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Duel ML 50mm / 75mm

  

Entre le Nikon 1 J5 (2015) et le Olympus OM-D E-M1 Mark II (2016)

  

Nikon 1 J5 (2015)

Capteur CX 1’’ de 21 MP (5568 x 3712)

Prix: $500 USD

Photos prise avec le nikkor AF-S 50mm f/1.8 G

(facteur de multiplication de 2.7) CX

160-6400 (12800) ISO

 

______________________

 

Olympus OM-D E-M1 Mark II (2016)

Capteur µ4/3 de 20 MP ( 5184 x 3888 )

Prix: $2,000 USD

Photos prise avec l’Olympus M.Zuiko Digital ED 75mm f1.8

(facteur de multiplication de 2.0) µ4/3

200-25600 ( 64 ) ISO

  

A vous de juger / Your turn to judge

www.flickr.com/photos/maoby/albums/72157720113088942

Vos remarques sont les bienvenues / Your remarks are welcome !

Ganymède est le fils de Trôs, le fondateur de Troie, et de la nymphe Callirhoé. Pendant qu'il surveille le troupeau de son père, Zeus l'enlève car c'est le plus beau des mortels. Pour cela Zeus s'est métamorphosé en aigle, et l'amène sur l'Olympe. Ganymède devient l'échanson des dieux à la place d'Hébé, fille d'Héra : son travail consiste à donner aux dieux l'ambroisie et le nectar qui les rendent immortels. Mais Zeus a négligé la jalousie de sa femme Héra, qui exige que Ganymède soit renvoyé chez les mortels. Zeus décide alors de faire de lui une constellation, celle du Verseau qu'il place juste à côté de celle de l'aigle.

   

*

 

Comparaison de textes

 

1. Textes antiques

  

Homère - L'Iliade, XX, 231-235

 

Pendant la guerre de Troie, le troyen énée et le grec Achille se rencontrent sur le champ de bataille. Achille essaie d'impressionner énée, mais celui-ci sans se démonter énumère toute la généalogie de ses ancêtres, pour montrer à son adversaire que lui aussi compte des divinités parmi ses ascendants.

 

De Trôs, à son tour, trois fils irréprochables naquirent,

Ilos, Assaracos, et Ganymède, rival des dieux,

qui devint le plus beau des mortels.

Celui-ci, les dieux le ravirent au ciel pour verser à boire à Zeus,

afin que, vu sa beauté, il fût parmi les immortels.

  

Jadis le roi des immortels aima le beau Ganymède. Dès lors à l'éclat de son rang il eût préféré l'humble condition des mortels. Il prend la forme trompeuse de l'oiseau qui porte son tonnerre ; et soudain, fendant les airs, il enlève le jeune Phrygien, qui lui sert d'échanson dans l'Olympe, et verse le nectar dans sa coupe, en dépit de Junon.

 

Rex superum Phrygii quondam Ganymedis amore

arsit, et inventum est aliquid, quod Juppiter esse,

quam quod erat, mallet. Nulla tamen alite verti

dignatur, nisi quae posset sua fulmina ferre.

Nec mora, percusso mendacibus aere pennis

abripit Iliaden ; qui nunc quoque pocula miscet

invitaque Jovi nectar Junone ministrat.

STATUE D'ANTINOÜS Pierre-Nicolas BEAUVALLET (1752-1818)

France, XIXe siècle

MATÉRIAU Marbre bleu turquin

Cette paire d'importantes statues en marbre bleu turquin est une copie fidèle de l'Antinoüs de la villa d'Hadrien, aujourd'hui conservé au Vatican. Celle-ci se trouvait au début du XIXe siècle au Musée du Louvre où Pierre-Nicolas Beauvallet a pu la découvrir et la reproduire fidèlement. Le thème d'Antinoüs, représentant le favori de l'Empereur Hadrien (IIe siècle ap. J.C.) sous les traits d'un éphèbe aux muscles saillants et coiffé de la coiffe traditionnelle égyptienne, le némès, rencontra au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle un vif succès.

La puissante musculature, les proportions harmonieuses du corps et la pureté des lignes firent qu'Antinoüs devint un modèle de l'Idéal Egyptien, particulièrement bien adapté à la décoration des demeures à la mode. On le rencontra sous forme de pilier ou de statues encadrant la porte principale. La Villa Borghèse, le Salon Egyptien de Thomas Hope ou le Palais d'Ostankino à Moscou en sont des exemples probants. Il se développa même sous la forme de fontaine. Beauvallet conçut ainsi la Fontaine du Fellah, dite aussi « la Fontaine au Porteur d'eau » de la Rue de Sèvres à Paris entre 1806 et 1809 .Dans une époque où l'Egyptomanie était de mise, les canons de l'Antinoüs, répondirent exactement à cette vogue et justifient cette notoriété qui se déploya bien au-delà des frontières.

(Photo de notre ami

Francis de Flickr qui m'a gentiment autorisé à utiliser sa photo pour ma comparaison www.flickr.com/photos/196267273@N03/)

Fujifilm FinePix S1, nikkor AF 85mm f/1.8

Exposition Berlin 1912 - 1932 au musée d'art ancien, rue de la Régence, Bruxelles -Brussels.

Profitant d'une nuit très claire sur les hauteurs de Villard de Lans, pendant que mon autre setup astro travaillait sur les nébuleuses de NGC7822, je me suis dit que j'allais cibler Villard de Lans avec mon Lumix G7 et un Objectif Canon 50 mm f/1.4 @2.8, muni d'un adaptateur K&K le faisant passer à une focale de 70 mm, pour mettre en évidence la pollution lumineuse malheureusement trop importante pour une ville du Vercors ... même après l'extinction d'un certain nombre de lumières de la ville. Cette photo est issue d'un timelapse de poses de 60 s, 200 iso couvrant la période d'extinction de certains quartiers. Cette extinction est presque imperceptible !

En comparaison, la petite commune de Corrençon en Vercors a récemment franchi le pas, rejoignant les pionnières Méaudre, Autrans et Lans en Vercors, et est maintenant éteinte la nuit.

Il faut changer les mentalités ! l'obscurité fait peur mais elle n'est pas synonyme de danger et encore moins d'insécurité. L'inverse est plutôt vrai.

La photo a été accumulée avec StarMax.

On remarque que les trainées d'étoiles sont peu lumineuses en comparaison de la luminosité de la ville, très intense. Cette photo constraste avec celle que j'ai réalisée de Corrençon en Vercors, exactement dans les mêmes conditions et depuis le même point de vue (à 100 m près) ; cf. Photo du 03/11/24.

Shooting réalisé dans une ancienne fabrique de meubles désaffectée prêt d'Antibes.

 

!! NO HDR !!

 

Modèle: Alex

Material: EOS 5D Mark II + 85mm F1.4

Treatment: Photoshop CS5

 

Visualisez la comparaison avant|après traitement sur mon Blog

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www.cbphoto.fr

 

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Cette photo est une photo réalisé sur mon ancien pc, et remis en rendu 16k sur mon nouveau pc ( ici l'effet Glow est visible, le T-shirt à un nouvel effet version Latex, la qualité de l'effet de transparence est meilleur) pour la comparaison avec l'ancienne photo ici : delbroucksamuel793.wixsite.com/hadessamafr/fullscreen-pag...

Sur ce site d'une longueur d'1 km et d'une superficie de 70 hectares sont alignées 9387 stèles qui surplombent la plage d'Omaha. Ce cimetière a été concédé à perpétuité par la France aux Etats-Unis.

Ce cimetière américain mondialement connu est impressionnant à voir du sol et il est tout autant vu du ciel. Le parking voitures en haut à gauche de la photo où l'on aperçoit d'ailleurs quelques voitures donne bien par simple comparaison la grandeur qu'a ce cimetière.

Grand ballon captif a vapeur de la cour des Tuileries. Depart d'un ballon dans l-enceinte du ballon captif. Tous les jours ascensions captives de 10 heures a 6 heures (si le temps permet). Orchestre de 70 musiciens. Gonflement et ascension d'un ballon libre de comparaison, les Dimanches et Jeudis, de 3 heures a 5 heures, si le temps permet.

 

Hand-colored broadsheet announcing the ascension of Henri Giffard's giant captive balloon from the courtyard of the Tuileries, probably during the Paris Exposition of 1878. Includes picture of the giant balloon stationed in the center of the courtyard next to a smaller balloon. Typographie Morris, père et fils, Paris, likely 1878.

 

From the Tissandier Collection at the Library of Congress

More Giffard images | More Tissandier Collection items

[PD] This picture is in the public domain

▌    À voir en grand ici ! • Please view it large here!

 

Ce cliché a été pris avec la même technique d'exposition et cinq minutes avant « Lumières de Sydney ». Le traitement fait donc logiquement réapparaître les détails dans les zones de hautes lumières telles que le ciel et j'ai mis en avant la complémentarité des couleurs, moins visible sur l'original du fait de la sur-exposition volontaire.

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I took this photo using the same technic as “Sydney's lights”, but five minutes before. I post-adjusted the picture to logically reveal highlights details — like in the sky — and enhanced the color complementarity, less visible on the original because of the voluntary over-exposure.

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l'idée était de tester ce lot de svema FN64 périmée depuis 1994, désolé évidemment toujours au même endroit, mais ce qui présentera l'avantage de la comparaison ;o)

 

Voici le protocole, nikon F4S, mode P, mode AF, et zoom 35x70 nikkor ... j'ai laissé le F4 travailler, je n'ai été qu'un "presse bouton"

 

svema FN64 + rodinal 1+100 stand dev.

 

On peut considérer que cette svema à plutôt bien vieilli est reste très utilisable, le prix est "low cost" par lot, et cerise sur le gâteau, les cartouches réutilisables, ce qui baisse le prix de revient de encore 1€ ... alors pourquoi perdre mon temps et mon argent chez foma, sans le plaisir de l'expérience et avec un résultat nettement moins bon !!

 

Au passage on notera l'absence de filtre de couleur à la prise de vue, ce qui explique le ciel désespérément vide ...

Nikon D600, nikkor AF 50mm f/1.8 D

D'autres photos et tout le blabla sur mon blog, j'ai testé pour vous le corps barbie fitness tan pour ma pullip Batgirl SDCC, et j'adore !

Les détails et d'autres photos ici : those-fireflies.blogspot.fr/2016/05/echanges-hybridation-...

Pentax K-01 (2012)

Capteur de 16.3 MP (4928x3264)

Prix: $600 USD

Photos prise avec le SMC Pentax-DA 40mm f/2.8 XS

(avec un facteur de multiplication de 1.5) APS-C

100-12800 ISO

 

www.flickr.com/photos/maoby/albums/72157716019933131

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Si la personne présente sur cette image venait à se reconnaître et n'appréciait pas cet hommage, qu'elle me le signale, et je ferai disparaître aussitôt cette image de la galerie.

 

Comment faire son Cabrel ?

 

L’accent caractéristique de Francis Cabrel est , certes, un des éléments de son style, mais, il ne suffit pas de savoir l’imiter correctement pour donner à n’importe quel texte « la Cabrel’s Touch ». Il ne suffit pas non plus de placer, comme lui, des accents toniques sur la syllabe qui fera sonner le mot, ni chanter des chansons d’amour où on ose déclarer ses sentiments, il faut aussi maîtriser le sens de l’image littéraire. Cet auteur a su, dans une chanson hommage à sa fille nouvellement née comparer la lourdeur des paupières fatiguées des parents à des « bouteilles de butane » (et, pour la rime, la difficulté à les ouvrir s’exprimait par « en panne »). Sa poésie est, au fond, de province, mais elle use de termes urbains pour se donner du contraste.

On voit donc qu’on ne s’approche pas du « Cabrel’s langage » en usant d’images toutes faites, il faut les inventer ! Pour créer une image, pensez d’abord à une comparaison :

par exemple : « Tu es dorée comme un pain au chocolat

enlevez les mots significatifs de la comparaison (pour les spécialistes, vous obtenez une métaphore) :

« toi, mon pain au chocolat »

remplacez l’expression mot par une autre venant d’un registre de vocabulaire différent (vous aurez ce qu’on appelle une image)

« ma statue de terre cuite » si c’est délicat, fin et vaguement champêtre, vous vous approchez du « Cabrel’s Style ».

Francis Cabrel, a depuis quelques années, accepté d’être plus léger, et il ajoute une touche d’humour à ses textes et parfois un parfum léger de sous-entendus

Parfois, on ne comprend rien à ce qu’il a voulu dire (qui a compris ce que peut être la chose qui vient de tomber dans la chanson « Encore et encore » ?)… mais cela sonne, on chante la chanson quand on l’entend… c’est le mystère de la « Cabrel’s Technic »

  

N’aie pas envie d’hâler ailleurs.

 

De mon fauteuil je te vois

Blanche Suzy

Patienter que ta peau de lait

Vire caramel

Bonbon au miel

Ou Brou de noix

Tu es pourtant statue de sel

Et tout ce sel me donne soif.

De mon fauteuil je te vois

Blanche Suzy

Grain de beauté sur la plage

Perle endormie

Dans sa coquille

Tu te rêves en statue de terre cuite

Et dans ce rêve je m’invite

 

Refrain :

Ta pâleur

Chasse les nuages

Et ma fatigue.

Tu estompes de la plage

Et du parking

Les détritus.

Mon héroïne,

Ma vénus

d’opaline,

N’aie pas l’envie,

Blanche Suzy,

D’hâler ailleurs

 

Dans mon fauteuil je reviendrai

Susy si tendre

Dimanche prochain patienter

Et t’attendre

Sur le parking

Tout près de la digue

Afin que mon cœur qui fatigue

Tes poses languides viennent accélérer

 

Refrain

 

Mais je reste loin

Suzy fidèle

Je serre les poings

Au téléphone

Sans savoir cruelle,

Douce tu ronronnes.

Je vais confier mon cœur qui flanche

À d’autres filles en blouses blanches.

 

Refrain

Et pour finir ad lib

N’aie pas l’envie,

Blanche Suzy,

D’hâler ailleurs

    

Par la même occasion, l’image le rendant incontournable, voici

comment faire son Gainsbourg.

Les textes de Gainsbourg sont souvent appuyés sur le rythme et, si les rimes traditionnelles sont basées sur les voyelles, lui n’hésite pas à faire claquer les consonnes. À ce niveau, c’est le texte « Comment te dire Adieu » où les rimes sont en « ex », « ax », « ix » en plein milieu des mots qui sert de référence.

Il use de l’ambiguïté du son des mots ou des syllabes, parfois des lettres pour trouver le sens d’une chanson « entre M et N (en parlant on dit « aime » et « haine » seule une lettre change » il se sert aussi de noms propres (sur mon IBM, j’ai tapé N pour M). Le jeu de mots est aussi un des axes sur lequel s’articule une chanson (la javanaise où il donne l’impression de parler en « javanais » (langue secrète de voyous ou jeu d’enfants) en renouvelant à chaque vers des allitérations en « av »)

Gainsbourg raconte un moment, une rencontre, un amour, une rupture, toutes les tranches de vie possibles. Son point de vue est souvent celui d’un homme, un brin cruel, un brin obsédé… mais avec élégance. Ainsi, l’aveu du défaut et l’esthétisme du style « désinfectent » le thème …au point que Gainsbourg s’étudie à l’école comme un Baudelaire contemporain.

Vers la fin, ayant du mal à se renouveler (le vocabulaire français et les emprunts fréquents à l’anglais récurés à fond), Gainsbourg se re-citait fréquemment.

Donc, j’ai réutilisé le thème support du « Comment faire son Cabrel » ; à savoir, l’émotion que ressent le patient d’un centre de rééducation situé, en bord de mer, dans une station balnéaire quand, chaque dimanche, il s’approche, en fauteuil roulant, de la plage.

 

Est-ce que tu sais qu’si ?

 

Est-ce que tu sais qu’si

Tu es d’ac-

-cord

je prends aussi sec six

poses

au kodak

de ce corps

que tu exposes

sans retenue

Vraiment aucu-

-ne au soleil ?

 

Tu t’exposes et je sais qu’si

C’est comm’une tac-

-tique

Et après tout ce n’est qu’six

longs jours

de gros black-

-out héroïque

de tous ces discours

Que je t’ai tus

Tant toi tu

M’émerveilles.

 

Est-ce que tu sais qu’si

Devant la cli-

-nique

Tu reviens aussi sec c’est

mon rythme

cardiaque

qui panique

et explose

de te voir étendue

et nue

Seule au soleil

 

Est-ce donc à un ex-

petit mac

down

avec qui tu t’ex

-pliques

à l’I-phone

je veux que tu rac-

-croches

au nez de ce clown

et t’abandonnes

Nue au soleil.

 

Marie était tellement abasourdie par ce qu’elle éprouvait et tout ce qu’elle comprenait de l’aventure qui avait fait de Jakob, l’amant de Tania, qu’elle restait silencieuse. Un peu comme si Jakob lui avait raconté l’aventure avec un détachement presque indifférent qui la blessait plus sûrement que les méchancetés de sa maîtresse.

 

www.youtube.com/watch?v=oOCZOKznhXM

  

- Alors tu l’aimes toujours ? Redit Tania, déroutée par le silence de la jeune fille. Tu devrais pourtant comprendre que tu n’as plus de raison de travailler comme tu le fais, ni de chercher l’union avec Roméo puisque désormais, lui et moi sommes ensemble.

Et je dois dire que nous nous convenons parfaitement. Et comme je n’ai pas avalé le poison qui t’empêche tout lien charnel, je profite un maximum de tout ce que tu n’auras jamais.

Non, ne t’inquiète pas, Roméo ne se réveillera pas durant cet entretien. A moins que tu ne désires que ton mari te voie dans un état aussi pitoyable.

 

Marie serra les poings tandis qu’un flot de larmes jaillissait de ses yeux.

 

- Vous ne voyez donc que l’aspect charnel ? Vous pensez que cela seul définit le lien amoureux que je partage avec mon époux ? Répondit-elle. Alors vous n’avez décidément pas du tout saisi ce que nous vivons lui et moi. Pour vous, c’est le charnel qui compte et cela seul. Mais c’est dans ce que vous ne voyez pas qu’est toute la saveur de notre union. A laquelle vous ne pouvez prétendre.

 

Tania haussa les épaules.

 

- Tu te raccroches à cette dimension énergétique et spirituelle puisque tu n’as rien d’autre avec lui...mais franchement, qui crois-tu tromper, Marie ? Toi et uniquement toi.

 

- Et si c’était vous qui vous trompiez ? Y avez-vous seulement songé ?

L’union véritable ne peut se résumer à des étreintes charnelles. Il faut bien plus pour en faire une relation durable et profonde. Il faut un amour qui dépasse la dimension érotique. Qui s’ancre dans le coeur et l’âme, dans l’attention aux mille et uns détails de ce qu’éprouve et endure chacun individuellement, dans un respect et une compréhension qui n’ont pas l’air de vous préoccuper le moins du monde.

 

- A quoi une telle entreprise me servirait donc ? Je me contente de ce qui est concret entre Roméo et moi. N’as-tu pas compris que ce que tu ne touches pas n’est qu’un leurre, Marie ? Or, je ferai toujours en sorte que jamais tu ne puisses toucher Roméo . Retourne donc à tes petites occupations jardinières pour te consoler. Je crois qu’il est temps que tu acceptes la réalité.

 

- Si je suis ici, ce n’est pas de mon plein gré, savez-vous. Mais certainement pour que nous parlions toutes deux franchement. Ce n’est pas moi qui ai sollicité cette rencontre. C’est vous qui l’avez demandée dans le but certainement de m’humilier devant l’homme que j’aime. Si véritablement vous prétendez aimer mon mari, alors je ne comprends pas pourquoi vous êtes toujours dans la confrontation et dans un système de domination. Puisque nous l’aimons toutes deux de façon totalement différente, comment pouvez-vous agir de la sorte puisqu’il n’existe pas de comparaison possible entre nos deux façons d’aimer ? J’avoue qu’un tel procédé a de quoi surprendre.

 

- Pas si tu remontes le temps…

 

- Le temps ??? Que voulez-vous dire ?

 

La voleuse d’âmes soupira.

 

- Tu es vraiment ignorante, ma pauvre enfant. Et tu prétends à l’union totale avec Roméo ?

Alors tu ferais mieux de travailler sur la raison qui fait que nous sommes face à face, toi et moi. Anne bien sûr, ne t’a rien révélé.

 

- Anne ? Mais qui est Anne ?

 

- Une intrigante de ta lignée, une disciple d’Urgande, qui m’a volé mon amant.

 

- Et vous voulez vous venger d’elle en me volant mon mari ?

 

- Vu l’état où Lucifer l’a réduite ainsi que son amant qui était aussi le mien, je suis déjà vengée depuis longtemps. Cependant...ce dernier a réussi avec son aide, à infuser cet amour puissant aux héritières de l’anneau de feu. Il est donc juste que je prenne ma revanche en empêchant l’union entre toi et Roméo. S’il réussissait malgré mes soins, ce serait pour mieux te corrompre au mal.

En tant que vampire, il ne ferait ainsi que respecter sa nature profonde.

 

- Que savez-vous de sa nature véritable? Et s’il était plus faune que vampire ?

 

- Faune ? Une sorte de minotaure humain finalement ? Allons...ne sois pas ridicule, Marie, ce serait pire pour toi ! La luxure, ma chère...tout ce qui t’a fait peur avec Oswald et qui t’a conduite à boire ce poison qui a métamorphosé l’amour de ta vie en vampire...Non, si Roméo avait été faune, je l’aurais su d’emblée et il se serait soumis à mes désirs immédiatement. Mais comme tout vampire partagé...il fallait d’abord qu’il accepte sa nature maléfique avant de m’appartenir. Il est mien à présent. Et nulle autre femme ne peut me le contester. Ni toi ni aucune autre.

 

- Il est peut-être vôtre au plan charnel. Mais il reste mon mari au plan spirituel et amoureux.

 

Tania éclata de rire.

 

- Tu crois vraiment que cela compte encore pour lui ? Si cela était le cas, il ne serait pas dans mon lit...Accepte ta défaite, Marie. Accepte ma victoire. C’est pour cela que je t’ai fait venir ici.

 

- Je ne vous conteste pas la possession charnelle de mon mari. S’il est heureux ainsi, je le serai pour lui également. Mais en échange, donnez moi la coupe.

 

- Quelle coupe ?

 

- Celle où je dois puiser des perles. Le perroquet m’a dit que c’est vous qui l’aviez.

 

- Un perroquet ? Je croyais qu’Urgande préférait jouer les grives musiciennes…

 

- Je n’ai pas parlé d’Urgande. Et je doute qu’elle aurait pris cette apparence pour me demander vos services.

 

- Alors ce doit être Bartoloméo. Mais vois dans quel peau j’ai réduit sa personne, dit Tania en désignant le couffin du dogue noir tout aussi endormi que Roméo. Je doute qu’il soit en mesure d’exiger quoi que ce soit de toi comme de moi à présent.

 

Marie regarda le chien dont elle comprit immédiatement qu’il était un leurre pour tromper la voleuse d’âmes.

 

- Je ne sais pas qui est Bartoloméo. Tout ce que je sais, c’est que le perroquet a insisté pour que vous me donniez la coupe. Il ne l’aurait pas fait sans une bonne raison.

  

Avec impatience, Tania en chemise transparente repoussa les couvertures et enfilant des pantoufles en peau de crocodile en maugréant sur l’obstination des humains, elle se dirigea vers un immense placard qu’elle ouvrit tout grand. A l’intérieur, se trouvaient d’or et d’argent, de vermeil, d’albâtre, de bois et d’étain, plusieurs dizaines de hanaps.

 

- Donc tu es venue pour une coupe ? Ironisa-t-elle. Eh bien comme tu vois, j’en ai toute une collection. A chaque victoire sur mes victimes, à chaque emprise, j’en gagne une nouvelle. Alors tu vas devoir identifier celle que tu souhaites. Et si je suis de bonne humeur, je te la donnerai. Prends ton temps...si tu te trompes, tu devras me donner ton âme. Et c’est Roméo qui me l’apportera en te mangeant. Car en ce monde des ombres, je suis la seule patronne.

 

www.youtube.com/watch?v=jCotvQZLjSY

 

Marie frissonna à cette perspective atroce. La voleuse d’âmes était donc prête à tout pour garder non seulement Jakob mais obtenir aussi sa personne et son âme. Ce qui lui fit comprendre à quel point sage avait été le conseil de la colombe qui lui avait dit de refuser d’être reine des ombres.

 

Mais, ne voulant pas céder à la peur, la jeune fille posa ses mains sur son coeur et se mit à prier. Elle se disait qu’ainsi elle serait protégée et pourrait démêler le vrai du faux. Et elle avait raison. Aussitôt que sa pensée se fondit au céleste, elle put observer chaque coupe en détail et finit par identifier celle qu’elle devait réclamer. Elle était d’ivoire sculpté à pied d’argent. Et représentait Diane chasseresse entourée de différents animaux.

D’un geste, Marie la désigna à la voleuse d’âme qui parut horrifiée.

 

- Sais-tu bien ce que tu me demandes, jeune donzelle ?

 

- Je sais que c’est cette coupe que veut le perroquet. Ne me demandez pas comment ni pourquoi, je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas non plus ce que cet objet représente pour vous, répondit Marie en fixant Tania dans les yeux avec une sincérité désarmante.

 

Si désarmante que la voleuse d’âmes en fut d’abord sidérée, puis de plus en plus émue.

Et ce fut presque la voix brouillée qu’elle révéla :

 

- C’est mon âme que tu viens de réclamer, ma toute belle, le rachat de mon âme à Lucifer.

Et personne n’a jamais pensé à la demander avant toi. Qui es-tu donc pour oser une telle démarche ?demanda-t-elle d’un ton grave à la petite comtesse, pâle et tremblante, encore plus effarée que son interlocutrice :

 

- Je...je ne suis que Marie de Kalamine, fille d’Alexandre et Héloïse.

 

- Non...tu es plus que cela, même si tu l’ignores encore, répondit Tania bouleversée. Tu es guidée très certainement par des forces supérieures qui m’échappent. Et pourtant, j’ai tant de magie que je pourrais te faire mourir, et avant, te faire subir les supplices les plus atroces devant Roméo sans ressentir aucune culpabilité. Mais...puisque tu acceptes que je garde celui que tu aimes, alors je veux bien t’offrir cette coupe qui est aussi mon âme. Bien que je doute que tu puisses y puiser quelque perle que ce soit, je te la confie. Si tu l’as demandée, c’est que tu dois avoir les moyens d’en extraire quelque chose de beau et de bien. Va...prends cette coupe et retourne à tes affaires. Je te promets que je ne chercherai plus ta perte, en regard de ce que tu viens de me réclamer aujourd’hui.

 

Stupéfaite, n’en croyant pas ses oreilles, et aussi émue que Tania, Marie lui répondit :

 

- Voleuse d’âmes, je n’ai jamais voulu votre perte. A aucun moment. Je voulais seulement m’unir plus complètement avec celui que j’aime, puisque lui et moi sommes mariés sous le sceau de l’anneau de feu. Rien de plus. Nous n’oeuvrons pas dans la même voie, vous et moi. Et je ne sais pas ce qui vous est arrivé pour être aussi méchante et agressive. Mais s’il vous faut mon époux pour tenir debout actuellement dans l’existence, je vous le laisse. Prenez en grand soin.

 

Cette fois, ce fut Tania qui n’en crut pas ses oreilles. Cette jeune fille éplorée était-elle en train de renoncer à l’union d’avec l’amour de sa vie ? Simplement pour sauver l’âme de sa rivale ? Voilà qui était invraisemblable. Et comme si les pensées de la voleuse d’âme étaient perceptibles, Marie continua :

 

- Je ne suis pas votre ennemie, Tania. Et je n’ai pas l’intention de le devenir si vraiment vous aimez qui j’aime. Je ne sais pourquoi le perroquet m’a demandé de lui rapporter votre âme pour y puiser des perles, mais...il devait avoir une bonne raison pour agir comme cela. Dans ce parcours alchimique,rien n’arrive par hasard et…

 

- Tu es en parcours alchimique ? Alors je comprends mieux pourquoi le vent a changé. Ce vent est musique...musique pure céleste...et il me demande de t’apprendre à en jouer. Comment fais-tu une telle chose et comment peux-tu dégager autant d’amour et de lumière ?

 

- J’aime, c’est tout !

 

- Non, tu dois avoir d’autres pouvoirs, ce n’est pas possible autrement. Approche, ordonna-t-elle pour tenter de lire en Marie à l’aide de ses pouvoirs maléfiques.

 

Mais tandis que celle-ci obéissait, la jeune fille se mit à dégager une lumière toujours plus vive en priant pour l’âme damnée de Tania, si bien qu’elle aveugla cette dernière.

 

- Tu as des pouvoirs cachés, s’écria la voleuse d’âmes, en reculant et en se cachant les yeux. Des pouvoirs d’eau, de feu, de terre et d’air...comme seules les plus hautes magiciennes en ont. D’où tiens-tu cela, petite fille ?

 

- De l’anneau peut-être ? Je ne vois que lui pour faire cela puisque je n’ai jamais fait de magie, répondit Marie.

 

- Ton innocence...est...presque...insupportable pour moi, tant elle met de lumière ici. Aaaaaaah...tu es bien de la même lignée qu’Anne, celle qui a mis en échec Lucifer puisqu’elle ne croyait pas au diable mais seulement en l’amour.

 

- Cette Anne a vaincu le démon ?

 

- Oui, d’une certaine façon, elle a rendu la malédiction dirigée contre elle et Bartoloméo inopérante.

 

- Et quel était le sortilège ?

 

- Lucifer les avait changés en statues de pierre. Mais leurs coeurs amoureux continuent de battre sous la pierre, dans la pierre. C’est leur magie et ni moi ni mon maître n’avons jamais pu en venir à bout.

 

Marie sourit. Cette nouvelle venait l’apaiser comme jamais n’aurait pu le faire autre chose. Le mal n’était donc pas sans remède. Et si l’amour pouvait surmonter les ombres et les pires maléfices, il le ferait encore.

 

- Si ce que vous dites est vrai, je ne serai donc jamais séparée tout à fait de mon époux. Même s’il reste physiquement avec vous au royaume des ombres, nos âmes resteront liées à l’amour profond que nous éprouvons l’un pour l’autre par delà les apparences.

 

Et avec cette affirmation, une lumière intense, plus irradiante encore, illumina la pièce et les moindres recoins du lit, faisant jaillir des orbes lumineuses en si grand nombre que cette magie réveilla le vampire, pourtant profondément endormi dans le lit de Tania. Saisi par l’intense lumière qui pourtant ne le brûlait pas, il l’était encore plus par l’énergie amoureuse de Marie qu’il ressentait dans tout son corps. Il se sentait comme infusé, bercé et transporté au-delà des limites de sa nature vampirique, vers sa nature elfique et féerique. Une sorte de trait d’union se faisait aussi sûrement en lui que le ruban rose les reliait Marie et lui. Ce tissage créa une forme de réunion aussi solide qu’un coupon de soie ; et qui le reconnecta brusquement à qui il était avant sa métamorphose. En un éclair, Jakob se revit chez ses parents, puis chez Erminie, puis au château de Kalamine au moment où il avait avoué ses sentiments à son épouse et puis la nuit où ils avaient souhaité se retrouver, celle où ils avaient été mariés à la fontaine. La lumière le guidait, levait en lui tous les élans, tous les possibles, faisant craquer les limites du personnage factice qu’il jouait en tant que vampire. Instinctivement, il murmura :

 

- Ce que j’étais, je suis aussi et pour toujours, celle que j’aime est en moi par-delà tout ce qui nous sépare. L’union était, est et sera. J’existe, j’existe, j’existe, j’aime, j’aime, j’aime.

 

Et cette prière était murmurée silencieusement aussi par sa dulcinée.

Puis, portée par sa foi au lien, et dépassant sa peur de Tania comme sa peur de perdre Jakob définitivement, Marie s’écria d’une voix forte:

 

- A présent, donnez-moi la coupe, madame. Puisque vous détenez Roméo, vous devez me donner en échange ce que vous m’avez promis.

 

Tania inclina la tête, prit la coupe dans l’armoire et la tendit à Marie.

Cette dernière la prit en tremblant un peu, car elle mesurait bien la noirceur et les tourments de la femme qui lui offrait son âme. Il lui faudrait non seulement prendre de la hauteur, mais purifier la coupe avant d’y puiser. Mais Marie savait aussi que c’était important, par delà l’union d’âmes qu’elle vivait avec Jakob et qu’elle ne perdrait jamais. Continuer l’affrontement contre Tania pour vivre avec Jakob, n’était pas une solution, mais renforçait les pouvoirs de l’ombre et du mal. Alors que la bonté et l’offrande céleste pouvaient dénouer bien mieux les maléfices et transformer le mal en bien. Sans qu’il y ait renoncement total à l’amour partagé.

Marie, coupe en main se mit à prier pour l’âme de Tania. Et c’était comme si elle levait toute forme d’ombre autour d’elle. Chaque mot de sa prière lavait la coupe et la débarrassait progressivement de tout ce qui la noircissait.

Sous les yeux de la voleuse d’âmes, s’opérait une magie puissante qui surpassait tout ce que Tania savait et pouvait. Et lui venait une honte subite à avoir gardé le roi vampire. Car elle réalisait seulement à ce moment-là, qu’il n’était là que par sa propre magie maléfique. Et que sa véritable place était près de Marie. Que la présence de Roméo ne la consolerait en rien de la perte de Bartoloméo. Que l’humiliation qu’elle avait fait subir à Marie se retournait contre elle-même. Qu’il lui fallait pour réparer, entrer en contrition et repentance.

 

Alors, saisie d’une inspiration subite, elle dit à la jeune fille :

 

- Je sais que tu es amour pur et inconditionnel. Et que tu es venue pour apaiser mes tourments par l’amour que tu partages avec l’homme qui est dans mon lit. Puisque tu as fait passer le salut de mon âme devant ta plus chère affection, alors je t’apprendrai à enchanter le vent pour qu’il te ramène celui que tu aimes. Lorsque tu seras rentrée chez toi, invoque la coupe et je viendrai t’aider, à nourrir le perroquet ou bien à jouer la musique du vent. Merci de tout ce que tu as fait pour moi, sans jugement, sans haine, sans désir de vengeance ou de possession...tu es vraiment la belle dame de la prophétie, celle qui nous délivrera tous, conclut la voleuse d’âmes en lui faisant une révérence. Puisses-tu parvenir à l’illumination et ton époux également.

 

Elle n’avait pas plutôt prononcé ces mots que Marie disparaissait, sa mission accomplie.

 

Aussitôt l’irradiation lumineuse quitta la chambre, laissant la voleuse d’âme plus décontenancée par la présence de Jakob qu’heureuse. Et pourtant...elle l’avait voulu si fort, ce roi vampire et avait mis tant d’acharnement à le faire prisonnier d’elle tant par la musique que par la séduction. Sans parler des maléfices dirigés contre Anne et la lignée de sa rivale, sa tentative de briser le lien d’âmes dont elle savait pourtant la force et l’indestructibilité. Des mémoires se levaient en elle, dont une, où Marie était sa servante et où elle l’avait constamment humiliée,volant également l’attention et l’amour de l’homme que sa jeune servante aimait. Tania n’avait donc fait que répéter jusque là un scénario abusif dont finalement, Marie venait de s’affranchir, par pur amour.

 

Les certitudes de Tania quant à la valeur supérieure du mal s’effondraient comme châteaux de sable.

Elle avait peut-être gagné la présence perpétuelle de Roméo à ses côtés, mais elle l’avait aussi perdu définitivement d’une certaine façon, comme le lui avait promis Bartoloméo, puisqu’elle mesurait désormais, l’étendue de sa faute et le côté factice du couple qu’elle formait avec lui. Le fait de confier son âme à Marie pour qu’elle la purifie, lui rendait une conscience. Et elle savait qu’un jour prochain, il lui faudrait rendre Roméo à sa véritable épouse.

 

www.youtube.com/watch?v=0YKcAGu-3UA

  

Tristement, elle retourna vers le lit où le vampire réveillé lui tendait les bras. Mais qui n’était plus pour elle qu’une épaule compatissante où pleurer sur elle-même et sur tout le mal qu’elle avait fait. Marie avait réussi à inverser le rapport de force...et Tania lui était soumise. La voleuse d’âmes ne pouvait plus contrer l’amour universel qui l’avait vaincue. Et elle n’avait plus besoin de voler et manger l’âme des autres pour retrouver la sienne. Cette dernière pesait à présent de tout son poids en son coeur, lui ouvrant des compréhensions qu’elle n’avait plus depuis que Lucifer l’avait à son service. Un sanglot la secoua tandis qu’elle nouait ses bras autour du cou de Jakob, tout en pensant que c’était lui qui l’étranglait. Un mur invisible les séparait à présent. Et rien de ce qu’elle tenterait pour le corrompre et le maintenir sous contrôle ne fonctionnerait plus.

 

Elle avait l’impression d’un feu d’artifices célébrant sa défaite, mais peut-être aussi la prochaine victoire des époux définitivement réunis.

 

www.youtube.com/watch?v=rb4BtnTB0Uc

Comparaison de crânes de Renard roux adulte et juvénile

Adulte and juvenile Red Fox Skulls comparison

Vulpes vulpes

 

fr.wikipedia.org/wiki/Renard_roux

 

Classe : Mammalia

Ordre : Carnivora

Famille : Canidae

Genre : Vulpes

Red Deer in Europe generally spend their winters in lower altitudes and more wooded terrain. During the summer, they migrate to higher elevations where food supplies are greater for the calving season In the fall it is when the snakes begin traveling back to their winter dens from parts far away (and in the spring, of course, it is when the snakes leave their dens and begin traveling to parts far away). Snakes overwinter in the same den year after year and some of them will travel several miles in the fall to return to their dens. Migrations mostly happen in central states like Missouri, Illinois, Arkansas, and Kentucky and places farther north where snakes spend their winters in large communal dens in bluff. Farther south snakes can den almost anywhere (a stump, a rodent hole, etc.) and thus they don't den in large concentrations. In some places if you are between a denning bluff on one side and good habitat on the other you can walk along and actually see the snakes migrating. The snakes will all be coming from the flats and heading to the bluffs and all will be on the move in the same direction. On a good day during peak migration you might see as many as 50 to 60 different snakes in a three hour walk. On a more typical day during the peak migration you might see from 12 to 25 snakes in three hours. At the early and late ends of the migration (which lasts for about 2 months) you might see just 4 or 5 snakes. p.s arent you on your school summer holidays...get out there and have some fun.venus answered 6 years agoim stuck on somthink in my homework i need help asap needs to be in 12 today?? (uk time) why do red deers and snakes migrate what for what time of the year and what tells them to ...show more

 

Les chasseurs avaient remarqué que le cerf est très dépendant de l’eau. Toujours assoiffé, il rafraîchissait son corps en le baignant. Faute d’eau et pour calmer ses ardeurs, il se vautrait même dans la fange en période de rut. Poursuivi par les chiens, s’il avait l’opportunité de rencontrer des eaux claires, d’y boire et de s’y plonger, il récupérait ses forces et, sa fatigue enfuie, reprenait bientôt sa course aussi vigoureux et résistant qu’auparavant. On avait noté d’autre part ses analogies avec le serpent. Celui-ci muait chaque année au printemps, renouvelant sa peau et ses écailles et, pour cette raison, il était, comme lui, symbole de régénération et d’immortalité. Comme le cerf, il recherchait l’eau où il se plaisait à nager et la soif le rendait redoutable. Les vertus de l’eau ont été partout et toujours reconnues, indépendamment de ses qualités curatives. Elle guérit les maux du corps et purifie l’âme. Pour les brahmanes, elle remédie à toutes les maladies et contient l’immortalité. Dans tous les pays, les sources salutaires sont innombrables et leur jaillissement hors de terre est souvent assimilé au surgissement d’un serpent.Élaboration du mythe. L’observation quotidienne à la portée d’êtres simples, mais curieux, attentifs et doués par surcroît d’une finesse de perception et d’intuition très supérieure à la nôtre, donna naissance à des mythes que prêtres et poètes formulèrent. Après l’observation vint l’explication et l’homme chercha à rendre compte du surprenant retour cyclique du renouveau végétal et animal. Il imagina un « mythe », récit relatant « un événement qui a eu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements » (Mircea Eliade).

La taille du cerf faisait de lui le plus nourricier des gibiers. Sa beauté, sa force, sa vélocité, sa longévité supposée, son ardeur au combat, sa puissance génésique et, enfin, sa relative rareté le firent vénérer par les primitifs. La chute de ses bois devint un repère fixe dans le déroulement du temps, un point fort à périodicité assurée, qui marquait chaque année la fin de la saison d’hiver et l’arrivée du printemps. Le cerf devint le symbole de la régénérescence espérée par l’humanité inquiète.L’antagonisme existant entre le cerf et le serpent, d’abord simple fait d’observation, fut, par un effort de rationalisation, projeté dans l’universel (5). Le cerf affaibli mange pour recouvrer sa santé le serpent aux forces souterraines. Mais il lui faut auparavant livrer combat. C’est là une des versions de la vision dualiste du cosmos, dont l’unité repose sur l’union de deux principes opposés et complémentaires, masculin et féminin, qui s’affrontent puis s’allient.

Le cerf provoque donc la sécrétion du venin du serpent et l’absorbe. Celui-ci l’assoiffe, puis le purge et le purifie, avant que la chair ne le revigore. Son rajeunissement annuel et répété lui confère la longévité et, dirent certains, l’immortalité. En même temps démarre le grand bondissement de la nature au printemps, qui témoigne d’un énorme appétit de vivre.L’éthologie du cerf, telle qu’on la trouve étudiée chez les auteurs latins, fournit d’ailleurs aux moralistes chrétiens, au-delà de son antagonisme avec le serpent, une riche et étonnante matière. Les prédicateurs conseilleront aux hommes de s’entraider comme les cerfs (Épître aux Éphésiens, IV, 2). On avait remarqué que, dans la forêt, les cerfs courent leurs bois inclinés sur le dos. L’homme devra traverser humblement « la forêt de ce monde » en abaissant « les cornes de l’orgueil (6) ». Les cervidés sont sensibles à la musique et aux bruits ; surpris par les sonneries de cor et les aboiements des chiens, ils s’arrêtent et peuvent être atteints. Semblablement, le diable séduit l’homme par les danses et les chants, plaisirs du siècle.

Une fable de Phèdre, reprise par La Fontaine, montre le cerf se mirant dans une fontaine, admirant sa ramure et déplorant ses jambes grêles ; mais, quand il est poursuivi par les chiens, il est sauvé par la vélocité de sa fuite et perdu par ses grands bois qui s’accrochent aux fourrés. Les prédicateurs médiévaux le citeront en exemple pour montrer que des avantages apparents peuvent nuire et que des caractères dépréciés peuvent apporter le salut : la vanité perd le chrétien ; la vélocité lui permettra d’échapper à la tentation du péché. Nicole Bozon remarque que le cerf maigrit pendant le rut, mais grossit ensuite et il assimile la graisse à la vertu qui diminue ou grandit chez les pénitents luxurieux. Il constate que la chute des bois chez le cerf a un aspect négatif, puisqu’elle le rend craintif et honteux, mais aussi un aspect positif, puisqu’elle annonce qu’il va rajeunir. On reste stupéfait de l’abondance des comparaisons symboliques et didactiques que la réflexion médiévale put établir entre la nature et les comportements du cerf et ceux de l’homme.

Considéré comme psychopompe et prophétique, le cerf, figure majeure de l’univers celtique, conduisait l’homme dans l’Au-delà, dévoilait les secrets et révélait les trésors. Sous cet aspect aussi, il passa dans l’univers chrétien ; il décela l’emplacement des reliques, indiqua les lieux où devaient être fondés les sanctuaires, provoqua des conversions. Jadis monture de l’enchanteur Merlin, il fut domestiqué et chevauché par des saints, tels saint Edern et saint Hélo en Bretagne ou sainte Mildred en Angleterre. De futurs abbés utilisèrent sa peau taillée en fines lanières mises bout à bout pour délimiter les étendues considérables qu’ils voulaient se faire concéder. Eustache, Julien puis Hubert, chasseurs invétérés, se trouvèrent soudain en présence d’un grand cerf dans la forêt et leurs chiens s’immobilisèrent tout à coup. Ce face-à-face solennel a inspiré aux artistes bien chefs-d’œuvre. Quelquefois le cerf porte un crucifix entre ses bois et il prend la parole : à Eustache il dit : « Pourquoi me poursuis-tu ? Je suis Jésus-Christ que tu honores ignorament » ; et à Julien : « Tu me poursuis, toi qui tueras ton père et ta mère. »Le cerf, le serpent… racontés par l’ancienne Europe .Envoyé par Rebeyne! dans Histoire et Culture le 9 avril 2010 . fb.me/3jT6URuFC

Duel 1992-2012

 

Entre le Kodak DCS 200 (1992) et le Nikon D600 (2012)

 

Une petite comparaison entre deux générations d'appareils photo numérique.

 

Kodak DCS 200 de 1.5 MP (1524x1012 )

Prix: $9,000 USD

Photos prise avec le nikkor AF 28mm f/2.8

et le nikkor AF 50mm f/1.8 D

(avec un facteur de multiplication de 2.6)

 

Nikon D600 de 24.3 MP ( 6016 x 4016 )

Prix: $2,000 USD

Photos prise avec le nikkor AF-S 85mm f/1.8 G

et le Tokina SD 50-135 F2.8 DX

(avec un facteur de multiplication de 1.0)

 

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A vous de juger / Your turn to judge

 

www.flickr.com/photos/maoby/albums/72157672560084182

 

Vos remarques sont les bienvenues / Your remarks are welcome !

une explication en image sur le fonctionnement hydrologique des biefs .

 

Merci a tous pour vos commentaires !

 

ps :c'est l'eau du haut Lison qui se déverse dans ce Bief

Les blousons noirs sont une sous-culture juvénile apparue en France dans les années 1950 et qui a connu son apogée entre 1958 et 1961. Issue de l'influence américaine, connotée à un code vestimentaire particulier et au rock'n roll, elle a été la matrice originelle du mouvement yéyé et de quasiment toutes les modes adolescentes ultérieures. Des sous-cultures similaires ont fleuri au même moment dans d'autres pays d'Europe.

La culture « blouson noir » s'est cristallisée autour d'importations américaines qui ont été autant de chocs culturels :

Le film L'Équipée sauvage (The Wild One), sorti en 1953 aux États-Unis mais popularisé courant 1955 en Europe, où le personnage interprété par Marlon Brando révèle d'un coup une façon d'être qui fait époque : cuir noir, moto, machisme, volonté de choquer, esprit de gang, violence à la limite de la criminalité.

Un autre film, La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause) arrive en 1956 en France et fait de James Dean une icône définitive. Il introduit l'idée importante que le comportement des (futurs) blousons noirs n'est pas seulement un choix délibéré mais procède d'une fatalité générationnelle et de l'incompréhension des adultes.

L'arrivée au même moment du rock'n roll (Bill Haley et Elvis Presley en premier lieu, puis Gene Vincent, Eddie Cochran etc.) ajoute le son à l'image. Mais c'est une chanteuse française a priori non associée au rock'n roll qui apporte en 1956 une énorme visibilité médiatique au phénomène en formation, Édith Piaf, avec la chanson L'Homme à la moto, indirectement inspirée par L'Équipée sauvage.C'est durant l'été 1959 que l'appellation « blousons noirs » apparaît pour la première fois dans la presse, avec un article de France-Soir du 27 juillet 1959 relatant un affrontement entre bandes survenu au Square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris[1]. Cette désignation s'impose soudain comme synonyme de « jeunes voyous ». Les journaux se mettent alors à surenchérir en évoquant des bandes caractérisées par leur taille importante (il est question de groupes comptant jusqu'à une centaine de jeunes) et par leur violence. Les « blousons noirs » sont décrits comme des asociaux qui se battent à coups de chaînes de vélo (ou de moto), de coups de poing américains voire de couteaux à cran d'arrêt, qui cherchent la bagarre pour défendre leurs territoires urbains, particulièrement autour des portes de Paris, ou en faisant des descentes dans des bals ou des fêtes.Peu après, les journalistes forgèrent le terme « blousons dorés » pour désigner les jeunes fils de la bourgeoisie qui se faisaient remarquer dans les faits divers, par opposition aux « blousons noirs » qui étaient plutôt issus de milieux populaires.

Cette campagne de presse, qui tourne à la psychose collective, aura pour principal effet de mettre en vogue le genre blouson noir. Autour de 1960, dans tout le pays et dans tous les milieux sociaux, les jeunes gens à la mode aiment à s'habiller de cuir (mais le véritable Perfecto est encore rarissime), portent de grosses chemises à carreaux, se coiffent en arrière avec au sommet du front une large boucle asymétrique souvent brillantinée (la célèbre « banane »). À défaut d'une véritable moto, luxe accessible seulement aux plus fortunés, on roule sur des cyclomoteurs qui en ont à peu près l'aspect, de préférence une Flandria ou une Paloma, une mobylette à la rigueur. La petite délinquance est répandue dans ce milieu, sans être généralisée. Mais afin de choquer, les blousons noirs (qui se nomment eux-mêmes « loulous ») affectent de jouer les durs et de parler des argots empruntés au monde des truands.Ce milieu fournit la base sociale qui sera le marché initial du rock français. Il trouve ses héros en Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et spécialement Vince Taylor, avant que la vague yéyé ne relègue au second plan les blousons noirs, à partir de 1963, le tournant a lieu le 22 juin 1963, lors de la « folle nuit de la Nation » : un concert gratuit organisé par Salut les Copains à Paris sur la Place de la Nation attire une immense foule, des incidents graves ont lieu, attribués (à tort ou à raison) à des bandes de blousons noirs. La scène yéyé prend définitivement ses distances avec ces derniers.

Les sociologues qui se penchaient alors sur les origines du problème de la délinquance juvénile évoquaient un conflit de génération ou une révolte contre l'ordre établi, avant d'avancer des facteurs économiques.La thèse la plus courante suggère que les jeunes de tous les pays ayant connu les privations de l'après-guerre se sont lancés à corps perdu dans la recherche de la liberté et le plaisir, voulant jouir immédiatement des biens que la société de consommations leur proposait: musique, moto ou mode. Mais pas assez riche pour pouvoir se les procurer et s'apercevant que la société n'était pas disposée à modifier ses habitudes, ni à ne leur faire aucune concession, ils se révoltèrent et leur enthousiasme se transforma en violence.

D'autres enquêtes au début des années soixante contestent cette thèse en soulignant l'importance de l'urbanisation dans le malaise des jeunes en mettant l'accent sur la concentration de grands ensembles immobiliers dans les villes véritables fabrique de blousons noirs.

"Les cités industrielles sont surtout pathogènes parce qu'elles favorisent les rassemblements de jeunes gens sur un territoire restreint " (109)

Effectivement, les bandes urbaines profilent surtout dans les quartiers abritant des grands immeubles collectifs type HLM ou des groupes d'habitations à bon marché souvent insalubre. Si les blocs HLM marquent un progrès certain par rapport au taudis, l'essentiel y manque trop souvent. La plus part du temps, il n'y a ni jardins, ni espace, ni équipement sportif sans parler de l'absence totale de distraction. Les enfants et les adolescents ont le sentiment d'être en cage et la rue les attire comme un refuge mauvais.

"On ne sait pas quoi faire, racontent des adolescents. Alors on se retrouve et on s'ennuie ensemble "

Parmi les autres facteurs on évoque souvent la carence d'autorité, mais c'est surtout dans la carence du milieu familial qu'il faut rechercher l'origine du drame des blousons noirs ; famille désagrégée, séparations ou divorces, alcoolisme du père.

Pour Henri Joubrel ; la dissociation familiale est la cause essentielle de la conduite asociale d'un nombre grandissant de jeune. Les statistiques montrent que 80 % des jeunes inadaptés sociaux dont on connaît suffisamment l'histoire pour en établir un dossier approfondi sortent d'un foyer dissocié. (111)

Au foyer, ils se sentent mal aimés, les gosses souhaitent la chaleur, ils trouvent le chaos

" Un soir en rentrant chez ma mère elle m'a virée, elle avait un jules " raconte Momo de la bande des Batignolles, après avoir traîné quelques jours dans les rues, le tribunal lui trouvera une famille d'accueil. (112)

" A quatorze ans, je suis parti travailler. Plâtrier. Pourquoi ? Parce que mon père boit et ma mère aussi ". écrit Jean dans Rallye Jeunesse (113)

Ce qui fait dire à un éducateur lyonnais :

" Ce qui déboussole souvent les jeunes, c'est l'impossibilité de prendre leur père pour modèle"

(114)

Si la société cherche les causes du mal dont souffre la jeunesse un autre facteur souvent négligé réside certainement dans le fait qu'ils sont victime de l'incompréhension des adultes. L'emblématique film " La Fureur de Vivre " évoquait déjà ces relations difficiles entre parents et enfant. A la question "mentez--vous à vos parents" posé par un journaliste qui enquête pour un hebdomadaire sur les problèmes de la jeunesse, des jeunes répondent :

" On ne ment pas, on ne parle pas ".

Puis lorsqu'il leur demande : " Que leur reprochez-vous ? ",

ils répondent: " Ils font vraiment une trop sale gueule à table ! " 58 (47)

Dans la même logique , une jeune fille, Raymonde écrit à Rallye Jeunesse

" Ce dont on souffre, c'est de l'ambiance familiale, du manque de vérité, de l'injustice de ce que nous appelons la "vague des croulants" " (116)Dans le conflit adultes jeunes, on assiste même à des faits incroyables comme histoire révélé par l'Humanité ou des jeunes émules des blousons noirs qui pétaradaient la nuit en scooter troublant le sommeil des citoyens de deux patelins ont été tondues par quelques habitants.

" La tête base, le crâne soigneusement tondu, suivant leur chef de fil qui de surcroît avait été dépouillé de son pantalon, plusieurs jeunes gens ont et promené dans les rues de Charly et de Vernaison près de Lyon sous l'œil marqué de la population… " (117)

109 « Les blousons noirs : une société primitive ? » - H.Michel (Directeur du centre de Vaucresson) – J.Selosse (Chargé de recherche au CNRS), In Sciences Avenir N°211, septembre 1964.

110 – « Les blousons noirs : une société primitive ? »

111 – « Mauvais garçons de bonnes familles » Henri Joubrel, Aubier, Editions Montaigne,1959

112 – « Square des Batignoles », Cinq colonnes à la une, 04/11/1960

113 - « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960.

114 – « Les garçons sauvage, le blouson noir, une provocateur mais aussi un mal aimé » Le Progrès de Lyon,09/12/1962

115 - "Mauvais garçons de bonnes familles" Henri Joubrel

116 – « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960

117 – « Tondeuse pour porteur de blousons », L’humanité, 21 juillet 1961 Si la bande est sociale dans sa structure, elle est par contre anti -sociale par son activité et par sa fonction. Si à l'origine elle ne semble pas se constituer dans un but délinquant, la bande est perçue sous cette forme par la police et la société. En réalité beaucoup de jeunes blousons noirs adoptaient uniquement un mode de comportement sans verser dans la délinquance mais s'exposaient de part ce fait à la réprobation sociale et à la répression. La plupart du temps les actes délictueux ne sont pas prémédités et sont commis dans l'inconscience la plus complète. On cherche surtout à réaliser un coup pour se valoriser sans vraiment se rendre compte de la gravité du délit.

" Ils ne se préoccupent pas exagérément des ennuis qu'ils ont eux avec la justice et ne s'inquiètent pas à l'idée d'avoir un casier judiciaire "(93)

Les Coeurs verts Edouard Luntz (cahiers du cinéma)

Les deux tiers des délits reprochés aux adolescents délinquants sont commis contre la propriété, dont les formes essentielles sont : le vol, les délits visant les deux roues et les actes de vandalisme.

Exemple type de l'activité d'une bande ; celle d'Arpajon dont la police a arrêté le mois de décembre 1959 une vingtaine de membres. Ces garçons âgés de 14 à 18 ans qui suivaient la plupart des cours professionnels dans la région parisienne, se réunissaient chaque jour sur le pont de l'Orge pour y préparer leurs "coups".

" Ils essayaient des blousons en plastique noir et se sauvaient sans les payer. Ils chipaient des disques, pour les écouter ou les revendre. Ils volaient des scooters et des voitures qu'ils abandonnaient hors d'usage. Ils faisaient main basse sur le contenu des autos en stationnement. Ils crevaient les pneus, allumaient des incendies ". (94)

Des adolescents par manque d'argent de poche pratiquent le vol à la tire et certain n'hésitent pas à faire les sacs des veilles dame. Le vol à l'étalage sert des fois pour l'alimentation des surboums. Le vol a parfois l'aspect d'un jeu, d'un défi lancé aux règles sociales.

Les objets volés sont souvent considérés comme des trophées et planqués dans des repaires. C'était le cas pour une bande de Nancy dont les exploits consistaient à voler les objets les plus hétéroclites au cours de cambriolage pour les tenir stockés dans une cave. Le chef de la bande âgé de 16 ans n'a pas hésité à tirer avec une carabine sur les inspecteurs de police venue les arrêter. Ce qui vaudra les assises à trois mineurs. Dans la même région à Charleville, un groupe de six mineurs de 14 et 15 ans connus sous le nom de " La bande des blousons verts " dirigé par un garçon de 20 ans commet 24 vols et cambriolages, le plus souvent la nuit, par effraction. (95)

Dans la région bordelaise chaque membre du gang des As avait son casier dans le garage abandonné qui leur servait de Q.G. on y trouvait les objets les plus hétéroclites, sous-vêtements féminins, couteaux, fer à repasser, boîtes de conserve, appareils photos, jouets, chapelets, rasoirs, statue religieuse etc. Leurs plus beaux trophées; une plaque minéralogique de car de Police Secours qu'ils conservaient jalousement dans leur repaire (96)

Certaines bandes étaient spécialisées dans le casse, lors d'un interrogatoire un jeune raconte avec cynisme ses exploits :

" En pleine nuit, quand nos parents dormaient, on se sauvait et on se retrouvait là... Là, on buvait pour se donner du courage, on s'habillait, on emportait la matraque, et on y allait. On s'habillait tous pareil, avec un masque, pour ne pas être reconnus. Ca commençait par les vitrines des petites veilles. On fait le coup en quelques secondes, à grands coups de matraques. On se donne même pas la peine de voler, ça ne nous intéresse pas... juste une bricole en guise de souvenir. Après le casse on se sauvait en vitesse par des ruelles d'où on n'avait rien pu entendre. On revenait fêter ça et on allait se coucher " (97)

  

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99) Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99)

Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

 

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

« LA SOCIETE NOUS AIME PAS, NOUS LES JEUNES ! »

Serge de la bande du Square des Batignolles (Cinq colonnes à la une 1960)

« Ces adolescents effondrés contre les murs, à la manière des cow-boys des westerns le long des cloisons des saloons, sont capables brusquement de lever le cran d'arrêt de leur énergie. Une poussée irrésistible les portes à imiter le Marlo Brando de l'Equipée Sauvage ou le James Dean de la Fureur de vivre"

Henri Joubrel, Jeunesse en danger, Fayard,1960

 

Les blousons noirs sont un phénomène essentiellement urbain. A Paris chaque porte, chaque quartier prolo possède sa bande. Un article de presse daté de l'été 1959 fait état de six bandes principales à Paris et de 70 autres cliques de moindre importance. (76) Selon la préfecture de police 10000 jeunes fréquentent des bandes dans la capitale. (77)

A l'époque la bande la plus importante de la capitale était celle du Talus capable de regrouper 250 à 300 jeunes le samedi soir. Ceux de la porte de St -Ouen se distinguent par la parfaite maîtrise des diverses langues des voyous. La bande du square des Batignolles et leur chef Pilule sont le sujet d'un reportage de l'émission télé Cinq colonnes à la une en 1960. Tout aussi médiatisée, la bande de la Bastille, forte d'une centaine de membres qui parlait un argot forcé. Une enquête est publiée sur eux l'été 1961 par Christian Magret dans le magazine des têtes couronnées Point de Vue. Le chanteur Moustique membre de ce groupe déclare quelques années plus tard dans un entretien:

" A la fin des années 50, on attaquait un car de flics, on cassait les vitres et on piquait le car pour une virée " (7

La bande du Sactos (Sacré Cœur) tournait aussi autour de la centaine et était protégée par leur curé. Elle était très crainte par les autres bandes. Johnny Hallyday qui faisait partie de la bande du square de la Trinité raconte :

«On jouait les durs. On se battait, mais nous fermions notre gueule lorsque la bande du Sacré-Cœur descendait" (79)

La plupart des bandes se singularisaient en arborant le même signe distinctif, qui allait de la manière de se coiffer, aux différents accessoires ; médailles, voir une tête de mort ou un minuscule couteau retenu au cou par une chaîne, bagues, bracelets ou ceinturons incrustés de pièces de monnaie. Cette singularité se retrouve sur leurs engins à deux roues; mobylettes ou scooters : fanions à tête de mort, hélices en plastique de la même couleur gagnées à la fête foraine. La même décalcomanie collée sur le réservoir ou le garde boue ; photos de Tarzan ou de James Dean, vamp, tête d'indien, trèfle à 4 feuilles. L'accessoire peut donner son nom à la bande, ainsi la bande du Damier d'un port breton arborait un damier sur leurs véhicules.

En 1960, 53 % des jeunes qui fréquentaient les bandes sortaient de familles ouvrières, les fils d'employée représentaient 12%.

A noter que 18 % des effectifs des bandes seraient originaires des milieux sociaux supérieurs.

" La majorité de ces jeunes étaient issue des classes sociales défavorisées bien que la bourgeoisie eut ses blousons dorés. Les bandes constituent une configuration culturelle originale, articulée sur une culture de classe. La culture ouvrière en est le soubassement " (80)

Les adolescents de 15 à 17 ans en constituent le noyau le plus important (53, les plus jeunes de 13 à 14 ans représentent 14,8% des membres et ceux de 18 à 20 ans 18,1 % (81) Les blousons noirs des années 1959-1961 appartiennent à la génération des enfants de la guerre, ceux nées pendant la seconde guerre mondiale entre 1939 et 1945 et dans l'immédiate après guerre.

 

Les bandes tournent généralement autour de trois noyaux. Le noyau central composé de ceux qui étaient le plus en vue, quatre à cinq personnes souvent confrontées à la délinquance. Puis vient la bande proprement dite formée en moyenne d'une quinzaine à une vingtaine de membres qui cherchaient surtout à se faire remarquer. Le troisième noyau qui pouvait être plus important jusqu'à une centaine de jeunes était composé des sympathisants et des postulants qui formaient le halo de la bande présent lors des grandes occasions comme une bagarre entre bandes rivales. La bande forme un milieu homogène, l'embryon en est la "cour " où les enfants d'un même immeuble vivent et grandissent ensemble. Vers l'âge de 12 ans les enfants de plusieurs cours se groupent dans des lieux de rencontre plus vaste : places ou squares où ils se forment en bande. Dans la bande, les adolescents se retrouvent et ne s'expriment qu'en symbiose avec les autres.

Le dynamisme du groupe est contenu dans ses motivations qui portent le jeune à avoir en face de lui des interlocuteurs qui le comprennent, qui ont les même besoins et les mêmes soucis que lui et ne par conséquent être des adultes qu'ils haïssent.

" Les vieux ont s 'en fout, ils peuvent tous crever” répond spontanément un jeune blouson noir au juge d'instruction qui lui parlait de ses parents (82).

Pour son reportage dans l'Express, Jean Cau demande à Jojo de la bande de la Porte de Vanves. " Pourquoi "les vieux" à ton avis ne vous comprennent pas ? " réponse de Jojo : " Parce que qu'on voit la vie autrement ! " " Qu'est ce que tu veux dire ? " lui demande alors l'écrivain. Le blond répond à sa place : " Ils voudraient qu'on porte des gilets, qu'on ait des pantalons comme ça, qu'on soit comme eux ! " (83)

Ensemble, ils reconnaissent être différents des autres, mais cette différence, paradoxalement se manifeste par le maximum de conformité avec ceux du groupe. C'est pour cela que le vêtement, la coupe de cheveux, le langage ont une telle importance, ils manifestent une singularité collective. Mais si la panoplie marque la rupture avec le monde adulte, elle ne devait pas être usurpée. Il faut être reconnu par ses pairs, il y a des modèles, l'orgueil, l'honneur et l'exploit ont une grande place dans la vie des bandes. L'intégration dans une bande n'est pas une chose facile. La bande est une société tellement fermée qu'y pénétrer est incontestablement une victoire. Elle passe par deux étapes, celle de la reconnaissance puis celle de l'acceptation. Pour être accepté, il y a des rites d'admissions. Le postulant doit faire ses preuves en réalisant divers exploits qui pouvaient aller du combat au cran d'arrêt à la course de mobylettes dans les sens uniques ou sur les " fortifs " (Certains tronçons des fortifications de 1870 subsistaient encore dans la capitale à la fin des années 50 (84). Parmi les autres exploits couramment pratiqués ; se battre avec le chef ou piquer une nana dans une bande ennemie. Ces pratiques sont souvent associées avec le rituel du " frère de sang " Le chef du gang entaille avec son couteau l'avant bras du postulant, puis fait la même estafilade en forme de croix sur celui du dernier rentré dans le groupe. Il maintient leur deux bras ensemble, unis par le mélange de leur sang, les deux "frères" jurent que jamais ils ne trahiront leurs camarades. Une autre caractéristique de la bande est le vif sentiment de propriété vis à vis de son territoire. Elle a ses lieux de réunion, ses cafés et ses cinémas et n'en change pas et ne tolère pas qu'une autre bande vienne empiéter sa zone, sinon c'est la guerre. Le square, mini espace de verdure apparaît l'endroit idéal pour leurs rassemblements. Là, les garçons discutent ensemble, se racontent des histoires de filles ou de taules souvent exagérées. Ils s'échangent des idées, blaguent, s'amusent, se chamaillent entre eux tout en écoutant de la musique sur un transistor. Dans ce lieu, où ils traînent souvent tard le soir les adolescents éprouvent un sentiment de liberté.La fête foraine est un autre coin qui les attire, et ils aiment se regrouper autour des auto-tamponneuses. Il y règne une certaine ambiance, adossés à la balustrade, ils prennent plaisir à regarder tourner les voitures en écoutant les derniers disques à la mode ou draguer les filles. L'hiver on se met au chaud dans les salles de jeux avec une prédilection pour le flipper. Au Café, ils ne consomment pratiquement pas d'alcool, préférant le diabolo ou le café crème. Paris, connaît l'hiver 1959 la grande vogue du patin à glace. Les patinoires de Saint Didier ou de la " fédé " de Boulogne sont prises d'assaut par des hordes de gamins.

" La fédérale c'est la roue tournante de tous les blousons noirs, on retrouve les copains de tous les quartiers. Il y a des filles, ce n’est pas cher et on s'amuse bien " raconte Pilule chef de la bande des Batignolles (85). Quant au bal, ils y vont très rarement la plupart de ces garçons ne savent pas danser, mais sur place ils aiment bien provoquer des bagarres.

" Le soir d'une fête patronale une quarantaine de jeunes venus de Rouen à scooter, à cyclomoteur ou en taxi, avaient plusieurs fois tenté de pénétrer dans la salle de bal en refusant de payer. L'expulsion par les gendarmes de deux ivrognes leur fournit le prétexte recherché pour passer aux actes de violence. Toute la bande se rua alors sur les représentants de l'ordre et l'un des gendarmes fut roué de coups. Son collègue tira quelques coups en l'air. Ce geste décontenança un temps les agresseurs mais les gendarmes partis, les jeunes gens pénétrèrent en force dans la salle où il brutalisèrent plusieurs danseurs et plusieurs femmes "(86)

Les bandes importantes comportent parfois un tiers de filles. On y trouve souvent des filles garçons qui rêvent d'être des garçons et se conduisent comme tels. Elles revendiquent leur égalité dans les comportements antisociaux et le manifestent notamment par des attitudes de bravades vis à vis de la police lorsque celle-ci intervient. Le journal le Progrès de Lyon raconte le comportement de deux filles membres d'une bande du quartier de Perrache après leur arrestation :

"On reste confondu lorsque l'on sait que ce sont les deux filles qui tinrent tête avec le plus d'aplomb au commissaire et firent preuve d'une inconcevable impolitesse. L'une se contenta de dire : "Je me fous de la police, je me fous de la famille" L'autre, encore plus effronté, n'alla-t-elle pas jusqu'à déclarer : " Parlez moins fort. Vous me faites mal aux oreilles…" (87)Mais la majorité des adolescentes qui fréquentent les bandes peuvent être classées dans la catégorie des "filles-objets" guère respectée qui servent à l'initiation sexuelle des garçons. Elles vont d'un garçon à l'autre, et prennent une sorte de valeur marchande en se faisant échanger pour trois fois rien! Il y aussi les filles attitrées que possèdent les principaux membres de la bande, qui souvent par prudence sont rarement vues par les autres gars. Les filles participent rarement aux délits, mais en sont les complices indirectes en bénéficiant souvent en forme de cadeaux des produits dérobés. Elles aiment se faire conduire dans des véhicules volés, ce qui donne un certain prestige à l'auteur de l'acte délictueux. La délinquance est souvent un moyen de se poser en homme devant la femme pour obtenir ses faveurs. Si quelques séries B américaines de la fin des années cinquante ont fait des gangs de filles l'un de leurs thèmes favoris. L'existence de quelques bandes féminines en France a été confirmée par certains enquêteurs. Lorsque le journal La Montagne évoque une agression commise par une bande de jeunes filles à Caen, on emploie symboliquement le terme de "jupons noirs" : "Les jupons noirs de Caen rouent de coup un Nord-Africain" (8 On note surtout une délinquance féminine opérée en petit groupe dans les grands magasins. Une fille achète un produit pour occuper la vendeuse, une autre fait le guet, tandis que la troisième vole des vêtements ou des aliments. Comme dans l'histoire du film de Marcel Carné " Terrain Vague " on signale des gangs de garçons dirigés par une fille. Exemple, le gang des As une bande délinquante de la région bordelaise qui avait à sa tête Berthe une gamine de 16 ans. (89)

Terrain Vague

Le rapport au travail du blouson noir est complexe. Le gars qui à l'habitude de vivre en bande n'a pas envie de la quitter pour aller bosser, tandis que celui qui travaille de voir ses copains traîner toute la journée lui donne des mauvaises idées et il s'arrête de travailler. Le marché de l'emploi de l'époque le permettant, on travaille selon l'envie ou la nécessité.

" Si le gars travaille, un moment, pendant une semaine ou un ou deux mois, c'est qu'il a besoin d'argent pour s'habiller, pour manger, pour s'acheter une mobylette. Ou bien c'est qu'il s'est produit un renversement moral: son instinct est devenu faible et sa volonté lui a permis de travailler pendant ce temps là " (90)

" Je travaille quand j'ai besoin de fric. S'il me faut une paire de " groles ", je fais la plonge. Si c'est une nécessité plus grave, je me fais embaucher un mois ou deux dans mon métier" . Raconte Guy 18 ans (91)

Les contrats d'apprentissages sont la plupart du temps des contrats pour la forme. Les patrons en profitent pour mal payer les jeunes, mais ils les font travailler comme des ouvriers adultes. En plus, les jeunes apprentis supportent mal les ordres des chefs d'équipes, de ce fait, ils changent régulièrement de métier. Le plus souvent les jeunes des bandes qui travaillent exercent des métiers sans grande qualification comme: télégraphiste, plombier, graisseur. Des métiers où la main d'œuvre est variable qui leur permet de changer de patron, de lieu de travail à leur guise. Lorsqu'on demande à Moustique le benjamin de la bande de la Bastille qui ambitionne de trouver un boulot " pépère " quel genre de travail il aimerait faire, il répond: " Ben : aide routier, livreur en triporteur ou alors être le fils de taulier, avoir une carte de figurant de cinéma ".(92)

 

76 – Philippe Macaigne "Quelques réflexions sur la présentation de la presse écrite des "blousons noirs", in Annales de Vaucresson, N° 2,1964

77 - C.Freinet, « La formation de l’enfance et de la jeunesse », Edition l’école moderne, 1960

78 - Interview Moustique par Christian Victor in Juxe-Box Magazine N° 86, novembre 1994

79 - Interview Johnny Hallyday par Jacques Barsamian in Juke Box Magazine N° 42, novembre 1990

80 - Jean Charles Lagrée in "Les jeunes chantent leurs cultures", page 19,L’Harmattan , 1982

81 - Rapport annuel de l’Education surveillé pour 1960 in "Les bandes d’adolescents","Les classes d'age" page 3 Philippe Robert, Pierre Lascoumes Les éditions ouvrières,Paris 1974

82 - "Les vieux ? qu'ils crèvent ! « Le mal de la jeunesse » ,in Faim & Soif N°33, 7/02/1960

83 - Jean Cau, Les gosses révoltés, l'Express 30 juillet 1959

84 - Long Chris "Johnny", page 17,J'ai Lu N°2380,

85 - "Square des Batignoles" Reportage de Pierre Dumayet, Cinq colonnes à la une,4/11/1960

86 - « Quand la jeunesse faisait peur », Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS

87 - "Des blousons noirs sont surpris dans leur repaire par les policier" in Le Progrès de Lyon, 22 mai 1962

88 - La Montagne, 18 juin 1960, Claire Bacher 3Le phénomème bmousons noirs vu par la presse Maitrise faculté de Clermont Ferrant 2000

89 -Philippe Parrot, Monique Gueneau "Le gang des As" in "Les gangs d’adolescents",PUF,1959

90 - in "Cri d'appel d'un blouson noir", page 47, Fayard, 1962

91 - In “tribune libre des jeunes” Cinémonde 16/10/62

92 - in "Les Blousons

 

Blousons noirs. Soixante ans après, l’expression a gardé toute sa force évocatrice, porteuse d’une mythologie cuir mêlant violence et rock’n’roll naissant sur fond de désœuvrement et de misère sociale (ça ne vous rappelle rien ?). Le festival Filmer la musique, que Poptronics suit quotidiennement, y consacre une journée entière avec deux films, une séance de documents d’actualité d’époque et un concert de Magnetix en clôture au Point Ephémère.

1955, « Graine de violence » (« Blackboard Jungle ») sort au cinéma. C’est l’émeute : la jeunesse française découvre en même temps les déhanchements de Presley et le « Rock Around The Clock » de Bill Haley. Les choses ne seront plus tout à fait pareilles : le rock’n’roll vient d’entrer dans la culture populaire hexagonale. Et avec lui, ceux qu’on appelle encore les « tricheurs », d’après le titre du film de Marcel Carné qui sort en 1958, ces jeunes banlieusards des cités qui sortent de terre. Il y a déjà eu quelques gros incidents : à l’été 1955, un concert de Louis Armstrong déclenche une bataille de trois jours dans les rues de Paris, en octobre 1958, le concert de Bill Haley à l’Olympia donne lieu à des débordements : des fauteuils sont détruits par centaines.

  

Mais c’est à l’été 1959 que la France découvre, tétanisée, les blousons noirs. Le 24 juillet, vingt-cinq jeunes de la Porte de Vanves déboulent dans le XVe arrondissement pour affronter la bande du square Saint-Lambert, vêtus de blousons de cuirs, de jeans, et armés de chaînes de vélo. Le lendemain, on se bagarre à Bandol pour une histoire de filles. Quelques jours plus tard, un policier est blessé à Cannes lors d’affrontements avec une bande de Courbevoie. L’affaire fait la Une (« Un agent de police a été sauvagement poignardé par une horde de tricheurs, de blousons noirs »). Les incidents se multiplient tellement (à la sortie de « Jailhouse Rock » en 1960, le cinéma Le Mac Mahon est littéralement pris d’assaut) que le sinistre Maurice Papon, préfet de police de Paris depuis 1958, songe très sérieusement à interdire le rock’n’roll pour préserver la « tranquillité publique ». Cette peur diffuse de la jeunesse, on la retrouve dans les reportages de l’ORTF,

 

Revenir en haut Aller en basDans quel contexte apparaissent les blousons noirs ?

C’est de la délinquance sur fond de rock’n’roll, de guerre d’Algérie et surtout de naissance des cités. A l’époque, face aux barres de Nanterre, La Défense est un immense terrain vague sur lequel seul le Cnit est construit. A peine sortie de terre, cette urbanisation est déjà porteuse de problèmes et provoque désœuvrement, ennui, marginalisation. Il ne fallait pas être visionnaire pour voir que ça allait être le bordel : l’environnement, c’est déjà celui de « Ma 6-t va crack-er ». Cette jeunesse ouvrière qui traîne en bas de ces grandes barres HLM nickel s’emmerde et se radicalise. Les blousons noirs terrorisent les gens, ils niquent toutes les nanas, qui toutes veulent être niquées par eux ! Ils n’ont pas de conscience politique, pas vraiment de conscience sociale non plus, ils sont dans l’énergie brute : ils foutent le bordel et c’est tout.

Quand le mouvement devient-il massif ?

Quand Hallyday débarque, en 1961. C’est un choc. Jusqu’alors, le business de la musique est aux mains de vieux qui se projettent sur les envies des jeunes et suivent les modes. On a affaire à des orchestres de bal qui jouent du twist, quelques mois plus tard ils font du cha-cha ou du calypso. Hallyday, lui, fait de la musique pour les jeunes sans une once de cynisme. Et ça, les kids, ça leur fait péter les plombs. Quand Johnny ou Vince Taylor jouent à l’Olympia au début des années 60, ils cassent tout, ça fait la Une des journaux, avec des slogans choc, ça fait flipper tout le monde car cette expression de la violence des jeunes en groupe est assez nouvelle. Les blousons noirs succèdent en quelque sorte aux apaches du début du siècle, qui eux étaient vraiment dans le banditisme. Là, ce sont des branleurs. C’est assez inédit.

C’est une esthétique aussi...

Oui, les blousons en cuir, les jeans, on est complètement dans le fantasme du motard, de « L’Equipée sauvage ». Brando, avant James Dean, devient une véritable icône de cette jeunesse. Il y a un côté désuet à les revoir aujourd’hui, un mélange de pathétique et de sublime. Le phénomène est assez européen, très présent en Suisse, en Allemagne, mais en France, c’est quelque chose de dur, le cuir, les chaînes, il y a une volonté d’effrayer le bourgeois, de faire peur, un vrai désir de choquer et de provoquer. Aux Etats-Unis, on ne trouve pas tous ces atours, tout cet apparat.

Les blousons noirs disparaissent peu à peu au cours des années 60. C’est la fin du rock’n’roll dans les cités ?

Difficile de dater la fin du mouvement, beaucoup rentrent dans le rang assez vite (selon quelques rares études, plus de la moitié des blousons noirs ont entre 14 et 17 ans, huit sur dix ont moins de vingt ans, ndlr), une petite frange tombe dans la vraie marginalité. Mais le rock ne disparaît pas pour autant du paysage banlieusard. Le rock’n’roll n’a quitté les cités qu’avec l’arrivée du rap. Jusqu’au début des année 80, tout le monde y écoute du rockabilly et du rock’n’roll, qu’on soit blanc, black ou arabe. Gene Vincent est une star des cités. D’ailleurs, ceux qui ont fondé les premiers labels de rap étaient tous d’anciens fans de rockabilly. La naissance des blousons noirs La bande de « Titine » au pied des HLM du Pré-Saint-Gervais. 'agression du jeune Yuriy, en janvier dans le X Ve arrondissement de Paris, a mis en lumière les affrontements entre bandes. Mais à la fin des années 1950 déjà les héritiers des Apaches de la Belle Epoque n’avaient peur de rien ni de personne. Ils aimaient la castagne, les Mobylette et le rock’n’roll. Immersion chez ces petits voyous du Pré-Saint-Gervais, avec le photographe André Lefebvre. La vague est partie des Etats-Unis. Leurs références sont James Dean et sa « Fureur de vivre », Brando dans « L’équipée sauvage ». Partout, ce sont les mêmes jeunes en proie au même mal du siècle. En Angleterre , on les appelle les « Teddy boys », en Allemagne les « Halbstarken », en Suède, les « shunna folke », en France ce sont « les blousons noirs ». L’expression est lancée par le journal « France-Soir », à l’été 1959, après un affrontement entre bandes, square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris. Avec leurs manteaux de cuir, leurs cheveux mi-longs gominés, leurs chaînes de vélo et leurs poings américains, ils se rassemblent au pied des tours ou des pavillons aux façades décrépies, dans les quartiers populaires des villes ou de leur périphérie. La plupart du temps, les blousons noirs appartiennent à la classe ouvrière, vivent de petits boulots et grandissent dans des familles éclatées. Ils sont les laissés-pour-compte des Trente Glorieuses marquées par l’essor économique et l’émergence de la classe moyenne. Dans le groupe du Pré-Saint-Gervais qu’ont suivi Jean Maquet et André Lefebvre, les journaliste et photographe de Match, la moyenne d’âge est de 16 ans. « Ces jeunes gens sont tout au plus égarés, ils ne sont pas vicieux. Ils vivent en bandes, certes, mais ce mot de bande est trompeur. On pense aux bandes de gangsters, écrit Jean Maquet [...]. Les membres des bandes de blousons noirs, dans l’immense majorité des cas, ne sont que des copains. Il faut insister sur ce point. Il serait on ne peut plus néfaste, et pour tout le monde, que le public se fasse du blouson noir une idée trop noire [...]. Le problème des blousons noirs est grave : il n’est pas encore tragique. » Des copains qui inventent leur propre culture, de nouveaux codes.

Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes @ Sur leurs postes de radio, ils écoutent le rock’n’roll d’Elvis Presley ou de Vince Taylor. Très loin des yéyés. « Ils ont besoin de se sentir virils », écrivait le journaliste de Match. « Cela donne la baston, c’est-à-dire le règlement de comptes à mains nues entre hommes, et, de temps en temps, la “frite”, c’est-à-dire la bagarre générale [...]. Bref, la violence. » Une violence gratuite, pour passer le temps, par exubérance juvénile, par désir de se montrer brave. On se bat pour s’imposer, prendre le pouvoir dans le quartier ou juste pour la gloire, on se tape des virées dans des voitures volées… Ils commettent des larcins, pillent ou cassent plus par défi que par besoin ou conviction. Et, s’ils brandissent leur haine des « flics » et de l’ordre bourgeois, ils ne défendent aucune cause. Leur conscience politique ne ressemble en rien à celle des étudiants de Mai 1968 qui crieront leur révolte quelques années plus tard. Malgré leur rejet de l’autorité, les bandes sont hiérarchisées autour du chef et de ses lieutenants, qui ont tous un surnom. Pour en être, il faut respecter certains rituels, être initié, savoir se montrer téméraire, commettre un vol ou se mesurer à un rival. La presse, qui s’est emparée du phénomène, en fait un mythe. Un congrès sur la délinquance juvénile est même organisé en Italie. Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes. Parmi eux, 45 000 ont moins de 18 ans. Comme les loubards ou les jeunes des cités après eux, ils veulent s’affirmer, interroger la société, la provoquer, mettre à l’épreuve sa capacité à les intégrer. En marge, cette jeunesse défavorisée est gangrenée par le désœuvrement. « Sur ce point, ils sont unanimes. Ils s’ennuient, écrivait Jean Maquet. Ils sont incapables de rester seuls. La bande, cette bande fluctuante, c’est ce qui les délivre de leur solitude, leur donne l’illusion d’une fraternité et sans doute, pour beaucoup d’entre eux, d’une famille. Ils ne lui en demandent pas plus. » 69 VENISSIEUX Les MJC 1959-1981 De l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes Broché – 3 avril 2008 Les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) font partie de ces institutions méconnues bien que souvent évoquées. Parfois confondues avec les Maisons de la culture d'André Malraux, parfois assimilées à de simples maisons de jeunes, elles sont victimes de l'ampleur de leur objectif : lier jeunesse et culture dans une perspective d'éducation populaire. Ce livre retrace leur histoire à leur apogée, entre 1959, lorsque la médiatisation du phénomène blousons noirs favorise une mobilisation en leur faveur, et 1981, quand l'apparition du " mal des banlieues " signalait un changement d'époque : l'insertion sociale des jeunes devenait une priorité tandis que le lien entre jeunesse, loisirs et action culturelle achevait de se dissoudre dans la crise du socio-culturel. Entre ces deux dates, le millier de MJC que comptait alors le territoire a connu une histoire aussi riche que mouvementée. La diversité des activités abritées dans leurs murs n'a d'ailleurs pu que contribuer à rendre les MJC difficilement saisissables : tour à tour foyers de jeunes et maisons pour tous, proposant expérimentations théâtrales et ateliers de bricolage, espaces de débats et sociabilité, elles furent aussi des pépinières pour la formation de militants culturels et politiques locaux. Lieux singuliers qui ont pu être présentés, parfois simultanément, comme des repaires de gauchistes, des centres de propagande communiste et des terreaux de la deuxième gauche, les MJC permettent de saisir la complexité de la vie associative, dans sa richesse mais aussi sa difficulté. Voilà un très beau livre de synthèse sur un sujet qui ne peut manquer d’intéresser les lecteurs de cette revue. Même si les MJC (Maisons des jeunes et de la culture) n’avaient pas pour finalité de contribuer à la lutte contre la délinquance, elles ont été parfois perçues par les municipalités comme un des outils efficaces de prévention, en particulier à l’époque des blousons noirs. Le sous-titre adopté par l’ouvrage rappelle d’ailleurs cet impact possible ou souhaité sur la prévention. Mais Laurent Besse a bien d’autres ambitions ici, et il analyse les MJC à l’aune de l’éducation populaire, et de ses grandes ambitions au lendemain de la Libération. Il les suit donc depuis la République des jeunes, dont l’idée est née au sein du gouvernement de la France libre à Alger (d’après leur fondateur André Philip), jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir. En fait, il commence surtout avec leur très forte expansion sous le régime gaulliste avec la nomination de Maurice Herzog, fin 1958, comme haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports. La préface d’Antoine Prost souligne d’ailleurs le paradoxe des MJC : ce sont des institutions de gauche surtout présentes dans les villes de droite et du centre, et Laurent Besse montre que les MJC bénéficient avec Herzog d’un appui essentiel. En 1965, lors de l’anniversaire de leurs vingt ans, la fédération des MJC compte trois fois plus de maisons qu’en 1959. Deux autres paradoxes, soulignés par Antoine Prost, caractérisent les MJC. Elles sont laïques, mais mal vues de la Ligue de l’enseignement. Elles sont destinées aux jeunes, mais accueillent bien d’autres classes d’âge.

2Issu d’une thèse soutenue à Paris-I en 2004, ce livre repose sur une abondante documentation, permettant d’analyser les réactions du tissu local comme les enjeux nationaux, la sociologie des directeurs autant que la philosophie des fondateurs, les pratiques de loisirs autant que les ambitions culturelles. Si les archives de la fédération FFMJC (Fédération française des maisons de jeunes et de la culture), et de la fédération concurrente UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC) à partir de 1969, ont été essentielles, elles ont été heureusement complétées par celles des douze principales fédérations régionales, et celles des MJC de quelques grandes villes (Châtellerault, Grenoble, Orléans) ainsi que de fonds privés de militants. L’ouvrage est donc parfaitement étayé, foisonnant de précisions qui en rendent la lecture vivante, et qui n’effacent jamais le souci d’une réflexion synthétique.

3Le livre est bâti sur une chronologie fine, qui distingue trois périodes au cours de ces deux décennies, qui ont vu la multiplication des MJC et leur ouverture à un public élargi. Les 14-21 ans y sont majoritaires dans la décennie 1960 (cf. la première partie « Des maisons pour les jeunes - 1959-1965 »), recrutés parmi les « inorganisés », qui n’appartiennent à aucun mouvement, et dont on souhaite qu’ils viennent aussi bien du monde des ouvriers (les travailleurs manuels), que des étudiants (les lycéens). Le projet des initiateurs des MJC (et l’auteur insiste sur le portrait d’André Philip et de sa philosophie de laïcité ouverte) est d’ouvrir une maison de loisirs culturels et éducatifs pour cette classe d’âge, tous milieux sociaux confondus. Le pari est tenu, en particulier autour des activités de ping-pong et de judo.

4La deuxième partie (« Maisons contestées ? Maisons de la contestation ? 1966-1969 ») insiste sur le choc qu’a été pour la fédération des MJC le départ de Maurice Herzog et son remplacement par François Misoffe, devenu ministre de la Jeunesse et des Sports, hostile aux animateurs et décidé à étouffer ces maisons de la contestation et à les remplacer par « mille clubs » beaucoup plus légers. La fédération est déstabilisée et même si le projet ministériel de suppression de la FFMJC échoue, André Philip démissionne. La FFMJC a fait figure d’administration parallèle et cela ne pouvait pas laisser le pouvoir gaulliste indifférent. C’est le moment aussi où les MJC s’ouvrent aux débats et, sans être le fer de lance de la contestation en 1968, s’en font la caisse de résonance.

5L’interrogation sur « Des maisons pour tous (1970-1971) » qui structure la dernière partie, repose sur le fait que les MJC accueillent alors un public nouveau, de femmes et d’enfants, relativement inconnu jusqu’ici, que l’animateur militant laisse la place peu à peu aux vacataires compétents. Elles deviennent des maisons de loisirs pour tous, et des lieux d’une autre culture, avec multiplication de débats sur les marges et les luttes de tous les peuples. Elles accueillent des chanteurs compositeurs débutants et créent des spectacles appelés à circuler. À la fin des années 1970, la mise en cause du socioculturel est l’enjeu de débats passionnés, et le développement de la crise amorce la réflexion sur l’insertion économique des jeunes autant que sur leur développement culturel. Mais les MJC ne sont pas les seules sur ce terrain…

6Tout au long de l’ouvrage est tenu le fil de la réflexion sur l’éducation populaire, sur ses objectifs, ses contenus, depuis l’ambition des origines, jusqu’aux crises mettant en cause la survie même des MJC, aux prises avec les politiques locales et nationales. Comment développer l’éducation populaire ? Comment intégrer ceux qui refusent la participation régulière aux ateliers, préférant les rencontres informelles du foyer autour du baby-foot ? Comment faire coexister les « intellectuels » avec les autres ? Comment, sans exclure, désamorcer les agressivités, les déprédations ? Le livre aborde l’émergence du métier d’éducateur, qui s’est faite précisément au sein des MJC, dans un milieu qui a longtemps préféré le terme de « directeur » (même en pleine affirmation de la non-directivité des années post 68) à celui d’animateur. Comment les recruter, comment les former ? Il insiste sur le fait que les MJC ont été des équipements discrets, à la différence des maisons de la culture, qui, par comparaison, s’affirmaient dans le paysage urbain comme temples de la culture.

7L’analyse culturelle est étroitement imbriquée dans l’analyse des politiques nationales de la jeunesse, mais aussi des politiques locales. La position originale des MJC qui sont des associations 1901 cogérées avec les municipalités, si elle fournit une initiation à la vie démocratique, est aussi source de conflits avec les municipalités. La place du parti communiste, souvent surestimée, fait des MJC des lieux inquiétants pour les élus de la droite, bien que certains, dans bien des villes, leur soient restés fidèles, sensibles à la qualité de leur travail. La comparaison avec les centres sociaux, beaucoup plus marqués par les militants JOC, en fait ressortir la spécificité essentielle dans une jolie formule. Pour Laurent Besse, le centre social, c’est « l’espace des poussettes », alors que la MJC est « l’espace des mobylettes ».

8La conclusion de Laurent Besse est sévère. Pour lui, l’action des MJC se solde par un relatif échec, dans la mesure où elles n’ont pas été capables de s’adresser en masse aux jeunes. Certes, elles ont été les fruits d’une très grande ambition qui aurait pu faire d’elles, sous la IVe République, ce que les maisons d’école avaient été à la IIIe, et des éducateurs populaires, les nouveaux instituteurs de la République. Certes, elles ont bénéficié de la crise des mouvements d’action catholique. Néanmoins, leur projet de devenir le banc d’essai de la citoyenneté, d’être écoles de la démocratie, n’a pas abouti. L’auteur souligne cependant l’offre qu’elles ont apportée à nombre de petites villes et de villes de banlieue, qui seraient restées des déserts culturels sans elles. Mais leur humanisme polyvalent, qui voulait que l’homme complet soit initié à toutes les disciplines, a cédé devant la spécialisation de la vie associative. En outre à la fin des années 1970, l’heure n’était plus à l’animation, mais à l’insertion professionnelle des jeunes. Et Laurent Besse de conclure sur les difficultés actuelles des MJC, à replacer dans « le contexte de déclin de la ferveur éducative, peut-être de l’utopie éducative ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 12 | 2010, 256-259.

Référence électronique

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [En ligne], 12 | 2010, mis en ligne le 21 juin 2012, consulté le 27 juin 2021. URL : journals.openedition.org/rhei/3212 ; DOI : doi.org/10.4000/rhei.3212

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Auteur

Dominique Dessertine

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Saint-Denis de la Bouteillerie, Québec. J'ai placé cette photo suite au pluvier argenté pour pouvoir faire la comparaison facilement. I put this photo just after the Balck-bellied Plover to able to compare plumage in autumn.

Le Sphinx de Gizeh est la statue thérianthrope (créature mi-humaine et mi-animale) se dressant devant les grandes pyramides du plateau de Gizeh, en Basse-Égypte. Cette sculpture monumentale monolithique est la plus grande du monde avec 73,5 m de longueur, 14 m de largeur et 20 m de hauteur, et représente un sphinx couchant. Réalisée vers 2 500 av. JC, elle est attribuée à Khéphren, l'un des pharaons de la IVème dynastie de l'Ancien Empire (ou à son père, Chéops ?).

 

D'une masse d'environ 20 000 tonnes, cette sculpture monumentale est taillée dans un promontoire naturel de 40 m de hauteur dans la roche calcaire nummulitique déposée au Cénozoïque puis buriné par le Nil. Sa tête est taillée dans un piton de calcaire dur et gris sur lequel sont construites les trois pyramides, qui était vraisemblablement déjà vénéré aux temps pré-pharaoniques. Il se trouve en avant de la grande carrière qui a fourni nombre de blocs à la pyramide. Sa tête est tournée vers le levant.

 

Le corps du Sphinx, sculpté dans la couche sous-jacente de calcaire plus tendre, pourrait être celui d'un lion couché et la tête celle d'un souverain portant le némès, le front orné d'un uræus. La transition entre la tête et le corps est masquée par la coiffure. Les côtés de son corps sont flanqués de quatre piédestaux de construction tardive, découverts lors de son désensablement par Auguste Mariette vers 1850, l'égyptologue français mettant au jour à cette occasion les fragments d'une statue d’Osiris qui devait être installée sur le piédestal principal.

 

Longtemps identifié au pharaon Khéphren, fils de Chéops, son visage pourrait en fait représenter Chéops lui-même comme l'indiqueraient plusieurs indices, comme l'observation de sa coiffe, la largeur de son menton carré, la forme de ses oreilles ou sa barbe de cérémonie. Cependant, ces comparaisons morphologiques et stylistiques révèlent leurs limites, la tête du Sphinx étant trop endommagée (nez absent, yeux rapiécés, bouche et oreille abîmées). Le Sphinx devait assurer une fonction de gardien du site, peut-être plus précisément du temple solaire édifié à côté de la pyramide de Chéops (cf. wikipédia, merci Brigitte pour la photo).

Les blousons noirs sont une sous-culture juvénile apparue en France dans les années 1950 et qui a connu son apogée entre 1958 et 1961. Issue de l'influence américaine, connotée à un code vestimentaire particulier et au rock'n roll, elle a été la matrice originelle du mouvement yéyé et de quasiment toutes les modes adolescentes ultérieures. Des sous-cultures similaires ont fleuri au même moment dans d'autres pays d'Europe.

La culture « blouson noir » s'est cristallisée autour d'importations américaines qui ont été autant de chocs culturels :

Le film L'Équipée sauvage (The Wild One), sorti en 1953 aux États-Unis mais popularisé courant 1955 en Europe, où le personnage interprété par Marlon Brando révèle d'un coup une façon d'être qui fait époque : cuir noir, moto, machisme, volonté de choquer, esprit de gang, violence à la limite de la criminalité.

Un autre film, La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause) arrive en 1956 en France et fait de James Dean une icône définitive. Il introduit l'idée importante que le comportement des (futurs) blousons noirs n'est pas seulement un choix délibéré mais procède d'une fatalité générationnelle et de l'incompréhension des adultes.

L'arrivée au même moment du rock'n roll (Bill Haley et Elvis Presley en premier lieu, puis Gene Vincent, Eddie Cochran etc.) ajoute le son à l'image. Mais c'est une chanteuse française a priori non associée au rock'n roll qui apporte en 1956 une énorme visibilité médiatique au phénomène en formation, Édith Piaf, avec la chanson L'Homme à la moto, indirectement inspirée par L'Équipée sauvage.C'est durant l'été 1959 que l'appellation « blousons noirs » apparaît pour la première fois dans la presse, avec un article de France-Soir du 27 juillet 1959 relatant un affrontement entre bandes survenu au Square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris[1]. Cette désignation s'impose soudain comme synonyme de « jeunes voyous ». Les journaux se mettent alors à surenchérir en évoquant des bandes caractérisées par leur taille importante (il est question de groupes comptant jusqu'à une centaine de jeunes) et par leur violence. Les « blousons noirs » sont décrits comme des asociaux qui se battent à coups de chaînes de vélo (ou de moto), de coups de poing américains voire de couteaux à cran d'arrêt, qui cherchent la bagarre pour défendre leurs territoires urbains, particulièrement autour des portes de Paris, ou en faisant des descentes dans des bals ou des fêtes.Peu après, les journalistes forgèrent le terme « blousons dorés » pour désigner les jeunes fils de la bourgeoisie qui se faisaient remarquer dans les faits divers, par opposition aux « blousons noirs » qui étaient plutôt issus de milieux populaires.

Cette campagne de presse, qui tourne à la psychose collective, aura pour principal effet de mettre en vogue le genre blouson noir. Autour de 1960, dans tout le pays et dans tous les milieux sociaux, les jeunes gens à la mode aiment à s'habiller de cuir (mais le véritable Perfecto est encore rarissime), portent de grosses chemises à carreaux, se coiffent en arrière avec au sommet du front une large boucle asymétrique souvent brillantinée (la célèbre « banane »). À défaut d'une véritable moto, luxe accessible seulement aux plus fortunés, on roule sur des cyclomoteurs qui en ont à peu près l'aspect, de préférence une Flandria ou une Paloma, une mobylette à la rigueur. La petite délinquance est répandue dans ce milieu, sans être généralisée. Mais afin de choquer, les blousons noirs (qui se nomment eux-mêmes « loulous ») affectent de jouer les durs et de parler des argots empruntés au monde des truands.Ce milieu fournit la base sociale qui sera le marché initial du rock français. Il trouve ses héros en Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et spécialement Vince Taylor, avant que la vague yéyé ne relègue au second plan les blousons noirs, à partir de 1963, le tournant a lieu le 22 juin 1963, lors de la « folle nuit de la Nation » : un concert gratuit organisé par Salut les Copains à Paris sur la Place de la Nation attire une immense foule, des incidents graves ont lieu, attribués (à tort ou à raison) à des bandes de blousons noirs. La scène yéyé prend définitivement ses distances avec ces derniers.

Les sociologues qui se penchaient alors sur les origines du problème de la délinquance juvénile évoquaient un conflit de génération ou une révolte contre l'ordre établi, avant d'avancer des facteurs économiques.La thèse la plus courante suggère que les jeunes de tous les pays ayant connu les privations de l'après-guerre se sont lancés à corps perdu dans la recherche de la liberté et le plaisir, voulant jouir immédiatement des biens que la société de consommations leur proposait: musique, moto ou mode. Mais pas assez riche pour pouvoir se les procurer et s'apercevant que la société n'était pas disposée à modifier ses habitudes, ni à ne leur faire aucune concession, ils se révoltèrent et leur enthousiasme se transforma en violence.

D'autres enquêtes au début des années soixante contestent cette thèse en soulignant l'importance de l'urbanisation dans le malaise des jeunes en mettant l'accent sur la concentration de grands ensembles immobiliers dans les villes véritables fabrique de blousons noirs.

"Les cités industrielles sont surtout pathogènes parce qu'elles favorisent les rassemblements de jeunes gens sur un territoire restreint " (109)

Effectivement, les bandes urbaines profilent surtout dans les quartiers abritant des grands immeubles collectifs type HLM ou des groupes d'habitations à bon marché souvent insalubre. Si les blocs HLM marquent un progrès certain par rapport au taudis, l'essentiel y manque trop souvent. La plus part du temps, il n'y a ni jardins, ni espace, ni équipement sportif sans parler de l'absence totale de distraction. Les enfants et les adolescents ont le sentiment d'être en cage et la rue les attire comme un refuge mauvais.

"On ne sait pas quoi faire, racontent des adolescents. Alors on se retrouve et on s'ennuie ensemble "

Parmi les autres facteurs on évoque souvent la carence d'autorité, mais c'est surtout dans la carence du milieu familial qu'il faut rechercher l'origine du drame des blousons noirs ; famille désagrégée, séparations ou divorces, alcoolisme du père.

Pour Henri Joubrel ; la dissociation familiale est la cause essentielle de la conduite asociale d'un nombre grandissant de jeune. Les statistiques montrent que 80 % des jeunes inadaptés sociaux dont on connaît suffisamment l'histoire pour en établir un dossier approfondi sortent d'un foyer dissocié. (111)

Au foyer, ils se sentent mal aimés, les gosses souhaitent la chaleur, ils trouvent le chaos

" Un soir en rentrant chez ma mère elle m'a virée, elle avait un jules " raconte Momo de la bande des Batignolles, après avoir traîné quelques jours dans les rues, le tribunal lui trouvera une famille d'accueil. (112)

" A quatorze ans, je suis parti travailler. Plâtrier. Pourquoi ? Parce que mon père boit et ma mère aussi ". écrit Jean dans Rallye Jeunesse (113)

Ce qui fait dire à un éducateur lyonnais :

" Ce qui déboussole souvent les jeunes, c'est l'impossibilité de prendre leur père pour modèle"

(114)

Si la société cherche les causes du mal dont souffre la jeunesse un autre facteur souvent négligé réside certainement dans le fait qu'ils sont victime de l'incompréhension des adultes. L'emblématique film " La Fureur de Vivre " évoquait déjà ces relations difficiles entre parents et enfant. A la question "mentez--vous à vos parents" posé par un journaliste qui enquête pour un hebdomadaire sur les problèmes de la jeunesse, des jeunes répondent :

" On ne ment pas, on ne parle pas ".

Puis lorsqu'il leur demande : " Que leur reprochez-vous ? ",

ils répondent: " Ils font vraiment une trop sale gueule à table ! " 58 (47)

Dans la même logique , une jeune fille, Raymonde écrit à Rallye Jeunesse

" Ce dont on souffre, c'est de l'ambiance familiale, du manque de vérité, de l'injustice de ce que nous appelons la "vague des croulants" " (116)Dans le conflit adultes jeunes, on assiste même à des faits incroyables comme histoire révélé par l'Humanité ou des jeunes émules des blousons noirs qui pétaradaient la nuit en scooter troublant le sommeil des citoyens de deux patelins ont été tondues par quelques habitants.

" La tête base, le crâne soigneusement tondu, suivant leur chef de fil qui de surcroît avait été dépouillé de son pantalon, plusieurs jeunes gens ont et promené dans les rues de Charly et de Vernaison près de Lyon sous l'œil marqué de la population… " (117)

109 « Les blousons noirs : une société primitive ? » - H.Michel (Directeur du centre de Vaucresson) – J.Selosse (Chargé de recherche au CNRS), In Sciences Avenir N°211, septembre 1964.

110 – « Les blousons noirs : une société primitive ? »

111 – « Mauvais garçons de bonnes familles » Henri Joubrel, Aubier, Editions Montaigne,1959

112 – « Square des Batignoles », Cinq colonnes à la une, 04/11/1960

113 - « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960.

114 – « Les garçons sauvage, le blouson noir, une provocateur mais aussi un mal aimé » Le Progrès de Lyon,09/12/1962

115 - "Mauvais garçons de bonnes familles" Henri Joubrel

116 – « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960

117 – « Tondeuse pour porteur de blousons », L’humanité, 21 juillet 1961 Si la bande est sociale dans sa structure, elle est par contre anti -sociale par son activité et par sa fonction. Si à l'origine elle ne semble pas se constituer dans un but délinquant, la bande est perçue sous cette forme par la police et la société. En réalité beaucoup de jeunes blousons noirs adoptaient uniquement un mode de comportement sans verser dans la délinquance mais s'exposaient de part ce fait à la réprobation sociale et à la répression. La plupart du temps les actes délictueux ne sont pas prémédités et sont commis dans l'inconscience la plus complète. On cherche surtout à réaliser un coup pour se valoriser sans vraiment se rendre compte de la gravité du délit.

" Ils ne se préoccupent pas exagérément des ennuis qu'ils ont eux avec la justice et ne s'inquiètent pas à l'idée d'avoir un casier judiciaire "(93)

Les Coeurs verts Edouard Luntz (cahiers du cinéma)

Les deux tiers des délits reprochés aux adolescents délinquants sont commis contre la propriété, dont les formes essentielles sont : le vol, les délits visant les deux roues et les actes de vandalisme.

Exemple type de l'activité d'une bande ; celle d'Arpajon dont la police a arrêté le mois de décembre 1959 une vingtaine de membres. Ces garçons âgés de 14 à 18 ans qui suivaient la plupart des cours professionnels dans la région parisienne, se réunissaient chaque jour sur le pont de l'Orge pour y préparer leurs "coups".

" Ils essayaient des blousons en plastique noir et se sauvaient sans les payer. Ils chipaient des disques, pour les écouter ou les revendre. Ils volaient des scooters et des voitures qu'ils abandonnaient hors d'usage. Ils faisaient main basse sur le contenu des autos en stationnement. Ils crevaient les pneus, allumaient des incendies ". (94)

Des adolescents par manque d'argent de poche pratiquent le vol à la tire et certain n'hésitent pas à faire les sacs des veilles dame. Le vol à l'étalage sert des fois pour l'alimentation des surboums. Le vol a parfois l'aspect d'un jeu, d'un défi lancé aux règles sociales.

Les objets volés sont souvent considérés comme des trophées et planqués dans des repaires. C'était le cas pour une bande de Nancy dont les exploits consistaient à voler les objets les plus hétéroclites au cours de cambriolage pour les tenir stockés dans une cave. Le chef de la bande âgé de 16 ans n'a pas hésité à tirer avec une carabine sur les inspecteurs de police venue les arrêter. Ce qui vaudra les assises à trois mineurs. Dans la même région à Charleville, un groupe de six mineurs de 14 et 15 ans connus sous le nom de " La bande des blousons verts " dirigé par un garçon de 20 ans commet 24 vols et cambriolages, le plus souvent la nuit, par effraction. (95)

Dans la région bordelaise chaque membre du gang des As avait son casier dans le garage abandonné qui leur servait de Q.G. on y trouvait les objets les plus hétéroclites, sous-vêtements féminins, couteaux, fer à repasser, boîtes de conserve, appareils photos, jouets, chapelets, rasoirs, statue religieuse etc. Leurs plus beaux trophées; une plaque minéralogique de car de Police Secours qu'ils conservaient jalousement dans leur repaire (96)

Certaines bandes étaient spécialisées dans le casse, lors d'un interrogatoire un jeune raconte avec cynisme ses exploits :

" En pleine nuit, quand nos parents dormaient, on se sauvait et on se retrouvait là... Là, on buvait pour se donner du courage, on s'habillait, on emportait la matraque, et on y allait. On s'habillait tous pareil, avec un masque, pour ne pas être reconnus. Ca commençait par les vitrines des petites veilles. On fait le coup en quelques secondes, à grands coups de matraques. On se donne même pas la peine de voler, ça ne nous intéresse pas... juste une bricole en guise de souvenir. Après le casse on se sauvait en vitesse par des ruelles d'où on n'avait rien pu entendre. On revenait fêter ça et on allait se coucher " (97)

  

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99) Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.

" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "

Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.

" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "

" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (9

Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.

Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :

" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99)

Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

 

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966

94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960

95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, juripole

96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.

97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40

98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965

99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

« LA SOCIETE NOUS AIME PAS, NOUS LES JEUNES ! »

Serge de la bande du Square des Batignolles (Cinq colonnes à la une 1960)

« Ces adolescents effondrés contre les murs, à la manière des cow-boys des westerns le long des cloisons des saloons, sont capables brusquement de lever le cran d'arrêt de leur énergie. Une poussée irrésistible les portes à imiter le Marlo Brando de l'Equipée Sauvage ou le James Dean de la Fureur de vivre"

Henri Joubrel, Jeunesse en danger, Fayard,1960

 

Les blousons noirs sont un phénomène essentiellement urbain. A Paris chaque porte, chaque quartier prolo possède sa bande. Un article de presse daté de l'été 1959 fait état de six bandes principales à Paris et de 70 autres cliques de moindre importance. (76) Selon la préfecture de police 10000 jeunes fréquentent des bandes dans la capitale. (77)

A l'époque la bande la plus importante de la capitale était celle du Talus capable de regrouper 250 à 300 jeunes le samedi soir. Ceux de la porte de St -Ouen se distinguent par la parfaite maîtrise des diverses langues des voyous. La bande du square des Batignolles et leur chef Pilule sont le sujet d'un reportage de l'émission télé Cinq colonnes à la une en 1960. Tout aussi médiatisée, la bande de la Bastille, forte d'une centaine de membres qui parlait un argot forcé. Une enquête est publiée sur eux l'été 1961 par Christian Magret dans le magazine des têtes couronnées Point de Vue. Le chanteur Moustique membre de ce groupe déclare quelques années plus tard dans un entretien:

" A la fin des années 50, on attaquait un car de flics, on cassait les vitres et on piquait le car pour une virée " (7

La bande du Sactos (Sacré Cœur) tournait aussi autour de la centaine et était protégée par leur curé. Elle était très crainte par les autres bandes. Johnny Hallyday qui faisait partie de la bande du square de la Trinité raconte :

«On jouait les durs. On se battait, mais nous fermions notre gueule lorsque la bande du Sacré-Cœur descendait" (79)

La plupart des bandes se singularisaient en arborant le même signe distinctif, qui allait de la manière de se coiffer, aux différents accessoires ; médailles, voir une tête de mort ou un minuscule couteau retenu au cou par une chaîne, bagues, bracelets ou ceinturons incrustés de pièces de monnaie. Cette singularité se retrouve sur leurs engins à deux roues; mobylettes ou scooters : fanions à tête de mort, hélices en plastique de la même couleur gagnées à la fête foraine. La même décalcomanie collée sur le réservoir ou le garde boue ; photos de Tarzan ou de James Dean, vamp, tête d'indien, trèfle à 4 feuilles. L'accessoire peut donner son nom à la bande, ainsi la bande du Damier d'un port breton arborait un damier sur leurs véhicules.

En 1960, 53 % des jeunes qui fréquentaient les bandes sortaient de familles ouvrières, les fils d'employée représentaient 12%.

A noter que 18 % des effectifs des bandes seraient originaires des milieux sociaux supérieurs.

" La majorité de ces jeunes étaient issue des classes sociales défavorisées bien que la bourgeoisie eut ses blousons dorés. Les bandes constituent une configuration culturelle originale, articulée sur une culture de classe. La culture ouvrière en est le soubassement " (80)

Les adolescents de 15 à 17 ans en constituent le noyau le plus important (53, les plus jeunes de 13 à 14 ans représentent 14,8% des membres et ceux de 18 à 20 ans 18,1 % (81) Les blousons noirs des années 1959-1961 appartiennent à la génération des enfants de la guerre, ceux nées pendant la seconde guerre mondiale entre 1939 et 1945 et dans l'immédiate après guerre.

 

Les bandes tournent généralement autour de trois noyaux. Le noyau central composé de ceux qui étaient le plus en vue, quatre à cinq personnes souvent confrontées à la délinquance. Puis vient la bande proprement dite formée en moyenne d'une quinzaine à une vingtaine de membres qui cherchaient surtout à se faire remarquer. Le troisième noyau qui pouvait être plus important jusqu'à une centaine de jeunes était composé des sympathisants et des postulants qui formaient le halo de la bande présent lors des grandes occasions comme une bagarre entre bandes rivales. La bande forme un milieu homogène, l'embryon en est la "cour " où les enfants d'un même immeuble vivent et grandissent ensemble. Vers l'âge de 12 ans les enfants de plusieurs cours se groupent dans des lieux de rencontre plus vaste : places ou squares où ils se forment en bande. Dans la bande, les adolescents se retrouvent et ne s'expriment qu'en symbiose avec les autres.

Le dynamisme du groupe est contenu dans ses motivations qui portent le jeune à avoir en face de lui des interlocuteurs qui le comprennent, qui ont les même besoins et les mêmes soucis que lui et ne par conséquent être des adultes qu'ils haïssent.

" Les vieux ont s 'en fout, ils peuvent tous crever” répond spontanément un jeune blouson noir au juge d'instruction qui lui parlait de ses parents (82).

Pour son reportage dans l'Express, Jean Cau demande à Jojo de la bande de la Porte de Vanves. " Pourquoi "les vieux" à ton avis ne vous comprennent pas ? " réponse de Jojo : " Parce que qu'on voit la vie autrement ! " " Qu'est ce que tu veux dire ? " lui demande alors l'écrivain. Le blond répond à sa place : " Ils voudraient qu'on porte des gilets, qu'on ait des pantalons comme ça, qu'on soit comme eux ! " (83)

Ensemble, ils reconnaissent être différents des autres, mais cette différence, paradoxalement se manifeste par le maximum de conformité avec ceux du groupe. C'est pour cela que le vêtement, la coupe de cheveux, le langage ont une telle importance, ils manifestent une singularité collective. Mais si la panoplie marque la rupture avec le monde adulte, elle ne devait pas être usurpée. Il faut être reconnu par ses pairs, il y a des modèles, l'orgueil, l'honneur et l'exploit ont une grande place dans la vie des bandes. L'intégration dans une bande n'est pas une chose facile. La bande est une société tellement fermée qu'y pénétrer est incontestablement une victoire. Elle passe par deux étapes, celle de la reconnaissance puis celle de l'acceptation. Pour être accepté, il y a des rites d'admissions. Le postulant doit faire ses preuves en réalisant divers exploits qui pouvaient aller du combat au cran d'arrêt à la course de mobylettes dans les sens uniques ou sur les " fortifs " (Certains tronçons des fortifications de 1870 subsistaient encore dans la capitale à la fin des années 50 (84). Parmi les autres exploits couramment pratiqués ; se battre avec le chef ou piquer une nana dans une bande ennemie. Ces pratiques sont souvent associées avec le rituel du " frère de sang " Le chef du gang entaille avec son couteau l'avant bras du postulant, puis fait la même estafilade en forme de croix sur celui du dernier rentré dans le groupe. Il maintient leur deux bras ensemble, unis par le mélange de leur sang, les deux "frères" jurent que jamais ils ne trahiront leurs camarades. Une autre caractéristique de la bande est le vif sentiment de propriété vis à vis de son territoire. Elle a ses lieux de réunion, ses cafés et ses cinémas et n'en change pas et ne tolère pas qu'une autre bande vienne empiéter sa zone, sinon c'est la guerre. Le square, mini espace de verdure apparaît l'endroit idéal pour leurs rassemblements. Là, les garçons discutent ensemble, se racontent des histoires de filles ou de taules souvent exagérées. Ils s'échangent des idées, blaguent, s'amusent, se chamaillent entre eux tout en écoutant de la musique sur un transistor. Dans ce lieu, où ils traînent souvent tard le soir les adolescents éprouvent un sentiment de liberté.La fête foraine est un autre coin qui les attire, et ils aiment se regrouper autour des auto-tamponneuses. Il y règne une certaine ambiance, adossés à la balustrade, ils prennent plaisir à regarder tourner les voitures en écoutant les derniers disques à la mode ou draguer les filles. L'hiver on se met au chaud dans les salles de jeux avec une prédilection pour le flipper. Au Café, ils ne consomment pratiquement pas d'alcool, préférant le diabolo ou le café crème. Paris, connaît l'hiver 1959 la grande vogue du patin à glace. Les patinoires de Saint Didier ou de la " fédé " de Boulogne sont prises d'assaut par des hordes de gamins.

" La fédérale c'est la roue tournante de tous les blousons noirs, on retrouve les copains de tous les quartiers. Il y a des filles, ce n’est pas cher et on s'amuse bien " raconte Pilule chef de la bande des Batignolles (85). Quant au bal, ils y vont très rarement la plupart de ces garçons ne savent pas danser, mais sur place ils aiment bien provoquer des bagarres.

" Le soir d'une fête patronale une quarantaine de jeunes venus de Rouen à scooter, à cyclomoteur ou en taxi, avaient plusieurs fois tenté de pénétrer dans la salle de bal en refusant de payer. L'expulsion par les gendarmes de deux ivrognes leur fournit le prétexte recherché pour passer aux actes de violence. Toute la bande se rua alors sur les représentants de l'ordre et l'un des gendarmes fut roué de coups. Son collègue tira quelques coups en l'air. Ce geste décontenança un temps les agresseurs mais les gendarmes partis, les jeunes gens pénétrèrent en force dans la salle où il brutalisèrent plusieurs danseurs et plusieurs femmes "(86)

Les bandes importantes comportent parfois un tiers de filles. On y trouve souvent des filles garçons qui rêvent d'être des garçons et se conduisent comme tels. Elles revendiquent leur égalité dans les comportements antisociaux et le manifestent notamment par des attitudes de bravades vis à vis de la police lorsque celle-ci intervient. Le journal le Progrès de Lyon raconte le comportement de deux filles membres d'une bande du quartier de Perrache après leur arrestation :

"On reste confondu lorsque l'on sait que ce sont les deux filles qui tinrent tête avec le plus d'aplomb au commissaire et firent preuve d'une inconcevable impolitesse. L'une se contenta de dire : "Je me fous de la police, je me fous de la famille" L'autre, encore plus effronté, n'alla-t-elle pas jusqu'à déclarer : " Parlez moins fort. Vous me faites mal aux oreilles…" (87)Mais la majorité des adolescentes qui fréquentent les bandes peuvent être classées dans la catégorie des "filles-objets" guère respectée qui servent à l'initiation sexuelle des garçons. Elles vont d'un garçon à l'autre, et prennent une sorte de valeur marchande en se faisant échanger pour trois fois rien! Il y aussi les filles attitrées que possèdent les principaux membres de la bande, qui souvent par prudence sont rarement vues par les autres gars. Les filles participent rarement aux délits, mais en sont les complices indirectes en bénéficiant souvent en forme de cadeaux des produits dérobés. Elles aiment se faire conduire dans des véhicules volés, ce qui donne un certain prestige à l'auteur de l'acte délictueux. La délinquance est souvent un moyen de se poser en homme devant la femme pour obtenir ses faveurs. Si quelques séries B américaines de la fin des années cinquante ont fait des gangs de filles l'un de leurs thèmes favoris. L'existence de quelques bandes féminines en France a été confirmée par certains enquêteurs. Lorsque le journal La Montagne évoque une agression commise par une bande de jeunes filles à Caen, on emploie symboliquement le terme de "jupons noirs" : "Les jupons noirs de Caen rouent de coup un Nord-Africain" (8 On note surtout une délinquance féminine opérée en petit groupe dans les grands magasins. Une fille achète un produit pour occuper la vendeuse, une autre fait le guet, tandis que la troisième vole des vêtements ou des aliments. Comme dans l'histoire du film de Marcel Carné " Terrain Vague " on signale des gangs de garçons dirigés par une fille. Exemple, le gang des As une bande délinquante de la région bordelaise qui avait à sa tête Berthe une gamine de 16 ans. (89)

Terrain Vague

Le rapport au travail du blouson noir est complexe. Le gars qui à l'habitude de vivre en bande n'a pas envie de la quitter pour aller bosser, tandis que celui qui travaille de voir ses copains traîner toute la journée lui donne des mauvaises idées et il s'arrête de travailler. Le marché de l'emploi de l'époque le permettant, on travaille selon l'envie ou la nécessité.

" Si le gars travaille, un moment, pendant une semaine ou un ou deux mois, c'est qu'il a besoin d'argent pour s'habiller, pour manger, pour s'acheter une mobylette. Ou bien c'est qu'il s'est produit un renversement moral: son instinct est devenu faible et sa volonté lui a permis de travailler pendant ce temps là " (90)

" Je travaille quand j'ai besoin de fric. S'il me faut une paire de " groles ", je fais la plonge. Si c'est une nécessité plus grave, je me fais embaucher un mois ou deux dans mon métier" . Raconte Guy 18 ans (91)

Les contrats d'apprentissages sont la plupart du temps des contrats pour la forme. Les patrons en profitent pour mal payer les jeunes, mais ils les font travailler comme des ouvriers adultes. En plus, les jeunes apprentis supportent mal les ordres des chefs d'équipes, de ce fait, ils changent régulièrement de métier. Le plus souvent les jeunes des bandes qui travaillent exercent des métiers sans grande qualification comme: télégraphiste, plombier, graisseur. Des métiers où la main d'œuvre est variable qui leur permet de changer de patron, de lieu de travail à leur guise. Lorsqu'on demande à Moustique le benjamin de la bande de la Bastille qui ambitionne de trouver un boulot " pépère " quel genre de travail il aimerait faire, il répond: " Ben : aide routier, livreur en triporteur ou alors être le fils de taulier, avoir une carte de figurant de cinéma ".(92)

 

76 – Philippe Macaigne "Quelques réflexions sur la présentation de la presse écrite des "blousons noirs", in Annales de Vaucresson, N° 2,1964

77 - C.Freinet, « La formation de l’enfance et de la jeunesse », Edition l’école moderne, 1960

78 - Interview Moustique par Christian Victor in Juxe-Box Magazine N° 86, novembre 1994

79 - Interview Johnny Hallyday par Jacques Barsamian in Juke Box Magazine N° 42, novembre 1990

80 - Jean Charles Lagrée in "Les jeunes chantent leurs cultures", page 19,L’Harmattan , 1982

81 - Rapport annuel de l’Education surveillé pour 1960 in "Les bandes d’adolescents","Les classes d'age" page 3 Philippe Robert, Pierre Lascoumes Les éditions ouvrières,Paris 1974

82 - "Les vieux ? qu'ils crèvent ! « Le mal de la jeunesse » ,in Faim & Soif N°33, 7/02/1960

83 - Jean Cau, Les gosses révoltés, l'Express 30 juillet 1959

84 - Long Chris "Johnny", page 17,J'ai Lu N°2380,

85 - "Square des Batignoles" Reportage de Pierre Dumayet, Cinq colonnes à la une,4/11/1960

86 - « Quand la jeunesse faisait peur », Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS

87 - "Des blousons noirs sont surpris dans leur repaire par les policier" in Le Progrès de Lyon, 22 mai 1962

88 - La Montagne, 18 juin 1960, Claire Bacher 3Le phénomème bmousons noirs vu par la presse Maitrise faculté de Clermont Ferrant 2000

89 -Philippe Parrot, Monique Gueneau "Le gang des As" in "Les gangs d’adolescents",PUF,1959

90 - in "Cri d'appel d'un blouson noir", page 47, Fayard, 1962

91 - In “tribune libre des jeunes” Cinémonde 16/10/62

92 - in "Les Blousons

 

Blousons noirs. Soixante ans après, l’expression a gardé toute sa force évocatrice, porteuse d’une mythologie cuir mêlant violence et rock’n’roll naissant sur fond de désœuvrement et de misère sociale (ça ne vous rappelle rien ?). Le festival Filmer la musique, que Poptronics suit quotidiennement, y consacre une journée entière avec deux films, une séance de documents d’actualité d’époque et un concert de Magnetix en clôture au Point Ephémère.

1955, « Graine de violence » (« Blackboard Jungle ») sort au cinéma. C’est l’émeute : la jeunesse française découvre en même temps les déhanchements de Presley et le « Rock Around The Clock » de Bill Haley. Les choses ne seront plus tout à fait pareilles : le rock’n’roll vient d’entrer dans la culture populaire hexagonale. Et avec lui, ceux qu’on appelle encore les « tricheurs », d’après le titre du film de Marcel Carné qui sort en 1958, ces jeunes banlieusards des cités qui sortent de terre. Il y a déjà eu quelques gros incidents : à l’été 1955, un concert de Louis Armstrong déclenche une bataille de trois jours dans les rues de Paris, en octobre 1958, le concert de Bill Haley à l’Olympia donne lieu à des débordements : des fauteuils sont détruits par centaines.

  

Mais c’est à l’été 1959 que la France découvre, tétanisée, les blousons noirs. Le 24 juillet, vingt-cinq jeunes de la Porte de Vanves déboulent dans le XVe arrondissement pour affronter la bande du square Saint-Lambert, vêtus de blousons de cuirs, de jeans, et armés de chaînes de vélo. Le lendemain, on se bagarre à Bandol pour une histoire de filles. Quelques jours plus tard, un policier est blessé à Cannes lors d’affrontements avec une bande de Courbevoie. L’affaire fait la Une (« Un agent de police a été sauvagement poignardé par une horde de tricheurs, de blousons noirs »). Les incidents se multiplient tellement (à la sortie de « Jailhouse Rock » en 1960, le cinéma Le Mac Mahon est littéralement pris d’assaut) que le sinistre Maurice Papon, préfet de police de Paris depuis 1958, songe très sérieusement à interdire le rock’n’roll pour préserver la « tranquillité publique ». Cette peur diffuse de la jeunesse, on la retrouve dans les reportages de l’ORTF,

 

Revenir en haut Aller en basDans quel contexte apparaissent les blousons noirs ?

C’est de la délinquance sur fond de rock’n’roll, de guerre d’Algérie et surtout de naissance des cités. A l’époque, face aux barres de Nanterre, La Défense est un immense terrain vague sur lequel seul le Cnit est construit. A peine sortie de terre, cette urbanisation est déjà porteuse de problèmes et provoque désœuvrement, ennui, marginalisation. Il ne fallait pas être visionnaire pour voir que ça allait être le bordel : l’environnement, c’est déjà celui de « Ma 6-t va crack-er ». Cette jeunesse ouvrière qui traîne en bas de ces grandes barres HLM nickel s’emmerde et se radicalise. Les blousons noirs terrorisent les gens, ils niquent toutes les nanas, qui toutes veulent être niquées par eux ! Ils n’ont pas de conscience politique, pas vraiment de conscience sociale non plus, ils sont dans l’énergie brute : ils foutent le bordel et c’est tout.

Quand le mouvement devient-il massif ?

Quand Hallyday débarque, en 1961. C’est un choc. Jusqu’alors, le business de la musique est aux mains de vieux qui se projettent sur les envies des jeunes et suivent les modes. On a affaire à des orchestres de bal qui jouent du twist, quelques mois plus tard ils font du cha-cha ou du calypso. Hallyday, lui, fait de la musique pour les jeunes sans une once de cynisme. Et ça, les kids, ça leur fait péter les plombs. Quand Johnny ou Vince Taylor jouent à l’Olympia au début des années 60, ils cassent tout, ça fait la Une des journaux, avec des slogans choc, ça fait flipper tout le monde car cette expression de la violence des jeunes en groupe est assez nouvelle. Les blousons noirs succèdent en quelque sorte aux apaches du début du siècle, qui eux étaient vraiment dans le banditisme. Là, ce sont des branleurs. C’est assez inédit.

C’est une esthétique aussi...

Oui, les blousons en cuir, les jeans, on est complètement dans le fantasme du motard, de « L’Equipée sauvage ». Brando, avant James Dean, devient une véritable icône de cette jeunesse. Il y a un côté désuet à les revoir aujourd’hui, un mélange de pathétique et de sublime. Le phénomène est assez européen, très présent en Suisse, en Allemagne, mais en France, c’est quelque chose de dur, le cuir, les chaînes, il y a une volonté d’effrayer le bourgeois, de faire peur, un vrai désir de choquer et de provoquer. Aux Etats-Unis, on ne trouve pas tous ces atours, tout cet apparat.

Les blousons noirs disparaissent peu à peu au cours des années 60. C’est la fin du rock’n’roll dans les cités ?

Difficile de dater la fin du mouvement, beaucoup rentrent dans le rang assez vite (selon quelques rares études, plus de la moitié des blousons noirs ont entre 14 et 17 ans, huit sur dix ont moins de vingt ans, ndlr), une petite frange tombe dans la vraie marginalité. Mais le rock ne disparaît pas pour autant du paysage banlieusard. Le rock’n’roll n’a quitté les cités qu’avec l’arrivée du rap. Jusqu’au début des année 80, tout le monde y écoute du rockabilly et du rock’n’roll, qu’on soit blanc, black ou arabe. Gene Vincent est une star des cités. D’ailleurs, ceux qui ont fondé les premiers labels de rap étaient tous d’anciens fans de rockabilly. La naissance des blousons noirs La bande de « Titine » au pied des HLM du Pré-Saint-Gervais. 'agression du jeune Yuriy, en janvier dans le X Ve arrondissement de Paris, a mis en lumière les affrontements entre bandes. Mais à la fin des années 1950 déjà les héritiers des Apaches de la Belle Epoque n’avaient peur de rien ni de personne. Ils aimaient la castagne, les Mobylette et le rock’n’roll. Immersion chez ces petits voyous du Pré-Saint-Gervais, avec le photographe André Lefebvre. La vague est partie des Etats-Unis. Leurs références sont James Dean et sa « Fureur de vivre », Brando dans « L’équipée sauvage ». Partout, ce sont les mêmes jeunes en proie au même mal du siècle. En Angleterre , on les appelle les « Teddy boys », en Allemagne les « Halbstarken », en Suède, les « shunna folke », en France ce sont « les blousons noirs ». L’expression est lancée par le journal « France-Soir », à l’été 1959, après un affrontement entre bandes, square Saint-Lambert, dans le XVe arrondissement de Paris. Avec leurs manteaux de cuir, leurs cheveux mi-longs gominés, leurs chaînes de vélo et leurs poings américains, ils se rassemblent au pied des tours ou des pavillons aux façades décrépies, dans les quartiers populaires des villes ou de leur périphérie. La plupart du temps, les blousons noirs appartiennent à la classe ouvrière, vivent de petits boulots et grandissent dans des familles éclatées. Ils sont les laissés-pour-compte des Trente Glorieuses marquées par l’essor économique et l’émergence de la classe moyenne. Dans le groupe du Pré-Saint-Gervais qu’ont suivi Jean Maquet et André Lefebvre, les journaliste et photographe de Match, la moyenne d’âge est de 16 ans. « Ces jeunes gens sont tout au plus égarés, ils ne sont pas vicieux. Ils vivent en bandes, certes, mais ce mot de bande est trompeur. On pense aux bandes de gangsters, écrit Jean Maquet [...]. Les membres des bandes de blousons noirs, dans l’immense majorité des cas, ne sont que des copains. Il faut insister sur ce point. Il serait on ne peut plus néfaste, et pour tout le monde, que le public se fasse du blouson noir une idée trop noire [...]. Le problème des blousons noirs est grave : il n’est pas encore tragique. » Des copains qui inventent leur propre culture, de nouveaux codes.

Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes @ Sur leurs postes de radio, ils écoutent le rock’n’roll d’Elvis Presley ou de Vince Taylor. Très loin des yéyés. « Ils ont besoin de se sentir virils », écrivait le journaliste de Match. « Cela donne la baston, c’est-à-dire le règlement de comptes à mains nues entre hommes, et, de temps en temps, la “frite”, c’est-à-dire la bagarre générale [...]. Bref, la violence. » Une violence gratuite, pour passer le temps, par exubérance juvénile, par désir de se montrer brave. On se bat pour s’imposer, prendre le pouvoir dans le quartier ou juste pour la gloire, on se tape des virées dans des voitures volées… Ils commettent des larcins, pillent ou cassent plus par défi que par besoin ou conviction. Et, s’ils brandissent leur haine des « flics » et de l’ordre bourgeois, ils ne défendent aucune cause. Leur conscience politique ne ressemble en rien à celle des étudiants de Mai 1968 qui crieront leur révolte quelques années plus tard. Malgré leur rejet de l’autorité, les bandes sont hiérarchisées autour du chef et de ses lieutenants, qui ont tous un surnom. Pour en être, il faut respecter certains rituels, être initié, savoir se montrer téméraire, commettre un vol ou se mesurer à un rival. La presse, qui s’est emparée du phénomène, en fait un mythe. Un congrès sur la délinquance juvénile est même organisé en Italie. Selon les chiffres fournis à l’époque par le ministère de la Justice, en 1959 et 1960, 50 % des jeunes délinquants viennent de ces bandes. Parmi eux, 45 000 ont moins de 18 ans. Comme les loubards ou les jeunes des cités après eux, ils veulent s’affirmer, interroger la société, la provoquer, mettre à l’épreuve sa capacité à les intégrer. En marge, cette jeunesse défavorisée est gangrenée par le désœuvrement. « Sur ce point, ils sont unanimes. Ils s’ennuient, écrivait Jean Maquet. Ils sont incapables de rester seuls. La bande, cette bande fluctuante, c’est ce qui les délivre de leur solitude, leur donne l’illusion d’une fraternité et sans doute, pour beaucoup d’entre eux, d’une famille. Ils ne lui en demandent pas plus. » 69 VENISSIEUX Les MJC 1959-1981 De l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes Broché – 3 avril 2008 Les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) font partie de ces institutions méconnues bien que souvent évoquées. Parfois confondues avec les Maisons de la culture d'André Malraux, parfois assimilées à de simples maisons de jeunes, elles sont victimes de l'ampleur de leur objectif : lier jeunesse et culture dans une perspective d'éducation populaire. Ce livre retrace leur histoire à leur apogée, entre 1959, lorsque la médiatisation du phénomène blousons noirs favorise une mobilisation en leur faveur, et 1981, quand l'apparition du " mal des banlieues " signalait un changement d'époque : l'insertion sociale des jeunes devenait une priorité tandis que le lien entre jeunesse, loisirs et action culturelle achevait de se dissoudre dans la crise du socio-culturel. Entre ces deux dates, le millier de MJC que comptait alors le territoire a connu une histoire aussi riche que mouvementée. La diversité des activités abritées dans leurs murs n'a d'ailleurs pu que contribuer à rendre les MJC difficilement saisissables : tour à tour foyers de jeunes et maisons pour tous, proposant expérimentations théâtrales et ateliers de bricolage, espaces de débats et sociabilité, elles furent aussi des pépinières pour la formation de militants culturels et politiques locaux. Lieux singuliers qui ont pu être présentés, parfois simultanément, comme des repaires de gauchistes, des centres de propagande communiste et des terreaux de la deuxième gauche, les MJC permettent de saisir la complexité de la vie associative, dans sa richesse mais aussi sa difficulté. Voilà un très beau livre de synthèse sur un sujet qui ne peut manquer d’intéresser les lecteurs de cette revue. Même si les MJC (Maisons des jeunes et de la culture) n’avaient pas pour finalité de contribuer à la lutte contre la délinquance, elles ont été parfois perçues par les municipalités comme un des outils efficaces de prévention, en particulier à l’époque des blousons noirs. Le sous-titre adopté par l’ouvrage rappelle d’ailleurs cet impact possible ou souhaité sur la prévention. Mais Laurent Besse a bien d’autres ambitions ici, et il analyse les MJC à l’aune de l’éducation populaire, et de ses grandes ambitions au lendemain de la Libération. Il les suit donc depuis la République des jeunes, dont l’idée est née au sein du gouvernement de la France libre à Alger (d’après leur fondateur André Philip), jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir. En fait, il commence surtout avec leur très forte expansion sous le régime gaulliste avec la nomination de Maurice Herzog, fin 1958, comme haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports. La préface d’Antoine Prost souligne d’ailleurs le paradoxe des MJC : ce sont des institutions de gauche surtout présentes dans les villes de droite et du centre, et Laurent Besse montre que les MJC bénéficient avec Herzog d’un appui essentiel. En 1965, lors de l’anniversaire de leurs vingt ans, la fédération des MJC compte trois fois plus de maisons qu’en 1959. Deux autres paradoxes, soulignés par Antoine Prost, caractérisent les MJC. Elles sont laïques, mais mal vues de la Ligue de l’enseignement. Elles sont destinées aux jeunes, mais accueillent bien d’autres classes d’âge.

2Issu d’une thèse soutenue à Paris-I en 2004, ce livre repose sur une abondante documentation, permettant d’analyser les réactions du tissu local comme les enjeux nationaux, la sociologie des directeurs autant que la philosophie des fondateurs, les pratiques de loisirs autant que les ambitions culturelles. Si les archives de la fédération FFMJC (Fédération française des maisons de jeunes et de la culture), et de la fédération concurrente UNIREG (Union des fédérations régionales de MJC) à partir de 1969, ont été essentielles, elles ont été heureusement complétées par celles des douze principales fédérations régionales, et celles des MJC de quelques grandes villes (Châtellerault, Grenoble, Orléans) ainsi que de fonds privés de militants. L’ouvrage est donc parfaitement étayé, foisonnant de précisions qui en rendent la lecture vivante, et qui n’effacent jamais le souci d’une réflexion synthétique.

3Le livre est bâti sur une chronologie fine, qui distingue trois périodes au cours de ces deux décennies, qui ont vu la multiplication des MJC et leur ouverture à un public élargi. Les 14-21 ans y sont majoritaires dans la décennie 1960 (cf. la première partie « Des maisons pour les jeunes - 1959-1965 »), recrutés parmi les « inorganisés », qui n’appartiennent à aucun mouvement, et dont on souhaite qu’ils viennent aussi bien du monde des ouvriers (les travailleurs manuels), que des étudiants (les lycéens). Le projet des initiateurs des MJC (et l’auteur insiste sur le portrait d’André Philip et de sa philosophie de laïcité ouverte) est d’ouvrir une maison de loisirs culturels et éducatifs pour cette classe d’âge, tous milieux sociaux confondus. Le pari est tenu, en particulier autour des activités de ping-pong et de judo.

4La deuxième partie (« Maisons contestées ? Maisons de la contestation ? 1966-1969 ») insiste sur le choc qu’a été pour la fédération des MJC le départ de Maurice Herzog et son remplacement par François Misoffe, devenu ministre de la Jeunesse et des Sports, hostile aux animateurs et décidé à étouffer ces maisons de la contestation et à les remplacer par « mille clubs » beaucoup plus légers. La fédération est déstabilisée et même si le projet ministériel de suppression de la FFMJC échoue, André Philip démissionne. La FFMJC a fait figure d’administration parallèle et cela ne pouvait pas laisser le pouvoir gaulliste indifférent. C’est le moment aussi où les MJC s’ouvrent aux débats et, sans être le fer de lance de la contestation en 1968, s’en font la caisse de résonance.

5L’interrogation sur « Des maisons pour tous (1970-1971) » qui structure la dernière partie, repose sur le fait que les MJC accueillent alors un public nouveau, de femmes et d’enfants, relativement inconnu jusqu’ici, que l’animateur militant laisse la place peu à peu aux vacataires compétents. Elles deviennent des maisons de loisirs pour tous, et des lieux d’une autre culture, avec multiplication de débats sur les marges et les luttes de tous les peuples. Elles accueillent des chanteurs compositeurs débutants et créent des spectacles appelés à circuler. À la fin des années 1970, la mise en cause du socioculturel est l’enjeu de débats passionnés, et le développement de la crise amorce la réflexion sur l’insertion économique des jeunes autant que sur leur développement culturel. Mais les MJC ne sont pas les seules sur ce terrain…

6Tout au long de l’ouvrage est tenu le fil de la réflexion sur l’éducation populaire, sur ses objectifs, ses contenus, depuis l’ambition des origines, jusqu’aux crises mettant en cause la survie même des MJC, aux prises avec les politiques locales et nationales. Comment développer l’éducation populaire ? Comment intégrer ceux qui refusent la participation régulière aux ateliers, préférant les rencontres informelles du foyer autour du baby-foot ? Comment faire coexister les « intellectuels » avec les autres ? Comment, sans exclure, désamorcer les agressivités, les déprédations ? Le livre aborde l’émergence du métier d’éducateur, qui s’est faite précisément au sein des MJC, dans un milieu qui a longtemps préféré le terme de « directeur » (même en pleine affirmation de la non-directivité des années post 68) à celui d’animateur. Comment les recruter, comment les former ? Il insiste sur le fait que les MJC ont été des équipements discrets, à la différence des maisons de la culture, qui, par comparaison, s’affirmaient dans le paysage urbain comme temples de la culture.

7L’analyse culturelle est étroitement imbriquée dans l’analyse des politiques nationales de la jeunesse, mais aussi des politiques locales. La position originale des MJC qui sont des associations 1901 cogérées avec les municipalités, si elle fournit une initiation à la vie démocratique, est aussi source de conflits avec les municipalités. La place du parti communiste, souvent surestimée, fait des MJC des lieux inquiétants pour les élus de la droite, bien que certains, dans bien des villes, leur soient restés fidèles, sensibles à la qualité de leur travail. La comparaison avec les centres sociaux, beaucoup plus marqués par les militants JOC, en fait ressortir la spécificité essentielle dans une jolie formule. Pour Laurent Besse, le centre social, c’est « l’espace des poussettes », alors que la MJC est « l’espace des mobylettes ».

8La conclusion de Laurent Besse est sévère. Pour lui, l’action des MJC se solde par un relatif échec, dans la mesure où elles n’ont pas été capables de s’adresser en masse aux jeunes. Certes, elles ont été les fruits d’une très grande ambition qui aurait pu faire d’elles, sous la IVe République, ce que les maisons d’école avaient été à la IIIe, et des éducateurs populaires, les nouveaux instituteurs de la République. Certes, elles ont bénéficié de la crise des mouvements d’action catholique. Néanmoins, leur projet de devenir le banc d’essai de la citoyenneté, d’être écoles de la démocratie, n’a pas abouti. L’auteur souligne cependant l’offre qu’elles ont apportée à nombre de petites villes et de villes de banlieue, qui seraient restées des déserts culturels sans elles. Mais leur humanisme polyvalent, qui voulait que l’homme complet soit initié à toutes les disciplines, a cédé devant la spécialisation de la vie associative. En outre à la fin des années 1970, l’heure n’était plus à l’animation, mais à l’insertion professionnelle des jeunes. Et Laurent Besse de conclure sur les difficultés actuelles des MJC, à replacer dans « le contexte de déclin de la ferveur éducative, peut-être de l’utopie éducative ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 12 | 2010, 256-259.

Référence électronique

Dominique Dessertine, « Laurent Besse, Les MJC, de l'été des blousons noirs à l'été des Minguettes (1959-1981) », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [En ligne], 12 | 2010, mis en ligne le 21 juin 2012, consulté le 27 juin 2021. URL : journals.openedition.org/rhei/3212 ; DOI : doi.org/10.4000/rhei.3212

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Auteur

Dominique Dessertine

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Avec 273 km de berges (173 km en Allemagne, 72 km en Suisse et 28 km en Autriche), 63 km de long, 16 km de large et 536 km² de superficie, le lac de Constance est le plus grand réservoir d'eau potable d'Europe centrale (48 km3). Par comparaison, avec 200 km de rives, le lac Léman a 72 km de long, 14 km de large et 582 km² de superficie (volume : 89 km3).

 

Le Rhin livre en tout 70 % du débit d'eau total, soit 7 milliards de m3 par an ou 224 m3/seconde (toujours par comparaison, avec un débit de 183 m3/seconde, le Rhône correspond à 75 % des apports du lac Léman). Entre Constance et Bregenz, le bombement du niveau de l'eau (plus de 40 m), dû à la courbure de la terre, ne permet pas de voir l'autre rivage, même par temps clair.

 

Le lac de Constance possède la plus grande flotte de plaisance d'Europe, Meersburg étant la plaque tournante du transport fluvial. Sa liaison lacustre de ferrys avec Constance, le "Pont flottant" (Schwimmende Brücke), transporte annuellement 4,3 millions de personnes, 1,4 millions de voitures particulières, 500 000 vélos et 90.000 véhicules utilitaires.

 

Le transport des personnes est notamment assuré par la "Flotte blanche" (couleur des bateaux) qui regroupe les principales compagnies de navigation des trois pays frontaliers, avec quelques 35 navires (ici, le MF Meersburg III en service depuis 1980 : 700 passagers et 54 voitures, cf. Wikipédia).

Le château de la Chasse n'a jamais figuré parmi les châteaux officiels de la famille de Montmorency, car ayant toujours eu une vocation purement résidentielle en tant que relais de chasse. C'est un édifice de très petite taille, cinq à six fois plus petit que les châteaux les plus prestigieux du xiiie siècle. L'on peut parler en quelque sorte d'une miniaturisation du concept des grands châteaux royaux de l'époque, apportant une juxtaposition inhabituelle d'éléments défensifs (les archères) et de caractéristiques de bâtiments résidentiels (les fenêtres s'ouvrant sur l'extérieur). Les deux étangs artificiels entourant le château et son cadre forestier en font l'une des demeures seigneuriales les plus romantiques de l'Île-de-France.

 

Le château s'inscrit dans un carré de 20 mètres de côté et obéit initialement à un plan très régulier. Quatre tours de 6 mètres de diamètre sont reliées entre elles par des courtines, qui forment un carré de 12 mètres de côté. Les courtines tiennent en même temps lieu de murs au logis. Les tours se situent exactement au nord, à l'est, au sud et à l'ouest. Elles ont été arasées en 1728 et dotés de toitures à pente unique, couvertes de tuiles plates. Ce remaniement confère au château sa silhouette bien particulière, mais va à l'encontre de son architecture d'origine. De même, la démolition de la courtine sud-ouest, la construction d'un nouveau logis, le bouchage des fenêtres d'origine et le percement de nouvelles fenêtres apportent davantage de confort à l'habitation, mais dénaturent fortement le caractère authentique du château médiéval.

 

C'est la courtine nord-est qui est la mieux préservée. Elle conserve les vestiges de deux fenêtres à meneau proches des tours, et d'une autre sur la tour orientale. Ces fenêtres rectangulaires sont surmontées de tympans figurant des arcs brisés en bas-relief. Vraisemblablement, chaque courtine était ainsi ajourée de deux fenêtres gémelées au niveau du premier étage, et chaque tour de deux autres fenêtres strictement identiques. Dans les tours, les fenêtres alternaient avec de hautes et étroites archères, qui sont toujours visibles. Le rez-de-chaussée était entièrement aveugle vers l'extérieur. Si l'architecture reste très sobre, l'on peut noter, sur les tours, des arêtes en angle droit orientées vers les points cardinaux. La fonction de ces arêtes est décorative, une comparaison avec les éperons des grandes forteresses étant peu adéquate : il s'agit d'une tentative d'une mise en valeur des tours par un jeu d'ombre et de lumière

Bernardino de Schapis dit Bernardino Luini né ~1481 - 1532 est un peintre de l'école lombarde du XVIᵉ siècle. Avec Cesare da Sesto et Giampietrino Francesco Melzi, il fait partie dudit second léonardisme milanais.

 

La Sainte Famille (vers 1510–1515)

Huile sur Bois

 

Dimensions : ~51 × 43,5 cm (format panneau).

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Website : GALERIE JUGUET

© All rights reserved ®

 

Website : MÉMOIRE DES PIERRES

© All rights reserved ®

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Première impression et composition générale

 

La scène présente, sur un champ restreint et frontal, la Vierge tenant l’Enfant debout sur un parapet ou un rebord, avec saint Joseph se détachant en arrière-plan. Le cadrage est serré : les trois figures occupent presque toute la surface, ce qui renforce l’intimité et l’immédiateté de la scène. Le fond très sombre fait ressortir les carnations et les drapés, créant une sorte de « boîte lumineuse » autour des visages et du corps de l’enfant.

 

Ligne, forme et organisation spatiale

 

Construction géométrique : Luini organise les têtes et les corps selon une économie de plans successifs enfant au premier plan, Vierge au plan médian, Joseph en retrait qui crée profondeur malgré l’étroitesse du panneau. Le parapet en bas sert d’appui et d’intervalle entre le spectateur et la scène.

Rythme des regards et des gestes : le regard de la Vierge tourne vers l’Enfant, tandis que la main qui tient un livre (ou un volume relié) suggère l’éducation et la piété ; Joseph, discret, introduit un contrepoids sombre à droite. Ces relations visuelles organisent un triangle de communication intime.

 

Couleur, lumière et matière

 

Lumière : la source lumineuse semble douce et latérale modelé subtil des chairs, transitions lisses entre clair-obscur et demi-teintes, technique héritée de l’usage leonardesque du sfumato (atténuation des contours par graduation tonale).

Palette : carnation pâle et rosée pour la Vierge et l’Enfant ; rouge profond pour la robe de Marie (symbole traditionnel de maternité et de souffrance rédemptrice) ; accents de bleu/vert sur les tissus et les reliures. Le fond sombre isole la scène et intensifie la lisibilité des volumes.

 

Traitement des visages et des expressions

 

Les visages féminins chez Luini se caractérisent par une douceur idéalisée, des yeux en amande légèrement baissés, et un calme méditatif effet que les spécialistes qualifient parfois de « luinesque ». L’Enfant est représenté avec la plénitude corporelle des putti de la Renaissance nord-italienne : membre rond, ventre souple, posture naturelle, qui introduit une note de réalisme corporel mêlée à l’idéalisation.

 

Iconographie et sens religieux

 

Le livre tenu par la Vierge : renvoie à la Sagesse, aux Écritures, et à la dimension savante de Marie (lecture prophétique de la venue du Christ). Dans certaines traditions, le livre indique aussi la préparation à la Passion (connaissance des Écritures qui annoncent le destin du Christ).

La présence sobre de Joseph : ici en figure de protection et d’appui, moins centrale que la Vierge et l’Enfant, ce qui correspond à l’évolution de la Sainte Famille comme sujet dévotionnel destiné à la prière privée.

Fonction dévotionnelle : format panneau et échelle intime laissent penser à un usage privé (oratoire domestique) ou à une commande pour un petit autel personnel.

 

Technique picturale et atelier

 

Support : bois (panneau) ; la préparation et le glacis fin permettent les transitions délicates de tons. Luini, comme nombre de peintres lombards du cercle de Léonard, combine dessin précis et travail de couches fines d’huile pour obtenir modelés doux.

Atelier et répétitions : Luini a souvent réutilisé schémas de visages et de mains (variantes sur le même type féminin), et certaines œuvres proches laissent supposer des modèles d’atelier ou des estampes sources. L’influence directe de Léonard se lit dans le traitement des volumes et du sfumato, même si Luini conserve une sensibilité locale (élégance linéaire, douceur des contours).

 

Datation et place dans l’œuvre de Luini

 

Le Louvre date l’œuvre du premier quart du XVIᵉ siècle (vers 1510–1515). Cette phase correspond à la pleine maturité de Luini, période où l’imprégnation des apports de Léonard est manifeste dans l’harmonie des formes et la noblesse des figures. L’œuvre s’inscrit donc dans la production « mature » de l’artiste, où la grâce et la douce mélancolie se combinent.

 

Provenance et histoire du tableau

  

Selon la notice du Louvre, le panneau appartient aux collections anciennes de l’État et se trouve au musée avant 1810 ; l’entrée en collection est indiquée comme « ancienne collection » (acquise avant 1810). Il porte l’inventaire du département des Peintures et a été étudié dans les catalogues modernes.

 

Comparaisons et influences

 

Avec Léonard et ses émules : l’atténuation des contours, la douceur tonale et la pose méditative de la Vierge renvoient clairement aux prototypes leonardo-boltraffiesques diffusés en Lombardie.

Avec d’autres « Sacre Famiglie » lombardes : Luini reprend le format intime et la gestuelle équilibrée qu’on trouve dans plusieurs œuvres du même thème (parfois rapprochées d’ateliers proches, comme Boltraffio). Ces comparaisons aident à situer l’œuvre dans une “typo-logie” régionale de la Sainte Famille.

 

État de conservation et questions matérielles (observations générales)

 

Sur les reproductions on note un fond très sombre et des carnations bien lisibles ; la surface paraît homogène le Louvre et les catalogues mentionnent des études techniques dans le cadre de leurs fiches, et toute intervention de restauration éventuelle est consignée dans l’inventaire du musée. Pour des informations précises sur repeints, vernis ou investigations (radiographies, dendrochronologie), il faudrait consulter la fiche technique détaillée du département des peintures du Louvre ou des publications scientifiques dédiées.

 

Conclusion synthétique

 

La Sainte Famille de Bernardino Luini est un très bel exemple de la réception lombarde de l’héritage leonardesque : composition intime, modelé doux des chairs, gamme chromatique sobre et symbolisme dévotionnel discret (le livre, la proximité filiale). L’œuvre illustre la manière dont Luini a su conjuguer réalisme tendre et idéalisation raffinée pour des commandes de piété privée, tout en restant profondément ancré dans la tradition picturale milanaise du début du XVIᵉ siècle.

 

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Ulf et Jakob avaient survolé les grands lacs et nombre de routes que le jeune homme avait parcourues à pied.

Mais cette fois, assis sur le dos du vampire, il fendait l’air et allait beaucoup plus vite. Cela lui rappelait l’époque où lui aussi volait. Il retrouvait dans la vivacité du vent qui lui battait les joues et les rendait aussi rouges que son habit, l’allégresse du vol. Ulf utilisait comme les rapaces, la brise et les différents courants. De cette façon, il allait vite sans pour autant se fatiguer.

En à peine quelques heures, ils atteignirent la forêt d’Oswald. Jakob aperçut l’enclave de la Vallée Heureuse, éclairée par les vers luisants comme autant de torches vertes dans la nuit.

Et cette vision lui réchauffa le coeur. Profitant de ce que le vampire était absorbé par sa conduite, il se connecta télépathiquement à sa demeure. Aussitôt les clochettes de la chaumière se mirent à tinter et Angelo qui testait un sortilège avec sa baguette magique perché sur une échelle, dressa l’oreille.

 

- Jakob ? Jakob tu es revenu ?

 

- Seulement en songe, petit frère. Je survole notre maison sur le dos d’un vampire. Je vais délivrer Marie et notre père.

 

- Sois prudent ! Mère et Manfred sont à Kalamine pour aider le comte Smiroff. De nous tous, c’est celui qui va le plus mal actuellement.

 

- Ils ont bien fait. Transmets à Maman et Manfred toute ma tendresse et mon soutien au comte.Pense à moi, pense à nous tous. Et garde bien notre territoire.

 

- Compte sur moi ! Tu sais que tu peux me faire confiance !

 

A nouveau, Jakob ressentait l’énergie fraternelle, familiale l’accompagner et si la nuit à nouveau se faisait plus sombre, les sapins et grands chênes plus menaçants, et qu’il sentait l’appréhension monter en son coeur à mesure qu’Ulf les rapprochait de la tour du sorcier maléfique, le jeune homme savait qu’il n’était pas seul.

Le vampire le déposa bientôt au pied de la tour, faisant s’envoler une nuée de papillons nocturnes. La nuit était complète. Jakob pensa aussitôt que Marie devait dormir. Et qu’il ne serait pas à leur habituel rendez-vous. Ulf vit bien la tension sur son visage et sourit :

 

- Alors ? Comment as-tu trouvé le voyage, petit homme?

 

- Magnifique ! Mais...vous n’allez pas me laisser monter seul ?

 

- Non, Matthias, je ne suis pas cruel avec mes amis. Je vais avec toi. De toute façon, il faut que je fasse mon rapport à Oswald. Viens tout contre moi. Je vais nous téléporter dans son laboratoire. C’est là qu’il travaille à cette heure de la nuit.

Et d’un large mouvement de cape bleu nuit, le vampire les fit apparaître près de la grande table aux cornues emplies de liquides visqueux, allant du noir de jais au phosphorescent translucide.

 

Le sorcier maléfique était très occupé à la fabrication d’une potion étrange à base de jus de limaces, d’yeux de poulpes et d’herbes toutes plus gluantes les unes que les autres.

Lorsqu’il vit paraître Ulf, il considéra le vampire d’un air sévère et dit :

 

- Alors, quelles nouvelles m’apportes-tu ?

 

- Des bonnes et de moins bonnes, seigneur.

 

- Commence par les moins bonnes.

 

Ulf se râcla la gorge puis il dit :

 

- L’anneau de feu n’est pas dans les marais des sorcières. Le comte vous a menti. J’ai trouvé différentes choses mais pas la bague que vous cherchez.

 

- Peste soit de ce perfide. Combien de fois faudra-t-il que j’envahisse son royaume pour qu’enfin, il me dise la vérité ? Il m’a trompé. Il doit avoir l’anneau, forcément...ou savoir comment en disposer. Mais évidemment, il a préféré sacrifier sa fille plutôt que de me le dire.

 

-Il n’a rien fait. C’est elle qui a insisté.

 

- Oui...c’est vrai mais...peut-être l’a-t-elle décidé sur ordre paternel ?

 

- Je ne pense pas. Elle était séparée de son père. Elle a agi seule. Son père avait trop peur pour faire quoi que ce soit pour la sauver.

Cependant...sans l’anneau, à quoi vous sert-elle ?

 

- D’otage. Et de garantie. Tôt ou tard l’anneau réapparaîtra. Et il ira la retrouver, d’une façon ou d’une autre puisqu’elle est à présent sa porteuse légitime. Et sur le pacte que Smiroff a signé, elle est ma femme. Alors…je la garde. Mais qu’est-ce que tu caches sous ton manteau ! Ne me dis pas que tu as ramassé un farfadet perdu sur la lande aux vautours.

 

- Presque, fit Ulf en souriant et dévoilant Jakob. C’est un de vos plus fervents admirateurs et qui souhaitait vous être présenté. Matthias, je te présente Oswald le sorcier.

 

- Monsieur le grand magicien, je suis honoré, dit Jakob en s’inclinant très bas.

 

- Vraiment ? Et qui es-tu, petit moucheron, protégé de vampire ?

 

- Matthias Desylphe.

 

- Sapristi ! Tu es de la famille de Gontrand ?

 

- Vous êtes la deuxième personne qui me pose cette question, mais je ne sais même pas qui est ce monsieur.

 

- Un elfe que j’ai affronté avec mon grand-père, il y a longtemps. Un petit drôle qui nous a roulés dans la farine et parent d’un de mes prisonniers. Un homonyme, certainement puisque tu parais sincèrement ignorer de qui il retourne. Et tu ne sens pas l’elfe...mais le petit gamin bien joufflu.

D’où sors-tu donc ? Habituellement un drôle dans ton genre n’aime ni les magiciens noirs, ni les vampires. Alors que faisais-tu au marais des sorcières ?

 

- J’ai sauvé la vie de Ulf. Il m’avait demandé de l’accompagner pour faire diversion. Sauf que, les sorcières nous ont séparés et elles lui ont joué un sale tour qui a failli…

 

- Me tuer. Je n’ai dû mon salut qu’à l’intervention magique de ce petit homme. Alors comme il rêvait de vous rencontrer...je me suis dit que la moindre des choses en remerciement, était de réaliser son rêve.

 

Oswald considérait avec beaucoup de circonspection le garçon. Il lui trouvait l’air étrange de l’innocent aux mains pleines. D’ailleurs, il empestait l’herbe de bouc. Ce qui pour le magicien-sorcier était un manque irréparable de distinction. Et puis il y avait ce costume rouge qui le faisait ressembler à une pomme d’api ou à une coccinelle. Et ce chapeau tricorne qu’il n’avait même pas pensé à ôter pour le saluer.

 

« Un gredin mal poli, mais un petit homme plein de ressources, certainement », se dit-il en lui-même.

 

Puis tout haut, il dit au vampire :

 

- Très bien. C’est chose faite. Si tu me l’as ramené, c’est que tu penses qu’il vaut quelque chose, n’est-ce pas ? A moins que tu veuilles te faire pardonner ton échec au marais...il pourrait m’aider à quelques préparations qui me répugnent. Me rendre quelques services, par ci, par là. Juste le courant ennuyeux. Qu’en penses-tu, petit ?

 

- J’en pense que si vous réalisez mon rêve, je serai le plus heureux des apprentis magiciens.

 

- Parce que tu fais de la magie, en plus ?

 

Le jeune garçon rougit.

 

- Un peu...mais rien en comparaison de ce que vous faites. Si vous saviez comme je vous admire, vous et votre grand-père. J’ai suivi toutes vos aventures depuis l’affaire du monstre basilic que vous aviez glissé dans une certaine fosse, vous rappelez-vous ?

 

- Si je m’en souviens...ah celui-là, je crois qu’il était le monstre le plus merveilleux que j’ai pu créer. Dommage qu’il ait été si timide. Sinon, combien de victimes il aurait pu faire. Je n’ose y rêver car les regrets sont toujours stériles...Mais cette affaire remonte à ma prime jeunesse. Comment toi si petit, peux-tu connaître cette histoire ?

 

- Eh bien disons que...je fais plus jeune que je n’en ai l’air…

 

- Je me disais aussi que quelque chose clochait dans ton apparence. Qui donc t’a affligé d’un sort d’éternel enfant ? Une sorcière ?

 

- Oui. Et de la plus vile espèce. Cependant...je me suis fait à cette image. D’autant qu’elle me permet de me glisser partout et de moins redouter la loi de triple retour après mes rituels de magie noire. Qui penserait à punir un enfant ?

 

Cette remarque dite avec une perversité angélique amusa Oswald.

 

- Oh mais tu m’intéresses fort. As-tu des parents ?

 

- Je ne les ai jamais connus. Ma grand-mère m’a élevé et c’est elle qui m’a appris la magie d’Arvania.

 

- Tout s’explique. Ton penchant pour le côté obscur des choses vient de là...Arvania est une province étrange. Sa magie n’est ni bonne ni méchante. Et pourtant, j’ai connu bien des êtres maléfiques issus de cette province. Elle a quelque chose dans l’atmosphère qui fait remonter la noirceur des âmes...La présence de Vulcain, peut-être ?

 

- C’est possible. Mais je n’y suis jamais allé. Seule ma grand-mère y avait vécu.

Elle m’a seulement appris quelques tours de là-bas. Que je réussis plutôt bien. Je pourrai vous montrer si vous voulez.

 

- Plus tard. Quand je te connaîtrai mieux. En attendant, va donc te sustenter en cuisine avec ton nouvel ami. Vous avez dû faire une longue route sans manger. Et si tu comptes me servir, autant avoir le ventre plein. Mais ne touchez pas à la fiole verte. C’est une formule spéciale voyage parallèle, et je ne sais pas si elle est encore très au point. Il faut la laisser reposer. Est-ce compris, monsieur Ulf ? Je t’interpelle parce que je sais que tu as un sérieux penchant pour la boisson. Non que cela me déplaise, mais cette fois-ci, je préférerais que tu t’abstiennes.

 

- Bien, seigneur ! Allez, viens, Matthias ! Je suis sûr qu’une médianoche nous fera le plus grand bien après toutes nos aventures.

 

Puis plus bas, il ajouta avec un clin d’oeil complice :

 

- Tu verras, la tour est triste, mais la nourriture y est toujours délicieuse.

 

Ils filèrent donc en cuisine où Chariot leur prépara un dîner plantureux malgré l’heure tardive.

Puis, la digestion venant, alors que le serviteur était parti se coucher sous l’appentis qui lui servait de chambre, le vampire et son jeune ami avaient commencé à deviser ensemble autour d’un bon verre de vin.

 

- Alors, maintenant que tu es dans les murs, c’est quoi ton rêve, Matthias ?

 

- Devenir indispensable à Oswald, bien sûr !

 

- Je ne me fais pas de souci pour ça. Tu y parviendras. Mais plus concrètement, qu’est-ce qui te ferait envie ? Allez...entre nous...maintenant qu’on est copains, tu peux bien me le dire…

 

Le jeune garçon rougit.

 

- Devenir le plus grand sorcier de tous les temps.Mais il faut que je travaille pour ça, bien entendu ! Il faut que je fasse mes preuves.

 

- Tu penses pas avoir les bases pour l’être déjà un peu?

 

- Oui. Mais il faut encore que je découvre certaines formules pour être un magicien au-dessus de la moyenne. Sans compter les spécialisations. Et ça ne viendra que si réellement Oswald estime que j’en suis digne. C’est toujours comme ça en magie noire de toute façon. Le maître dit, l’élève suit. Il y a des étapes incontournables et je ne dois pas les rater si je veux pouvoir progresser et faire honneur à mon professeur.

 

Le vampire rit sous cape. Tant de servilité, de candeur et de naïveté l’amusaient. Lui qui ne fixait quasiment que ses règles en dehors des rapines qu’il rapportait au sorcier, avait envie de jouer un tour canaille, histoire de dessaler le petit Matthias. S’il voulait réellement surclasser Oswald, il fallait qu’il devienne aussi retors que lui. Et désobéissant. Transgresser les règles, manifestement, ce jeune homme n’avait jamais osé. C’était peut-être l’occasion idéale de lui montrer le chemin. Après tout, le petit voulait devenir maléfique et puissant. Alors autant lui en donner une première occasion. Avec malice, le vampire s’écria :

 

- Tu sais, je pensais à un truc. Un truc pour t’aider évidemment ! On pourrait accélérer ton apprentissage en goûtant la production locale, qu’en penses-tu ? Dit-il d’un air complice en lorgnant le grand pichet contenant un liquide fluorescent.

 

Jakob regarda le vampire sans comprendre, puis réalisant qu’il lui suggérait de tester la potion maléfique d’Oswald, il protesta.

 

- Ah non ! Ce serait trahir mon futur maître. Et ça, je ne peux pas. Tu me ferais mettre dehors avant même d’avoir commencé.Dis moi plutôt ton rêve à toi. Ce sera beaucoup moins dangereux.

 

Ulf sourit, sirota la fin de son verre de vin et d’un air mystérieux répondit :

 

- Moi, je rêve de partir à cheval loin,très loin, dans un pays sauvage. Et d’y découvrir un trésor. Un jour, que je hantais le futur à la recherche de nouvelles proies, je suis tombé sur un livre et tu sais quoi ? On y parlait d’une contrée fabuleuse avec de grandes prairies vertes, remplies de chevaux sauvages et de vaches à grandes cornes. Des montagnes à perte de vue, avec des rapaces aussi gros que des vampires. Et dans l’histoire, figure-toi que le héros s’appelait Hulf avec un H ! Il me ressemblait du reste.Si, si, je t’assure. Rigole pas. Ca m’a bluffé tellement la ressemblance était grande. Du coup, ça m’a mis le doute. Le dessinateur avait dû me connaître dans une autre vie.

Parce que son personnage me ressemblait vraiment.

Et alors, il évoluait dans ce pays fantastique comme un dieu ailé. Tu vois ce que je veux dire ?

 

Jakob acquiesça en souriant. Il avait terriblement envie de rire mais il n’osait pas vexer son nouvel ami. D’abord, parce que ça ne se fait pas quand l’amitié est toute récente. Et Jakob était du genre bien élevé. Mais aussi, parce qu’il imaginait son acolyte dans ce genre de décor. Finalement, avec son château sur les monts chauves, le vampire avait en partie réalisé son rêve. Peut-être d’ailleurs avait-il à l’esprit le souvenir de ce livre dont il parlait avec tant de ferveur.

A l'écouter, le jeune homme aurait presque eu envie de connaître cette étrange contrée.

 

Ulf, voyant le jeune garçon intéressé, crut bon d’en rajouter :

 

- Ah ce pays,j’aurais adoré y aller et t’emmener avec moi. On aurait pu vivre une aventure fabuleuse ensemble. Peuplée de chevauchées, de déserts arides, de cactus, de bandits et de jolies filles encore plus envoûtantes que Mila et Ilma réunies…Et la fortune, mon ami, la fortune ! Des pièces d’or par milliers dans un coffre vermoulu enterré dans le sable. Ah,je m’y vois déjà, faisant sonner les pièces sous mes doigts griffus ! C’est ça mon rêve. Mais je ne le réaliserai jamais. Car bien sûr, ce genre de pays, c’est juste dans les livres.

 

- Pas forcément...tu sais ce qu’un jour m’a dit ma grand-mère ? Fais que le rêve dévore ta vie avant que la vie ne dévore ton rêve.

 

- Waouh! Quelle belle formule et tellement vraie en plus ! Une sainte femme à n’en pas douter, ta mère-grand ! Si seulement j’en avais eu une comme ça ! Ecoute, Matthias ! Moi je serais d’avis de suivre le conseil de ta mamie. Et de vivre ce rêve ensemble. Maintenant,avec une petite lichette de la potion d’Oswald.

 

- Non,je t’ai dit non ! Tu m’énerves à insister comme ça ! Non, c’est non.

 

- Oh allez, juste un demi verre ! Je t’assure qu’à ce stade, ça nous fera juste planer un peu. Et au moins, après, tu en sauras un peu plus sur cette potion. Tu pourras noter les ingrédients, voir ses défauts.Et même faire des suggestions à Oswald pour l’améliorer, ajouta Ulf avec un air entendu.

 

Jakob hocha la tête.

 

- Décidément, tu n’es pas seulement un chef vampire mais un redoutable tentateur.

 

- Je suis juste Hülf avec un H...hein ! C’est franchement mieux qu’avec un banal U. Le H, ça me grandit, tu trouves pas ? Allez, proteste pas...je te sers une larmichette, pour le goût. Et on trinque, dit-il en versant la même dose dans son verre vide. A nous et à notre rêve d’aventures au western ! Santé, mon gars !

 

Jakob sourit et choqua son verre contre celui de son camarade. Mais il n’osa pas boire le liquide. Quelque chose le retenait.Peur de ne plus contrôler les choses, brutalement. Ulf, c’était le genre mauvais génie. Qui pouvait l’entraîner à la catastrophe. Jakob voulait à tout prix rester maître de lui, de son projet de délivrer Marie, son père et les prétendants. S’il suivait Ulf, il finirait par se détourner de sa route. Ca sonnerait comme une trahison de tous ses idéaux. Alors il attendait de voir comment le vampire réagirait à la potion.

Ulf avait avalé cul-sec le breuvage, mais en vain. La macération ne devait pas être assez concentrée.

 

- Tu ne bois pas ? Parce que tu vois, c’est de la piquette son truc. Ca tourne un peu la tête sur le moment, mais au final, que dalle. Je me ressers un peu, vue la quantité.Mais bois, allez ! Promis, je te ressers pas ! Je te laisse ta dose enfantine,on ne sait jamais, ajouta-t-il avec un clin d’oeil.

 

Cette provoc eut raison de Jakob. Après tout, aussi peu de potion ne ferait que les griser. Mais ce qu’il ne savait pas, c’était que le voyage allait les entraîner bien plus loin qu’un rêve.

www.youtube.com/watch?v=ap-iww4A53w

Nikon D600, nikkor AF-S VR 24-120mm f/4 G ED N

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La tour du MLC Centre (228m) telle que l'on peut l'observer du haut des 260m de la tour AMP à Sydney.

Une prise de vue d'origine nécessairement très fade, notamment à cause des vitres au travers desquelles il faut photographier. J'ai donc réajusté tout cela afin de faire ressortir les contrastes et notamment ce dégradé vertical naturel, allant d'une teinte froide à une teinte nettement plus chaude.

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This is the MLC Centre tower (228m high) as you can see it from the AMP Tower (260m high) in Sydney.

Obviously, the original shot was very dull because you have to take your pictures behind the glasses. I've made some basics adjustments to enhance contrast and reveal this natural vertical gradient made of cold and warm tones.

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For the last few weeks I've been playing around with a second hand Fuji X100. I'm a huge fan of the 35mm focal range, I used it a lot in my work therefore these cameras had always appealed to me :)

 

I wanted something small, but that delivered a punch, something I could use for fun, socially, a camera that wouldn't necessarily mean 'Work'.

 

So I saw a bargain and grabbed a used X100 telling myself that if I liked it, I'd invest in the newest model... well safe to say I loved it!

 

The quality of the files it produces, the colours, the noise, everything has truly impressed me, its a stunning piece of kit.

 

My X100T arrived today & I'm excited to use it, & I can't remember the last time I felt this way about a camera :D

  

135 mm comparaison : Nikkor 135 mm F/2.8 AIS : Nikon D810

Nos coeurs sont des mers de nuages. Parfois calmes et doux parfois agités et furieux. Mais jamais ils ne sont accessibles, les épais nuages qui couvrent notre océan émotionnel empêche de voir ce qu'il s'y passe vraiment. Seuls quelques signes nous sont accessibles, des infimes perturbations en comparaison avec leur orgine. Certains marins de coeur sont capables de naviguer sans trop de peine et d'anticiper les tempêtes mais ils se font rares. Tu étais plutôt une observatrice, jamais tu n'avais eu le pied marin. Jamais tu ne prendras le risque d'explorer son coeur, tu rêves juste de l'obtenir. Car si l'on est engloutit, même disparu, on est encore quelque part, en dessous des nuages. Probablement à regarder le ciel, la tête cotoneuse et lourde. Perdu dans un monde sans l'autre devenu lointain souvenir brumeux. Et le coeur portera alors à jamais le poids de l'être disparu.

7 niveau pour l’échelle ésotérique. À partir du 4 c’est cool pour la création dans le 7 on traverse les murs... le 1 a gauche c’est juste une place livraison possible pour ascenseur.... Message alchimiste?

  

Oui absolument, il y a 10 niveau de conscience. 10/ 3 accessible et 3/1 Divin. L’échelle représente les 10 niveaux . À 3 on est bloqué car après on disparaît dans le Tout. A 10 c’est la faim et l’envie 9 on commence avoir du goût entre bon et mauvais 8 on peut contrôler 7 on peut créer ( artistes) 6 génie 5 disparition de l’égo et de la faim 4 voyage hors du corps lévitation totem 3 le corps va disparaître 2 séparation de l’âme et de l’esprit 1 esprit pur universel. La rue de l’échelle mesure la civilité ? On peut pédaler dans l’ombre pour franchir la pierre aguicheuse. Le message est comme un rébus, échelle, pierre d’angle, franchissement du mur, vélo équilibre, ombre confusion réel. Je travaille énormément sur moi en ce moment. C'est pas facile de quitter pas mal de chose... Tu es très jeune et jolie alors c’est normal, le désir est omniprésent. À mon âge c’est beaucoup plus facile d’être dans la vacuité de l’âme. Ne t’inquiète pas. C’est déjà bien que tu décides de pas rester immobile avec un Monde uniquement centré sur la comparaison entre les choses. Tu es une belle personne riche avec du talent..... Tu sais, je louerais toujours le ciel de placer des personnes comme toi sur mon chemin (le hasard n'existe pas)... Tu fais parti des personnes qui m'ont poussé à commencer ce travail. Tu crois en moi plus que je ne crois en moi, tu as vu des choses en moi que je ne voyais pas... Et tout cela m'a poussé à me demandé pourquoi je ne me voit pas comme les personnes qui disent de mon âme qu'elle est belle me voient... C'était le début de mon nouveau voyage dans mon moi.... Et je me suis rendu compte qu'il y a tellement de choses qui m'alourdissent. Je me suis laissé transformer par le monde dans lequel je vis.. La peur, le doute sont des ennemis redoutables... Et lorsque la vanité, la cupidité et l'ego viennent se joindre à eux... J'ai compris que le véritable problème c'est moi. Je ne peux pas changer les autres mais je peux changer et tout améliorer dans ma présente existence sur cette terre.. Raison pour laquelle je t'ai écrit une fois " je sais que je peux tout faire". Oui continue à bien penser, mais peut-être qu’il faut aussi m’être ou..mettre tes pensées en équilibre comme un vélo ? Jamais arrêter de pédaler pour ne pas perdre ton équilibre.

  

Le sens littéral de l’échelle : à la fin de l'antiquité, pour Origène, l'échelle représente la métempsychose ou réincarnation: à la mort de l'individu, l'âme tente de s'élever vers le haut de l'échelle (l'union avec la divinité ou, si vous préférez, le "paradis"). Mais si elle a péché, elle ne peut franchir une certaine hauteur et retombe vers la terre pour se réincarner en un autre corps. Pour Théodoret, elle représence la providence divine (les anges qui descendent du ciel pour accomplir les ordres divins).

 

-allégoriquement, pour Eustache, elle figure la croix du Christ, qui donne accès au ciel par les tribulations et les épreuves, voire la souffrance (ce qui n'est pas du mascochisme mais la conscience de la difficulté de l'entreprise).

 

-symboliquement, pour Philon, l'échelle représente l'âme. la base représente la sensation, le dernier échelon, l'intellect pur, et les autres échelons les degrés de la contemplation.

 

-tropologiquement: Pour Tertullien, l'ascension de l'échelle représente la vie du juste, dont les échelons sont les vertus, les bonnes actions qui permettent de parvenir à l'excellence morale.

 

-anagogiquement, les échelons de la sphère symbolisent la hiérarchie céleste des anges et des saints.

  

1. Le premier plan est le moins élevé. C’est celui de la conscience instinctive qui est proche de l’animal. L’être sur ce premier plan est primitif et cherche avant tout a satisfaire ses besoins sexuels et ne connait pas l’amour. Il est totalement inconscient.

 

2. Le deuxième plan est celui de la conscience collective. A ce niveau la personne développe son sens des relations humaines. Elle est plus sélective dans le choix de ses partenaires mais plusieurs peuvent lui convenir. Elle ne connait pas encore l’amour véritable mais le copie. Elle est possessive et considère son partenaire comme lui appartenant. L’égo est très fort à ce niveau. Ce plan est émotionnel et c’est la que se situe la majorité de l’humanité de notre belle planète.

 

3. Le troisième plan est celui du mental. Là, l’individu situe son JE. Il commence a s’individualiser. C’est le plan du pouvoir personnel, de l’énergie, des idéologies (religieux, politiques, économiques). C’est le plan des leader. Il fonctionne selon la dualité du mental (amour-haine, dominant-dominé etcc). C’est l’amour échange qui n’est pas le véritable amour mais s’en approche. C’est le plan de la prise de conscience, de la réflexion. L’individu a ce niveau élargit ses connaissance soit en ésotérisme, en spiritualité. Il prend conscience qu’il existe une autre dimension.

 

4.Le quatrième plan est causal. C’est le plan ou vous pouvez vous connecter à votre âme. A ce niveau, vous pénétrez dans la partie de l’âme, celle de l’amour (l’amour spirituel). A ce niveau, vous pouvez vivre l’amour avec une âme-soeur. Votre partenaire est tellement proche de vous qu’il n’y a aucun effort a faire, aucune concession. L’AMOUR EST. C,est la fusion. C’est le plan des créateurs, des artistes, qui expriment la beauté sous toutes ses formes. A ce niveau on a envie de donner et d’ETRE.

 

5.Le cinquième plan est celui de la super-conscience. L’amour est manifesté et exprimé pleinement. C’est celui de la pensée symbolique. A ce niveau on peut se passer de sexualité. C,est le niveau des grands comme Beethoven, De Vinci, Pythagore et… La seule partenaire possible est son âme-jumelle, son complément, son miroir. C’est le plan des guides spirituels, des Maîtres. Ses dons psychiques se développent naturellement, et elle accroit sa capacité de guérison. On atteint ce niveau par une illumination. Elle enseigne l’amour et guide l’humanité.

 

6.Le sixième plan est celui de la buddhi, ou conscience intuitive de l’âme. A ce niveau l’être n’a plus d’égo, il n’est plus qu’une âme rayonnant d’amour et de lumière. Il est un message vivant de l’harmonie universelle. Il a réalisé le mariage mystique (union divine). Il représente Dieu sur terre.C’est l’ermite solitaire constamment dans la béatitude. Il n’a plus de personnalité car il fait partie du TOUT. Il est proche de la fusion définitive avec l’ESPRIT ETERNEL.

 

7.Le septième plan est celui du divin, de la conscience cosmique. Le corps s’embrase, le feu monte dans les canaux éthériques et l’énergie divine vous transforme en ETRE DE LUMIERE. Vous tombez dans la conscience cosmique et l’illumination, et vous y restez pour l’éternité.

 

Pour Saint Augustin, l'échelle de Jacob est le signe de l'ascension possible des hommes, pour Saint Jérôme, l'échelle de Jacob redonne confiance au pécheur et rend humble le juste, alors que pour Chromace d'Aquilée, comme dans le texte antérieur d'Hippolyte, cette échelle dressée de la terre au ciel est la croix du Christ, qui peut mener au ciel...

 

Un autre thème qui continuera à occuper une place importante dans l'exégèse médiévale, et qui aura des prolongements dans l'iconographie, est celui des quinze psaumes graduels...sans doute chantés par les pèlerins juifs sur la route de Jérusalem...ces cantiques des montées évoquent la joie, l'appel à l'aide ou l'espérance dans le cheminement vers Sion ...ces cantiques qui manifestent les portes du ciel, par la comparaison avec l'échelle de Jacob ; et les cinq livres de Moïse (le Pentateuque), avec les dix préceptes de la Loi, en forment les quinze échelons...

 

Ce symbolisme de quinze étapes spirituelles, trouve un second fondement dans l'exégèse de la description du Temple d'Ezéchiel...les sept degrés qui mènent aux portes du parvis extérieur, ajoutés aux huit degrés des portes du parvis intérieur, dans la vision du Temple futur de la nouvelle Jérusalem...les quinze marches du Temple, et l'échelle de Jacob...

 

Le symbolisme de l'échelle ne se limite pas à l'utilisation des textes de l'Ancien Testament... Certes l'échelle de Jacob elle-même en est le signe direct...Nous verrons que les deux montants de l'échelle de Jacob signifieront, pour la Règle de Saint Benoît, le corps et l'âme, ou l'amour de Dieu et l'amour du prochain...mais au IV siècle, Zénon de Vérone voit dans ces montants l'image des deux Testaments...

Genèse 28 , 10-17 : l'échelle de Jacob

(trad. Louis Segond)

 

28:10 - Jacob partit de Beer Schéba, et s'en alla à Charan.

28:11 - Il arriva dans un lieu où il passa la nuit; car le soleil était couché. Il y prit une pierre, dont il fit son chevet, et il se coucha dans ce lieu-là.

28:12 - Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.

28:13 - Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d'elle; et il dit: Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité.

28:14 - Ta postérité sera comme la poussière de la terre; tu t'étendras à l'occident et à l'orient, au septentrion et au midi; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité.

28:15 - Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t'abandonnerai point, que je n'aie exécuté ce que je te dis.

28:16 - Jacob s'éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas!

28:17 - Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux !

La Grue demoiselle est la plus petite espèce chez les Gruidés.

Elle est souvent mentionnée dans la littérature et la poésie du Nord de l’Inde et du Pakistan. Son apparence gracieuse entraine de nombreuses comparaisons entre les belles femmes et l’oiseau.

www.oiseaux-birds.com/fiche-grue-demoiselle.html

Nikon D600, nikkor 180mm f/2.8 AF D

Lumix GX7, Olympus M.Zuiko Digital ED 75mm f1.8

Le Lockheed SR-71 Blackbird (Merle) était une version de l'avion espion Lockheed A-12 Oxcart construite à au moins 32 exemplaires pour l'Armée de l'air américaine, qui l'utilisa principalement de 1968 à 1990.

 

S;N : 61-7962 ;

-29 April 1966. First flight

-24 May 1966. Delivered to Beale Air Force Base California

-31 March 1979. Detached to RAF Mildenhall

-1 July 1980. flies from Kadena Air Force Base to Diego Garcia to test facility

-8 August 1985. to RAF Mildenhall used for the first time.

-21 January 1990. left Kadena Air Base for Beale Air Force Base

-4 February 1990. last flight --July 1976 set world record for sustained horizontal flight at 85069 feet (25929.03 m)

Altitude Record was set by Crew Helt and Elliott on 28 July 1976

 

Out of the 33 SR-71s built, 12 were lost in accidents unrelated to enemy action. Despite being fired at more than 4,000 times, no single aircraft was lost to enemy fire.

 

airandspace.si.edu/stories/editorial/setting-records-sr-7...

 

www.iwm.org.uk/collections/item/object/70000181

 

Premier vol 22 décembre 1964

Mise en service 1968

Date de retrait 1998

Investissement 35 000 000 000 dollars

Coût unitaire 220 000 000 dollars

Équipage 2

2 Pratt & Whitney J58 (JT11D-20A)

Turbo-statoréacteurs avec postcombustion

Poussée unitaire 144 kN

 

Vitesse maximale plus de 3 530 km/h (Mach + de 3,2)

Plafond 25 900 m

Vitesse ascensionnelle 3 600 m/min

Rayon d'action Mach 3 : 4 800 km

 

www.avionslegendaires.net/avion-militaire/lockheed-sr-71-...

 

Le SR-71 a battu plusieurs records d'altitude et de vitesses, notamment le 28 juillet 1976 où il atteignit 25929 m et 3529 km/h. Il détient toujours le record de la traversée New York/Londres avec 3508 miles parcourus en 1 h 54 m, soit une vitesse moyenne de Mach 2,68. En comparaison, le meilleur temps d'un Concorde est de 2 h 52. Par ailleurs, sa vitesse de décollage atteignait 370 km/h et sa vitesse d'atterrissage 278 km/h.

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