier projet (expérimental) de grands ensembles voit le jour : Beaulieu. Il fournit des dizaines de logements avec tout le confort moderne : c'est un succès.

 

En 1965, il faut toujours et encore plus de logements : le projet de la Muraille de Chine naît, avec 450 logements de créés (plus grande barre d'habitation d'Europe !). Cette barre est finalement dynamitée le 27 mai 2000 (voir vidéo sur YouTube).

 

Années 1970 : Saint-Etienne est toujours en manque de logements, certains des immeubles du XIXe siècle étant vétustes. Un énorme projet voit lui aussi le jour : Montreynaud, sur la colline éponyme du nord-est de la ville, encore vierge (on y chassait même !). 22 000 prsonnes peuvent alors être logées dans ces nouveaux grands ensembles. L'architecte Raymond Martin dessine les plans de la majorité des bâtiments, dont ceux de la tour Plein Ciel. La construction débute, la tour est achevée en 1972. Cette dernière surplombe désormais le bassin stéphanois du haut de ses 63 m (92 avec l'antenne). Les appartements sont plutôt grands, de nombreux cadres emménagent dedans. Néanmoins, le choc pétrolier de 1973 a un effet notoire : 45 % des logements ne sont pas vendus.

 

Au fil des années, le quartier prend mauvaise image, les habitants de la tour et des barres qui en ont les moyens quittent le quartier.

 

30 décembre 2000 : un incendie se déclare au 11e étage, les pompiers montreront par la suite certaines anomalies dans le bâtiment. La tour se dépeuple peu à peu.

 

2002 : première évocation de la possible démolition de la Tour, symbole du quartier, qui n'est plus rentable et vétuste.

 

La démolition est prévue pour 2008.

 

27 juin 2009 : la nouvelle municipalité décide d'un référendum auprès des habitants du quartier, pour décider de l'avenir de la Tour. De nombreux projets sont évoqués, bien sûr la démolition, mais aussi la transformation en oeuvre d'art, la création d'un restaurant panoramique et même d'un hôtel de police. 73% des personnes ayant voté décident de la démolir : le destin de la Tour Plein Ciel est désormais scellé ...

 

2009-2011 : la Tour est démantelée et surtout désamiantée.

 

24 novembre 2011 : à 10h47, la Tour Plein Ciel est foudroyée devant 1000 personnes environ (vidéo disponible sur YouTube). Elle s'effondre, avec sa célèbre coupole tout en élégance en quelques secondes. Puis, elle sert de terrain d'entraînement à 120 pompiers du département, comme lors d'un séisme. Maintenant, l'emplacement de la Tour est un espace vert.

 

Particularités de cette Tour :

 

- Visible de quasiment tout le territoire stéphanois

 

- Sa coupole sur le toit qui n'est ni une soucoupe volante ni un le lieu de tournage de Rencontres du 3e type ;)

 

Une matinée pour tourner une page, celle de quarante ans d'histoire. Une histoire pour la tour Plein Ciel et ses 18 étages perchés sur la colline de Montreynaud, à Saint-Etienne. Drôle d'histoire.

 

En 1970 elle est construite par l’architecte Raymond Martin comme une tour de Babel un peu pharaonique qui doit symboliser le renouveau de la ville noire. Mais l’édifice tombe rapidement en désuétude. Il faudra attendre 2009 et un référendum pour officialiser sa destruction. Des histoires pour les habitants de Montreynaud, qui pour certains sont nés et ont grandi à l’ombre de cette tour et de son château d’eau. « Un bol de couscous qui nous rappelait qu’ici c’était chez nous », témoigne joliment Sarah, agrippée au bras de son amie, qui ne cache pas son émotion alors que la tour est sur le point d’être démolie. Elles évoquent leurs souvenirs d’enfance. « Pour nous c’était plus qu’un monument. On passait tout notre temps dans cette tour quand on était petites. Le dentiste, le docteur, les chasses à l’homme… C’était aussi un point de repère, c’était le charme de Montreynaud. »

 

Pour Imane, 22 ans, « c’est le symbole de Montreynaud qui disparaît. Quand on était à Saint-Etienne, on se repérait grâce à la tour. C’était le seul quartier qui ait un symbole très visible. » A l’intérieur du gymnase Gounod, c’est l’effervescence. 650 personnes, habitant les bâtiments voisins, ont été évacuées le matin même. Elles regagneront leurs logements aux alentours de midi. En attendant, on boit un café, on mange des croissants, on échange sur ce qui apparaît à tous comme un « événement ». La démolition de la tour Plein Ciel n’est pas loin de concurrencer en termes de popularité une rencontre de l’ASSE, à tel point que la Ville a installé un écran géant dans le gymnase afin de savourer au plus près le spectacle. Les images sont rediffusées en boucle. Le film défile au ralenti. Celui de cette tour qui s’effondre en une poignée de secondes, laissant derrière elle un grand nuage de fumée et des tonnes de gravats.

 

Un pas franchi dans la rénovation urbaine du quartier

 

Plus loin un groupe de jeunes garçons s’emportent : « Pourquoi ils démolissent la tour, c’est pas bien ! C’est depuis qu’on est né qu’on la connaît, c’est notre emblème, notre symbole ! Elle est grande en plus, 65 m de haut ! Mais qu’est-ce qu’ils vont faire à la place ? Un parc ? Mais ils vont tout laisser pourrir. A Montreynaud, à chaque fois qu’ils mettent un parc il est pété ! ». Dans ce quartier à forte mixité sociale, où l’on ne manie pas la langue de bois, quelques rares habitants font figure d’exception, et se réjouissent : « Elle tombait en morceaux, c’était pitoyable, lâche G. Je ne comprends pas quand j’entends parler d’emblème, de symbole. Quel emblème ? C’était un immeuble insalubre. Depuis 29 ans, on a vue sur cette tour depuis notre salon. Je peux vous dire que ces derniers temps on ne se sentait pas en sécurité. » Pour G., la démolition de la tour Plein ciel peut participer d’un futur embellissement de Montreynaud.

 

C’est un pas franchi dans la rénovation urbaine du quartier, comme le souligne Pascal Martin Gousset, directeur général adjoint de l’Anru (Agence nationale de la rénovation urbaine). « L’enjeu ce n’est pas la démolition d’un bâtiment mais la reconstruction d’un quartier. Cette forme de bâtiment sur un site excentré n’était pas forcément adaptée à la demande. 40 logements n’ont jamais été vendus sur les 90. Or lorsqu’un immeuble ne correspond plus à une demande, il ne faut pas s’acharner. » Pour Pascal Martin Gousset, ni la transformation de la tour en objet d’art urbain ni sa rénovation n’ont été sérieusement envisagées. « Il y a un attachement psychologique qui est humain mais il faut vivre avec son temps. La rénovation aurait coûté trop cher. » La restructuration de Montreynaud devrait se poursuivre conformément aux plans de l’Anru. Le coût global de la rénovation urbaine sur le quartier se porte à 106 M€.

 

ans Martin | parcelles

Nans Martin | Cie les laboratoires animés

Vendredi 19 février à 18 h

Nans Martin

parcelles 1 h

CDC - Les Hivernales

 

Création - Première en Région

 

Nans Martin fait partie de ces jeunes chorégraphes qui prennent leur place dans le paysage chorégraphique français. A 30 ans à peine, son parcours laisse songeur : l’Opéra de Paris à 11 ans, diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, interprète pour William Forsythe notamment puis des expériences en Egypte et en Inde qui font naître en lui l’envie de créer. En 2012, il établit à Grasse la compagnie les laboratoires animés avec la volonté de faire du corps le nouveau territoire in situ de son écriture. L’influence de ce qui nous entoure sur notre mouvement, de la relation entre les hommes et de son impact sur les corps est au coeur de sa recherche. Pour parcelles, Nans Martin a imaginé trois duos distincts dans lesquels les corps se confrontent à leurs propres contraintes mettant à nu leur singularité. Mais le jeu des duos révèle aussi un langage chorégraphique qui naît de la présence de l’autre et des frontières à respecter ou à franchir : le plateau devient le lieu d’un huis clos perméable au monde.

 

Nans Martin est ne´ a` Grasse en 1984. Il commence a` danser tre`s jeune et sait rapidement qu’il veut en faire son me´tier. En 2005 il sort diplo^me´ du Conservatoire National Supe´rieur de Musique et de Danse de Paris en danse classique et en danse contemporaine. Apre`s une formation pre´-professionnelle (DANCE) dirige´e par William Forsythe, Angelin Preljocaj, Fre´de´ric Flamand et Wayne Mac Gregor, il participe avec The Forsythe Company a` la performance Human Writes en 2006 a` Dresde. A` 22 ans, Nans Martin s’installe au Caire pour travailler a` l’Opera House comme assistant chore´graphe et enseigne e´galement a` l’Egyptian Modern Dance Company ainsi qu’a` la Modern Dance School. En 2008, il part en Inde transmettre son expe´rience en tant que professeur de danse contemporaine et de composition chore´graphique aux danseurs de l’Attakkalari Dance Centre for Movements Arts de Bangalore. Tout cela fait nai^tre en lui l’envie de cre´er, afin d’exprimer par l’art ce qui le touche, ce qu’il parcourt, et enfin pouvoir le partager. Apre`s 3 ans de collaboration avec la danseuse Mathilde Rondet avec laquelle il se spe´cialise en cre´ation chore´graphique en milieu naturel et la cre´ation d’une Plateforme Artistique de Recherche Chore´graphique qui donnera lieu a` une pie`ce collective en 2012 (Echoes) il cre´e sa propre compagnie les laboratoires anime´s. En janvier 2014, co-produit par le The´a^tre de Grasse, il signe seul sa premie`re pie`ce, muo^. Il obtient le Prix Incandescences Beaumarchais- SACD pour cette cre´ation programme´e au Festival Les Incandescences. Suivra le projet parcelles en 2015 co-produit par Micadanses pour le Festival Faits d’Hiver.

 

Depuis le mois de septembre, Nans Martin et toute son e´quipe travaillent a` la cre´ation de

D’oeil et d’oubli dont la première aura au CDC - Les Hivernales en 2017.

 

A premiere opens in Provence

Nans Martin is one of the young choreographers who have made a name for themselves on the French dance scene. Just reaching 30, his career is already a dream: the Paris Opera at the age of 11, graduate of the National Conservatory for Music and Dance in Paris, performer for William Forsythe, and experiences in Egypt and India that have left him with a drive to create. In 2012, he set up Les laboratoires animés, with the firm intention of making the body the new territory where his writing would take root. The core of his research examines how our surroundings affect our movements and relationships between people, as well as their impact on the body. For parcelles, Nans Martin imagined three distinct duos where bodies are confronted with their own constraints, revealing their singularity. As these duos play out, they also reveal a choreographic language born from the presence of the Other, and borders that may or may not be crossed: the stage becomes a meeting place behind closed doors that is nonetheless permeable to the world.

 

Choreography created and written by Nans Martin Collaboration and performance by Guillaume Barre, Nans Martin, Martin Barré, Tatanka Gombaud, Claire Malchrowicz, Joan Vercoutere Live music by Sylvain Ollivier

  

Traduction Deborah Wirick

©2012, FUSINA Dominik

Publishing date : 04/03/2012

Location : Villefranche (Beaujolais - France)

Don't use or publish that photo without my permission.

Thank you for your favs (F) en comments ;)

  

Morceau de ciel | Villefranche

Aujourd'hui, je vous propose un petit cours photo technique.

Cette photo a de particulier qu'elle a été réalisée avec une optique à décentrement et bascule. Pour beaucoup de monde, cela ne signifie pas grand chose. Voire rien du tout.

Pourtant, toutes les photos d'antan, lorsqu'elles étaient réalisées avec d'anciennes chambres à soufflet, utilisaient cette particularité optique. Pour faire simple, en changeant les axes des lentilles, on peut agir sur les déformations optiques pour les corriger ou les accentuer. Les possibilités créatives sont infinies. Il y a toutefois des contraintes : la mise au point est manuelle et l'usage de ces corrections sont (au départ) ardues.

Vous avez ici l'illustration d'une des singularités de ce type d'optique. Grâce à la correction optique, j'ai pu redresser les perspectives fuyantes de cette façade alors que j'étais quasiment au pied de cette immeuble et légèrement de biais. Mais le plus fort réside dans le focus. Ici, grâce à l'effet de bascule, j'ai incliné ma zone de netteté tout en la combinant à une ouverture très importante (f2.8) : l'effet de flou opère non plus sur une ligne droite passant de mon oeil au centre de l'image, mais sur une oblique (le point de fuite étant détourné).

Voilà comment appliquer un flou sur une partie de l'image sans utiliser Photoshop :)

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No Photoshop effect : just optical effect (PC-E lens from NIKKOR)

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ENGLISH TRANSLATION

 

View On Black

dominikfoto's photos on Flickriver

  

NIKON D3s

Lens : 45mm/f:2.8 NIKKOR PC-E

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No tripod.

 

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Les blousons noirs sont une sous-culture juvénile apparue en France dans les années 1950 et qui a connu son apogée entre 1958 et 1961. Issue de l'influence américaine, connotée à un code vestimentaire particulier et au rock'n roll, elle a été la matrice originelle du mouvement yéyé et de quasiment toutes les modes adolescentes ultérieures. Des sous-cultures similaires ont fleuri au même moment dans d'autres pays d'Europe.

La culture « blouson noir » s'est cristallisée autour d'importations américaines qui ont été autant de chocs culturels :

Le film L'Équipée sauvage (The Wild One), sorti en 1953 aux États-Unis mais popularisé courant 1955 en Europe, où le personnage interprété par Marlon Brando révèle d'un coup une façon d'être qui fait époque : cuir noir, moto, machisme, volonté de choquer, esprit de gang, violence à la limite de la criminalité.

Un autre film, La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause) arrive en 1956 en France et fait de James Dean une icône définitive. Il introduit l'idée importante que le comportement des (futurs) blousons noirs n'est pas seulement un choix délibéré mais procède d'une fatalité générationnelle et de l'incompréhension des adultes.

L'arrivée au même moment du rock'n roll (Bill Haley et Elvis Presley en premier lieu, puis Gene Vincent, Eddie Cochran etc.) ajoute le son à l'image. Mais c'est une chanteuse française a priori non associée au rock'n roll qui apporte en 1956 une énorme visibilité médiatique au phénomène en formation, Édith Piaf, avec la chanson L'Homme à la moto, indirectement inspirée par L'Équipée sauvage.C'est durant l'été 1959 que l'appellation « blousons noirs » apparaît pour la première fois dans la presse, avec un article de France-Soir du 27 juillet 1959 relatant un affrontement entre bandes survenu au Square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris[1]. Cette désignation s'impose soudain comme synonyme de « jeunes voyous ». Les journaux se mettent alors à surenchérir en évoquant des bandes caractérisées par leur taille importante (il est question de groupes comptant jusqu'à une centaine de jeunes) et par leur violence. Les « blousons noirs » sont décrits comme des asociaux qui se battent à coups de chaînes de vélo (ou de moto), de coups de poing américains voire de couteaux à cran d'arrêt, qui cherchent la bagarre pour défendre leurs territoires urbains, particulièrement autour des portes de Paris, ou en faisant des descentes dans des bals ou des fêtes.Peu après, les journalistes forgèrent le terme « blousons dorés » pour désigner les jeunes fils de la bourgeoisie qui se faisaient remarquer dans les faits divers, par opposition aux « blousons noirs » qui étaient plutôt issus de milieux populaires.

Cette campagne de presse, qui tourne à la psychose collective, aura pour principal effet de mettre en vogue le genre blouson noir. Autour de 1960, dans tout le pays et dans tous les milieux sociaux, les jeunes gens à la mode aiment à s'habiller de cuir (mais le véritable Perfecto est encore rarissime), portent de grosses chemises à carreaux, se coiffent en arrière avec au sommet du front une large boucle asymétrique souvent brillantinée (la célèbre « banane »). À défaut d'une véritable moto, luxe accessible seulement aux plus fortunés, on roule sur des cyclomoteurs qui en ont à peu près l'aspect, de préférence une Flandria ou une Paloma, une mobylette à la rigueur. La petite délinquance est répandue dans ce milieu, sans être généralisée. Mais afin de choquer, les blousons noirs (qui se nomment eux-mêmes « loulous ») affectent de jouer les durs et de parler des argots empruntés au monde des truands.Ce milieu fournit la base sociale qui sera le marché initial du rock français. Il trouve ses héros en Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et spécialement Vince Taylor, avant que la vague yéyé ne relègue au second plan les blousons noirs, à partir de 1963, le tournant a lieu le 22 juin 1963, lors de la « folle nuit de la Nation » : un concert gratuit organisé par Salut les Copains à Paris sur la Place de la Nation attire une immense foule, des incidents graves ont lieu, attribués (à tort ou à raison) à des bandes de blousons noirs. La scène yéyé prend définitivement ses distances avec ces derniers.

Les sociologues qui se penchaient alors sur les origines du problème de la délinquance juvénile évoquaient un conflit de génération ou une révolte contre l'ordre établi, avant d'avancer des facteurs économiques.La thèse la plus courante suggère que les jeunes de tous les pays ayant connu les privations de l'après-guerre se sont lancés à corps perdu dans la recherche de la liberté et le plaisir, voulant jouir immédiatement des biens que la société de consommations leur proposait: musique, moto ou mode. Mais pas assez riche pour pouvoir se les procurer et s'apercevant que la société n'était pas disposée à modifier ses habitudes, ni à ne leur faire aucune concession, ils se révoltèrent et leur enthousiasme se transforma en violence.

D'autres enquêtes au début des années soixante contestent cette thèse en soulignant l'importance de l'urbanisation dans le malaise des jeunes en mettant l'accent sur la concentration de grands ensembles immobiliers dans les villes véritables fabrique de blousons noirs.

"Les cités industrielles sont surtout pathogènes parce qu'elles favorisent les rassemblements de jeunes gens sur un territoire restreint " (109)

Effectivement, les bandes urbaines profilent surtout dans les quartiers abritant des grands immeubles collectifs type HLM ou des groupes d'habitations à bon marché souvent insalubre. Si les blocs HLM marquent un progrès certain par rapport au taudis, l'essentiel y manque trop souvent. La plus part du temps, il n'y a ni jardins, ni espace, ni équipement sportif sans parler de l'absence totale de distraction. Les enfants et les adolescents ont le sentiment d'être en cage et la rue les attire comme un refuge mauvais.

"On ne sait pas quoi faire, racontent des adolescents. Alors on se retrouve et on s'ennuie ensemble "

Parmi les autres facteurs on évoque souvent la carence d'autorité, mais c'est surtout dans la carence du milieu familial qu'il faut rechercher l'origine du drame des blousons noirs ; famille désagrégée, séparations ou divorces, alcoolisme du père.

Pour Henri Joubrel ; la dissociation familiale est la cause essentielle de la conduite asociale d'un nombre grandissant de jeune. Les statistiques montrent que 80 % des jeunes inadaptés sociaux dont on connaît suffisamment l'histoire pour en établir un dossier approfondi sortent d'un foyer dissocié. (111)

Au foyer, ils se sentent mal aimés, les gosses souhaitent la chaleur, ils trouvent le chaos

" Un soir en rentrant chez ma mère elle m'a virée, elle avait un jules " raconte Momo de la bande des Batignolles, après avoir traîné quelques jours dans les rues, le tribunal lui trouvera une famille d'accueil. (112)

" A quatorze ans, je suis parti travailler. Plâtrier. Pourquoi ? Parce que mon père boit et ma mère aussi ". écrit Jean dans Rallye Jeunesse (113)

Ce qui fait dire à un éducateur lyonnais :

" Ce qui déboussole souvent les jeunes, c'est l'impossibilité de prendre leur père pour modèle"

(114)

Si la société cherche les causes du mal dont souffre la jeunesse un autre facteur souvent négligé réside certainement dans le fait qu'ils sont victime de l'incompréhension des adultes. L'emblématique film " La Fureur de Vivre " évoquait déjà ces relations difficiles entre parents et enfant. A la question "mentez--vous à vos parents" posé par un journaliste qui enquête pour un hebdomadaire sur les problèmes de la jeunesse, des jeunes répondent :

" On ne ment pas, on ne parle pas ".

Puis lorsqu'il leur demande : " Que leur reprochez-vous ? ",

ils répondent: " Ils font vraiment une trop sale gueule à table ! " 58 (47)

Dans la même logique , une jeune fille, Raymonde écrit à Rallye Jeunesse

" Ce dont on souffre, c'est de l'ambiance familiale, du manque de vérité, de l'injustice de ce que nous appelons la "vague des croulants" " (116)Dans le conflit adultes jeunes, on assiste même à des faits incroyables comme histoire révélé par l'Humanité ou des jeunes émules des blousons noirs qui pétaradaient la nuit en scooter troublant le sommeil des citoyens de deux patelins ont été tondues par quelques habitants.

" La tête base, le crâne soigneusement tondu, suivant leur chef de fil qui de surcroît avait été dépouillé de son pantalon, plusieurs jeunes gens ont et promené dans les rues de Charly et de Vernaison près de Lyon sous l'œil marqué de la population… " (117)

109 « Les blousons noirs : une société primitive ? » - H.Michel (Directeur du centre de Vaucresson) – J.Selosse (Chargé de recherche au CNRS), In Sciences Avenir N°211, septembre 1964.

110 – « Les blousons noirs : une société primitive ? »

111 – « Mauvais garçons de bonnes familles » Henri Joubrel, Aubier, Editions Montaigne,1959

112 – « Square des Batignoles », Cinq colonnes à la une, 04/11/1960

113 - « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960.

114 – « Les garçons sauvage, le blouson noir, une provocateur mais aussi un mal aimé » Le Progrès de Lyon,09/12/1962

115 - "Mauvais garçons de bonnes familles" Henri Joubrel

116 – « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960

117 – « Tondeuse pour porteur de blousons », L’humanité, 21 juillet 1961 Si la bande est sociale dans sa structure, elle est par contre anti -sociale par son activité et par sa fonction. Si à l'origine elle ne semble pas se constituer dans un but délinquant, la bande est perçue sous cette forme par la police et la société. En réalité beaucoup de jeunes blousons noirs adoptaient uniquement un mode de comportement sans verser dans la délinquance mais s'exposaient de part ce fait à la réprobation sociale et à la répression. La plupart du temps les actes délictueux ne sont pas prémédités et sont commis dans l'inconscience la plus complète. On cherche surtout à réaliser un coup pour se valoriser sans vraiment se rendre compte de la gravité du délit.

" Ils ne se préoccupent pas exagérément des ennuis qu'ils ont eux avec la justice et ne s'inquiètent pas à l'idée d'avoir un casier judiciaire "(93)

Les Coeurs verts Edouard Luntz (cahiers du cinéma)

Les deux tiers des délits reprochés aux adolescents délinquants sont commis contre la propriété, dont les formes essentielles sont : le vol, les délits visant les deux roues et les actes de vandalisme.

Exemple type de l'activité d'une bande ; celle d'Arpajon dont la police a arrêté le mois de décembre 1959 une vingtaine de membres. Ces garçons âgés de 14 à 18 ans qui suivaient la plupart des cours professionnels dans la région parisienne, se réunissaient chaque jour sur le pont de l'Orge pour y préparer leurs "coups".

" Ils essayaient des blousons en plastique noir et se sauvaient sans les payer. Ils chipaient des disques, pour les écouter ou les revendre. Ils volaient des scooters et des voitures qu'ils abandonnaient hors d'usage. Ils faisaient main basse sur le contenu des autos en stationnement. Ils crevaient les pneus, allumaient des incendies ". (94)

Des adolescents par manque d'argent de poche pratiquent le vol à la tire et certain n'hésitent pas à faire les sacs des veilles dame. Le vol à l'étalage sert des fois pour l'alimentation des surboums. Le vol a parfois l'aspect d'un jeu, d'un défi lancé aux règles sociales.

Les objets volés sont souvent considérés comme des trophées et planqués dans des repaires. C'était le cas pour une bande de Nancy dont les exploits consistaient à voler les objets les plus hétéroclites au cours de cambriolage pour les tenir stockés dans une cave. Le chef de la bande âgé de 16 ans n'a pas hésité à tirer avec une carabine sur les inspecteurs de police venue les arrêter. Ce qui vaudra les assises à trois mineurs. Dans la même région à Charleville, un groupe de six mineurs de 14 et 15 ans connus sous le nom de " La bande des blousons verts " dirigé par un garçon de 20 ans commet 24 vols et cambriolages, le plus souvent la nuit, par effraction. (95)

Dans la région bordelaise chaque membre du gang des As avait son casier dans le garage abandonné qui leur servait de Q.G. on y trouvait les objets les plus hétéroclites, sous-vêtements féminins, couteaux, fer à repasser, boîtes de conserve, appareils photos, jouets, chapelets, rasoirs, statue religieuse etc. Leurs plus beaux trophées; une plaque minéralogique de car de Police Secours qu'ils conservaient jalousement dans leur repaire (96)

Certaines bandes étaient spécialisées dans le casse, lors d'un interrogatoire un jeune raconte avec cynisme ses exploits :

" En pleine nuit, quand nos parents dormaient, on se sauvait et on se retrouvait là... Là, on buvait pour se donner du courage, on s'habillait, on emportait la matraque, et on y allait. On s'habillait tous pareil, avec un masque, pour ne pas être reconnus. Ca commençait par les vitrines des petites veilles. On fait le coup en quelques secondes, à grands coups de matraques. On se donne même pas la peine de voler, ça ne nous intéresse pas... juste une bricole en guise de souvenir. Après le casse on se sauvait en vitesse par des ruelles d'où on n'avait rien pu entendre. On revenait fêter ça et on allait se coucher " (97)

  

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99) Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99)

Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

 

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

« LA SOCIETE NOUS AIME PAS, NOUS LES JEUNES ! »

Serge de la bande du Square des Batignolles (Cinq colonnes à la une 1960)

« Ces adolescents effondrés contre les murs, à la manière des cow-boys des westerns le long des cloisons des saloons, sont capables brusquement de lever le cran d'arrêt de leur énergie. Une poussée irrésistible les portes à imiter le Marlo Brando de l'Equipée Sauvage ou le James Dean de la Fureur de vivre"

Henri Joubrel, Jeunesse en danger, Fayard,1960

 

Les blousons noirs sont un phénomène essentiellement urbain. A Paris chaque porte, chaque quartier prolo possède sa bande. Un article de presse daté de l'été 1959 fait état de six bandes principales à Paris et de 70 autres cliques de moindre importance. (76) Selon la préfecture de police 10000 jeunes fréquentent des bandes dans la capitale. (77)

A l'époque la bande la plus importante de la capitale était celle du Talus capable de regrouper 250 à 300 jeunes le samedi soir. Ceux de la porte de St -Ouen se distinguent par la parfaite maîtrise des diverses langues des voyous. La bande du square des Batignolles et leur chef Pilule sont le sujet d'un reportage de l'émission télé Cinq colonnes à la une en 1960. Tout aussi médiatisée, la bande de la Bastille, forte d'une centaine de membres qui parlait un argot forcé. Une enquête est publiée sur eux l'été 1961 par Christian Magret dans le magazine des têtes couronnées Point de Vue. Le chanteur Moustique membre de ce groupe déclare quelques années plus tard dans un entretien:

" A la fin des années 50, on attaquait un car de flics, on cassait les vitres et on piquait le car pour une virée " (7

La bande du Sactos (Sacré Cœur) tournait aussi autour de la centaine et était protégée par leur curé. Elle était très crainte par les autres bandes. Johnny Hallyday qui faisait partie de la bande du square de la Trinité raconte :

«On jouait les durs. On se battait, mais nous fermions notre gueule lorsque la bande du Sacré-Cœur descendait" (79)

La plupart des bandes se singularisaient en arborant le même signe distinctif, qui allait de la manière de se coiffer, aux différents accessoires ; médailles, voir une tête de mort ou un minuscule couteau retenu au cou par une chaîne, bagues, bracelets ou ceinturons incrustés de pièces de monnaie. Cette singularité se retrouve sur leurs engins à deux roues; mobylettes ou scooters : fanions à tête de mort, hélices en plastique de la même couleur gagnées à la fête foraine. La même décalcomanie collée sur le réservoir ou le garde boue ; photos de Tarzan ou de James Dean, vamp, tête d'indien, trèfle à 4 feuilles. L'accessoire peut donner son nom à la bande, ainsi la bande du Damier d'un port breton arborait un damier sur leurs véhicules.

En 1960, 53 % des jeunes qui fréquentaient les bandes sortaient de familles ouvrières, les fils d'employée représentaient 12%.

A noter que 18 % des effectifs des bandes seraient originaires des milieux sociaux supérieurs.

" La majorité de ces jeunes étaient issue des classes sociales défavorisées bien que la bourgeoisie eut ses blousons dorés. Les bandes constituent une configuration culturelle originale, articulée sur une culture de classe. La culture ouvrière en est le soubassement " (80)

Les adolescents de 15 à 17 ans en constituent le noyau le plus important (53, les plus jeunes de 13 à 14 ans représentent 14,8% des membres et ceux de 18 à 20 ans 18,1 % (81) Les blousons noirs des années 1959-1961 appartiennent à la génération des enfants de la guerre, ceux nées pendant la seconde guerre mondiale entre 1939 et 1945 et dans l'immédiate après guerre.

 

Les bandes tournent généralement autour de trois noyaux. Le noyau central composé de ceux qui étaient le plus en vue, quatre à cinq personnes souvent confrontées à la délinquance. Puis vient la bande proprement dite formée en moyenne d'une quinzaine à une vingtaine de membres qui cherchaient surtout à se faire remarquer. Le troisième noyau qui pouvait être plus important jusqu'à une centaine de jeunes était composé des sympathisants et des postulants qui formaient le halo de la bande présent lors des grandes occasions comme une bagarre entre bandes rivales. La bande forme un milieu homogène, l'embryon en est la "cour " où les enfants d'un même immeuble vivent et grandissent ensemble. Vers l'âge de 12 ans les enfants de plusieurs cours se groupent dans des lieux de rencontre plus vaste : places ou squares où ils se forment en bande. Dans la bande, les adolescents se retrouvent et ne s'expriment qu'en symbiose avec les autres.

Le dynamisme du groupe est contenu dans ses motivations qui portent le jeune à avoir en face de lui des interlocuteurs qui le comprennent, qui ont les même besoins et les mêmes soucis que lui et ne par conséquent être des adultes qu'ils haïssent.

" Les vieux ont s 'en fout, ils peuvent tous crever” répond spontanément un jeune blouson noir au juge d'instruction qui lui parlait de ses parents (82).

Pour son reportage dans l'Express, Jean Cau demande à Jojo de la bande de la Porte de Vanves. " Pourquoi "les vieux" à ton avis ne vous comprennent pas ? " réponse de Jojo : " Parce que qu'on voit la vie autrement ! " " Qu'est ce que tu veux dire ? " lui demande alors l'écrivain. Le blond répond à sa place : " Ils voudraient qu'on porte des gilets, qu'on ait des pantalons comme ça, qu'on soit comme eux ! " (83)

Ensemble, ils reconnaissent être différents des autres, mais cette différence, paradoxalement se manifeste par le maximum de conformité avec ceux du groupe. C'est pour cela que le vêtement, la coupe de cheveux, le langage ont une telle importance, ils manifestent une singularité collective. Mais si la panoplie marque la rupture avec le monde adulte, elle ne devait pas être usurpée. Il faut être reconnu par ses pairs, il y a des modèles, l'orgueil, l'honneur et l'exploit ont une grande place dans la vie des bandes. L'intégration dans une bande n'est pas une chose facile. La bande est une société tellement fermée qu'y pénétrer est incontestablement une victoire. Elle passe par deux étapes, celle de la reconnaissance puis celle de l'acceptation. Pour être accepté, il y a des rites d'admissions. Le postulant doit faire ses preuves en réalisant divers exploits qui pouvaient aller du combat au cran d'arrêt à la course de mobylettes dans les sens uniques ou sur les " fortifs " (Certains tronçons des fortifications de 1870 subsistaient encore dans la capitale à la fin des années 50 (84). Parmi les autres exploits couramment pratiqués ; se battre avec le chef ou piquer une nana dans une bande ennemie. Ces pratiques sont souvent associées avec le rituel du " frère de sang " Le chef du gang entaille avec son couteau l'avant bras du postulant, puis fait la même estafilade en forme de croix sur celui du dernier rentré dans le groupe. Il maintient leur deux bras ensemble, unis par le mélange de leur sang, les deux "frères" jurent que jamais ils ne trahiront leurs camarades. Une autre caractéristique de la bande est le vif sentiment de propriété vis à vis de son territoire. Elle a ses lieux de réunion, ses cafés et ses cinémas et n'en change pas et ne tolère pas qu'une autre bande vienne empiéter sa zone, sinon c'est la guerre. Le square, mini espace de verdure apparaît l'endroit idéal pour leurs rassemblements. Là, les garçons discutent ensemble, se racontent des histoires de filles ou de taules souvent exagérées. Ils s'échangent des idées, blaguent, s'amusent, se chamaillent entre eux tout en écoutant de la musique sur un transistor. Dans ce lieu, où ils traînent souvent tard le soir les adolescents éprouvent un sentiment de liberté.La fête foraine est un autre coin qui les attire, et ils aiment se regrouper autour des auto-tamponneuses. Il y règne une certaine ambiance, adossés à la balustrade, ils prennent plaisir à regarder tourner les voitures en écoutant les derniers disques à la mode ou draguer les filles. L'hiver on se met au chaud dans les salles de jeux avec une prédilection pour le flipper. Au Café, ils ne consomment pratiquement pas d'alcool, préférant le diabolo ou le café crème. Paris, connaît l'hiver 1959 la grande vogue du patin à glace. Les patinoires de Saint Didier ou de la " fédé " de Boulogne sont prises d'assaut par des hordes de gamins.

" La fédérale c'est la roue tournante de tous les blousons noirs, on retrouve les copains de tous les quartiers. Il y a des filles, ce n’est pas cher et on s'amuse bien " raconte Pilule chef de la bande des Batignolles (85). Quant au bal, ils y vont très rarement la plupart de ces garçons ne savent pas danser, mais sur place ils aiment bien provoquer des bagarres.

" Le soir d'une fête patronale une quarantaine de jeunes venus de Rouen à scooter, à cyclomoteur ou en taxi, avaient plusieurs fois tenté de pénétrer dans la salle de bal en refusant de payer. L'expulsion par les gendarmes de deux ivrognes leur fournit le prétexte recherché pour passer aux actes de violence. Toute la bande se rua alors sur les représentants de l'ordre et l'un des gendarmes fut roué de coups. Son collègue tira quelques coups en l'air. Ce geste décontenança un temps les agresseurs mais les gendarmes partis, les jeunes gens pénétrèrent en force dans la salle où il brutalisèrent plusieurs danseurs et plusieurs femmes "(86)

Les bandes importantes comportent parfois un tiers de filles. On y trouve souvent des filles garçons qui rêvent d'être des garçons et se conduisent comme tels. Elles revendiquent leur égalité dans les comportements antisociaux et le manifestent notamment par des attitudes de bravades vis à vis de la police lorsque celle-ci intervient. Le journal le Progrès de Lyon raconte le comportement de deux filles membres d'une bande du quartier de Perrache après leur arrestation :

"On reste confondu lorsque l'on sait que ce sont les deux filles qui tinrent tête avec le plus d'aplomb au commissaire et firent preuve d'une inconcevable impolitesse. L'une se contenta de dire : "Je me fous de la police, je me fous de la famille" L'autre, encore plus effronté, n'alla-t-elle pas jusqu'à déclarer : " Parlez moins fort. Vous me faites mal aux oreilles…" (87)Mais la majorité des adolescentes qui fréquentent les bandes peuvent être classées dans la catégorie des "filles-objets" guère respectée qui servent à l'initiation sexuelle des garçons. Elles vont d'un garçon à l'autre, et prennent une sorte de valeur marchande en se faisant échanger pour trois fois rien! Il y aussi les filles attitrées que possèdent les principaux membres de la bande, qui souvent par prudence sont rarement vues par les autres gars. Les filles participent rarement aux délits, mais en sont les complices indirectes en bénéficiant souvent en forme de cadeaux des produits dérobés. Elles aiment se faire conduire dans des véhicules volés, ce qui donne un certain prestige à l'auteur de l'acte délictueux. La délinquance est souvent un moyen de se poser en homme devant la femme pour obtenir ses faveurs. Si quelques séries B américaines de la fin des années cinquante ont fait des gangs de filles l'un de leurs thèmes favoris. L'existence de quelques bandes féminines en France a été confirmée par certains enquêteurs. Lorsque le journal La Montagne évoque une agression commise par une bande de jeunes filles à Caen, on emploie symboliquement le terme de "jupons noirs" : "Les jupons noirs de Caen rouent de coup un Nord-Africain" (8 On note surtout une délinquance féminine opérée en petit groupe dans les grands magasins. Une fille achète un produit pour occuper la vendeuse, une autre fait le guet, tandis que la troisième vole des vêtements ou des aliments. Comme dans l'histoire du film de Marcel Carné " Terrain Vague " on signale des gangs de garçons dirigés par une fille. Exemple, le gang des As une bande délinquante de la région bordelaise qui avait à sa tête Berthe une gamine de 16 ans. (89)

Terrain Vague

Le rapport au travail du blouson noir est complexe. Le gars qui à l'habitude de vivre en bande n'a pas envie de la quitter pour aller bosser, tandis que celui qui travaille de voir ses copains traîner toute la journée lui donne des mauvaises idées et il s'arrête de travailler. Le marché de l'emploi de l'époque le permettant, on travaille selon l'envie ou la nécessité.

" Si le gars travaille, un moment, pendant une semaine ou un ou deux mois, c'est qu'il a besoin d'argent pour s'habiller, pour manger, pour s'acheter une mobylette. Ou bien c'est qu'il s'est produit un renversement moral: son instinct est devenu faible et sa volonté lui a permis de travailler pendant ce temps là " (90)

" Je travaille quand j'ai besoin de fric. S'il me faut une paire de " groles ", je fais la plonge. Si c'est une nécessité plus grave, je me fais embaucher un mois ou deux dans mon métier" . Raconte Guy 18 ans (91)

Les contrats d'apprentissages sont la plupart du temps des contrats pour la forme. Les patrons en profitent pour mal payer les jeunes, mais ils les font travailler comme des ouvriers adultes. En plus, les jeunes apprentis supportent mal les ordres des chefs d'équipes, de ce fait, ils changent régulièrement de métier. Le plus souvent les jeunes des bandes qui travaillent exercent des métiers sans grande qualification comme: télégraphiste, plombier, graisseur. Des métiers où la main d'œuvre est variable qui leur permet de changer de patron, de lieu de travail à leur guise. Lorsqu'on demande à Moustique le benjamin de la bande de la Bastille qui ambitionne de trouver un boulot " pépère " quel genre de travail il aimerait faire, il répond: " Ben : aide routier, livreur en triporteur ou alors être le fils de taulier, avoir une carte de figurant de cinéma ".(92)

 

76 – Philippe Macaigne "Quelques réflexions sur la présentation de la presse écrite des "blousons noirs", in Annales de Vaucresson, N° 2,1964

77 - C.Freinet, « La formation de l’enfance et de la jeunesse », Edition l’école moderne, 1960

78 - Interview Moustique par Christian Victor in Juxe-Box Magazine N° 86, novembre 1994

79 - Interview Johnny Hallyday par Jacques Barsamian in Juke Box Magazine N° 42, novembre 1990

80 - Jean Charles Lagrée in "Les jeunes chantent leurs cultures", page 19,L’Harmattan , 1982

81 - Rapport annuel de l’Education surveillé pour 1960 in "Les bandes d’adolescents","Les classes d'age" page 3 Philippe Robert, Pierre Lascoumes Les éditions ouvrières,Paris 1974

82 - "Les vieux ? qu'ils crèvent ! « Le mal de la jeunesse » ,in Faim & Soif N°33, 7/02/1960

83 - Jean Cau, Les gosses révoltés, l'Express 30 juillet 1959

84 - Long Chris "Johnny", page 17,J'ai Lu N°2380,

85 - "Square des Batignoles" Reportage de Pierre Dumayet, Cinq colonnes à la une,4/11/1960

86 - « Quand la jeunesse faisait peur », Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS

87 - "Des blousons noirs sont surpris dans leur repaire par les policier" in Le Progrès de Lyon, 22 mai 1962

88 - La Montagne, 18 juin 1960, Claire Bacher 3Le phénomème bmousons noirs vu par la presse Maitrise faculté de Clermont Ferrant 2000

89 -Philippe Parrot, Monique Gueneau "Le gang des As" in "Les gangs d’adolescents",PUF,1959

90 - in "Cri d'appel d'un blouson noir", page 47, Fayard, 1962

91 - In “tribune libre des jeunes” Cinémonde 16/10/62

92 - in "Les Blousons

 

Blousons noirs. Soixante ans après, l’expression a gardé toute sa force évocatrice, porteuse d’une mythologie cuir mêlant violence et rock’n’roll naissant sur fond de désœuvrement et de misère sociale (ça ne vous rappelle rien ?). Le festival Filmer la musique, que Poptronics suit quotidiennement, y consacre une journée entière avec deux films, une séance de documents d’actualité d’époque et un concert de Magnetix en clôture au Point Ephémère.

1955, « Graine de violence » (« Blackboard Jungle ») sort au cinéma. C’est l’émeute : la jeunesse française découvre en même temps les déhanchements de Presley et le « Rock Around The Clock » de Bill Haley. Les choses ne seront plus tout à fait pareilles : le rock’n’roll vient d’entrer dans la culture populaire hexagonale. Et avec lui, ceux qu’on appelle encore les « tricheurs », d’après le titre du film de Marcel Carné qui sort en 1958, ces jeunes banlieusards des cités qui sortent de terre. Il y a déjà eu quelques gros incidents : à l’été 1955, un concert de Louis Armstrong déclenche une bataille de trois jours dans les rues de Paris, en octobre 1958, le concert de Bill Haley à l’Olympia donne lieu à des débordements : des fauteuils sont détruits par centaines.

  

Mais c’est à l’été 1959 que la France découvre, tétanisée, les blousons noirs. Le 24 juillet, vingt-cinq jeunes de la Porte de Vanves déboulent dans le XVe arrondissement pour affronter la bande du square Saint-Lambert, vêtus de blousons de cuirs, de jeans, et armés de chaînes de vélo. Le lendemain, on se bagarre à Bandol pour une histoire de filles. Quelques jours plus tard, un policier est blessé à Cannes lors d’affrontements avec une bande de Courbevoie. L’affaire fait la Une (« Un agent de police a été sauvagement poignardé par une horde de tricheurs, de blousons noirs »). Les incidents se multiplient tellement (à la sortie de « Jailhouse Rock » en 1960, le cinéma Le Mac Mahon est littéralement pris d’assaut) que le sinistre Maurice Papon, préfet de police de Paris depuis 1958, songe très sérieusement à interdire le rock’n’roll pour préserver la « tranquillité publique ». Cette peur diffuse de la jeunesse, on la retrouve dans les reportages de l’ORTF,

 

Revenir en haut Aller en basDans quel contexte apparaissent les blousons noirs ?

C’est de la délinquance sur fond de rock’n’roll, de guerre d’Algérie et surtout de naissance des cités. A l’époque, face aux barres de Nanterre, La Défense est un immense terrain vague sur lequel seul le Cnit est construit. A peine sortie de terre, cette urbanisation est déjà porteuse de problèmes et provoque désœuvrement, ennui, marginalisation. Il ne fallait pas être visionnaire pour voir que ça allait être le bordel : l’environnement, c’est déjà celui de « Ma 6-t va crack-er ». Cette jeunesse ouvrière qui traîne en bas de ces grandes barres HLM nickel s’emmerde et se radicalise. Les blousons noirs terrorisent les gens, ils niquent toutes les nanas, qui toutes veulent être niquées par eux ! Ils n’ont pas de conscience politique, pas vraiment de conscience sociale non plus, ils sont dans l’énergie brute : ils foutent le bordel et c’est tout.

Quand le mouvement devient-il massif ?

Quand Hallyday débarque, en 1961. C’est un choc. Jusqu’alors, le business de la musique est aux mains de vieux qui se projettent sur les envies des jeunes et suivent les modes. On a affaire à des orchestres de bal qui jouent du twist, quelques mois plus tard ils font du cha-cha ou du calypso. Hallyday, lui, fait de la musique pour les jeunes sans une once de cynisme. Et ça, les kids, ça leur fait péter les plombs. Quand Johnny ou Vince Taylor jouent à l’Olympia au début des années 60, ils cassent tout, ça fait la Une des journaux, avec des slogans choc, ça fait flipper tout le monde car cette expression de la violence des jeunes en groupe est assez nouvelle. Les blousons noirs succèdent en quelque sorte aux apaches du début du siècle, qui eux étaient vraiment dans le banditisme. Là, ce sont des branleurs. C’est assez inédit.

C’est une esthétique aussi...

Oui, les blousons en cuir, les jeans, on est complètement dans le fantasme du motard, de « L’Equipée sauvage ». Brando, avant James Dean, devient une véritable icône de cette jeunesse. Il y a un côté désuet à les revoir aujourd’hui, un mélange de pathétique et de sublime. Le phénomène est assez européen, très présent en Suisse, en Allemagne, mais en France, c’est quelque chose de dur, le cuir, les chaînes, il y a une volonté d’effrayer le bourgeois, de faire peur, un vrai désir de choquer et de provoquer. Aux Etats-Unis, on ne trouve pas tous ces atours, tout cet apparat.

Les blousons noirs disparaissent peu à peu au cours des années 60. C’est la fin du rock’n’roll dans les cités ?

Difficile de dater la fin du mouvement, beaucoup rentrent dans le rang assez vite (selon quelques rares études, plus de la moitié des blousons noirs ont entre 14 et 17 ans, huit sur dix ont moins de vingt ans, ndlr), une petite frange tombe dans la vraie marginalité. Mais le rock ne disparaît pas pour autant du paysage banlieusard. Le rock’n’roll n’a quitté les cités qu’avec l’arrivée du rap. Jusqu’au début des année 80, tout le monde y écoute du rockabilly et du rock’n’roll, qu’on soit blanc, black ou arabe. Gene Vincent est une star des cités. D’ailleurs, ceux qui ont fondé les premiers labels de rap étaient tous d’anciens fans de rockabilly. La naissance des blousons noirs La bande de « Titine » au pied des HLM du Pré-Saint-Gervais. 'agression du jeune Yuriy, en janvier dans le X Ve arrondissement de Paris, a mis en lumière les affrontements entre bandes. Mais à la fin des années 1950 déjà les héritiers des Apaches de la Belle Epoque n’avaient peur de rien ni de personne. Ils aimaient la castagne, les Mobylette et le rock’n’roll. Immersion chez ces petits voyous du Pré-Saint-Gervais, avec le photographe André Lefebvre. La vague est partie des Etats-Unis. Leurs références sont James Dean et sa « Fureur de vivre », Brando dans « L’équipée sauvage ». Partout, ce sont les mêmes jeunes en proie au même mal du siècle. En Angleterre , on les appelle les « Teddy boys », en Allemagne les « Halbstarken », en Suède, les « shunna folke », en France ce sont « les blousons noirs ». L’expression est lancée par le journal « France-Soir », à l’été 1959, après un affrontement entre bandes, square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris. Avec leurs manteaux de cuir, leurs cheveux mi-longs gominés, leurs chaînes de vélo et leurs poings américains, ils se rassemblent au pied des tours ou des pavillons aux façades décrépies, dans les quartiers populaires des villes ou de leur périphérie. La plupart du temps, les blousons noirs appartiennent à la classe ouvrière, vivent de petits boulots et grandissent dans des familles éclatées. Ils sont les laissés-pour-compte des Trente Glorieuses marquées par l’essor économique et l’émergence de la classe moyenne. Dans le groupe du Pré-Saint-Gervais qu’ont suivi Jean Maquet et André Lefebvre, les journaliste et photographe de Match, la moyenne d’âge est de 16 ans. « Ces jeunes gens sont tout au plus égarés, ils ne sont pas vicieux. Ils vivent en bandes, certes, mais ce mot de bande est trompeur. On pense aux bandes de gangsters, écrit Jean Maquet [...]. Les membres des bandes de blousons noirs, dans l’immense majorité des cas, ne sont que des copains. Il faut insister sur ce point. Il serait on ne peut plus néfaste, et pour tout le monde, que le public se fasse du blouson noir une idée trop noire [...]. Le problème des blousons noirs est grave : il n’est pas encore tragique. » Des copains qui inventent leur propre culture, de nouveaux codes.

Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes @ Sur leurs postes de radio, ils écoutent le rock’n’roll d’Elvis Presley ou de Vince Taylor. Très loin des yéyés. « Ils ont besoin de se sentir virils », écrivait le journaliste de Match. « Cela donne la baston, c’est-à-dire le règlement de comptes à mains nues entre hommes, et, de temps en temps, la “frite”, c’est-à-dire la bagarre générale [...]. Bref, la violence. » Une violence gratuite, pour passer le temps, par exubérance juvénile, par désir de se montrer brave. On se bat pour s’imposer, prendre le pouvoir dans le quartier ou juste pour la gloire, on se tape des virées dans des voitures volées… Ils commettent des larcins, pillent ou cassent plus par défi que par besoin ou conviction. Et, s’ils brandissent leur haine des « flics » et de l’ordre bourgeois, ils ne défendent aucune cause. Leur conscience politique ne ressemble en rien à celle des étudiants de Mai 1968 qui crieront leur révolte quelques années plus tard. Malgré leur rejet de l’autorité, les bandes sont hiérarchisées autour du chef et de ses lieutenants, qui ont tous un surnom. Pour en être, il faut respecter certains rituels, être initié, savoir se montrer téméraire, commettre un vol ou se mesurer à un rival. La presse, qui s’est emparée du phénomène, en fait un mythe. Un congrès sur la délinquance juvénile est même organisé en Italie. Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes. Parmi eux, 45 000 ont moins de 18 ans. Comme les loubards ou les jeunes des cités après eux, ils veulent s’affirmer, interroger la société, la provoquer, mettre à l’épreuve sa capacité à les intégrer. En marge, cette jeunesse défavorisée est gangrenée par le désœuvrement. « Sur ce point, ils sont unanimes. Ils s’ennuient, écrivait Jean Maquet. Ils sont incapables de rester seuls. La bande, cette bande fluctuante, c’est ce qui les délivre de leur solitude, leur donne l’illusion d’une fraternité et sans doute, pour beaucoup d’entre eux, d’une famille. Ils ne lui en demandent pas plus. » 69 VENISSIEUX Les MJC 1959-1981 De l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes Broché – 3 avril 2008 Les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) font partie de ces institutions méconnues bien que souvent évoquées. Parfois confondues avec les Maisons de la culture d'André Malraux, parfois assimilées à de simples maisons de jeunes, elles sont victimes de l'ampleur de leur objectif : lier jeunesse et culture dans une perspective d'éducation populaire. Ce livre retrace leur histoire à leur apogée, entre 1959, lorsque la médiatisation du phénomène blousons noirs favorise une mobilisation en leur faveur, et 1981, quand l'apparition du " mal des banlieues " signalait un changement d'époque : l'insertion sociale des jeunes devenait une priorité tandis que le lien entre jeunesse, loisirs et action culturelle achevait de se dissoudre dans la crise du socio-culturel. Entre ces deux dates, le millier de MJC que comptait alors le territoire a connu une histoire aussi riche que mouvementée. La diversité des activités abritées dans leurs murs n'a d'ailleurs pu que contribuer à rendre les MJC difficilement saisissables : tour à tour foyers de jeunes et maisons pour tous, proposant expérimentations théâtrales et ateliers de bricolage, espaces de débats et sociabilité, elles furent aussi des pépinières pour la formation de militants culturels et politiques locaux. Lieux singuliers qui ont pu être présentés, parfois simultanément, comme des repaires de gauchistes, des centres de propagande communiste et des terreaux de la deuxième gauche, les MJC permettent de saisir la complexité de la vie associative, dans sa richesse mais aussi sa difficulté. Voilà un très beau livre de synthèse sur un sujet qui ne peut manquer d’intéresser les lecteurs de cette revue. Même si les MJC (Maisons des jeunes et de la culture) n’avaient pas pour finalité de contribuer à la lutte contre la délinquance, elles ont été parfois perçues par les municipalités comme un des outils efficaces de prévention, en particulier à l’époque des blousons noirs. Le sous-titre adopté par l’ouvrage rappelle d’ailleurs cet impact possible ou souhaité sur la prévention. Mais Laurent Besse a bien d’autres ambitions ici, et il analyse les MJC à l’aune de l’éducation populaire, et de ses grandes ambitions au lendemain de la Libération. Il les suit donc depuis la République des jeunes, dont l’idée est née au sein du gouvernement de la France libre à Alger (d’après leur fondateur André Philip), jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir. En fait, il commence surtout avec leur très forte expansion sous le régime gaulliste avec la nomination de Maurice Herzog, fin 1958, comme haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports. La préface d’Antoine Prost souligne d’ailleurs le paradoxe des MJC : ce sont des institutions de gauche surtout présentes dans les villes de droite et du centre, et Laurent Besse montre que les MJC bénéficient avec Herzog d’un appui essentiel. En 1965, lors de l’anniversaire de leurs vingt ans, la fédération des MJC compte trois fois plus de maisons qu’en 1959. Deux autres paradoxes, soulignés par Antoine Prost, caractérisent les MJC. Elles sont laïques, mais mal vues de la Ligue de l’enseignement. Elles sont destinées aux jeunes, mais accueillent bien d’autres classes d’âge.

2Issu d’une thèse soutenue à Paris-I en 2004, ce livre repose sur une abondante documentation, permettant d’analyser les réactions du tissu local comme les enjeux nationaux, la sociologie des directeurs autant que la philosophie des fondateurs, les pratiques de loisirs autant que les ambitions culturelles. Si les archives de la fédération FFMJC (Fédération française des maisons de jeunes et de la culture), et de la fédération concurrente UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC) à partir de 1969, ont été essentielles, elles ont été heureusement complétées par celles des douze principales fédérations régionales, et celles des MJC de quelques grandes villes (Châtellerault, Grenoble, Orléans) ainsi que de fonds privés de militants. L’ouvrage est donc parfaitement étayé, foisonnant de précisions qui en rendent la lecture vivante, et qui n’effacent jamais le souci d’une réflexion synthétique.

3Le livre est bâti sur une chronologie fine, qui distingue trois périodes au cours de ces deux décennies, qui ont vu la multiplication des MJC et leur ouverture à un public élargi. Les 14-21 ans y sont majoritaires dans la décennie 1960 (cf. la première partie « Des maisons pour les jeunes - 1959-1965 »), recrutés parmi les « inorganisés », qui n’appartiennent à aucun mouvement, et dont on souhaite qu’ils viennent aussi bien du monde des ouvriers (les travailleurs manuels), que des étudiants (les lycéens). Le projet des initiateurs des MJC (et l’auteur insiste sur le portrait d’André Philip et de sa philosophie de laïcité ouverte) est d’ouvrir une maison de loisirs culturels et éducatifs pour cette classe d’âge, tous milieux sociaux confondus. Le pari est tenu, en particulier autour des activités de ping-pong et de judo.

4La deuxième partie (« Maisons contestées ? Maisons de la contestation ? 1966-1969 ») insiste sur le choc qu’a été pour la fédération des MJC le départ de Maurice Herzog et son remplacement par François Misoffe, devenu ministre de la Jeunesse et des Sports, hostile aux animateurs et décidé à étouffer ces maisons de la contestation et à les remplacer par « mille clubs » beaucoup plus légers. La fédération est déstabilisée et même si le projet ministériel de suppression de la FFMJC échoue, André Philip démissionne. La FFMJC a fait figure d’administration parallèle et cela ne pouvait pas laisser le pouvoir gaulliste indifférent. C’est le moment aussi où les MJC s’ouvrent aux débats et, sans être le fer de lance de la contestation en 1968, s’en font la caisse de résonance.

5L’interrogation sur « Des maisons pour tous (1970-1971) » qui structure la dernière partie, repose sur le fait que les MJC accueillent alors un public nouveau, de femmes et d’enfants, relativement inconnu jusqu’ici, que l’animateur militant laisse la place peu à peu aux vacataires compétents. Elles deviennent des maisons de loisirs pour tous, et des lieux d’une autre culture, avec multiplication de débats sur les marges et les luttes de tous les peuples. Elles accueillent des chanteurs compositeurs débutants et créent des spectacles appelés à circuler. À la fin des années 1970, la mise en cause du socioculturel est l’enjeu de débats passionnés, et le développement de la crise amorce la réflexion sur l’insertion économique des jeunes autant que sur leur développement culturel. Mais les MJC ne sont pas les seules sur ce terrain…

6Tout au long de l’ouvrage est tenu le fil de la réflexion sur l’éducation populaire, sur ses objectifs, ses contenus, depuis l’ambition des origines, jusqu’aux crises mettant en cause la survie même des MJC, aux prises avec les politiques locales et nationales. Comment développer l’éducation populaire ? Comment intégrer ceux qui refusent la participation régulière aux ateliers, préférant les rencontres informelles du foyer autour du baby-foot ? Comment faire coexister les « intellectuels » avec les autres ? Comment, sans exclure, désamorcer les agressivités, les déprédations ? Le livre aborde l’émergence du métier d’éducateur, qui s’est faite précisément au sein des MJC, dans un milieu qui a longtemps préféré le terme de « directeur » (même en pleine affirmation de la non-directivité des années post 68) à celui d’animateur. Comment les recruter, comment les former ? Il insiste sur le fait que les MJC ont été des équipements discrets, à la différence des maisons de la culture, qui, par comparaison, s’affirmaient dans le paysage urbain comme temples de la culture.

7L’analyse culturelle est étroitement imbriquée dans l’analyse des politiques nationales de la jeunesse, mais aussi des politiques locales. La position originale des MJC qui sont des associations 1901 cogérées avec les municipalités, si elle fournit une initiation à la vie démocratique, est aussi source de conflits avec les municipalités. La place du parti communiste, souvent surestimée, fait des MJC des lieux inquiétants pour les élus de la droite, bien que certains, dans bien des villes, leur soient restés fidèles, sensibles à la qualité de leur travail. La comparaison avec les centres sociaux, beaucoup plus marqués par les militants JOC, en fait ressortir la spécificité essentielle dans une jolie formule. Pour Laurent Besse, le centre social, c’est « l’espace des poussettes », alors que la MJC est « l’espace des mobylettes ».

8La conclusion de Laurent Besse est sévère. Pour lui, l’action des MJC se solde par un relatif échec, dans la mesure où elles n’ont pas été capables de s’adresser en masse aux jeunes. Certes, elles ont été les fruits d’une très grande ambition qui aurait pu faire d’elles, sous la IVe République, ce que les maisons d’école avaient été à la IIIe, et des éducateurs populaires, les nouveaux instituteurs de la République. Certes, elles ont bénéficié de la crise des mouvements d’action catholique. Néanmoins, leur projet de devenir le banc d’essai de la citoyenneté, d’être écoles de la démocratie, n’a pas abouti. L’auteur souligne cependant l’offre qu’elles ont apportée à nombre de petites villes et de villes de banlieue, qui seraient restées des déserts culturels sans elles. Mais leur humanisme polyvalent, qui voulait que l’homme complet soit initié à toutes les disciplines, a cédé devant la spécialisation de la vie associative. En outre à la fin des années 1970, l’heure n’était plus à l’animation, mais à l’insertion professionnelle des jeunes. Et Laurent Besse de conclure sur les difficultés actuelles des MJC, à replacer dans « le contexte de déclin de la ferveur éducative, peut-être de l’utopie éducative ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 12 | 2010, 256-259.

Référence électronique

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [En ligne], 12 | 2010, mis en ligne le 21 juin 2012, consulté le 27 juin 2021. URL : journals.openedition.org/rhei/3212 ; DOI : doi.org/10.4000/rhei.3212

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Auteur

Dominique Dessertine

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Sur la trame canonisée du flamenco, il tisse des notes latinos, jazzy, afros et méditerranéennes, il œuvre à la reconnaissance de « son » flamenco dans le Monde.

 

Bernardo Sandoval est l'un des guitaristes emblématiques du Flamenco actuel. On lui doit notemment la bande originale du film Western pour lequel il a reçu le César de la meilleure musique.

 

Premier prix de guitare à la Unión et en Espagne, expérimentateur sonore ouvert à tous les vents mélodiques et rythmiques, il a notamment joué avec l'Orchestre national de Chambre de Toulouse, et dernièrement avec le groupe Béninois Jaya avec qui il a résidé une longue période au Togo.

 

Avec son récital Solo, Bernardo Sandoval retourne à l'essentiel de son art, l'émotion à l'état pur …

 

Concert de Villemur / Tarn samedi 13 avril 2013

 

Olympus OM-D + Canon FD 85 1.2

 

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Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Chaque jour une nouvelle bande-dessinée de ma collection personnelle illustrée par quelques planches.

 

Jour 21, aujourd'hui: "La Mort amoureuse" de OXO (1987).

 

Pseudo d'un dessinateur (espagnol?) très discret (une seule parution BD) au nom de Eusebio Perdices.

 

Dans sa nécropole, la Mort s'ennuie, et avec sa compagne, le Destinée, cherche l'amour; elle le trouve avec une sirène, mais qui ne peut vivre à l'air libre, il lui faut trouver des êtres pourvus de poumons à greffer sur la bien aimée...

 

"Cette BD est phénoménale, unique. Le dessin est magnifique, complètement hallucinant, à la manière surréaliste.

 

Cette originalité se retrouve dans le scénario, anticonformiste à souhait. On peut ne pas y adhérer, ce qui équivaudra à le détester. En fait, il y a une dimension onirique qui tend vers une poésie macabre (comment arriver à rendre la Mort attachante, en décrivant sa sollitude et sa propre souffrance ?). La narration est assez désarçonnante, car le rythme est volontairement syncopé. Cela est amplifié par les dialogues, qui introduisent une alternance entre vocabulaire lyrique et vulgarité !

 

C'est une oeuvre très "maniérée", c'est aussi le parti pris de départ, alors je comprends que cela puisse en exaspérer plus d'un.

 

Je vais y aller de ma petite hypothèse totalement libre, mais il y a une sensibilité dans cette BD qui la relie directement à des expériences d'hallucinations.

Et comme tous les trips, impossible d'y rester insensible : soit on ressent une expérience aussi étrange qu'unique, dont la singularité procure du plaisir, soit on déteste parcequ'on a été violemment entrainé vers une voie qu'on ne souhaitait pas emprunter."

 

(Commentaire par HellSpawn: www.coinbd.com/series-bd/la-mort-amoureuse/la-mort-amoure...)

 

Chaque jour une nouvelle bande-dessinée de ma collection personnelle illustrée par quelques planches.

 

Jour 21, aujourd'hui: "La Mort amoureuse" de OXO (1987).

 

Pseudo d'un dessinateur (espagnol?) très discret (une seule parution BD) au nom de Eusebio Perdices.

 

Dans sa nécropole, la Mort s'ennuie, et avec sa compagne, le Destinée, cherche l'amour; elle le trouve avec une sirène, mais qui ne peut vivre à l'air libre, il lui faut trouver des êtres pourvus de poumons à greffer sur la bien aimée...

 

"Cette BD est phénoménale, unique. Le dessin est magnifique, complètement hallucinant, à la manière surréaliste.

 

Cette originalité se retrouve dans le scénario, anticonformiste à souhait. On peut ne pas y adhérer, ce qui équivaudra à le détester. En fait, il y a une dimension onirique qui tend vers une poésie macabre (comment arriver à rendre la Mort attachante, en décrivant sa sollitude et sa propre souffrance ?). La narration est assez désarçonnante, car le rythme est volontairement syncopé. Cela est amplifié par les dialogues, qui introduisent une alternance entre vocabulaire lyrique et vulgarité !

 

C'est une oeuvre très "maniérée", c'est aussi le parti pris de départ, alors je comprends que cela puisse en exaspérer plus d'un.

 

Je vais y aller de ma petite hypothèse totalement libre, mais il y a une sensibilité dans cette BD qui la relie directement à des expériences d'hallucinations.

Et comme tous les trips, impossible d'y rester insensible : soit on ressent une expérience aussi étrange qu'unique, dont la singularité procure du plaisir, soit on déteste parcequ'on a été violemment entrainé vers une voie qu'on ne souhaitait pas emprunter."

 

(Commentaire par HellSpawn: www.coinbd.com/series-bd/la-mort-amoureuse/la-mort-amoure...)

 

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Festival d'été 2012 / Serge Lopez, Kiko Ruiz et Bernardo Sandoval

Mercredi 1 aout - jardin Raymond VI

 

Vidéo Negriluz

 

Dans l'univers typé du flamenco, Bernardo Sandoval/ fait irruption, marqué par une singularité criante, une générosité et une intégrité sans borne…

 

Sur la trame canonisée du flamenco, il tisse des notes latinos, jazzy, afros et méditerranéennes, il œuvre à la reconnaissance de « son » flamenco dans le Monde.

 

Bernardo Sandoval est l'un des guitaristes emblématiques du Flamenco actuel. On lui doit notemment la bande originale du film Western pour lequel il a reçu le César de la meilleure musique.

 

Premier prix de guitare à la Unión et en Espagne, expérimentateur sonore ouvert à tous les vents mélodiques et rythmiques, il a notamment joué avec l'Orchestre national de Chambre de Toulouse, et dernièrement avec le groupe Béninois Jaya avec qui il a résidé une longue période au Togo.

 

Toute la série ... ICI...

 

Olympus OM-D + Canon FD 85 1.2

 

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Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

mémoire2cité - le 17 janvier 2019 - Montchovet et l'ANRU2 Le secteur Loti, dans le quartier de Montchovet à Saint-Etienne le long de la RN88, va bénéficier d’un réaménagement global marqué par la démolition du centre commercial de la Palle et la création d’une zone d’activité. C'est une nouvelle zone d'activité, située entre Montplaisir et le boulevard de la Palle, qui est en cours de création dans le secteur Loti. Cette zone d’activité de 10 000 m2, portée conjointement par la Ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole, s’inscrit dans le projet global de transformation urbaine de ce quartier. Pensée pour s’insérer parfaitement dans le tissu urbain, elle devrait accueillir dès 2019 ses premiers occupants avec une extension du pôle motos. 2 démolitions d'ici 2020 pour Montplaisir , 2 autres pour la Fausse Marandiniere, ainsi que le centre commerçial de l'ARC EN CIEL coté Marandiniere. çe qui porte à 5 démolitions futur d'içi à 2020/2022 pour le secteur sud-est. Ce pour créer de nouveaux espaces économique, quatre immeubles de Métropole Habitat vont être démolis en 2020/22. Le bailleur social, en lien avec la Ville et Saint-Étienne Métropole, diligentera dès 2018 une enquête sociale auprès des 60 familles concernées afin de leur proposer des solutions de relogement en adéquation avec leurs attentes. La disparition du petit square, devant ces immeubles, sera compensée par l’amélioration des abords du centre nautique Yves Nayme et la mise en place d’un espace de détente. La rue Loti redessinée Autre modification importante du paysage urbain du secteur : le remodelage de la rue Loti. Créée à l’origine pour un quartier résidentiel, avec des courbes importantes sur sa partie nord, elle a été entièrement redessinée pour permettre la desserte de la future zone d’activité. Plus large, plus droite, la nouvelle rue Loti prendra racine au nord dans l’axe de la rue des Villas, avec la mise en place d’un carrefour sécurisé et se connectera au même endroit qu’aujourd’hui, boulevard de la Palle. Les travaux démarreront début 2018, après l’enquête publique que mènera SaintÉtienne Métropole. www.zoomdici.fr/actualite/Saint-Etienne-de-gros-travaux-e... - l'Opération de Beaulieu 1 2 3 4 à Saint-Etienne, par Rachid Kaddour. Deux dates symboliques : l’année de sa livraison (1956), & l’obtention de son label Patrimoine du XXe siècle (en 2003). Ce label inscrit Beaulieu dans un processus de valorisation patrimoniale par l’architecture, et le place ainsi en terrain laboratoire pour une réflexion sur la patrimonialisation des grands ensembles Cette labellisation n’est toutefois pas la seule démarche de valorisation patrimoniale et mémorielle conduite pour Beaulieu et les grands ensembles voisins : les années 2000 voient s’y multiplier les entreprises visant à identifier et valoriser d’une part les singularités architecturales et urbaines de Beaulieu, et d’autre part les récits de vie contrastés de différents groupes d’habitants des grands ensembles. La somme de ces entreprises patrimoniales et mémorielles, près d’une dizaine, conforte l’idée d’exemplarité des Quartiers sud-est de Saint-Étienne. D’autant plus que, dans l’histoire des grands ensembles français, ces Quartiers sont particulièrement précurseurs : Beaulieu est l’un des plus vieux de France, tandis que son voisin Montchovet est un pionnier de la politique de la Ville, puis de la rénovation urbaine et des travaux de deuil par le recueil de mémoires qui accompagnent cette dernière.Si l’on se place dans une perspective d’analyse des jeux d’acteurs, représentations et stratégies conditionnant les processus de fabrication du patrimoine, suivant en cela les approches traditionnellement menées par la géographie sociale (Gravari-Barbas, 2002 ; Veschambre, 2007 ; Hertzog, 2011), il est possible de s’interroger ici plus spécifiquement sur la place laissés aux mémoires plurielles d’habitants dans la définition et la valorisation de ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. La particularité de cette réflexion réside dans le fait de la placer au cœur de la rénovation urbaine qui fait l’actualité des grands ensembles.Les informations analysées ici ont été recueillies par une recherche documentaire (revue de presse, consultation d’archives administratives et de documents techniques), par la réalisation d’entretiens avec des représentants des différentes institutions et associations impliquées (directeurs successifs de l’organisme d’HLM, techniciens du service Urbanisme de la Ville, travailleurs sociaux et enseignants) ainsi qu’avec des habitants, et par des observations sur site (transformations spatiales).Un retour sur la livraison et l’évolution des Quartiers sud-est permettra dans un premier temps de donner la contextualisation nécessaire à la compréhension de ce qui se joue aujourd’hui. Cet historique permettra d’insérer ensuite dans l’épaisseur et la dynamique du temps long un inventaire espéré exhaustif des initiatives réalisées depuis le lancement de la rénovation urbaine par les différents acteurs institutionnels et associatifs. Cet inventaire est réalisé à partir d’une définition large de la notion de patrimoine, prise dans ses différentes acceptions notariale, immobilière et culturelle. Ces éléments contextuels et factuels collectés, il s’agira enfin, dans le dernier tiers de cette présentation, de les confronter et de les mettre en cohérence afin de proposer une interprétation sur ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne. Cela permettra une réflexion sur la place que les mémoires plurielles d’habitants y tiennent.Quartiers sud-est de Saint-Étienne : des grands ensembles contrastés, des habitants divers

6Cette première partie a pour objet de présenter les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps d’en faire un historique. Il s’agit notamment, en plus de donner les éléments urbains et économiques propres à l’agglomération stéphanoise dans la grande région lyonnaise, de s’intéresser aux acteurs de la vie de ces grands ensembles depuis leur construction, en présentant les principales actions menées par les institutions gestionnaires, et en identifiant les principales catégories sociales d’habitants ayant successivement occupé les lieux. Au niveau des sources, cet historique s’appuie sur les travaux existants, complétés par des études techniques (dont le dossier de candidature au Grand projet de ville - GPV), une revue de presse et des entretiens avec les gestionnaires.L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbu (...)angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly ( (...)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Saint-Étienne se voit surnommée Capitale des taudis en raison des taux élevés de surpeuplement et d’insalubrité de son parc de logements. Cette crise du logement débute avec l’important développement industriel du XIXe siècle et la fulgurante croissance démographique qui l’accompagne : de 25 000 personnes après la Révolution française, la population stéphanoise passe à plus de 190 000 dans les années 1930. Or, la construction d’habitations par le patronat ne suit pas, les compagnies minières et métallurgiques se contentant de laisser les ouvriers se loger dans l’existant et les immeubles des artisans. Comme dans nombre de villes françaises, c’est la construction de grands ensembles au début des années 1950 qui permet de porter un coup décisif à cette crise tenace. La ville présente la particularité d’abriter l’un des six premiers grands ensembles de France : imaginé à partir de 1949, Beaulieu est construit entre 1953 et 1955 dans le cadre du plan national dit Courant2, et compte 1 262 logements HLM modernes et confortables. Il n’est que la première opération d’un plan plus vaste qui, pour ce qui concerne le seul sud-est de la ville, amène à la production de plus de 6 000 logements, dans les grands ensembles de Beaulieu II - Marandinière (1957-1959), Beaulieu III - Montchovet (1962-1965), Beaulieu IV - la Palle (1967-1970) et dans celui de la Métare en copropriété (1962-1974, voir illustr) C’est plus particulièrement sur les grands ensembles de Beaulieu et Montchovet, mitoyens, que l’attention va ici porter. Leurs formes divergent, puisque le premier compte 19 barres et une tour formant un ensemble urbain particulièrement soigné (illustration 2), alors que le second (1 266 logements) est composé de huit barres, certaines très imposantes, implantées simplement parallèlement ou perpendiculairement les unes aux autres.

Auteur : R. Kaddour.

Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il (...)

9Leurs occupations initiales (Vant, 1974 ; Blanc, Bonilla, Tomas, 2003) sont par contre significativement proches, puisqu’ils accueillent tous deux très majoritairement des ouvriers de l’industrie (principalement qualifiés) et des fonctionnaires, soit des catégories sociales que l’on qualifierait aujourd’hui de moyennes (illustration 3)3. La crise du logement est en effet telle à Saint-Étienne que les demandes d’HLM émanent de catégories sociales très variées, et, pour les grands ensembles, l’office municipal gestionnaire sélectionne les locataires suivant leur solvabilité. Les plus pauvres des demandeurs de logements HLM, ainsi que les immigrés et familles originaires du Maghreb, quand ils sont accueillis, le sont dans des opérations de taille plus réduite, formant un habitat spécifique (Logements de première nécessité, Programmes sociaux de relogement, opération Million…). Autrement, ils occupent le parc de logements vieilli, insalubre ou précaire de la ville.En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à (...)

5 L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, paral (...)

6 « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe q (...)

7 « Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.

10Cette occupation sociale des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne dure jusque dans la deuxième moitié des années 1970, à partir de laquelle Montchovet voit sa population se paupériser, suivant des mécanismes connus (Dubet F., Lapeyronnie D., 1992 ; Blanc J.-N., Bonilla M., Tomas F., 2003) : les catégories les plus aisées commencent à quitter Montchovet dès le milieu des années 1970, la suite de leur parcours résidentiel les menant vers l’achat d’un nouveau logement (ailleurs dans la ville puis dans le périurbain qui se développe) ; une partie des ménages restant sur place se voit quant à elle petit à petit frappée par la crise socio-économique et le chômage qui touchent durement l’agglomération. Le cas stéphanois présente toutefois la particularité de connaître un processus exacerbé, avec une politique ethnique affichée sans détour. À partir du milieu des années 1970, Montchovet accueillent en effet quelques ménages d’origine étrangère, venant du logement spécifique ou des quartiers insalubres du centre-ville en voie de résorption4. Un choix s’impose alors aux gestionnaires de Montchovet (Ville et office) : encourager le mouvement de paupérisation et d’« ethnicisation » ou le freiner5. La municipalité d’union de la gauche (1977-1983) tente de résister à ces évolutions en préparant avec les associations d’habitants une réhabilitation de Montchovet, retenue par l’État dans le cadre de la procédure Développement social des quartiers (DSQ, François Mitterand se rendant même lui-même à Montchovet pour une visite express), visant à maintenir les catégories moyennes dans le grand ensemble6. Mais la municipalité RPR-UDF élue à la suite (1983) réoriente le projet, avec d’une part un volet bâti axé non plus principalement sur les logements mais sur une réhabilitation lourde des façades (isolation colorée, percées et démolition très partielle), et d’autre par un volet social expérimentant une gestion ségrégative de la ville. Montchovet se voit en effet attribuer une fonction d’accueil de familles d’origine maghrébine et aux revenus peu élevés. Le maire affirme : « au risque de choquer, je dirais que vouloir l’intégration à tout prix est un non-sens car personne ne la veut d’un côté comme de l’autre […]. En revanche, je crois que vouloir faciliter les petits regroupements par ethnie serait préférable »7. La paupérisation de la population de Montchovet va grandissant tout au long des années 1980 et 1990, avec pour corollaire les problèmes sociaux et de gestion qui en font un « quartier sensible », le plus dur de la ville : précarité (98,3 % d’allocataires en 1996, taux de chômage de 34,3 %), échec scolaire, multiplication des actes d’incivilité et de délinquance (incendies nombreux de véhicules, agressions dont l’une tourne au drame), forte vacance de logements (68 % d’occupation totale en 1996).La dévalorisation de Montchovet est telle qu’en 1995, à peine plus de dix ans après la signature de la convention DSQ, le maire fraîchement élu (Parti radical), ex-adjoint à l’urbanisme du maire précédent, fait de la démolition de l’immeuble symbole du quartier la première grande décision de son mandat. Cette barre, le bâtiment A surnommé Muraille de Chine du fait de ses 250 mètres de long environ, de ses seize niveaux dans sa partie la plus haute et de ses 526 logements à sa livraison, est démolie le 27 mai 2000 Le maire justifie cette démolition par un triple argumentaire : le rejet de l’immeuble par les Stéphanois (qu’il lit dans la vacance), la déconcentration des populations en difficulté (même si environ 70 % des locataires sont in fine relogés dans le grand ensemble et ses voisins) et l’échec des réhabilitations menées jusqu’ici. L’évènement est fortement médiatisé, à l’échelle locale mais aussi nationale, puisque le ministre de la Ville Claude Bartolone vient à Montchovet tenir un discours signifiant que cette démolition par implosion, la première d’une série ayant lieu en 2000, marque un tournant dans le traitement des grands ensembles, avec passage à la rénovation urbaine. Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’ (...)« Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », La Tribune-Le Progrès, 15 (...)Pendant que Montchovet glisse dans les difficultés, le grand ensemble voisin de Beaulieu connaît une évolution discrète et tranquille, voyant simplement sa population vieillir mais garder un caractère assez mixte. Et au moment même où la Muraille de Chine est démolie s’achève à Beaulieu une réhabilitation (façade, parties communes, implantation d’ascenseurs) qui donne toute satisfaction aux locataires si l’on en croit la presse et le taux de vacance faible.Ainsi, à l’entrée dans le nouveau millénaire et un demi-siècle après leur lancement, le contraste dans l’occupation sociale et les actions entreprises par les gestionnaires entre Beaulieu et Montchovet montre que les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne constituent des héritages alors dans des situations et des perspectives très variées. C’est dans ce contexte qu’au long des années 2000 des opérations de valorisation se développent tous azimuts dans et pour les grands ensembles stéphanois.

Valorisation de patrimoine(s) dans les grands ensembles : processus polyphonique, voire cacophonique.

Cette deuxième partie a pour objet d’inventorier et de présenter les différentes initiatives de valorisation de patrimoines dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne, plus finement que cela n’a été fait en introduction. Deux éléments qualifient cet inventaire. D’une part, la notion de patrimoine est ici prise dans ses différentes acceptions, afin de viser l’exhaustivité. D’autre part, une attention particulière est bien sûr portée aux démarches à l’initiative d’habitants, ou en impliquant. Des entretiens avec les instigateurs des différentes démarches ont été conduits afin de saisir leurs tenants et aboutissants.La démolition de la Muraille de Chine ouvre la voie à un projet plus large encore. Soucieux d’enrayer le processus de dévalorisation de Montchovet, qui commence à s’étendre à certains immeubles des grands ensembles voisins (la Marandinière et la Palle), l’organisme d’HLM propriétaire, avec le soutien financier de la Ville, confie dès 2000 à l’urbaniste Loïc Josse la mission de définir un schéma directeur pour une intervention sur la totalité des grands ensembles HLM du sud-est (soit les grands ensembles HLM de Montchovet, Beaulieu, la Marandinière et la Palle). Les moyens de conduire cette intervention sur ce qui sera dénommé désormais les Quartiers sud-est sont trouvés d’abord dans un Grand projet de ville (2001), puis dans une convention ANRU (2005).Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine m (...)

Dans le détail et pour la partie habitat10, les travaux mis en œuvre comprennent d’abord la démolition des plus grands immeubles (environ 500 logements, illustration 5), principalement à Montchovet (où il ne reste aujourd’hui plus qu’un sixième des logements initiaux) ; ensuite la reconstruction d’une douzaine d’immeubles de taille plus modeste, de statuts variés (HLM, locatif privé, propriété) et répondant à des demandes actuelles (développement durable, accès des logements sur l’extérieur avec des terrasses, etc.), ainsi que d’un lotissement de maisons mitoyennes ; enfin la réhabilitation des immeubles conservés, avec entretien courant des appartements et parties communes, à Beaulieu notamment.La stratégie d’intervention sur le spatial est à ranger du côté de la communication, puisqu’il s’agit de changer l’image des grands ensembles via un remodelage profond. L’objectif, quant à lui, se situe du côté du peuplement, avec trois dimensions. Il s’agit d’abord de déconcentrer les familles en difficulté (Montchovet). Des efforts sont aussi déployés pour maintenir sur place les habitants les plus aisés restés à Beaulieu ou ailleurs, avec notamment des travaux d’adaptation des logements au vieillissement des populations. Il s’agit enfin de tenter d’attirer dans des logements neufs des populations de profils sociaux plus élevés que ceux d’une partie des familles en place, soit les plus aisés des demandeurs HLM en termes de revenus, ainsi que des catégories moyennes (dans les logements privés). En espérant ensuite qu’une osmose s’opère entre immeubles anciens et les immeubles nouveaux, et populations anciennes et populations nouvelles. Le programme stéphanois est de ce point de vue exemplaire de ce qui se passe dans d’autres grands ensembles en France (Stébé, 2010 ; Donzelot, 2012).Ce programme est inscrit dans le Plan stratégique de patrimoine de l’organisme, soit un document qui, pour l’ensemble du parc, prévoit les interventions à mener dans le cadre d’une gestion pour les années voire les décennies à venir. Le terme de patrimoine est ainsi utilisé ici par l’organisme dans un sens immobilier et notarial : l’organisme fait in fine de la valorisation de patrimoine.Mais si l’on prend le terme dans son sens culturel, d’autres opérations de valorisation de patrimoine(s) sont menées durant la même décennie, selon trois étapes. Celles-ci impliquent toutes, d’une façon ou d’une autre, des habitants.Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.

12 Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet (...)

École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Imprimerie Sud-Of (...)

Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties (...)

Tout d’abord, l’annonce de la démolition de la Muraille de Chine engendre une série d’initiatives à ranger du côté du « travail de deuil, par lequel nous nous détachons des objets perdus de l'amour et de la haine ». Ce sont en premier lieu l’école primaire et le collège situés tout à côté de la Muraille qui, constatant le malaise suscité chez les enfants par la démolition à venir, conduisent un travail de photographie, de dessin et d’écriture afin de permettre de « mettre des mots sur des maux », les enseignants instigateurs ayant identifiés des « traumatismes » causés par l’annonce de la démolition. Les dessins, poèmes et récits réalisés, publiés en 1999 dans le livre Murmures de Muraille13 grâce aux moyens du Réseau d’éducation prioritaire, content principalement la douleur de voir l’immeuble disparaître, la crainte qu’inspire aux enfants la perte à venir des repères et habitudes, et une colère envers les décideurs engageant la démolition14.

« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logeme (...)« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient po (...)

« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet rest (...)

Présentation du film sur la pochette du DVD.

le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Je (...)Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010 Le maire refuse d’être interviewé.

Quelques semaines avant la démolition de l’immeuble, c’est cette fois-ci avec des adultes qu’un travail similaire est mené, sans moyen, à l’initiative des associations et structures socioculturelles. Dans le cadre d’une « fête » de quartier, les désormais anciens locataires sont invités à présenter et partager leurs souvenirs, notamment en les inscrivant sur de larges feuilles apposées sur les murs de l’école primaire. Ces feuilles ont été depuis perdues, mais en 2008, un dispositif semblable est reconduit, à l’occasion de la démolition d’un autre immeuble dans le même secteur. Aux dires des habitants présents lors des deux manifestations, les propos formulés sont sensiblement les mêmes. Ils sont cette fois-ci consignés par le centre social et reproduit dans un petit dossier papier 14 juin 2008, rue Pierre-Loti, 40 ans de souvenirs. Ils portent surtout sur le vivre-ensemble dans ce grand ensemble depuis l’uniformisation de la population, avec des récits de faits, pour certains anecdotiques, jugés positifs (la découverte du confort dans ces immeubles, l’entraide entre voisins amis, les jeux d’enfants, les festivités et rites musulmans) ou négatifs (la délinquance, le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, le traumatisme de la rénovation urbaine dans le quartier). En somme, comme dans le cas de Murmures de Muraille, ces témoignages consignés et diffusés sont des éléments visibles d’une mémoire partagée d’un vivre-ensemble (communautaire), et d’une mémoire de difficultés quotidiennes et de luttes. Ces mémoires constituent un patrimoine immatériel. Enfin, quelques années après la démolition de l’immeuble, la mémoire d’anciens locataires est à nouveau sollicitée lorsque l’Opéra-Théâtre de la Ville de Saint-Étienne, qui dispose d’une Unité de production audiovisuelle, prend l’initiative de réaliser un film documentaire de 32 minutes sur « la réussite de la construction, l’échec de la restauration » et les raisons de la démolition de la Muraille de Chine. L’équipe est animée par une double volonté de « garder une trace, puisque c’était un immeuble très singulier de Saint-Étienne » et de « traiter du ressenti de cette perte chez ses habitants ». Le film prend le parti de s’appuyer très majoritairement sur des interviews. Les témoins sont toutefois principalement des locataires de la première heure21, si bien que ce sont donc surtout les premières années qui sont contées, avec la modernité de l’immeuble et la découverte du confort. Une place est toutefois laissée aussi à des récits de la lutte pour l’équipement du quartier (à sa livraison, pendant le DSQ) et contre sa relégation (pendant les années les plus difficiles).Ensuite, après ce travail de deuil, de recueil de témoignages et de valorisation de mémoires, une autre forme de valorisation de patrimoine culturel survient en 2003, avec la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu par le ministère de la Culture et de la Communication, en raison de ses spécificités bâties (forme organique de la composition, adaptation au relief, travail sur les parcs et jardins) et historiques (caractère pionnier, apport au quotidien domestique). Celles-ci sont identifiées depuis la fin des années 1980 par des travaux de l’École d’architecture et de l’Université de Saint-Étienne.

Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne.Enfin, deux ans après, à l’occasion du cinquantenaire du grand ensemble (2005), Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire, chargé de la valorisation et l’animation du patrimoine stéphanois, réalise un projet intitulé Beaulieu, patrimoine urbain du XXe siècle, comprenant, outre la pose de la plaque-label, la pose d’une signalétique patrimoniale, l’édition d’un ouvrage sur l’histoire et les spécificités bâties du site et la reconstitution d’un appartement des années 1950 proposé à la visite. Ce dernier est réalisé avec l’aide d’habitants installés depuis l’origine : ils donnent ou prêtent la quasi-totalité des objets exposés, et font part de souvenirs qui permettent d’en concevoir le discours de visite. Celui-ci porte sur la découverte du confort moderne permise par les grands ensembles, sur le quotidien domestique dans les années 1950 (activités féminines, masculines, des enfants), mais également sur l’architecture et l’urbanisme des Trente glorieuses. L’école primaire de Beaulieu participe quant à elle à ce cinquantenaire, avec la réalisation d’un petit film documentaire et d’animation sur la naissance du quartier. Le propos porte sur la crise du logement et la forme bâtie originale de Beaulieu.Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à cô (...)

Ainsi, le lien établi entre les différentes acceptions du terme de patrimoine (culturelle et notariale-immobilière) permet de conforter le constat fait en introduction d’une « patrimonialisation » des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Ce processus de « patrimonialisation » est complexe, car polyphonique : les nombreuses actions croisées, émanent d’acteurs très variés, de la puissance publique (État, Ville) aux associations d’habitants, en passant par des institutions comme l’organisme d’HLM, les écoles ou les équipements socioculturels de quartier. Mais le processus est aussi assez cacophonique. En effet, pour chacun de ces acteurs, les motivations sont variables et le patrimoine à valoriser ne recouvre pas les mêmes éléments. Ces éléments peuvent même être contradictoires voire hermétiques les uns par rapport aux autres. Par exemple, les mémoires des premiers locataires ayant connu la mixité sociale diffèrent de celles des derniers locataires de Montchovet ayant connu le « ghetto ». De même, les locataires sont globalement peu sensibles au patrimoine architectural tel que le valorisent la DRAC et Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire (si l’on en croit le profil des visiteurs – majoritairement des Stéphanois d’autres quartiers, et des scolaires).

La complexité du processus global de « patrimonialisation » comme les contradictions entre les démarches), n’est pas problématique en elle-même, et tendrait plutôt à être une richesse. Mais elle ne permet pas de comprendre au premier abord les tenants et aboutissants de la « patrimonialisation ». C’est donc à l’identification de ceux-ci que les lignes suivantes vont s’attacher, dans le but de mieux cerner la place et le rôle que les démarches habitantes tiennent et jouent dans la patrimonialisation.Récupération, instrumentalisation et délaissement des paroles des locataires : mémoire du mouvement HLM contre mémoires d’habitants

27La contextualisation historique, la présentation des acteurs et enjeux des démarches de valorisation de patrimoines et le recueil de matériaux réalisés permettent à présent, dans cette dernière partie, de donner du sens à cette association cacophonique entre grand ensemble et patrimoine, en en fournissant des clés d’explication. L’image peut être celle d’un « système » complexe (la « patrimonialisation »), dont les composantes (acteurs, motivations, initiatives) ont été démontées plus haut, et qu’il s’agit à présent de remonter pour en comprendre la logique d’ensemble. Puisqu’il s’agit d’un processus global de (re)valorisation, donc d’un bénéfice espéré, on peut se demander à qui profitent la « patrimonialisation » et les différentes démarches de valorisation qui la compose, dans leur cohérence d’ensemble éventuelle ? La réflexion doit porter en particulier sur la « patrimonialisation » de Beaulieu, puisque Montchovet n’existe presque plus.Dans une logique chère à la géographie sociale, celle du « renversement de l’ordre des facteurs » (Rochefort, 1982), c’est plus particulièrement autour de la question du peuplement (Morel-Journel, Sala-Pala, 2011) qu’une interprétation va être ici proposée, puisque, comme montré précedement, cette question est au cœur de l’histoire et de l’actualité des grands ensembles, et donc au cœur de leur « patrimonialisation ».Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine (...)

Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Ge (...)

Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétair (...)

Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.

La « patrimonialisation » des ensembles de logements sociaux est généralement associée à des initiatives de préservation du bâti, principalement en raison de son exemplarité architecturale. Mais ces initiatives apparaissent souvent aux organismes d’HLM comme discordantes avec les logiques de gestion, en particulier l’adaptation du bâti à la vie qui continue (évolutions sociales, vieillissement du cadre physique, etc.). Des cas nombreux, en région parisienne notamment, montrent que les organismes ne souhaitent en effet généralement pas voir leurs immeubles mis « sous cloche ». Toutefois, cette réticence à la « muséification » ne signifie pas insensibilité à l’architecture et aux spécificités du bâti. Au contraire, dans le cas de Beaulieu à Saint-Étienne, l’organisme paye même la pose de la plaque-label Patrimoine du XXe siècle (label sans incidence juridique ni exigence de restauration), et affirme avoir tenu à « faire des greffes qui vont dans le sens initial » lors des réhabilitations de 2000 et 2006 (matériaux, couleurs et modénatures des façades et des ascenseurs et passerelles construits, références aux années 1950 dans les fresques peintes). Mais ce respect de l’architecture moderne tient plus au fait que cette dernière a été l’outil, le signe et la matérialisation d’un projet sociopolitique lui-même moderne. Via ce que l’on nomme le « mouvement HLM », il s’agissait d’offrir un logement décent et confortable au plus grand nombre. Beaulieu, groupe HLM parmi les plus anciens produits sur le territoire stéphanois, est pour l’organisme propriétaire un symbole de l’institution et de ses missions. Occupé aujourd’hui encore par une population relativement mixte, il représente plus précisément un emblème et la mémoire de l’idée initiale d’un habitat social pour tous, et non pour les seuls démunis comme a pu le devenir Montchovet par exemple.Mais la démarche de valorisation des spécificités de Beaulieu par l’organisme va plus loin encore. D’une part son architecture adaptée à la colline sert de modèle pour la reconstruction (en cours) du grand ensemble de la Marandinière (200 logements) situé sur la colline voisine (jeu de symétrie inversée, illustration 7), et d’autre part une imitation de sa relative mixité sociale est tentée avec le découpage de cette nouvelle opération en statuts variés (locatif privé et public, accession sociale à la propriété). Beaulieu est ainsi un point d’appui, y compris donc au sens topographique, pour la « reconquête » du reste du parc de grands ensembles qui a connu une paupérisation de sa population. Ce grand ensemble est ainsi pour l’organisme et la Ville un modèle refondateur pour les Quartiers sud-est remodelés et reconstruits.En somme, un retour aux origines du mouvement HLM est tenté. Ce sont ce rapport au passé et cette sollicitation d’une « identité » du mouvement HLM qui donnent du corps à l’idée de patrimoine. Ainsi replacée dans la perspective des logiques de gestion par l’organisme HLM et ses partenaires institutionnels, la « patrimonialisation » des Quartiers sud-est apparaît donc à la fois comme l’expression des logiques qui ont porté la production de logements sociaux, et le levier de mise en cohérence de stratégies de réhabilitation matérielle et symbolique des grands ensembles du sud-est.Cette démarche de construction et de valorisation d’un patrimoine et d’une mémoire du mouvement HLM se développe contre la construction et la valorisation d’autres patrimoines et mémoires, notamment ceux des habitants. Le terme de « contre » est ici à prendre dans ses deux sens, à commencer par celui de proximité. En effet, cette « patrimonialisation » peut s’alimenter des démarches valorisant les témoignages et mémoires des plus anciens locataires, ceux ayant connu les premières heures des grands ensembles de Beaulieu et Montchovet et l’occupation initiale mixte à laquelle les gestionnaires tentent de revenir. De ce fait, l’organisme est partenaire de toutes les actions renvoyant au contexte de construction de Beaulieu et aux années de sa jeunesse (comme de celle des autres grands ensembles). L’appartement reconstitué des années 1950 avec son mobilier de catégories ouvrières et moyennes et son discours de visite signalant en creux l’occupation mixte initiale en est une bonne illustration : l’organisme met l’appartement à disposition et paye les travaux pour les murs et sols. D’autres actions allant dans le même sens comme l’ouvrage ou les films sur la construction de Beaulieu reçoivent un soutien bienveillant de l’organisme d’HLM. Il est possible de parler ici de récupération, voire en quelque sorte d’instrumentalisation.Le partenariat avec l’organisme, ou son soutien, permettent aux témoignages et mémoires d’habitants de la première heure (principalement locataires de Beaulieu et catégories moyennes et ouvrières) d’être recueillis et valorisés dans des supports soignés, durables et réalisés avec des moyens significatifs : des films, un ouvrage et l’appartement reconstitué des années 1950. Ce qui n’est pas le cas d’autres témoignages et mémoires d’habitants, en particulier ceux des locataires les plus pauvres et arrivés récemment. Car la démarche de valorisation d’une mémoire du mouvement HLM se développe en effet contre les mémoires d’habitants, c’est-à-dire aussi en opposition à ces dernières. Les mémoires qui ne renvoient pas à une occupation mixte ne bénéficient pas ou très peu du soutien de l’organisme d’HLM ou de la Ville, puisque le discours qu’elles produisent est discordant par rapport au discours institutionnel. Les récits de vie communautaire et dans la précarité d’habitants de Montchovet devenu « ghetto », et plus encore les récits de lutte face aux institutions pour l’équipement du quartier ou contre les démolitions, s’expriment alors dans des supports éphémères et réalisés sans moyen : prise de parole lors de « fêtes », impression de paroles sur support papier simple diffusées dans un cercle très restreint. Ces mémoires ne sont alors posées et exposées dans l’espace et le débat publics que de manière très discrète, ce qui ne peut les faire accéder à un statut de patrimoine pour d’autres acteurs que les seuls (ex)locataires concernés.

Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la r (...)Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », (...)Pour conclure, ce cas stéphanois rappelle que la « patrimonialisation » générale constatée en France touche aussi les marges de la ville. Le mouvement n’est pas neuf et a déjà été analysé pour la cité Tony Garnier à Lyon ou Firminy-Vert (Loire) par exemple. Chacun de ces cas montre à quel point le processus est complexe, avec notamment des acteurs nombreux (gestionnaires, institutions culturelles, habitants plus – Lyon – ou moins – Firminy – moteurs ou considérés…) et des motivations et finalités variées (culturelles, économiques, symboliques, etc.). Saint-Étienne n’échappe pas à cette complexité. Il a donc d’abord fallu s’attacher ici à trouver du sens à la démarche d’ensemble menée dans les Quartiers sud-est. L’analyse dans l’épaisseur historique a permis d’expliciter une entreprise globale portée par l’organisme propriétaire : Beaulieu, emblème de l’idée initiale d’un habitat social pour tous (et non pour les seuls démunis), est consolidé et imposé comme modèle pour la réhabilitation, dans ses aspects matériel et juridique, des grands ensembles paupérisés. C’est cette recherche de l’état initial qui donne le plus de sens à la « patrimonialisation », processus de valorisation tant symbolique que matériel.Une fois ce préalable posé, l’analyse a permis de montrer que cette démarche d’ensemble fait une place inégale aux différentes mémoires : celles des plus anciens locataires, aux profils ouvriers ou de catégories moyennes, sont recueillies et valorisées, alors que celles des habitants les plus précaires sont délaissées. Ainsi, les catégories d’habitants les plus populaires des Quartiers sud-est (pour partie significative d’origine maghrébine), fragilisées par la précarité, contraintes de faire face au relogement (et donc implicitement à la déconsidération de leur habitat par les institutions gestionnaires et l’opinion publique), voient aussi leur place dans la société questionnée dans le domaine symbolique par la thématique patrimoniale. Ces catégories sociales ne laissent pas ou peu de traces, alors que le champ mémoriel et patrimonial est pourtant bel et bien ouvert dans les quartiers populaires. Ce constat formulé à partir du cas stéphanois est partagé par les sociologues et géographes développant des analyses et perspectives de réflexion autour du droit au patrimoine, du caractère socialement sélectif de la construction du patrimoine et de la participation de ce dernier aux systèmes des inégalités (Veschambre, 2007, 2008 ; Pinçon-Charlot, Pinçon, 2007). ------ la ville de St-Etienne & les Quartiers Sud-Est Aujourd'hui :

Proposer de nouveaux logements dans une démarche environnementale forte. Dans la poursuite des opérations engagées depuis 2001 (démolition de la Muraille de Chine en 2000, implantation du CHPL, de l ’AIMV en 2005), une qualité résidentielle s'affirme progressivement au sein des quartiers Sud-Est, grâce à une nouvelle offre d'habitat variée (en forme comme en type de produits). Le dynamisme du quartier s'appuie sur l'accueil et le développement de services, d'activités économiques et d'équipements d'agglomération (centre nautique, Nouveau Théâtre de Beaulieu...) et de proximité (salles de sport, travaux dans les écoles). Les atouts paysagers du site sont pleinement exploités dans une démarche environnementale forte. L'aménagement des espaces libres et la requalification des axes structurants et de desserte renforcent les liaisons internes aux quartiers et les ouvrent sur l'ensemble de la ville. Beaulieu, un patrimoine de qualité, valorisé et adapté à ses occupants

40 logement ont été adaptés au vieillissement de leur occupants (bacs à douche, volets électriques, aménagement des ascenseurs, …). L'amélioration des espaces extérieurs, résidentiels ou publics (rue K.Marx, square Renoir, allée Clémenceau) viendra rendre plus conviviaux ces lieux de vie partagés. Petite Marandinière : une cité jardin qui se rénove en gardant son caractère Sur la Petite Marandinière, 320 logements de Métropole Habitat ont été rénovés. Les bâtiments ont été transformés pour arriver à 32 logements, avec création de T3, T4, et T5 en tenant compte de la rénovation thermique et du confort des logements. 54 logements ont été construits, répartis en 6 bâtiments à l'architecture contemporaine et fonctionnelle (surfaces généreuses, double ou triple orientation, terrasse ou loggia). En parallèle, les espaces publics ont été réaménagés dans une démarche environnementale durable et innovante : résidentialisation et embellissement des espaces extérieurs, traitement paysager d'ensemble, requalification des voiries et des circulations douces adaptées aux usages, gestion optimisée du stationnement et des eaux pluviales...Une nouvelle mixité pour le quartier : les maisons de ville "Jardins Sembat" 22 maisons de ville (du T3 au T5) ont été construites à l’angle de la rue Marcel Sembat et du boulevard de Fraissinette. Conçu et développé par l'équipe XXL-Civita-Spirit, ce projet se caractérise par la qualité de la construction (matériaux durables, aménagement soigné des espaces extérieurs…) et par la mise en valeur paysagère du site, ouvert sur les collines du Pilat. 3 types de maisons ont été proposées en location libre : maisons jumelées le long du boulevard de Fraissinette, maisons en pente en fond de parcelle adossée au talus, maisons patio au cœur de l’îlot. Un nouveau centre nautique sur le secteur Loti Souhaité par les habitants, exemplaire d’une démarche participative de coproduction, le centre nautique Yves Naime a été ouvert à l'été 2013, en remplacement de l'ancienne piscine de la Marandinière. Ce centre nautique comprend un bassin sportif (25m, 6 lignes d'eau), un bassin destiné aux activités ludiques (bains bouillonnants, aquagym...), une pataugoire et des plages extérieures.Grande Marandinière : un secteur d'habitat en développement . Après la démolition de la barre Sisley et celle en cours de la barre Féguide, c'est un nouveau quartier qui se dessine sur ce secteur. La reconfiguration de la rue Sisley en voie de promenade avec des vues en belvédère et l'aménagement d'une « coulée verte » ont profondément modifié le paysage urbain du secteur. Ce nouvel environnement a permis à Métropole Habitat de réaliser un programme immobilier de 27 logements locatifs. Dans ce bâtiment collectif moderne et fonctionnel, chaque logement comporte un espace extérieur privatif, balcon ou terrasse. Au rez-de-chaussée, des locaux d'activités (centre social espace-loisirs) ou de services sont déployés le long de la nouvelle rue Sisley. La Palle : des résidentialisations de qualité

La résidentialisation des immeubles du boulevard de la Palle apporte aux habitants de nouvelles terrasses privatives en rez-de-chaussée, des espaces en cœur d’îlots plus agréables, et de nouveaux parcours piétonniers avec aires de jeux. Elle s’accompagne de la réhabilitation des immeubles (réfection des façades, changement des garde-corps…). Des opérations de résidentialisation ont été menées immeuble par immeuble de 2006 à 2009. Elles permettent de définir les limites entre les parties publiques ouvertes à tous, et les parties privées. Des petits jardins privatifs sont ainsi aménagés pour chaque logement de rez-de-chaussée. Le Pont Aven : du logement social à haute performance environnementale

Développé par Métropole Habitat, le Pont-Aven est un exemple en matière de construction écologique. Il accueille 20 logements sociaux du T2 au T5. L’ensemble de la conception du bâtiment intègre des critères environnementaux : parois extérieures en brique mono-mur, eau chaude solaire, chauffage collectif au gaz naturel, ventilation intérieure à double flux pour une meilleure circulation de l’air, équipements électriques et sanitaires économes en énergie. La toiture végétalisée permet quant à elle une meilleure conservation de la fraîcheur en été, les auvents du toit protègent les fenêtres du soleil et les eaux de pluie seront récupérées pour arroser les espaces extérieurs…Résultat : une diminution des rejets en CO2 et une baisse significative des charges de chauffage pour les locataires. Favoriser l'accessibilité et les relations inter-quartiers Le réaménagement du boulevard de la Palle a favorisé une meilleure desserte du quartier en transports en commun. Une station de taxis, des pistes cyclables et des pelouses ont été aménagées le long du boulevard, sécurisant ainsi la traversée piétonne entre les terrasses Roinat et le centre hospitalier. A l'intérieur du quartier, la trame piétonnière a été développée dans le principe d'une continuité paysagère entre les différents secteurs. Initiée avec l’aménagement des terrasses Roinat, une coulée verte, nouveau poumon vert du quartier, facilitant la circulation des piétons et des cyclistes, relie désormais le boulevard de la Palle, et plus loin le bois d'Avaize, au Parc de l'Europe. - Après la seconde guerre mondiale, un immense chantier s'ouvre en France dans le but de loger massivement une population démunie, les réalisations des HLM en France et la lutte contre l'habitat indigne insalubre , le film parle de St-Etienne entre autre avec les Cités du soleil 1958 de Jean-Claude Sée : www.dailymotion.com/video/xgj74q . Jusqu'au milieu des années 1970, cette période dite des « Trente Glorieuses l'après guerre et montre la plupart des grandes réalisations de 1945 à 1960. A travers les exemples de la région parisienne et de quelques grandes villes françaises sont posé les problèmes de la diversité architecturale, de l'esthétique et de l'harmonie entre le passé et l'avenir. Les images montrent les grands ensembles de Beaulieu, la Marandiniére, à Saint-Etienne, la cité le Haut du Lièvre à Nancy, des cités à Sarcelles, Asnières, Bron-Parilly, Epinay, Pantin, Bobigny, la cité radieuse de Le Corbusier à Marseille, le front de mer à Royan, la video de l'Année 1962, une réalisation de Philippe Brunet içi www.dailymotion.com/video/xgj2zz » fut le terrain de nombreuses expérimentations architecturales et urbanistiques, fondées notamment sur les idées émises plus tôt dans le siècle par le Mouvement moderne.Aujourd'hui, ces ensembles bâtis sont au cœur d'une autre actualité, liée à leur adaptation à l'évolution des modes de vie de notre société contemporaine. Cette question qui se posa dès la fin des années 1970 apparaît sous un jour nouveau, avec les premières démolitions dans les années 1980 et, plus récemment, le vaste programme de réhabilitation mis en place dans le cadre de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain.

Après Les Grands Ensembles. Une histoire qui continue…, ce nouvel ouvrage, fruit de la collaboration entre l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Saint-Étienne et l'Université Jean Monnet, apporte un éclairage nouveau sur cet héritage bâti, mettant au jour simultanément la question de son vécu et celle des acteurs engagés dans son édification. En réunissant quinze auteurs spécialistes de ce domaine, il s'agit de regrouper autant de points de vue, pour comprendre la diversité et la complexité des enjeux liés à la postérité de ce bâti. - « Petite enquête sur Beaulieu – Le Rond-Point », La Tribune du centre et du sud-est, 13 octobre 1955 et « Le chantier de Beaulieu – Le Rond-Point (1ère tranche) sera terminé le 30 juin 1956 très exactement »,La Tribune du centre & du sud-est, 26 juin 1956 -

«St-Etienne, la place des grands ensembles dans l’histoire de l’habitat social français »Saint-Étienne/Beaulieu, au sud-est de l’agglomération, sur le versant sud de la colline de Beaulieu, en forte pente et d’aspect semi-rural, la cité de Beaulieu est mise à l’étude dès 1950. Elle débute en 1953 et comprend 1 221 logements, un groupe scolaire et 35 boutiques. Des parrains prestigieux et l’élite de l’architecture sté- phanoise sont mobilisés pour ce premier grand ensemble local.Tantôt les bâtiments suivent le dessin de la courbe de niveau 600, devenue rue Le Corbusier, tantôt ils s’installent perpendi-culairement à la pente, reliés à la rue par des passerelles ou de grands escaliers. A l’implantation exemplaire des bâtiments répond une maîtrise raffinée du végétal d’accompagnement, décliné selon les modes habituels aux squares urbains, avec une virtuosité étonnante dus aux talents de l’ingénieur des Services techniques de la ville, Jean Marc, associé à l’équipe de concep-tion dès l’origine de l’opération.

Le vocabulaire de l’art des jardins s’adapte au grand ensemble : les espaces sont découpés à partir des courbes de niveau et des allées, et caractérisés par un système de haies et de contre-haies (haies étagées doubles ou triples) constituées de troènes com-muns ou dorés, prunus, berbéris et buffets de laurier, et sont plantés d arbres rythmés et colorés (érables négundo et acacias), ou parfois fastigiés (la gamme d’arbres est d’ailleurs peu riche), selon un dessin géométrique et des alternances de couleurs. Ces espaces verts ne sont réalisés qu’à partir de 1964, après avoir été longtemps laissés en prairies fauchées. Cet état de fait, dû au départ à l’étirement des financements des projets d’espaces exté-rieurs, s’inscrivait aussi dans la logique de conception de notre ingénieur, qui pensait « qu’il était nécessaire de laisser vivre un groupe d’habitations avant de planter » – afin de reprendre notamment les chemins tracés par l’usage.Cette réalisation révèle le décalage entre les réflexions et les savoir-faire architecturaux et paysagers et exprime quelques traits caractéristiques de la pratique paysagiste. Le festonnage des haies qui jalonne les espaces extérieurs rejoint celui des collines boca- gères surplombant les bâtiments. Il rappelle le site environnant et inspirera plus tard l’AUA et Alexandre Chemetoff pour la réhabilitation du quartier de Montreynaud.Relevons que, sans l’action concertée des services de la ville et de l’office d’HLM, qui finança entièrement la réalisation des espaces verts, rien n’aurait été fait à cette époque, compte tenu du désintérêt pour cet aspect du projet des principaux responsables du chantier. « D’ailleurs, à cette époque, les architectes ne jouaient pas au paysagiste… », queleques superbes videos du Ministere de la Cohésion et des Territoires içi : .Naissance d'une banlieue mort d'un village 2000 www.dailymotion.com/video/x1a98izRéalisateur : Sidney Jézéquel Production : Les Films Roger Leenhardt Sujet : la commune de Goussainville (95) -Quatre murs et un toit 1953 www.dailymotion.com/video/xk6xui Scenario et réalisation Pierre Jallaud MRU (ministère de la reconstruction et de l'urbanisme) ----------------Le Bonheur est dans le béton www.dailymotion.com/video/x413amo - 2015 Documentaire réalisé par Lorenz Findeisen produit par Les Films du Tambour de Soie ---------------------Beaulieu par son constructeur la Cimaise :" Entre les années 50 et 60, et suite à la seconde guerre mondiale, la municipalité stéphanoise a vu sa population passée d’un peu moins de 180 000 habitants en 1950 à plus de 200 000 habitants dix ans plus tard en 1960. Cette forte augmentation de la population pouvait s’expliquer par le fort taux de natalité de cette époque (baby-boom), mais aussi par l’afflux de travailleurs de la classe ouvrière venus dans la grande cité stéphanoise pour trouver un travail. De ce fait, la construction d’un logement sain pour chaque ouvrier était devenue une priorité absolue pour les élus qui considéraient à raison que cela était une condition vitale dans le cadre de ce grand développement. Pour ce faire, la ville a lancé dans les années 50 une vaste opération de construction de barres d’habitation dans la zone de Beaulieu, destinée à fournir un logement à une population grandissante.---- Bâtir mieux plus vite et moins cher 1975 l'industrialisation du bâtiment et ses innovations : la préfabrication en usine, le coffrage glissant... www.dailymotion.com/video/xyjudq ---BEAULIEU une barre d’habitation innovante - A l’époque, avec une majorité d’architectes, les appartements modernes construits possédaient des cloisons lourdes empêchant toute modification interne ainsi que des espaces de renvoi sombres et non ventilés ressemblant à des alcôves.Mais à l’inverse, pour certains architectes précurseurs de la région à l’image d’Yves et Henri Gouyon, la modernité reflétait le gout de la clarté, de l’air, et du soleil, avec de larges horizons. Ainsi, ces derniers donnaient la priorité non pas aux façades qu’ils considéraient comme de simples élévations du plan, mais aux cellules d’habitations et à leur orientation. Dans cette optique, le bâtiment proposé par Henri Gouyon, qui était donc un partisan de l’espace ouvert moderne, supprimait les circulations et profitait de ce gain de place pour aménager de nouveaux espaces de vie communes. De plus, dans ces cellules d’habitations, les architectes ont tirés profit au maximum de la double orientation des appartements (ces derniers étaient traversant) avec par exemple l’accolement de balcons. Conception et réalisation d’un quartier entier. Pour le projet de Beaulieu, l’on confia la conception ainsi que la réalisation des interventions aux agences Henri et Yves Gouyon puis Yves Gouyon et associés. Ainsi, dés le milieu des années 50, des études concernant Beaulieu II – La Marandinière furent conduites, suivis de la construction du bâtiment entre 1957 et 1959. S’en suivit Beaulieu III – Montchovet entre 1962 et 1964, surnommé la « Muraille de Chine la plus grande barre d'Europe avec 540 appartements à sa livraison mi 1964, les chantiers de l'OPAC devenu Métropole-Habitat, www.ina.fr/video/LY00001263522 », qui comprenait entre autres, une barre de type HLM haute de 10 à 17 mètres et longue de 270 mètres, avec 560 logements. Suites à ces constructions, l’urbanisation des vallées et collines du sud-est de Saint-Etienne continua jusque dans les années 70 avec les séries de la Métare I, II, et III. Au total, ce sont plus de 8 000 logements, pour l’essentiel de type HLM, qui ont été construits durant cette période. Ces constructions ont également contribué à la création du parc de l’Europe et d’un boulevard circulaire qui servait de jonction entre les différents édifices et le centre-ville de la cité stéphanoise.Un projet pharaoniqueLe centre commercial fut un projet d’une dimension sans précédent pour la ville, plus grand centre commercial intra-urbain de la région Loire-Auvergne, avec 100 magasins, 1500 places de stationnement, 90 000 m² de surface, et sur 3 niveaux (4 niveaux avec la terrasse). Le 2 octobre 1979, CENTRE DEUX ouvre ses portes pour la première fois, et constitue une renaissance et un véritable tournant pour la ville. L’avis de l’architecteDe toutes les constructions de cette époque, Beaulieu est un des ensembles construits qui se porte le mieux si l’on en croit les nombreuses enquêtes menées auprès de la population de ces logements, dont certains l’occupe pratiquement depuis le début. Les arbres atteignent désormais le haut des immeubles, et la rue Le Corbusier adjacente a pris les allures « d’une banlieue des années 30 » avec un niveau d’urbanisme parfaitement acceptable. En conclusion, on peut parler pour cette construction d’un véritable savoir faire architectural et en quelques sortes d’art urbain. Ce projet a été récompensé par un prix d’urbanisme, mettant en valeur le travail en amont du projet. www.cimaise-architectes.com/realisations/divers/construct... cité HLM labellisée Patrimoine du XXeme siecle -"Il faut bien le dire, avant même d’être livré, Beaulieu est l' un des grands-ensembles, parmis 6 autres qui fasçinait en 1954..En effet c'etait le début de la longue & grande histoire des chantiers de l'Office Public de l'Aménagement et de la Construction* içi, ou à Montreynaud, Solaure, Monthieu etc ( l'OPAC l'office public de logements sociaux, devenu plus tard Métropole-Habitat, est la plus importante au niveau National, c'est la plus grosse boite d'HLM). Bref, les habituels promeneurs du coin genre les "Bois du Four (la Metare, le nom ançien, qui par ailleurs appartenait a Mme de Métarie une veuve riche qui légua son domaine soit "la Métare" à la ville, pour un Franc symbolique à l'epoque et aux CHU anciennement les HCL Hospiçes Civils de la Ville comme à Lyon... (on notera qu il y a des tas de logements en centre ville propriété du CHU)..se rendant le dimanche dans le Pilat ou à Rochetaillée et sur les collines* alentours (on en a 7 comme a Rome) font un léger détour par le chantier. Ils constatent alors de visu cet avancement des travaux que la presse qualifie de « belle prouesse ». Le rythme est en effet rapide : « un étage par semaine » pour certaines barres, comme le raconte un témoin. Les « grandes maisons », soient les immeubles de hauteur et nombre de logements importants (IGH), étant alors encore rares dans la ville, les Stéphanois n’y sont pas habitués@ les H.L.M. Beaulieu est la 1ere cité Stéphanoise de toutes,. Les barres de dix-sept et quatorze niveaux gises respectivement rues Gomy Herriot et de Vlaminck, ainsi que la tour de 22 niveaux au 33 rue Le-Corbusier,surprennent donc encore pire pour la plus grande barre d'Europe qui arrvera 7 ans plus tard, la Muraille qui mettront certains certaines à la renverse , le gigantisme à l'état brut, du lourd.... La référence qui vient à l’esprit de beaucoup ajoute à la fascination : l’Amérique. « C’est New-York ! c'est tres joile, tres vert... », se rappelle avoir pensé un habitant de la première harre...Mais plus que les immeubles, ce sont surtout les logements qui emportent l’adhésion des « heureux locataires », comme aime à les appeler la presse tout court. La satisfaction procurée aux habitants par l’hygiène et le confort des logements des Grands-Ensembles soit les quartiers NEUF est une information connue, les études de sciences humaines sur le sujet abondent. Aussi, pour le cas de Beaulieu devenu un cas d'Ecole idem pour Montchovet (Beaulieu3) et les transformations de la Marandiniere (Beaulieu2)...Les entretiens réalisés avec des locataires n’apportent pas sur ce point-ci d’éléments nouveaux :les premiers motifs de satisfaction invoqués sont, comme pour bien d’autres Grands-Ensembles Français, l’eau courante, le chauffage central dont sont pourvus les immeubles les plus hauts, les WC intérieurs et salles de bain, l’ensoleillement et la luminosité permis par l’orientation, la hauteur et la disposition des immeubles, les placards et les tout aussi pratiques balcons à parois séchoirs permettant de faire sécher le linge, hiver compris. Entretien avec François Tomas, géographe, spécialiste de l'aménagement urbain, et enseignant à l'université et à l'école d'architecture de Saint-Etienne. Il est notamment l'auteur des Grands Ensembles, une histoire qui continue (Publications de l'université de Saint-Etienne, 2003). Cet intellectuel a également mis la main à la pâte. Entre 1977 et 1983, il fut adjoint à l'urbanisme du maire communiste de l'époque, Joseph Sanguedolce. Engagé au PC de 1974 à 1985, il a, depuis, rejoint le Parti socialiste «comme militant de base» L"apres guerre...Que prévoit-on pour la reconstruction? Pas grand-chose. A la différence de la refonte spectaculaire du Havre, par exemple, on se contente ici de bâtir de petits immeubles, plus modernes bien sûr, mais sans réelle innovation architecturale ou urbanistique. Est-il vrai que Saint-Etienne, après guerre, traîne une réputation de «capitale des taudis»?C'est exact, et celle-ci n'est pas usurpée. En 1946, 7% seulement des logements sont jugés «confortables», et 17%, «acceptables»; 56% sont médiocres, et 20% peuvent véritablement être qualifiés de taudis: 1 logement sur 5 n'a pas d'eau à l'évier, les deux tiers ne disposent pas de WC, et 95%, de salle d'eau. Mais le problème n'a pas été créé par la guerre. Depuis la fin du XIXe siècle, Saint-Etienne a beaucoup grandi, mais très peu construit. Résultat: la ville a vieilli sur elle-même et se trouve après guerre dans une situation désastreuse, que les bombardements ont simplement aggravée. C'est alors qu'Alexandre de Fraissinette, maire élu en 1947, fixe le logement comme l'une de ses priorités.

Oui. Et ce ne sera pas un vain mot. Rendez-vous compte: on passe de 114 logements construits en 1948 à 531 en 1951, 1 085 en 1954, 1 694 en 1957 et même 2 932 en 1959! L'effort est gigantesque. Mais le changement est aussi qualitatif. A la fin des années 1940 et au début des années 1950, la France va connaître une rupture architecturale avec l'apparition des premiers grands ensembles. Saint-Etienne sera l'une des villes symboles de cette rupture. Comment cette nouvelle architecture est-elle accueillie? Très favorablement par les classes moyennes, beaucoup moins par les classes populaires. Cela paraît paradoxal, pour du logement social!Le paradoxe n'est qu'apparent. On l'a oublié aujourd'hui, mais les premiers grands ensembles sont réservés aux familles de moins de trois enfants ayant des revenus corrects, autrement dit aux classes moyennes. Alors que, depuis la guerre, celles-ci devaient se contenter d'une ou de deux pièces mal équipées, elles se voient soudain proposer des logements spacieux, avec de la verdure, de la lumière, une salle d'eau, des WC, le chauffage central. Cela leur paraît merveilleux! Les pauvres, eux, continuent de s'entasser dans de petits appartements sans confort, quand ce ne sont pas des taudis, en particulier à Tarentaize et à Beaubrun, ou des bidonvilles, du côté de Méons, près des puits de mine et des usines sidérurgiques. Ce n'est que plus tard, à partir des années 1970, que les grands ensembles seront prioritairement réservés aux pauvres et aux familles immigrées. Mais, dans les années 1950, les grands ensembles sont encore synonymes de progrès social. Et même au-delà. On est persuadé que ce nouvel habitat va entraîner le recul de la maladie, de la délinquance, voire de la mésentente entre les époux! Il existe ainsi une «commission du bonheur ou des grands ensembles»! On croit rêver...C'était l'ambiance de l'époque, avec ses utopies et ses excès. Pour les architectes, si l'un des repo

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

ans Martin | parcelles

Nans Martin | Cie les laboratoires animés

Vendredi 19 février à 18 h

Nans Martin

parcelles 1 h

CDC - Les Hivernales

 

Création - Première en Région

 

Nans Martin fait partie de ces jeunes chorégraphes qui prennent leur place dans le paysage chorégraphique français. A 30 ans à peine, son parcours laisse songeur : l’Opéra de Paris à 11 ans, diplômé du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, interprète pour William Forsythe notamment puis des expériences en Egypte et en Inde qui font naître en lui l’envie de créer. En 2012, il établit à Grasse la compagnie les laboratoires animés avec la volonté de faire du corps le nouveau territoire in situ de son écriture. L’influence de ce qui nous entoure sur notre mouvement, de la relation entre les hommes et de son impact sur les corps est au coeur de sa recherche. Pour parcelles, Nans Martin a imaginé trois duos distincts dans lesquels les corps se confrontent à leurs propres contraintes mettant à nu leur singularité. Mais le jeu des duos révèle aussi un langage chorégraphique qui naît de la présence de l’autre et des frontières à respecter ou à franchir : le plateau devient le lieu d’un huis clos perméable au monde.

 

Nans Martin est ne´ a` Grasse en 1984. Il commence a` danser tre`s jeune et sait rapidement qu’il veut en faire son me´tier. En 2005 il sort diplo^me´ du Conservatoire National Supe´rieur de Musique et de Danse de Paris en danse classique et en danse contemporaine. Apre`s une formation pre´-professionnelle (DANCE) dirige´e par William Forsythe, Angelin Preljocaj, Fre´de´ric Flamand et Wayne Mac Gregor, il participe avec The Forsythe Company a` la performance Human Writes en 2006 a` Dresde. A` 22 ans, Nans Martin s’installe au Caire pour travailler a` l’Opera House comme assistant chore´graphe et enseigne e´galement a` l’Egyptian Modern Dance Company ainsi qu’a` la Modern Dance School. En 2008, il part en Inde transmettre son expe´rience en tant que professeur de danse contemporaine et de composition chore´graphique aux danseurs de l’Attakkalari Dance Centre for Movements Arts de Bangalore. Tout cela fait nai^tre en lui l’envie de cre´er, afin d’exprimer par l’art ce qui le touche, ce qu’il parcourt, et enfin pouvoir le partager. Apre`s 3 ans de collaboration avec la danseuse Mathilde Rondet avec laquelle il se spe´cialise en cre´ation chore´graphique en milieu naturel et la cre´ation d’une Plateforme Artistique de Recherche Chore´graphique qui donnera lieu a` une pie`ce collective en 2012 (Echoes) il cre´e sa propre compagnie les laboratoires anime´s. En janvier 2014, co-produit par le The´a^tre de Grasse, il signe seul sa premie`re pie`ce, muo^. Il obtient le Prix Incandescences Beaumarchais- SACD pour cette cre´ation programme´e au Festival Les Incandescences. Suivra le projet parcelles en 2015 co-produit par Micadanses pour le Festival Faits d’Hiver.

 

Depuis le mois de septembre, Nans Martin et toute son e´quipe travaillent a` la cre´ation de

D’oeil et d’oubli dont la première aura au CDC - Les Hivernales en 2017.

 

A premiere opens in Provence

Nans Martin is one of the young choreographers who have made a name for themselves on the French dance scene. Just reaching 30, his career is already a dream: the Paris Opera at the age of 11, graduate of the National Conservatory for Music and Dance in Paris, performer for William Forsythe, and experiences in Egypt and India that have left him with a drive to create. In 2012, he set up Les laboratoires animés, with the firm intention of making the body the new territory where his writing would take root. The core of his research examines how our surroundings affect our movements and relationships between people, as well as their impact on the body. For parcelles, Nans Martin imagined three distinct duos where bodies are confronted with their own constraints, revealing their singularity. As these duos play out, they also reveal a choreographic language born from the presence of the Other, and borders that may or may not be crossed: the stage becomes a meeting place behind closed doors that is nonetheless permeable to the world.

 

Choreography created and written by Nans Martin Collaboration and performance by Guillaume Barre, Nans Martin, Martin Barré, Tatanka Gombaud, Claire Malchrowicz, Joan Vercoutere Live music by Sylvain Ollivier

  

Traduction Deborah Wirick

Coin Alma et Bellechasse, Montréal

 

« L’installation vidéo interactive «Façade» prend vie tous les soirs dans Rosemont–Petite-Patrie

De l’art pour mieux vivre le confinement

Le collectif artistique multidisciplinaire Slacheurs vous présente sa première création intitulée Façade. Créée en collaboration avec HUB Studio et Elevation IT, Façade est une installation vidéo interactive qui nous plonge au cœur d’un étrange récit dans lequel des personnages nous interpellent avec leurs regards, leurs gestes et leur singularité. Pensée pendant le confinement, Façade offre au spectateur une réflexion sur le décalage entre ce qu’il aspire être et ce qu’il n’arrive pas à atteindre.

Le public est invité à découvrir les personnages de Façade, qui habiteront la devanture du 200 rue Bellechasse Est, dans l’arrondissement de Rosemont–Petite-Patrie, tous les soirs entre 18 h et 23 h, et ce, jusqu’au 1er novembre 2020.

Utilisant la façade d’un édifice, l’histoire se révèle à travers l’apparence trompeuse, maquillée et « chirurgiée » des personnages de l’artiste internationale LouRie (Marie-Lou Desmeules). À travers un processus de transformation qui imite la chirurgie plastique, Lourie explore l’ambiguïté entre la beauté et la laideur qui participe à la complexité de la perception de soi. Utilisant de vraies personnes comme canevas, Lourie applique différents matériaux bruts et de la peinture pour sculpter de nouvelles personnalités archétypales qui ressemblent parfois à des icônes populaires connues.

Ce projet s'inscrit dans la programmation culturelle des Voies actives sécuritaires, financée dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal et de l’Entente Réflexe Montréal conclues entre la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec.

À propos du collectif Slacheurs

Slacheurs est un collectif d’artistes issus de différentes disciplines dont les membres fondateurs sont Frédéric Baune, Stéphanie Dubeau, Marie-Lou Desmeules, Miguel Legault, David Lobjoie et Nathalie Pelletier. Le concept interactif, consistant à animer la vidéo lorsqu’il y a du mouvement dans la rue, est une création de Gonzalo Soldi de Hub Studio »

 

www.journeesdelaculture.qc.ca/activites/facade-installati...

www.instagram.com/p/CGz-lTSFF5J/

www.lourie.co/contact.html

www.youtube.com/watch?v=lFXxU96nI8M

twitter.com/Memoire2cite #mémoire2cité #Ville #Architecture #Logementsocial #saintetienne #Beaulieu l'1 des six 1er #Grandensemble de FRANCE mise à l’étude dès 1950. Il débute en 1953 & comprend 1221 lgts, un groupe scolaire et 35 boutiques.Des parrains prestigieux et l’élite de l’architecture stéphanoise Hur/Gouyon/Farat www.twitter.com/Memoire2cite En ce milieu de décennie, le grand ensemble de Beaulieu à Saint-Etienne fête coup sur coup deux anniversaires symboliques : 2015 est l’année du soixantenaire de sa livraison, alors qu’avant cela 2013 correspond aux dix ans de l’obtention de son label Patrimoine du XXe siècle. Ce label inscrit Beaulieu dans un processus de valorisation patrimoniale par l’architecture, et le place ainsi en terrain laboratoire pour une réflexion sur la patrimonialisation des grands ensembles (Pouvreau, 2011 ; Kaddour, 2013).Cette labellisation n’est toutefois pas la seule démarche de valorisation patrimoniale et mémorielle conduite pour Beaulieu et les grands ensembles voisins : les années 2000 voient s’y multiplier les entreprises visant à identifier et valoriser d’une part les singularités architecturales et urbaines de Beaulieu, et d’autre part les récits de vie contrastés de différents groupes d’habitants des grands ensembles. La somme de ces entreprises patrimoniales et mémorielles, près d’une dizaine, conforte l’idée d’exemplarité des Quartiers sud-est de Saint-Étienne. D’autant plus que, dans l’histoire des grands ensembles français, ces Quartiers sont particulièrement précurseurs : Beaulieu est l’un des plus vieux de France, tandis que son voisin Montchovet est un pionnier de la politique de la Ville, puis de la rénovation urbaine et des travaux de deuil par le recueil de mémoires qui accompagnent cette dernière.Si l’on se place dans une perspective d’analyse des jeux d’acteurs, représentations et stratégies conditionnant les processus de fabrication du patrimoine, suivant en cela les approches traditionnellement menées par la géographie sociale (Gravari-Barbas, 2002 ; Veschambre, 2007 ; Hertzog, 2011), il est possible de s’interroger ici plus spécifiquement sur la place laissés aux mémoires plurielles d’habitants dans la définition et la valorisation de ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. La particularité de cette réflexion réside dans le fait de la placer au cœur de la rénovation urbaine qui fait l’actualité des grands ensembles.Les informations analysées ici ont été recueillies par une recherche documentaire (revue de presse, consultation d’archives administratives et de documents techniques), par la réalisation d’entretiens avec des représentants des différentes institutions et associations impliquées (directeurs successifs de l’organisme d’HLM, techniciens du service Urbanisme de la Ville, travailleurs sociaux et enseignants) ainsi qu’avec des habitants, et par des observations sur site (transformations spatiales).Un retour sur la livraison et l’évolution des Quartiers sud-est permettra dans un premier temps de donner la contextualisation nécessaire à la compréhension de ce qui se joue aujourd’hui. Cet historique permettra d’insérer ensuite dans l’épaisseur et la dynamique du temps long un inventaire espéré exhaustif des initiatives réalisées depuis le lancement de la rénovation urbaine par les différents acteurs institutionnels et associatifs. Cet inventaire est réalisé à partir d’une définition large de la notion de patrimoine, prise dans ses différentes acceptions notariale, immobilière et culturelle. Ces éléments contextuels et factuels collectés, il s’agira enfin, dans le dernier tiers de cette présentation, de les confronter et de les mettre en cohérence afin de proposer une interprétation sur ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne. Cela permettra une réflexion sur la place que les mémoires plurielles d’habitants y tiennent.

Quartiers sud-est de Saint-Étienne : des grands ensembles contrastés, des habitants divers

6Cette première partie a pour objet de présenter les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps d’en faire un historique. Il s’agit notamment, en plus de donner les éléments urbains et économiques propres à l’agglomération stéphanoise dans la grande région lyonnaise, de s’intéresser aux acteurs de la vie de ces grands ensembles depuis leur construction, en présentant les principales actions menées par les institutions gestionnaires, et en identifiant les principales catégories sociales d’habitants ayant successivement occupé les lieux. Au niveau des sources, cet historique s’appuie sur les travaux existants, complétés par des études techniques (dont le dossier de candidature au Grand projet de ville - GPV), une revue de presse et des entretiens avec les gestionnaires. L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbu (...)Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly ( (...)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Saint-Étienne se voit surnommée Capitale des taudis1 en raison des taux élevés de surpeuplement et d’insalubrité de son parc de logements. Cette crise du logement débute avec l’important développement industriel du XIXe siècle et la fulgurante croissance démographique qui l’accompagne : de 25 000 personnes après la Révolution française, la population stéphanoise passe à plus de 190 000 dans les années 1930. Or, la construction d’habitations par le patronat ne suit pas, les compagnies minières et métallurgiques se contentant de laisser les ouvriers se loger dans l’existant et les immeubles des artisans. Comme dans nombre de villes françaises, c’est la construction de grands ensembles au début des années 1950 qui permet de porter un coup décisif à cette crise tenace. La ville présente la particularité d’abriter l’un des six premiers grands ensembles de France : imaginé à partir de 1949, Beaulieu est construit entre 1953 et 1955 dans le cadre du plan national dit Courant2, et compte 1 262 logements HLM modernes et confortables. Il n’est que la première opération d’un plan plus vaste qui, pour ce qui concerne le seul sud-est de la ville, amène à la production de plus de 6 000 logements, dans les grands ensembles de Beaulieu II - Marandinière (1957-1959), Beaulieu III - Montchovet (1962-1965), Beaulieu IV - la Palle (1967-1970) et dans celui de la Métare en copropriété (1962-1974, voir illustration 1).C’est plus particulièrement sur les grands ensembles de Beaulieu et Montchovet, mitoyens, que l’attention va ici porter. Leurs formes divergent, puisque le premier compte 19 barres et une tour formant un ensemble urbain particulièrement soigné (illustration 2), alors que le second (1 266 logements) est composé de huit barres, certaines très imposantes, implantées simplement parallèlement ou perpendiculairement les unes aux autres. Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il (...)

9Leurs occupations initiales (Vant, 1974 ; Blanc, Bonilla, Tomas, 2003) sont par contre significativement proches, puisqu’ils accueillent tous deux très majoritairement des ouvriers de l’industrie (principalement qualifiés) et des fonctionnaires, soit des catégories sociales que l’on qualifierait aujourd’hui de moyennes (illustration 3)3. La crise du logement est en effet telle à Saint-Étienne que les demandes d’HLM émanent de catégories sociales très variées, et, pour les grands ensembles, l’office municipal gestionnaire sélectionne les locataires suivant leur solvabilité. Les plus pauvres des demandeurs de logements HLM, ainsi que les immigrés et familles originaires du Maghreb, quand ils sont accueillis, le sont dans des opérations de taille plus réduite, formant un habitat spécifique (Logements de première nécessité, Programmes sociaux de relogement, opération Million…). Autrement, ils occupent le parc de logements vieilli, insalubre ou précaire de la ville.

En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à (...)L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, paral (...) « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe q (...) « Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Cette occupation sociale des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne dure jusque dans la deuxième moitié des années 1970, à partir de laquelle Montchovet voit sa population se paupériser, suivant des mécanismes connus (Dubet F., Lapeyronnie D., 1992 ; Blanc J.-N., Bonilla M., Tomas F., 2003) : les catégories les plus aisées commencent à quitter Montchovet dès le milieu des années 1970, la suite de leur parcours résidentiel les menant vers l’achat d’un nouveau logement (ailleurs dans la ville puis dans le périurbain qui se développe) ; une partie des ménages restant sur place se voit quant à elle petit à petit frappée par la crise socio-économique et le chômage qui touchent durement l’agglomération. Le cas stéphanois présente toutefois la particularité de connaître un processus exacerbé, avec une politique ethnique affichée sans détour. À partir du milieu des années 1970, Montchovet accueillent en effet quelques ménages d’origine étrangère, venant du logement spécifique ou des quartiers insalubres du centre-ville en voie de résorption4. Un choix s’impose alors aux gestionnaires de Montchovet (Ville et office) : encourager le mouvement de paupérisation et d’« ethnicisation » ou le freiner5. La municipalité d’union de la gauche (1977-1983) tente de résister à ces évolutions en préparant avec les associations d’habitants une réhabilitation de Montchovet, retenue par l’État dans le cadre de la procédure Développement social des quartiers (DSQ, François Mitterand se rendant même lui-même à Montchovet pour une visite express), visant à maintenir les catégories moyennes dans le grand ensemble6. Mais la municipalité RPR-UDF élue à la suite (1983) réoriente le projet, avec d’une part un volet bâti axé non plus principalement sur les logements mais sur une réhabilitation lourde des façades (isolation colorée, percées et démolition très partielle), et d’autre par un volet social expérimentant une gestion ségrégative de la ville. Montchovet se voit en effet attribuer une fonction d’accueil de familles d’origine maghrébine et aux revenus peu élevés. Le maire affirme : « au risque de choquer, je dirais que vouloir l’intégration à tout prix est un non-sens car personne ne la veut d’un côté comme de l’autre […]. En revanche, je crois que vouloir faciliter les petits regroupements par ethnie serait préférable »7. La paupérisation de la population de Montchovet va grandissant tout au long des années 1980 et 1990, avec pour corollaire les problèmes sociaux et de gestion qui en font un « quartier sensible », le plus dur de la ville : précarité (98,3 % d’allocataires en 1996, taux de chômage de 34,3 %), échec scolaire, multiplication des actes d’incivilité et de délinquance (incendies nombreux de véhicules, agressions dont l’une tourne au drame), forte vacance de logements (68 % d’occupation totale en 1996)...La dévalorisation de Montchovet est telle qu’en 1995, à peine plus de dix ans après la signature de la convention DSQ, le maire fraîchement élu (Parti radical), ex-adjoint à l’urbanisme du maire précédent, fait de la démolition de l’immeuble symbole du quartier la première grande décision de son mandat. Cette barre, le bâtiment A surnommé Muraille de Chine du fait de ses 250 mètres de long environ, de ses seize niveaux dans sa partie la plus haute et de ses 526 logements à sa livraison, est démolie le 27 mai 2000 Le maire justifie cette démolition par un triple argumentaire : le rejet de l’immeuble par les Stéphanois (qu’il lit dans la vacance), la déconcentration des populations en difficulté (même si environ 70 % des locataires sont in fine relogés dans le grand ensemble et ses voisins) et l’échec des réhabilitations menées jusqu’ici. L’évènement est fortement médiatisé, à l’échelle locale mais aussi nationale, puisque le ministre de la Ville Claude Bartolone vient à Montchovet tenir un discours signifiant que cette démolition par implosion, la première d’une série ayant lieu en 2000, marque un tournant dans le traitement des grands ensembles, avec passage à la rénovation urbaine.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’ (...) « Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », Pendant que Montchovet glisse dans les difficultés, le grand ensemble voisin de Beaulieu connaît une évolution discrète et tranquille, voyant simplement sa population vieillir mais garder un caractère assez mixte8. Et au moment même où la Muraille de Chine est démolie s’achève à Beaulieu une réhabilitation (façade, parties communes, implantation d’ascenseurs) qui donne toute satisfaction aux locataires si l’on en croit la presse9 et le taux de vacance faible.Ainsi, à l’entrée dans le nouveau millénaire et un demi-siècle après leur lancement, le contraste dans l’occupation sociale et les actions entreprises par les gestionnaires entre Beaulieu et Montchovet montre que les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne constituent des héritages alors dans des situations et des perspectives très variées. C’est dans ce contexte qu’au long des années 2000 des opérations de valorisation se développent tous azimuts dans et pour les grands ensembles stéphanois.Valorisation de patrimoine(s) dans les grands ensembles : processus polyphonique, voire cacophonique.Cette deuxième partie a pour objet d’inventorier et de présenter les différentes initiatives de valorisation de patrimoines dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne, plus finement que cela n’a été fait en introduction. Deux éléments qualifient cet inventaire. D’une part, la notion de patrimoine est ici prise dans ses différentes acceptions, afin de viser l’exhaustivité. D’autre part, une attention particulière est bien sûr portée aux démarches à l’initiative d’habitants, ou en impliquant. Des entretiens avec les instigateurs des différentes démarches ont été conduits afin de saisir leurs tenants et aboutissants.La démolition de la Muraille de Chine ouvre la voie à un projet plus large encore. Soucieux d’enrayer le processus de dévalorisation de Montchovet, qui commence à s’étendre à certains immeubles des grands ensembles voisins (la Marandinière et la Palle), l’organisme d’HLM propriétaire, avec le soutien financier de la Ville, confie dès 2000 à l’urbaniste Loïc Josse la mission de définir un schéma directeur pour une intervention sur la totalité des grands ensembles HLM du sud-est (soit les grands ensembles HLM de Montchovet, Beaulieu, la Marandinière et la Palle). Les moyens de conduire cette intervention sur ce qui sera dénommé désormais les Quartiers sud-est sont trouvés d’abord dans un Grand projet de ville (2001), puis dans une convention ANRU (2005). Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine m (...)Dans le détail et pour la partie habitat10, les travaux mis en œuvre comprennent d’abord la démolition des plus grands immeubles (environ 500 logements, illustration 5), principalement à Montchovet (où il ne reste aujourd’hui plus qu’un sixième des logements initiaux) ; ensuite la reconstruction d’une douzaine d’immeubles de taille plus modeste, de statuts variés (HLM, locatif privé, propriété) et répondant à des demandes actuelles (développement durable, accès des logements sur l’extérieur avec des terrasses, etc.), ainsi que d’un lotissement de maisons mitoyennes ; enfin la réhabilitation des immeubles conservés, avec entretien courant des appartements et parties communes, à Beaulieu notamment.La stratégie d’intervention sur le spatial est à ranger du côté de la communication, puisqu’il s’agit de changer l’image des grands ensembles via un remodelage profond. L’objectif, quant à lui, se situe du côté du peuplement, avec trois dimensions. Il s’agit d’abord de déconcentrer les familles en difficulté (Montchovet). Des efforts sont aussi déployés pour maintenir sur place les habitants les plus aisés restés à Beaulieu ou ailleurs, avec notamment des travaux d’adaptation des logements au vieillissement des populations. Il s’agit enfin de tenter d’attirer dans des logements neufs des populations de profils sociaux plus élevés que ceux d’une partie des familles en place, soit les plus aisés des demandeurs HLM en termes de revenus, ainsi que des catégories moyennes (dans les logements privés). En espérant ensuite qu’une osmose s’opère entre immeubles anciens et les immeubles nouveaux, et populations anciennes et populations nouvelles. Le programme stéphanois est de ce point de vue exemplaire de ce qui se passe dans d’autres grands ensembles en France (Stébé, 2010 ; Donzelot, 2012).Ce programme est inscrit dans le Plan stratégique de patrimoine de l’organisme, soit un document qui, pour l’ensemble du parc, prévoit les interventions à mener dans le cadre d’une gestion pour les années voire les décennies à venir. Le terme de patrimoine est ainsi utilisé ici par l’organisme dans un sens immobilier et notarial : l’organisme fait in fine de la valorisation de patrimoine.Mais si l’on prend le terme dans son sens culturel, d’autres opérations de valorisation de patrimoine(s) sont menées durant la même décennie, selon trois étapes. Celles-ci impliquent toutes, d’une façon ou d’une autre, des habitants.

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet (...) École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties (...)Tout d’abord, l’annonce de la démolition de la Muraille de Chine engendre une série d’initiatives à ranger du côté du « travail de deuil, par lequel nous nous détachons des objets perdus de l'amour et de la haine »11. Ce sont en premier lieu l’école primaire et le collège situés tout à côté de la Muraille qui, constatant le malaise suscité chez les enfants par la démolition à venir, conduisent un travail de photographie, de dessin et d’écriture afin de permettre de « mettre des mots sur des maux », les enseignants instigateurs ayant identifiés des « traumatismes » causés par l’annonce de la démolition12. Les dessins (illustration 6), poèmes et récits réalisés, publiés en 1999 dans le livre Murmures de Muraille13 grâce aux moyens du Réseau d’éducation prioritaire, content principalement la douleur de voir l’immeuble disparaître, la crainte qu’inspire aux enfants la perte à venir des repères et habitudes, et une colère envers les décideurs engageant la démolition14.

« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logeme (...)« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient po (...)« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet rest (...) Présentation du film sur la pochette du DVD.Le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Je (...)Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé.Quelques semaines avant la démolition de l’immeuble, c’est cette fois-ci avec des adultes qu’un travail similaire est mené, sans moyen, à l’initiative des associations et structures socioculturelles. Dans le cadre d’une « fête » de quartier, les désormais anciens locataires sont invités à présenter et partager leurs souvenirs, notamment en les inscrivant sur de larges feuilles apposées sur les murs de l’école primaire. Ces feuilles ont été depuis perdues, mais en 2008, un dispositif semblable est reconduit, à l’occasion de la démolition d’un autre immeuble dans le même secteur. Aux dires des habitants présents lors des deux manifestations, les propos formulés sont sensiblement les mêmes. Ils sont cette fois-ci consignés par le centre social et reproduit dans un petit dossier papier 14 juin 2008, rue Pierre-Loti, 40 ans de souvenirs. Ils portent surtout sur le vivre-ensemble dans ce grand ensemble depuis l’uniformisation de la population, avec des récits de faits, pour certains anecdotiques, jugés positifs (la découverte du confort dans ces immeubles15, l’entraide entre voisins amis, les jeux d’enfants, les festivités et rites musulmans16) ou négatifs (la délinquance, le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, le traumatisme de la rénovation urbaine dans le quartier17). En somme, comme dans le cas de Murmures de Muraille, ces témoignages consignés et diffusés sont des éléments visibles d’une mémoire partagée d’un vivre-ensemble (communautaire), et d’une mémoire de difficultés quotidiennes et de luttes. Ces mémoires constituent un patrimoine immatériel. Enfin, quelques années après la démolition de l’immeuble, la mémoire d’anciens locataires est à nouveau sollicitée lorsque l’Opéra-Théâtre de la Ville de Saint-Étienne, qui dispose d’une Unité de production audiovisuelle, prend l’initiative de réaliser un film documentaire de 32 minutes sur « la réussite de la construction, l’échec de la restauration »18 et les raisons de la démolition de la Muraille de Chine19. L’équipe est animée par une double volonté de « garder une trace, puisque c’était un immeuble très singulier de Saint-Étienne » et de « traiter du ressenti de cette perte chez ses habitants »20. Le film prend le parti de s’appuyer très majoritairement sur des interviews. Les témoins sont toutefois principalement des locataires de la première heure21, si bien que ce sont donc surtout les premières années qui sont contées, avec la modernité de l’immeuble et la découverte du confort. Une place est toutefois laissée aussi à des récits de la lutte pour l’équipement du quartier (à sa livraison, pendant le DSQ) et contre sa relégation (pendant les années les plus difficiles).Ensuite, après ce travail de deuil, de recueil de témoignages et de valorisation de mémoires, une autre forme de valorisation de patrimoine culturel survient en 2003, avec la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu par le ministère de la Culture et de la Communication, en raison de ses spécificités bâties (forme organique de la composition, adaptation au relief, travail sur les parcs et jardins) et historiques (caractère pionnier, apport au quotidien domestique). Celles-ci sont identifiées depuis la fin des années 1980 par des travaux de l’École d’architecture et de l’Université de Saint-Étienne. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne.Enfin, deux ans après, à l’occasion du cinquantenaire du grand ensemble (2005), Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire22, chargé de la valorisation et l’animation du patrimoine stéphanois, réalise un projet intitulé Beaulieu, patrimoine urbain du XXe siècle, comprenant, outre la pose de la plaque-label, la pose d’une signalétique patrimoniale, l’édition d’un ouvrage sur l’histoire et les spécificités bâties du site et la reconstitution d’un appartement des années 1950 proposé à la visite. Ce dernier est réalisé avec l’aide d’habitants installés depuis l’origine : ils donnent ou prêtent la quasi-totalité des objets exposés, et font part de souvenirs qui permettent d’en concevoir le discours de visite. Celui-ci porte sur la découverte du confort moderne permise par les grands ensembles, sur le quotidien domestique dans les années 1950 (activités féminines, masculines, des enfants), mais également sur l’architecture et l’urbanisme des Trente glorieuses. L’école primaire de Beaulieu participe quant à elle à ce cinquantenaire, avec la réalisation d’un petit film documentaire et d’animation sur la naissance du quartier. Le propos porte sur la crise du logement et la forme bâtie originale de Beaulieu.Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à cô (...)Ainsi, le lien établi entre les différentes acceptions du terme de patrimoine (culturelle et notariale-immobilière)23 permet de conforter le constat fait en introduction d’une « patrimonialisation » des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Ce processus de « patrimonialisation » est complexe, car polyphonique : les nombreuses actions croisées, émanent d’acteurs très variés, de la puissance publique (État, Ville) aux associations d’habitants, en passant par des institutions comme l’organisme d’HLM, les écoles ou les équipements socioculturels de quartier. Mais le processus est aussi assez cacophonique. En effet, pour chacun de ces acteurs, les motivations sont variables et le patrimoine à valoriser ne recouvre pas les mêmes éléments. Ces éléments peuvent même être contradictoires voire hermétiques les uns par rapport aux autres. Par exemple, les mémoires des premiers locataires ayant connu la mixité sociale diffèrent de celles des derniers locataires de Montchovet ayant connu le « ghetto ». De même, les locataires sont globalement peu sensibles au patrimoine architectural tel que le valorisent la DRAC et Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire (si l’on en croit le profil des visiteurs – majoritairement des Stéphanois d’autres quartiers, et des scolaires).La complexité du processus global de « patrimonialisation » comme les contradictions entre les démarches), n’est pas problématique en elle-même, et tendrait plutôt à être une richesse. Mais elle ne permet pas de comprendre au premier abord les tenants et aboutissants de la « patrimonialisation ». C’est donc à l’identification de ceux-ci que les lignes suivantes vont s’attacher, dans le but de mieux cerner la place et le rôle que les démarches habitantes tiennent et jouent dans la patrimonialisation.Récupération, instrumentalisation et délaissement des paroles des locataires : mémoire du mouvement HLM contre mémoires d’habitants La contextualisation historique, la présentation des acteurs et enjeux des démarches de valorisation de patrimoines et le recueil de matériaux réalisés permettent à présent, dans cette dernière partie, de donner du sens à cette association cacophonique entre grand ensemble et patrimoine, en en fournissant des clés d’explication. L’image peut être celle d’un « système » complexe (la « patrimonialisation »), dont les composantes (acteurs, motivations, initiatives) ont été démontées plus haut, et qu’il s’agit à présent de remonter pour en comprendre la logique d’ensemble. Puisqu’il s’agit d’un processus global de (re)valorisation, donc d’un bénéfice espéré, on peut se demander à qui profitent la « patrimonialisation » et les différentes démarches de valorisation qui la compose, dans leur cohérence d’ensemble éventuelle ? La réflexion doit porter en particulier sur la « patrimonialisation » de Beaulieu, puisque Montchovet n’existe presque plus.Dans une logique chère à la géographie sociale, celle du « renversement de l’ordre des facteurs » (Rochefort, 1982), c’est plus particulièrement autour de la question du peuplement (Morel-Journel, Sala-Pala, 2011) qu’une interprétation va être ici proposée, puisque, comme montré précedement, cette question est au cœur de l’histoire et de l’actualité des grands ensembles, et donc au cœur de leur « patrimonialisation ». Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine (...) Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Ge (...) Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétair (...)Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.La « patrimonialisation » des ensembles de logements sociaux est généralement associée à des initiatives de préservation du bâti, principalement en raison de son exemplarité architecturale24. Mais ces initiatives apparaissent souvent aux organismes d’HLM comme discordantes avec les logiques de gestion, en particulier l’adaptation du bâti à la vie qui continue (évolutions sociales, vieillissement du cadre physique, etc.). Des cas nombreux, en région parisienne notamment25, montrent que les organismes ne souhaitent en effet généralement pas voir leurs immeubles mis « sous cloche »26. Toutefois, cette réticence à la « muséification » ne signifie pas insensibilité à l’architecture et aux spécificités du bâti. Au contraire, dans le cas de Beaulieu à Saint-Étienne, l’organisme paye même la pose de la plaque-label Patrimoine du XXe siècle (label sans incidence juridique ni exigence de restauration), et affirme avoir tenu à « faire des greffes qui vont dans le sens initial » lors des réhabilitations de 2000 et 2006 (matériaux, couleurs et modénatures des façades et des ascenseurs et passerelles construits, références aux années 1950 dans les fresques peintes). Mais ce respect de l’architecture moderne tient plus au fait que cette dernière a été l’outil, le signe et la matérialisation d’un projet sociopolitique lui-même moderne. Via ce que l’on nomme le « mouvement HLM », il s’agissait d’offrir un logement décent et confortable au plus grand nombre. Beaulieu, groupe HLM parmi les plus anciens produits sur le territoire stéphanois, est pour l’organisme propriétaire un symbole de l’institution et de ses missions. Occupé aujourd’hui encore par une population relativement mixte, il représente plus précisément un emblème et la mémoire de l’idée initiale d’un habitat social pour tous, et non pour les seuls démunis27 comme a pu le devenir Montchovet par exemple.Mais la démarche de valorisation des spécificités de Beaulieu par l’organisme va plus loin encore. D’une part son architecture adaptée à la colline sert de modèle pour la reconstruction (en cours) du grand ensemble de la Marandinière (200 logements) situé sur la colline voisine (jeu de symétrie inversée, illustration 7), et d’autre part une imitation de sa relative mixité sociale est tentée avec le découpage de cette nouvelle opération en statuts variés (locatif privé et public, accession sociale à la propriété). Beaulieu est ainsi un point d’appui, y compris donc au sens topographique, pour la « reconquête » du reste du parc de grands ensembles qui a connu une paupérisation de sa population. Ce grand ensemble est ainsi pour l’organisme et la Ville un modèle refondateur pour les Quartiers sud-est remodelés et reconstruits.En somme, un retour aux origines du mouvement HLM est tenté. Ce sont ce rapport au passé et cette sollicitation d’une « identité » du mouvement HLM qui donnent du corps à l’idée de patrimoine. Ainsi replacée dans la perspective des logiques de gestion par l’organisme HLM et ses partenaires institutionnels, la « patrimonialisation » des Quartiers sud-est apparaît donc à la fois comme l’expression des logiques qui ont porté la production de logements sociaux, et le levier de mise en cohérence de stratégies de réhabilitation matérielle et symbolique des grands ensembles du sud-est.Cette démarche de construction et de valorisation d’un patrimoine et d’une mémoire du mouvement HLM se développe contre la construction et la valorisation d’autres patrimoines et mémoires, notamment ceux des habitants. Le terme de « contre » est ici à prendre dans ses deux sens, à commencer par celui de proximité. En effet, cette « patrimonialisation » peut s’alimenter des démarches valorisant les témoignages et mémoires des plus anciens locataires, ceux ayant connu les premières heures des grands ensembles de Beaulieu et Montchovet et l’occupation initiale mixte à laquelle les gestionnaires tentent de revenir. De ce fait, l’organisme est partenaire de toutes les actions renvoyant au contexte de construction de Beaulieu et aux années de sa jeunesse (comme de celle des autres grands ensembles). L’appartement reconstitué des années 1950 avec son mobilier de catégories ouvrières et moyennes et son discours de visite signalant en creux l’occupation mixte initiale en est une bonne illustration : l’organisme met l’appartement à disposition et paye les travaux pour les murs et sols. D’autres actions allant dans le même sens comme l’ouvrage ou les films sur la construction de Beaulieu reçoivent un soutien bienveillant de l’organisme d’HLM. Il est possible de parler ici de récupération, voire en quelque sorte d’instrumentalisation.Le partenariat avec l’organisme, ou son soutien, permettent aux témoignages et mémoires d’habitants de la première heure (principalement locataires de Beaulieu et catégories moyennes et ouvrières) d’être recueillis et valorisés dans des supports soignés, durables et réalisés avec des moyens significatifs : des films, un ouvrage et l’appartement reconstitué des années 1950. Ce qui n’est pas le cas d’autres témoignages et mémoires d’habitants, en particulier ceux des locataires les plus pauvres et arrivés récemment. Car la démarche de valorisation d’une mémoire du mouvement HLM se développe en effet contre les mémoires d’habitants, c’est-à-dire aussi en opposition à ces dernières. Les mémoires qui ne renvoient pas à une occupation mixte ne bénéficient pas ou très peu du soutien de l’organisme d’HLM ou de la Ville, puisque le discours qu’elles produisent est discordant par rapport au discours institutionnel. Les récits de vie communautaire et dans la précarité d’habitants de Montchovet devenu « ghetto », et plus encore les récits de lutte face aux institutions pour l’équipement du quartier ou contre les démolitions, s’expriment alors dans des supports éphémères et réalisés sans moyen : prise de parole lors de « fêtes », impression de paroles sur support papier simple diffusées dans un cercle très restreint. Ces mémoires ne sont alors posées et exposées dans l’espace et le débat publics que de manière très discrète, ce qui ne peut les faire accéder à un statut de patrimoine pour d’autres acteurs que les seuls (ex)locataires concernés.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la r (...)Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », (...)Pour conclure, ce cas stéphanois rappelle que la « patrimonialisation » générale constatée en France touche aussi les marges de la ville. Le mouvement n’est pas neuf et a déjà été analysé pour la cité Tony Garnier à Lyon28 ou Firminy-Vert29 (Loire) par exemple. Chacun de ces cas montre à quel point le processus est complexe, avec notamment des acteurs nombreux (gestionnaires, institutions culturelles, habitants plus – Lyon – ou moins – Firminy – moteurs ou considérés…) et des motivations et finalités variées (culturelles, économiques, symboliques, etc.). Saint-Étienne n’échappe pas à cette complexité. Il a donc d’abord fallu s’attacher ici à trouver du sens à la démarche d’ensemble menée dans les Quartiers sud-est. L’analyse dans l’épaisseur historique a permis d’expliciter une entreprise globale portée par l’organisme propriétaire : Beaulieu, emblème de l’idée initiale d’un habitat social pour tous (et non pour les seuls démunis), est consolidé et imposé comme modèle pour la réhabilitation, dans ses aspects matériel et juridique, des grands ensembles paupérisés. C’est cette recherche de l’état initial qui donne le plus de sens à la « patrimonialisation », processus de valorisation tant symbolique que matériel.Une fois ce préalable posé, l’analyse a permis de montrer que cette démarche d’ensemble fait une place inégale aux différentes mémoires : celles des plus anciens locataires, aux profils ouvriers ou de catégories moyennes, sont recueillies et valorisées, alors que celles des habitants les plus précaires sont délaissées. Ainsi, les catégories d’habitants les plus populaires des Quartiers sud-est (pour partie significative d’origine maghrébine), fragilisées par la précarité, contraintes de faire face au relogement (et donc implicitement à la déconsidération de leur habitat par les institutions gestionnaires et l’opinion publique), voient aussi leur place dans la société questionnée dans le domaine symbolique par la thématique patrimoniale. Ces catégories sociales ne laissent pas ou peu de traces, alors que le champ mémoriel et patrimonial est pourtant bel et bien ouvert dans les quartiers populaires. Ce constat formulé à partir du cas stéphanois est partagé par les sociologues et géographes développant des analyses et perspectives de réflexion autour du droit au patrimoine, du caractère socialement sélectif de la construction du patrimoine et de la participation de ce dernier aux systèmes des inégalités (Veschambre, 2007, 2008 ; Pinçon-Charlot, Pinçon, 2007). Haut de page Bibliographie

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DOI : 10.4000/books.pur.42988 Notes L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbut et Geneviève Cortier. Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly (2 600 logements), Le Havre (1 400 logements) et Pantin (800 ogements). Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il accueille d’ailleurs à sa livraison les familles agrandies de Beaulieu. En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à cette date 40 % des chefs de ménages de Montchovet, contre moins de 3 % en 1972 (Thomas, 1992). L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, parallèlement, la réforme du logement de 1977 et ses effets, notamment ceux de l’Aide personnelle au logement, participent à paupériser la population du logement social en général et des grands ensembles réhabilités en particulier : l’augmentation des loyers liée aux travaux est, dans le budget des familles, absorbée par l’APL pour les ménages qui y ont droit, mais fait de fait fuir les familles les plus aisées qui ne peuvent y prétendre (Blanc J-N., Bonilla M., et Tomas F., 2003). « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe qui et se transformer en cité de l’Abbé Pierre ou en asile de nuit », affirme notamment l’élu président de l’office HLM. Compte-rendu du CA de l’office, 3 janvier 1979.

« Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’Amicale des locataires, mais aussi des observations et une pratique du terrain. Les statistiques n’ayant pas pu être obtenues auprès de l’organisme.« Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », La Tribune-Le Progrès, 15 décembre 1999.

Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine municipale, espaces publics…).

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet, 14 janvier 2009. École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Imprimerie Sud-Offset, La Ricamarie, 91 p. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties sans leur enlever leur cohérence. Ce poème donne toutefois un aperçu : « La Muraille va exploser, Il va y avoir de la fumée, Les gens vont tous déménager, La Muraille va se vider. Il n’y aura plus les cris des enfants, Qui sont tous les jours accompagnés par leur maman. Le marché ne sera plus rempli par les clients. Que va alors devenir le quartier maintenant, Sans les parents et leurs enfants ? La Muraille va exploser, Va-t-on laisser la moitié ? Ou le quart de la moitié ? C’est à vous de le demander. Car c’est vous qui y habitez. Qu’envisagez-vous de faire Pour que le quartier puisse vous plaire ? Il ne faut surtout pas se taire Car Montchovet nous est cher ».« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logement que j’ai qualifié d’emblée comme l’un des meilleurs de Saint-Étienne. Les pièces étaient confortables, lumineuses, grandes et propres ».« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient pour rentrer chez eux afin de prendre le repas du soir. Qu’après la rupture du jeûne, les pères se retrouvaient dans un local du gymnase Georges-Puillet autour d’un café ou d’un thé pour passer la soirée. Que pour la fête de l’Aïd, on se levait avec le soleil pour aller faire la prière de ce jour de fête au lieu de culte. Chacun arrivant avec des friandises diverses qui étaient ensuite partagées entre les participants, sans oublier les enfants qui étaient à l’extérieur ».« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet restera une légende gravée dans mon cœur ».

Présentation du film sur la pochette du DVD. le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Jean-Claude Parayre, Esplanade Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, 32 minutes.

Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne. Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à côté d’images de travaux et de dessins des nouvelles constructions figure un encadré sur la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu. Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine du XXe siècle ». Paris, Beaux arts éditions, 96 p. Comité des Grands prix nationaux de l’architecture, 2008. Faut-il protéger les grands ensembles ? Rapport de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, 125 p. Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Georges Candilis à Bobigny. Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétaire de Beaulieu.Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la ré-invention d’une cité HLM, Rapport pour leministère de l’Equipement et du Logement, 186 p. Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », dans : Guillot Xavier (dir.), Firminy, Le Corbusier en héritage, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, pp. 133-153. Veschambre V., 2000, « Firminy-Vert et le ‘site Le Corbusier’ : vers une esthétisation du grand ensemble ? », Cahiers de la Méditerranée, n°60, juin, pp. 133-156.

Espace Caboch'Arts, 9 rue de Trans, Draguignan

 

La contrainte, en plus du thème (en gros : la violence et comment on peut s'en remettre, si on peut dépasser le traumatisme, le sublimer par l'art), était d'y associer une phrase ou un texte, voici le mien :

 

J'ai rencontré beaucoup de personnes très abîmées par la vie qui géraient leurs traumatismes de manières toujours singulières mais qui restaient à jamais marquées par la violence subie. Je crois que subir la violence ne rend jamais plus fort, elle abîme l'être vivant si elle ne le tue pas.

L'éducation telle qu'elle est pratiquée jusqu'à aujourd'hui, au moins dans le monde occidental, est la première série de violences qui est infligée. Idéalement l'éducation canalise les pulsions en donnant à l'individu des moyens élaborés d'expression (parole, écriture, calcul, etc.). Mais l'éducation telle qu'elle est pratiquée de manière institutionnelle casse la singularité, la confiance en soi ou la créativité. Elle met l'enfant en route dans le troupeau dès son plus jeune âge pour lui faire intégrer les cadences qu'il devra subir presque toute sa vie ainsi que le rapport de subordination.à l'échelle de sa position sociale (classe, genre, race).

La violence individuelle est le reflet de la violence sociale, et je crois que les rares personnes capables de dépasser une violence traumatisante avaient acquis une bonne confiance en elles ou un certain degrés de créativité, avant que la violence n'arrive.

 

Derrière le sourire il y a les ruines de mon être.

 

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

twitter.com/Memoire2cite #mémoire2cité #Ville #Architecture #Logementsocial #saintetienne #Beaulieu l'1 des six 1er #Grandensemble de FRANCE mise à l’étude dès 1950. Il débute en 1953 & comprend 1221 lgts, un groupe scolaire et 35 boutiques.Des parrains prestigieux et l’élite de l’architecture stéphanoise Hur/Gouyon/Farat www.twitter.com/Memoire2cite En ce milieu de décennie, le grand ensemble de Beaulieu à Saint-Etienne fête coup sur coup deux anniversaires symboliques : 2015 est l’année du soixantenaire de sa livraison, alors qu’avant cela 2013 correspond aux dix ans de l’obtention de son label Patrimoine du XXe siècle. Ce label inscrit Beaulieu dans un processus de valorisation patrimoniale par l’architecture, et le place ainsi en terrain laboratoire pour une réflexion sur la patrimonialisation des grands ensembles (Pouvreau, 2011 ; Kaddour, 2013).Cette labellisation n’est toutefois pas la seule démarche de valorisation patrimoniale et mémorielle conduite pour Beaulieu et les grands ensembles voisins : les années 2000 voient s’y multiplier les entreprises visant à identifier et valoriser d’une part les singularités architecturales et urbaines de Beaulieu, et d’autre part les récits de vie contrastés de différents groupes d’habitants des grands ensembles. La somme de ces entreprises patrimoniales et mémorielles, près d’une dizaine, conforte l’idée d’exemplarité des Quartiers sud-est de Saint-Étienne. D’autant plus que, dans l’histoire des grands ensembles français, ces Quartiers sont particulièrement précurseurs : Beaulieu est l’un des plus vieux de France, tandis que son voisin Montchovet est un pionnier de la politique de la Ville, puis de la rénovation urbaine et des travaux de deuil par le recueil de mémoires qui accompagnent cette dernière.Si l’on se place dans une perspective d’analyse des jeux d’acteurs, représentations et stratégies conditionnant les processus de fabrication du patrimoine, suivant en cela les approches traditionnellement menées par la géographie sociale (Gravari-Barbas, 2002 ; Veschambre, 2007 ; Hertzog, 2011), il est possible de s’interroger ici plus spécifiquement sur la place laissés aux mémoires plurielles d’habitants dans la définition et la valorisation de ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. La particularité de cette réflexion réside dans le fait de la placer au cœur de la rénovation urbaine qui fait l’actualité des grands ensembles.Les informations analysées ici ont été recueillies par une recherche documentaire (revue de presse, consultation d’archives administratives et de documents techniques), par la réalisation d’entretiens avec des représentants des différentes institutions et associations impliquées (directeurs successifs de l’organisme d’HLM, techniciens du service Urbanisme de la Ville, travailleurs sociaux et enseignants) ainsi qu’avec des habitants, et par des observations sur site (transformations spatiales).Un retour sur la livraison et l’évolution des Quartiers sud-est permettra dans un premier temps de donner la contextualisation nécessaire à la compréhension de ce qui se joue aujourd’hui. Cet historique permettra d’insérer ensuite dans l’épaisseur et la dynamique du temps long un inventaire espéré exhaustif des initiatives réalisées depuis le lancement de la rénovation urbaine par les différents acteurs institutionnels et associatifs. Cet inventaire est réalisé à partir d’une définition large de la notion de patrimoine, prise dans ses différentes acceptions notariale, immobilière et culturelle. Ces éléments contextuels et factuels collectés, il s’agira enfin, dans le dernier tiers de cette présentation, de les confronter et de les mettre en cohérence afin de proposer une interprétation sur ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne. Cela permettra une réflexion sur la place que les mémoires plurielles d’habitants y tiennent.

Quartiers sud-est de Saint-Étienne : des grands ensembles contrastés, des habitants divers

6Cette première partie a pour objet de présenter les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps d’en faire un historique. Il s’agit notamment, en plus de donner les éléments urbains et économiques propres à l’agglomération stéphanoise dans la grande région lyonnaise, de s’intéresser aux acteurs de la vie de ces grands ensembles depuis leur construction, en présentant les principales actions menées par les institutions gestionnaires, et en identifiant les principales catégories sociales d’habitants ayant successivement occupé les lieux. Au niveau des sources, cet historique s’appuie sur les travaux existants, complétés par des études techniques (dont le dossier de candidature au Grand projet de ville - GPV), une revue de presse et des entretiens avec les gestionnaires. L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbu (...)Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly ( (...)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Saint-Étienne se voit surnommée Capitale des taudis1 en raison des taux élevés de surpeuplement et d’insalubrité de son parc de logements. Cette crise du logement débute avec l’important développement industriel du XIXe siècle et la fulgurante croissance démographique qui l’accompagne : de 25 000 personnes après la Révolution française, la population stéphanoise passe à plus de 190 000 dans les années 1930. Or, la construction d’habitations par le patronat ne suit pas, les compagnies minières et métallurgiques se contentant de laisser les ouvriers se loger dans l’existant et les immeubles des artisans. Comme dans nombre de villes françaises, c’est la construction de grands ensembles au début des années 1950 qui permet de porter un coup décisif à cette crise tenace. La ville présente la particularité d’abriter l’un des six premiers grands ensembles de France : imaginé à partir de 1949, Beaulieu est construit entre 1953 et 1955 dans le cadre du plan national dit Courant2, et compte 1 262 logements HLM modernes et confortables. Il n’est que la première opération d’un plan plus vaste qui, pour ce qui concerne le seul sud-est de la ville, amène à la production de plus de 6 000 logements, dans les grands ensembles de Beaulieu II - Marandinière (1957-1959), Beaulieu III - Montchovet (1962-1965), Beaulieu IV - la Palle (1967-1970) et dans celui de la Métare en copropriété (1962-1974, voir illustration 1).C’est plus particulièrement sur les grands ensembles de Beaulieu et Montchovet, mitoyens, que l’attention va ici porter. Leurs formes divergent, puisque le premier compte 19 barres et une tour formant un ensemble urbain particulièrement soigné (illustration 2), alors que le second (1 266 logements) est composé de huit barres, certaines très imposantes, implantées simplement parallèlement ou perpendiculairement les unes aux autres. Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il (...)

9Leurs occupations initiales (Vant, 1974 ; Blanc, Bonilla, Tomas, 2003) sont par contre significativement proches, puisqu’ils accueillent tous deux très majoritairement des ouvriers de l’industrie (principalement qualifiés) et des fonctionnaires, soit des catégories sociales que l’on qualifierait aujourd’hui de moyennes (illustration 3)3. La crise du logement est en effet telle à Saint-Étienne que les demandes d’HLM émanent de catégories sociales très variées, et, pour les grands ensembles, l’office municipal gestionnaire sélectionne les locataires suivant leur solvabilité. Les plus pauvres des demandeurs de logements HLM, ainsi que les immigrés et familles originaires du Maghreb, quand ils sont accueillis, le sont dans des opérations de taille plus réduite, formant un habitat spécifique (Logements de première nécessité, Programmes sociaux de relogement, opération Million…). Autrement, ils occupent le parc de logements vieilli, insalubre ou précaire de la ville.

En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à (...)L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, paral (...) « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe q (...) « Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Cette occupation sociale des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne dure jusque dans la deuxième moitié des années 1970, à partir de laquelle Montchovet voit sa population se paupériser, suivant des mécanismes connus (Dubet F., Lapeyronnie D., 1992 ; Blanc J.-N., Bonilla M., Tomas F., 2003) : les catégories les plus aisées commencent à quitter Montchovet dès le milieu des années 1970, la suite de leur parcours résidentiel les menant vers l’achat d’un nouveau logement (ailleurs dans la ville puis dans le périurbain qui se développe) ; une partie des ménages restant sur place se voit quant à elle petit à petit frappée par la crise socio-économique et le chômage qui touchent durement l’agglomération. Le cas stéphanois présente toutefois la particularité de connaître un processus exacerbé, avec une politique ethnique affichée sans détour. À partir du milieu des années 1970, Montchovet accueillent en effet quelques ménages d’origine étrangère, venant du logement spécifique ou des quartiers insalubres du centre-ville en voie de résorption4. Un choix s’impose alors aux gestionnaires de Montchovet (Ville et office) : encourager le mouvement de paupérisation et d’« ethnicisation » ou le freiner5. La municipalité d’union de la gauche (1977-1983) tente de résister à ces évolutions en préparant avec les associations d’habitants une réhabilitation de Montchovet, retenue par l’État dans le cadre de la procédure Développement social des quartiers (DSQ, François Mitterand se rendant même lui-même à Montchovet pour une visite express), visant à maintenir les catégories moyennes dans le grand ensemble6. Mais la municipalité RPR-UDF élue à la suite (1983) réoriente le projet, avec d’une part un volet bâti axé non plus principalement sur les logements mais sur une réhabilitation lourde des façades (isolation colorée, percées et démolition très partielle), et d’autre par un volet social expérimentant une gestion ségrégative de la ville. Montchovet se voit en effet attribuer une fonction d’accueil de familles d’origine maghrébine et aux revenus peu élevés. Le maire affirme : « au risque de choquer, je dirais que vouloir l’intégration à tout prix est un non-sens car personne ne la veut d’un côté comme de l’autre […]. En revanche, je crois que vouloir faciliter les petits regroupements par ethnie serait préférable »7. La paupérisation de la population de Montchovet va grandissant tout au long des années 1980 et 1990, avec pour corollaire les problèmes sociaux et de gestion qui en font un « quartier sensible », le plus dur de la ville : précarité (98,3 % d’allocataires en 1996, taux de chômage de 34,3 %), échec scolaire, multiplication des actes d’incivilité et de délinquance (incendies nombreux de véhicules, agressions dont l’une tourne au drame), forte vacance de logements (68 % d’occupation totale en 1996)...La dévalorisation de Montchovet est telle qu’en 1995, à peine plus de dix ans après la signature de la convention DSQ, le maire fraîchement élu (Parti radical), ex-adjoint à l’urbanisme du maire précédent, fait de la démolition de l’immeuble symbole du quartier la première grande décision de son mandat. Cette barre, le bâtiment A surnommé Muraille de Chine du fait de ses 250 mètres de long environ, de ses seize niveaux dans sa partie la plus haute et de ses 526 logements à sa livraison, est démolie le 27 mai 2000 Le maire justifie cette démolition par un triple argumentaire : le rejet de l’immeuble par les Stéphanois (qu’il lit dans la vacance), la déconcentration des populations en difficulté (même si environ 70 % des locataires sont in fine relogés dans le grand ensemble et ses voisins) et l’échec des réhabilitations menées jusqu’ici. L’évènement est fortement médiatisé, à l’échelle locale mais aussi nationale, puisque le ministre de la Ville Claude Bartolone vient à Montchovet tenir un discours signifiant que cette démolition par implosion, la première d’une série ayant lieu en 2000, marque un tournant dans le traitement des grands ensembles, avec passage à la rénovation urbaine.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’ (...) « Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », Pendant que Montchovet glisse dans les difficultés, le grand ensemble voisin de Beaulieu connaît une évolution discrète et tranquille, voyant simplement sa population vieillir mais garder un caractère assez mixte8. Et au moment même où la Muraille de Chine est démolie s’achève à Beaulieu une réhabilitation (façade, parties communes, implantation d’ascenseurs) qui donne toute satisfaction aux locataires si l’on en croit la presse9 et le taux de vacance faible.Ainsi, à l’entrée dans le nouveau millénaire et un demi-siècle après leur lancement, le contraste dans l’occupation sociale et les actions entreprises par les gestionnaires entre Beaulieu et Montchovet montre que les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne constituent des héritages alors dans des situations et des perspectives très variées. C’est dans ce contexte qu’au long des années 2000 des opérations de valorisation se développent tous azimuts dans et pour les grands ensembles stéphanois.Valorisation de patrimoine(s) dans les grands ensembles : processus polyphonique, voire cacophonique.Cette deuxième partie a pour objet d’inventorier et de présenter les différentes initiatives de valorisation de patrimoines dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne, plus finement que cela n’a été fait en introduction. Deux éléments qualifient cet inventaire. D’une part, la notion de patrimoine est ici prise dans ses différentes acceptions, afin de viser l’exhaustivité. D’autre part, une attention particulière est bien sûr portée aux démarches à l’initiative d’habitants, ou en impliquant. Des entretiens avec les instigateurs des différentes démarches ont été conduits afin de saisir leurs tenants et aboutissants.La démolition de la Muraille de Chine ouvre la voie à un projet plus large encore. Soucieux d’enrayer le processus de dévalorisation de Montchovet, qui commence à s’étendre à certains immeubles des grands ensembles voisins (la Marandinière et la Palle), l’organisme d’HLM propriétaire, avec le soutien financier de la Ville, confie dès 2000 à l’urbaniste Loïc Josse la mission de définir un schéma directeur pour une intervention sur la totalité des grands ensembles HLM du sud-est (soit les grands ensembles HLM de Montchovet, Beaulieu, la Marandinière et la Palle). Les moyens de conduire cette intervention sur ce qui sera dénommé désormais les Quartiers sud-est sont trouvés d’abord dans un Grand projet de ville (2001), puis dans une convention ANRU (2005). Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine m (...)Dans le détail et pour la partie habitat10, les travaux mis en œuvre comprennent d’abord la démolition des plus grands immeubles (environ 500 logements, illustration 5), principalement à Montchovet (où il ne reste aujourd’hui plus qu’un sixième des logements initiaux) ; ensuite la reconstruction d’une douzaine d’immeubles de taille plus modeste, de statuts variés (HLM, locatif privé, propriété) et répondant à des demandes actuelles (développement durable, accès des logements sur l’extérieur avec des terrasses, etc.), ainsi que d’un lotissement de maisons mitoyennes ; enfin la réhabilitation des immeubles conservés, avec entretien courant des appartements et parties communes, à Beaulieu notamment.La stratégie d’intervention sur le spatial est à ranger du côté de la communication, puisqu’il s’agit de changer l’image des grands ensembles via un remodelage profond. L’objectif, quant à lui, se situe du côté du peuplement, avec trois dimensions. Il s’agit d’abord de déconcentrer les familles en difficulté (Montchovet). Des efforts sont aussi déployés pour maintenir sur place les habitants les plus aisés restés à Beaulieu ou ailleurs, avec notamment des travaux d’adaptation des logements au vieillissement des populations. Il s’agit enfin de tenter d’attirer dans des logements neufs des populations de profils sociaux plus élevés que ceux d’une partie des familles en place, soit les plus aisés des demandeurs HLM en termes de revenus, ainsi que des catégories moyennes (dans les logements privés). En espérant ensuite qu’une osmose s’opère entre immeubles anciens et les immeubles nouveaux, et populations anciennes et populations nouvelles. Le programme stéphanois est de ce point de vue exemplaire de ce qui se passe dans d’autres grands ensembles en France (Stébé, 2010 ; Donzelot, 2012).Ce programme est inscrit dans le Plan stratégique de patrimoine de l’organisme, soit un document qui, pour l’ensemble du parc, prévoit les interventions à mener dans le cadre d’une gestion pour les années voire les décennies à venir. Le terme de patrimoine est ainsi utilisé ici par l’organisme dans un sens immobilier et notarial : l’organisme fait in fine de la valorisation de patrimoine.Mais si l’on prend le terme dans son sens culturel, d’autres opérations de valorisation de patrimoine(s) sont menées durant la même décennie, selon trois étapes. Celles-ci impliquent toutes, d’une façon ou d’une autre, des habitants.

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet (...) École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties (...)Tout d’abord, l’annonce de la démolition de la Muraille de Chine engendre une série d’initiatives à ranger du côté du « travail de deuil, par lequel nous nous détachons des objets perdus de l'amour et de la haine »11. Ce sont en premier lieu l’école primaire et le collège situés tout à côté de la Muraille qui, constatant le malaise suscité chez les enfants par la démolition à venir, conduisent un travail de photographie, de dessin et d’écriture afin de permettre de « mettre des mots sur des maux », les enseignants instigateurs ayant identifiés des « traumatismes » causés par l’annonce de la démolition12. Les dessins (illustration 6), poèmes et récits réalisés, publiés en 1999 dans le livre Murmures de Muraille13 grâce aux moyens du Réseau d’éducation prioritaire, content principalement la douleur de voir l’immeuble disparaître, la crainte qu’inspire aux enfants la perte à venir des repères et habitudes, et une colère envers les décideurs engageant la démolition14.

« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logeme (...)« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient po (...)« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet rest (...) Présentation du film sur la pochette du DVD.Le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Je (...)Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé.Quelques semaines avant la démolition de l’immeuble, c’est cette fois-ci avec des adultes qu’un travail similaire est mené, sans moyen, à l’initiative des associations et structures socioculturelles. Dans le cadre d’une « fête » de quartier, les désormais anciens locataires sont invités à présenter et partager leurs souvenirs, notamment en les inscrivant sur de larges feuilles apposées sur les murs de l’école primaire. Ces feuilles ont été depuis perdues, mais en 2008, un dispositif semblable est reconduit, à l’occasion de la démolition d’un autre immeuble dans le même secteur. Aux dires des habitants présents lors des deux manifestations, les propos formulés sont sensiblement les mêmes. Ils sont cette fois-ci consignés par le centre social et reproduit dans un petit dossier papier 14 juin 2008, rue Pierre-Loti, 40 ans de souvenirs. Ils portent surtout sur le vivre-ensemble dans ce grand ensemble depuis l’uniformisation de la population, avec des récits de faits, pour certains anecdotiques, jugés positifs (la découverte du confort dans ces immeubles15, l’entraide entre voisins amis, les jeux d’enfants, les festivités et rites musulmans16) ou négatifs (la délinquance, le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, le traumatisme de la rénovation urbaine dans le quartier17). En somme, comme dans le cas de Murmures de Muraille, ces témoignages consignés et diffusés sont des éléments visibles d’une mémoire partagée d’un vivre-ensemble (communautaire), et d’une mémoire de difficultés quotidiennes et de luttes. Ces mémoires constituent un patrimoine immatériel. Enfin, quelques années après la démolition de l’immeuble, la mémoire d’anciens locataires est à nouveau sollicitée lorsque l’Opéra-Théâtre de la Ville de Saint-Étienne, qui dispose d’une Unité de production audiovisuelle, prend l’initiative de réaliser un film documentaire de 32 minutes sur « la réussite de la construction, l’échec de la restauration »18 et les raisons de la démolition de la Muraille de Chine19. L’équipe est animée par une double volonté de « garder une trace, puisque c’était un immeuble très singulier de Saint-Étienne » et de « traiter du ressenti de cette perte chez ses habitants »20. Le film prend le parti de s’appuyer très majoritairement sur des interviews. Les témoins sont toutefois principalement des locataires de la première heure21, si bien que ce sont donc surtout les premières années qui sont contées, avec la modernité de l’immeuble et la découverte du confort. Une place est toutefois laissée aussi à des récits de la lutte pour l’équipement du quartier (à sa livraison, pendant le DSQ) et contre sa relégation (pendant les années les plus difficiles).Ensuite, après ce travail de deuil, de recueil de témoignages et de valorisation de mémoires, une autre forme de valorisation de patrimoine culturel survient en 2003, avec la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu par le ministère de la Culture et de la Communication, en raison de ses spécificités bâties (forme organique de la composition, adaptation au relief, travail sur les parcs et jardins) et historiques (caractère pionnier, apport au quotidien domestique). Celles-ci sont identifiées depuis la fin des années 1980 par des travaux de l’École d’architecture et de l’Université de Saint-Étienne. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne.Enfin, deux ans après, à l’occasion du cinquantenaire du grand ensemble (2005), Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire22, chargé de la valorisation et l’animation du patrimoine stéphanois, réalise un projet intitulé Beaulieu, patrimoine urbain du XXe siècle, comprenant, outre la pose de la plaque-label, la pose d’une signalétique patrimoniale, l’édition d’un ouvrage sur l’histoire et les spécificités bâties du site et la reconstitution d’un appartement des années 1950 proposé à la visite. Ce dernier est réalisé avec l’aide d’habitants installés depuis l’origine : ils donnent ou prêtent la quasi-totalité des objets exposés, et font part de souvenirs qui permettent d’en concevoir le discours de visite. Celui-ci porte sur la découverte du confort moderne permise par les grands ensembles, sur le quotidien domestique dans les années 1950 (activités féminines, masculines, des enfants), mais également sur l’architecture et l’urbanisme des Trente glorieuses. L’école primaire de Beaulieu participe quant à elle à ce cinquantenaire, avec la réalisation d’un petit film documentaire et d’animation sur la naissance du quartier. Le propos porte sur la crise du logement et la forme bâtie originale de Beaulieu.Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à cô (...)Ainsi, le lien établi entre les différentes acceptions du terme de patrimoine (culturelle et notariale-immobilière)23 permet de conforter le constat fait en introduction d’une « patrimonialisation » des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Ce processus de « patrimonialisation » est complexe, car polyphonique : les nombreuses actions croisées, émanent d’acteurs très variés, de la puissance publique (État, Ville) aux associations d’habitants, en passant par des institutions comme l’organisme d’HLM, les écoles ou les équipements socioculturels de quartier. Mais le processus est aussi assez cacophonique. En effet, pour chacun de ces acteurs, les motivations sont variables et le patrimoine à valoriser ne recouvre pas les mêmes éléments. Ces éléments peuvent même être contradictoires voire hermétiques les uns par rapport aux autres. Par exemple, les mémoires des premiers locataires ayant connu la mixité sociale diffèrent de celles des derniers locataires de Montchovet ayant connu le « ghetto ». De même, les locataires sont globalement peu sensibles au patrimoine architectural tel que le valorisent la DRAC et Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire (si l’on en croit le profil des visiteurs – majoritairement des Stéphanois d’autres quartiers, et des scolaires).La complexité du processus global de « patrimonialisation » comme les contradictions entre les démarches), n’est pas problématique en elle-même, et tendrait plutôt à être une richesse. Mais elle ne permet pas de comprendre au premier abord les tenants et aboutissants de la « patrimonialisation ». C’est donc à l’identification de ceux-ci que les lignes suivantes vont s’attacher, dans le but de mieux cerner la place et le rôle que les démarches habitantes tiennent et jouent dans la patrimonialisation.Récupération, instrumentalisation et délaissement des paroles des locataires : mémoire du mouvement HLM contre mémoires d’habitants La contextualisation historique, la présentation des acteurs et enjeux des démarches de valorisation de patrimoines et le recueil de matériaux réalisés permettent à présent, dans cette dernière partie, de donner du sens à cette association cacophonique entre grand ensemble et patrimoine, en en fournissant des clés d’explication. L’image peut être celle d’un « système » complexe (la « patrimonialisation »), dont les composantes (acteurs, motivations, initiatives) ont été démontées plus haut, et qu’il s’agit à présent de remonter pour en comprendre la logique d’ensemble. Puisqu’il s’agit d’un processus global de (re)valorisation, donc d’un bénéfice espéré, on peut se demander à qui profitent la « patrimonialisation » et les différentes démarches de valorisation qui la compose, dans leur cohérence d’ensemble éventuelle ? La réflexion doit porter en particulier sur la « patrimonialisation » de Beaulieu, puisque Montchovet n’existe presque plus.Dans une logique chère à la géographie sociale, celle du « renversement de l’ordre des facteurs » (Rochefort, 1982), c’est plus particulièrement autour de la question du peuplement (Morel-Journel, Sala-Pala, 2011) qu’une interprétation va être ici proposée, puisque, comme montré précedement, cette question est au cœur de l’histoire et de l’actualité des grands ensembles, et donc au cœur de leur « patrimonialisation ». Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine (...) Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Ge (...) Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétair (...)Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.La « patrimonialisation » des ensembles de logements sociaux est généralement associée à des initiatives de préservation du bâti, principalement en raison de son exemplarité architecturale24. Mais ces initiatives apparaissent souvent aux organismes d’HLM comme discordantes avec les logiques de gestion, en particulier l’adaptation du bâti à la vie qui continue (évolutions sociales, vieillissement du cadre physique, etc.). Des cas nombreux, en région parisienne notamment25, montrent que les organismes ne souhaitent en effet généralement pas voir leurs immeubles mis « sous cloche »26. Toutefois, cette réticence à la « muséification » ne signifie pas insensibilité à l’architecture et aux spécificités du bâti. Au contraire, dans le cas de Beaulieu à Saint-Étienne, l’organisme paye même la pose de la plaque-label Patrimoine du XXe siècle (label sans incidence juridique ni exigence de restauration), et affirme avoir tenu à « faire des greffes qui vont dans le sens initial » lors des réhabilitations de 2000 et 2006 (matériaux, couleurs et modénatures des façades et des ascenseurs et passerelles construits, références aux années 1950 dans les fresques peintes). Mais ce respect de l’architecture moderne tient plus au fait que cette dernière a été l’outil, le signe et la matérialisation d’un projet sociopolitique lui-même moderne. Via ce que l’on nomme le « mouvement HLM », il s’agissait d’offrir un logement décent et confortable au plus grand nombre. Beaulieu, groupe HLM parmi les plus anciens produits sur le territoire stéphanois, est pour l’organisme propriétaire un symbole de l’institution et de ses missions. Occupé aujourd’hui encore par une population relativement mixte, il représente plus précisément un emblème et la mémoire de l’idée initiale d’un habitat social pour tous, et non pour les seuls démunis27 comme a pu le devenir Montchovet par exemple.Mais la démarche de valorisation des spécificités de Beaulieu par l’organisme va plus loin encore. D’une part son architecture adaptée à la colline sert de modèle pour la reconstruction (en cours) du grand ensemble de la Marandinière (200 logements) situé sur la colline voisine (jeu de symétrie inversée, illustration 7), et d’autre part une imitation de sa relative mixité sociale est tentée avec le découpage de cette nouvelle opération en statuts variés (locatif privé et public, accession sociale à la propriété). Beaulieu est ainsi un point d’appui, y compris donc au sens topographique, pour la « reconquête » du reste du parc de grands ensembles qui a connu une paupérisation de sa population. Ce grand ensemble est ainsi pour l’organisme et la Ville un modèle refondateur pour les Quartiers sud-est remodelés et reconstruits.En somme, un retour aux origines du mouvement HLM est tenté. Ce sont ce rapport au passé et cette sollicitation d’une « identité » du mouvement HLM qui donnent du corps à l’idée de patrimoine. Ainsi replacée dans la perspective des logiques de gestion par l’organisme HLM et ses partenaires institutionnels, la « patrimonialisation » des Quartiers sud-est apparaît donc à la fois comme l’expression des logiques qui ont porté la production de logements sociaux, et le levier de mise en cohérence de stratégies de réhabilitation matérielle et symbolique des grands ensembles du sud-est.Cette démarche de construction et de valorisation d’un patrimoine et d’une mémoire du mouvement HLM se développe contre la construction et la valorisation d’autres patrimoines et mémoires, notamment ceux des habitants. Le terme de « contre » est ici à prendre dans ses deux sens, à commencer par celui de proximité. En effet, cette « patrimonialisation » peut s’alimenter des démarches valorisant les témoignages et mémoires des plus anciens locataires, ceux ayant connu les premières heures des grands ensembles de Beaulieu et Montchovet et l’occupation initiale mixte à laquelle les gestionnaires tentent de revenir. De ce fait, l’organisme est partenaire de toutes les actions renvoyant au contexte de construction de Beaulieu et aux années de sa jeunesse (comme de celle des autres grands ensembles). L’appartement reconstitué des années 1950 avec son mobilier de catégories ouvrières et moyennes et son discours de visite signalant en creux l’occupation mixte initiale en est une bonne illustration : l’organisme met l’appartement à disposition et paye les travaux pour les murs et sols. D’autres actions allant dans le même sens comme l’ouvrage ou les films sur la construction de Beaulieu reçoivent un soutien bienveillant de l’organisme d’HLM. Il est possible de parler ici de récupération, voire en quelque sorte d’instrumentalisation.Le partenariat avec l’organisme, ou son soutien, permettent aux témoignages et mémoires d’habitants de la première heure (principalement locataires de Beaulieu et catégories moyennes et ouvrières) d’être recueillis et valorisés dans des supports soignés, durables et réalisés avec des moyens significatifs : des films, un ouvrage et l’appartement reconstitué des années 1950. Ce qui n’est pas le cas d’autres témoignages et mémoires d’habitants, en particulier ceux des locataires les plus pauvres et arrivés récemment. Car la démarche de valorisation d’une mémoire du mouvement HLM se développe en effet contre les mémoires d’habitants, c’est-à-dire aussi en opposition à ces dernières. Les mémoires qui ne renvoient pas à une occupation mixte ne bénéficient pas ou très peu du soutien de l’organisme d’HLM ou de la Ville, puisque le discours qu’elles produisent est discordant par rapport au discours institutionnel. Les récits de vie communautaire et dans la précarité d’habitants de Montchovet devenu « ghetto », et plus encore les récits de lutte face aux institutions pour l’équipement du quartier ou contre les démolitions, s’expriment alors dans des supports éphémères et réalisés sans moyen : prise de parole lors de « fêtes », impression de paroles sur support papier simple diffusées dans un cercle très restreint. Ces mémoires ne sont alors posées et exposées dans l’espace et le débat publics que de manière très discrète, ce qui ne peut les faire accéder à un statut de patrimoine pour d’autres acteurs que les seuls (ex)locataires concernés.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la r (...)Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », (...)Pour conclure, ce cas stéphanois rappelle que la « patrimonialisation » générale constatée en France touche aussi les marges de la ville. Le mouvement n’est pas neuf et a déjà été analysé pour la cité Tony Garnier à Lyon28 ou Firminy-Vert29 (Loire) par exemple. Chacun de ces cas montre à quel point le processus est complexe, avec notamment des acteurs nombreux (gestionnaires, institutions culturelles, habitants plus – Lyon – ou moins – Firminy – moteurs ou considérés…) et des motivations et finalités variées (culturelles, économiques, symboliques, etc.). Saint-Étienne n’échappe pas à cette complexité. Il a donc d’abord fallu s’attacher ici à trouver du sens à la démarche d’ensemble menée dans les Quartiers sud-est. L’analyse dans l’épaisseur historique a permis d’expliciter une entreprise globale portée par l’organisme propriétaire : Beaulieu, emblème de l’idée initiale d’un habitat social pour tous (et non pour les seuls démunis), est consolidé et imposé comme modèle pour la réhabilitation, dans ses aspects matériel et juridique, des grands ensembles paupérisés. C’est cette recherche de l’état initial qui donne le plus de sens à la « patrimonialisation », processus de valorisation tant symbolique que matériel.Une fois ce préalable posé, l’analyse a permis de montrer que cette démarche d’ensemble fait une place inégale aux différentes mémoires : celles des plus anciens locataires, aux profils ouvriers ou de catégories moyennes, sont recueillies et valorisées, alors que celles des habitants les plus précaires sont délaissées. Ainsi, les catégories d’habitants les plus populaires des Quartiers sud-est (pour partie significative d’origine maghrébine), fragilisées par la précarité, contraintes de faire face au relogement (et donc implicitement à la déconsidération de leur habitat par les institutions gestionnaires et l’opinion publique), voient aussi leur place dans la société questionnée dans le domaine symbolique par la thématique patrimoniale. Ces catégories sociales ne laissent pas ou peu de traces, alors que le champ mémoriel et patrimonial est pourtant bel et bien ouvert dans les quartiers populaires. Ce constat formulé à partir du cas stéphanois est partagé par les sociologues et géographes développant des analyses et perspectives de réflexion autour du droit au patrimoine, du caractère socialement sélectif de la construction du patrimoine et de la participation de ce dernier aux systèmes des inégalités (Veschambre, 2007, 2008 ; Pinçon-Charlot, Pinçon, 2007). Haut de page Bibliographie

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DOI : 10.4000/books.pur.42988 Notes L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbut et Geneviève Cortier. Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly (2 600 logements), Le Havre (1 400 logements) et Pantin (800 ogements). Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il accueille d’ailleurs à sa livraison les familles agrandies de Beaulieu. En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à cette date 40 % des chefs de ménages de Montchovet, contre moins de 3 % en 1972 (Thomas, 1992). L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, parallèlement, la réforme du logement de 1977 et ses effets, notamment ceux de l’Aide personnelle au logement, participent à paupériser la population du logement social en général et des grands ensembles réhabilités en particulier : l’augmentation des loyers liée aux travaux est, dans le budget des familles, absorbée par l’APL pour les ménages qui y ont droit, mais fait de fait fuir les familles les plus aisées qui ne peuvent y prétendre (Blanc J-N., Bonilla M., et Tomas F., 2003). « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe qui et se transformer en cité de l’Abbé Pierre ou en asile de nuit », affirme notamment l’élu président de l’office HLM. Compte-rendu du CA de l’office, 3 janvier 1979.

« Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’Amicale des locataires, mais aussi des observations et une pratique du terrain. Les statistiques n’ayant pas pu être obtenues auprès de l’organisme.« Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », La Tribune-Le Progrès, 15 décembre 1999.

Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine municipale, espaces publics…).

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet, 14 janvier 2009. École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Imprimerie Sud-Offset, La Ricamarie, 91 p. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties sans leur enlever leur cohérence. Ce poème donne toutefois un aperçu : « La Muraille va exploser, Il va y avoir de la fumée, Les gens vont tous déménager, La Muraille va se vider. Il n’y aura plus les cris des enfants, Qui sont tous les jours accompagnés par leur maman. Le marché ne sera plus rempli par les clients. Que va alors devenir le quartier maintenant, Sans les parents et leurs enfants ? La Muraille va exploser, Va-t-on laisser la moitié ? Ou le quart de la moitié ? C’est à vous de le demander. Car c’est vous qui y habitez. Qu’envisagez-vous de faire Pour que le quartier puisse vous plaire ? Il ne faut surtout pas se taire Car Montchovet nous est cher ».« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logement que j’ai qualifié d’emblée comme l’un des meilleurs de Saint-Étienne. Les pièces étaient confortables, lumineuses, grandes et propres ».« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient pour rentrer chez eux afin de prendre le repas du soir. Qu’après la rupture du jeûne, les pères se retrouvaient dans un local du gymnase Georges-Puillet autour d’un café ou d’un thé pour passer la soirée. Que pour la fête de l’Aïd, on se levait avec le soleil pour aller faire la prière de ce jour de fête au lieu de culte. Chacun arrivant avec des friandises diverses qui étaient ensuite partagées entre les participants, sans oublier les enfants qui étaient à l’extérieur ».« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet restera une légende gravée dans mon cœur ».

Présentation du film sur la pochette du DVD. le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Jean-Claude Parayre, Esplanade Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, 32 minutes.

Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne. Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à côté d’images de travaux et de dessins des nouvelles constructions figure un encadré sur la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu. Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine du XXe siècle ». Paris, Beaux arts éditions, 96 p. Comité des Grands prix nationaux de l’architecture, 2008. Faut-il protéger les grands ensembles ? Rapport de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, 125 p. Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Georges Candilis à Bobigny. Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétaire de Beaulieu.Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la ré-invention d’une cité HLM, Rapport pour leministère de l’Equipement et du Logement, 186 p. Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », dans : Guillot Xavier (dir.), Firminy, Le Corbusier en héritage, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, pp. 133-153. Veschambre V., 2000, « Firminy-Vert et le ‘site Le Corbusier’ : vers une esthétisation du grand ensemble ? », Cahiers de la Méditerranée, n°60, juin, pp. 133-156.

Dans l'univers typé du flamenco, Bernardo Sandoval/ fait irruption, marqué par une singularité criante, une générosité et une intégrité sans borne…

 

Sur la trame canonisée du flamenco, il tisse des notes latinos, jazzy, afros et méditerranéennes, il œuvre à la reconnaissance de « son » flamenco dans le Monde.

 

Bernardo Sandoval est l'un des guitaristes emblématiques du Flamenco actuel. On lui doit notemment la bande originale du film Western pour lequel il a reçu le César de la meilleure musique.

 

Premier prix de guitare à la Unión et en Espagne, expérimentateur sonore ouvert à tous les vents mélodiques et rythmiques, il a notamment joué avec l'Orchestre national de Chambre de Toulouse, et dernièrement avec le groupe Béninois Jaya avec qui il a résidé une longue période au Togo.

 

Avec son récital Solo, Bernardo Sandoval retourne à l'essentiel de son art, l'émotion à l'état pur …

 

Concert à la cave poésie, Toulouse

 

Toute la série ... ICI...

 

Olympus OM-D + Canon FD 85 1.2

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

twitter.com/Memoire2cite #mémoire2cité #Ville #Architecture #Logementsocial #saintetienne #Beaulieu l'1 des six 1er #Grandensemble de FRANCE mise à l’étude dès 1950. Il débute en 1953 & comprend 1221 lgts, un groupe scolaire et 35 boutiques.Des parrains prestigieux et l’élite de l’architecture stéphanoise Hur/Gouyon/Farat www.twitter.com/Memoire2cite En ce milieu de décennie, le grand ensemble de Beaulieu à Saint-Etienne fête coup sur coup deux anniversaires symboliques : 2015 est l’année du soixantenaire de sa livraison, alors qu’avant cela 2013 correspond aux dix ans de l’obtention de son label Patrimoine du XXe siècle. Ce label inscrit Beaulieu dans un processus de valorisation patrimoniale par l’architecture, et le place ainsi en terrain laboratoire pour une réflexion sur la patrimonialisation des grands ensembles (Pouvreau, 2011 ; Kaddour, 2013).Cette labellisation n’est toutefois pas la seule démarche de valorisation patrimoniale et mémorielle conduite pour Beaulieu et les grands ensembles voisins : les années 2000 voient s’y multiplier les entreprises visant à identifier et valoriser d’une part les singularités architecturales et urbaines de Beaulieu, et d’autre part les récits de vie contrastés de différents groupes d’habitants des grands ensembles. La somme de ces entreprises patrimoniales et mémorielles, près d’une dizaine, conforte l’idée d’exemplarité des Quartiers sud-est de Saint-Étienne. D’autant plus que, dans l’histoire des grands ensembles français, ces Quartiers sont particulièrement précurseurs : Beaulieu est l’un des plus vieux de France, tandis que son voisin Montchovet est un pionnier de la politique de la Ville, puis de la rénovation urbaine et des travaux de deuil par le recueil de mémoires qui accompagnent cette dernière.Si l’on se place dans une perspective d’analyse des jeux d’acteurs, représentations et stratégies conditionnant les processus de fabrication du patrimoine, suivant en cela les approches traditionnellement menées par la géographie sociale (Gravari-Barbas, 2002 ; Veschambre, 2007 ; Hertzog, 2011), il est possible de s’interroger ici plus spécifiquement sur la place laissés aux mémoires plurielles d’habitants dans la définition et la valorisation de ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. La particularité de cette réflexion réside dans le fait de la placer au cœur de la rénovation urbaine qui fait l’actualité des grands ensembles.Les informations analysées ici ont été recueillies par une recherche documentaire (revue de presse, consultation d’archives administratives et de documents techniques), par la réalisation d’entretiens avec des représentants des différentes institutions et associations impliquées (directeurs successifs de l’organisme d’HLM, techniciens du service Urbanisme de la Ville, travailleurs sociaux et enseignants) ainsi qu’avec des habitants, et par des observations sur site (transformations spatiales).Un retour sur la livraison et l’évolution des Quartiers sud-est permettra dans un premier temps de donner la contextualisation nécessaire à la compréhension de ce qui se joue aujourd’hui. Cet historique permettra d’insérer ensuite dans l’épaisseur et la dynamique du temps long un inventaire espéré exhaustif des initiatives réalisées depuis le lancement de la rénovation urbaine par les différents acteurs institutionnels et associatifs. Cet inventaire est réalisé à partir d’une définition large de la notion de patrimoine, prise dans ses différentes acceptions notariale, immobilière et culturelle. Ces éléments contextuels et factuels collectés, il s’agira enfin, dans le dernier tiers de cette présentation, de les confronter et de les mettre en cohérence afin de proposer une interprétation sur ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne. Cela permettra une réflexion sur la place que les mémoires plurielles d’habitants y tiennent.

Quartiers sud-est de Saint-Étienne : des grands ensembles contrastés, des habitants divers

6Cette première partie a pour objet de présenter les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps d’en faire un historique. Il s’agit notamment, en plus de donner les éléments urbains et économiques propres à l’agglomération stéphanoise dans la grande région lyonnaise, de s’intéresser aux acteurs de la vie de ces grands ensembles depuis leur construction, en présentant les principales actions menées par les institutions gestionnaires, et en identifiant les principales catégories sociales d’habitants ayant successivement occupé les lieux. Au niveau des sources, cet historique s’appuie sur les travaux existants, complétés par des études techniques (dont le dossier de candidature au Grand projet de ville - GPV), une revue de presse et des entretiens avec les gestionnaires. L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbu (...)Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly ( (...)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Saint-Étienne se voit surnommée Capitale des taudis1 en raison des taux élevés de surpeuplement et d’insalubrité de son parc de logements. Cette crise du logement débute avec l’important développement industriel du XIXe siècle et la fulgurante croissance démographique qui l’accompagne : de 25 000 personnes après la Révolution française, la population stéphanoise passe à plus de 190 000 dans les années 1930. Or, la construction d’habitations par le patronat ne suit pas, les compagnies minières et métallurgiques se contentant de laisser les ouvriers se loger dans l’existant et les immeubles des artisans. Comme dans nombre de villes françaises, c’est la construction de grands ensembles au début des années 1950 qui permet de porter un coup décisif à cette crise tenace. La ville présente la particularité d’abriter l’un des six premiers grands ensembles de France : imaginé à partir de 1949, Beaulieu est construit entre 1953 et 1955 dans le cadre du plan national dit Courant2, et compte 1 262 logements HLM modernes et confortables. Il n’est que la première opération d’un plan plus vaste qui, pour ce qui concerne le seul sud-est de la ville, amène à la production de plus de 6 000 logements, dans les grands ensembles de Beaulieu II - Marandinière (1957-1959), Beaulieu III - Montchovet (1962-1965), Beaulieu IV - la Palle (1967-1970) et dans celui de la Métare en copropriété (1962-1974, voir illustration 1).C’est plus particulièrement sur les grands ensembles de Beaulieu et Montchovet, mitoyens, que l’attention va ici porter. Leurs formes divergent, puisque le premier compte 19 barres et une tour formant un ensemble urbain particulièrement soigné (illustration 2), alors que le second (1 266 logements) est composé de huit barres, certaines très imposantes, implantées simplement parallèlement ou perpendiculairement les unes aux autres. Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il (...)

9Leurs occupations initiales (Vant, 1974 ; Blanc, Bonilla, Tomas, 2003) sont par contre significativement proches, puisqu’ils accueillent tous deux très majoritairement des ouvriers de l’industrie (principalement qualifiés) et des fonctionnaires, soit des catégories sociales que l’on qualifierait aujourd’hui de moyennes (illustration 3)3. La crise du logement est en effet telle à Saint-Étienne que les demandes d’HLM émanent de catégories sociales très variées, et, pour les grands ensembles, l’office municipal gestionnaire sélectionne les locataires suivant leur solvabilité. Les plus pauvres des demandeurs de logements HLM, ainsi que les immigrés et familles originaires du Maghreb, quand ils sont accueillis, le sont dans des opérations de taille plus réduite, formant un habitat spécifique (Logements de première nécessité, Programmes sociaux de relogement, opération Million…). Autrement, ils occupent le parc de logements vieilli, insalubre ou précaire de la ville.

En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à (...)L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, paral (...) « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe q (...) « Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Cette occupation sociale des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne dure jusque dans la deuxième moitié des années 1970, à partir de laquelle Montchovet voit sa population se paupériser, suivant des mécanismes connus (Dubet F., Lapeyronnie D., 1992 ; Blanc J.-N., Bonilla M., Tomas F., 2003) : les catégories les plus aisées commencent à quitter Montchovet dès le milieu des années 1970, la suite de leur parcours résidentiel les menant vers l’achat d’un nouveau logement (ailleurs dans la ville puis dans le périurbain qui se développe) ; une partie des ménages restant sur place se voit quant à elle petit à petit frappée par la crise socio-économique et le chômage qui touchent durement l’agglomération. Le cas stéphanois présente toutefois la particularité de connaître un processus exacerbé, avec une politique ethnique affichée sans détour. À partir du milieu des années 1970, Montchovet accueillent en effet quelques ménages d’origine étrangère, venant du logement spécifique ou des quartiers insalubres du centre-ville en voie de résorption4. Un choix s’impose alors aux gestionnaires de Montchovet (Ville et office) : encourager le mouvement de paupérisation et d’« ethnicisation » ou le freiner5. La municipalité d’union de la gauche (1977-1983) tente de résister à ces évolutions en préparant avec les associations d’habitants une réhabilitation de Montchovet, retenue par l’État dans le cadre de la procédure Développement social des quartiers (DSQ, François Mitterand se rendant même lui-même à Montchovet pour une visite express), visant à maintenir les catégories moyennes dans le grand ensemble6. Mais la municipalité RPR-UDF élue à la suite (1983) réoriente le projet, avec d’une part un volet bâti axé non plus principalement sur les logements mais sur une réhabilitation lourde des façades (isolation colorée, percées et démolition très partielle), et d’autre par un volet social expérimentant une gestion ségrégative de la ville. Montchovet se voit en effet attribuer une fonction d’accueil de familles d’origine maghrébine et aux revenus peu élevés. Le maire affirme : « au risque de choquer, je dirais que vouloir l’intégration à tout prix est un non-sens car personne ne la veut d’un côté comme de l’autre […]. En revanche, je crois que vouloir faciliter les petits regroupements par ethnie serait préférable »7. La paupérisation de la population de Montchovet va grandissant tout au long des années 1980 et 1990, avec pour corollaire les problèmes sociaux et de gestion qui en font un « quartier sensible », le plus dur de la ville : précarité (98,3 % d’allocataires en 1996, taux de chômage de 34,3 %), échec scolaire, multiplication des actes d’incivilité et de délinquance (incendies nombreux de véhicules, agressions dont l’une tourne au drame), forte vacance de logements (68 % d’occupation totale en 1996)...La dévalorisation de Montchovet est telle qu’en 1995, à peine plus de dix ans après la signature de la convention DSQ, le maire fraîchement élu (Parti radical), ex-adjoint à l’urbanisme du maire précédent, fait de la démolition de l’immeuble symbole du quartier la première grande décision de son mandat. Cette barre, le bâtiment A surnommé Muraille de Chine du fait de ses 250 mètres de long environ, de ses seize niveaux dans sa partie la plus haute et de ses 526 logements à sa livraison, est démolie le 27 mai 2000 Le maire justifie cette démolition par un triple argumentaire : le rejet de l’immeuble par les Stéphanois (qu’il lit dans la vacance), la déconcentration des populations en difficulté (même si environ 70 % des locataires sont in fine relogés dans le grand ensemble et ses voisins) et l’échec des réhabilitations menées jusqu’ici. L’évènement est fortement médiatisé, à l’échelle locale mais aussi nationale, puisque le ministre de la Ville Claude Bartolone vient à Montchovet tenir un discours signifiant que cette démolition par implosion, la première d’une série ayant lieu en 2000, marque un tournant dans le traitement des grands ensembles, avec passage à la rénovation urbaine.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’ (...) « Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », Pendant que Montchovet glisse dans les difficultés, le grand ensemble voisin de Beaulieu connaît une évolution discrète et tranquille, voyant simplement sa population vieillir mais garder un caractère assez mixte8. Et au moment même où la Muraille de Chine est démolie s’achève à Beaulieu une réhabilitation (façade, parties communes, implantation d’ascenseurs) qui donne toute satisfaction aux locataires si l’on en croit la presse9 et le taux de vacance faible.Ainsi, à l’entrée dans le nouveau millénaire et un demi-siècle après leur lancement, le contraste dans l’occupation sociale et les actions entreprises par les gestionnaires entre Beaulieu et Montchovet montre que les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne constituent des héritages alors dans des situations et des perspectives très variées. C’est dans ce contexte qu’au long des années 2000 des opérations de valorisation se développent tous azimuts dans et pour les grands ensembles stéphanois.Valorisation de patrimoine(s) dans les grands ensembles : processus polyphonique, voire cacophonique.Cette deuxième partie a pour objet d’inventorier et de présenter les différentes initiatives de valorisation de patrimoines dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne, plus finement que cela n’a été fait en introduction. Deux éléments qualifient cet inventaire. D’une part, la notion de patrimoine est ici prise dans ses différentes acceptions, afin de viser l’exhaustivité. D’autre part, une attention particulière est bien sûr portée aux démarches à l’initiative d’habitants, ou en impliquant. Des entretiens avec les instigateurs des différentes démarches ont été conduits afin de saisir leurs tenants et aboutissants.La démolition de la Muraille de Chine ouvre la voie à un projet plus large encore. Soucieux d’enrayer le processus de dévalorisation de Montchovet, qui commence à s’étendre à certains immeubles des grands ensembles voisins (la Marandinière et la Palle), l’organisme d’HLM propriétaire, avec le soutien financier de la Ville, confie dès 2000 à l’urbaniste Loïc Josse la mission de définir un schéma directeur pour une intervention sur la totalité des grands ensembles HLM du sud-est (soit les grands ensembles HLM de Montchovet, Beaulieu, la Marandinière et la Palle). Les moyens de conduire cette intervention sur ce qui sera dénommé désormais les Quartiers sud-est sont trouvés d’abord dans un Grand projet de ville (2001), puis dans une convention ANRU (2005). Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine m (...)Dans le détail et pour la partie habitat10, les travaux mis en œuvre comprennent d’abord la démolition des plus grands immeubles (environ 500 logements, illustration 5), principalement à Montchovet (où il ne reste aujourd’hui plus qu’un sixième des logements initiaux) ; ensuite la reconstruction d’une douzaine d’immeubles de taille plus modeste, de statuts variés (HLM, locatif privé, propriété) et répondant à des demandes actuelles (développement durable, accès des logements sur l’extérieur avec des terrasses, etc.), ainsi que d’un lotissement de maisons mitoyennes ; enfin la réhabilitation des immeubles conservés, avec entretien courant des appartements et parties communes, à Beaulieu notamment.La stratégie d’intervention sur le spatial est à ranger du côté de la communication, puisqu’il s’agit de changer l’image des grands ensembles via un remodelage profond. L’objectif, quant à lui, se situe du côté du peuplement, avec trois dimensions. Il s’agit d’abord de déconcentrer les familles en difficulté (Montchovet). Des efforts sont aussi déployés pour maintenir sur place les habitants les plus aisés restés à Beaulieu ou ailleurs, avec notamment des travaux d’adaptation des logements au vieillissement des populations. Il s’agit enfin de tenter d’attirer dans des logements neufs des populations de profils sociaux plus élevés que ceux d’une partie des familles en place, soit les plus aisés des demandeurs HLM en termes de revenus, ainsi que des catégories moyennes (dans les logements privés). En espérant ensuite qu’une osmose s’opère entre immeubles anciens et les immeubles nouveaux, et populations anciennes et populations nouvelles. Le programme stéphanois est de ce point de vue exemplaire de ce qui se passe dans d’autres grands ensembles en France (Stébé, 2010 ; Donzelot, 2012).Ce programme est inscrit dans le Plan stratégique de patrimoine de l’organisme, soit un document qui, pour l’ensemble du parc, prévoit les interventions à mener dans le cadre d’une gestion pour les années voire les décennies à venir. Le terme de patrimoine est ainsi utilisé ici par l’organisme dans un sens immobilier et notarial : l’organisme fait in fine de la valorisation de patrimoine.Mais si l’on prend le terme dans son sens culturel, d’autres opérations de valorisation de patrimoine(s) sont menées durant la même décennie, selon trois étapes. Celles-ci impliquent toutes, d’une façon ou d’une autre, des habitants.

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet (...) École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties (...)Tout d’abord, l’annonce de la démolition de la Muraille de Chine engendre une série d’initiatives à ranger du côté du « travail de deuil, par lequel nous nous détachons des objets perdus de l'amour et de la haine »11. Ce sont en premier lieu l’école primaire et le collège situés tout à côté de la Muraille qui, constatant le malaise suscité chez les enfants par la démolition à venir, conduisent un travail de photographie, de dessin et d’écriture afin de permettre de « mettre des mots sur des maux », les enseignants instigateurs ayant identifiés des « traumatismes » causés par l’annonce de la démolition12. Les dessins (illustration 6), poèmes et récits réalisés, publiés en 1999 dans le livre Murmures de Muraille13 grâce aux moyens du Réseau d’éducation prioritaire, content principalement la douleur de voir l’immeuble disparaître, la crainte qu’inspire aux enfants la perte à venir des repères et habitudes, et une colère envers les décideurs engageant la démolition14.

« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logeme (...)« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient po (...)« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet rest (...) Présentation du film sur la pochette du DVD.Le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Je (...)Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé.Quelques semaines avant la démolition de l’immeuble, c’est cette fois-ci avec des adultes qu’un travail similaire est mené, sans moyen, à l’initiative des associations et structures socioculturelles. Dans le cadre d’une « fête » de quartier, les désormais anciens locataires sont invités à présenter et partager leurs souvenirs, notamment en les inscrivant sur de larges feuilles apposées sur les murs de l’école primaire. Ces feuilles ont été depuis perdues, mais en 2008, un dispositif semblable est reconduit, à l’occasion de la démolition d’un autre immeuble dans le même secteur. Aux dires des habitants présents lors des deux manifestations, les propos formulés sont sensiblement les mêmes. Ils sont cette fois-ci consignés par le centre social et reproduit dans un petit dossier papier 14 juin 2008, rue Pierre-Loti, 40 ans de souvenirs. Ils portent surtout sur le vivre-ensemble dans ce grand ensemble depuis l’uniformisation de la population, avec des récits de faits, pour certains anecdotiques, jugés positifs (la découverte du confort dans ces immeubles15, l’entraide entre voisins amis, les jeux d’enfants, les festivités et rites musulmans16) ou négatifs (la délinquance, le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, le traumatisme de la rénovation urbaine dans le quartier17). En somme, comme dans le cas de Murmures de Muraille, ces témoignages consignés et diffusés sont des éléments visibles d’une mémoire partagée d’un vivre-ensemble (communautaire), et d’une mémoire de difficultés quotidiennes et de luttes. Ces mémoires constituent un patrimoine immatériel. Enfin, quelques années après la démolition de l’immeuble, la mémoire d’anciens locataires est à nouveau sollicitée lorsque l’Opéra-Théâtre de la Ville de Saint-Étienne, qui dispose d’une Unité de production audiovisuelle, prend l’initiative de réaliser un film documentaire de 32 minutes sur « la réussite de la construction, l’échec de la restauration »18 et les raisons de la démolition de la Muraille de Chine19. L’équipe est animée par une double volonté de « garder une trace, puisque c’était un immeuble très singulier de Saint-Étienne » et de « traiter du ressenti de cette perte chez ses habitants »20. Le film prend le parti de s’appuyer très majoritairement sur des interviews. Les témoins sont toutefois principalement des locataires de la première heure21, si bien que ce sont donc surtout les premières années qui sont contées, avec la modernité de l’immeuble et la découverte du confort. Une place est toutefois laissée aussi à des récits de la lutte pour l’équipement du quartier (à sa livraison, pendant le DSQ) et contre sa relégation (pendant les années les plus difficiles).Ensuite, après ce travail de deuil, de recueil de témoignages et de valorisation de mémoires, une autre forme de valorisation de patrimoine culturel survient en 2003, avec la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu par le ministère de la Culture et de la Communication, en raison de ses spécificités bâties (forme organique de la composition, adaptation au relief, travail sur les parcs et jardins) et historiques (caractère pionnier, apport au quotidien domestique). Celles-ci sont identifiées depuis la fin des années 1980 par des travaux de l’École d’architecture et de l’Université de Saint-Étienne. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne.Enfin, deux ans après, à l’occasion du cinquantenaire du grand ensemble (2005), Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire22, chargé de la valorisation et l’animation du patrimoine stéphanois, réalise un projet intitulé Beaulieu, patrimoine urbain du XXe siècle, comprenant, outre la pose de la plaque-label, la pose d’une signalétique patrimoniale, l’édition d’un ouvrage sur l’histoire et les spécificités bâties du site et la reconstitution d’un appartement des années 1950 proposé à la visite. Ce dernier est réalisé avec l’aide d’habitants installés depuis l’origine : ils donnent ou prêtent la quasi-totalité des objets exposés, et font part de souvenirs qui permettent d’en concevoir le discours de visite. Celui-ci porte sur la découverte du confort moderne permise par les grands ensembles, sur le quotidien domestique dans les années 1950 (activités féminines, masculines, des enfants), mais également sur l’architecture et l’urbanisme des Trente glorieuses. L’école primaire de Beaulieu participe quant à elle à ce cinquantenaire, avec la réalisation d’un petit film documentaire et d’animation sur la naissance du quartier. Le propos porte sur la crise du logement et la forme bâtie originale de Beaulieu.Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à cô (...)Ainsi, le lien établi entre les différentes acceptions du terme de patrimoine (culturelle et notariale-immobilière)23 permet de conforter le constat fait en introduction d’une « patrimonialisation » des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Ce processus de « patrimonialisation » est complexe, car polyphonique : les nombreuses actions croisées, émanent d’acteurs très variés, de la puissance publique (État, Ville) aux associations d’habitants, en passant par des institutions comme l’organisme d’HLM, les écoles ou les équipements socioculturels de quartier. Mais le processus est aussi assez cacophonique. En effet, pour chacun de ces acteurs, les motivations sont variables et le patrimoine à valoriser ne recouvre pas les mêmes éléments. Ces éléments peuvent même être contradictoires voire hermétiques les uns par rapport aux autres. Par exemple, les mémoires des premiers locataires ayant connu la mixité sociale diffèrent de celles des derniers locataires de Montchovet ayant connu le « ghetto ». De même, les locataires sont globalement peu sensibles au patrimoine architectural tel que le valorisent la DRAC et Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire (si l’on en croit le profil des visiteurs – majoritairement des Stéphanois d’autres quartiers, et des scolaires).La complexité du processus global de « patrimonialisation » comme les contradictions entre les démarches), n’est pas problématique en elle-même, et tendrait plutôt à être une richesse. Mais elle ne permet pas de comprendre au premier abord les tenants et aboutissants de la « patrimonialisation ». C’est donc à l’identification de ceux-ci que les lignes suivantes vont s’attacher, dans le but de mieux cerner la place et le rôle que les démarches habitantes tiennent et jouent dans la patrimonialisation.Récupération, instrumentalisation et délaissement des paroles des locataires : mémoire du mouvement HLM contre mémoires d’habitants La contextualisation historique, la présentation des acteurs et enjeux des démarches de valorisation de patrimoines et le recueil de matériaux réalisés permettent à présent, dans cette dernière partie, de donner du sens à cette association cacophonique entre grand ensemble et patrimoine, en en fournissant des clés d’explication. L’image peut être celle d’un « système » complexe (la « patrimonialisation »), dont les composantes (acteurs, motivations, initiatives) ont été démontées plus haut, et qu’il s’agit à présent de remonter pour en comprendre la logique d’ensemble. Puisqu’il s’agit d’un processus global de (re)valorisation, donc d’un bénéfice espéré, on peut se demander à qui profitent la « patrimonialisation » et les différentes démarches de valorisation qui la compose, dans leur cohérence d’ensemble éventuelle ? La réflexion doit porter en particulier sur la « patrimonialisation » de Beaulieu, puisque Montchovet n’existe presque plus.Dans une logique chère à la géographie sociale, celle du « renversement de l’ordre des facteurs » (Rochefort, 1982), c’est plus particulièrement autour de la question du peuplement (Morel-Journel, Sala-Pala, 2011) qu’une interprétation va être ici proposée, puisque, comme montré précedement, cette question est au cœur de l’histoire et de l’actualité des grands ensembles, et donc au cœur de leur « patrimonialisation ». Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine (...) Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Ge (...) Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétair (...)Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.La « patrimonialisation » des ensembles de logements sociaux est généralement associée à des initiatives de préservation du bâti, principalement en raison de son exemplarité architecturale24. Mais ces initiatives apparaissent souvent aux organismes d’HLM comme discordantes avec les logiques de gestion, en particulier l’adaptation du bâti à la vie qui continue (évolutions sociales, vieillissement du cadre physique, etc.). Des cas nombreux, en région parisienne notamment25, montrent que les organismes ne souhaitent en effet généralement pas voir leurs immeubles mis « sous cloche »26. Toutefois, cette réticence à la « muséification » ne signifie pas insensibilité à l’architecture et aux spécificités du bâti. Au contraire, dans le cas de Beaulieu à Saint-Étienne, l’organisme paye même la pose de la plaque-label Patrimoine du XXe siècle (label sans incidence juridique ni exigence de restauration), et affirme avoir tenu à « faire des greffes qui vont dans le sens initial » lors des réhabilitations de 2000 et 2006 (matériaux, couleurs et modénatures des façades et des ascenseurs et passerelles construits, références aux années 1950 dans les fresques peintes). Mais ce respect de l’architecture moderne tient plus au fait que cette dernière a été l’outil, le signe et la matérialisation d’un projet sociopolitique lui-même moderne. Via ce que l’on nomme le « mouvement HLM », il s’agissait d’offrir un logement décent et confortable au plus grand nombre. Beaulieu, groupe HLM parmi les plus anciens produits sur le territoire stéphanois, est pour l’organisme propriétaire un symbole de l’institution et de ses missions. Occupé aujourd’hui encore par une population relativement mixte, il représente plus précisément un emblème et la mémoire de l’idée initiale d’un habitat social pour tous, et non pour les seuls démunis27 comme a pu le devenir Montchovet par exemple.Mais la démarche de valorisation des spécificités de Beaulieu par l’organisme va plus loin encore. D’une part son architecture adaptée à la colline sert de modèle pour la reconstruction (en cours) du grand ensemble de la Marandinière (200 logements) situé sur la colline voisine (jeu de symétrie inversée, illustration 7), et d’autre part une imitation de sa relative mixité sociale est tentée avec le découpage de cette nouvelle opération en statuts variés (locatif privé et public, accession sociale à la propriété). Beaulieu est ainsi un point d’appui, y compris donc au sens topographique, pour la « reconquête » du reste du parc de grands ensembles qui a connu une paupérisation de sa population. Ce grand ensemble est ainsi pour l’organisme et la Ville un modèle refondateur pour les Quartiers sud-est remodelés et reconstruits.En somme, un retour aux origines du mouvement HLM est tenté. Ce sont ce rapport au passé et cette sollicitation d’une « identité » du mouvement HLM qui donnent du corps à l’idée de patrimoine. Ainsi replacée dans la perspective des logiques de gestion par l’organisme HLM et ses partenaires institutionnels, la « patrimonialisation » des Quartiers sud-est apparaît donc à la fois comme l’expression des logiques qui ont porté la production de logements sociaux, et le levier de mise en cohérence de stratégies de réhabilitation matérielle et symbolique des grands ensembles du sud-est.Cette démarche de construction et de valorisation d’un patrimoine et d’une mémoire du mouvement HLM se développe contre la construction et la valorisation d’autres patrimoines et mémoires, notamment ceux des habitants. Le terme de « contre » est ici à prendre dans ses deux sens, à commencer par celui de proximité. En effet, cette « patrimonialisation » peut s’alimenter des démarches valorisant les témoignages et mémoires des plus anciens locataires, ceux ayant connu les premières heures des grands ensembles de Beaulieu et Montchovet et l’occupation initiale mixte à laquelle les gestionnaires tentent de revenir. De ce fait, l’organisme est partenaire de toutes les actions renvoyant au contexte de construction de Beaulieu et aux années de sa jeunesse (comme de celle des autres grands ensembles). L’appartement reconstitué des années 1950 avec son mobilier de catégories ouvrières et moyennes et son discours de visite signalant en creux l’occupation mixte initiale en est une bonne illustration : l’organisme met l’appartement à disposition et paye les travaux pour les murs et sols. D’autres actions allant dans le même sens comme l’ouvrage ou les films sur la construction de Beaulieu reçoivent un soutien bienveillant de l’organisme d’HLM. Il est possible de parler ici de récupération, voire en quelque sorte d’instrumentalisation.Le partenariat avec l’organisme, ou son soutien, permettent aux témoignages et mémoires d’habitants de la première heure (principalement locataires de Beaulieu et catégories moyennes et ouvrières) d’être recueillis et valorisés dans des supports soignés, durables et réalisés avec des moyens significatifs : des films, un ouvrage et l’appartement reconstitué des années 1950. Ce qui n’est pas le cas d’autres témoignages et mémoires d’habitants, en particulier ceux des locataires les plus pauvres et arrivés récemment. Car la démarche de valorisation d’une mémoire du mouvement HLM se développe en effet contre les mémoires d’habitants, c’est-à-dire aussi en opposition à ces dernières. Les mémoires qui ne renvoient pas à une occupation mixte ne bénéficient pas ou très peu du soutien de l’organisme d’HLM ou de la Ville, puisque le discours qu’elles produisent est discordant par rapport au discours institutionnel. Les récits de vie communautaire et dans la précarité d’habitants de Montchovet devenu « ghetto », et plus encore les récits de lutte face aux institutions pour l’équipement du quartier ou contre les démolitions, s’expriment alors dans des supports éphémères et réalisés sans moyen : prise de parole lors de « fêtes », impression de paroles sur support papier simple diffusées dans un cercle très restreint. Ces mémoires ne sont alors posées et exposées dans l’espace et le débat publics que de manière très discrète, ce qui ne peut les faire accéder à un statut de patrimoine pour d’autres acteurs que les seuls (ex)locataires concernés.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la r (...)Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », (...)Pour conclure, ce cas stéphanois rappelle que la « patrimonialisation » générale constatée en France touche aussi les marges de la ville. Le mouvement n’est pas neuf et a déjà été analysé pour la cité Tony Garnier à Lyon28 ou Firminy-Vert29 (Loire) par exemple. Chacun de ces cas montre à quel point le processus est complexe, avec notamment des acteurs nombreux (gestionnaires, institutions culturelles, habitants plus – Lyon – ou moins – Firminy – moteurs ou considérés…) et des motivations et finalités variées (culturelles, économiques, symboliques, etc.). Saint-Étienne n’échappe pas à cette complexité. Il a donc d’abord fallu s’attacher ici à trouver du sens à la démarche d’ensemble menée dans les Quartiers sud-est. L’analyse dans l’épaisseur historique a permis d’expliciter une entreprise globale portée par l’organisme propriétaire : Beaulieu, emblème de l’idée initiale d’un habitat social pour tous (et non pour les seuls démunis), est consolidé et imposé comme modèle pour la réhabilitation, dans ses aspects matériel et juridique, des grands ensembles paupérisés. C’est cette recherche de l’état initial qui donne le plus de sens à la « patrimonialisation », processus de valorisation tant symbolique que matériel.Une fois ce préalable posé, l’analyse a permis de montrer que cette démarche d’ensemble fait une place inégale aux différentes mémoires : celles des plus anciens locataires, aux profils ouvriers ou de catégories moyennes, sont recueillies et valorisées, alors que celles des habitants les plus précaires sont délaissées. Ainsi, les catégories d’habitants les plus populaires des Quartiers sud-est (pour partie significative d’origine maghrébine), fragilisées par la précarité, contraintes de faire face au relogement (et donc implicitement à la déconsidération de leur habitat par les institutions gestionnaires et l’opinion publique), voient aussi leur place dans la société questionnée dans le domaine symbolique par la thématique patrimoniale. Ces catégories sociales ne laissent pas ou peu de traces, alors que le champ mémoriel et patrimonial est pourtant bel et bien ouvert dans les quartiers populaires. Ce constat formulé à partir du cas stéphanois est partagé par les sociologues et géographes développant des analyses et perspectives de réflexion autour du droit au patrimoine, du caractère socialement sélectif de la construction du patrimoine et de la participation de ce dernier aux systèmes des inégalités (Veschambre, 2007, 2008 ; Pinçon-Charlot, Pinçon, 2007). Haut de page Bibliographie

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DOI : 10.3406/aru.2002.2458 Veschambre V., 2007. Patrimoine : un objet révélateur des évolutions de la géographie et de sa place dans les sciences sociales. Les annales de géographie, n° 656, Paris, Armand Colin, p. 361-381.

DOI : 10.3917/ag.656.0361 Veschambre V., 2008. Traces et mémoires urbaines. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 315 p.

DOI : 10.4000/books.pur.42988 Notes L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbut et Geneviève Cortier. Les cinq autres sont : Angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly (2 600 logements), Le Havre (1 400 logements) et Pantin (800 ogements). Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il accueille d’ailleurs à sa livraison les familles agrandies de Beaulieu. En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à cette date 40 % des chefs de ménages de Montchovet, contre moins de 3 % en 1972 (Thomas, 1992). L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, parallèlement, la réforme du logement de 1977 et ses effets, notamment ceux de l’Aide personnelle au logement, participent à paupériser la population du logement social en général et des grands ensembles réhabilités en particulier : l’augmentation des loyers liée aux travaux est, dans le budget des familles, absorbée par l’APL pour les ménages qui y ont droit, mais fait de fait fuir les familles les plus aisées qui ne peuvent y prétendre (Blanc J-N., Bonilla M., et Tomas F., 2003). « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe qui et se transformer en cité de l’Abbé Pierre ou en asile de nuit », affirme notamment l’élu président de l’office HLM. Compte-rendu du CA de l’office, 3 janvier 1979.

« Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’Amicale des locataires, mais aussi des observations et une pratique du terrain. Les statistiques n’ayant pas pu être obtenues auprès de l’organisme.« Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », La Tribune-Le Progrès, 15 décembre 1999.

Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine municipale, espaces publics…).

Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet, 14 janvier 2009. École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Imprimerie Sud-Offset, La Ricamarie, 91 p. Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties sans leur enlever leur cohérence. Ce poème donne toutefois un aperçu : « La Muraille va exploser, Il va y avoir de la fumée, Les gens vont tous déménager, La Muraille va se vider. Il n’y aura plus les cris des enfants, Qui sont tous les jours accompagnés par leur maman. Le marché ne sera plus rempli par les clients. Que va alors devenir le quartier maintenant, Sans les parents et leurs enfants ? La Muraille va exploser, Va-t-on laisser la moitié ? Ou le quart de la moitié ? C’est à vous de le demander. Car c’est vous qui y habitez. Qu’envisagez-vous de faire Pour que le quartier puisse vous plaire ? Il ne faut surtout pas se taire Car Montchovet nous est cher ».« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logement que j’ai qualifié d’emblée comme l’un des meilleurs de Saint-Étienne. Les pièces étaient confortables, lumineuses, grandes et propres ».« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient pour rentrer chez eux afin de prendre le repas du soir. Qu’après la rupture du jeûne, les pères se retrouvaient dans un local du gymnase Georges-Puillet autour d’un café ou d’un thé pour passer la soirée. Que pour la fête de l’Aïd, on se levait avec le soleil pour aller faire la prière de ce jour de fête au lieu de culte. Chacun arrivant avec des friandises diverses qui étaient ensuite partagées entre les participants, sans oublier les enfants qui étaient à l’extérieur ».« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet restera une légende gravée dans mon cœur ».

Présentation du film sur la pochette du DVD. le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Jean-Claude Parayre, Esplanade Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, 32 minutes.

Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010. Le maire refuse d’être interviewé. Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne. Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à côté d’images de travaux et de dessins des nouvelles constructions figure un encadré sur la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu. Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine du XXe siècle ». Paris, Beaux arts éditions, 96 p. Comité des Grands prix nationaux de l’architecture, 2008. Faut-il protéger les grands ensembles ? Rapport de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine, 125 p. Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Georges Candilis à Bobigny. Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétaire de Beaulieu.Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la ré-invention d’une cité HLM, Rapport pour leministère de l’Equipement et du Logement, 186 p. Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », dans : Guillot Xavier (dir.), Firminy, Le Corbusier en héritage, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, pp. 133-153. Veschambre V., 2000, « Firminy-Vert et le ‘site Le Corbusier’ : vers une esthétisation du grand ensemble ? », Cahiers de la Méditerranée, n°60, juin, pp. 133-156.

twitter.com/Memoire2cite Les 30 Glorieuses . com et la carte postale.. Il existe de nos jours, de nombreux photographes qui privilégient la qualité artistique de leurs travaux cartophiles. A vous de découvrir ces artistes inconnus aujourd’hui, mais qui seront peut-être les grands noms de demain.(Mémoire2Ville) #chercheur #archiviste #maquettiste dans l #histoire des #logementssociaux #logement #HLM #logementsocial #Patrimoine À Saint-Étienne comme ailleurs, les raisons de la réalisation de constructions si modernes durant les Trente Glorieuses relèvent en partie de la réponse donnée à la crise du logement et de la réorganisation industrielle du pays (fixation de la main-d’œuvre, industrialisation du BTP). Mais il faut aussi y voir la traduction physique d’un projet sociopolitique moderne porté par un État centralisateur et des pouvoirs publics puissants (Tomas et al. 2003 ; Dufaux et Fourcaut 2004 ; Veschambre 2011). Le pays est alors dans une période où les aspirations et idéologies portent vers la construction d’une nouvelle ère urbaine, avec ses ambitions (le bien-être, l’hygiène…), et en rupture avec les difficultés d’alors (le taudis, la maladie, l’individualisme…). www.metropolitiques.eu/Les-representations-complexes-des.... les textes de Rachid KADDOUR @ Le logement, jusqu’ici inconfortable et insuffisant, devient l’un des axes majeurs d’intervention : plus de huit millions d’unités sont construites durant la période. La forme de ces logements se doit d’être aussi moderne que le projet. De grands noms et une nouvelle génération d’architectes sont mobilisés. Ceux-ci dessinent des formes géométriques épurées et, dans les opérations importantes, les évolutions techniques leur permettent de multiplier les signaux que sont les longues barres ou hautes tours autour desquelles se structurent les autres immeubles. Comment la tour Plein-Ciel a-t-elle pu passer de symbole de modernité à « emblème d’un désastre urbain » condamné à la démolition ? Tout d’abord, une partie des équipements de la ZUP et la moitié seulement des logements sont réalisés, du fait de prévisions démographiques non atteintes (Vant 1981 ; Tomas et al. 2003). L’inachèvement accentue les désagréments de la situation à six kilomètres du centre, derrière des infrastructures lourdes. Ensuite, tout au long des années 1980 et 1990, la population de Montreynaud se paupérise (départ des plus aisés vers la propriété, montée du chômage) et « s’ethnicise », avec pour effet, suivant des mécanismes analysés ailleurs (Tissot 2003 ; Masclet 2005), que le regard porté sur elle change : dans les discours politiques et la presse, Montreynaud acquiert l’image d’un quartier dangereux. Dès lors, le quartier entre dans les réhabilitations puis la rénovation [6], mais sans effet important sur la vacance, la pauvreté, l’échec scolaire, la délinquance ou les discriminations. Pour de nombreux Stéphanois, il devient un « là‑haut » [7] relégué. La tour devient le symptôme visible de cette dégradation. Des rumeurs se diffusent dès les années 1970 sur sa stabilité et l’isolation du château d’eau [8]. Dix ans après sa livraison, seuls 50 des 90 appartements sont vendus. Cette vacance conduit à l’aménagement d’un « foyer de logements » pour personnes dépendantes psychiatriques qui accentue l’image d’un quartier de relégation. La gestion difficile du foyer et les problèmes financiers d’une partie des propriétaires amènent à classer la copropriété comme « fragile » en 2002. Une étude indique que la démolition « aurait un impact positif sur la requalification du parc de logements du quartier et permettrait également de promouvoir un changement d’image du site » [9]. Le dernier habitant est relogé fin 2008. Acte 3 : la tour Plein-Ciel, monument symbole de Saint-Étienne D’autres images du corpus indiquent toutefois que, à partir des années 2000, l’image stigmatisée de la tour Plein-Ciel comme emblème d’un grand ensemble en difficulté entre en tension avec une autre image plus valorisante d’édifice symbole de Saint-Étienne. En en faisant l’un des théâtres stéphanois de sa saga, Sabri Louatah reconnaît à la tour Plein-Ciel une place particulière dans la ville. Cette représentation se retrouve, de manière beaucoup plus consciente et militante, dans d’autres productions artistiques durant les années 2000. La tour est notamment représentée sur les affiches du festival Gaga Jazz. Si le festival se veut d’ampleur régionale, son nom montre un ancrage stéphanois – le « gaga » désigne le parler local. Le choix d’identité visuelle va dans le même sens : il s’agit « d’utiliser l’image d’un bâtiment symbole à Saint-Étienne » [10]. Pour les graphistes, la tour s’impose, parce qu’elle est « un monument connu de tous les Stéphanois ». Un monument qui a les honneurs d’une carte postale en 1987 [11], et qui, comme il se doit, est abondamment photographié. Jacques Prud’homme, par exemple, la montre sur plusieurs sténopés visibles sur son blog [12]. Pour lui aussi, la tour est l’un des « symboles de Saint-Étienne ». Saint-Étienne, ville industrielle durement frappée par la crise du logement, est exemplaire du mouvement. Les grands ensembles s’y multiplient. Implantés sur des sommets de collines aux entrées de la ville, ils doivent signifier le renouveau. Montreynaud, « nouvelle petite ville à part entière » [3], joue de ce point de vue un rôle clé. Sa tour, en sommet de colline et dont le château d’eau est illuminé la nuit, en est l’emblème, un « symbole de la modernité » [4]. La tour doit son nom au fait de proposer « des appartements en plein-ciel » [5], et l’on peut voir dans cette dénomination une valorisation de la verticalité, à la fois comme source d’oxygène et de lumière, mais aussi comme signal urbain.

Acte 2 : la tour Plein-Ciel, symbole d’un grand ensemble en difficulté Si l’on classe chronologiquement le corpus d’images identifiées, la tour Plein-Ciel ressurgit significativement dans les champs de la communication institutionnelle et des arts au tournant des années 2000‑2010. Dans la littérature, l’intrigue de la saga Les Sauvages de Sabri Louatah débute à Saint-Étienne, et la tour Plein-Ciel en est un cadre important :

Pourquoi la tour Plein-Ciel a-t-elle pu être ainsi considérée comme « un monument ancré dans le paysage stéphanois » [13] ? La combinaison peut-être unique en France d’une tour d’habitation à un château d’eau en fait un édifice singulier. Couplée avec son implantation en sommet de colline, cette singularité fait de la tour un point de repère important pour les Stéphanois, mais aussi pour les nombreux supporters de l’AS Saint-Étienne qui se rendent au stade, dont elle est voisine. D’ailleurs, la tour est utilisée comme édifice emblème de la ville sur au moins un autocollant et un tifo de supporters, aux côtés des symboles miniers (chevalement, « crassiers ») et du stade Geoffroy-Guichard. Cette représentation faisant de la tour un « monument » aurait pu sauver l’édifice, suivant un mécanisme, classique dans l’histoire du patrimoine, de défense devant une menace de démolition. De nombreux Stéphanois réagissent, et, pour l’association Gaga Jazz, « les affiches et flyers invitant les Stéphanois aux concerts de jazz font aussi office d’actes de revendication pour la conservation ». La nouvelle équipe municipale socialiste de Maurice Vincent, élue en 2008, reconnaît que la tour « représente un symbole » [14]. Elle soumet en 2010 au vote des habitants de Montreynaud deux possibilités : développer la valeur et la fonction de repère de la tour en la transformant en « symbole artistique de la ville de Saint-Étienne » [15] via l’intervention d’un plasticien, ou bien la démolir et aménager un parc : 71 % des votants se prononcent pour la démolition, soit 230 personnes sur les 318 votants. Les défenseurs de la conservation expriment un double regret : l’ouverture du vote aux seuls habitants de Montreynaud, et la très faible mobilisation de ces derniers. La démolition de la tour a lieu le 24 novembre 2011. Son foudroyage la met une dernière fois sous les projecteurs des nombreux appareils audiovisuels présents. Les images produites s’ajoutent à celles existantes, et constituent autant de traces d’un immeuble dont il n’en reste plus aucune sur le terrain. Cette fin dramatique donne à cette chronique des allures de représentation théâtrale, en trois actes : naissance puis mort de l’édifice, avec un ultime soubresaut sous la forme d’une tentative vaine de sauvetage au nom du patrimoine. C’est une troisième définition du terme de représentation qui est mobilisée dans cette conclusion. Ce sont en effet des représentations, en images et en mots, qui ont permis de constituer cette chronique de la tour. Cette dernière révèle que trois représentations mentales sont associées à l’édifice et à sa verticalité : pour la puissance publique ayant commandé sa réalisation et pour les premiers résidents, la tour est un symbole de modernité ; pour une partie des Stéphanois, mais aussi pour les acteurs ayant décidé sa démolition, elle est l’emblème d’un grand ensemble stigmatisé ; et enfin, pour d’autres Stéphanois, habitants de Montreynaud ou artistes entre autres, la tour est un objet phare et patrimonial dans le paysage de Saint-Étienne. Aux côtés, par exemple, de la Tour panoramique à la Duchère (à Lyon), qui a été profondément rénovée, cette mise en évidence de la trajectoire des perceptions de la tour Plein-Ciel permet d’expliciter que la verticalité dont nos villes ont hérité, tout du moins celle présente dans les grands ensembles, fait l’objet d’un système de représentations complexe et en tout cas plus varié que celui présenté dans les discours de légitimation de la rénovation urbaine.

Bibliographie Dufaux, F. et Fourcaut A. (dir.). 2004. Le Monde des grands ensembles, Paris : Créaphis.

Louatah, S. 2011. Les Sauvages, tome 1, Paris : Flammarion–Versilio. Masclet, O. 2005. « Du “bastion” au “ghetto”, le communisme municipal en butte à l’immigration », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 159, p. 10‑25.

Tissot, S. 2003. « De l’emblème au “problème”, histoire des grands ensembles dans une ville communiste », Les Annales de la recherche urbaines, n° 93, p. 123‑129.

Tomas, F., Blanc, J.-N. et Bonilla, M. 2003. Les Grands Ensembles, une histoire qui continue, Saint-Étienne : Publications de l’université de Saint-Étienne.

Vant, A. 1981. Imagerie et urbanisation, recherches sur l’exemple stéphanois, Saint-Étienne : Centre d’études foréziennes. Veschambre, V. 2011. « La rénovation urbaine dans les grands ensembles : de la monumentalité à la banalité ? », in Iosa, I. et Gravari-Barbas, M. (dir.), Monumentalité(s) urbaine(s) aux XIXe et XXe siècles. Sens, formes et enjeux urbains, Paris : L’Harmattan, p. 193‑206.

Notes

[1] Extraits tirés du film Saint-Étienne, on en parle (Atlantic Film, 1970) associé à l’exposition.

[2] Dont Les grands travaux à Saint-Étienne, ville de Saint-Étienne, 1974.

[3] Brochure publicitaire Montreynaud, Saint-Étienne, résidence les Hellènes, non daté.

[4] Propos tenus par un habitant installé dès l’époque.

[5] Brochure publicitaire Des appartements en plein-ciel. La tour de Montreynaud, non daté.

[6] Avec, dans un premier temps, le grand projet de ville (GPV) en 2001, puis la convention avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en 2005.

[7] Expression régulièrement entendue lors des entretiens.

[8] « Le château d’eau : mille m³ qui ne fuiront pas », La Tribune, 17 novembre 1978, p. 14.

[9] Lettre d’information aux habitants de Montreynaud, ville de Saint-Étienne, mai 2003.

[10] Entretien avec Damien et Sébastien Murat (DMS photo), graphistes.[14] Propos de l’adjoint à l’urbanisme, « Tour Plei

« La tour Plein-Ciel se dressait avec une majesté sinistre au sommet de la colline de Montreynaud […]. À l’aube du XXIe siècle, sa démolition avait été plébiscitée par les riverains […]. La célèbre tour au bol était visible depuis la gare en arrivant de Lyon, et beaucoup de Stéphanois la considéraient […] comme le point doublement culminant de la ville : du haut de ses soixante-quatre mètres qui dominaient les six autres collines mais aussi en tant qu’emblème, d’un désastre urbain éclatant et d’une ville résignée à la désindustrialisation » (Louatah 2011, p. 89).Cette description exprime bien la situation dans laquelle la tour se trouve à la rédaction du roman : en attente de démolition. En 2011, les photographies de Pierre Grasset (voir un exemple ci-dessous), missionné par la ville, montrent l’édifice moribond. L’image de la tour est en France encore fortement attachée à celle du logement populaire, du fait notamment de la présence de ce type d’édifice dans les grands ensembles. Or, si l’on parle des tours d’habitat populaire depuis 2003, c’est essentiellement à propos des démolitions : l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) incite les bailleurs à détruire prioritairement dans les zones urbaines sensibles les immeubles les plus imposants, dont les tours les plus hautes. Mais l’image négative du « problème des banlieues » et de ses dysfonctionnements est-elle la seule associée aux tours d’habitat populaire ? Ne tend-elle pas à laisser dans l’ombre d’autres représentations attachées à ces édifices ?Une réflexion sur la tour Plein-Ciel à Saint-Étienne est, sur ces points, riche d’enseignements. Tenant une place prépondérante dans le paysage stéphanois, emblématique de l’image des grands ensembles, cette tour édifiée en 1972 est démolie en 2011. La constitution et l’analyse d’un corpus d’une dizaine d’images promotionnelles et artistiques (films, photographies de communication) la mettant en scène permet d’en établir une chronique. Cette dernière met en évidence un système de représentations complexe : tout au long de ses quarante ans d’histoire, l’édifice est en effet perçu comme symbole de modernité, emblème de grand ensemble en difficulté et monument dans le paysage stéphanois. Ces deux dernières représentations, l’une stigmatisée, l’autre valorisée, coexistent même lors des dernières années de la vie de l’édifice. Dans toutes ces représentations différenciées et concurrentes, la verticalité de l’édifice tient un rôle essentiel.Acte 1 : la tour Plein-Ciel, symbole de modernité L’image la plus ancienne identifiée date de 1970. Il s’agit d’un cliché de la maquette de la zone à urbaniser en priorité (ZUP) de Montreynaud, pris sur le stand de l’exposition « Saint-Étienne demain » de la Foire économique. Cette exposition vante les grandes opérations d’urbanisme en cours dans la ville, et vise à montrer « les transformations de la cité et son nouveau visage », afin de rompre avec la « légende de ville noire, industrielle et fixée dans le XIXe siècle » [1]. L’exposition fait partie d’une communication orchestrée par le maire Michel Durafour (1964‑1977). À partir de 1973, les reportages photographiques ou les films [2] mettent à l’honneur Montreynaud (jusqu’à 4 400 logements prévus) et en particulier sa tour Plein-Ciel (par l’architecte Raymond Martin), avec sa verticalité (18 niveaux), le château d’eau qui la coiffe et sa situation en rupture avec la ville ancienne. -La Tour Réservoir Plein Ciel était un immeuble de logement situé à Saint-Étienne, dans le quartier de Montreynaud, classé en zone urbaine sensible. Elle culminait à 63 mètres de haut (92 avec l'antenne).

La tour avait été construite en 1972 par l'architecte Raymond Martin, l'antenne de 63 mètres de haut reste jusqu'en 1992 avant de retour en 1996 afin de répondre à la demande considérable en logements. Elle était considérée comme un symbole du quartier. Visible de loin, elle permettait de repérer le quartier dans la ville.Sa destruction a été effectuée le 24 novembre 2011 à 10 h 45 par foudroyage, après le vote majoritaire (73 %) en faveur. --------------------------------------- Sotteville Construction de l’Anjou, le premier immeuble de la Zone Verte sottevilleaufildutemps.fr/2017/05/04/construction-de-limm... - www.20minutes.fr/paris/diaporama-7346-photo-854066-100-an... - www.ladepeche.fr/article/2010/11/02/940025-140-ans-en-arc... dreux-par-pierlouim.over-blog.com/article-chamards-1962 ..missionphoto.datar.gouv.fr/fr/photographe/7639/serie/7695... Mémoire2cité Mémoire2Ville Mémoire de l'Habitat,içi la page listant mes 43 albums photos disponibles, çe x 1000 pour chacuns d'entre eux ..Merci aux 5859 followers qui porte une attention particuliere à nos quartiers..la Grande Borne 91, le Vaudreuil 27, Avoriaz, Avenue de Flandres à Paris, tours Picasso à Nanterre, vues de la défense, Benghazi Libye 1975 Réalisateur : Sydney Jézéquel, Karenty

Ministère de l'Équipement et de l'Aménagement du Territoire - Dotation par la France d'autoroutes modernes "nécessité vitale" pour palier à l'inadaptation du réseau routier de l'époque voué à la paralysie : le reportage nous montre des images d'embouteillages. Le ministre de l'Équipement et de l'Aménagement du Territoire dans les deux gouvernements de Pierre Messmer, de 1972 à 1974, Olivier Guichard explique les ambitions du programme de construction qui doit atteindre 800 km par ans en 1978. L'ouverture de section nouvelles va bon train : Nancy / Metz par exemple. Le reportage nous montre l'intérieur des bureaux d'études qui conçoivent ces autoroute dont la conception est assistée par ordinateurs dont le projet d'ensemble en 3D est visualisé sur un écran. La voix off nous informe sur le financement de ces équipements. Puis on peut voir des images de la construction du pont sur la Seine à Saint Cloud reliant l'autoroute de Normandie au périphérique, de l'échangeur de Palaiseau sur 4 niveau : record d'Europe précise le commentaire. Le reportage nous informe que des sociétés d'économies mixtes ont étés crées pour les tronçons : Paris / Lille, Paris / Marseille, Paris / Normandie. Pour accélérer la construction l’État a eu recours à des concessions privées par exemple pour le tronçon Paris / Chartres. "Les autoroutes changent le visage de la France : artères économiques favorisant le développement industriel elles permettent de revitaliser des régions en perte de vitesse et de l'intégrer dans le mouvement général de l'expansion" Sur le plan européen elles vont combler le retard de la France et réaliser son insertion. Images de l'inauguration de l'autoroute entre Paris et Bruxelles par le président Georges Pompidou. Le reportage rappel que l'autre fonction capitale des autoroute est de favoriser la sécurité. La question de la limitation de vitesse est posée au ministre de l’Équipement, qui n'y est favorable que sur certains tronçons. Un des facteur de sécurité selon le commentaire est l'humanisation des autoroutes : aires de repos, restaurants, signalisation touristiques... "Rien n'est impossible aux techniques modernes" nous apprend la voix off qui prend comme exemple le déplacement sur rail de 65 mètres d'un château classé afin de faire passer l'autoroute Lille / Dunkerque.Durée : 4 minutes 30 secondes Sur les routes de France les ponts renaissent 1945 reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale www.dailymotion.com/video/xuxrii?playlist=x34ije , Quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un triste constat s'impose : 5 944 passages sont coupés, soit plus de 110 km de brèches ; de nombreuses villes se trouvent isolées.Les chantiers s'activent dans toute la France pour "gagner la bataille des communications routières". Mais outre la pénurie de main d’œuvre, il faut faire face au manque de matériaux (béton, métal) et donc déployer des trésors d'imagination pour reconstruire les ponts détruits. Si le savoir faire des tailleurs de pierre est exploité, le plus spectaculaire est le relevage des ponts, comme le pont de Galliéni à Lyon, où 7 à 800 tonnes d'acier sont sorti de l'eau avec des moyens de l'époque. En avril 1945, il reste 5 700 ponts à reconstruire soit 200 000 tonnes d'acier, 600 000 tonnes de ciment, 250 000 m3 de bois, 10 millions de journées d'ouvrier, prix de l'effort de reconstruction.1945

Auteurs / réalisateurs : images : G.Delaunay, A.Pol, son : C.Gauguier Production : Direction Technique des Services des Ponts et Chaussées / Ministère des Travaux Publics et des Transports Support original : 16 mm noir et blanc Durée : 14 min Thèmes principaux : infrastructures-ouvrages d'art Mot clés : chantier, pont, Reconstruction, restauration, béton précontraint, ministère des travaux publics et des transportsLieux : Lyon, Tournon, Caen - Le Bosquel, un village renait 1947 l'album cinématographique de la reconstruction, réalisation Paul de Roubaix production ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, village prototype, architecte Paul Dufournet, www.dailymotion.com/video/xx5tx8?playlist=x34ije - Demain Paris 1959 dessin animé présentant l'aménagement de la capitale dans les années 60, Animation, dessin animé à vocation pédagogique visant à promouvoir la politique d’aménagement suivie dans les années 60 à Paris. Un raccourci historique sur l’extension de Paris du Moyen Âge au XIXe siècle (Lutèce, œuvres de Turgot, Napoléon, Haussmann), ce dessin animé retrace la naissance de la banlieue et de ses avatars au XXe siècle. Il annonce les grands principes d’aménagement des villes nouvelles et la restructuration du centre de Paris (référence implicite à la charte d’Athènes). Le texte est travaillé en rimes et vers. Une chanson du vieux Paris conclut poétiquement cette vision du futur. Thèmes principaux : Aménagement urbain / planification-aménagement régional Mots-clés : Banlieue, extension spatiale, histoire, quartier, ville, ville nouvelle Lieu géographique : Paris 75 Architectes ou personnalités : Eugène Haussmann, Napoléon, Turgot Réalisateurs : André Martin, Michel Boschet Production : les films Roger Leenhardt

www.dailymotion.com/video/xw6lak?playlist=x34ije - Rue neuve 1956 la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, villes, villages, grands ensembles réalisation : Jack Pinoteau , Panorama de la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, ce film de commande évoque les villes et villages français détruits puis reconstruits dans un style respectant la tradition : Saint-Malo, Gien, Thionville, Ammerschwihr, etc. ainsi que la reconstruction en rupture avec l'architecture traditionnelle à Châtenay-Malabry, Arles, Saint Étienne, Évreux, Chambéry, Villeneuve-Saint-Georges, Abbeville, Le Havre, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Dunkerque. Le documentaire explique par exemple la manière dont a été réalisée la reconstruction de Saint-Malo à l'intérieur des rempart de la vieille ville : "c'est la fidélité à l'histoire et la force du souvenir qui a guidé l'architecte". Dans le même esprit à Gien, au trois quart détruite en 1940, seul le château construit en 1494 pour Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI, fut épargné par les bombardements. La ville fut reconstruite dans le style des rares immeubles restant. Gien est relevé de ses ruines et le nouvel ensemble harmonieux est appelé « Joyau de la Reconstruction française ». Dans un deuxième temps est abordé le chapitre de la construction des cités et des grands ensembles, de l’architecture du renouveau qualifiée de "grandiose incontestablement". S’il est précisé "on peut aimer ou de ne pas aimer ce style", l’emporte au final l’argument suivant : les grands ensembles, c'est la campagne à la ville, un urbanisme plus aéré, plus vert." les films caravelles 1956, Réalisateur : Jack Pinoteau (connu pour être le metteur en scène du film Le Triporteur 1957 qui fit découvrir Darry Cowl) www.dailymotion.com/video/xuz3o8?playlist=x34ije , Levittown: The Construction and Systematic Execution of Discrimination in Modern Suburbia (NHD 2018) www.youtube.com/watch?v=9_KrD6PkX0M … … 17000 maisons en 2 ans un record dans l histoire des annees 60 @ la grande Acceleration @ Un point de bascule avec le changement de regime d'existence les 30 glorieuses americaine @ la constructions de masse.., ici LEVITTOWN a LONGISLAND, 17000 pavillons en 2 ans un Record...Yes this is it my Our Home Town: Levittown, PA (1954) - www.youtube.com/watch?v=9_KrD6PkX0M les 30 glorieuses atomique @ le projet PLOWSHARE de 1957 LE FILM ICI www.youtube.com/watch?v=kpjFU_kBaBE … STRAUSS le promoteur du nucleaire Americain les 30 glorieuses Américaine @ quand celles çi ratent le coche sur le developpement solaire... les occasions manquées de soigner notre humanité..www.dailymotion.com/video/xuxrii?playlist=x34ije Lyon, Tournon, Caen - Le Bosquel, un village renait 1947 l'album cinématographique de la reconstruction, réalisation Paul de Roubaix production ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, village prototype, architecte Paul Dufournet, www.dailymotion.com/video/xx5tx8?playlist=x34ije - Demain Paris 1959 dessin animé présentant l'aménagement de la capitale dans les années 60, Animation, dessin animé à vocation pédagogique visant à promouvoir la politique d’aménagement suivie dans les années 60 à Paris. Un raccourci historique sur l’extension de Paris du Moyen Âge au XIXe siècle (Lutèce, œuvres de Turgot, Napoléon, Haussmann), ce dessin animé retrace la naissance de la banlieue et de ses avatars au XXe siècle. Il annonce les grands principes d’aménagement des villes nouvelles et la restructuration du centre de Paris (référence implicite à la charte d’Athènes). Le texte est travaillé en rimes et vers. Une chanson du vieux Paris conclut poétiquement cette vision du futur. Thèmes principaux : Aménagement urbain / planification-aménagement régional Mots-clés : Banlieue, extension spatiale, histoire, quartier, ville, ville nouvelle Lieu géographique : Paris 75 Architectes ou personnalités : Eugène Haussmann, Napoléon, Turgot Réalisateurs : André Martin, Michel Boschet Production : les films Roger Leenhardt

www.dailymotion.com/video/xw6lak?playlist=x34ije - Rue neuve 1956 la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, villes, villages, grands ensembles réalisation : Jack Pinoteau , Panorama de la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, ce film de commande évoque les villes et villages français détruits puis reconstruits dans un style respectant la tradition : Saint-Malo, Gien, Thionville, Ammerschwihr, etc. ainsi que la reconstruction en rupture avec l'architecture traditionnelle à Châtenay-Malabry, Arles, Saint Étienne, Évreux, Chambéry, Villeneuve-Saint-Georges, Abbeville, Le Havre, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Dunkerque. Le documentaire explique par exemple la manière dont a été réalisée la reconstruction de Saint-Malo à l'intérieur des rempart de la vieille ville : "c'est la fidélité à l'histoire et la force du souvenir qui a guidé l'architecte". Dans le même esprit à Gien, au trois quart détruite en 1940, seul le château construit en 1494 pour Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI, fut épargné par les bombardements. La ville fut reconstruite dans le style des rares immeubles restant. Gien est relevé de ses ruines et le nouvel ensemble harmonieux est appelé « Joyau de la Reconstruction française ». Dans un deuxième temps est abordé le chapitre de la construction des cités et des grands ensembles, de l’architecture du renouveau qualifiée de "grandiose incontestablement". S’il est précisé "on peut aimer ou de ne pas aimer ce style", l’emporte au final l’argument suivant : les grands ensembles, c'est la campagne à la ville, un urbanisme plus aéré, plus vert." les films caravelles 1956, Réalisateur : Jack Pinoteau (connu pour être le metteur en scène du film Le Triporteur 1957 qui fit découvrir Darry Cowl) www.dailymotion.com/video/xuz3o8?playlist=x34ije - www.dailymotion.com/video/xk1g5j?playlist=x34ije Brigitte Gros - Urbanisme - Filmer les grands ensembles 2016 - par Camille Canteux chercheuse au CHS -Centre d'Histoire Sociale - Jeanne Menjoulet - Ce film du CHS daté de 2014 www.youtube.com/watch?v=VDUBwVPNh0s … L'UNION SOCIALE POUR L'HABITAT le Musée des H.L.M. musee-hlm.fr/ union-habitat.org/ - EXPOSITION :LES 50 ANS DE LA RESIDENCe SALMSON POINT-Du JOUR www.salmsonlepointdujour.fr/pdf/Exposition_50_ans.pdf - Sotteville Construction de l’Anjou, le premier immeuble de la Zone Verte sottevilleaufildutemps.fr/2017/05/04/construction-de-limm... - www.20minutes.fr/paris/diaporama-7346-photo-854066-100-an... - www.ladepeche.fr/article/2010/11/02/940025-140-ans-en-arc... dreux-par-pierlouim.over-blog.com/article-chamards-1962-9... missionphoto.datar.gouv.fr/fr/photographe/7639/serie/7695.. A partir des années 1950, le trafic de la banlieue parisienne suit l’urbanisation galopante et les dessertes ferroviaires doivent s’adapter et se moderniser.Quelques amateurs ont su immortaliser un monde ferroviaire qui était alors en voie de disparition. Dans ce film, nous retrouvons les dessertes 750 volts par troisième rail en rames « Standard » sur les lignes de Versailles-RD, sur la ligne d’Auteuil et entre Puteaux et Issy-Plaine mais aussi les derniers trains à vapeur à St Lazare, à La Bastille et sur le Nord et quelques ultimes voyages sur les lignes de Ceinture --------------De la révolution industrielle à aujourd’hui, un décryptage minutieux de la course au développement qui a marqué le point de départ de l’ère de l'anthropocène (ou l'ère de l'Homme) et de la déterioration continue de la planète. www.arte.tv/fr/videos/073938-000-A/l-homme-a-mange-la-terre/ Quelque 1 400 milliards de tonnes de CO2 sont aujourd’hui prisonnières de la basse atmosphère. Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs... : en deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète, la crise environnementale se doublant d’une rupture géologique, avec l’avènement de l’ère anthropocène. Portée par l’exploitation des énergies fossiles – du charbon de la révolution industrielle en Angleterre au tout-pétrole de la domination économique des États-Unis –, l’industrialisation et ses corollaires, taylorisme et colonialisme, entraînent une exponentielle production de masse. Un processus qu’accélère la Première Guerre mondiale, les firmes chimiques mobilisées pour tuer l’ennemi se reconvertissant dans la destruction du vivant avec les herbicides, insecticides et fertilisants de l’agriculture intensive. Alors que l’urbanisation s’étend, la voiture, qui sonne le glas du tramway, se généralise, et l’Amérique s’inspire du modèle autoroutier nazi. La Seconde Guerre mondiale engendre une nouvelle organisation du travail, laquelle devient la norme, et annonce l’ère nucléaire de la guerre froide. Dans sa démesure, l’homme rêve déjà d’usages civils de l’atome (y compris pour l’abattement de montagnes et la dissolution des calottes glaciaires !). Le plastique et le béton deviennent les piliers de la consommation de masse, dévoreuse de matières premières et antidote à la contestation sociale, jusqu’à la révolution numérique. Liaisons dangereuses En balayant, avec de formidables archives issues du monde entier, deux siècles de progrès jusqu’à l’ère du big data, le film remonte aux sources de la crise écologique, en interrogeant avec précision les enjeux scientifiques, économiques et politiques qui y ont conduit. Fourmillant d’informations, il éclaire l’histoire de cette marche folle, et les liaisons dangereuses entre industries militaire et civile. Entre capitalisme et mondialisation imposés par les grandes puissances, un décryptage passionnant du basculement dans l’anthropocène, funeste asservissement de la nature par l’homme. le Logement Collectif* 50,60,70's dans tous ses états..Histoire & Mémoire de l'Habitat / Rétro-Villes / HLM / Banlieue / Renouvellement Urbain / Urbanisme URBANISME S’imaginer Paris et le Grand Paris @ Les 50ans d'Apur (link: 50ans.apur.org/#intro) 50ans.apur.org/#intro @ Où en est l'histoire urbaine des sociétés contemporaines ? Cet ouvrage, inspiré par Annie Fourcaut, qui contribua de manière décisive à son développement, propose un état des lieux de ce champ et explore des pistes de recherche ouvrant l'histoire urbaine à une variété de " genres ". Où en est l'histoire urbaine des sociétés contemporaines ? Cet ouvrage, inspiré par Annie Fourcaut, qui contribua de manière décisive à son développement, propose un état des lieux de ce champ. De Femmes à l'usine (1981), Bobigny, banlieue rouge (1986), à La banlieue en morceaux (2000), en passant par les publications collectives qu'elle a coordonnées et les travaux qu'elle a encadrés, la trajectoire de cette historienne a conduit l'histoire sociale et politique – telle qu'on la pratiquait dans les années 1970 – vers une histoire urbaine renouvelée. Le livre revient sur cette évolution et explore des pistes de recherche ouvrant l'histoire urbaine à une variété de " genres ". Les auteurs, historiennes et historiens, sociologues, politistes, géographes, architectes, urbanistes et décideurs politiques proposent une histoire urbaine à la fois interdisciplinaire et ancrée dans la fabrique de la ville et ses représentations, portant la marque de sa dédicataire.Les quatre sections de l'ouvrage dessinent les chantiers qu'Annie Fourcaut a investis : " Du social à l'urbain " met en avant la conviction qu'étudier l'histoire des villes, c'est toujours faire de l'histoire sociale ; " Qu'elle était belle la banlieue " est centré sur les banlieues, son territoire d'étude de prédilection ; " Les habits neufs des politiques de la ville " interroge les politiques urbaines successives et leur transformation ; enfin, " Banc d'essai des modernités " propose une analyse historique de l'urbanisme, comme discipline et comme pratique. www.benjamingibeaux.fr/portfolio/petite-histoire-de-lhabi... Le Label « Patrimoine du XXe siècle » créé en 1999 par le ministère de la Culture et de la Communication a pour but de faire connaître l’architecture de cette période. La comparaison des labellisations réalisées par les DRAC d’Île-de-France et d’Occitanie (ex Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées) montre la variété des méthodes employées pour rendre compte soit de l’importance numérique des édifices remarquables soit de la difficulté à établir ce corpus et de la nécessité de s’appuyer sur les inventaires ou études thématiques ou monographiques. Si l’attribution du label, désormais appelé "Architecture contemporaine remarquable" s’est faite depuis vingt ans de façon très diverse selon les régions, elle est toujours l’occasion de mettre en lumière et de porter à la connaissance du public des œuvres architecturales remarquables, notamment via une augmentation impressionnante des publications de qualité sur l'architecture du XXe siècle. En 1999, le ministère de la Culture et de la Communication propose la mise en place d’un nouvel outil pour permettre la reconnaissance et la sauvegarde des constructions élevées au cours du siècle qui s’achève. Le label « Patrimoine du XXe siècle » est une déclinaison nationale de la recommandation du conseil de l’Europe sur la prise en compte de l’architecture du XXe siècle. Ce dernier évoque, pour la conservation de ce patrimoine « moins reconnu », une absence d’intérêt « en raison de sa proximité dans l’Histoire, de l’abondance de ses témoignages et de son caractère hétérogène » et sa crainte de « pertes irréparables »2 . Le label mis en place par la France vise à appeler « l’attention des décideurs, des aménageurs, mais aussi et surtout de ses usagers et du public sur les productions remarquables de ce siècle » Chargées de mettre en place le label, les directions régionales des affaires culturelles (Drac), services déconcentrés du ministère de la Culture, ont à cette date déjà construit, chacune à sa manière, leur approche de la préservation du patrimoine du XXe siècle. Elles s’emparent alors diversement du label, appliquant de facto des labellisations aux immeubles de ce siècle déjà protégés au titre des monuments historiques4 ou mettant en place de véritables stratégies pour répondre pleinement aux attendus de la directive nationale. À partir de nos expériences, il nous a paru intéressant de montrer la diversité de la mise en place du label dans trois Drac parmi d’autres, l’Île-de-France ainsi que Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées qui composent aujourd’hui la région Occitanie5. Pour chacune de ces Drac, il s’agit de montrer comment la connaissance de ce patrimoine, mais aussi ses particularités territoriales ont joué un rôle important dans le choix des méthodologies de sélection des œuvres à labelliser ainsi que la détermination de critères, et de présenter les résultats et les actions de valorisation menées pour faire connaître et apprécier ces créations architecturales récentes. Le label « Patrimoine du XXe siècle » en Île-de-France : gérer l’abondance La Drac Île-de-France s’est emparée tardivement du label « Patrimoine du XXe siècle », pour plusieurs raisons. Parmi les freins à l’action, il faut citer la question du pilotage de la mise en place du label entre différents services de la Drac, les interrogations liées à l’opportunité de ce nouveau dispositif et un relatif scepticisme quant à son efficacité, l’ampleur de la tâche au vu du corpus concerné, le plus important de France en quantité et sans doute en qualité, mais surtout l’engagement pris de longue date par cette Drac et les membres de sa commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) en faveur du patrimoine du XXe siècle. En effet, c’est sans doute dans cette région que l’on protège le plus grand nombre d’édifices contemporains au titre des monuments historiques : dans la première décennie du XXIe siècle, selon les années, 50 à 70 % des protections concernent des édifices construits au siècle précédent. Ainsi, ce nouveau dispositif, dépourvu de dispositions contraignantes, étranger à la culture de la conservation régionale des monuments historiques (CRMH) dont l’action est liée à la protection, peinait à démontrer son intérêt au regard de ce qu’offre la législation sur les monuments historiques. Cependant, au vu de l’enjeu que constitue la préservation de l’architecture contemporaine en Île-de-France, lié à la fois à l’ampleur de la production et aux évolutions urbaines et réglementaires constantes engageant sa conservation, la question de la mise en place du label était régulièrement posée à la Drac. Pilotée par la CRMH, la première expérience de labellisation y fut menée en 2004. Elle s’inscrivait dans la suite de l’étude menée par le groupe d’experts dirigé par Bernard Toulier, conservateur du Patrimoine au département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique du ministère de la Culture, qui avait produit une liste d’édifices du XXe siècle repérés en bibliographie, inventaire devant servir de base à la constitution de propositions de labellisations. Selon la méthode suivie par ce groupe d’experts, on fit le choix de présenter tous les immeubles concernés regroupés par larges typologies. Les membres de la CRPS, devant lesquels fut présentée cette liste d’édifices, rejetèrent en bloc la sélection où voisinaient l’aérogare 1 de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle et la modeste mairie du 17e arrondissement de Paris présentée à la demande de son maire, arguant de l’impossibilité à valider le choix d’édifices que rien ne rapprochait. De plus, nombre des immeubles retenus étaient candidats à la protection au titre des monuments historiques, brouillant de fait l’identité du label et réfutant du même coup la conception un temps énoncée du label comme « antichambre » de la protection. En effet, si la grande qualité de la plupart des édifices sélectionnés montrait toute la richesse des créations contemporaines franciliennes, la seule présentation des plus remarquables d’entre eux résultait d’une absence de sélection argumentée, selon l’esprit du label. La présentation de cette première liste en CRPS tourna donc court. - La question des critères de sélection a été débattue à la lumière de l’expérience de la labellisa (...) En 2008, toujours sous l’impulsion du service des monuments historiques, une nouvelle orientation fut prise. Un pilotage, un groupe de travail, un objectif furent mis en place. Trois orientations furent définies : selon les recommandations de la CRMH de la région PACA, procéder par thématiques typologiques, méthode propice à l’élaboration de critères de sélection ; cibler un patrimoine déprécié ou en danger, pour répondre parfaitement aux attendus de la directive européenne ; pour cette première campagne de labellisation, choisir un champ vierge de reconnaissance patrimoniale, éloigné de la protection au titre des monuments historiques afin d’éviter toute confusion entre les édifices labellisés et les édifices protégés. Le thème des ensembles de logements, nombreux dans cette région, s’est naturellement dégagé. À géométrie variable, le groupe de travail dirigé par la cellule protection était formé d’un premier cercle pérenne, garant de la cohérence de la démarche de labellisation et des choix des thématiques, et d’un second, composé de spécialistes de chaque thématique retenue. Le premier cercle était constitué d’agents de la Drac (conservation des monuments historiques, service architecture, un architecte des bâtiments de France, chargé de faire le lien avec l’ensemble des services départementaux de l’architecture et du patrimoine de la région), de représentants du monde universitaire et de la recherche dans le domaine de l’architecture du XXe siècle.

Pour les ensembles de logements, le second cercle du groupe de travail a permis d’associer des acteurs de terrain, des représentants des bailleurs sociaux, des experts. Le sujet fut restreint chronologiquement (1945-1975), son acception précisée (habitat collectif et individuel) et le corpus, basé sur les inventaires existants et la bibliographie, fut établi à partir des critères élaborés par le groupe de travail : histoire, forme urbaine, valeur d’usage, technique, style - Composée d’environ un tiers de ses membres, la délégation permanente est une émanation de la CRPS (...) De façon exceptionnelle, la liste des ensembles de logements fut en premier lieu présentée devant les membres de la délégation permanente de la CRPS7 pour en valider les orientations et s’assurer de l’adhésion des membres, à la fois pour ne pas risquer de réitérer l’expérience malheureuse de 2004 mais surtout pour interroger la commission sur le bien-fondé à distinguer ces ensembles de logements d'après-guerre, constructions parmi les plus décriées du XXe siècle.

La méthodologie proposée a conduit à la labellisation d’une première série d’immeubles, quarante ensembles de logements en 2010 (fig. 2, 3), puis d’une seconde série de soixante-quinze lieux de culte en 2011 (fig. 4, 5). Les critères peuvent être adaptés ou précisés selon le thème retenu : pour les édifices religieux, la qualité et l’originalité du décor furent ajoutés et la valeur d’usage exclue.La méthode choisie a été vertueuse : elle a permis de labelliser un grand nombre d’édifices, d’associer largement les services patrimoniaux de l’État et des collectivités, de créer des synergies avec l’université et les chercheurs, de valoriser l’action de l’État par des présentations en CRPS, des publications, des journées d’études, des expositions, actions relayées par la presse généraliste et spécialisée8 (fig. 6 et 7). Un partenariat pérenne s’est développé avec l’éditeur Beaux-Arts pour la publication de chaque campagne de labellisation, avec diffusion en kiosque au plus près du public concerné pour un prix inférieur à 15 €. Elle a également permis d’impliquer les acteurs de terrain, répondant ainsi à l’objectif visé de sensibilisation du public à cette architecture mal aimée Depuis 2016, la Drac Île-de-France a conduit trois nouvelles campagnes, toutes thématiques, fondées sur des partis méthodologiques diversifiés, adaptés aux sujets d’étude.

- Note méthodologique « Étude du patrimoine du XXe siècle de la métropole du Grand Paris », La manu (...) - La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) promulguée (...) Une campagne vise à identifier les édifices et ensembles contribuant à structurer le territoire de la récente métropole du Grand Paris. L’établissement d’une critériologie et la sélection ont été confiés à un bureau d’études, la Manufacture du patrimoine, associé à un groupe de travail conduit par la Drac. Des critères dits généraux, divisés en critères primaires et complémentaires, ont été retenus. Pour la thématique étudiée, se sont ajoutés sept critères spécifiques répondant aux enjeux de « l’émergence et du rayonnement de la métropole »10. Les grands travaux présidentiels ont été concernés dans un premier temps, aboutissant à la labellisation de dix édifices en novembre 2016, avant une présentation plus large d’édifices emblématiques, retenus pour l’obtention d’un label « Architecture contemporaine remarquable »11 en juin 2018.

- Introduite par la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LC (...) De façon innovante, la Drac a conclu un partenariat avec l’école nationale supérieure d’architecture (ENSA) Paris-Belleville avec laquelle elle s’est associée dès l’élaboration du premier label (colloque, exposition, travaux avec l’IPRAUS). Le thème choisi, inscrit dans la droite ligne du précédent, s’attache à l’étude des villes nouvelles. Par son caractère récent et spécifique dans l’histoire de la planification urbaine, cet objet d’étude implique une nouvelle approche, menée dans le cadre d’une convention triennale de chaire partenariale avec l’ENSA Paris-Belleville. La méthodologie s’appuie sur la grille d’analyse habituellement employée par la Drac, enrichie pour inclure davantage l’espace public. Des édifices de la ville d’Évry (Essonne), qui manifesta en 2016 son souhait de voir son patrimoine labellisé, ont été présentés en novembre 2018 aux membres de la commission régionale de l’architecture et du patrimoine (CRPA)12 en vue d’une labellisation.- Valérie Gaudard remercie vivement Mmes Agnès Chauvin, cheffe du bureau de la protection, et Maria (...)Enfin, le champ de l’architecture scolaire est abordé dès 2010. Au vu de l’immensité du corpus, la Drac a choisi en 2016 de s’attacher dans un premier temps aux lycées, en lien avec le service de l’Inventaire de la région Île-de-France Le label en Languedoc-Roussillon : une succession d’opportunités V- La Poste Art Nouveau de Tuchan, l’hôtel du Belvédère à Cerbère. - Certains construits vers 1900 relèvent davantage d’une esthétique encore XIXe comme la villa Las (...) - Le 3 octobre 2001, une CRPS dédiée a examiné onze propositions de protection, dont deux seulement (...)

Dans ce territoire riche en monuments anciens, l’attention pour l’architecture du XXe siècle s’observe dès les années 1980 avec la décentralisation. La commission régionale du patrimoine historique archéologique et ethnologique (Corephae) du 15 décembre 1986 a examiné les premiers dossiers14. Parmi des édifices de la première moitié du siècle, bénéficiant du recul et bien documentés, plus faciles à appréhender15, on peut citer les cliniques Saint-Charles à Montpellier, exemple d’architecture des années 1930, ornées des sculptures monumentales de Joachim Costa et des verrières d’Émile Brière, sauvées in extremis de la démolition. En l’an 2000, une campagne de protection thématique est lancée16, distinguant des bâtiments majeurs de l’entre-deux-guerres, comme le théâtre municipal de Carcassonne, le Palais des Arts et du Travail de Narbonne, le lycée technique Dhuoda à Nîmes, l’église Sainte-Thérèse à Montpellier mais également le centre d’apprentissage pour garçons, actuel lycée Mermoz à Béziers, œuvre de Pierre Jeanneret, à laquelle ont collaborés Jean Prouvé et Charlotte Perriand.

- Monument inscrit MH en 2009 Toujours à Odeillo, un petit collectif de maisons solaires, initiativ (...) Plus récemment ont été inscrits au titre des monuments historiques, le centre de vol à voile de la Montagne Noire, à Labécède-Lauragais, haut lieu de formation des pilotes entre 1932 et 1980 ou des installations solaires en Cerdagne, liées à la personnalité de Félix Trombe dont les recherches aboutissent à la construction entre 1962 et 1968 par le CNRS du four solaire d’Odeillo à Font-Romeu-Odeillo-Via Pourtant, cette architecture du XXe siècle, représentant un nombre de réalisations jamais atteint, restait mal appréciée, mal aimé.

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

Ensemble d'églises romanes Santo Stefano ; commune de Bologna, province de Bologne, région d'Emilie-Romagne, Italie

 

Saint-Étienne qui, à l'époque paléochrétienne, se trouvait hors les murs, est maintenant au plein centre de la ville, à moins de 300 m du carrefour des Torri Pendenti (tours penchées). La rue Santo Stefano est l'une des plus grandes artères urbaines, conduisant à l'angle Sud-Ouest des murailles du xvie siècle; peu après son départ, la rue s'élargit en une place triangulaire sur laquelle donne le monastère ainsi que la façade des trois églises qui lui sont adjointes. La plus marquante est celle du Crucifix, par où l'on accède actuellement à l'ensemble de Saint-Étienne et où commence la visite. ... La façade à deux rampants a des proportions proches du carré; elle est divisée en trois par deux paires de contreforts, deux aux angles, et deux médians adossés au mur. La division en trois est purement décorative et ne correspond pas à une division analogue à l'intérieur, fait d'une seule salle. Le portail a un encadrement en brique et est surmonté d'un pignon. A mi-hauteur s'ouvre une rangée de quatre fenêtres simples à l'arc brisé; plus haut, au milieu, un oculus à la bordure de brique. La corniche sous l'égout du toit est soulignée d'une frise d'arceaux. Sur l'arête de gauche enfin se greffe une chaire cylindrique, petit balcon d'angle arrondi qui frappe la vue dès l'abord, note coquette reconnais sable de loin; elle se développe sur trois quarts de cercle de la façade à la face latérale, et elle est supportée par trois consoles que quatre arcs raccordent entre elles et avec les murs. A l'arrière de l'église, à une distance approximativement égale aux deux tiers de sa longueur, domine une masse volumineuse et bien visible presque deux fois plus haute : c'est le sanctuaire surélevé en 1637, début d'un agrandissement plus étendu qui était destiné à se poursuivre encore, comme le révèle la façade inachevée. Derrière la surélévation, le long du flanc droit (méridional) de la nef, s'élève le clocher roman de section carrée, avec des pilastres d'angle en saillie et une étroite lésène au milieu de chaque face, sans ouverture, sauf celle de l'étage campanaire. Partant de l'angle de gauche de la façade, une clôture délimite l'espace herbeux triangulaire (inaccessible, mais visible) sur lequel donne l'église octogonale et la petite basilique des saints Vital et Agricol. Son niveau est encore plus bas que celui du parvis dallé de l'église du Crucifix. ... La rotonde du Calvaire (jadis Saint-Étienne) est bien visible dans sa géométrie rigoureuse : prisme octogonal sur lequel s'élève le corps dodécagonal qui abrite la coupole. Trois côtés de l'octogone donnent sur le parvis herbeux; celui du milieu joue le rôle de façade et contient le portail (la Porte sainte dans la symbolique de Jérusalem) entouré d'une bordure à trois moulures ; au-dessus s'ouvre une fenêtre double. Cette façade est animée par trois arcs aveugles sur consoles de pierre, qui se retrouvent (deux de chaque côté) sur les deux autres faces visibles. Le parement, dans tout le registre inférieur qui comprend les arcs aveugles, est enrichi d'un jeu de couleur par de larges assises en pierre (plus semblables à des bandeaux encastrés qu'à de véritables blocs portants) alternant avec de minces assises de brique. Un grand nombre d'autres pierres encastrées composent un décor géométrique simple et vivant sous les arcs aveugles et dans les écoinçons; on y reconnaît de nombreux fragments de marbres antiques, paléochrétiens ou byzantins, encastrés au hasard mais gardant le même pouvoir évocateur. En particulier, il vaut la peine de remarquer la corniche aux belles volutes de feuillage qui sert de limite d'étage au-dessus des arcs aveugles, et la fausse fenêtre à gauche du portail, composée de cinq paires de plaques de marbre avec de beaux reliefs d'entrelacs. Le décor qui couronne l'octogone sous l'égout du toit se compose d'une frise d'arceaux entrecroisés, surmontée d'une corniche en dents d'engrenage. Plus singulière est la corniche qui couronne la tour à douze pans sous l'égout du toit, dont les arceaux sont en mitre. Le parement de cette tour est fort intéressant car il est fait de briques carrées placées en diagonale comme dans F« opus reticulatum » des Romains. De tout l'ensemble, c'est l'extérieur de la rotonde du Calvaire qui conserve le mieux son aspect d'authentique ancienneté, surtout si on le compare aux deux façades qui la flanquent où l'œuvre des restaurateurs est bien plus apparente. La basilique des saints Vital et Agricol est adjacente à la rotonde du Calvaire, sa façade se greffant à l'une des arêtes de l'octogone, c'est-à-dire dans un plan vertical plus en arrière. La façade apparaît comme une œuvre de totale reconstruction plutôt que de restauration. ... Décrivons brièvement la façade actuelle, pour demeurer un chroniqueur fidèle, tout en ne croyant guère à sa valeur en tant que document d'architecture médiévale. Elle présente une silhouette à rampants interrompus et est divisée en trois par deux paires de contreforts à section triangulaire en forte saillie. Le long des rampants, sous l'égout du toit, court une corniche trop haute, soulignée par des arceaux. Dans le pignon est encastrée une « croix de Malte » en pierre, sans style ; au-dessous s'ouvre une petite fenêtre double. Il existe un unique portail central, tandis que dans chacun des panneaux latéraux se trouve une fenêtre simple. Dans le flanc Nord, scandé du même type de contreforts triangulaires qu'en façade, s'ouvre un second portail. Les sculptures sont incon­testablement les éléments les plus intéressants à l'extérieur de notre basilique : celles des deux portails - pièces authentiques en soi, même si les portails paraissent avoir été remontés de façon assez arbitraire - et une plaque encastrée au centre de la façade entre le portail et la fenêtre double. La plaque représente un Christ bénissant qui tient une croix processionnelle, flanquée des deux protomartyrs bolonais, comme le précisent leurs noms gravés : s. vitalis et s. agricola. Sur le portail de façade, notons une archivolte sculptée de rinceaux insérée à l'intérieur d'une baie plus large (dont on a dû rétrécir l'ouverture) et deux chapiteaux figuratifs surmontés d'un tailloir de feuillage. Les figures représentent, de gauche à droite : un génie nu qui chevauche un dragon à deux têtes; la Visitation; un ensemble de douze petites têtes groupées trois par trois les unes au-dessus des autres (les Saints Innocents du massacre d'Hérode ?); un griffon monté en croupe sur un autre animal plus petit. Sur le portail latéral, nous trouvons une autre paire de chapiteaux de type et de formes semblables (prisme plus cylindrique) sculptés pour coiffer des piédroits rectangulaires flanqués d'une colonnette sur le côté interne. Les figures, toujours vues de gauche à droite, sont : un lion dressé sur ses pieds qui pose la patte sur l'épaule d'une femme; on ne sait s'il s'agit d'une agression ou s'il lui parle à l'oreille. La femme s'appuie sur les branches d'un arbre ; à ses pieds est posée une tête humaine. Vient ensuite un personnage, les bras croisés, qui est, dirait-on, un clerc en prière, mais on peut sans doute l'interpréter comme la Vierge de l'Annon­ciation, étant donné que, sur le chapiteau opposé, on voit un ange, peut-être Gabriel. Puis apparaissent une sirène à double queue et un oiseau aux ailes repliées. Sous la partie cylindrique de l'un et l'autre chapiteaux sont insérés deux petits chapiteaux de feuillage de type byzantin, probablement hors de leur place. Toutes ces sculptures sont de facture grossière et d'un style barbare, les plis raides et les visages inexpressifs. Elles sont cependant intéressantes en raison de l'interprétation que l'on peut donner des thèmes représentés ; ce sont, de toute façon, des œuvres attribuables à la reconstruc­tion romane de la basilique vers la fin du XIe siècle. ...

 

Eglise du Crucifix

L'église par laquelle on commence est chronologiquement la plus tardive des trois, ... Elle portait à l'origine le nom de Saint-Jean-Baptiste puis celui de la Madeleine, puis celui du Crucifix, selon les exigences changeantes de la nouvelle Jérusalem. L'intérieur se compose de trois parties distinctes -nef, crypte, sanctuaire - comptées comme trois églises à des fins de dévotion pour arriver au nombre sacré de sept.

La nef, que l'on préférerait appeler une salle, est un grand espace rectangulaire couvert d'une charpente apparente; sur les murs blanchis à la chaux se profilent de hauts pilastres en maçonnerie qui reçoivent les arcs aveugles. Le tout est manifestement dû à la restauration, ou mieux à la reconstruction, et nous devons donc considérer comme authentiques les seules maçonneries externes et les dimensions. Cette salle sert comme de parterre à l'ensemble crypte-sanctuaire qui s'ouvre à la façon d'une scène de théâtre au-delà d'une arcature sur le mur du fond. Au bas de ce mur se trouvent cinq arcades, les deux extrêmes aveugles et les trois autres ouvertes sur l'escalier qui descend à la crypte. Au milieu un large escalier monte au sanctuaire. ... Du sanctuaire, construction entièrement baroque, on vante la luminosité et le caractère grandiose. Revenant à notre domaine, examinons la crypte qui est la partie la plus intéressante. Selon Montorsi, elle fut construite en 1019 par l'abbé Martin pour servir de nouveau sanctuaire aux reliques des protomartyrs, transférées de la basilique primitive dédiée maintenant à saint Isidore. Elle a un plan à peu près carré et ses voûtes soutenues par seize supports, quatre rangées de quatre. Les quatre de la première rangée sont des piliers composés qui reçoivent les arcs d'entrée; les douze autres - sauf une - sont de belles colonnes de marbre rouge de Vérone aux chapiteaux intéressants, certains de feuillage, l'un figuré, d'autres cubiques; la dernière rangée vers le fond a des chapiteaux Renaissance de l'ordre dorique. Une singularité difficile à expliquer est la présence en première position à droite de la seconde rangée d'un gros pilier de section quadrilobée, en brique (le « sauf un » signalé plus haut) qui contraste vivement avec les fines colonnes. Une fois revenus dans la nef-salle, une porte dans le mur de gauche nous donne accès à l'église du Calvaire.

 

Eglise du Calvaire

C'est la rotonde jadis dédiée à saint Etienne, appelée aussi du Saint-Sépulcre, c'est-à-dire l'ех-baptistère byzantin; à la place de la vasque baptismale se trouve - décentré cependant un peu vers l'Ouest - le mausolée de saint Pétrone qui tient lieu du sépulcre du Christ dans le symbolisme de la nouvelle Jérusalem. Lorsque l'on compare l'aspect actuel avec les photographies anciennes, on n'a pas envie, cette fois, de blâmer les restaurateurs qui ont supprimé les fresques maniérées du début du XIXe siècle aux murs et à la coupole. Nous savons que celles-ci, par contre, ont causé la perte d'anciennes fresques byzantines; de toute façon, la remise au jour de la maçonnerie nue en brique et la suppression de la clôture Renaissance placée entre les colonnes a restitué à ce noble monument de plan centré une grande partie de sa dignité. Unique note discordante : l'architecture du mausolée, hypertrophique et alourdie par une stupide balustrade à colonnes très rapprochées. L'architecture de la rotonde de Saint-Étienne dans sa forme actuelle est assignable à la seconde moitié du XIIe siècle, fruit d'une reconstruction radicale après le tremblement de terre de 1117. ... La rotonde de Saint-Étienne est faite d'une structure centrale de douze supports situés à égale distance sur une circonférence, recevant autant d'arcs en plein cintre, structure enfermée dans une maçonnerie extérieure octogonale. L'anneau compris entre l'octogone et le cercle est couvert de voûtes d'arêtes toutes de formes et de dimensions fort irrégulières, soit en raison de la nécessité d'adapter le dodécagone à l'octogone, soit du fait de l'irrégularité de l'octogone lui-même. Celle-ci est particulièrement évidente dans l'angle Nord-Est où se vérifie l'éloignement maximum entre le mur extérieur et la structure centrale, et une colonne isolée y est placée pour servir d'appui intermédiaire. ... Au-dessus de l'anneau périphérique se déploie une tribune annulaire qui donne sur l'espace central. Les douze supports sont constitués de sept paires de colonnes accouplées l'une en marbre et l'autre en brique, et de cinq piles rondes ou, si l'on veut, de colonnes plus grosses, toujours en brique. Cette bizarrerie s'explique facilement en admettant que les colonnes en marbre ont été reprises d'une version précédente de la rotonde où le corps central ... reposait sur huit piliers au lieu de douze. Dans la reconstruction après le tremblement de terre, le plan fut agrandi, la hauteur augmentée et l'on ajouta une tribune. Il fut donc nécessaire d'augmenter aussi bien le nombre des supports que leur section. Sept des huit colonnes originelles furent remployées dans la couronne mais la section portante étant devenue insuffisante, celle-ci fut doublée en flanquant chaque colonne d'une autre en brique de même dimension. La huitième colonne est la colonne isolée dite de la Flagellation. Au-dessus des arcs de la couronne s'élève un prisme dont les douze pans sont percés d'autant de fenêtres doubles communiquant avec la tribune, et séparées entre elles par de fines demi-colonnes en brique adossées aux arêtes. Ces demi-colonnes prennent appui sur le bord supérieur des chapiteaux des supports principaux et se terminent dans le haut par leurs propres chapiteaux qui reçoivent une corniche d'arceaux entrecroisés. Au-dessus de cette corniche démarre la coupole où nous suivons parfaitement sur la brique nue le raccordement progressif du dodécagone à la calotte sphérique. Abordons maintenant le mausolée de saint Pétrone, singulière construction en forme de chaire avec un escalier qui monte en s'enroulant autour d'elle sur les côtés; la chaire se termine par une plate-forme entourée d'une balustrade à colonnettes. Trois hauts-reliefs sont encastrés dans la face antérieure divisée par des colonnettes de marbre et surmontée d'un arc trilobé. Dans le bas, un emmarchement octogonal à trois degrés occupe le centre du pavement et à son niveau s'ouvre dans la chaire une petite fenestella d'accès aux reliques du saint. Sur le flanc gauche de la chaire se greffe, à la façon d'une prolongation et à une hauteur moindre, un ambon avec deux hauts-reliefs sur les faces visibles. Cet encombrant monument trouble - par sa masse excessive et son décor surabondant - l'harmonieuse architecture de la rotonde. Les parties sculptées présentent cependant un grand intérêt. Les deux hauts-reliefs de l'ambon portent les symboles des évangélistes : le taureau et l'aigle sur la face antérieure, l'ange et le lion sur la face latérale. Ce sont d'excellentes œuvres en stuc (mais à première vue on les prendrait pour du marbre) de la première moitié du XIIe siècle; d'après Montorsi, leur premier emplacement aurait été dans la basilique Saint-Vital. Les trois reliefs sur le devant de la chaire sont, par contre, des stucs du XIVe siècle qui représentent les Saintes Femmes au tombeau : à gauche les trois Maries, à droite les gardes endormis, au milieu l'ange assis sur le tombeau vide qui annonce la Résurrection. Les chapiteaux des supports principaux sont sobres et sans sculpture; ceux des fenêtres doubles de la tribune et des demi-colonnes d'angle du dodécagone sont plus élaborés et plus élégants. Dans le côté Nord de la rotonde, s'ouvre - à travers un mur d'une épaisseur exceptionnelle (plus de 2 m) - l'accès à la troisième église, c'est-à-dire à la petite basilique Saint-Vital. Remarquons en passant que la forte épaisseur du mur est la somme des deux murs distincts soudés plus tard en un seul.

 

Basilique des Saints Vital et Agricol

C'est la plus ancienne des trois églises. Comme on l'a dit, elle fut fondée à la fin du IVe siècle par saint Ambroise, ou au siècle suivant par saint Pétrone; elle fut plusieurs fois reconstruite, et ne trouva sa forme définitive qu'à la fin du XIIe siècle, après le tremblement de terre (Porter l'assigne à 1195). On en a déjà vu l'extérieur, où la main des restaurateurs se révèle particulièrement lourde. Par contre, l'intérieur est le mieux conservé de tout l'ensemble monumental, celui où les lignes romanes du XIIe siècle semblent les moins remaniées. La maçonnerie en brique apparente, les pavés du sol, la pierre des colonnes et des arcs révèlent toute leur ancienneté. Les voûtes sont couvertes d'un enduit neutre et discret. De gros cercles de fer semblables à des cicatrices entourent certaines colonnes, fissurées par les tremblements de terre ou par le poids des siècles; et la présence de pièces sculptées remployées, romanes ou byzantines, témoigne des vicissitudes de la basilique primitive. Le mobilier se limite à l'autel et aux sarcophages des saints titulaires, un dans chacune des absidioles. Le plan de la basilique est à trois nefs et trois absides, avec des travées en système alterné (c'est-à-dire d'amplitude double dans la nef centrale) couvertes de voûtes d'arêtes. Les travées sont au nombre de cinq dans les nefs latérales et de trois dans la nef centrale ; les supports sont des paires de piliers composés en brique alternant avec des paires de colonnes en pierre. Les piliers, de section quadrilobée, ont des chapiteaux cubiques en pierre dont la partie arrondie présente une forme spéciale qu'on retrouvera sur les piliers de la cour; les colonnes sont romaines pour la plupart, et les chapiteaux se révèlent aussi de remploi. Le chapiteau ionique de la dernière colonne de droite avant l'abside est nettement romain. D'autres fragments de marbres romains et byzantins sont utilisés dans les consoles des nefs latérales, dans les impostes de l'entrée de l'abside centrale et parfois ailleurs encore. ...

 

Cour de Pilate

Après être rentrés dans la rotonde, on sort par le côté Est dans le petit cloître dit cour de Pilate. Celui-ci occupe une position centrale dans l'ensemble monumental, étant adjacent au moins en partie à chacune des quatre églises et au grand cloître. Il a une forme rectangulaire. Les deux grands côtés sont à portique, les deux autres sont occupés à l'Ouest par la rotonde du Calvaire, sur trois des côtés de son octogone, à l'Est par la façade de l'église de la Trinité. Le sol est empierré. Les portiques sur les deux grands côtés se composent de vastes arcs de pierre en plein cintre retombant sur des piliers en brique de section quadrilobée; les chapiteaux en pierre sont cubiques, avec des lobes saillants et un évidement dans la partie chanfreinée, comme ceux de la basilique Saint-Vital. Dans le bas, les piliers se terminent par une doucine renversée et reposent sur de robustes socles carrés. La maçonnerie en brique au-dessus des arcs est scandée de pilastres en forte saillie qui reçoivent la corniche d'arceaux placée sous l'égout du toit. Les travées du portique sont délimitées par des arcs transversaux et couvertes de voûtes d'arêtes. Tout l'ensemble est bien proportionné et solidement construit dans la meilleure tradition romane (on pense à première vue au quadruple portique de Saint-Ambroise à Milan). Sous les portiques sont encastrées diverses inscriptions lapidaires et pierres tombales et s'ouvrent de nombreuses portes. Du côté Sud, on voit la face latérale surélevée de l'église du Crucifix et d'autres chapelles ; et au-delà surgit le clocher. L'octogone du Calvaire présente du côté de la cour une maçonnerie analogue à celle déjà vue à l'extérieur mais beaucoup plus élaborée, dans le style de Ravenne, semblable à celle de l'abbaye de Pomposa. Le décor se caractérise par des figures géométriques simples et par des oppositions de couleur, grâce à l'emploi judicieux du marbre, du grès et de la brique. Ce décor se présente sous la forme de larges bandes superposées qui, dans le haut, cèdent la place à la brique seule. La bande située sous l'égout du toit est celle que l'on a déjà vue de l'autre côté, corniche d'arceaux entrecroisés (tandis que les arceaux dans le haut des portiques sont simples). Le corps à douze pans ne présente pas non plus de différence sur ce côté par rapport à celui qu'on voit de l'extérieur.

Du côté Est apparaît la façade de l'église de la Trinité (qui, selon Porter, fut pendant un temps un bâtiment ouvert où le portique se prolongeait sur deux autres travées). Cette façade tout entière est une reconstitution de la fin du xixe siècle dans le style byzantin, et l'on doit donc la considérer comme étant en soi une œuvre composite. Par contre, le portail mérite qu'on s'y intéresse; encadré de piédroits et d'une archivolte élégamment sculptés de rinceaux, c'est une œuvre de la fin du xne siècle provenant d'une autre partie de l'ensemble monumental et placée ici par les restaurateurs. ...

 

Eglise de la Trinité

Cette quatrième église de l'ensemble monumental, jadis appelée de la Sainte-Croix, est, par certains côtés, la plus intéressante, mais elle est aussi la plus défigurée par les reconstructions. Sous son aspect actuel, elle se présente comme une œuvre entièrement moderne, sur laquelle il ne vaut pas la peine de s'attarder; les enduits sont tout récents, les maçonneries nouvelles, les marbres rutilants et les cuivres étincelants. ...

 

Le grand Cloitre

On peut attribuer à deux époques différentes ce délicieux cloître à portiques et à galeries, comme le montre clairement l'architecture des deux étages. Le portique fut probablement construit à l'époque du grand élan de construction à Saint-Étienne, c'est-à-dire entre 1117 et 1140; la galerie de l'étage supérieur fut ajoutée ultérieurement entre le milieu du xne siècle et les premières décennies du xme. Dans le portique apparaît à l'évidence l'utilisation hâtive d'éléments récupérés, colonnes et portions de colonnes recueillis dans les ruines causées par le tremblement de terre; dans la galerie, on se trouve en face d'une exécution plus soignée, très travaillée, répartie dans le temps. Les quatre côtés du portique sont identiques, formés chacun de cinq grandes arcades closes dans le bas par un muret; celui-ci s'ouvre sous l'arcade centrale de chacun des côtés pour donner accès au petit jardin (aujourd'hui pavé) et au puits. Les supports des arcs aux angles et dans les arcades centrales, sont faits de maçonneries massives en brique sans aucune moulure ; mais une fois sur deux, dans les paires d'arcades, de part et d'autre de l'arcade centrale, la maçonnerie s'interrompt pour laisser la place à des supports en marbre. Ceux-ci (huit en tout) sont constitués sur deux côtés de courts troncs de colonne, sur les deux autres de faisceaux de quatre colonnettes, faites manifestement de sections de colonnes plus longues. On s'est complètement passé de bases et de chapiteaux : les colonnettes prennent appui dans le bas sur le muret, et rejoignent dans le haut le sommier des deux arcs contigus. ... A l'étage supérieur s'ouvre la galerie, qui s'étend uniformément sur les quatre côtés, composée de quatorze arcs par côté retombant sur des colonnettes jumelées d'élégante facture. Les chapiteaux sont eux-mêmes ouvragés et élégants. La plupart sont sculptés de feuillage et de volutes, de style quasi gothique; sur l'un des côtés - à l'Ouest - nous avons par contre des chapiteaux à figures grotesques : hommes accroupis qui tiennent dans leurs mains le haut d'une colonne et entre leurs genoux le haut de l'autre, ou autres inventions analogues, pleines de verve et sculptées avec aisance. ...

 

(extrait de : Emilie romane ; Sergio Stocchi, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1984, pp. 313-365)

 

Coordonnées GPS : N44.492208 ; E11.348844

twitter.com/Memoire2cite Les 30 Glorieuses . com et la carte postale.. Il existe de nos jours, de nombreux photographes qui privilégient la qualité artistique de leurs travaux cartophiles. A vous de découvrir ces artistes inconnus aujourd’hui, mais qui seront peut-être les grands noms de demain.(Mémoire2Ville) #chercheur #archiviste #maquettiste dans l #histoire des #logementssociaux #logement #HLM #logementsocial #Patrimoine À Saint-Étienne comme ailleurs, les raisons de la réalisation de constructions si modernes durant les Trente Glorieuses relèvent en partie de la réponse donnée à la crise du logement et de la réorganisation industrielle du pays (fixation de la main-d’œuvre, industrialisation du BTP). Mais il faut aussi y voir la traduction physique d’un projet sociopolitique moderne porté par un État centralisateur et des pouvoirs publics puissants (Tomas et al. 2003 ; Dufaux et Fourcaut 2004 ; Veschambre 2011). Le pays est alors dans une période où les aspirations et idéologies portent vers la construction d’une nouvelle ère urbaine, avec ses ambitions (le bien-être, l’hygiène…), et en rupture avec les difficultés d’alors (le taudis, la maladie, l’individualisme…). www.metropolitiques.eu/Les-representations-complexes-des.... les textes de Rachid KADDOUR @ Le logement, jusqu’ici inconfortable et insuffisant, devient l’un des axes majeurs d’intervention : plus de huit millions d’unités sont construites durant la période. La forme de ces logements se doit d’être aussi moderne que le projet. De grands noms et une nouvelle génération d’architectes sont mobilisés. Ceux-ci dessinent des formes géométriques épurées et, dans les opérations importantes, les évolutions techniques leur permettent de multiplier les signaux que sont les longues barres ou hautes tours autour desquelles se structurent les autres immeubles. Comment la tour Plein-Ciel a-t-elle pu passer de symbole de modernité à « emblème d’un désastre urbain » condamné à la démolition ? Tout d’abord, une partie des équipements de la ZUP et la moitié seulement des logements sont réalisés, du fait de prévisions démographiques non atteintes (Vant 1981 ; Tomas et al. 2003). L’inachèvement accentue les désagréments de la situation à six kilomètres du centre, derrière des infrastructures lourdes. Ensuite, tout au long des années 1980 et 1990, la population de Montreynaud se paupérise (départ des plus aisés vers la propriété, montée du chômage) et « s’ethnicise », avec pour effet, suivant des mécanismes analysés ailleurs (Tissot 2003 ; Masclet 2005), que le regard porté sur elle change : dans les discours politiques et la presse, Montreynaud acquiert l’image d’un quartier dangereux. Dès lors, le quartier entre dans les réhabilitations puis la rénovation [6], mais sans effet important sur la vacance, la pauvreté, l’échec scolaire, la délinquance ou les discriminations. Pour de nombreux Stéphanois, il devient un « là‑haut » [7] relégué. La tour devient le symptôme visible de cette dégradation. Des rumeurs se diffusent dès les années 1970 sur sa stabilité et l’isolation du château d’eau [8]. Dix ans après sa livraison, seuls 50 des 90 appartements sont vendus. Cette vacance conduit à l’aménagement d’un « foyer de logements » pour personnes dépendantes psychiatriques qui accentue l’image d’un quartier de relégation. La gestion difficile du foyer et les problèmes financiers d’une partie des propriétaires amènent à classer la copropriété comme « fragile » en 2002. Une étude indique que la démolition « aurait un impact positif sur la requalification du parc de logements du quartier et permettrait également de promouvoir un changement d’image du site » [9]. Le dernier habitant est relogé fin 2008. Acte 3 : la tour Plein-Ciel, monument symbole de Saint-Étienne D’autres images du corpus indiquent toutefois que, à partir des années 2000, l’image stigmatisée de la tour Plein-Ciel comme emblème d’un grand ensemble en difficulté entre en tension avec une autre image plus valorisante d’édifice symbole de Saint-Étienne. En en faisant l’un des théâtres stéphanois de sa saga, Sabri Louatah reconnaît à la tour Plein-Ciel une place particulière dans la ville. Cette représentation se retrouve, de manière beaucoup plus consciente et militante, dans d’autres productions artistiques durant les années 2000. La tour est notamment représentée sur les affiches du festival Gaga Jazz. Si le festival se veut d’ampleur régionale, son nom montre un ancrage stéphanois – le « gaga » désigne le parler local. Le choix d’identité visuelle va dans le même sens : il s’agit « d’utiliser l’image d’un bâtiment symbole à Saint-Étienne » [10]. Pour les graphistes, la tour s’impose, parce qu’elle est « un monument connu de tous les Stéphanois ». Un monument qui a les honneurs d’une carte postale en 1987 [11], et qui, comme il se doit, est abondamment photographié. Jacques Prud’homme, par exemple, la montre sur plusieurs sténopés visibles sur son blog [12]. Pour lui aussi, la tour est l’un des « symboles de Saint-Étienne ». Saint-Étienne, ville industrielle durement frappée par la crise du logement, est exemplaire du mouvement. Les grands ensembles s’y multiplient. Implantés sur des sommets de collines aux entrées de la ville, ils doivent signifier le renouveau. Montreynaud, « nouvelle petite ville à part entière » [3], joue de ce point de vue un rôle clé. Sa tour, en sommet de colline et dont le château d’eau est illuminé la nuit, en est l’emblème, un « symbole de la modernité » [4]. La tour doit son nom au fait de proposer « des appartements en plein-ciel » [5], et l’on peut voir dans cette dénomination une valorisation de la verticalité, à la fois comme source d’oxygène et de lumière, mais aussi comme signal urbain.

Acte 2 : la tour Plein-Ciel, symbole d’un grand ensemble en difficulté Si l’on classe chronologiquement le corpus d’images identifiées, la tour Plein-Ciel ressurgit significativement dans les champs de la communication institutionnelle et des arts au tournant des années 2000‑2010. Dans la littérature, l’intrigue de la saga Les Sauvages de Sabri Louatah débute à Saint-Étienne, et la tour Plein-Ciel en est un cadre important :

Pourquoi la tour Plein-Ciel a-t-elle pu être ainsi considérée comme « un monument ancré dans le paysage stéphanois » [13] ? La combinaison peut-être unique en France d’une tour d’habitation à un château d’eau en fait un édifice singulier. Couplée avec son implantation en sommet de colline, cette singularité fait de la tour un point de repère important pour les Stéphanois, mais aussi pour les nombreux supporters de l’AS Saint-Étienne qui se rendent au stade, dont elle est voisine. D’ailleurs, la tour est utilisée comme édifice emblème de la ville sur au moins un autocollant et un tifo de supporters, aux côtés des symboles miniers (chevalement, « crassiers ») et du stade Geoffroy-Guichard. Cette représentation faisant de la tour un « monument » aurait pu sauver l’édifice, suivant un mécanisme, classique dans l’histoire du patrimoine, de défense devant une menace de démolition. De nombreux Stéphanois réagissent, et, pour l’association Gaga Jazz, « les affiches et flyers invitant les Stéphanois aux concerts de jazz font aussi office d’actes de revendication pour la conservation ». La nouvelle équipe municipale socialiste de Maurice Vincent, élue en 2008, reconnaît que la tour « représente un symbole » [14]. Elle soumet en 2010 au vote des habitants de Montreynaud deux possibilités : développer la valeur et la fonction de repère de la tour en la transformant en « symbole artistique de la ville de Saint-Étienne » [15] via l’intervention d’un plasticien, ou bien la démolir et aménager un parc : 71 % des votants se prononcent pour la démolition, soit 230 personnes sur les 318 votants. Les défenseurs de la conservation expriment un double regret : l’ouverture du vote aux seuls habitants de Montreynaud, et la très faible mobilisation de ces derniers. La démolition de la tour a lieu le 24 novembre 2011. Son foudroyage la met une dernière fois sous les projecteurs des nombreux appareils audiovisuels présents. Les images produites s’ajoutent à celles existantes, et constituent autant de traces d’un immeuble dont il n’en reste plus aucune sur le terrain. Cette fin dramatique donne à cette chronique des allures de représentation théâtrale, en trois actes : naissance puis mort de l’édifice, avec un ultime soubresaut sous la forme d’une tentative vaine de sauvetage au nom du patrimoine. C’est une troisième définition du terme de représentation qui est mobilisée dans cette conclusion. Ce sont en effet des représentations, en images et en mots, qui ont permis de constituer cette chronique de la tour. Cette dernière révèle que trois représentations mentales sont associées à l’édifice et à sa verticalité : pour la puissance publique ayant commandé sa réalisation et pour les premiers résidents, la tour est un symbole de modernité ; pour une partie des Stéphanois, mais aussi pour les acteurs ayant décidé sa démolition, elle est l’emblème d’un grand ensemble stigmatisé ; et enfin, pour d’autres Stéphanois, habitants de Montreynaud ou artistes entre autres, la tour est un objet phare et patrimonial dans le paysage de Saint-Étienne. Aux côtés, par exemple, de la Tour panoramique à la Duchère (à Lyon), qui a été profondément rénovée, cette mise en évidence de la trajectoire des perceptions de la tour Plein-Ciel permet d’expliciter que la verticalité dont nos villes ont hérité, tout du moins celle présente dans les grands ensembles, fait l’objet d’un système de représentations complexe et en tout cas plus varié que celui présenté dans les discours de légitimation de la rénovation urbaine.

Bibliographie Dufaux, F. et Fourcaut A. (dir.). 2004. Le Monde des grands ensembles, Paris : Créaphis.

Louatah, S. 2011. Les Sauvages, tome 1, Paris : Flammarion–Versilio. Masclet, O. 2005. « Du “bastion” au “ghetto”, le communisme municipal en butte à l’immigration », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 159, p. 10‑25.

Tissot, S. 2003. « De l’emblème au “problème”, histoire des grands ensembles dans une ville communiste », Les Annales de la recherche urbaines, n° 93, p. 123‑129.

Tomas, F., Blanc, J.-N. et Bonilla, M. 2003. Les Grands Ensembles, une histoire qui continue, Saint-Étienne : Publications de l’université de Saint-Étienne.

Vant, A. 1981. Imagerie et urbanisation, recherches sur l’exemple stéphanois, Saint-Étienne : Centre d’études foréziennes. Veschambre, V. 2011. « La rénovation urbaine dans les grands ensembles : de la monumentalité à la banalité ? », in Iosa, I. et Gravari-Barbas, M. (dir.), Monumentalité(s) urbaine(s) aux XIXe et XXe siècles. Sens, formes et enjeux urbains, Paris : L’Harmattan, p. 193‑206.

Notes

[1] Extraits tirés du film Saint-Étienne, on en parle (Atlantic Film, 1970) associé à l’exposition.

[2] Dont Les grands travaux à Saint-Étienne, ville de Saint-Étienne, 1974.

[3] Brochure publicitaire Montreynaud, Saint-Étienne, résidence les Hellènes, non daté.

[4] Propos tenus par un habitant installé dès l’époque.

[5] Brochure publicitaire Des appartements en plein-ciel. La tour de Montreynaud, non daté.

[6] Avec, dans un premier temps, le grand projet de ville (GPV) en 2001, puis la convention avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) en 2005.

[7] Expression régulièrement entendue lors des entretiens.

[8] « Le château d’eau : mille m³ qui ne fuiront pas », La Tribune, 17 novembre 1978, p. 14.

[9] Lettre d’information aux habitants de Montreynaud, ville de Saint-Étienne, mai 2003.

[10] Entretien avec Damien et Sébastien Murat (DMS photo), graphistes.[14] Propos de l’adjoint à l’urbanisme, « Tour Plei

« La tour Plein-Ciel se dressait avec une majesté sinistre au sommet de la colline de Montreynaud […]. À l’aube du XXIe siècle, sa démolition avait été plébiscitée par les riverains […]. La célèbre tour au bol était visible depuis la gare en arrivant de Lyon, et beaucoup de Stéphanois la considéraient […] comme le point doublement culminant de la ville : du haut de ses soixante-quatre mètres qui dominaient les six autres collines mais aussi en tant qu’emblème, d’un désastre urbain éclatant et d’une ville résignée à la désindustrialisation » (Louatah 2011, p. 89).Cette description exprime bien la situation dans laquelle la tour se trouve à la rédaction du roman : en attente de démolition. En 2011, les photographies de Pierre Grasset (voir un exemple ci-dessous), missionné par la ville, montrent l’édifice moribond. L’image de la tour est en France encore fortement attachée à celle du logement populaire, du fait notamment de la présence de ce type d’édifice dans les grands ensembles. Or, si l’on parle des tours d’habitat populaire depuis 2003, c’est essentiellement à propos des démolitions : l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) incite les bailleurs à détruire prioritairement dans les zones urbaines sensibles les immeubles les plus imposants, dont les tours les plus hautes. Mais l’image négative du « problème des banlieues » et de ses dysfonctionnements est-elle la seule associée aux tours d’habitat populaire ? Ne tend-elle pas à laisser dans l’ombre d’autres représentations attachées à ces édifices ?Une réflexion sur la tour Plein-Ciel à Saint-Étienne est, sur ces points, riche d’enseignements. Tenant une place prépondérante dans le paysage stéphanois, emblématique de l’image des grands ensembles, cette tour édifiée en 1972 est démolie en 2011. La constitution et l’analyse d’un corpus d’une dizaine d’images promotionnelles et artistiques (films, photographies de communication) la mettant en scène permet d’en établir une chronique. Cette dernière met en évidence un système de représentations complexe : tout au long de ses quarante ans d’histoire, l’édifice est en effet perçu comme symbole de modernité, emblème de grand ensemble en difficulté et monument dans le paysage stéphanois. Ces deux dernières représentations, l’une stigmatisée, l’autre valorisée, coexistent même lors des dernières années de la vie de l’édifice. Dans toutes ces représentations différenciées et concurrentes, la verticalité de l’édifice tient un rôle essentiel.Acte 1 : la tour Plein-Ciel, symbole de modernité L’image la plus ancienne identifiée date de 1970. Il s’agit d’un cliché de la maquette de la zone à urbaniser en priorité (ZUP) de Montreynaud, pris sur le stand de l’exposition « Saint-Étienne demain » de la Foire économique. Cette exposition vante les grandes opérations d’urbanisme en cours dans la ville, et vise à montrer « les transformations de la cité et son nouveau visage », afin de rompre avec la « légende de ville noire, industrielle et fixée dans le XIXe siècle » [1]. L’exposition fait partie d’une communication orchestrée par le maire Michel Durafour (1964‑1977). À partir de 1973, les reportages photographiques ou les films [2] mettent à l’honneur Montreynaud (jusqu’à 4 400 logements prévus) et en particulier sa tour Plein-Ciel (par l’architecte Raymond Martin), avec sa verticalité (18 niveaux), le château d’eau qui la coiffe et sa situation en rupture avec la ville ancienne. -La Tour Réservoir Plein Ciel était un immeuble de logement situé à Saint-Étienne, dans le quartier de Montreynaud, classé en zone urbaine sensible. Elle culminait à 63 mètres de haut (92 avec l'antenne).

La tour avait été construite en 1972 par l'architecte Raymond Martin, l'antenne de 63 mètres de haut reste jusqu'en 1992 avant de retour en 1996 afin de répondre à la demande considérable en logements. Elle était considérée comme un symbole du quartier. Visible de loin, elle permettait de repérer le quartier dans la ville.Sa destruction a été effectuée le 24 novembre 2011 à 10 h 45 par foudroyage, après le vote majoritaire (73 %) en faveur. --------------------------------------- Sotteville Construction de l’Anjou, le premier immeuble de la Zone Verte sottevilleaufildutemps.fr/2017/05/04/construction-de-limm... - www.20minutes.fr/paris/diaporama-7346-photo-854066-100-an... - www.ladepeche.fr/article/2010/11/02/940025-140-ans-en-arc... dreux-par-pierlouim.over-blog.com/article-chamards-1962 ..missionphoto.datar.gouv.fr/fr/photographe/7639/serie/7695... Mémoire2cité Mémoire2Ville Mémoire de l'Habitat,içi la page listant mes 43 albums photos disponibles, çe x 1000 pour chacuns d'entre eux ..Merci aux 5859 followers qui porte une attention particuliere à nos quartiers..la Grande Borne 91, le Vaudreuil 27, Avoriaz, Avenue de Flandres à Paris, tours Picasso à Nanterre, vues de la défense, Benghazi Libye 1975 Réalisateur : Sydney Jézéquel, Karenty

Ministère de l'Équipement et de l'Aménagement du Territoire - Dotation par la France d'autoroutes modernes "nécessité vitale" pour palier à l'inadaptation du réseau routier de l'époque voué à la paralysie : le reportage nous montre des images d'embouteillages. Le ministre de l'Équipement et de l'Aménagement du Territoire dans les deux gouvernements de Pierre Messmer, de 1972 à 1974, Olivier Guichard explique les ambitions du programme de construction qui doit atteindre 800 km par ans en 1978. L'ouverture de section nouvelles va bon train : Nancy / Metz par exemple. Le reportage nous montre l'intérieur des bureaux d'études qui conçoivent ces autoroute dont la conception est assistée par ordinateurs dont le projet d'ensemble en 3D est visualisé sur un écran. La voix off nous informe sur le financement de ces équipements. Puis on peut voir des images de la construction du pont sur la Seine à Saint Cloud reliant l'autoroute de Normandie au périphérique, de l'échangeur de Palaiseau sur 4 niveau : record d'Europe précise le commentaire. Le reportage nous informe que des sociétés d'économies mixtes ont étés crées pour les tronçons : Paris / Lille, Paris / Marseille, Paris / Normandie. Pour accélérer la construction l’État a eu recours à des concessions privées par exemple pour le tronçon Paris / Chartres. "Les autoroutes changent le visage de la France : artères économiques favorisant le développement industriel elles permettent de revitaliser des régions en perte de vitesse et de l'intégrer dans le mouvement général de l'expansion" Sur le plan européen elles vont combler le retard de la France et réaliser son insertion. Images de l'inauguration de l'autoroute entre Paris et Bruxelles par le président Georges Pompidou. Le reportage rappel que l'autre fonction capitale des autoroute est de favoriser la sécurité. La question de la limitation de vitesse est posée au ministre de l’Équipement, qui n'y est favorable que sur certains tronçons. Un des facteur de sécurité selon le commentaire est l'humanisation des autoroutes : aires de repos, restaurants, signalisation touristiques... "Rien n'est impossible aux techniques modernes" nous apprend la voix off qui prend comme exemple le déplacement sur rail de 65 mètres d'un château classé afin de faire passer l'autoroute Lille / Dunkerque.Durée : 4 minutes 30 secondes Sur les routes de France les ponts renaissent 1945 reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale www.dailymotion.com/video/xuxrii?playlist=x34ije , Quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un triste constat s'impose : 5 944 passages sont coupés, soit plus de 110 km de brèches ; de nombreuses villes se trouvent isolées.Les chantiers s'activent dans toute la France pour "gagner la bataille des communications routières". Mais outre la pénurie de main d’œuvre, il faut faire face au manque de matériaux (béton, métal) et donc déployer des trésors d'imagination pour reconstruire les ponts détruits. Si le savoir faire des tailleurs de pierre est exploité, le plus spectaculaire est le relevage des ponts, comme le pont de Galliéni à Lyon, où 7 à 800 tonnes d'acier sont sorti de l'eau avec des moyens de l'époque. En avril 1945, il reste 5 700 ponts à reconstruire soit 200 000 tonnes d'acier, 600 000 tonnes de ciment, 250 000 m3 de bois, 10 millions de journées d'ouvrier, prix de l'effort de reconstruction.1945

Auteurs / réalisateurs : images : G.Delaunay, A.Pol, son : C.Gauguier Production : Direction Technique des Services des Ponts et Chaussées / Ministère des Travaux Publics et des Transports Support original : 16 mm noir et blanc Durée : 14 min Thèmes principaux : infrastructures-ouvrages d'art Mot clés : chantier, pont, Reconstruction, restauration, béton précontraint, ministère des travaux publics et des transportsLieux : Lyon, Tournon, Caen - Le Bosquel, un village renait 1947 l'album cinématographique de la reconstruction, réalisation Paul de Roubaix production ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, village prototype, architecte Paul Dufournet, www.dailymotion.com/video/xx5tx8?playlist=x34ije - Demain Paris 1959 dessin animé présentant l'aménagement de la capitale dans les années 60, Animation, dessin animé à vocation pédagogique visant à promouvoir la politique d’aménagement suivie dans les années 60 à Paris. Un raccourci historique sur l’extension de Paris du Moyen Âge au XIXe siècle (Lutèce, œuvres de Turgot, Napoléon, Haussmann), ce dessin animé retrace la naissance de la banlieue et de ses avatars au XXe siècle. Il annonce les grands principes d’aménagement des villes nouvelles et la restructuration du centre de Paris (référence implicite à la charte d’Athènes). Le texte est travaillé en rimes et vers. Une chanson du vieux Paris conclut poétiquement cette vision du futur. Thèmes principaux : Aménagement urbain / planification-aménagement régional Mots-clés : Banlieue, extension spatiale, histoire, quartier, ville, ville nouvelle Lieu géographique : Paris 75 Architectes ou personnalités : Eugène Haussmann, Napoléon, Turgot Réalisateurs : André Martin, Michel Boschet Production : les films Roger Leenhardt

www.dailymotion.com/video/xw6lak?playlist=x34ije - Rue neuve 1956 la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, villes, villages, grands ensembles réalisation : Jack Pinoteau , Panorama de la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, ce film de commande évoque les villes et villages français détruits puis reconstruits dans un style respectant la tradition : Saint-Malo, Gien, Thionville, Ammerschwihr, etc. ainsi que la reconstruction en rupture avec l'architecture traditionnelle à Châtenay-Malabry, Arles, Saint Étienne, Évreux, Chambéry, Villeneuve-Saint-Georges, Abbeville, Le Havre, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Dunkerque. Le documentaire explique par exemple la manière dont a été réalisée la reconstruction de Saint-Malo à l'intérieur des rempart de la vieille ville : "c'est la fidélité à l'histoire et la force du souvenir qui a guidé l'architecte". Dans le même esprit à Gien, au trois quart détruite en 1940, seul le château construit en 1494 pour Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI, fut épargné par les bombardements. La ville fut reconstruite dans le style des rares immeubles restant. Gien est relevé de ses ruines et le nouvel ensemble harmonieux est appelé « Joyau de la Reconstruction française ». Dans un deuxième temps est abordé le chapitre de la construction des cités et des grands ensembles, de l’architecture du renouveau qualifiée de "grandiose incontestablement". S’il est précisé "on peut aimer ou de ne pas aimer ce style", l’emporte au final l’argument suivant : les grands ensembles, c'est la campagne à la ville, un urbanisme plus aéré, plus vert." les films caravelles 1956, Réalisateur : Jack Pinoteau (connu pour être le metteur en scène du film Le Triporteur 1957 qui fit découvrir Darry Cowl) www.dailymotion.com/video/xuz3o8?playlist=x34ije , Levittown: The Construction and Systematic Execution of Discrimination in Modern Suburbia (NHD 2018) www.youtube.com/watch?v=9_KrD6PkX0M … … 17000 maisons en 2 ans un record dans l histoire des annees 60 @ la grande Acceleration @ Un point de bascule avec le changement de regime d'existence les 30 glorieuses americaine @ la constructions de masse.., ici LEVITTOWN a LONGISLAND, 17000 pavillons en 2 ans un Record...Yes this is it my Our Home Town: Levittown, PA (1954) - www.youtube.com/watch?v=9_KrD6PkX0M les 30 glorieuses atomique @ le projet PLOWSHARE de 1957 LE FILM ICI www.youtube.com/watch?v=kpjFU_kBaBE … STRAUSS le promoteur du nucleaire Americain les 30 glorieuses Américaine @ quand celles çi ratent le coche sur le developpement solaire... les occasions manquées de soigner notre humanité..www.dailymotion.com/video/xuxrii?playlist=x34ije Lyon, Tournon, Caen - Le Bosquel, un village renait 1947 l'album cinématographique de la reconstruction, réalisation Paul de Roubaix production ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, village prototype, architecte Paul Dufournet, www.dailymotion.com/video/xx5tx8?playlist=x34ije - Demain Paris 1959 dessin animé présentant l'aménagement de la capitale dans les années 60, Animation, dessin animé à vocation pédagogique visant à promouvoir la politique d’aménagement suivie dans les années 60 à Paris. Un raccourci historique sur l’extension de Paris du Moyen Âge au XIXe siècle (Lutèce, œuvres de Turgot, Napoléon, Haussmann), ce dessin animé retrace la naissance de la banlieue et de ses avatars au XXe siècle. Il annonce les grands principes d’aménagement des villes nouvelles et la restructuration du centre de Paris (référence implicite à la charte d’Athènes). Le texte est travaillé en rimes et vers. Une chanson du vieux Paris conclut poétiquement cette vision du futur. Thèmes principaux : Aménagement urbain / planification-aménagement régional Mots-clés : Banlieue, extension spatiale, histoire, quartier, ville, ville nouvelle Lieu géographique : Paris 75 Architectes ou personnalités : Eugène Haussmann, Napoléon, Turgot Réalisateurs : André Martin, Michel Boschet Production : les films Roger Leenhardt

www.dailymotion.com/video/xw6lak?playlist=x34ije - Rue neuve 1956 la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, villes, villages, grands ensembles réalisation : Jack Pinoteau , Panorama de la reconstruction de la France dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, ce film de commande évoque les villes et villages français détruits puis reconstruits dans un style respectant la tradition : Saint-Malo, Gien, Thionville, Ammerschwihr, etc. ainsi que la reconstruction en rupture avec l'architecture traditionnelle à Châtenay-Malabry, Arles, Saint Étienne, Évreux, Chambéry, Villeneuve-Saint-Georges, Abbeville, Le Havre, Marseille, Boulogne-sur-Mer, Dunkerque. Le documentaire explique par exemple la manière dont a été réalisée la reconstruction de Saint-Malo à l'intérieur des rempart de la vieille ville : "c'est la fidélité à l'histoire et la force du souvenir qui a guidé l'architecte". Dans le même esprit à Gien, au trois quart détruite en 1940, seul le château construit en 1494 pour Anne de Beaujeu, fille aînée de Louis XI, fut épargné par les bombardements. La ville fut reconstruite dans le style des rares immeubles restant. Gien est relevé de ses ruines et le nouvel ensemble harmonieux est appelé « Joyau de la Reconstruction française ». Dans un deuxième temps est abordé le chapitre de la construction des cités et des grands ensembles, de l’architecture du renouveau qualifiée de "grandiose incontestablement". S’il est précisé "on peut aimer ou de ne pas aimer ce style", l’emporte au final l’argument suivant : les grands ensembles, c'est la campagne à la ville, un urbanisme plus aéré, plus vert." les films caravelles 1956, Réalisateur : Jack Pinoteau (connu pour être le metteur en scène du film Le Triporteur 1957 qui fit découvrir Darry Cowl) www.dailymotion.com/video/xuz3o8?playlist=x34ije - www.dailymotion.com/video/xk1g5j?playlist=x34ije Brigitte Gros - Urbanisme - Filmer les grands ensembles 2016 - par Camille Canteux chercheuse au CHS -Centre d'Histoire Sociale - Jeanne Menjoulet - Ce film du CHS daté de 2014 www.youtube.com/watch?v=VDUBwVPNh0s … L'UNION SOCIALE POUR L'HABITAT le Musée des H.L.M. musee-hlm.fr/ union-habitat.org/ - EXPOSITION :LES 50 ANS DE LA RESIDENCe SALMSON POINT-Du JOUR www.salmsonlepointdujour.fr/pdf/Exposition_50_ans.pdf - Sotteville Construction de l’Anjou, le premier immeuble de la Zone Verte sottevilleaufildutemps.fr/2017/05/04/construction-de-limm... - www.20minutes.fr/paris/diaporama-7346-photo-854066-100-an... - www.ladepeche.fr/article/2010/11/02/940025-140-ans-en-arc... dreux-par-pierlouim.over-blog.com/article-chamards-1962-9... missionphoto.datar.gouv.fr/fr/photographe/7639/serie/7695.. A partir des années 1950, le trafic de la banlieue parisienne suit l’urbanisation galopante et les dessertes ferroviaires doivent s’adapter et se moderniser.Quelques amateurs ont su immortaliser un monde ferroviaire qui était alors en voie de disparition. Dans ce film, nous retrouvons les dessertes 750 volts par troisième rail en rames « Standard » sur les lignes de Versailles-RD, sur la ligne d’Auteuil et entre Puteaux et Issy-Plaine mais aussi les derniers trains à vapeur à St Lazare, à La Bastille et sur le Nord et quelques ultimes voyages sur les lignes de Ceinture --------------De la révolution industrielle à aujourd’hui, un décryptage minutieux de la course au développement qui a marqué le point de départ de l’ère de l'anthropocène (ou l'ère de l'Homme) et de la déterioration continue de la planète. www.arte.tv/fr/videos/073938-000-A/l-homme-a-mange-la-terre/ Quelque 1 400 milliards de tonnes de CO2 sont aujourd’hui prisonnières de la basse atmosphère. Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs... : en deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète, la crise environnementale se doublant d’une rupture géologique, avec l’avènement de l’ère anthropocène. Portée par l’exploitation des énergies fossiles – du charbon de la révolution industrielle en Angleterre au tout-pétrole de la domination économique des États-Unis –, l’industrialisation et ses corollaires, taylorisme et colonialisme, entraînent une exponentielle production de masse. Un processus qu’accélère la Première Guerre mondiale, les firmes chimiques mobilisées pour tuer l’ennemi se reconvertissant dans la destruction du vivant avec les herbicides, insecticides et fertilisants de l’agriculture intensive. Alors que l’urbanisation s’étend, la voiture, qui sonne le glas du tramway, se généralise, et l’Amérique s’inspire du modèle autoroutier nazi. La Seconde Guerre mondiale engendre une nouvelle organisation du travail, laquelle devient la norme, et annonce l’ère nucléaire de la guerre froide. Dans sa démesure, l’homme rêve déjà d’usages civils de l’atome (y compris pour l’abattement de montagnes et la dissolution des calottes glaciaires !). Le plastique et le béton deviennent les piliers de la consommation de masse, dévoreuse de matières premières et antidote à la contestation sociale, jusqu’à la révolution numérique. Liaisons dangereuses En balayant, avec de formidables archives issues du monde entier, deux siècles de progrès jusqu’à l’ère du big data, le film remonte aux sources de la crise écologique, en interrogeant avec précision les enjeux scientifiques, économiques et politiques qui y ont conduit. Fourmillant d’informations, il éclaire l’histoire de cette marche folle, et les liaisons dangereuses entre industries militaire et civile. Entre capitalisme et mondialisation imposés par les grandes puissances, un décryptage passionnant du basculement dans l’anthropocène, funeste asservissement de la nature par l’homme. le Logement Collectif* 50,60,70's dans tous ses états..Histoire & Mémoire de l'Habitat / Rétro-Villes / HLM / Banlieue / Renouvellement Urbain / Urbanisme URBANISME S’imaginer Paris et le Grand Paris @ Les 50ans d'Apur (link: 50ans.apur.org/#intro) 50ans.apur.org/#intro @ Où en est l'histoire urbaine des sociétés contemporaines ? Cet ouvrage, inspiré par Annie Fourcaut, qui contribua de manière décisive à son développement, propose un état des lieux de ce champ et explore des pistes de recherche ouvrant l'histoire urbaine à une variété de " genres ". Où en est l'histoire urbaine des sociétés contemporaines ? Cet ouvrage, inspiré par Annie Fourcaut, qui contribua de manière décisive à son développement, propose un état des lieux de ce champ. De Femmes à l'usine (1981), Bobigny, banlieue rouge (1986), à La banlieue en morceaux (2000), en passant par les publications collectives qu'elle a coordonnées et les travaux qu'elle a encadrés, la trajectoire de cette historienne a conduit l'histoire sociale et politique – telle qu'on la pratiquait dans les années 1970 – vers une histoire urbaine renouvelée. Le livre revient sur cette évolution et explore des pistes de recherche ouvrant l'histoire urbaine à une variété de " genres ". Les auteurs, historiennes et historiens, sociologues, politistes, géographes, architectes, urbanistes et décideurs politiques proposent une histoire urbaine à la fois interdisciplinaire et ancrée dans la fabrique de la ville et ses représentations, portant la marque de sa dédicataire.Les quatre sections de l'ouvrage dessinent les chantiers qu'Annie Fourcaut a investis : " Du social à l'urbain " met en avant la conviction qu'étudier l'histoire des villes, c'est toujours faire de l'histoire sociale ; " Qu'elle était belle la banlieue " est centré sur les banlieues, son territoire d'étude de prédilection ; " Les habits neufs des politiques de la ville " interroge les politiques urbaines successives et leur transformation ; enfin, " Banc d'essai des modernités " propose une analyse historique de l'urbanisme, comme discipline et comme pratique. www.benjamingibeaux.fr/portfolio/petite-histoire-de-lhabi... Le Label « Patrimoine du XXe siècle » créé en 1999 par le ministère de la Culture et de la Communication a pour but de faire connaître l’architecture de cette période. La comparaison des labellisations réalisées par les DRAC d’Île-de-France et d’Occitanie (ex Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées) montre la variété des méthodes employées pour rendre compte soit de l’importance numérique des édifices remarquables soit de la difficulté à établir ce corpus et de la nécessité de s’appuyer sur les inventaires ou études thématiques ou monographiques. Si l’attribution du label, désormais appelé "Architecture contemporaine remarquable" s’est faite depuis vingt ans de façon très diverse selon les régions, elle est toujours l’occasion de mettre en lumière et de porter à la connaissance du public des œuvres architecturales remarquables, notamment via une augmentation impressionnante des publications de qualité sur l'architecture du XXe siècle. En 1999, le ministère de la Culture et de la Communication propose la mise en place d’un nouvel outil pour permettre la reconnaissance et la sauvegarde des constructions élevées au cours du siècle qui s’achève. Le label « Patrimoine du XXe siècle » est une déclinaison nationale de la recommandation du conseil de l’Europe sur la prise en compte de l’architecture du XXe siècle. Ce dernier évoque, pour la conservation de ce patrimoine « moins reconnu », une absence d’intérêt « en raison de sa proximité dans l’Histoire, de l’abondance de ses témoignages et de son caractère hétérogène » et sa crainte de « pertes irréparables »2 . Le label mis en place par la France vise à appeler « l’attention des décideurs, des aménageurs, mais aussi et surtout de ses usagers et du public sur les productions remarquables de ce siècle » Chargées de mettre en place le label, les directions régionales des affaires culturelles (Drac), services déconcentrés du ministère de la Culture, ont à cette date déjà construit, chacune à sa manière, leur approche de la préservation du patrimoine du XXe siècle. Elles s’emparent alors diversement du label, appliquant de facto des labellisations aux immeubles de ce siècle déjà protégés au titre des monuments historiques4 ou mettant en place de véritables stratégies pour répondre pleinement aux attendus de la directive nationale. À partir de nos expériences, il nous a paru intéressant de montrer la diversité de la mise en place du label dans trois Drac parmi d’autres, l’Île-de-France ainsi que Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées qui composent aujourd’hui la région Occitanie5. Pour chacune de ces Drac, il s’agit de montrer comment la connaissance de ce patrimoine, mais aussi ses particularités territoriales ont joué un rôle important dans le choix des méthodologies de sélection des œuvres à labelliser ainsi que la détermination de critères, et de présenter les résultats et les actions de valorisation menées pour faire connaître et apprécier ces créations architecturales récentes. Le label « Patrimoine du XXe siècle » en Île-de-France : gérer l’abondance La Drac Île-de-France s’est emparée tardivement du label « Patrimoine du XXe siècle », pour plusieurs raisons. Parmi les freins à l’action, il faut citer la question du pilotage de la mise en place du label entre différents services de la Drac, les interrogations liées à l’opportunité de ce nouveau dispositif et un relatif scepticisme quant à son efficacité, l’ampleur de la tâche au vu du corpus concerné, le plus important de France en quantité et sans doute en qualité, mais surtout l’engagement pris de longue date par cette Drac et les membres de sa commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) en faveur du patrimoine du XXe siècle. En effet, c’est sans doute dans cette région que l’on protège le plus grand nombre d’édifices contemporains au titre des monuments historiques : dans la première décennie du XXIe siècle, selon les années, 50 à 70 % des protections concernent des édifices construits au siècle précédent. Ainsi, ce nouveau dispositif, dépourvu de dispositions contraignantes, étranger à la culture de la conservation régionale des monuments historiques (CRMH) dont l’action est liée à la protection, peinait à démontrer son intérêt au regard de ce qu’offre la législation sur les monuments historiques. Cependant, au vu de l’enjeu que constitue la préservation de l’architecture contemporaine en Île-de-France, lié à la fois à l’ampleur de la production et aux évolutions urbaines et réglementaires constantes engageant sa conservation, la question de la mise en place du label était régulièrement posée à la Drac. Pilotée par la CRMH, la première expérience de labellisation y fut menée en 2004. Elle s’inscrivait dans la suite de l’étude menée par le groupe d’experts dirigé par Bernard Toulier, conservateur du Patrimoine au département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique du ministère de la Culture, qui avait produit une liste d’édifices du XXe siècle repérés en bibliographie, inventaire devant servir de base à la constitution de propositions de labellisations. Selon la méthode suivie par ce groupe d’experts, on fit le choix de présenter tous les immeubles concernés regroupés par larges typologies. Les membres de la CRPS, devant lesquels fut présentée cette liste d’édifices, rejetèrent en bloc la sélection où voisinaient l’aérogare 1 de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle et la modeste mairie du 17e arrondissement de Paris présentée à la demande de son maire, arguant de l’impossibilité à valider le choix d’édifices que rien ne rapprochait. De plus, nombre des immeubles retenus étaient candidats à la protection au titre des monuments historiques, brouillant de fait l’identité du label et réfutant du même coup la conception un temps énoncée du label comme « antichambre » de la protection. En effet, si la grande qualité de la plupart des édifices sélectionnés montrait toute la richesse des créations contemporaines franciliennes, la seule présentation des plus remarquables d’entre eux résultait d’une absence de sélection argumentée, selon l’esprit du label. La présentation de cette première liste en CRPS tourna donc court. - La question des critères de sélection a été débattue à la lumière de l’expérience de la labellisa (...) En 2008, toujours sous l’impulsion du service des monuments historiques, une nouvelle orientation fut prise. Un pilotage, un groupe de travail, un objectif furent mis en place. Trois orientations furent définies : selon les recommandations de la CRMH de la région PACA, procéder par thématiques typologiques, méthode propice à l’élaboration de critères de sélection ; cibler un patrimoine déprécié ou en danger, pour répondre parfaitement aux attendus de la directive européenne ; pour cette première campagne de labellisation, choisir un champ vierge de reconnaissance patrimoniale, éloigné de la protection au titre des monuments historiques afin d’éviter toute confusion entre les édifices labellisés et les édifices protégés. Le thème des ensembles de logements, nombreux dans cette région, s’est naturellement dégagé. À géométrie variable, le groupe de travail dirigé par la cellule protection était formé d’un premier cercle pérenne, garant de la cohérence de la démarche de labellisation et des choix des thématiques, et d’un second, composé de spécialistes de chaque thématique retenue. Le premier cercle était constitué d’agents de la Drac (conservation des monuments historiques, service architecture, un architecte des bâtiments de France, chargé de faire le lien avec l’ensemble des services départementaux de l’architecture et du patrimoine de la région), de représentants du monde universitaire et de la recherche dans le domaine de l’architecture du XXe siècle.

Pour les ensembles de logements, le second cercle du groupe de travail a permis d’associer des acteurs de terrain, des représentants des bailleurs sociaux, des experts. Le sujet fut restreint chronologiquement (1945-1975), son acception précisée (habitat collectif et individuel) et le corpus, basé sur les inventaires existants et la bibliographie, fut établi à partir des critères élaborés par le groupe de travail : histoire, forme urbaine, valeur d’usage, technique, style - Composée d’environ un tiers de ses membres, la délégation permanente est une émanation de la CRPS (...) De façon exceptionnelle, la liste des ensembles de logements fut en premier lieu présentée devant les membres de la délégation permanente de la CRPS7 pour en valider les orientations et s’assurer de l’adhésion des membres, à la fois pour ne pas risquer de réitérer l’expérience malheureuse de 2004 mais surtout pour interroger la commission sur le bien-fondé à distinguer ces ensembles de logements d'après-guerre, constructions parmi les plus décriées du XXe siècle.

La méthodologie proposée a conduit à la labellisation d’une première série d’immeubles, quarante ensembles de logements en 2010 (fig. 2, 3), puis d’une seconde série de soixante-quinze lieux de culte en 2011 (fig. 4, 5). Les critères peuvent être adaptés ou précisés selon le thème retenu : pour les édifices religieux, la qualité et l’originalité du décor furent ajoutés et la valeur d’usage exclue.La méthode choisie a été vertueuse : elle a permis de labelliser un grand nombre d’édifices, d’associer largement les services patrimoniaux de l’État et des collectivités, de créer des synergies avec l’université et les chercheurs, de valoriser l’action de l’État par des présentations en CRPS, des publications, des journées d’études, des expositions, actions relayées par la presse généraliste et spécialisée8 (fig. 6 et 7). Un partenariat pérenne s’est développé avec l’éditeur Beaux-Arts pour la publication de chaque campagne de labellisation, avec diffusion en kiosque au plus près du public concerné pour un prix inférieur à 15 €. Elle a également permis d’impliquer les acteurs de terrain, répondant ainsi à l’objectif visé de sensibilisation du public à cette architecture mal aimée Depuis 2016, la Drac Île-de-France a conduit trois nouvelles campagnes, toutes thématiques, fondées sur des partis méthodologiques diversifiés, adaptés aux sujets d’étude.

- Note méthodologique « Étude du patrimoine du XXe siècle de la métropole du Grand Paris », La manu (...) - La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) promulguée (...) Une campagne vise à identifier les édifices et ensembles contribuant à structurer le territoire de la récente métropole du Grand Paris. L’établissement d’une critériologie et la sélection ont été confiés à un bureau d’études, la Manufacture du patrimoine, associé à un groupe de travail conduit par la Drac. Des critères dits généraux, divisés en critères primaires et complémentaires, ont été retenus. Pour la thématique étudiée, se sont ajoutés sept critères spécifiques répondant aux enjeux de « l’émergence et du rayonnement de la métropole »10. Les grands travaux présidentiels ont été concernés dans un premier temps, aboutissant à la labellisation de dix édifices en novembre 2016, avant une présentation plus large d’édifices emblématiques, retenus pour l’obtention d’un label « Architecture contemporaine remarquable »11 en juin 2018.

- Introduite par la loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (LC (...) De façon innovante, la Drac a conclu un partenariat avec l’école nationale supérieure d’architecture (ENSA) Paris-Belleville avec laquelle elle s’est associée dès l’élaboration du premier label (colloque, exposition, travaux avec l’IPRAUS). Le thème choisi, inscrit dans la droite ligne du précédent, s’attache à l’étude des villes nouvelles. Par son caractère récent et spécifique dans l’histoire de la planification urbaine, cet objet d’étude implique une nouvelle approche, menée dans le cadre d’une convention triennale de chaire partenariale avec l’ENSA Paris-Belleville. La méthodologie s’appuie sur la grille d’analyse habituellement employée par la Drac, enrichie pour inclure davantage l’espace public. Des édifices de la ville d’Évry (Essonne), qui manifesta en 2016 son souhait de voir son patrimoine labellisé, ont été présentés en novembre 2018 aux membres de la commission régionale de l’architecture et du patrimoine (CRPA)12 en vue d’une labellisation.- Valérie Gaudard remercie vivement Mmes Agnès Chauvin, cheffe du bureau de la protection, et Maria (...)Enfin, le champ de l’architecture scolaire est abordé dès 2010. Au vu de l’immensité du corpus, la Drac a choisi en 2016 de s’attacher dans un premier temps aux lycées, en lien avec le service de l’Inventaire de la région Île-de-France Le label en Languedoc-Roussillon : une succession d’opportunités V- La Poste Art Nouveau de Tuchan, l’hôtel du Belvédère à Cerbère. - Certains construits vers 1900 relèvent davantage d’une esthétique encore XIXe comme la villa Las (...) - Le 3 octobre 2001, une CRPS dédiée a examiné onze propositions de protection, dont deux seulement (...)

Dans ce territoire riche en monuments anciens, l’attention pour l’architecture du XXe siècle s’observe dès les années 1980 avec la décentralisation. La commission régionale du patrimoine historique archéologique et ethnologique (Corephae) du 15 décembre 1986 a examiné les premiers dossiers14. Parmi des édifices de la première moitié du siècle, bénéficiant du recul et bien documentés, plus faciles à appréhender15, on peut citer les cliniques Saint-Charles à Montpellier, exemple d’architecture des années 1930, ornées des sculptures monumentales de Joachim Costa et des verrières d’Émile Brière, sauvées in extremis de la démolition. En l’an 2000, une campagne de protection thématique est lancée16, distinguant des bâtiments majeurs de l’entre-deux-guerres, comme le théâtre municipal de Carcassonne, le Palais des Arts et du Travail de Narbonne, le lycée technique Dhuoda à Nîmes, l’église Sainte-Thérèse à Montpellier mais également le centre d’apprentissage pour garçons, actuel lycée Mermoz à Béziers, œuvre de Pierre Jeanneret, à laquelle ont collaborés Jean Prouvé et Charlotte Perriand.

- Monument inscrit MH en 2009 Toujours à Odeillo, un petit collectif de maisons solaires, initiativ (...) Plus récemment ont été inscrits au titre des monuments historiques, le centre de vol à voile de la Montagne Noire, à Labécède-Lauragais, haut lieu de formation des pilotes entre 1932 et 1980 ou des installations solaires en Cerdagne, liées à la personnalité de Félix Trombe dont les recherches aboutissent à la construction entre 1962 et 1968 par le CNRS du four solaire d’Odeillo à Font-Romeu-Odeillo-Via Pourtant, cette architecture du XXe siècle, représentant un nombre de réalisations jamais atteint, restait mal appréciée, mal aimé.

mémoire2cité - le 17 janvier 2019 - Montchovet et l'ANRU2 Le secteur Loti, dans le quartier de Montchovet à Saint-Etienne le long de la RN88, va bénéficier d’un réaménagement global marqué par la démolition du centre commercial de la Palle et la création d’une zone d’activité. C'est une nouvelle zone d'activité, située entre Montplaisir et le boulevard de la Palle, qui est en cours de création dans le secteur Loti. Cette zone d’activité de 10 000 m2, portée conjointement par la Ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole, s’inscrit dans le projet global de transformation urbaine de ce quartier. Pensée pour s’insérer parfaitement dans le tissu urbain, elle devrait accueillir dès 2019 ses premiers occupants avec une extension du pôle motos. 2 démolitions d'ici 2020 pour Montplaisir , 2 autres pour la Fausse Marandiniere, ainsi que le centre commerçial de l'ARC EN CIEL coté Marandiniere. çe qui porte à 5 démolitions futur d'içi à 2020/2022 pour le secteur sud-est. Ce pour créer de nouveaux espaces économique, quatre immeubles de Métropole Habitat vont être démolis en 2020/22. Le bailleur social, en lien avec la Ville et Saint-Étienne Métropole, diligentera dès 2018 une enquête sociale auprès des 60 familles concernées afin de leur proposer des solutions de relogement en adéquation avec leurs attentes. La disparition du petit square, devant ces immeubles, sera compensée par l’amélioration des abords du centre nautique Yves Nayme et la mise en place d’un espace de détente. La rue Loti redessinée Autre modification importante du paysage urbain du secteur : le remodelage de la rue Loti. Créée à l’origine pour un quartier résidentiel, avec des courbes importantes sur sa partie nord, elle a été entièrement redessinée pour permettre la desserte de la future zone d’activité. Plus large, plus droite, la nouvelle rue Loti prendra racine au nord dans l’axe de la rue des Villas, avec la mise en place d’un carrefour sécurisé et se connectera au même endroit qu’aujourd’hui, boulevard de la Palle. Les travaux démarreront début 2018, après l’enquête publique que mènera SaintÉtienne Métropole. www.zoomdici.fr/actualite/Saint-Etienne-de-gros-travaux-e... - l'Opération de Beaulieu 1 2 3 4 à Saint-Etienne, par Rachid Kaddour. Deux dates symboliques : l’année de sa livraison (1956), & l’obtention de son label Patrimoine du XXe siècle (en 2003). Ce label inscrit Beaulieu dans un processus de valorisation patrimoniale par l’architecture, et le place ainsi en terrain laboratoire pour une réflexion sur la patrimonialisation des grands ensembles Cette labellisation n’est toutefois pas la seule démarche de valorisation patrimoniale et mémorielle conduite pour Beaulieu et les grands ensembles voisins : les années 2000 voient s’y multiplier les entreprises visant à identifier et valoriser d’une part les singularités architecturales et urbaines de Beaulieu, et d’autre part les récits de vie contrastés de différents groupes d’habitants des grands ensembles. La somme de ces entreprises patrimoniales et mémorielles, près d’une dizaine, conforte l’idée d’exemplarité des Quartiers sud-est de Saint-Étienne. D’autant plus que, dans l’histoire des grands ensembles français, ces Quartiers sont particulièrement précurseurs : Beaulieu est l’un des plus vieux de France, tandis que son voisin Montchovet est un pionnier de la politique de la Ville, puis de la rénovation urbaine et des travaux de deuil par le recueil de mémoires qui accompagnent cette dernière.Si l’on se place dans une perspective d’analyse des jeux d’acteurs, représentations et stratégies conditionnant les processus de fabrication du patrimoine, suivant en cela les approches traditionnellement menées par la géographie sociale (Gravari-Barbas, 2002 ; Veschambre, 2007 ; Hertzog, 2011), il est possible de s’interroger ici plus spécifiquement sur la place laissés aux mémoires plurielles d’habitants dans la définition et la valorisation de ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. La particularité de cette réflexion réside dans le fait de la placer au cœur de la rénovation urbaine qui fait l’actualité des grands ensembles.Les informations analysées ici ont été recueillies par une recherche documentaire (revue de presse, consultation d’archives administratives et de documents techniques), par la réalisation d’entretiens avec des représentants des différentes institutions et associations impliquées (directeurs successifs de l’organisme d’HLM, techniciens du service Urbanisme de la Ville, travailleurs sociaux et enseignants) ainsi qu’avec des habitants, et par des observations sur site (transformations spatiales).Un retour sur la livraison et l’évolution des Quartiers sud-est permettra dans un premier temps de donner la contextualisation nécessaire à la compréhension de ce qui se joue aujourd’hui. Cet historique permettra d’insérer ensuite dans l’épaisseur et la dynamique du temps long un inventaire espéré exhaustif des initiatives réalisées depuis le lancement de la rénovation urbaine par les différents acteurs institutionnels et associatifs. Cet inventaire est réalisé à partir d’une définition large de la notion de patrimoine, prise dans ses différentes acceptions notariale, immobilière et culturelle. Ces éléments contextuels et factuels collectés, il s’agira enfin, dans le dernier tiers de cette présentation, de les confronter et de les mettre en cohérence afin de proposer une interprétation sur ce qui fait patrimoine dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne. Cela permettra une réflexion sur la place que les mémoires plurielles d’habitants y tiennent.Quartiers sud-est de Saint-Étienne : des grands ensembles contrastés, des habitants divers

6Cette première partie a pour objet de présenter les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Pour cela, il est nécessaire de prendre le temps d’en faire un historique. Il s’agit notamment, en plus de donner les éléments urbains et économiques propres à l’agglomération stéphanoise dans la grande région lyonnaise, de s’intéresser aux acteurs de la vie de ces grands ensembles depuis leur construction, en présentant les principales actions menées par les institutions gestionnaires, et en identifiant les principales catégories sociales d’habitants ayant successivement occupé les lieux. Au niveau des sources, cet historique s’appuie sur les travaux existants, complétés par des études techniques (dont le dossier de candidature au Grand projet de ville - GPV), une revue de presse et des entretiens avec les gestionnaires.L’expression est tirée du film La crise du logement, 1954, réalisation Roger Montéran, Maryse Barbu (...)angers (677 logements), Boulogne-Billancourt (800 logements), Bron-Parilly ( (...)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Saint-Étienne se voit surnommée Capitale des taudis en raison des taux élevés de surpeuplement et d’insalubrité de son parc de logements. Cette crise du logement débute avec l’important développement industriel du XIXe siècle et la fulgurante croissance démographique qui l’accompagne : de 25 000 personnes après la Révolution française, la population stéphanoise passe à plus de 190 000 dans les années 1930. Or, la construction d’habitations par le patronat ne suit pas, les compagnies minières et métallurgiques se contentant de laisser les ouvriers se loger dans l’existant et les immeubles des artisans. Comme dans nombre de villes françaises, c’est la construction de grands ensembles au début des années 1950 qui permet de porter un coup décisif à cette crise tenace. La ville présente la particularité d’abriter l’un des six premiers grands ensembles de France : imaginé à partir de 1949, Beaulieu est construit entre 1953 et 1955 dans le cadre du plan national dit Courant2, et compte 1 262 logements HLM modernes et confortables. Il n’est que la première opération d’un plan plus vaste qui, pour ce qui concerne le seul sud-est de la ville, amène à la production de plus de 6 000 logements, dans les grands ensembles de Beaulieu II - Marandinière (1957-1959), Beaulieu III - Montchovet (1962-1965), Beaulieu IV - la Palle (1967-1970) et dans celui de la Métare en copropriété (1962-1974, voir illustr) C’est plus particulièrement sur les grands ensembles de Beaulieu et Montchovet, mitoyens, que l’attention va ici porter. Leurs formes divergent, puisque le premier compte 19 barres et une tour formant un ensemble urbain particulièrement soigné (illustration 2), alors que le second (1 266 logements) est composé de huit barres, certaines très imposantes, implantées simplement parallèlement ou perpendiculairement les unes aux autres.

Auteur : R. Kaddour.

Montchovet présente simplement une population plus jeune, du fait de plus grands appartements ; il (...)

9Leurs occupations initiales (Vant, 1974 ; Blanc, Bonilla, Tomas, 2003) sont par contre significativement proches, puisqu’ils accueillent tous deux très majoritairement des ouvriers de l’industrie (principalement qualifiés) et des fonctionnaires, soit des catégories sociales que l’on qualifierait aujourd’hui de moyennes (illustration 3)3. La crise du logement est en effet telle à Saint-Étienne que les demandes d’HLM émanent de catégories sociales très variées, et, pour les grands ensembles, l’office municipal gestionnaire sélectionne les locataires suivant leur solvabilité. Les plus pauvres des demandeurs de logements HLM, ainsi que les immigrés et familles originaires du Maghreb, quand ils sont accueillis, le sont dans des opérations de taille plus réduite, formant un habitat spécifique (Logements de première nécessité, Programmes sociaux de relogement, opération Million…). Autrement, ils occupent le parc de logements vieilli, insalubre ou précaire de la ville.En 1979, 46 % des nouveaux arrivants sont étrangers. Les chefs de ménages étrangers représentent à (...)

5 L’acuité du questionnement local se voit par ailleurs accru par le contexte national puisque, paral (...)

6 « L’office doit conserver un caractère social mais néanmoins, il ne peut pas accueillir n’importe q (...)

7 « Quand la Muraille de Chine s’éveillera », Hebdo, 2 novembre 1983.

10Cette occupation sociale des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne dure jusque dans la deuxième moitié des années 1970, à partir de laquelle Montchovet voit sa population se paupériser, suivant des mécanismes connus (Dubet F., Lapeyronnie D., 1992 ; Blanc J.-N., Bonilla M., Tomas F., 2003) : les catégories les plus aisées commencent à quitter Montchovet dès le milieu des années 1970, la suite de leur parcours résidentiel les menant vers l’achat d’un nouveau logement (ailleurs dans la ville puis dans le périurbain qui se développe) ; une partie des ménages restant sur place se voit quant à elle petit à petit frappée par la crise socio-économique et le chômage qui touchent durement l’agglomération. Le cas stéphanois présente toutefois la particularité de connaître un processus exacerbé, avec une politique ethnique affichée sans détour. À partir du milieu des années 1970, Montchovet accueillent en effet quelques ménages d’origine étrangère, venant du logement spécifique ou des quartiers insalubres du centre-ville en voie de résorption4. Un choix s’impose alors aux gestionnaires de Montchovet (Ville et office) : encourager le mouvement de paupérisation et d’« ethnicisation » ou le freiner5. La municipalité d’union de la gauche (1977-1983) tente de résister à ces évolutions en préparant avec les associations d’habitants une réhabilitation de Montchovet, retenue par l’État dans le cadre de la procédure Développement social des quartiers (DSQ, François Mitterand se rendant même lui-même à Montchovet pour une visite express), visant à maintenir les catégories moyennes dans le grand ensemble6. Mais la municipalité RPR-UDF élue à la suite (1983) réoriente le projet, avec d’une part un volet bâti axé non plus principalement sur les logements mais sur une réhabilitation lourde des façades (isolation colorée, percées et démolition très partielle), et d’autre par un volet social expérimentant une gestion ségrégative de la ville. Montchovet se voit en effet attribuer une fonction d’accueil de familles d’origine maghrébine et aux revenus peu élevés. Le maire affirme : « au risque de choquer, je dirais que vouloir l’intégration à tout prix est un non-sens car personne ne la veut d’un côté comme de l’autre […]. En revanche, je crois que vouloir faciliter les petits regroupements par ethnie serait préférable »7. La paupérisation de la population de Montchovet va grandissant tout au long des années 1980 et 1990, avec pour corollaire les problèmes sociaux et de gestion qui en font un « quartier sensible », le plus dur de la ville : précarité (98,3 % d’allocataires en 1996, taux de chômage de 34,3 %), échec scolaire, multiplication des actes d’incivilité et de délinquance (incendies nombreux de véhicules, agressions dont l’une tourne au drame), forte vacance de logements (68 % d’occupation totale en 1996).La dévalorisation de Montchovet est telle qu’en 1995, à peine plus de dix ans après la signature de la convention DSQ, le maire fraîchement élu (Parti radical), ex-adjoint à l’urbanisme du maire précédent, fait de la démolition de l’immeuble symbole du quartier la première grande décision de son mandat. Cette barre, le bâtiment A surnommé Muraille de Chine du fait de ses 250 mètres de long environ, de ses seize niveaux dans sa partie la plus haute et de ses 526 logements à sa livraison, est démolie le 27 mai 2000 Le maire justifie cette démolition par un triple argumentaire : le rejet de l’immeuble par les Stéphanois (qu’il lit dans la vacance), la déconcentration des populations en difficulté (même si environ 70 % des locataires sont in fine relogés dans le grand ensemble et ses voisins) et l’échec des réhabilitations menées jusqu’ici. L’évènement est fortement médiatisé, à l’échelle locale mais aussi nationale, puisque le ministre de la Ville Claude Bartolone vient à Montchovet tenir un discours signifiant que cette démolition par implosion, la première d’une série ayant lieu en 2000, marque un tournant dans le traitement des grands ensembles, avec passage à la rénovation urbaine. Affirmation basée sur des entretiens avec le personnel de l’organisme d’hlm, les responsables de l’ (...)« Beaulieu – le Rond-Point. Une importante opération de réhabilitation », La Tribune-Le Progrès, 15 (...)Pendant que Montchovet glisse dans les difficultés, le grand ensemble voisin de Beaulieu connaît une évolution discrète et tranquille, voyant simplement sa population vieillir mais garder un caractère assez mixte. Et au moment même où la Muraille de Chine est démolie s’achève à Beaulieu une réhabilitation (façade, parties communes, implantation d’ascenseurs) qui donne toute satisfaction aux locataires si l’on en croit la presse et le taux de vacance faible.Ainsi, à l’entrée dans le nouveau millénaire et un demi-siècle après leur lancement, le contraste dans l’occupation sociale et les actions entreprises par les gestionnaires entre Beaulieu et Montchovet montre que les grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne constituent des héritages alors dans des situations et des perspectives très variées. C’est dans ce contexte qu’au long des années 2000 des opérations de valorisation se développent tous azimuts dans et pour les grands ensembles stéphanois.

Valorisation de patrimoine(s) dans les grands ensembles : processus polyphonique, voire cacophonique.

Cette deuxième partie a pour objet d’inventorier et de présenter les différentes initiatives de valorisation de patrimoines dans les grands ensembles du sud-est de Saint-Etienne, plus finement que cela n’a été fait en introduction. Deux éléments qualifient cet inventaire. D’une part, la notion de patrimoine est ici prise dans ses différentes acceptions, afin de viser l’exhaustivité. D’autre part, une attention particulière est bien sûr portée aux démarches à l’initiative d’habitants, ou en impliquant. Des entretiens avec les instigateurs des différentes démarches ont été conduits afin de saisir leurs tenants et aboutissants.La démolition de la Muraille de Chine ouvre la voie à un projet plus large encore. Soucieux d’enrayer le processus de dévalorisation de Montchovet, qui commence à s’étendre à certains immeubles des grands ensembles voisins (la Marandinière et la Palle), l’organisme d’HLM propriétaire, avec le soutien financier de la Ville, confie dès 2000 à l’urbaniste Loïc Josse la mission de définir un schéma directeur pour une intervention sur la totalité des grands ensembles HLM du sud-est (soit les grands ensembles HLM de Montchovet, Beaulieu, la Marandinière et la Palle). Les moyens de conduire cette intervention sur ce qui sera dénommé désormais les Quartiers sud-est sont trouvés d’abord dans un Grand projet de ville (2001), puis dans une convention ANRU (2005).Le schéma prévoit aussi l’implantation d’équipements privés (zone d’activité) et publics (piscine m (...)

Dans le détail et pour la partie habitat10, les travaux mis en œuvre comprennent d’abord la démolition des plus grands immeubles (environ 500 logements, illustration 5), principalement à Montchovet (où il ne reste aujourd’hui plus qu’un sixième des logements initiaux) ; ensuite la reconstruction d’une douzaine d’immeubles de taille plus modeste, de statuts variés (HLM, locatif privé, propriété) et répondant à des demandes actuelles (développement durable, accès des logements sur l’extérieur avec des terrasses, etc.), ainsi que d’un lotissement de maisons mitoyennes ; enfin la réhabilitation des immeubles conservés, avec entretien courant des appartements et parties communes, à Beaulieu notamment.La stratégie d’intervention sur le spatial est à ranger du côté de la communication, puisqu’il s’agit de changer l’image des grands ensembles via un remodelage profond. L’objectif, quant à lui, se situe du côté du peuplement, avec trois dimensions. Il s’agit d’abord de déconcentrer les familles en difficulté (Montchovet). Des efforts sont aussi déployés pour maintenir sur place les habitants les plus aisés restés à Beaulieu ou ailleurs, avec notamment des travaux d’adaptation des logements au vieillissement des populations. Il s’agit enfin de tenter d’attirer dans des logements neufs des populations de profils sociaux plus élevés que ceux d’une partie des familles en place, soit les plus aisés des demandeurs HLM en termes de revenus, ainsi que des catégories moyennes (dans les logements privés). En espérant ensuite qu’une osmose s’opère entre immeubles anciens et les immeubles nouveaux, et populations anciennes et populations nouvelles. Le programme stéphanois est de ce point de vue exemplaire de ce qui se passe dans d’autres grands ensembles en France (Stébé, 2010 ; Donzelot, 2012).Ce programme est inscrit dans le Plan stratégique de patrimoine de l’organisme, soit un document qui, pour l’ensemble du parc, prévoit les interventions à mener dans le cadre d’une gestion pour les années voire les décennies à venir. Le terme de patrimoine est ainsi utilisé ici par l’organisme dans un sens immobilier et notarial : l’organisme fait in fine de la valorisation de patrimoine.Mais si l’on prend le terme dans son sens culturel, d’autres opérations de valorisation de patrimoine(s) sont menées durant la même décennie, selon trois étapes. Celles-ci impliquent toutes, d’une façon ou d’une autre, des habitants.Ricoeur P., 2000. La mémoire, l’histoire, l’oubli. Paris, Le Seuil, p. 577.

12 Passages en italiques extraits d’un entretien avec l’ex-directeur de l’école primaire de Montchovet (...)

École Montchovet et collège Jean-Dasté Saint-Etienne, 1999. Murmures de Muraille. Imprimerie Sud-Of (...)

Les textes sont trop longs pour être reproduits ici, et il est difficile d’en extraire des parties (...)

Tout d’abord, l’annonce de la démolition de la Muraille de Chine engendre une série d’initiatives à ranger du côté du « travail de deuil, par lequel nous nous détachons des objets perdus de l'amour et de la haine ». Ce sont en premier lieu l’école primaire et le collège situés tout à côté de la Muraille qui, constatant le malaise suscité chez les enfants par la démolition à venir, conduisent un travail de photographie, de dessin et d’écriture afin de permettre de « mettre des mots sur des maux », les enseignants instigateurs ayant identifiés des « traumatismes » causés par l’annonce de la démolition. Les dessins, poèmes et récits réalisés, publiés en 1999 dans le livre Murmures de Muraille13 grâce aux moyens du Réseau d’éducation prioritaire, content principalement la douleur de voir l’immeuble disparaître, la crainte qu’inspire aux enfants la perte à venir des repères et habitudes, et une colère envers les décideurs engageant la démolition14.

« En 1971, […] dans ce quartier, j’habitais un appartement de 5 pièces, plus la cuisine ; un logeme (...)« Je me souviens du lieu de prière avec les hommes tous en djellabas blanches, qui se pressaient po (...)

« C’est de la rancœur et de la haine que j’éprouve en écrivant ces quelques lignes. Montchovet rest (...)

Présentation du film sur la pochette du DVD.

le 27 mai 2000, 13h : démolition d’un immeuble moderne baptisé Muraille de Chine, 2002, réalisation Je (...)Entretien avec l’ex-directeur de l’image du film, 16 février 2010 Le maire refuse d’être interviewé.

Quelques semaines avant la démolition de l’immeuble, c’est cette fois-ci avec des adultes qu’un travail similaire est mené, sans moyen, à l’initiative des associations et structures socioculturelles. Dans le cadre d’une « fête » de quartier, les désormais anciens locataires sont invités à présenter et partager leurs souvenirs, notamment en les inscrivant sur de larges feuilles apposées sur les murs de l’école primaire. Ces feuilles ont été depuis perdues, mais en 2008, un dispositif semblable est reconduit, à l’occasion de la démolition d’un autre immeuble dans le même secteur. Aux dires des habitants présents lors des deux manifestations, les propos formulés sont sensiblement les mêmes. Ils sont cette fois-ci consignés par le centre social et reproduit dans un petit dossier papier 14 juin 2008, rue Pierre-Loti, 40 ans de souvenirs. Ils portent surtout sur le vivre-ensemble dans ce grand ensemble depuis l’uniformisation de la population, avec des récits de faits, pour certains anecdotiques, jugés positifs (la découverte du confort dans ces immeubles, l’entraide entre voisins amis, les jeux d’enfants, les festivités et rites musulmans) ou négatifs (la délinquance, le sentiment d’abandon par les pouvoirs publics, le traumatisme de la rénovation urbaine dans le quartier). En somme, comme dans le cas de Murmures de Muraille, ces témoignages consignés et diffusés sont des éléments visibles d’une mémoire partagée d’un vivre-ensemble (communautaire), et d’une mémoire de difficultés quotidiennes et de luttes. Ces mémoires constituent un patrimoine immatériel. Enfin, quelques années après la démolition de l’immeuble, la mémoire d’anciens locataires est à nouveau sollicitée lorsque l’Opéra-Théâtre de la Ville de Saint-Étienne, qui dispose d’une Unité de production audiovisuelle, prend l’initiative de réaliser un film documentaire de 32 minutes sur « la réussite de la construction, l’échec de la restauration » et les raisons de la démolition de la Muraille de Chine. L’équipe est animée par une double volonté de « garder une trace, puisque c’était un immeuble très singulier de Saint-Étienne » et de « traiter du ressenti de cette perte chez ses habitants ». Le film prend le parti de s’appuyer très majoritairement sur des interviews. Les témoins sont toutefois principalement des locataires de la première heure21, si bien que ce sont donc surtout les premières années qui sont contées, avec la modernité de l’immeuble et la découverte du confort. Une place est toutefois laissée aussi à des récits de la lutte pour l’équipement du quartier (à sa livraison, pendant le DSQ) et contre sa relégation (pendant les années les plus difficiles).Ensuite, après ce travail de deuil, de recueil de témoignages et de valorisation de mémoires, une autre forme de valorisation de patrimoine culturel survient en 2003, avec la labellisation Patrimoine du XXe siècle de Beaulieu par le ministère de la Culture et de la Communication, en raison de ses spécificités bâties (forme organique de la composition, adaptation au relief, travail sur les parcs et jardins) et historiques (caractère pionnier, apport au quotidien domestique). Celles-ci sont identifiées depuis la fin des années 1980 par des travaux de l’École d’architecture et de l’Université de Saint-Étienne.

Direction des Affaires culturelles de la Ville de Saint-Étienne.Enfin, deux ans après, à l’occasion du cinquantenaire du grand ensemble (2005), Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire, chargé de la valorisation et l’animation du patrimoine stéphanois, réalise un projet intitulé Beaulieu, patrimoine urbain du XXe siècle, comprenant, outre la pose de la plaque-label, la pose d’une signalétique patrimoniale, l’édition d’un ouvrage sur l’histoire et les spécificités bâties du site et la reconstitution d’un appartement des années 1950 proposé à la visite. Ce dernier est réalisé avec l’aide d’habitants installés depuis l’origine : ils donnent ou prêtent la quasi-totalité des objets exposés, et font part de souvenirs qui permettent d’en concevoir le discours de visite. Celui-ci porte sur la découverte du confort moderne permise par les grands ensembles, sur le quotidien domestique dans les années 1950 (activités féminines, masculines, des enfants), mais également sur l’architecture et l’urbanisme des Trente glorieuses. L’école primaire de Beaulieu participe quant à elle à ce cinquantenaire, avec la réalisation d’un petit film documentaire et d’animation sur la naissance du quartier. Le propos porte sur la crise du logement et la forme bâtie originale de Beaulieu.Une plaquette d’information produite par la Ville (n.d.) associe d’ailleurs ces deux aspects : à cô (...)

Ainsi, le lien établi entre les différentes acceptions du terme de patrimoine (culturelle et notariale-immobilière) permet de conforter le constat fait en introduction d’une « patrimonialisation » des grands ensembles du sud-est de Saint-Étienne. Ce processus de « patrimonialisation » est complexe, car polyphonique : les nombreuses actions croisées, émanent d’acteurs très variés, de la puissance publique (État, Ville) aux associations d’habitants, en passant par des institutions comme l’organisme d’HLM, les écoles ou les équipements socioculturels de quartier. Mais le processus est aussi assez cacophonique. En effet, pour chacun de ces acteurs, les motivations sont variables et le patrimoine à valoriser ne recouvre pas les mêmes éléments. Ces éléments peuvent même être contradictoires voire hermétiques les uns par rapport aux autres. Par exemple, les mémoires des premiers locataires ayant connu la mixité sociale diffèrent de celles des derniers locataires de Montchovet ayant connu le « ghetto ». De même, les locataires sont globalement peu sensibles au patrimoine architectural tel que le valorisent la DRAC et Saint-Étienne Ville d’art et d’histoire (si l’on en croit le profil des visiteurs – majoritairement des Stéphanois d’autres quartiers, et des scolaires).

La complexité du processus global de « patrimonialisation » comme les contradictions entre les démarches), n’est pas problématique en elle-même, et tendrait plutôt à être une richesse. Mais elle ne permet pas de comprendre au premier abord les tenants et aboutissants de la « patrimonialisation ». C’est donc à l’identification de ceux-ci que les lignes suivantes vont s’attacher, dans le but de mieux cerner la place et le rôle que les démarches habitantes tiennent et jouent dans la patrimonialisation.Récupération, instrumentalisation et délaissement des paroles des locataires : mémoire du mouvement HLM contre mémoires d’habitants

27La contextualisation historique, la présentation des acteurs et enjeux des démarches de valorisation de patrimoines et le recueil de matériaux réalisés permettent à présent, dans cette dernière partie, de donner du sens à cette association cacophonique entre grand ensemble et patrimoine, en en fournissant des clés d’explication. L’image peut être celle d’un « système » complexe (la « patrimonialisation »), dont les composantes (acteurs, motivations, initiatives) ont été démontées plus haut, et qu’il s’agit à présent de remonter pour en comprendre la logique d’ensemble. Puisqu’il s’agit d’un processus global de (re)valorisation, donc d’un bénéfice espéré, on peut se demander à qui profitent la « patrimonialisation » et les différentes démarches de valorisation qui la compose, dans leur cohérence d’ensemble éventuelle ? La réflexion doit porter en particulier sur la « patrimonialisation » de Beaulieu, puisque Montchovet n’existe presque plus.Dans une logique chère à la géographie sociale, celle du « renversement de l’ordre des facteurs » (Rochefort, 1982), c’est plus particulièrement autour de la question du peuplement (Morel-Journel, Sala-Pala, 2011) qu’une interprétation va être ici proposée, puisque, comme montré précedement, cette question est au cœur de l’histoire et de l’actualité des grands ensembles, et donc au cœur de leur « patrimonialisation ».Lire à ce sujet : Collectif, 2010. 1945-1975. Une histoire de l’habitat. 40 ensembles « Patrimoine (...)

Etoiles de Jean Renaudie à Villetaneuse, Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin, cité de l’Etoile de Ge (...)

Toutes les citations de ce paragraphe sont des propos du directeur de l’organisme d’HLM propriétair (...)

Ce qui, l’histoire le montre, peut être un effet de certaines politiques et lois.

La « patrimonialisation » des ensembles de logements sociaux est généralement associée à des initiatives de préservation du bâti, principalement en raison de son exemplarité architecturale. Mais ces initiatives apparaissent souvent aux organismes d’HLM comme discordantes avec les logiques de gestion, en particulier l’adaptation du bâti à la vie qui continue (évolutions sociales, vieillissement du cadre physique, etc.). Des cas nombreux, en région parisienne notamment, montrent que les organismes ne souhaitent en effet généralement pas voir leurs immeubles mis « sous cloche ». Toutefois, cette réticence à la « muséification » ne signifie pas insensibilité à l’architecture et aux spécificités du bâti. Au contraire, dans le cas de Beaulieu à Saint-Étienne, l’organisme paye même la pose de la plaque-label Patrimoine du XXe siècle (label sans incidence juridique ni exigence de restauration), et affirme avoir tenu à « faire des greffes qui vont dans le sens initial » lors des réhabilitations de 2000 et 2006 (matériaux, couleurs et modénatures des façades et des ascenseurs et passerelles construits, références aux années 1950 dans les fresques peintes). Mais ce respect de l’architecture moderne tient plus au fait que cette dernière a été l’outil, le signe et la matérialisation d’un projet sociopolitique lui-même moderne. Via ce que l’on nomme le « mouvement HLM », il s’agissait d’offrir un logement décent et confortable au plus grand nombre. Beaulieu, groupe HLM parmi les plus anciens produits sur le territoire stéphanois, est pour l’organisme propriétaire un symbole de l’institution et de ses missions. Occupé aujourd’hui encore par une population relativement mixte, il représente plus précisément un emblème et la mémoire de l’idée initiale d’un habitat social pour tous, et non pour les seuls démunis comme a pu le devenir Montchovet par exemple.Mais la démarche de valorisation des spécificités de Beaulieu par l’organisme va plus loin encore. D’une part son architecture adaptée à la colline sert de modèle pour la reconstruction (en cours) du grand ensemble de la Marandinière (200 logements) situé sur la colline voisine (jeu de symétrie inversée, illustration 7), et d’autre part une imitation de sa relative mixité sociale est tentée avec le découpage de cette nouvelle opération en statuts variés (locatif privé et public, accession sociale à la propriété). Beaulieu est ainsi un point d’appui, y compris donc au sens topographique, pour la « reconquête » du reste du parc de grands ensembles qui a connu une paupérisation de sa population. Ce grand ensemble est ainsi pour l’organisme et la Ville un modèle refondateur pour les Quartiers sud-est remodelés et reconstruits.En somme, un retour aux origines du mouvement HLM est tenté. Ce sont ce rapport au passé et cette sollicitation d’une « identité » du mouvement HLM qui donnent du corps à l’idée de patrimoine. Ainsi replacée dans la perspective des logiques de gestion par l’organisme HLM et ses partenaires institutionnels, la « patrimonialisation » des Quartiers sud-est apparaît donc à la fois comme l’expression des logiques qui ont porté la production de logements sociaux, et le levier de mise en cohérence de stratégies de réhabilitation matérielle et symbolique des grands ensembles du sud-est.Cette démarche de construction et de valorisation d’un patrimoine et d’une mémoire du mouvement HLM se développe contre la construction et la valorisation d’autres patrimoines et mémoires, notamment ceux des habitants. Le terme de « contre » est ici à prendre dans ses deux sens, à commencer par celui de proximité. En effet, cette « patrimonialisation » peut s’alimenter des démarches valorisant les témoignages et mémoires des plus anciens locataires, ceux ayant connu les premières heures des grands ensembles de Beaulieu et Montchovet et l’occupation initiale mixte à laquelle les gestionnaires tentent de revenir. De ce fait, l’organisme est partenaire de toutes les actions renvoyant au contexte de construction de Beaulieu et aux années de sa jeunesse (comme de celle des autres grands ensembles). L’appartement reconstitué des années 1950 avec son mobilier de catégories ouvrières et moyennes et son discours de visite signalant en creux l’occupation mixte initiale en est une bonne illustration : l’organisme met l’appartement à disposition et paye les travaux pour les murs et sols. D’autres actions allant dans le même sens comme l’ouvrage ou les films sur la construction de Beaulieu reçoivent un soutien bienveillant de l’organisme d’HLM. Il est possible de parler ici de récupération, voire en quelque sorte d’instrumentalisation.Le partenariat avec l’organisme, ou son soutien, permettent aux témoignages et mémoires d’habitants de la première heure (principalement locataires de Beaulieu et catégories moyennes et ouvrières) d’être recueillis et valorisés dans des supports soignés, durables et réalisés avec des moyens significatifs : des films, un ouvrage et l’appartement reconstitué des années 1950. Ce qui n’est pas le cas d’autres témoignages et mémoires d’habitants, en particulier ceux des locataires les plus pauvres et arrivés récemment. Car la démarche de valorisation d’une mémoire du mouvement HLM se développe en effet contre les mémoires d’habitants, c’est-à-dire aussi en opposition à ces dernières. Les mémoires qui ne renvoient pas à une occupation mixte ne bénéficient pas ou très peu du soutien de l’organisme d’HLM ou de la Ville, puisque le discours qu’elles produisent est discordant par rapport au discours institutionnel. Les récits de vie communautaire et dans la précarité d’habitants de Montchovet devenu « ghetto », et plus encore les récits de lutte face aux institutions pour l’équipement du quartier ou contre les démolitions, s’expriment alors dans des supports éphémères et réalisés sans moyen : prise de parole lors de « fêtes », impression de paroles sur support papier simple diffusées dans un cercle très restreint. Ces mémoires ne sont alors posées et exposées dans l’espace et le débat publics que de manière très discrète, ce qui ne peut les faire accéder à un statut de patrimoine pour d’autres acteurs que les seuls (ex)locataires concernés.

Foret C., 1993, Valorisation et dévalorisation dans la ville : le musée urbain Tony Garnier ou la r (...)Gay G., 2008, « De Firminy-Vert à Le Corbusier Ville : la construction d’un patrimoine paradoxal », (...)Pour conclure, ce cas stéphanois rappelle que la « patrimonialisation » générale constatée en France touche aussi les marges de la ville. Le mouvement n’est pas neuf et a déjà été analysé pour la cité Tony Garnier à Lyon ou Firminy-Vert (Loire) par exemple. Chacun de ces cas montre à quel point le processus est complexe, avec notamment des acteurs nombreux (gestionnaires, institutions culturelles, habitants plus – Lyon – ou moins – Firminy – moteurs ou considérés…) et des motivations et finalités variées (culturelles, économiques, symboliques, etc.). Saint-Étienne n’échappe pas à cette complexité. Il a donc d’abord fallu s’attacher ici à trouver du sens à la démarche d’ensemble menée dans les Quartiers sud-est. L’analyse dans l’épaisseur historique a permis d’expliciter une entreprise globale portée par l’organisme propriétaire : Beaulieu, emblème de l’idée initiale d’un habitat social pour tous (et non pour les seuls démunis), est consolidé et imposé comme modèle pour la réhabilitation, dans ses aspects matériel et juridique, des grands ensembles paupérisés. C’est cette recherche de l’état initial qui donne le plus de sens à la « patrimonialisation », processus de valorisation tant symbolique que matériel.Une fois ce préalable posé, l’analyse a permis de montrer que cette démarche d’ensemble fait une place inégale aux différentes mémoires : celles des plus anciens locataires, aux profils ouvriers ou de catégories moyennes, sont recueillies et valorisées, alors que celles des habitants les plus précaires sont délaissées. Ainsi, les catégories d’habitants les plus populaires des Quartiers sud-est (pour partie significative d’origine maghrébine), fragilisées par la précarité, contraintes de faire face au relogement (et donc implicitement à la déconsidération de leur habitat par les institutions gestionnaires et l’opinion publique), voient aussi leur place dans la société questionnée dans le domaine symbolique par la thématique patrimoniale. Ces catégories sociales ne laissent pas ou peu de traces, alors que le champ mémoriel et patrimonial est pourtant bel et bien ouvert dans les quartiers populaires. Ce constat formulé à partir du cas stéphanois est partagé par les sociologues et géographes développant des analyses et perspectives de réflexion autour du droit au patrimoine, du caractère socialement sélectif de la construction du patrimoine et de la participation de ce dernier aux systèmes des inégalités (Veschambre, 2007, 2008 ; Pinçon-Charlot, Pinçon, 2007). ------ la ville de St-Etienne & les Quartiers Sud-Est Aujourd'hui :

Proposer de nouveaux logements dans une démarche environnementale forte. Dans la poursuite des opérations engagées depuis 2001 (démolition de la Muraille de Chine en 2000, implantation du CHPL, de l ’AIMV en 2005), une qualité résidentielle s'affirme progressivement au sein des quartiers Sud-Est, grâce à une nouvelle offre d'habitat variée (en forme comme en type de produits). Le dynamisme du quartier s'appuie sur l'accueil et le développement de services, d'activités économiques et d'équipements d'agglomération (centre nautique, Nouveau Théâtre de Beaulieu...) et de proximité (salles de sport, travaux dans les écoles). Les atouts paysagers du site sont pleinement exploités dans une démarche environnementale forte. L'aménagement des espaces libres et la requalification des axes structurants et de desserte renforcent les liaisons internes aux quartiers et les ouvrent sur l'ensemble de la ville. Beaulieu, un patrimoine de qualité, valorisé et adapté à ses occupants

40 logement ont été adaptés au vieillissement de leur occupants (bacs à douche, volets électriques, aménagement des ascenseurs, …). L'amélioration des espaces extérieurs, résidentiels ou publics (rue K.Marx, square Renoir, allée Clémenceau) viendra rendre plus conviviaux ces lieux de vie partagés. Petite Marandinière : une cité jardin qui se rénove en gardant son caractère Sur la Petite Marandinière, 320 logements de Métropole Habitat ont été rénovés. Les bâtiments ont été transformés pour arriver à 32 logements, avec création de T3, T4, et T5 en tenant compte de la rénovation thermique et du confort des logements. 54 logements ont été construits, répartis en 6 bâtiments à l'architecture contemporaine et fonctionnelle (surfaces généreuses, double ou triple orientation, terrasse ou loggia). En parallèle, les espaces publics ont été réaménagés dans une démarche environnementale durable et innovante : résidentialisation et embellissement des espaces extérieurs, traitement paysager d'ensemble, requalification des voiries et des circulations douces adaptées aux usages, gestion optimisée du stationnement et des eaux pluviales...Une nouvelle mixité pour le quartier : les maisons de ville "Jardins Sembat" 22 maisons de ville (du T3 au T5) ont été construites à l’angle de la rue Marcel Sembat et du boulevard de Fraissinette. Conçu et développé par l'équipe XXL-Civita-Spirit, ce projet se caractérise par la qualité de la construction (matériaux durables, aménagement soigné des espaces extérieurs…) et par la mise en valeur paysagère du site, ouvert sur les collines du Pilat. 3 types de maisons ont été proposées en location libre : maisons jumelées le long du boulevard de Fraissinette, maisons en pente en fond de parcelle adossée au talus, maisons patio au cœur de l’îlot. Un nouveau centre nautique sur le secteur Loti Souhaité par les habitants, exemplaire d’une démarche participative de coproduction, le centre nautique Yves Naime a été ouvert à l'été 2013, en remplacement de l'ancienne piscine de la Marandinière. Ce centre nautique comprend un bassin sportif (25m, 6 lignes d'eau), un bassin destiné aux activités ludiques (bains bouillonnants, aquagym...), une pataugoire et des plages extérieures.Grande Marandinière : un secteur d'habitat en développement . Après la démolition de la barre Sisley et celle en cours de la barre Féguide, c'est un nouveau quartier qui se dessine sur ce secteur. La reconfiguration de la rue Sisley en voie de promenade avec des vues en belvédère et l'aménagement d'une « coulée verte » ont profondément modifié le paysage urbain du secteur. Ce nouvel environnement a permis à Métropole Habitat de réaliser un programme immobilier de 27 logements locatifs. Dans ce bâtiment collectif moderne et fonctionnel, chaque logement comporte un espace extérieur privatif, balcon ou terrasse. Au rez-de-chaussée, des locaux d'activités (centre social espace-loisirs) ou de services sont déployés le long de la nouvelle rue Sisley. La Palle : des résidentialisations de qualité

La résidentialisation des immeubles du boulevard de la Palle apporte aux habitants de nouvelles terrasses privatives en rez-de-chaussée, des espaces en cœur d’îlots plus agréables, et de nouveaux parcours piétonniers avec aires de jeux. Elle s’accompagne de la réhabilitation des immeubles (réfection des façades, changement des garde-corps…). Des opérations de résidentialisation ont été menées immeuble par immeuble de 2006 à 2009. Elles permettent de définir les limites entre les parties publiques ouvertes à tous, et les parties privées. Des petits jardins privatifs sont ainsi aménagés pour chaque logement de rez-de-chaussée. Le Pont Aven : du logement social à haute performance environnementale

Développé par Métropole Habitat, le Pont-Aven est un exemple en matière de construction écologique. Il accueille 20 logements sociaux du T2 au T5. L’ensemble de la conception du bâtiment intègre des critères environnementaux : parois extérieures en brique mono-mur, eau chaude solaire, chauffage collectif au gaz naturel, ventilation intérieure à double flux pour une meilleure circulation de l’air, équipements électriques et sanitaires économes en énergie. La toiture végétalisée permet quant à elle une meilleure conservation de la fraîcheur en été, les auvents du toit protègent les fenêtres du soleil et les eaux de pluie seront récupérées pour arroser les espaces extérieurs…Résultat : une diminution des rejets en CO2 et une baisse significative des charges de chauffage pour les locataires. Favoriser l'accessibilité et les relations inter-quartiers Le réaménagement du boulevard de la Palle a favorisé une meilleure desserte du quartier en transports en commun. Une station de taxis, des pistes cyclables et des pelouses ont été aménagées le long du boulevard, sécurisant ainsi la traversée piétonne entre les terrasses Roinat et le centre hospitalier. A l'intérieur du quartier, la trame piétonnière a été développée dans le principe d'une continuité paysagère entre les différents secteurs. Initiée avec l’aménagement des terrasses Roinat, une coulée verte, nouveau poumon vert du quartier, facilitant la circulation des piétons et des cyclistes, relie désormais le boulevard de la Palle, et plus loin le bois d'Avaize, au Parc de l'Europe. - Après la seconde guerre mondiale, un immense chantier s'ouvre en France dans le but de loger massivement une population démunie, les réalisations des HLM en France et la lutte contre l'habitat indigne insalubre , le film parle de St-Etienne entre autre avec les Cités du soleil 1958 de Jean-Claude Sée : www.dailymotion.com/video/xgj74q . Jusqu'au milieu des années 1970, cette période dite des « Trente Glorieuses l'après guerre et montre la plupart des grandes réalisations de 1945 à 1960. A travers les exemples de la région parisienne et de quelques grandes villes françaises sont posé les problèmes de la diversité architecturale, de l'esthétique et de l'harmonie entre le passé et l'avenir. Les images montrent les grands ensembles de Beaulieu, la Marandiniére, à Saint-Etienne, la cité le Haut du Lièvre à Nancy, des cités à Sarcelles, Asnières, Bron-Parilly, Epinay, Pantin, Bobigny, la cité radieuse de Le Corbusier à Marseille, le front de mer à Royan, la video de l'Année 1962, une réalisation de Philippe Brunet içi www.dailymotion.com/video/xgj2zz » fut le terrain de nombreuses expérimentations architecturales et urbanistiques, fondées notamment sur les idées émises plus tôt dans le siècle par le Mouvement moderne.Aujourd'hui, ces ensembles bâtis sont au cœur d'une autre actualité, liée à leur adaptation à l'évolution des modes de vie de notre société contemporaine. Cette question qui se posa dès la fin des années 1970 apparaît sous un jour nouveau, avec les premières démolitions dans les années 1980 et, plus récemment, le vaste programme de réhabilitation mis en place dans le cadre de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain.

Après Les Grands Ensembles. Une histoire qui continue…, ce nouvel ouvrage, fruit de la collaboration entre l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Saint-Étienne et l'Université Jean Monnet, apporte un éclairage nouveau sur cet héritage bâti, mettant au jour simultanément la question de son vécu et celle des acteurs engagés dans son édification. En réunissant quinze auteurs spécialistes de ce domaine, il s'agit de regrouper autant de points de vue, pour comprendre la diversité et la complexité des enjeux liés à la postérité de ce bâti. - « Petite enquête sur Beaulieu – Le Rond-Point », La Tribune du centre et du sud-est, 13 octobre 1955 et « Le chantier de Beaulieu – Le Rond-Point (1ère tranche) sera terminé le 30 juin 1956 très exactement »,La Tribune du centre & du sud-est, 26 juin 1956 -

«St-Etienne, la place des grands ensembles dans l’histoire de l’habitat social français »Saint-Étienne/Beaulieu, au sud-est de l’agglomération, sur le versant sud de la colline de Beaulieu, en forte pente et d’aspect semi-rural, la cité de Beaulieu est mise à l’étude dès 1950. Elle débute en 1953 et comprend 1 221 logements, un groupe scolaire et 35 boutiques. Des parrains prestigieux et l’élite de l’architecture sté- phanoise sont mobilisés pour ce premier grand ensemble local.Tantôt les bâtiments suivent le dessin de la courbe de niveau 600, devenue rue Le Corbusier, tantôt ils s’installent perpendi-culairement à la pente, reliés à la rue par des passerelles ou de grands escaliers. A l’implantation exemplaire des bâtiments répond une maîtrise raffinée du végétal d’accompagnement, décliné selon les modes habituels aux squares urbains, avec une virtuosité étonnante dus aux talents de l’ingénieur des Services techniques de la ville, Jean Marc, associé à l’équipe de concep-tion dès l’origine de l’opération.

Le vocabulaire de l’art des jardins s’adapte au grand ensemble : les espaces sont découpés à partir des courbes de niveau et des allées, et caractérisés par un système de haies et de contre-haies (haies étagées doubles ou triples) constituées de troènes com-muns ou dorés, prunus, berbéris et buffets de laurier, et sont plantés d arbres rythmés et colorés (érables négundo et acacias), ou parfois fastigiés (la gamme d’arbres est d’ailleurs peu riche), selon un dessin géométrique et des alternances de couleurs. Ces espaces verts ne sont réalisés qu’à partir de 1964, après avoir été longtemps laissés en prairies fauchées. Cet état de fait, dû au départ à l’étirement des financements des projets d’espaces exté-rieurs, s’inscrivait aussi dans la logique de conception de notre ingénieur, qui pensait « qu’il était nécessaire de laisser vivre un groupe d’habitations avant de planter » – afin de reprendre notamment les chemins tracés par l’usage.Cette réalisation révèle le décalage entre les réflexions et les savoir-faire architecturaux et paysagers et exprime quelques traits caractéristiques de la pratique paysagiste. Le festonnage des haies qui jalonne les espaces extérieurs rejoint celui des collines boca- gères surplombant les bâtiments. Il rappelle le site environnant et inspirera plus tard l’AUA et Alexandre Chemetoff pour la réhabilitation du quartier de Montreynaud.Relevons que, sans l’action concertée des services de la ville et de l’office d’HLM, qui finança entièrement la réalisation des espaces verts, rien n’aurait été fait à cette époque, compte tenu du désintérêt pour cet aspect du projet des principaux responsables du chantier. « D’ailleurs, à cette époque, les architectes ne jouaient pas au paysagiste… », queleques superbes videos du Ministere de la Cohésion et des Territoires içi : .Naissance d'une banlieue mort d'un village 2000 www.dailymotion.com/video/x1a98izRéalisateur : Sidney Jézéquel Production : Les Films Roger Leenhardt Sujet : la commune de Goussainville (95) -Quatre murs et un toit 1953 www.dailymotion.com/video/xk6xui Scenario et réalisation Pierre Jallaud MRU (ministère de la reconstruction et de l'urbanisme) ----------------Le Bonheur est dans le béton www.dailymotion.com/video/x413amo - 2015 Documentaire réalisé par Lorenz Findeisen produit par Les Films du Tambour de Soie ---------------------Beaulieu par son constructeur la Cimaise :" Entre les années 50 et 60, et suite à la seconde guerre mondiale, la municipalité stéphanoise a vu sa population passée d’un peu moins de 180 000 habitants en 1950 à plus de 200 000 habitants dix ans plus tard en 1960. Cette forte augmentation de la population pouvait s’expliquer par le fort taux de natalité de cette époque (baby-boom), mais aussi par l’afflux de travailleurs de la classe ouvrière venus dans la grande cité stéphanoise pour trouver un travail. De ce fait, la construction d’un logement sain pour chaque ouvrier était devenue une priorité absolue pour les élus qui considéraient à raison que cela était une condition vitale dans le cadre de ce grand développement. Pour ce faire, la ville a lancé dans les années 50 une vaste opération de construction de barres d’habitation dans la zone de Beaulieu, destinée à fournir un logement à une population grandissante.---- Bâtir mieux plus vite et moins cher 1975 l'industrialisation du bâtiment et ses innovations : la préfabrication en usine, le coffrage glissant... www.dailymotion.com/video/xyjudq ---BEAULIEU une barre d’habitation innovante - A l’époque, avec une majorité d’architectes, les appartements modernes construits possédaient des cloisons lourdes empêchant toute modification interne ainsi que des espaces de renvoi sombres et non ventilés ressemblant à des alcôves.Mais à l’inverse, pour certains architectes précurseurs de la région à l’image d’Yves et Henri Gouyon, la modernité reflétait le gout de la clarté, de l’air, et du soleil, avec de larges horizons. Ainsi, ces derniers donnaient la priorité non pas aux façades qu’ils considéraient comme de simples élévations du plan, mais aux cellules d’habitations et à leur orientation. Dans cette optique, le bâtiment proposé par Henri Gouyon, qui était donc un partisan de l’espace ouvert moderne, supprimait les circulations et profitait de ce gain de place pour aménager de nouveaux espaces de vie communes. De plus, dans ces cellules d’habitations, les architectes ont tirés profit au maximum de la double orientation des appartements (ces derniers étaient traversant) avec par exemple l’accolement de balcons. Conception et réalisation d’un quartier entier. Pour le projet de Beaulieu, l’on confia la conception ainsi que la réalisation des interventions aux agences Henri et Yves Gouyon puis Yves Gouyon et associés. Ainsi, dés le milieu des années 50, des études concernant Beaulieu II – La Marandinière furent conduites, suivis de la construction du bâtiment entre 1957 et 1959. S’en suivit Beaulieu III – Montchovet entre 1962 et 1964, surnommé la « Muraille de Chine la plus grande barre d'Europe avec 540 appartements à sa livraison mi 1964, les chantiers de l'OPAC devenu Métropole-Habitat, www.ina.fr/video/LY00001263522 », qui comprenait entre autres, une barre de type HLM haute de 10 à 17 mètres et longue de 270 mètres, avec 560 logements. Suites à ces constructions, l’urbanisation des vallées et collines du sud-est de Saint-Etienne continua jusque dans les années 70 avec les séries de la Métare I, II, et III. Au total, ce sont plus de 8 000 logements, pour l’essentiel de type HLM, qui ont été construits durant cette période. Ces constructions ont également contribué à la création du parc de l’Europe et d’un boulevard circulaire qui servait de jonction entre les différents édifices et le centre-ville de la cité stéphanoise.Un projet pharaoniqueLe centre commercial fut un projet d’une dimension sans précédent pour la ville, plus grand centre commercial intra-urbain de la région Loire-Auvergne, avec 100 magasins, 1500 places de stationnement, 90 000 m² de surface, et sur 3 niveaux (4 niveaux avec la terrasse). Le 2 octobre 1979, CENTRE DEUX ouvre ses portes pour la première fois, et constitue une renaissance et un véritable tournant pour la ville. L’avis de l’architecteDe toutes les constructions de cette époque, Beaulieu est un des ensembles construits qui se porte le mieux si l’on en croit les nombreuses enquêtes menées auprès de la population de ces logements, dont certains l’occupe pratiquement depuis le début. Les arbres atteignent désormais le haut des immeubles, et la rue Le Corbusier adjacente a pris les allures « d’une banlieue des années 30 » avec un niveau d’urbanisme parfaitement acceptable. En conclusion, on peut parler pour cette construction d’un véritable savoir faire architectural et en quelques sortes d’art urbain. Ce projet a été récompensé par un prix d’urbanisme, mettant en valeur le travail en amont du projet. www.cimaise-architectes.com/realisations/divers/construct... cité HLM labellisée Patrimoine du XXeme siecle -"Il faut bien le dire, avant même d’être livré, Beaulieu est l' un des grands-ensembles, parmis 6 autres qui fasçinait en 1954..En effet c'etait le début de la longue & grande histoire des chantiers de l'Office Public de l'Aménagement et de la Construction* içi, ou à Montreynaud, Solaure, Monthieu etc ( l'OPAC l'office public de logements sociaux, devenu plus tard Métropole-Habitat, est la plus importante au niveau National, c'est la plus grosse boite d'HLM). Bref, les habituels promeneurs du coin genre les "Bois du Four (la Metare, le nom ançien, qui par ailleurs appartenait a Mme de Métarie une veuve riche qui légua son domaine soit "la Métare" à la ville, pour un Franc symbolique à l'epoque et aux CHU anciennement les HCL Hospiçes Civils de la Ville comme à Lyon... (on notera qu il y a des tas de logements en centre ville propriété du CHU)..se rendant le dimanche dans le Pilat ou à Rochetaillée et sur les collines* alentours (on en a 7 comme a Rome) font un léger détour par le chantier. Ils constatent alors de visu cet avancement des travaux que la presse qualifie de « belle prouesse ». Le rythme est en effet rapide : « un étage par semaine » pour certaines barres, comme le raconte un témoin. Les « grandes maisons », soient les immeubles de hauteur et nombre de logements importants (IGH), étant alors encore rares dans la ville, les Stéphanois n’y sont pas habitués@ les H.L.M. Beaulieu est la 1ere cité Stéphanoise de toutes,. Les barres de dix-sept et quatorze niveaux gises respectivement rues Gomy Herriot et de Vlaminck, ainsi que la tour de 22 niveaux au 33 rue Le-Corbusier,surprennent donc encore pire pour la plus grande barre d'Europe qui arrvera 7 ans plus tard, la Muraille qui mettront certains certaines à la renverse , le gigantisme à l'état brut, du lourd.... La référence qui vient à l’esprit de beaucoup ajoute à la fascination : l’Amérique. « C’est New-York ! c'est tres joile, tres vert... », se rappelle avoir pensé un habitant de la première harre...Mais plus que les immeubles, ce sont surtout les logements qui emportent l’adhésion des « heureux locataires », comme aime à les appeler la presse tout court. La satisfaction procurée aux habitants par l’hygiène et le confort des logements des Grands-Ensembles soit les quartiers NEUF est une information connue, les études de sciences humaines sur le sujet abondent. Aussi, pour le cas de Beaulieu devenu un cas d'Ecole idem pour Montchovet (Beaulieu3) et les transformations de la Marandiniere (Beaulieu2)...Les entretiens réalisés avec des locataires n’apportent pas sur ce point-ci d’éléments nouveaux :les premiers motifs de satisfaction invoqués sont, comme pour bien d’autres Grands-Ensembles Français, l’eau courante, le chauffage central dont sont pourvus les immeubles les plus hauts, les WC intérieurs et salles de bain, l’ensoleillement et la luminosité permis par l’orientation, la hauteur et la disposition des immeubles, les placards et les tout aussi pratiques balcons à parois séchoirs permettant de faire sécher le linge, hiver compris. Entretien avec François Tomas, géographe, spécialiste de l'aménagement urbain, et enseignant à l'université et à l'école d'architecture de Saint-Etienne. Il est notamment l'auteur des Grands Ensembles, une histoire qui continue (Publications de l'université de Saint-Etienne, 2003). Cet intellectuel a également mis la main à la pâte. Entre 1977 et 1983, il fut adjoint à l'urbanisme du maire communiste de l'époque, Joseph Sanguedolce. Engagé au PC de 1974 à 1985, il a, depuis, rejoint le Parti socialiste «comme militant de base» L"apres guerre...Que prévoit-on pour la reconstruction? Pas grand-chose. A la différence de la refonte spectaculaire du Havre, par exemple, on se contente ici de bâtir de petits immeubles, plus modernes bien sûr, mais sans réelle innovation architecturale ou urbanistique. Est-il vrai que Saint-Etienne, après guerre, traîne une réputation de «capitale des taudis»?C'est exact, et celle-ci n'est pas usurpée. En 1946, 7% seulement des logements sont jugés «confortables», et 17%, «acceptables»; 56% sont médiocres, et 20% peuvent véritablement être qualifiés de taudis: 1 logement sur 5 n'a pas d'eau à l'évier, les deux tiers ne disposent pas de WC, et 95%, de salle d'eau. Mais le problème n'a pas été créé par la guerre. Depuis la fin du XIXe siècle, Saint-Etienne a beaucoup grandi, mais très peu construit. Résultat: la ville a vieilli sur elle-même et se trouve après guerre dans une situation désastreuse, que les bombardements ont simplement aggravée. C'est alors qu'Alexandre de Fraissinette, maire élu en 1947, fixe le logement comme l'une de ses priorités.

Oui. Et ce ne sera pas un vain mot. Rendez-vous compte: on passe de 114 logements construits en 1948 à 531 en 1951, 1 085 en 1954, 1 694 en 1957 et même 2 932 en 1959! L'effort est gigantesque. Mais le changement est aussi qualitatif. A la fin des années 1940 et au début des années 1950, la France va connaître une rupture architecturale avec l'apparition des premiers grands ensembles. Saint-Etienne sera l'une des villes symboles de cette rupture. Comment cette nouvelle architecture est-elle accueillie? Très favorablement par les classes moyennes, beaucoup moins par les classes populaires. Cela paraît paradoxal, pour du logement social!Le paradoxe n'est qu'apparent. On l'a oublié aujourd'hui, mais les premiers grands ensembles sont réservés aux familles de moins de trois enfants ayant des revenus corrects, autrement dit aux classes moyennes. Alors que, depuis la guerre, celles-ci devaient se contenter d'une ou de deux pièces mal équipées, elles se voient soudain proposer des logements spacieux, avec de la verdure, de la lumière, une salle d'eau, des WC, le chauffage central. Cela leur paraît merveilleux! Les pauvres, eux, continuent de s'entasser dans de petits appartements sans confort, quand ce ne sont pas des taudis, en particulier à Tarentaize et à Beaubrun, ou des bidonvilles, du côté de Méons, près des puits de mine et des usines sidérurgiques. Ce n'est que plus tard, à partir des années 1970, que les grands ensembles seront prioritairement réservés aux pauvres et aux familles immigrées. Mais, dans les années 1950, les grands ensembles sont encore synonymes de progrès social. Et même au-delà. On est persuadé que ce nouvel habitat va entraîner le recul de la maladie, de la délinquance, voire de la mésentente entre les époux! Il existe ainsi une «commission du bonheur ou des grands ensembles»! On croit rêver...C'était l'ambiance de l'époque, avec ses utopies et ses excès. Pour les architectes, si l'un des repo

Coin Alma et Bellechasse, Montréal

 

« L’installation vidéo interactive «Façade» prend vie tous les soirs dans Rosemont–Petite-Patrie

De l’art pour mieux vivre le confinement

Le collectif artistique multidisciplinaire Slacheurs vous présente sa première création intitulée Façade. Créée en collaboration avec HUB Studio et Elevation IT, Façade est une installation vidéo interactive qui nous plonge au cœur d’un étrange récit dans lequel des personnages nous interpellent avec leurs regards, leurs gestes et leur singularité. Pensée pendant le confinement, Façade offre au spectateur une réflexion sur le décalage entre ce qu’il aspire être et ce qu’il n’arrive pas à atteindre.

Le public est invité à découvrir les personnages de Façade, qui habiteront la devanture du 200 rue Bellechasse Est, dans l’arrondissement de Rosemont–Petite-Patrie, tous les soirs entre 18 h et 23 h, et ce, jusqu’au 1er novembre 2020.

Utilisant la façade d’un édifice, l’histoire se révèle à travers l’apparence trompeuse, maquillée et « chirurgiée » des personnages de l’artiste internationale LouRie (Marie-Lou Desmeules). À travers un processus de transformation qui imite la chirurgie plastique, Lourie explore l’ambiguïté entre la beauté et la laideur qui participe à la complexité de la perception de soi. Utilisant de vraies personnes comme canevas, Lourie applique différents matériaux bruts et de la peinture pour sculpter de nouvelles personnalités archétypales qui ressemblent parfois à des icônes populaires connues.

Ce projet s'inscrit dans la programmation culturelle des Voies actives sécuritaires, financée dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal et de l’Entente Réflexe Montréal conclues entre la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec.

À propos du collectif Slacheurs

Slacheurs est un collectif d’artistes issus de différentes disciplines dont les membres fondateurs sont Frédéric Baune, Stéphanie Dubeau, Marie-Lou Desmeules, Miguel Legault, David Lobjoie et Nathalie Pelletier. Le concept interactif, consistant à animer la vidéo lorsqu’il y a du mouvement dans la rue, est une création de Gonzalo Soldi de Hub Studio »

 

www.journeesdelaculture.qc.ca/activites/facade-installati...

www.instagram.com/p/CGz-lTSFF5J/

www.lourie.co/contact.html

www.youtube.com/watch?v=lFXxU96nI8M

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