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Eglise (partiellement) romane Saint-Etienne (Abbaye aux Hommes) ; commune de Caen, Calvados 14, Basse-Normandie, France
La façade
La façade de Saint-Étienne est le chef-d'œuvre du génie technique des architectes normands, ... C'est en effet à Saint-Étienne qu'apparaît la « façade harmonique normande » : les tours occidentales, d'élévation pratiquement identique, ont été plantées sur la première travée des collatéraux, alignés sur la porte principale de la nef, en sorte qu'une façade rectiligne remplace les « massifs occidentaux » faisant saillie en avant de la nef, d'un emploi normal jusque-là, et dont on voit encore un moignon plaqué sur la façade de Jumièges quelques décennies plus tôt... On ne peut l'apprécier vraiment qu'avec un certain recul. Les trois niveaux inférieurs, jusqu'à la naissance du comble de la nef, forment un bloc carré, presque aussi haut que large; ...La nudité de ce bloc est frappante : il faut y regarder à deux fois avant de découvrir quelques ornements purement géométriques aux voussures des trois portails (les tympans sont modernes) et un appareil décoratif au pignon de la nef. Le soin d'impressionner est abandonné uniquement à la netteté de l'appareil et aux lignes architecturales; d'abord et surtout aux quatre contreforts massifs qui soulignent la division de la nef et des tours, puis aux dix grandes fenêtres, dépourvues de tout ornement et même de toute mouluration, et aux cordons saillants qui prolongent leurs bases. L'étroitesse, je dirais presque l'humilité de la porte principale s'explique dans un sanctuaire monastique où le public n'avait accès qu'exceptionnellement.
Les tours, de plan carré et d'élévation identique, se divisent en trois étages égaux, dont la savante progression accentue et prolonge l'élan vers le ciel déjà donné à leurs souches par les contreforts. L'étage inférieur est absolument aveugle, orné seulement de bandes lombardes dessinant sept arcatures étroites sur chaque face. Le second niveau est déjà plus aéré et plus orné : il porte cinq arcatures, dessinées par des demi-colonnes jumelées, et deux de ces arcatures sont ouvertes. Le troisième niveau est largement percé et, pour un monument normand, abondamment décoré : à l'intérieur de deux grandes arcades à double rouleau s'ouvrent des baies géminées séparées par une colonne; toutes les archivoltes sont moulurées; les écoinçons sont décorés de pierres saillantes simulant des arcs en mitre et la corniche qui couronne cet étage, au lieu d'être simplement ornée de billettes comme aux autres niveaux, porte une série de gros modillons sculptés. Ainsi arrive à sa perfection la formule des grands clochers normands, progressivement élaborée dans tant d'églises rurales de la région caennaise. Façade et tours sont d'un seul jet et appartiennent au XIe siècle. Il est probable que des flèches en charpente les couronnaient à l'origine. Au XIIIe siècle, on les remplaça par de hautes flèches de pierre qui sont aussi exemplaires en leur genre et qui servirent de prototypes pour les plus belles flèches gothiques de la région, ... Leur modèle doit sans doute être le clocher Sud de la cathédrale de Chartres. Le principe commun, appliqué aux deux tours avec quelques variantes, est d'asseoir sur une base carrée une pyramide octogonale très effilée, en rachetant par des clochetons la différence entre le carré et l'octogone. A la tour Nord ces clochetons sont eux-mêmes octogonaux; à celle du Sud, dont le couronnement est un peu plus récent, ils sont triangulaires. La flèche du Nord est un peu plus haute que celle du Sud : 82 mètres contre 80. On a une autre vue, encore plus remarquable, sur les tours de Saint-Étienne en pénétrant dans le cloître du xvine siècle qui jouxte la nef au Sud. De là on aperçoit les tourelles d'escalier arrondies qui flanquent respectivement les angles Sud-Est et Nord-Est des tours (pl. 4) et l'harmonie qui règne entre la nef et les clochers apparaît pleinement.
La nef
La nef de Saint-Étienne, dans sa blanche nudité, est sans doute la plus parfaite expression de l'esthétique normande du XIe siècle. L'équilibre des pleins et des percées, des lignes verticales et horizontales est sans défaut. Le rythme des supports, suggéré par des moyens très discrets, enlève toute monotonie aux perspectives. Le décor s'efface devant la beauté de l'appareil, la netteté des lignes de force de la construction... La nef de Saint-Étienne est le triomphe d'une prudente hardiesse, qui essaie volontiers les solutions nouvelles, mais ne cherche jamais à les pousser jusqu'au bout, au détriment des traditions, de la mesure ou de la réflexion. Après la travée d'entrée, logée entre les deux tours et aujourd'hui coiffée par la tribune d'orgue, qui constitue une sorte de hors-d'œuvre, viennent huit travées égales, flanquées de collatéraux légèrement plus larges que la moitié du vaisseau principal. L'élévation latérale est formée de trois étages qui, à l'origine, lorsque la nef était simplement plafonnée, devaient avoir des hauteurs à peu près équivalentes. En bas, ce sont de grandes arcades en plein cintre, à double rouleau, l'angle de la voussure externe étant seul mouluré d'un tore cerné d'un cavet. Au premier étage, des arcades de même dessin et d'ouverture sensiblement égale ouvrent sur de vastes tribunes. Au second, la disposition primitive, avant la pose des voûtes, offrait, pour chaque groupe de deux travées, quatre grandes arcatures supportées par des colonnes cylindriques en avant d'une galerie de circulation ménagée dans l'épaisseur du mur, selon une formule particulièrement aimée par les maîtres d'œuvre normands. On voit que la travée n'est pas une unité élémentaire mécaniquement répétée, mais qu'elle s'insère dans une unité supérieure, englobant deux travées. Le fait est encore plus sensible si l'on examine les supports. Saint-Étienne offre un exemple fameux, et abondamment discuté, d'alternance des piles, mais cette alternance n'apparaît guère qu'à l'observateur prévenu. Si l'on regarde attentivement les demi-colonnes qui montent du fond du sol à la base du second étage, on constate qu'une sur deux, au lieu de s'appuyer directement sur le mur, repose sur un dosseret de plan rectangulaire, d'ailleurs assez mince. Dans l'état actuel des choses, cette alternance est parfaitement justifiée par les retombées des voûtes sexpar-tites : les piles faibles ne reçoivent qu'un doubleau, les piles fortes un doubleau et deux ogives. Mais peut-on raisonnablement admettre qu'un architecte du temps du Conquérant ait prévu ce système de voûtement, dont on ne connaît aucun exemple avant les abords de l'an 1100 ? C'est peu vraisemblable; en ce cas, d'ailleurs, il n'eût pas donné au dernier étage une structure incompatible avec des voûtes d'ogives, structure qu'il fallut bouleverser, comme on l'a dit, lorsque celles-ci furent réalisées. Ses intentions étaient-elles donc d'ordre uniquement esthétique ? L'opposition entre piles fortes et faibles est vraiment si discrète que cette hypothèse non plus n'est pas très convaincante. On a aussi pensé - et peut-être est-ce la bonne voie - à une autre explication : les piles fortes, à l'origine, auraient porté, comme jadis à Saint-Vigor de Bayeux et sans doute à Cerisy, des arcs diaphragmes jetés en travers de la nef et surmontés de murs droits montant jusqu'au comble, afin d'entraver la propagation des incendies dans les charpentes, si difficiles à combattre avec les moyens médiévaux. Quoi qu'il en soit, la chance constante de Saint-Étienne s'est manifestée ici aussi : les piles n'eurent besoin d'aucun remaniement quand les voûtes prirent la place du plafond primitif, sans doute vers 1130-1140. Les bas-côtés sont voûtés d'ogives beaucoup plus récentes, du XVe siècle probablement -les nervures pénètrent directement dans les supports sans chapiteau interposé; elles ont dû remplacer des voûtes d'arêtes. Les vastes tribunes du premier étage, dont la capacité permet presque de doubler le public admis aux grandes cérémonies, sont voûtées en demi-berceaux; des demi-doubleaux en quart de cercle épaulent la poussée des parties hautes de la nef et la transmettent aux murs latéraux des bas-côtés. Presque tout ceci a été restauré au XVIIe siècle, mais il est probable que l'on a maintenu ici comme ailleurs la disposition originelle. Les voûtes de la nef ... sont sexpartites. Chaque groupe de deux travées a reçu une croisée d'ogives soutenue en son milieu par un arc-doubleau. Le profil des nervures est déjà assez élaboré : il comporte un large boudin central cantonné de deux moulures toriques plus étroites. Les clefs ne sont pas ouvragées. Les ogives retombent sur de courtes colonnettes engagées, raccordées aux dosserets des piles fortes grâce à d'intéressants culots sculptés, dont quelques-uns portent des personnages grotesques. Un bandeau décoré de billettes court sur les tailloirs du niveau supérieur et à la base des fenêtres hautes. Presque partout le décor se réduit à un minimum. Les chapiteaux des grandes arcades et des tribunes ne portent guère qu'une ou deux rangées de crochets ou de feuilles stylisées à l'extrême; de rares têtes se logent parfois sous les consoles. Seul l'étage supérieur offre quelques variations, bien modestes d'ailleurs, et purement géométriques (sauf en ce qui concerne les culots) : des frettes crénelées cernent les fenêtres hautes et les petites baies annexes dissymétriques résultant du remaniement exigé par la pose des voûtes. Un décor peint palliait-il jadis à cette austérité ? Sans doute, mais il devait se réduire, comme à Cerisy, à des traits colorés soulignant les joints et à un semis de fleurettes.
Le transept
Le transept, où se termine vers l'Est ce qui subsiste de l'église romane, comporte deux croisillons assez courts sur lesquels ouvraient jadis des absidioles peu profondes, qui ont été remaniées au XIIIe siècle (seule celle du Sud a gardé son ancien plan au sol). Le trait le plus remarquable, typiquement normand -il se retrouve à Boscherville, à Cerisy et à Saint-Nicolas de Caen - est la présence de vastes tribunes régnant sur le fond de chaque croisillon et communiquant avec celles de la nef. Ces tribunes sont supportées par une pile plantée au milieu du croisillon ; l'espace inférieur est voûté d'arêtes, comme l'étaient primitivement les bas-côtés, et l'espace supérieur est, comme la nef, voûté d'ogives (mais ici la voûte a seulement quatre compartiments). La seule faiblesse esthétique de ce parti est la façon abrupte dont se termine à mi-hauteur la demi-colonne plaquée sur la face que la pile médiane tourne vers le vaisseau principal; cette maladresse se retrouve d'ailleurs dans les édifices apparentés. La croisée a gardé sa structure romane, d'une élégance surprenante si l'on songe à l'énorme tour-lanterne qu'elle supportait jusqu'en 1566 : elle mesurait environ 120 mètres de haut dans son dernier état. Seul l'étage inférieur de cette tour, de plan carré, est resté roman ; le haut, octogonal, est un pansement appliqué, au début du XVIIe siècle, sur la plaie béante laissée par l'effondrement; son style est vaguement gothique. On voit circuler, à l'étage roman, en arrière de courtes colonnes cylindriques, cette étroite galerie qui se prolonge à travers toutes les parties hautes des grandes églises normandes et permet l'inspection constante de leurs maçonneries.
L'extérieur
Saint-Étienne de Caen était autrefois une église largement dégagée. Les spéculations foncières des derniers bénédictins du XVIIIe siècle, puis des bourgeois caennais du XIXe ont rendu son flanc septentrional à peu près inaccessible. Mais du cloître de l'abbaye mauriste, devenue ... hôtel de ville, on garde les vues les plus admirables sur les parties romanes de l'édifice. Pour les apprécier, il faut se souvenir que la répartition primitive des masses différait assez de celle que nous voyons aujourd'hui : les tours de façade avaient sans doute des flèches en charpente plus courtes que les flèches de pierre du XIIIe siècle, tandis que la tour-lanterne était plus haute d'environ moitié. La silhouette longitudinale, avec un point culminant très marqué au-dessus de la croisée du transept, évoquait un peu celle qu'a maintenant la cathédrale de Rouen. Il est probable que cette énorme tour centrale, étant pour la majeure partie construite en charpente, avait plus d'une fois changé d'aspect au cours du Moyen Age.Le problème le plus intéressant que pose l'élévation latérale est celui du décor appliqué à l'étage supérieur. Les fenêtres hautes, à l'extérieur, sont inscrites dans une bande continue d'arcatures plaquées, supportées par de minces colonnettes encadrant un étroit pilastre. Deux arcatures aveugles séparent ainsi les baies les unes des autres. Ce parti, ..., fit ensuite largement école en Normandie et ailleurs. On s'est demandé si ce n'avait pas été l'apport personnel de Lanfranc, qui avait pu observer des décors analogues dans plusieurs églises d'Italie du Nord. Il donne à la partie haute de la nef une légèreté que n'a pas le mur du collatéral, lourdement rythmé par ses larges contreforts plats.
L'élévation du chevet, ..., est splendide, mais purement gothique, du début du XIIIe siècle. Il faut cependant souligner que les deux paires de tourelles carrées qui jaillissent de part et d'autre de la naissance de l'abside et donnent à l'ensemble une si grande valeur esthétique, doivent être la transposition gothique d'une disposition existant déjà dans le chœur roman. En plus modeste - il n'y a qu'un couple de tourelles - une disposition voisine s'observe au chevet de la Trinité de Caen.
(extrait de : Normandie romane 1 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque (2. éd.), Coll. La nuit des Temps, 1975 pp. 54-61)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbatiale romane Notre-Dame (et église pré-romane Saint-Pierre) ; commune de Jumièges, Seine-Maritime 76, Haute-Normandie, France
La façade
... [M]assif occidental haut de trois étages qui fait une forte saillie en avant des tours ... Si les deux tours symétriques et le pignon qui les réunit préparent l'avenir et sont dans l'ascendance directe d'une foule de grandes façades postérieures, ce massif est en revanche l'ultime aboutissement d'une formule architecturale périmée, qui n'a laissé à l'Ouest du Rhin que peu de témoins reconnaissables au-dessus du sol; elle était déjà moribonde lors de la construction de Jumièges.
Les tours occidentales, implantées sur la première travée des collatéraux de la nef, sont dans l'ensemble symétriques. Conservées sur une hauteur de 46 m, elles offrent une puissante souche rectangulaire haute de 28 m, presque nue, puis deux étages, rectangulaires encore, décorés d'arcatures plaquées ; enfin deux niveaux octogonaux, de hauteur inégale. Avant la monarchie de Juillet, deux flèches de charpente, couvertes en tuiles, les terminaient. L'effet esthétique reste massif et statique : la souche, où rien ne souligne la verticalité, représente à elle seule les trois cinquièmes de l'élévation; quant aux quatre étages supérieurs, ils donnent, surtout à la tour de droite, une impression d'empilement bien plus que de progression. La souche, plus large que profonde (8 m 50 en façade sur 6 m 70 seulement en profondeur), est d'une nudité austère, presque agressive, qui permet d'en apprécier l'excellent appareil. Les seuls éléments de décor sont, en façade et en retour, au rez-de-chaussée, de hauts arcs de décharge aveugles, non moulurés, bien plus hauts que la porte principale de l'église, et aux angles extérieurs des rentrants qui dessinent une sorte de contrefort. Les ouvertures se réduisent à d'insignifiantes meurtrières au ras du sol ou à des trous de boulin.
Les étages rectangulaires sont légèrement dissemblables. Au Nord, l'étage inférieur comporte, sur trois faces, sept arcatures aveugles, très étroites et à angles vifs, retombant sur des pilastres de section carrée, tandis que la dernière face, celle du midi, ne compte que trois arcades, plus larges, mais également aveugles. Au-dessus d'une corniche dentelée, le niveau supérieur est percé sur chaque face d'une baie géminée encadrée de deux arcatures aveugles, les arcs retombant sur des colonnettes doubles à chapiteaux cubiques. Les angles de ces deux niveaux sont vifs. L'ordonnance est au total très voisine de ce que l'on trouve, un peu plus tard, aux tours occidentales de Saint-Etienne de Caen. A la tour du Sud, le parti adopté est un peu plus lourd : quatre arcatures seulement au premier niveau; deux baies géminées séparées par un épais massif nu au second étage; en compensation les angles sont amortis par des colonnettes engagées. Les étages octogonaux reposent sur leurs bases carrées au moyen de trompes. Au clocher Nord, l'étage du bas est beaucoup plus élevé que l'étage du haut; il comporte sur chaque face un arc en plein cintre retombant sur des colonnettes engagées; aux faces qui correspondent aux côtés droits de la souche, cet arc coiffe une baie géminée; aux faces qui correspondent aux côtés droits de la souche, cet arc coiffe une baie géminée; aux faces qui répondent aux angles, il n'est qu'un élément de décor dégageant un mur aveugle; un bandeau prolonge les tailloirs des colonnettes sur toute la longueur du parement. L'étage haut a une baie géminée perçant chaque face et se termine par une corniche à billettes supportée par de très gros modillons. La tour du Sud, où la recherche de l'élégance est plus poussée, présente une élévation assez différente : deux niveaux presque égaux, sur les faces d'angle de puissants contreforts plats, une seule baie sur les faces répondant aux côtés droits de la souche et un étage supérieur de plan ovale, presque circulaire (alors qu'à l'autre tour il reste nettement polygonal). Entre ces deux tours s'élève l'élément pour nous le plus original et le plus déroutant : ce massif occidental, formant avant-corps en saillie, épais de près de 3 m et haut de trois étages, jadis couvert d'un toit en faible pente s'appuyant sur le pignon de la nef. C'est le souvenir évident du Westbau des grandes églises carolingiennes et ottoniennes, presque aveugle vers l'extérieur, mais avec une tribune largement ouverte vers la nef de l'église. A Jumièges, la façade du massif occidental est traitée avec la même austérité que la souche des tours. Au rez-de-chaussée la porte principale passablement modeste, s'ouvre sous un arc en plein cintre non mouluré, légèrement surhaussé supporté de part et d'autre par une paire de colonnes assez trapues aux chapiteaux cubiques dépourvus de tout décor. Le premier étage est percé de trois baies plutôt étroites sans nulle mouluration; trois autres, un peu plus larges, percent également le niveau supérieur. Cette composition, médiocre selon notre esthétique actuelle, avait conduit plus d'un archéologue à penser que tout ce massif pouvait être une adjonction faite après coup... Mais l'examen rigoureux des maçonneries, ... a prouvé qu'il n'en était rien : le porche, la base des tours, la partie occidentale de la nef ont été élevés en même temps. En réalité, l'unité de conception est frappante à condition que l'on veuille bien regarder ce massif occidental non de l'extérieur, comme nous y sommes maintenant habitués, mais de l'intérieur de la nef, vers lequel il est tourné. Au rez-de-chaussée, le portail se prolonge directement par la porte d'entrée de l'église, légèrement plus étroite. Tout le premier étage, y compris ce qui correspond aux pans du mur nus de la façade, est occupé par une très large tribune à laquelle on accède par des escaliers logés dans les tours et qui communique (mais non au même niveau) avec les tribunes régnant sur les collatéraux de la nef. Cette tribune, qui s'ouvre sur l'église par une seule grande baie, presque aussi large que la nef elle-même, s'inscrit dans un grand arc en plein cintre légèrement surhaussé qui retombe sur de courtes demi-colonnes par des chapiteaux ornés de rinceaux. Cet aspect actuel resulte évidemment de nombreuses transformations : on observe des panneaux encadrés de moulures du XVIIe siècle... [L]a voûte de la tribune a été refaite au XVIIe siècle, puis en 1908 et les parties hautes du pignon qui reposent en porte-à-faux sur cette voûte ont été reprises en 1704. Les arrachements que l'on voit au mur occidental de l'ancienne tour centrale prouvent d'ailleurs que la pente des toits de la nef avait été modifiée au moins deux fois depuis l'origine, où elle était beaucoup moins accentuée.
La nef
... [C]'est l'extraordinaire perspective de la nef, rendue plus saisisissante encore par la disparition des couvertures - elle débouche en plein ciel - et par la nudité totale des murs qui ont perdu enduits et ornements peints. Son élévation comporte trois niveaux et elle compte huit travées, mais, du fait de l'alternance des supports - une colonne cylindrique alterne avec une pile rectangulaire - l'unité organique dans la composition est constituée par la double travée, regroupant deux grandes arcades au rez-de-chaussée, deux baies ouvrant sur les tribunes au premier étage et deux fenêtres hautes au second. La nef de Jumièges n'a jamais reçu
de vraies voûtes, bien que ses structures aient été dès l'origine parfaitement propres à recevoir des croisées d'ogives; on resta, à travers le Moyen Age tout entier, fidèle au plafond de charpente qui était encore de règle dans les grandes églises normandes au temps du Conquérant. L'alternance des supports apparaît à Jumièges pour la première fois dans l'histoire de l'architecture normande ... Les grandes arcades, en plein cintre, ont un double rouleau à angle vifs ; elles retombent, par l'intermédiaire de tailloirs chanfreinés assez minces, sur des chapiteaux cubiques à peine épannelés. Ceux de l'Ouest ont des ébauches de volutes d'angle et de console centrale, tandis que les plus proches du transept n'ont absolument aucun décor. Comme on l'a déjà indiqué, les supports sont alternativement des colonnes cylindriques aux bases à peine moulurées et des massifs rectangulaires cantonnés sur leurs quatre faces de demi-colonnes, celles qui sont tournées vers la nef étant les plus saillantes, le tout était d'une austérité extrême qui a chagriné les moines du XVIIe siècle ... Au-dessus de trois assises de mur nu, un bandeau saillant continu souligne la base du premier étage, celui des tribunes. A chaque travée, un arc en plein cintre à simple rouleau non mouluré, d'ouverture identique aux grandes arcades du rez-de-chaussée, mais d'élévation bien plus réduite, encadre un triplet de baies assez étroites ..., séparées jadis par de courtes colonnes qui ont toutes été arrachées par les Vandales du XIXe siècle; les tympans sont entièrement nus. Ces tribunes étaient encore vers 1825 partiellement voûtées de croisées d'arêtes, soutenues à chaque travée par des arcs-doubleaux.
Les fenêtres hautes sont séparées des tribunes par 3 m 50 de mur nu, scandé seulement, de deux travées en deux travées, par les demi-colonnes qui montaient de fond jusqu'aux fermes de la charpente. Ces fenêtres en plein cintre, hautes et peu ébrasées, ont un talus en pente très forte vers l'intérieur, en sorte que la lumière tombe plus aisément dans le vaisseau principal. Les dispositions des collatéraux ne se laissent plus complètement reconnaître que du côté du Nord, mais les dessins anciens montrent que l'élévation méridionale était presque identique. Chaque travée est séparée de sa voisine par un doubleau de section rectangulaire qui retombe d'une part sur la pile correspondante de la nef, de l'autre sur une demi-colonne adossée au mur extérieur. C'est seulement au débouché sur le transept que l'on observe des dispositions différentes : à droite comme à gauche les demi-colonnes recevant le doubleau sont remplacées par des colonnettes géminées assez courtes, dont les chapiteaux sont, au Nord, décorés de rinceaux, et qui reposent sur des socles élevés. On ignore les motifs de ce parti original qui se retrouve, ... à la dernière travée avant le transept de la Trinité de Caen ... Les bas-côtés ont des voûtes en croisée d'arêtes, très restaurées au début de notre siècle et d'ailleurs déformées par d'anciens tassements. Ils sont éclairés par de petites fenêtres en plein cintre assez ébrasées. Le parement extérieur du mur Nord a été très remanié à l'époque gothique; les contreforts plats romans qui l'étayaient toutes les deux travées n'existent plus qu'à proximité du transept. Un bandeau décoré de billettes prolonge les tailloirs des piédroits; il présente des décrochements difficiles à expliquer.
Le transept
Jumièges offre un excellent exemple de la fidélité des Normands à une tradition carolingienne : la tour-lanterne laissant tomber un flot de lumière au centre de l'église, sur la croisée du transept. Malheureusement il ne subsiste plus qu'une seule face de cette tour, celle de l'Ouest, flanquée à gauche de sa tourelle d'escalier. Suspendu presque miraculeusement en avant d'un chœur béant, ce mur a nécessité d'importants travaux de consolidation. Il a gardé presque toute son élévation ancienne, à l'exception d'une petite balustrade gothique qui courait à la base du toit. Celui-ci, en son dernier état, était en forme de pyramide très écrasée; jusqu'en 1557 cependant la tour avait été couverte d'une haute flèche en charpente revêtue de plomb. Le grand arc ouvrant de la nef sur la croisée est d'une incomparable majesté. Formé de deux rouleaux à angles vifs, il retombe de part et d'autre sur des chapiteaux cubiques qui sont au niveau de l'allège des fenêtres hautes de la nef. Fidèles jusqu'au bout à leur esthétique, les maîtres d'œuvre du XIe siècle y ont évité tout décor sculpté. Mais ils ont certainement change quelque peu de projet en cours d'exécution : le diamètre des demi-colonnes qui le supportent est légèrement plus grand en haut qu'en bas. Le mur occidental de la tour est à trois niveaux. Au plus bas, une baie en plein cintre aveuglée donnait sur les combles de la nef; ara niveau moyen, deux fenêtres sans autre décor qu'un bandeau prolongeant les tailloirs, avec un talus en très forte pente ; enfin à l'étage supérieur trois baies géminées qui, par une exception rare, ont gardé leurs colonnettes centrales. Une corniche à modillons recevait la base du toit. Du transept roman lui-même, il ne reste plus guère que le mur occidental et les arrachements des murs Nord et Sud, le tout en grande partie rhabillé dans les parties basses à l'époque gothique. Ce qui subsiste présente toutefois un extrême intérêt. D'abord en raison de l'existence, au niveau des fenêtres hautes, d'une étroite galerie de circulation courant entre je cœur du mur et quatre solides piliers rectangulaires recevant des arcs en plein cintre non moulurés : c'est un des premiers exemples, avec le transept de Bernay, de cette disposition qui deviendra si typique des grandes églises normandes de la fin du XIe siècle ... On se rappelle que la nef reste fidèle à la méthode inverse, celle du "mur mince" sans coursières logées dans l'épaisseur des maçonneries. Second aspect intéressant de ce transept : son décor, aux parties basses, était sensiblement moins austère que celui de la nef. On a en effet dégagé d'une pile gothique, à l'entrée du croisillon gauche, l'un des rares chapiteaux romans sculptés encore en place à Jumièges. Il figure, sur chaque face, un rinceau végétal d'une extrême élégance, habité par un oiseau, jadis rehaussé de couleurs - il subsiste dans les creux des traces de peinture rouge, toujours la plus tenace...
Le choeur
... [L]e chœur primitif a totalement disparu lors de la reconstruction du XIIIe siècle, elle-même peu lisible à travers les démolitions du XIXe siècle. Cependant les fouilles... ont su nous restituer en 1927 les principales dispositions du XIe siècle; on les voit encore partiellement dessinées au sol... Le chevet comportait d'abord deux chapelles assez courtes, aux murs épais, avec des absidioles semi-circulaires, ouvrant sur les extrémités de chaque croisillon. Le vaisseau principal avait deux travées droites et un hémicycle vraisemblablement supporté par six colonnes cylindriques de même type que les piles faibles de la nef. Les collatéraux de la nef se prolongeaient par un déambulatoire de même largeur, sans doute dépourvu de chapelles rayonnantes - mais le niveau auquel les constructions ont été arasées interdit à cet égard toute certitude catégorique. Ce déambulatoire devait être voûté d'arêtes tandis que l'abside paraît avoir reçu une voûte en cul-de-four. Les fondations de ce chœur roman ont supporté plus tard directement les maçonneries du chœur gothique : cela permet d'imaginer aisément les dimensions du sanctuaire primitif. Ce chœur de Jumièges ressemblait fort à celui du Mont-Saint-Michel roman, construit sans doute entre 1023 et 1048. S'il est vrai qu'il ne comportait pas de chapelles, il différait profondément de ce que l'on a trouvé à la cathédrale de Rouen et à l'abbatiale romane de Saint-Wandrille.
En sortant de Notre-Dame par l'extrémité du croisillon droit, [on se rend] directement aux ruines de Saint-Pierre, ... [par] l'étroit corridor gothique qui passe derrière la salle capitulaire et que la tradition baptise « passage Charles VII » : [on débouche] dans la nef de Saint-Pierre.
Saint-Pierre
Si discutés que soient les minces restes antérieurs au XIIIe siècle qui subsistent de l'église Saint-Pierre, une chose est certaine : ils sont plutôt préromans que vraiment romans. Leur intérêt n'en est pas moindre, bien au contraire. Quelle que soit la date qu'on leur assigne, ils représentent en effet le premier édifice religieux conservé au-dessus du sol qui ait été élevé en Haute-Normandie après l'installation des Scandinaves. On ne s'étonnera guère alors que Saint-Pierre apparaisse passablement isolé, sans homologue comme sans contexte, ni que les archéologues l'aient discuté avec passion.
Il s'agit d'une partie du massif occidental et de deux travées (à gauche - il n'y en a qu'une à droite) de la nef d'une église assez petite, qui ont été remployées à l'entrée de l'église actuelle, édifice des XIIIe et XIVe siècles... La façade occidentale proprement dite a disparu, ou plutôt elle se réduit à des arrachements informes. On distingue à droite et à gauche deux massifs de maçonnerie rectangulaires, dépourvus de leurs parements et conservés sur une hauteur de 4 à 5 m. Entre les deux s'ouvre un passage, jadis voûté en plein cintre, qui débouche dans l'église par un arc légèrement surbaissé large de 3 m 30 et sans mouluration. A l'examen, quand on les aborde par leur côté oriental, ces deux massifs se révèlent être creux; ils contiennent d'étroits escaliers symétriques qui montaient vers une tribune placée au premier étage au revers de la façade (ils sont aujourd'hui coupés par des murs plus récents). On ignore la disposition des parties hautes de ces massifs, qui pouvaient porter des tourelles de façade symétriques; celles-ci avaient en tout cas disparu dès le XVIIe siècle, où toute cette « avant-église » servit de parloir et de bibliothèque. Si, vue de l'Ouest, cette façade n'offre plus rien de déchiffrable, elle a, vue de l'Est, quand on se retourne après être entré dans la nef, une ordonnance de tout point remarquable. Au rez-de-chaussée, le large portail est cantonné à droite et à gauche des deux portes étroites qui permettaient d'accéder aux escaliers. Juste au-dessus de ces portes latérales, et presque au niveau du sommet du porche, le mur est, de part et d'autre, troué de médaillons circulaires de 85 cm dans le parement; le couple de médaillons du Nord est parfaitement conservé, celui du Sud n'a laissé que des traces. Au premier étage, une large baie murée, d'ouverture et de hauteur à peu près identiques au portail d'entrée, donnait sur une tribune occidentale ou une chapelle haute. Son arc en plein cintre repose sur les piédroits par l'intermédiaire de simples impostes chanfreinées ; à l'intrados se voient les traces importantes d'un décor peint, sans doute roman, en forme de grecques. A droite et à gauche de cette baie centrale, au-dessus des portes des escaliers, mais légèrement décalées vers les extrémités du mur, s'ouvrent des baies géminées inscrites dans un cadre rectangulaire dessiné par une dépression de la maçonnerie (1 m 85 x 1 m 57). Si le côté Sud a été remanié, on reconnaît parfaitement au Nord deux petits arcs en plein cintre, débouchés en 1933, retombant au milieu sur une colonnette monolithe au moyen d'un chapiteau très évasé. Les murs préromans, fort épais, s'arrêtent à peu de distance au-dessus du sommet de l'arc ouvrant sur la tribune ; toute la partie haute du pignon, plus mince, a été remontée à l'époque gothique et l'ensemble a été consolidé en 1926. Vers le Sud on distingue l'arrachement d'une toiture sensiblement plus basse... L'ordonnance de ce très curieux revers de façade se répète,... au mur goutterot Nord, le mieux conservé, sur deux travées. Au rez-de-chaussée, des arcades en plein cintre, larges et plutôt basses, ne débouchent aujourd'hui que sur le revers des murs de la salle capitulaire ; on peut supposer qu'elles donnaient primitivement accès aux collatéraux de l'ancienne église ou du moins à une galerie de circulation. Ces arcades reposent sur des piles carrées sans chapiteaux : de simples tablettes forment tailloir. Au-dessus de chaque arcade, un couple de médaillons creux répète ceux de la façace. Enfin, légèrement au-dessous du niveau des baies géminées de la façade, chaque travée à également son couple de baies, inscrit dans un grand arc de décharge et dégagé en 1860. Les colonnettes monolithes, dressées sur un socle élevé, sont l'une assez galbée, l'autre presque tronconique; elles supportent des chapiteaux sculptés de feuillages avec volutes d'angle ; celui de gauche a une console ornée de palmettes simulant des têtes. Ces chapiteaux, malheureusement "rajeunis" vers 1860 (mais un exemplaire authentique a été trouvé en 1926 en remontant le pignon occidental), sont coiffés de tailloirs très larges. Ces baies jumelles, qui n'ouvrent maintenant que sur le mur de la salle capitulaire, ont dû donner sur des tribunes. Toute la partie supérieure du mur goutterot est gothique, en sorte que l'on ignore si l'élévation primitive ne comportait pas un niveau de plus. Sans extrapoler beaucoup, on peut avancer que ces murs en tuf, d'un appareil assez médiocre en dehors des voussures des arcs, des piles du rez-de-chaussée et d'une esquisse d'opus spicatum au-dessus des baies géminées de l'Ouest, devaient porter un enduit décoré, peint ou stuqué. On imagine mal en effet quel serait le rôle des médaillons creux s'ils n'avaient encadré un motif peint, une mosaïque ou quelque chose d'analogue. L'abbé Cochet assurait en 1872 qu'ils « portaient des bustes peints de style grec dont on reconnaît les traces » : c'est tout à fait vraisemblable. Mais les références de comparaison font jusqu'ici défaut. Peut-être peut-on rapprocher ces médaillons des niches décoratives, également associées à des « bifo-res », que l'on observe à la nef de Bernay.
(extrait de : Normandie romane 2 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1975, pp. 59-126)
Eglise (partiellement) romane Saint-Etienne (Abbaye aux Hommes) ; commune de Caen, Calvados 14, Basse-Normandie, France
La façade
La façade de Saint-Étienne est le chef-d'œuvre du génie technique des architectes normands, ... C'est en effet à Saint-Étienne qu'apparaît la « façade harmonique normande » : les tours occidentales, d'élévation pratiquement identique, ont été plantées sur la première travée des collatéraux, alignés sur la porte principale de la nef, en sorte qu'une façade rectiligne remplace les « massifs occidentaux » faisant saillie en avant de la nef, d'un emploi normal jusque-là, et dont on voit encore un moignon plaqué sur la façade de Jumièges quelques décennies plus tôt... On ne peut l'apprécier vraiment qu'avec un certain recul. Les trois niveaux inférieurs, jusqu'à la naissance du comble de la nef, forment un bloc carré, presque aussi haut que large; ...La nudité de ce bloc est frappante : il faut y regarder à deux fois avant de découvrir quelques ornements purement géométriques aux voussures des trois portails (les tympans sont modernes) et un appareil décoratif au pignon de la nef. Le soin d'impressionner est abandonné uniquement à la netteté de l'appareil et aux lignes architecturales; d'abord et surtout aux quatre contreforts massifs qui soulignent la division de la nef et des tours, puis aux dix grandes fenêtres, dépourvues de tout ornement et même de toute mouluration, et aux cordons saillants qui prolongent leurs bases. L'étroitesse, je dirais presque l'humilité de la porte principale s'explique dans un sanctuaire monastique où le public n'avait accès qu'exceptionnellement.
Les tours, de plan carré et d'élévation identique, se divisent en trois étages égaux, dont la savante progression accentue et prolonge l'élan vers le ciel déjà donné à leurs souches par les contreforts. L'étage inférieur est absolument aveugle, orné seulement de bandes lombardes dessinant sept arcatures étroites sur chaque face. Le second niveau est déjà plus aéré et plus orné : il porte cinq arcatures, dessinées par des demi-colonnes jumelées, et deux de ces arcatures sont ouvertes. Le troisième niveau est largement percé et, pour un monument normand, abondamment décoré : à l'intérieur de deux grandes arcades à double rouleau s'ouvrent des baies géminées séparées par une colonne; toutes les archivoltes sont moulurées; les écoinçons sont décorés de pierres saillantes simulant des arcs en mitre et la corniche qui couronne cet étage, au lieu d'être simplement ornée de billettes comme aux autres niveaux, porte une série de gros modillons sculptés. Ainsi arrive à sa perfection la formule des grands clochers normands, progressivement élaborée dans tant d'églises rurales de la région caennaise. Façade et tours sont d'un seul jet et appartiennent au XIe siècle. Il est probable que des flèches en charpente les couronnaient à l'origine. Au XIIIe siècle, on les remplaça par de hautes flèches de pierre qui sont aussi exemplaires en leur genre et qui servirent de prototypes pour les plus belles flèches gothiques de la région, ... Leur modèle doit sans doute être le clocher Sud de la cathédrale de Chartres. Le principe commun, appliqué aux deux tours avec quelques variantes, est d'asseoir sur une base carrée une pyramide octogonale très effilée, en rachetant par des clochetons la différence entre le carré et l'octogone. A la tour Nord ces clochetons sont eux-mêmes octogonaux; à celle du Sud, dont le couronnement est un peu plus récent, ils sont triangulaires. La flèche du Nord est un peu plus haute que celle du Sud : 82 mètres contre 80. On a une autre vue, encore plus remarquable, sur les tours de Saint-Étienne en pénétrant dans le cloître du xvine siècle qui jouxte la nef au Sud. De là on aperçoit les tourelles d'escalier arrondies qui flanquent respectivement les angles Sud-Est et Nord-Est des tours (pl. 4) et l'harmonie qui règne entre la nef et les clochers apparaît pleinement.
La nef
La nef de Saint-Étienne, dans sa blanche nudité, est sans doute la plus parfaite expression de l'esthétique normande du XIe siècle. L'équilibre des pleins et des percées, des lignes verticales et horizontales est sans défaut. Le rythme des supports, suggéré par des moyens très discrets, enlève toute monotonie aux perspectives. Le décor s'efface devant la beauté de l'appareil, la netteté des lignes de force de la construction... La nef de Saint-Étienne est le triomphe d'une prudente hardiesse, qui essaie volontiers les solutions nouvelles, mais ne cherche jamais à les pousser jusqu'au bout, au détriment des traditions, de la mesure ou de la réflexion. Après la travée d'entrée, logée entre les deux tours et aujourd'hui coiffée par la tribune d'orgue, qui constitue une sorte de hors-d'œuvre, viennent huit travées égales, flanquées de collatéraux légèrement plus larges que la moitié du vaisseau principal. L'élévation latérale est formée de trois étages qui, à l'origine, lorsque la nef était simplement plafonnée, devaient avoir des hauteurs à peu près équivalentes. En bas, ce sont de grandes arcades en plein cintre, à double rouleau, l'angle de la voussure externe étant seul mouluré d'un tore cerné d'un cavet. Au premier étage, des arcades de même dessin et d'ouverture sensiblement égale ouvrent sur de vastes tribunes. Au second, la disposition primitive, avant la pose des voûtes, offrait, pour chaque groupe de deux travées, quatre grandes arcatures supportées par des colonnes cylindriques en avant d'une galerie de circulation ménagée dans l'épaisseur du mur, selon une formule particulièrement aimée par les maîtres d'œuvre normands. On voit que la travée n'est pas une unité élémentaire mécaniquement répétée, mais qu'elle s'insère dans une unité supérieure, englobant deux travées. Le fait est encore plus sensible si l'on examine les supports. Saint-Étienne offre un exemple fameux, et abondamment discuté, d'alternance des piles, mais cette alternance n'apparaît guère qu'à l'observateur prévenu. Si l'on regarde attentivement les demi-colonnes qui montent du fond du sol à la base du second étage, on constate qu'une sur deux, au lieu de s'appuyer directement sur le mur, repose sur un dosseret de plan rectangulaire, d'ailleurs assez mince. Dans l'état actuel des choses, cette alternance est parfaitement justifiée par les retombées des voûtes sexpar-tites : les piles faibles ne reçoivent qu'un doubleau, les piles fortes un doubleau et deux ogives. Mais peut-on raisonnablement admettre qu'un architecte du temps du Conquérant ait prévu ce système de voûtement, dont on ne connaît aucun exemple avant les abords de l'an 1100 ? C'est peu vraisemblable; en ce cas, d'ailleurs, il n'eût pas donné au dernier étage une structure incompatible avec des voûtes d'ogives, structure qu'il fallut bouleverser, comme on l'a dit, lorsque celles-ci furent réalisées. Ses intentions étaient-elles donc d'ordre uniquement esthétique ? L'opposition entre piles fortes et faibles est vraiment si discrète que cette hypothèse non plus n'est pas très convaincante. On a aussi pensé - et peut-être est-ce la bonne voie - à une autre explication : les piles fortes, à l'origine, auraient porté, comme jadis à Saint-Vigor de Bayeux et sans doute à Cerisy, des arcs diaphragmes jetés en travers de la nef et surmontés de murs droits montant jusqu'au comble, afin d'entraver la propagation des incendies dans les charpentes, si difficiles à combattre avec les moyens médiévaux. Quoi qu'il en soit, la chance constante de Saint-Étienne s'est manifestée ici aussi : les piles n'eurent besoin d'aucun remaniement quand les voûtes prirent la place du plafond primitif, sans doute vers 1130-1140. Les bas-côtés sont voûtés d'ogives beaucoup plus récentes, du XVe siècle probablement -les nervures pénètrent directement dans les supports sans chapiteau interposé; elles ont dû remplacer des voûtes d'arêtes. Les vastes tribunes du premier étage, dont la capacité permet presque de doubler le public admis aux grandes cérémonies, sont voûtées en demi-berceaux; des demi-doubleaux en quart de cercle épaulent la poussée des parties hautes de la nef et la transmettent aux murs latéraux des bas-côtés. Presque tout ceci a été restauré au XVIIe siècle, mais il est probable que l'on a maintenu ici comme ailleurs la disposition originelle. Les voûtes de la nef ... sont sexpartites. Chaque groupe de deux travées a reçu une croisée d'ogives soutenue en son milieu par un arc-doubleau. Le profil des nervures est déjà assez élaboré : il comporte un large boudin central cantonné de deux moulures toriques plus étroites. Les clefs ne sont pas ouvragées. Les ogives retombent sur de courtes colonnettes engagées, raccordées aux dosserets des piles fortes grâce à d'intéressants culots sculptés, dont quelques-uns portent des personnages grotesques. Un bandeau décoré de billettes court sur les tailloirs du niveau supérieur et à la base des fenêtres hautes. Presque partout le décor se réduit à un minimum. Les chapiteaux des grandes arcades et des tribunes ne portent guère qu'une ou deux rangées de crochets ou de feuilles stylisées à l'extrême; de rares têtes se logent parfois sous les consoles. Seul l'étage supérieur offre quelques variations, bien modestes d'ailleurs, et purement géométriques (sauf en ce qui concerne les culots) : des frettes crénelées cernent les fenêtres hautes et les petites baies annexes dissymétriques résultant du remaniement exigé par la pose des voûtes. Un décor peint palliait-il jadis à cette austérité ? Sans doute, mais il devait se réduire, comme à Cerisy, à des traits colorés soulignant les joints et à un semis de fleurettes.
Le transept
Le transept, où se termine vers l'Est ce qui subsiste de l'église romane, comporte deux croisillons assez courts sur lesquels ouvraient jadis des absidioles peu profondes, qui ont été remaniées au XIIIe siècle (seule celle du Sud a gardé son ancien plan au sol). Le trait le plus remarquable, typiquement normand -il se retrouve à Boscherville, à Cerisy et à Saint-Nicolas de Caen - est la présence de vastes tribunes régnant sur le fond de chaque croisillon et communiquant avec celles de la nef. Ces tribunes sont supportées par une pile plantée au milieu du croisillon ; l'espace inférieur est voûté d'arêtes, comme l'étaient primitivement les bas-côtés, et l'espace supérieur est, comme la nef, voûté d'ogives (mais ici la voûte a seulement quatre compartiments). La seule faiblesse esthétique de ce parti est la façon abrupte dont se termine à mi-hauteur la demi-colonne plaquée sur la face que la pile médiane tourne vers le vaisseau principal; cette maladresse se retrouve d'ailleurs dans les édifices apparentés. La croisée a gardé sa structure romane, d'une élégance surprenante si l'on songe à l'énorme tour-lanterne qu'elle supportait jusqu'en 1566 : elle mesurait environ 120 mètres de haut dans son dernier état. Seul l'étage inférieur de cette tour, de plan carré, est resté roman ; le haut, octogonal, est un pansement appliqué, au début du XVIIe siècle, sur la plaie béante laissée par l'effondrement; son style est vaguement gothique. On voit circuler, à l'étage roman, en arrière de courtes colonnes cylindriques, cette étroite galerie qui se prolonge à travers toutes les parties hautes des grandes églises normandes et permet l'inspection constante de leurs maçonneries.
L'extérieur
Saint-Étienne de Caen était autrefois une église largement dégagée. Les spéculations foncières des derniers bénédictins du XVIIIe siècle, puis des bourgeois caennais du XIXe ont rendu son flanc septentrional à peu près inaccessible. Mais du cloître de l'abbaye mauriste, devenue ... hôtel de ville, on garde les vues les plus admirables sur les parties romanes de l'édifice. Pour les apprécier, il faut se souvenir que la répartition primitive des masses différait assez de celle que nous voyons aujourd'hui : les tours de façade avaient sans doute des flèches en charpente plus courtes que les flèches de pierre du XIIIe siècle, tandis que la tour-lanterne était plus haute d'environ moitié. La silhouette longitudinale, avec un point culminant très marqué au-dessus de la croisée du transept, évoquait un peu celle qu'a maintenant la cathédrale de Rouen. Il est probable que cette énorme tour centrale, étant pour la majeure partie construite en charpente, avait plus d'une fois changé d'aspect au cours du Moyen Age.Le problème le plus intéressant que pose l'élévation latérale est celui du décor appliqué à l'étage supérieur. Les fenêtres hautes, à l'extérieur, sont inscrites dans une bande continue d'arcatures plaquées, supportées par de minces colonnettes encadrant un étroit pilastre. Deux arcatures aveugles séparent ainsi les baies les unes des autres. Ce parti, ..., fit ensuite largement école en Normandie et ailleurs. On s'est demandé si ce n'avait pas été l'apport personnel de Lanfranc, qui avait pu observer des décors analogues dans plusieurs églises d'Italie du Nord. Il donne à la partie haute de la nef une légèreté que n'a pas le mur du collatéral, lourdement rythmé par ses larges contreforts plats.
L'élévation du chevet, ..., est splendide, mais purement gothique, du début du XIIIe siècle. Il faut cependant souligner que les deux paires de tourelles carrées qui jaillissent de part et d'autre de la naissance de l'abside et donnent à l'ensemble une si grande valeur esthétique, doivent être la transposition gothique d'une disposition existant déjà dans le chœur roman. En plus modeste - il n'y a qu'un couple de tourelles - une disposition voisine s'observe au chevet de la Trinité de Caen.
(extrait de : Normandie romane 1 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque (2. éd.), Coll. La nuit des Temps, 1975 pp. 54-61)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
The crowning achievement for the Navy, the carrier can transport fighters and dropships all over the known galaxy.
(Image: Jared Rodriguez / t r u t h o u t; Adapted: TSgt Laura K. Smith / U.S. Air Force, athenamat)
Image paired with the story:
Cover-Ups to Protect US Murders in Afghanistan Continue Unabated
www.truthout.org/obamas-war-death-women-and-children-cove...
Adapted from:
Abbatiale romane Notre-Dame (et église pré-romane Saint-Pierre) ; commune de Jumièges, Seine-Maritime 76, Haute-Normandie, France
La façade
... [M]assif occidental haut de trois étages qui fait une forte saillie en avant des tours ... Si les deux tours symétriques et le pignon qui les réunit préparent l'avenir et sont dans l'ascendance directe d'une foule de grandes façades postérieures, ce massif est en revanche l'ultime aboutissement d'une formule architecturale périmée, qui n'a laissé à l'Ouest du Rhin que peu de témoins reconnaissables au-dessus du sol; elle était déjà moribonde lors de la construction de Jumièges.
Les tours occidentales, implantées sur la première travée des collatéraux de la nef, sont dans l'ensemble symétriques. Conservées sur une hauteur de 46 m, elles offrent une puissante souche rectangulaire haute de 28 m, presque nue, puis deux étages, rectangulaires encore, décorés d'arcatures plaquées ; enfin deux niveaux octogonaux, de hauteur inégale. Avant la monarchie de Juillet, deux flèches de charpente, couvertes en tuiles, les terminaient. L'effet esthétique reste massif et statique : la souche, où rien ne souligne la verticalité, représente à elle seule les trois cinquièmes de l'élévation; quant aux quatre étages supérieurs, ils donnent, surtout à la tour de droite, une impression d'empilement bien plus que de progression. La souche, plus large que profonde (8 m 50 en façade sur 6 m 70 seulement en profondeur), est d'une nudité austère, presque agressive, qui permet d'en apprécier l'excellent appareil. Les seuls éléments de décor sont, en façade et en retour, au rez-de-chaussée, de hauts arcs de décharge aveugles, non moulurés, bien plus hauts que la porte principale de l'église, et aux angles extérieurs des rentrants qui dessinent une sorte de contrefort. Les ouvertures se réduisent à d'insignifiantes meurtrières au ras du sol ou à des trous de boulin.
Les étages rectangulaires sont légèrement dissemblables. Au Nord, l'étage inférieur comporte, sur trois faces, sept arcatures aveugles, très étroites et à angles vifs, retombant sur des pilastres de section carrée, tandis que la dernière face, celle du midi, ne compte que trois arcades, plus larges, mais également aveugles. Au-dessus d'une corniche dentelée, le niveau supérieur est percé sur chaque face d'une baie géminée encadrée de deux arcatures aveugles, les arcs retombant sur des colonnettes doubles à chapiteaux cubiques. Les angles de ces deux niveaux sont vifs. L'ordonnance est au total très voisine de ce que l'on trouve, un peu plus tard, aux tours occidentales de Saint-Etienne de Caen. A la tour du Sud, le parti adopté est un peu plus lourd : quatre arcatures seulement au premier niveau; deux baies géminées séparées par un épais massif nu au second étage; en compensation les angles sont amortis par des colonnettes engagées. Les étages octogonaux reposent sur leurs bases carrées au moyen de trompes. Au clocher Nord, l'étage du bas est beaucoup plus élevé que l'étage du haut; il comporte sur chaque face un arc en plein cintre retombant sur des colonnettes engagées; aux faces qui correspondent aux côtés droits de la souche, cet arc coiffe une baie géminée; aux faces qui correspondent aux côtés droits de la souche, cet arc coiffe une baie géminée; aux faces qui répondent aux angles, il n'est qu'un élément de décor dégageant un mur aveugle; un bandeau prolonge les tailloirs des colonnettes sur toute la longueur du parement. L'étage haut a une baie géminée perçant chaque face et se termine par une corniche à billettes supportée par de très gros modillons. La tour du Sud, où la recherche de l'élégance est plus poussée, présente une élévation assez différente : deux niveaux presque égaux, sur les faces d'angle de puissants contreforts plats, une seule baie sur les faces répondant aux côtés droits de la souche et un étage supérieur de plan ovale, presque circulaire (alors qu'à l'autre tour il reste nettement polygonal). Entre ces deux tours s'élève l'élément pour nous le plus original et le plus déroutant : ce massif occidental, formant avant-corps en saillie, épais de près de 3 m et haut de trois étages, jadis couvert d'un toit en faible pente s'appuyant sur le pignon de la nef. C'est le souvenir évident du Westbau des grandes églises carolingiennes et ottoniennes, presque aveugle vers l'extérieur, mais avec une tribune largement ouverte vers la nef de l'église. A Jumièges, la façade du massif occidental est traitée avec la même austérité que la souche des tours. Au rez-de-chaussée la porte principale passablement modeste, s'ouvre sous un arc en plein cintre non mouluré, légèrement surhaussé supporté de part et d'autre par une paire de colonnes assez trapues aux chapiteaux cubiques dépourvus de tout décor. Le premier étage est percé de trois baies plutôt étroites sans nulle mouluration; trois autres, un peu plus larges, percent également le niveau supérieur. Cette composition, médiocre selon notre esthétique actuelle, avait conduit plus d'un archéologue à penser que tout ce massif pouvait être une adjonction faite après coup... Mais l'examen rigoureux des maçonneries, ... a prouvé qu'il n'en était rien : le porche, la base des tours, la partie occidentale de la nef ont été élevés en même temps. En réalité, l'unité de conception est frappante à condition que l'on veuille bien regarder ce massif occidental non de l'extérieur, comme nous y sommes maintenant habitués, mais de l'intérieur de la nef, vers lequel il est tourné. Au rez-de-chaussée, le portail se prolonge directement par la porte d'entrée de l'église, légèrement plus étroite. Tout le premier étage, y compris ce qui correspond aux pans du mur nus de la façade, est occupé par une très large tribune à laquelle on accède par des escaliers logés dans les tours et qui communique (mais non au même niveau) avec les tribunes régnant sur les collatéraux de la nef. Cette tribune, qui s'ouvre sur l'église par une seule grande baie, presque aussi large que la nef elle-même, s'inscrit dans un grand arc en plein cintre légèrement surhaussé qui retombe sur de courtes demi-colonnes par des chapiteaux ornés de rinceaux. Cet aspect actuel resulte évidemment de nombreuses transformations : on observe des panneaux encadrés de moulures du XVIIe siècle... [L]a voûte de la tribune a été refaite au XVIIe siècle, puis en 1908 et les parties hautes du pignon qui reposent en porte-à-faux sur cette voûte ont été reprises en 1704. Les arrachements que l'on voit au mur occidental de l'ancienne tour centrale prouvent d'ailleurs que la pente des toits de la nef avait été modifiée au moins deux fois depuis l'origine, où elle était beaucoup moins accentuée.
La nef
... [C]'est l'extraordinaire perspective de la nef, rendue plus saisisissante encore par la disparition des couvertures - elle débouche en plein ciel - et par la nudité totale des murs qui ont perdu enduits et ornements peints. Son élévation comporte trois niveaux et elle compte huit travées, mais, du fait de l'alternance des supports - une colonne cylindrique alterne avec une pile rectangulaire - l'unité organique dans la composition est constituée par la double travée, regroupant deux grandes arcades au rez-de-chaussée, deux baies ouvrant sur les tribunes au premier étage et deux fenêtres hautes au second. La nef de Jumièges n'a jamais reçu
de vraies voûtes, bien que ses structures aient été dès l'origine parfaitement propres à recevoir des croisées d'ogives; on resta, à travers le Moyen Age tout entier, fidèle au plafond de charpente qui était encore de règle dans les grandes églises normandes au temps du Conquérant. L'alternance des supports apparaît à Jumièges pour la première fois dans l'histoire de l'architecture normande ... Les grandes arcades, en plein cintre, ont un double rouleau à angle vifs ; elles retombent, par l'intermédiaire de tailloirs chanfreinés assez minces, sur des chapiteaux cubiques à peine épannelés. Ceux de l'Ouest ont des ébauches de volutes d'angle et de console centrale, tandis que les plus proches du transept n'ont absolument aucun décor. Comme on l'a déjà indiqué, les supports sont alternativement des colonnes cylindriques aux bases à peine moulurées et des massifs rectangulaires cantonnés sur leurs quatre faces de demi-colonnes, celles qui sont tournées vers la nef étant les plus saillantes, le tout était d'une austérité extrême qui a chagriné les moines du XVIIe siècle ... Au-dessus de trois assises de mur nu, un bandeau saillant continu souligne la base du premier étage, celui des tribunes. A chaque travée, un arc en plein cintre à simple rouleau non mouluré, d'ouverture identique aux grandes arcades du rez-de-chaussée, mais d'élévation bien plus réduite, encadre un triplet de baies assez étroites ..., séparées jadis par de courtes colonnes qui ont toutes été arrachées par les Vandales du XIXe siècle; les tympans sont entièrement nus. Ces tribunes étaient encore vers 1825 partiellement voûtées de croisées d'arêtes, soutenues à chaque travée par des arcs-doubleaux.
Les fenêtres hautes sont séparées des tribunes par 3 m 50 de mur nu, scandé seulement, de deux travées en deux travées, par les demi-colonnes qui montaient de fond jusqu'aux fermes de la charpente. Ces fenêtres en plein cintre, hautes et peu ébrasées, ont un talus en pente très forte vers l'intérieur, en sorte que la lumière tombe plus aisément dans le vaisseau principal. Les dispositions des collatéraux ne se laissent plus complètement reconnaître que du côté du Nord, mais les dessins anciens montrent que l'élévation méridionale était presque identique. Chaque travée est séparée de sa voisine par un doubleau de section rectangulaire qui retombe d'une part sur la pile correspondante de la nef, de l'autre sur une demi-colonne adossée au mur extérieur. C'est seulement au débouché sur le transept que l'on observe des dispositions différentes : à droite comme à gauche les demi-colonnes recevant le doubleau sont remplacées par des colonnettes géminées assez courtes, dont les chapiteaux sont, au Nord, décorés de rinceaux, et qui reposent sur des socles élevés. On ignore les motifs de ce parti original qui se retrouve, ... à la dernière travée avant le transept de la Trinité de Caen ... Les bas-côtés ont des voûtes en croisée d'arêtes, très restaurées au début de notre siècle et d'ailleurs déformées par d'anciens tassements. Ils sont éclairés par de petites fenêtres en plein cintre assez ébrasées. Le parement extérieur du mur Nord a été très remanié à l'époque gothique; les contreforts plats romans qui l'étayaient toutes les deux travées n'existent plus qu'à proximité du transept. Un bandeau décoré de billettes prolonge les tailloirs des piédroits; il présente des décrochements difficiles à expliquer.
Le transept
Jumièges offre un excellent exemple de la fidélité des Normands à une tradition carolingienne : la tour-lanterne laissant tomber un flot de lumière au centre de l'église, sur la croisée du transept. Malheureusement il ne subsiste plus qu'une seule face de cette tour, celle de l'Ouest, flanquée à gauche de sa tourelle d'escalier. Suspendu presque miraculeusement en avant d'un chœur béant, ce mur a nécessité d'importants travaux de consolidation. Il a gardé presque toute son élévation ancienne, à l'exception d'une petite balustrade gothique qui courait à la base du toit. Celui-ci, en son dernier état, était en forme de pyramide très écrasée; jusqu'en 1557 cependant la tour avait été couverte d'une haute flèche en charpente revêtue de plomb. Le grand arc ouvrant de la nef sur la croisée est d'une incomparable majesté. Formé de deux rouleaux à angles vifs, il retombe de part et d'autre sur des chapiteaux cubiques qui sont au niveau de l'allège des fenêtres hautes de la nef. Fidèles jusqu'au bout à leur esthétique, les maîtres d'œuvre du XIe siècle y ont évité tout décor sculpté. Mais ils ont certainement change quelque peu de projet en cours d'exécution : le diamètre des demi-colonnes qui le supportent est légèrement plus grand en haut qu'en bas. Le mur occidental de la tour est à trois niveaux. Au plus bas, une baie en plein cintre aveuglée donnait sur les combles de la nef; ara niveau moyen, deux fenêtres sans autre décor qu'un bandeau prolongeant les tailloirs, avec un talus en très forte pente ; enfin à l'étage supérieur trois baies géminées qui, par une exception rare, ont gardé leurs colonnettes centrales. Une corniche à modillons recevait la base du toit. Du transept roman lui-même, il ne reste plus guère que le mur occidental et les arrachements des murs Nord et Sud, le tout en grande partie rhabillé dans les parties basses à l'époque gothique. Ce qui subsiste présente toutefois un extrême intérêt. D'abord en raison de l'existence, au niveau des fenêtres hautes, d'une étroite galerie de circulation courant entre je cœur du mur et quatre solides piliers rectangulaires recevant des arcs en plein cintre non moulurés : c'est un des premiers exemples, avec le transept de Bernay, de cette disposition qui deviendra si typique des grandes églises normandes de la fin du XIe siècle ... On se rappelle que la nef reste fidèle à la méthode inverse, celle du "mur mince" sans coursières logées dans l'épaisseur des maçonneries. Second aspect intéressant de ce transept : son décor, aux parties basses, était sensiblement moins austère que celui de la nef. On a en effet dégagé d'une pile gothique, à l'entrée du croisillon gauche, l'un des rares chapiteaux romans sculptés encore en place à Jumièges. Il figure, sur chaque face, un rinceau végétal d'une extrême élégance, habité par un oiseau, jadis rehaussé de couleurs - il subsiste dans les creux des traces de peinture rouge, toujours la plus tenace...
Le choeur
... [L]e chœur primitif a totalement disparu lors de la reconstruction du XIIIe siècle, elle-même peu lisible à travers les démolitions du XIXe siècle. Cependant les fouilles... ont su nous restituer en 1927 les principales dispositions du XIe siècle; on les voit encore partiellement dessinées au sol... Le chevet comportait d'abord deux chapelles assez courtes, aux murs épais, avec des absidioles semi-circulaires, ouvrant sur les extrémités de chaque croisillon. Le vaisseau principal avait deux travées droites et un hémicycle vraisemblablement supporté par six colonnes cylindriques de même type que les piles faibles de la nef. Les collatéraux de la nef se prolongeaient par un déambulatoire de même largeur, sans doute dépourvu de chapelles rayonnantes - mais le niveau auquel les constructions ont été arasées interdit à cet égard toute certitude catégorique. Ce déambulatoire devait être voûté d'arêtes tandis que l'abside paraît avoir reçu une voûte en cul-de-four. Les fondations de ce chœur roman ont supporté plus tard directement les maçonneries du chœur gothique : cela permet d'imaginer aisément les dimensions du sanctuaire primitif. Ce chœur de Jumièges ressemblait fort à celui du Mont-Saint-Michel roman, construit sans doute entre 1023 et 1048. S'il est vrai qu'il ne comportait pas de chapelles, il différait profondément de ce que l'on a trouvé à la cathédrale de Rouen et à l'abbatiale romane de Saint-Wandrille.
En sortant de Notre-Dame par l'extrémité du croisillon droit, [on se rend] directement aux ruines de Saint-Pierre, ... [par] l'étroit corridor gothique qui passe derrière la salle capitulaire et que la tradition baptise « passage Charles VII » : [on débouche] dans la nef de Saint-Pierre.
Saint-Pierre
Si discutés que soient les minces restes antérieurs au XIIIe siècle qui subsistent de l'église Saint-Pierre, une chose est certaine : ils sont plutôt préromans que vraiment romans. Leur intérêt n'en est pas moindre, bien au contraire. Quelle que soit la date qu'on leur assigne, ils représentent en effet le premier édifice religieux conservé au-dessus du sol qui ait été élevé en Haute-Normandie après l'installation des Scandinaves. On ne s'étonnera guère alors que Saint-Pierre apparaisse passablement isolé, sans homologue comme sans contexte, ni que les archéologues l'aient discuté avec passion.
Il s'agit d'une partie du massif occidental et de deux travées (à gauche - il n'y en a qu'une à droite) de la nef d'une église assez petite, qui ont été remployées à l'entrée de l'église actuelle, édifice des XIIIe et XIVe siècles... La façade occidentale proprement dite a disparu, ou plutôt elle se réduit à des arrachements informes. On distingue à droite et à gauche deux massifs de maçonnerie rectangulaires, dépourvus de leurs parements et conservés sur une hauteur de 4 à 5 m. Entre les deux s'ouvre un passage, jadis voûté en plein cintre, qui débouche dans l'église par un arc légèrement surbaissé large de 3 m 30 et sans mouluration. A l'examen, quand on les aborde par leur côté oriental, ces deux massifs se révèlent être creux; ils contiennent d'étroits escaliers symétriques qui montaient vers une tribune placée au premier étage au revers de la façade (ils sont aujourd'hui coupés par des murs plus récents). On ignore la disposition des parties hautes de ces massifs, qui pouvaient porter des tourelles de façade symétriques; celles-ci avaient en tout cas disparu dès le XVIIe siècle, où toute cette « avant-église » servit de parloir et de bibliothèque. Si, vue de l'Ouest, cette façade n'offre plus rien de déchiffrable, elle a, vue de l'Est, quand on se retourne après être entré dans la nef, une ordonnance de tout point remarquable. Au rez-de-chaussée, le large portail est cantonné à droite et à gauche des deux portes étroites qui permettaient d'accéder aux escaliers. Juste au-dessus de ces portes latérales, et presque au niveau du sommet du porche, le mur est, de part et d'autre, troué de médaillons circulaires de 85 cm dans le parement; le couple de médaillons du Nord est parfaitement conservé, celui du Sud n'a laissé que des traces. Au premier étage, une large baie murée, d'ouverture et de hauteur à peu près identiques au portail d'entrée, donnait sur une tribune occidentale ou une chapelle haute. Son arc en plein cintre repose sur les piédroits par l'intermédiaire de simples impostes chanfreinées ; à l'intrados se voient les traces importantes d'un décor peint, sans doute roman, en forme de grecques. A droite et à gauche de cette baie centrale, au-dessus des portes des escaliers, mais légèrement décalées vers les extrémités du mur, s'ouvrent des baies géminées inscrites dans un cadre rectangulaire dessiné par une dépression de la maçonnerie (1 m 85 x 1 m 57). Si le côté Sud a été remanié, on reconnaît parfaitement au Nord deux petits arcs en plein cintre, débouchés en 1933, retombant au milieu sur une colonnette monolithe au moyen d'un chapiteau très évasé. Les murs préromans, fort épais, s'arrêtent à peu de distance au-dessus du sommet de l'arc ouvrant sur la tribune ; toute la partie haute du pignon, plus mince, a été remontée à l'époque gothique et l'ensemble a été consolidé en 1926. Vers le Sud on distingue l'arrachement d'une toiture sensiblement plus basse... L'ordonnance de ce très curieux revers de façade se répète,... au mur goutterot Nord, le mieux conservé, sur deux travées. Au rez-de-chaussée, des arcades en plein cintre, larges et plutôt basses, ne débouchent aujourd'hui que sur le revers des murs de la salle capitulaire ; on peut supposer qu'elles donnaient primitivement accès aux collatéraux de l'ancienne église ou du moins à une galerie de circulation. Ces arcades reposent sur des piles carrées sans chapiteaux : de simples tablettes forment tailloir. Au-dessus de chaque arcade, un couple de médaillons creux répète ceux de la façace. Enfin, légèrement au-dessous du niveau des baies géminées de la façade, chaque travée à également son couple de baies, inscrit dans un grand arc de décharge et dégagé en 1860. Les colonnettes monolithes, dressées sur un socle élevé, sont l'une assez galbée, l'autre presque tronconique; elles supportent des chapiteaux sculptés de feuillages avec volutes d'angle ; celui de gauche a une console ornée de palmettes simulant des têtes. Ces chapiteaux, malheureusement "rajeunis" vers 1860 (mais un exemplaire authentique a été trouvé en 1926 en remontant le pignon occidental), sont coiffés de tailloirs très larges. Ces baies jumelles, qui n'ouvrent maintenant que sur le mur de la salle capitulaire, ont dû donner sur des tribunes. Toute la partie supérieure du mur goutterot est gothique, en sorte que l'on ignore si l'élévation primitive ne comportait pas un niveau de plus. Sans extrapoler beaucoup, on peut avancer que ces murs en tuf, d'un appareil assez médiocre en dehors des voussures des arcs, des piles du rez-de-chaussée et d'une esquisse d'opus spicatum au-dessus des baies géminées de l'Ouest, devaient porter un enduit décoré, peint ou stuqué. On imagine mal en effet quel serait le rôle des médaillons creux s'ils n'avaient encadré un motif peint, une mosaïque ou quelque chose d'analogue. L'abbé Cochet assurait en 1872 qu'ils « portaient des bustes peints de style grec dont on reconnaît les traces » : c'est tout à fait vraisemblable. Mais les références de comparaison font jusqu'ici défaut. Peut-être peut-on rapprocher ces médaillons des niches décoratives, également associées à des « bifo-res », que l'on observe à la nef de Bernay.
(extrait de : Normandie romane 2 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque, Coll. La nuit des Temps, 1975, pp. 59-126)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Eglise (partiellement) romane Saint-Etienne (Abbaye aux Hommes) ; commune de Caen, Calvados 14, Basse-Normandie, France
La façade
La façade de Saint-Étienne est le chef-d'œuvre du génie technique des architectes normands, ... C'est en effet à Saint-Étienne qu'apparaît la « façade harmonique normande » : les tours occidentales, d'élévation pratiquement identique, ont été plantées sur la première travée des collatéraux, alignés sur la porte principale de la nef, en sorte qu'une façade rectiligne remplace les « massifs occidentaux » faisant saillie en avant de la nef, d'un emploi normal jusque-là, et dont on voit encore un moignon plaqué sur la façade de Jumièges quelques décennies plus tôt... On ne peut l'apprécier vraiment qu'avec un certain recul. Les trois niveaux inférieurs, jusqu'à la naissance du comble de la nef, forment un bloc carré, presque aussi haut que large; ...La nudité de ce bloc est frappante : il faut y regarder à deux fois avant de découvrir quelques ornements purement géométriques aux voussures des trois portails (les tympans sont modernes) et un appareil décoratif au pignon de la nef. Le soin d'impressionner est abandonné uniquement à la netteté de l'appareil et aux lignes architecturales; d'abord et surtout aux quatre contreforts massifs qui soulignent la division de la nef et des tours, puis aux dix grandes fenêtres, dépourvues de tout ornement et même de toute mouluration, et aux cordons saillants qui prolongent leurs bases. L'étroitesse, je dirais presque l'humilité de la porte principale s'explique dans un sanctuaire monastique où le public n'avait accès qu'exceptionnellement.
Les tours, de plan carré et d'élévation identique, se divisent en trois étages égaux, dont la savante progression accentue et prolonge l'élan vers le ciel déjà donné à leurs souches par les contreforts. L'étage inférieur est absolument aveugle, orné seulement de bandes lombardes dessinant sept arcatures étroites sur chaque face. Le second niveau est déjà plus aéré et plus orné : il porte cinq arcatures, dessinées par des demi-colonnes jumelées, et deux de ces arcatures sont ouvertes. Le troisième niveau est largement percé et, pour un monument normand, abondamment décoré : à l'intérieur de deux grandes arcades à double rouleau s'ouvrent des baies géminées séparées par une colonne; toutes les archivoltes sont moulurées; les écoinçons sont décorés de pierres saillantes simulant des arcs en mitre et la corniche qui couronne cet étage, au lieu d'être simplement ornée de billettes comme aux autres niveaux, porte une série de gros modillons sculptés. Ainsi arrive à sa perfection la formule des grands clochers normands, progressivement élaborée dans tant d'églises rurales de la région caennaise. Façade et tours sont d'un seul jet et appartiennent au XIe siècle. Il est probable que des flèches en charpente les couronnaient à l'origine. Au XIIIe siècle, on les remplaça par de hautes flèches de pierre qui sont aussi exemplaires en leur genre et qui servirent de prototypes pour les plus belles flèches gothiques de la région, ... Leur modèle doit sans doute être le clocher Sud de la cathédrale de Chartres. Le principe commun, appliqué aux deux tours avec quelques variantes, est d'asseoir sur une base carrée une pyramide octogonale très effilée, en rachetant par des clochetons la différence entre le carré et l'octogone. A la tour Nord ces clochetons sont eux-mêmes octogonaux; à celle du Sud, dont le couronnement est un peu plus récent, ils sont triangulaires. La flèche du Nord est un peu plus haute que celle du Sud : 82 mètres contre 80. On a une autre vue, encore plus remarquable, sur les tours de Saint-Étienne en pénétrant dans le cloître du xvine siècle qui jouxte la nef au Sud. De là on aperçoit les tourelles d'escalier arrondies qui flanquent respectivement les angles Sud-Est et Nord-Est des tours (pl. 4) et l'harmonie qui règne entre la nef et les clochers apparaît pleinement.
La nef
La nef de Saint-Étienne, dans sa blanche nudité, est sans doute la plus parfaite expression de l'esthétique normande du XIe siècle. L'équilibre des pleins et des percées, des lignes verticales et horizontales est sans défaut. Le rythme des supports, suggéré par des moyens très discrets, enlève toute monotonie aux perspectives. Le décor s'efface devant la beauté de l'appareil, la netteté des lignes de force de la construction... La nef de Saint-Étienne est le triomphe d'une prudente hardiesse, qui essaie volontiers les solutions nouvelles, mais ne cherche jamais à les pousser jusqu'au bout, au détriment des traditions, de la mesure ou de la réflexion. Après la travée d'entrée, logée entre les deux tours et aujourd'hui coiffée par la tribune d'orgue, qui constitue une sorte de hors-d'œuvre, viennent huit travées égales, flanquées de collatéraux légèrement plus larges que la moitié du vaisseau principal. L'élévation latérale est formée de trois étages qui, à l'origine, lorsque la nef était simplement plafonnée, devaient avoir des hauteurs à peu près équivalentes. En bas, ce sont de grandes arcades en plein cintre, à double rouleau, l'angle de la voussure externe étant seul mouluré d'un tore cerné d'un cavet. Au premier étage, des arcades de même dessin et d'ouverture sensiblement égale ouvrent sur de vastes tribunes. Au second, la disposition primitive, avant la pose des voûtes, offrait, pour chaque groupe de deux travées, quatre grandes arcatures supportées par des colonnes cylindriques en avant d'une galerie de circulation ménagée dans l'épaisseur du mur, selon une formule particulièrement aimée par les maîtres d'œuvre normands. On voit que la travée n'est pas une unité élémentaire mécaniquement répétée, mais qu'elle s'insère dans une unité supérieure, englobant deux travées. Le fait est encore plus sensible si l'on examine les supports. Saint-Étienne offre un exemple fameux, et abondamment discuté, d'alternance des piles, mais cette alternance n'apparaît guère qu'à l'observateur prévenu. Si l'on regarde attentivement les demi-colonnes qui montent du fond du sol à la base du second étage, on constate qu'une sur deux, au lieu de s'appuyer directement sur le mur, repose sur un dosseret de plan rectangulaire, d'ailleurs assez mince. Dans l'état actuel des choses, cette alternance est parfaitement justifiée par les retombées des voûtes sexpar-tites : les piles faibles ne reçoivent qu'un doubleau, les piles fortes un doubleau et deux ogives. Mais peut-on raisonnablement admettre qu'un architecte du temps du Conquérant ait prévu ce système de voûtement, dont on ne connaît aucun exemple avant les abords de l'an 1100 ? C'est peu vraisemblable; en ce cas, d'ailleurs, il n'eût pas donné au dernier étage une structure incompatible avec des voûtes d'ogives, structure qu'il fallut bouleverser, comme on l'a dit, lorsque celles-ci furent réalisées. Ses intentions étaient-elles donc d'ordre uniquement esthétique ? L'opposition entre piles fortes et faibles est vraiment si discrète que cette hypothèse non plus n'est pas très convaincante. On a aussi pensé - et peut-être est-ce la bonne voie - à une autre explication : les piles fortes, à l'origine, auraient porté, comme jadis à Saint-Vigor de Bayeux et sans doute à Cerisy, des arcs diaphragmes jetés en travers de la nef et surmontés de murs droits montant jusqu'au comble, afin d'entraver la propagation des incendies dans les charpentes, si difficiles à combattre avec les moyens médiévaux. Quoi qu'il en soit, la chance constante de Saint-Étienne s'est manifestée ici aussi : les piles n'eurent besoin d'aucun remaniement quand les voûtes prirent la place du plafond primitif, sans doute vers 1130-1140. Les bas-côtés sont voûtés d'ogives beaucoup plus récentes, du XVe siècle probablement -les nervures pénètrent directement dans les supports sans chapiteau interposé; elles ont dû remplacer des voûtes d'arêtes. Les vastes tribunes du premier étage, dont la capacité permet presque de doubler le public admis aux grandes cérémonies, sont voûtées en demi-berceaux; des demi-doubleaux en quart de cercle épaulent la poussée des parties hautes de la nef et la transmettent aux murs latéraux des bas-côtés. Presque tout ceci a été restauré au XVIIe siècle, mais il est probable que l'on a maintenu ici comme ailleurs la disposition originelle. Les voûtes de la nef ... sont sexpartites. Chaque groupe de deux travées a reçu une croisée d'ogives soutenue en son milieu par un arc-doubleau. Le profil des nervures est déjà assez élaboré : il comporte un large boudin central cantonné de deux moulures toriques plus étroites. Les clefs ne sont pas ouvragées. Les ogives retombent sur de courtes colonnettes engagées, raccordées aux dosserets des piles fortes grâce à d'intéressants culots sculptés, dont quelques-uns portent des personnages grotesques. Un bandeau décoré de billettes court sur les tailloirs du niveau supérieur et à la base des fenêtres hautes. Presque partout le décor se réduit à un minimum. Les chapiteaux des grandes arcades et des tribunes ne portent guère qu'une ou deux rangées de crochets ou de feuilles stylisées à l'extrême; de rares têtes se logent parfois sous les consoles. Seul l'étage supérieur offre quelques variations, bien modestes d'ailleurs, et purement géométriques (sauf en ce qui concerne les culots) : des frettes crénelées cernent les fenêtres hautes et les petites baies annexes dissymétriques résultant du remaniement exigé par la pose des voûtes. Un décor peint palliait-il jadis à cette austérité ? Sans doute, mais il devait se réduire, comme à Cerisy, à des traits colorés soulignant les joints et à un semis de fleurettes.
Le transept
Le transept, où se termine vers l'Est ce qui subsiste de l'église romane, comporte deux croisillons assez courts sur lesquels ouvraient jadis des absidioles peu profondes, qui ont été remaniées au XIIIe siècle (seule celle du Sud a gardé son ancien plan au sol). Le trait le plus remarquable, typiquement normand -il se retrouve à Boscherville, à Cerisy et à Saint-Nicolas de Caen - est la présence de vastes tribunes régnant sur le fond de chaque croisillon et communiquant avec celles de la nef. Ces tribunes sont supportées par une pile plantée au milieu du croisillon ; l'espace inférieur est voûté d'arêtes, comme l'étaient primitivement les bas-côtés, et l'espace supérieur est, comme la nef, voûté d'ogives (mais ici la voûte a seulement quatre compartiments). La seule faiblesse esthétique de ce parti est la façon abrupte dont se termine à mi-hauteur la demi-colonne plaquée sur la face que la pile médiane tourne vers le vaisseau principal; cette maladresse se retrouve d'ailleurs dans les édifices apparentés. La croisée a gardé sa structure romane, d'une élégance surprenante si l'on songe à l'énorme tour-lanterne qu'elle supportait jusqu'en 1566 : elle mesurait environ 120 mètres de haut dans son dernier état. Seul l'étage inférieur de cette tour, de plan carré, est resté roman ; le haut, octogonal, est un pansement appliqué, au début du XVIIe siècle, sur la plaie béante laissée par l'effondrement; son style est vaguement gothique. On voit circuler, à l'étage roman, en arrière de courtes colonnes cylindriques, cette étroite galerie qui se prolonge à travers toutes les parties hautes des grandes églises normandes et permet l'inspection constante de leurs maçonneries.
L'extérieur
Saint-Étienne de Caen était autrefois une église largement dégagée. Les spéculations foncières des derniers bénédictins du XVIIIe siècle, puis des bourgeois caennais du XIXe ont rendu son flanc septentrional à peu près inaccessible. Mais du cloître de l'abbaye mauriste, devenue ... hôtel de ville, on garde les vues les plus admirables sur les parties romanes de l'édifice. Pour les apprécier, il faut se souvenir que la répartition primitive des masses différait assez de celle que nous voyons aujourd'hui : les tours de façade avaient sans doute des flèches en charpente plus courtes que les flèches de pierre du XIIIe siècle, tandis que la tour-lanterne était plus haute d'environ moitié. La silhouette longitudinale, avec un point culminant très marqué au-dessus de la croisée du transept, évoquait un peu celle qu'a maintenant la cathédrale de Rouen. Il est probable que cette énorme tour centrale, étant pour la majeure partie construite en charpente, avait plus d'une fois changé d'aspect au cours du Moyen Age.Le problème le plus intéressant que pose l'élévation latérale est celui du décor appliqué à l'étage supérieur. Les fenêtres hautes, à l'extérieur, sont inscrites dans une bande continue d'arcatures plaquées, supportées par de minces colonnettes encadrant un étroit pilastre. Deux arcatures aveugles séparent ainsi les baies les unes des autres. Ce parti, ..., fit ensuite largement école en Normandie et ailleurs. On s'est demandé si ce n'avait pas été l'apport personnel de Lanfranc, qui avait pu observer des décors analogues dans plusieurs églises d'Italie du Nord. Il donne à la partie haute de la nef une légèreté que n'a pas le mur du collatéral, lourdement rythmé par ses larges contreforts plats.
L'élévation du chevet, ..., est splendide, mais purement gothique, du début du XIIIe siècle. Il faut cependant souligner que les deux paires de tourelles carrées qui jaillissent de part et d'autre de la naissance de l'abside et donnent à l'ensemble une si grande valeur esthétique, doivent être la transposition gothique d'une disposition existant déjà dans le chœur roman. En plus modeste - il n'y a qu'un couple de tourelles - une disposition voisine s'observe au chevet de la Trinité de Caen.
(extrait de : Normandie romane 1 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque (2. éd.), Coll. La nuit des Temps, 1975 pp. 54-61)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
「Collateral」
Vincent (Tom Cruise)
12'' action figure
Taken @ Taipei Walker 7th Flea Market
Sculpted By Feng' s Studio
cross section: Zea stem
magnification: 100x
Berkshire Community College Bioscience Image Library
The vascular bundles in the roots and stems of monocots are typically closed, meaning the xylem and phloem are adjacent to each other. There is no vascular cambium, limiting the possibility of secondary growth. The vascular tissues are often wrapped in a bundle sheath of starch containing parenchyma or, in the case of Zea, supportive, heavy walled sclerenchyma.
The vascular bundles in the stem of the monocot Zea are both closed and collateral, meaning xylem and phloem are adjacent to each other and occupy the same radii on the stem axis. Cambium is lacking so no secondary growth is possible.
Technical Questions:bioimagesoer@gmail.com
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Cathédrale (partiellement) romane Saint-Martin ; commune de Mayence (Mainz), Rhénanie-Palatinat, Allemagne
La cathédrale Saint-Martin de Mayence (en allemand Mainzer Dom ou Hoher Dom zu Mainz) est le siège du diocèse de Mayence en Allemagne. Son saint patron est Martin de Tours, l'un des Pères de l'Église. Son chœur est dédié à saint Étienne, premier martyr chrétien. La base de sa construction est une « basilique à colonnes » d'architecture romane possédant trois nefs (fin du Xe siècle), à laquelle ont été ajoutés par la suite des éléments gothiques et baroques (XVIIe et XVIIIe siècles).
Probablement peu après sa nomination en 975, l'archevêque de l'époque, Willigis, décida de la construction d'une nouvelle cathédrale de style ottonien.... Willigis avait fait construire d'emblée une « basilique à colonnes » possédant deux chœurs, deux collatéraux de part et d'autre de la nef centrale et six tours. En forme de croix latine, elle ne possédait encore aucune voûte en raison de sa taille. Le sous-sol était encore de type marécageux à cause de la proximité du Rhin ce qui a posé des problèmes avec les fondations au cours des siècles. Malgré divers ajouts et modifications, la cathédrale a gardé cette forme générale. Une petite église mariale indépendante y était reliée depuis l'est par une colonnade ; au cours du temps, cette église s'est transformée en la grande église diocésaine Sainte-Marie aux Marches (aussi Liebfrauenkirche - en français : église Notre-Dame). ... Les couleurs de la cathédrale à cette époque restent aujourd'hui un domaine de recherche important pour le conservateur. Ce n’est qu'en 2002, lors de la rénovation de la partie est, qui conserve beaucoup d’éléments de la construction originale, que des découvertes ont permis d’établir l’apparence de la cathédrale avant les travaux de l’empereur Henri IV. Par la suite, en effet, l'extérieur de la cathédrale a été blanchi à l’exception des bandes murales verticales (lésènes) et des corniches. L’intérieur a probablement été blanchi à son tour au XIe siècle durant l’épiscopat de Bardo ; la distribution de l’époque n’a toutefois pas grand-chose à voir avec celle d’aujourd'hui. ... La décoration en couleurs du Moyen Âge tardif est quasiment inconnue. Il est toutefois possible que les travaux de restauration à venir nous donnent des indications. On connait davantage les couleurs durant la période baroque et au XXe siècle. ...
La plupart des églises de l'époque avaient un chœur principal situé à l'est (chœur dit « orienté »). Willigis fit construire a contrario un édifice dirigé vers l'ouest à l'instar des grandes cathédrales de Rome. L'édifice de Willigis, avec son atrium faisant face à l'église, ses arcades et sa nef de décharge à l'ouest, offre une ressemblance particulière avec l’ancienne basilique Saint-Pierre de Rome, et il entrait en effet certainement dans les intentions de l'ambitieux archevêque de Mayence de fonder ses prétentions au pouvoir par cette réminiscence architecturale : vers la fin du premier millénaire, les rôles politiques dans le Saint-Empire n'étaient pas aussi clairement définis qu'ils allaient le devenir peu à peu au cours du Moyen Âge. Le 29 août 1009, jour prévu de la consécration (mais d'autres sources évoquent le 28 août), un incendie ravagea l'édifice. L’origine de ce sinistre est attribuée aux lustres suspendus dans la cathédrale à l'occasion de la cérémonie, car il était fréquent au Moyen Âge d'éclairer les églises avec des torches pour ce genre d'occasion. ... Sous le règne des successeurs immédiats de Willigis, Erkanbald et Aribon, La cathédrale resta en chantier. Il devait revenir à l'archevêque Bardo (1031-1051) de parachever l'œuvre de ses prédécesseurs, si bien que c'est le 10 novembre 1036 qu'en présence de l'empereur Conrad II la cathédrale fut consacrée.
Le financement de l'empereur Henri IV du Saint-Empire a une grande importance dans la construction de la cathédrale. L'incendie de 1091 avait alors gravement endommagé l'édifice. Ainsi, vers 1100, Henri IV, qui avait aussi fait restructurer la Cathédrale de Spire, commença des aménagements de la cathédrale abîmée en s'inspirant du style lombard. À l'extrémité du chœur est, il fit construire une abside à arcades fausses avec un déambulatoire, similaire à celle de Spire, et remplaça la tour d'origine, probablement carrée, par une coupole octogonale. Sous le chœur orienté, l'empereur ordonna le creusement d'une crypte tripartite, qui pour le style empruntait sans doute également à la cathédrale de Spire. Celle-ci devait cependant être démantelée au cours du chantier, en tout cas avant 1230, au profit du rétablissement d'une continuité de niveau du plancher. En outre, sous le règne de l'empereur Henri IV, la partie orientale de la nef fut rehaussée et deux grands portiques à colonnade, qui comptent parmi les plus anciens à ce jour, furent édifiés près de l'abside. En 1106, à la mort de l'empereur et donateur, plusieurs parties de l'édifice étaient encore en travaux. On peut encore le voir aujourd’hui : tandis que la porte méridionale arbore de précieux chapiteaux richement ouvragés, les chapiteaux de la porte septentrionale et du triforium sont restés inachevés jusqu'à ce jour. ... La cathédrale de Mayence, par le fait qu'avec Henri IV un empereur s'y est appliqué, appartient, avec la cathédrale de Worms et la cathédrale de Spire aux trois cathédrales impériales de Rhénanie.
Le sens ou l'idée qui se cachent derrière la structure à double chœur font toujours objet de débat. Avant, on supposait souvent que les chœurs en vis-à-vis renvoyaient de façon imagée aux concepts de sacerdotium à l'ouest et d'imperium à l'est, c'est-à-dire aux pouvoirs spirituel (incarné par l'évêque) et temporel (incarné par le roi). Cette théorie ne peut être établie. Actuellement, on attribue une fonction liturgique à la conception de l'édifice : la structure permettait des processions solennelles entre les deux chœurs. Au début, ceux-ci étaient utilisés à égalité. Plus tard, le chœur a davantage servi aux messes paroissiales et le chœur principal (ouest) fut employé par l'évêque pour les messes pontificales. Au cours des siècles, le chœur a vu son emploi décliner progressivement. Aujourd'hui s'y déroulent les Heures canoniales du chapitre de la cathédrale.
Le chantier de la cathédrale fut repris par la suite par les archevêques. Toutefois l'interruption des subsides royaux se traduisit par une nef de qualité inférieure à celle du chœur occidental. Pour ce dernier, l'empereur avait fait rapporter depuis les monts de Spessart et le val du Haardt (Palatinat) un grès de haute qualité, qu'on avait déjà employé pour la cathédrale de Spire et la chapelle du monastère de Limburg. Par la suite, on se rabattit sur le calcaire coquiller des carrières de Weisenau. On ignore toutefois précisément à quel moment la construction de la nef a débuté. L'archevêque Adalbert Ier de Sarrebruck (1110 † 1137) fit ériger une chapelle romane à deux niveaux jouxtant la cathédrale, dite Chapelle Saint-Gothard (d’après Gothard d'Hildesheim), en tant que chapelle princière de l'archevêque. Comme les ogives de cette chapelle sont identiques à celles de la nef, il est possible qu’Albert ait aussi été le premier maître d'ouvrage de la nef remplaçant celle de Willigis. Les sources évoquent un « tectum » (ce terme pouvant désigner les ogives ou la charpente) somptueux. Pour ce qui est de la conception de la nef, les maîtres d’œuvre se tournèrent de nouveau vers la cathédrale de Spire, qui, en tant que premier grand édifice à travée ogivale au-delà des Alpes, donnait pour l’Allemagne le modèle de l'architecture romane. Toutefois la nef centrale à Mayence ne pouvait en être une simple copie, parce qu'il fallait régler la construction sur la hauteur du chœur oriental attenant. C'est pourquoi la nef centrale fut construite considérablement moins haute que dans le modèle de Spire : 28 m au lieu de 33 m, mais comme une basilique à colonnade. C'est pourquoi les baies de la claire-voie devaient être adossées par paires. Ainsi, il n'était plus possible de cerner les fenêtres hautes de baies aveugles comme on l'avait fait à Spire. À Mayence, ces baies aveugles culminent sous les fenêtres hautes et forment ainsi une brèche tripartite du mur, qui pour l'époque était une nouveauté. Dans l'ensemble, la nef est d'un style dépouillé : on a renoncé aux ornements majestueux de Spire. Quant aux murs extérieurs, ils étaient vraisemblablement conçus de façon purement fonctionnelle. Ils ont presque entièrement disparus lors de l'édification de la chapelle gothique latérale commencée en 1279. On travailla à cette nef, de façon plus ou moins suivie, pratiquement tout au long du XIIe siècle. La dernière phase active du chantier, où la nef de la cathédrale fut dotée d'une croisée d'ogives au lieu d’une voûte d'arête, une curiosité dans un contexte roman, se situe vers 1200.
Ce n'est qu'au cours de cette ultime phase de construction qu'on s'avisa de reconstruire l'ancienne aile-ouest du temps de Willigis. L'exécution suivit complètement les canons du roman tardif de Basse-Rhénanie, alors que l'aile orientale était du style roman primitif de Haute-Rhénanie. Ce contraste s'observe particulièrement aux chapiteaux finement sculptés et développés avec beaucoup d'art, à une ornementation plus riche, qui au cours du temps se substitua aux formes sévères du style roman primitif. Pour la voussure de la nouvelle aile ouest, on dut raccourcir le collatéral de décharge de Willigis, un ouvrage typique du roman primitif (comparez avec la chapelle de l'abbaye de Fulda), afin de couvrir les extrémités nord et sud d'un arc chacune. L'intérieur de la nouvelle aile, qui devait se raccorder à la nef, fut pour cette raison divisé avec des murs dépouillés, mais cependant ajourés de grands vitraux. Une exception à ce dépouillement est la grande coupole du transept à croisée octopartite qui, non seulement est ajourée de vitraux, mais est également ornée de baies aveugles, de frises en plein cintre et de chapiteaux à colonnes.
Le chœur principal de la cathédrale, à plan trifolié, se termine par le collatéral de l'aile occidentale : trois absidioles, autour d'une voûte en berceau, referment les trois autres côtés ; mais ces absidioles ne sont pas circulaires : elles sont composées de deux arcs brisés. Les deux piliers ouest de la croisée sont dotés d'une structure massive pour pouvoir supporter les deux tours octogonales. La façade ouest, au contraire, est très ouvragée, du moins en ce qui concerne les étages les plus élevés. Comme la cathédrale était sans cesse agrandie, la décoration des niveaux inférieurs était une préoccupation secondaire, et les derniers étages sont d'autant plus somptueux. La croisée du chœur est fermée sur ses trois côtés de pignons, ajourés sur les côtés d'élégantes rosaces. Depuis 1769, une statue du patron de la cathédrale, Saint Martin, domine l'édifice à l'intersection des pignons sur le chœur ouest (elle a été remplacée en 1928 par une copie). Les absides elles-mêmes sont entourées d'un déambulatoire. Cette aile occidentale trouve son aboutissement dans l'ordonnance des murs pignons des collatéraux, ornés de baies aveugles, de chapiteaux et de meneaux. Sa coupole, qui passe pour l'un des chefs d'oeuvre de l'époque Hohenstaufen, est l'une des ultimes expressions de l'art roman ; à l'époque de sa construction, le style gothique était depuis longtemps prévalent en France, et il ne s'écoulerait qu'une décennie avant le début des travaux de la cathédrale de Cologne. Cette aile, une fois terminée, fut consacrée le 4 juillet 1239 par l'archevêque Siegfried III von Eppstein.
... À partir de 1279, les collatéraux de la cathédrale furent peu à peu convertis en chapelles latérales gothiques ajourées de fenêtres hautes à meneaux. L'archevêque Jean II de Nassau ordonna en 1418 la construction d'une chapelle funéraire à deux niveaux devant le chœur orienté dans l'axe de la nef principale, dont il subsiste aujourd'hui la crypte souterraine (dite chapelle souterraine de Nassau). L'extérieur de la cathédrale fut orné dans le style gothique jusqu'au XVe siècle : le cloître à deux niveaux fut complètement remanié dans le style gothique entre 1390 et 1410. ...
La grande tour ouest du transept, incendiée (comme le reste de la toiture) par la foudre le 22 mai 1767 fut reconstruite en 1769 par Franz Ignaz Michael Neumann, le fils de l'illustre Balthasar Neumann, avec un pinacle en pierre de plusieurs étages, auquel la cathédrale doit aujourd'hui son aspect caractéristique. Neumann fit aussi reconstruire tous les pans de la toiture de l’aile ouest en pierre pour les rendre ininflammables. Il fit également réparer les tours d'angles de cette aile ouest. Neumann, qui était un artiste baroque, sut pourtant mêler dans ses interventions sur la cathédrale des éléments traditionnels du gothique flamboyant et du style roman. En outre, les gables gothiques des chapelles latérales furent supprimés, et on substitua des urnes aux pinacles des contreforts. La girouette de la tour occidentale elle-même, surnommée « le coq » (der Domsgickel), qui a inspiré plusieurs carnavals ainsi que de nombreuses compositions littéraires de poètes mayençais, appartient par son style aux éléments rapportés à cette époque à l'édifice. L'âge baroque modifia également le chromatisme de la cathédrale : comme beaucoup de constructions baroques, l’intérieur de la cathédrale fut repeint entièrement en blanc en 1758, et l'on posa des vitraux monochromes. On peut en déduire que la cathédrale n'était naguère pas peinte en blanc comme l'avait encore été l'édifice de Willigis et Bardo. ...
... La tour lanterne néo-romane du transept, que l'on peut admirer aujourd'hui, a été érigée en 1875 par P. J. H. Cuypers. ...
(extrait de : fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-Martin_de_May...
Pour une description (beaucoup) plus détaillée de l'édifice : Palatinat roman ; Dethard von Winterfeld, Ed. Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1993, pp. 121-148
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Eglise (partiellement) romane Saint-Etienne (Abbaye aux Hommes) ; commune de Caen, Calvados 14, Basse-Normandie, France
La façade
La façade de Saint-Étienne est le chef-d'œuvre du génie technique des architectes normands, ... C'est en effet à Saint-Étienne qu'apparaît la « façade harmonique normande » : les tours occidentales, d'élévation pratiquement identique, ont été plantées sur la première travée des collatéraux, alignés sur la porte principale de la nef, en sorte qu'une façade rectiligne remplace les « massifs occidentaux » faisant saillie en avant de la nef, d'un emploi normal jusque-là, et dont on voit encore un moignon plaqué sur la façade de Jumièges quelques décennies plus tôt... On ne peut l'apprécier vraiment qu'avec un certain recul. Les trois niveaux inférieurs, jusqu'à la naissance du comble de la nef, forment un bloc carré, presque aussi haut que large; ...La nudité de ce bloc est frappante : il faut y regarder à deux fois avant de découvrir quelques ornements purement géométriques aux voussures des trois portails (les tympans sont modernes) et un appareil décoratif au pignon de la nef. Le soin d'impressionner est abandonné uniquement à la netteté de l'appareil et aux lignes architecturales; d'abord et surtout aux quatre contreforts massifs qui soulignent la division de la nef et des tours, puis aux dix grandes fenêtres, dépourvues de tout ornement et même de toute mouluration, et aux cordons saillants qui prolongent leurs bases. L'étroitesse, je dirais presque l'humilité de la porte principale s'explique dans un sanctuaire monastique où le public n'avait accès qu'exceptionnellement.
Les tours, de plan carré et d'élévation identique, se divisent en trois étages égaux, dont la savante progression accentue et prolonge l'élan vers le ciel déjà donné à leurs souches par les contreforts. L'étage inférieur est absolument aveugle, orné seulement de bandes lombardes dessinant sept arcatures étroites sur chaque face. Le second niveau est déjà plus aéré et plus orné : il porte cinq arcatures, dessinées par des demi-colonnes jumelées, et deux de ces arcatures sont ouvertes. Le troisième niveau est largement percé et, pour un monument normand, abondamment décoré : à l'intérieur de deux grandes arcades à double rouleau s'ouvrent des baies géminées séparées par une colonne; toutes les archivoltes sont moulurées; les écoinçons sont décorés de pierres saillantes simulant des arcs en mitre et la corniche qui couronne cet étage, au lieu d'être simplement ornée de billettes comme aux autres niveaux, porte une série de gros modillons sculptés. Ainsi arrive à sa perfection la formule des grands clochers normands, progressivement élaborée dans tant d'églises rurales de la région caennaise. Façade et tours sont d'un seul jet et appartiennent au XIe siècle. Il est probable que des flèches en charpente les couronnaient à l'origine. Au XIIIe siècle, on les remplaça par de hautes flèches de pierre qui sont aussi exemplaires en leur genre et qui servirent de prototypes pour les plus belles flèches gothiques de la région, ... Leur modèle doit sans doute être le clocher Sud de la cathédrale de Chartres. Le principe commun, appliqué aux deux tours avec quelques variantes, est d'asseoir sur une base carrée une pyramide octogonale très effilée, en rachetant par des clochetons la différence entre le carré et l'octogone. A la tour Nord ces clochetons sont eux-mêmes octogonaux; à celle du Sud, dont le couronnement est un peu plus récent, ils sont triangulaires. La flèche du Nord est un peu plus haute que celle du Sud : 82 mètres contre 80. On a une autre vue, encore plus remarquable, sur les tours de Saint-Étienne en pénétrant dans le cloître du xvine siècle qui jouxte la nef au Sud. De là on aperçoit les tourelles d'escalier arrondies qui flanquent respectivement les angles Sud-Est et Nord-Est des tours (pl. 4) et l'harmonie qui règne entre la nef et les clochers apparaît pleinement.
La nef
La nef de Saint-Étienne, dans sa blanche nudité, est sans doute la plus parfaite expression de l'esthétique normande du XIe siècle. L'équilibre des pleins et des percées, des lignes verticales et horizontales est sans défaut. Le rythme des supports, suggéré par des moyens très discrets, enlève toute monotonie aux perspectives. Le décor s'efface devant la beauté de l'appareil, la netteté des lignes de force de la construction... La nef de Saint-Étienne est le triomphe d'une prudente hardiesse, qui essaie volontiers les solutions nouvelles, mais ne cherche jamais à les pousser jusqu'au bout, au détriment des traditions, de la mesure ou de la réflexion. Après la travée d'entrée, logée entre les deux tours et aujourd'hui coiffée par la tribune d'orgue, qui constitue une sorte de hors-d'œuvre, viennent huit travées égales, flanquées de collatéraux légèrement plus larges que la moitié du vaisseau principal. L'élévation latérale est formée de trois étages qui, à l'origine, lorsque la nef était simplement plafonnée, devaient avoir des hauteurs à peu près équivalentes. En bas, ce sont de grandes arcades en plein cintre, à double rouleau, l'angle de la voussure externe étant seul mouluré d'un tore cerné d'un cavet. Au premier étage, des arcades de même dessin et d'ouverture sensiblement égale ouvrent sur de vastes tribunes. Au second, la disposition primitive, avant la pose des voûtes, offrait, pour chaque groupe de deux travées, quatre grandes arcatures supportées par des colonnes cylindriques en avant d'une galerie de circulation ménagée dans l'épaisseur du mur, selon une formule particulièrement aimée par les maîtres d'œuvre normands. On voit que la travée n'est pas une unité élémentaire mécaniquement répétée, mais qu'elle s'insère dans une unité supérieure, englobant deux travées. Le fait est encore plus sensible si l'on examine les supports. Saint-Étienne offre un exemple fameux, et abondamment discuté, d'alternance des piles, mais cette alternance n'apparaît guère qu'à l'observateur prévenu. Si l'on regarde attentivement les demi-colonnes qui montent du fond du sol à la base du second étage, on constate qu'une sur deux, au lieu de s'appuyer directement sur le mur, repose sur un dosseret de plan rectangulaire, d'ailleurs assez mince. Dans l'état actuel des choses, cette alternance est parfaitement justifiée par les retombées des voûtes sexpar-tites : les piles faibles ne reçoivent qu'un doubleau, les piles fortes un doubleau et deux ogives. Mais peut-on raisonnablement admettre qu'un architecte du temps du Conquérant ait prévu ce système de voûtement, dont on ne connaît aucun exemple avant les abords de l'an 1100 ? C'est peu vraisemblable; en ce cas, d'ailleurs, il n'eût pas donné au dernier étage une structure incompatible avec des voûtes d'ogives, structure qu'il fallut bouleverser, comme on l'a dit, lorsque celles-ci furent réalisées. Ses intentions étaient-elles donc d'ordre uniquement esthétique ? L'opposition entre piles fortes et faibles est vraiment si discrète que cette hypothèse non plus n'est pas très convaincante. On a aussi pensé - et peut-être est-ce la bonne voie - à une autre explication : les piles fortes, à l'origine, auraient porté, comme jadis à Saint-Vigor de Bayeux et sans doute à Cerisy, des arcs diaphragmes jetés en travers de la nef et surmontés de murs droits montant jusqu'au comble, afin d'entraver la propagation des incendies dans les charpentes, si difficiles à combattre avec les moyens médiévaux. Quoi qu'il en soit, la chance constante de Saint-Étienne s'est manifestée ici aussi : les piles n'eurent besoin d'aucun remaniement quand les voûtes prirent la place du plafond primitif, sans doute vers 1130-1140. Les bas-côtés sont voûtés d'ogives beaucoup plus récentes, du XVe siècle probablement -les nervures pénètrent directement dans les supports sans chapiteau interposé; elles ont dû remplacer des voûtes d'arêtes. Les vastes tribunes du premier étage, dont la capacité permet presque de doubler le public admis aux grandes cérémonies, sont voûtées en demi-berceaux; des demi-doubleaux en quart de cercle épaulent la poussée des parties hautes de la nef et la transmettent aux murs latéraux des bas-côtés. Presque tout ceci a été restauré au XVIIe siècle, mais il est probable que l'on a maintenu ici comme ailleurs la disposition originelle. Les voûtes de la nef ... sont sexpartites. Chaque groupe de deux travées a reçu une croisée d'ogives soutenue en son milieu par un arc-doubleau. Le profil des nervures est déjà assez élaboré : il comporte un large boudin central cantonné de deux moulures toriques plus étroites. Les clefs ne sont pas ouvragées. Les ogives retombent sur de courtes colonnettes engagées, raccordées aux dosserets des piles fortes grâce à d'intéressants culots sculptés, dont quelques-uns portent des personnages grotesques. Un bandeau décoré de billettes court sur les tailloirs du niveau supérieur et à la base des fenêtres hautes. Presque partout le décor se réduit à un minimum. Les chapiteaux des grandes arcades et des tribunes ne portent guère qu'une ou deux rangées de crochets ou de feuilles stylisées à l'extrême; de rares têtes se logent parfois sous les consoles. Seul l'étage supérieur offre quelques variations, bien modestes d'ailleurs, et purement géométriques (sauf en ce qui concerne les culots) : des frettes crénelées cernent les fenêtres hautes et les petites baies annexes dissymétriques résultant du remaniement exigé par la pose des voûtes. Un décor peint palliait-il jadis à cette austérité ? Sans doute, mais il devait se réduire, comme à Cerisy, à des traits colorés soulignant les joints et à un semis de fleurettes.
Le transept
Le transept, où se termine vers l'Est ce qui subsiste de l'église romane, comporte deux croisillons assez courts sur lesquels ouvraient jadis des absidioles peu profondes, qui ont été remaniées au XIIIe siècle (seule celle du Sud a gardé son ancien plan au sol). Le trait le plus remarquable, typiquement normand -il se retrouve à Boscherville, à Cerisy et à Saint-Nicolas de Caen - est la présence de vastes tribunes régnant sur le fond de chaque croisillon et communiquant avec celles de la nef. Ces tribunes sont supportées par une pile plantée au milieu du croisillon ; l'espace inférieur est voûté d'arêtes, comme l'étaient primitivement les bas-côtés, et l'espace supérieur est, comme la nef, voûté d'ogives (mais ici la voûte a seulement quatre compartiments). La seule faiblesse esthétique de ce parti est la façon abrupte dont se termine à mi-hauteur la demi-colonne plaquée sur la face que la pile médiane tourne vers le vaisseau principal; cette maladresse se retrouve d'ailleurs dans les édifices apparentés. La croisée a gardé sa structure romane, d'une élégance surprenante si l'on songe à l'énorme tour-lanterne qu'elle supportait jusqu'en 1566 : elle mesurait environ 120 mètres de haut dans son dernier état. Seul l'étage inférieur de cette tour, de plan carré, est resté roman ; le haut, octogonal, est un pansement appliqué, au début du XVIIe siècle, sur la plaie béante laissée par l'effondrement; son style est vaguement gothique. On voit circuler, à l'étage roman, en arrière de courtes colonnes cylindriques, cette étroite galerie qui se prolonge à travers toutes les parties hautes des grandes églises normandes et permet l'inspection constante de leurs maçonneries.
L'extérieur
Saint-Étienne de Caen était autrefois une église largement dégagée. Les spéculations foncières des derniers bénédictins du XVIIIe siècle, puis des bourgeois caennais du XIXe ont rendu son flanc septentrional à peu près inaccessible. Mais du cloître de l'abbaye mauriste, devenue ... hôtel de ville, on garde les vues les plus admirables sur les parties romanes de l'édifice. Pour les apprécier, il faut se souvenir que la répartition primitive des masses différait assez de celle que nous voyons aujourd'hui : les tours de façade avaient sans doute des flèches en charpente plus courtes que les flèches de pierre du XIIIe siècle, tandis que la tour-lanterne était plus haute d'environ moitié. La silhouette longitudinale, avec un point culminant très marqué au-dessus de la croisée du transept, évoquait un peu celle qu'a maintenant la cathédrale de Rouen. Il est probable que cette énorme tour centrale, étant pour la majeure partie construite en charpente, avait plus d'une fois changé d'aspect au cours du Moyen Age.Le problème le plus intéressant que pose l'élévation latérale est celui du décor appliqué à l'étage supérieur. Les fenêtres hautes, à l'extérieur, sont inscrites dans une bande continue d'arcatures plaquées, supportées par de minces colonnettes encadrant un étroit pilastre. Deux arcatures aveugles séparent ainsi les baies les unes des autres. Ce parti, ..., fit ensuite largement école en Normandie et ailleurs. On s'est demandé si ce n'avait pas été l'apport personnel de Lanfranc, qui avait pu observer des décors analogues dans plusieurs églises d'Italie du Nord. Il donne à la partie haute de la nef une légèreté que n'a pas le mur du collatéral, lourdement rythmé par ses larges contreforts plats.
L'élévation du chevet, ..., est splendide, mais purement gothique, du début du XIIIe siècle. Il faut cependant souligner que les deux paires de tourelles carrées qui jaillissent de part et d'autre de la naissance de l'abside et donnent à l'ensemble une si grande valeur esthétique, doivent être la transposition gothique d'une disposition existant déjà dans le chœur roman. En plus modeste - il n'y a qu'un couple de tourelles - une disposition voisine s'observe au chevet de la Trinité de Caen.
(extrait de : Normandie romane 1 ; Lucien Musset, Ed. Zodiaque (2. éd.), Coll. La nuit des Temps, 1975 pp. 54-61)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
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These dicotyledonous mesophytes show structural adaptations that extend their tolerance to drought and desiccation.
The uniseriate upper and lower epidermis are heavily cutinized. Stomata are almost entirely limited to the lower or abaxial surface and are enclosed within small chambers partially roofed by ledges of cutin. Numerous mushroom shaped peltate trichomes are present in the lower, and occasionally upper, epidermis. These secretory trichomes have short stalks, appearing to sink into the epidermis.
The upper palisade mesophyll is composed of two compact layers of elongated photosynthetic parenchyma. A well developed lower spongy mesophyll is composed of loosely arranged photosynthetic parenchyma with abundant air spaces. The abaxial stomata open into large irregularly shaped substomatal chambers.
Midrib and blade vascular bundles are collateral with large thick-walled xylem vessels towards the adaxial surface and smaller sieve tubes and companion cells of phloem towards the abaxial leaf surface. Small masses of abaxial sclerenchyma and subepidermal collenchyma are particularly well developed below the midrib vein.
A largely parenchymatous ring of bundle sheath cells is visible around all vascular bundles.
Technical Questions:bioimagesoer@gmail.com
This alley off Wilshire Bl in Los Angeles was a location used to film the confrontation between Vincent (Tom Cruise) and some street thugs in the 2004 drama "Collateral" (top).
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)
Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France
INTÉRIEUR
La nef
La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aquitaine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.
Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les doubleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médaillons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.
L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toutefois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la construction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respectivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.
Le transept
Le croisillon Nord, bien conservé à l'exception des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouverture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empiéterait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrachements sont en place avaient remplacé les berceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.
Chœur
On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondissant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du collatéral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux présentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieusement l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équilibre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très structurés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.
Les murs latéraux et le clocher
Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monastère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.
EXTÉRIEUR
Le chevet
Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impression de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les corniches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...
Transept
Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contrefort ajouté à l'angle Nord-Ouest.
...
(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)