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Du château au village
La maîtrise du territoire
69 AN, NIII Seine-et-Oise 130, pièce 6.
70 Voir G. Joudiou, « L’art des jardins chez Contant d’Ivry », op. cit., p. 155-156. AN, NII Seine-et (...)
36L’organisation des abords du château manifeste également le pouvoir seigneurial, et l’emprise territoriale du manoir est une marque de la puissance du propriétaire. La volonté de tracer des avenues rectilignes en dépit du parcellaire et de la topographie est une manifestation du pouvoir régulateur du seigneur qui domine le territoire. On a vu qu’à L’Isle-Adam le prince de Conti n’hésite pas, en 1777, à racheter trente-deux parcelles à différents propriétaires afin de percer une avenue de plus d’un kilomètre (cent quarante perches de superficie) entre ses écuries et le hameau de Cassan69 afin de symétriser les allées en patte-d’oie qui rayonnent à partir du château. Le père de ce prince, il est vrai, montre la voie à son fils lorsqu’en 1742 il commande à Contant d’Ivry les plans de réaménagement des jardins de L’Isle-Adam70. À cette occasion, l’architecte dessine sur la rive droite de l’Oise un amphithéâtre nautique, orné de jets d’eau et de vertugadins, suffisamment important pour recevoir une flottille. C’est un véritable port miniature qu’aménage le prince de Conti qui marque ainsi sa domination sur la rivière, partie intégrante du domaine, au même titre qu’une avenue du parc.
71 M. Mosser, « Monsieur de Marigny et les jardins… », op. cit., p. 269-293.
72 F. d’Ormesson et P. Wittmer, Une Promenade aux jardins de Méréville…, Neuilly-sur-Seine, 2000.
73 Voir Alexandre-Théodore Brongniart, op. cit., p. 267-270. La pyramide, tronquée sur la diagonale, (...)
37C’est dans son rapport à l’espace public que le seigneur exprime le mieux sa puissance. Face à la voie publique, au grand chemin, on relève deux attitudes possibles qui correspondent visiblement au rapport spécifique qu’entretient chaque seigneur, selon la nature de sa noblesse, avec le reste de la société. Le premier parti possible consiste à ignorer l’enclave créée par la présence d’une voie de circulation sur ses terres, l’enjamber au besoin ou l’enfermer derrière des murs. Dans ce cas, le château tourne le dos au monde extérieur. Ce comportement ne correspond manifestement pas à l’image du seigneur traditionnel, qui recherche plutôt à mettre en avant la domination qu’il exerce dans le ressort de sa seigneurie. À Ménars, propriété successivement de la marquise de Pompadour puis de son frère le marquis de Vandière, le grand chemin de Blois à Paris, axe de communication important, coupe la propriété en deux et sépare le château et son parc de la forêt où le marquis fait construire un kiosque sur les dessins de Ch. De Wailly71. Les deux parties du domaine sont entièrement closes de hauts murs qui interdisent au passant de voir l’intérieur du parc. Seuls des portails fermés de grilles, face à face de part et d’autre du grand chemin, permettent d’accéder du jardin à la forêt. De même, le parc du château de Méréville, restauré pour Jean-Joseph de Laborde, banquier de Louis XVI, par les soins de F.-J. Bélanger et H. Robert72, est traversé par un chemin public. L’arche unique du pont piéton qui enjambe ce chemin creux (ill. 120), traité dans le goût de Piranèse, permet de franchir l’obstacle du chemin sans toutefois croiser aucun passant. À Mauperthuis, la solution adoptée par A.-T. Brongniart afin de joindre les deux parties du parc consiste à percer un passage souterrain sous le chemin public. Le passage débouche dans le vallon de l’Élysée par une poétique demi-pyramide ruinée, adossée au talus du chemin73. Dans une partie plus éloignée du parc, l’architecte borde le chemin public de hauts murs en forme de remparts qu’il ponctue de tourelles dans un goût moyenâgeux. Ces trois exemples montrent la volonté des seigneurs d’isoler leurs parcs du monde extérieur, de les transformer en déserts, c’est-à -dire de les ancrer dans la sphère privée. On comprend dans cette mesure que le propriétaire refuse que le cours de ses promenades et de ses méditations soit interrompu par le chemin. Par ailleurs, l’aménagement des passages entre les différentes parties du domaine, ponts, grottes, souterrains, sont autant de fabriques qui font la réputation de ces parcs.
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Ill. 120.— Château de Méréville, pont joignant les deux parties du parc [François-Joseph Bélanger], cliché de l’auteur.
38La position du seigneur peut consister, inversement, à ouvrir largement son domaine sur la voie publique. Ici encore, il s’agit d’une disposition traditionnelle qui rappelle l’époque où le seigneur disposait d’octrois et installait son château à cheval sur la voie publique afin de mieux contrôler le passage des voyageurs. Dans la composition de la séquence d’accès du château classique, il n’est pas rare qu’au-delà de la grille, face au château, l’architecte esquisse une allée, à défaut de percer une avenue. À Dampierre par exemple, le dispositif d’entrée se termine dans l’axe du château par un vaste abreuvoir au milieu d’un vertugadin qui clôt la perspective. On retrouve une composition similaire au château de Champs-sur-Marne, où la séquence d’accès se prolonge au-delà du chemin par une perspective encadrée d’arbres qui donne de l’ampleur à la séquence d’accès et forme un point de vue agréable depuis le logis. Au Bourg-Saint-Léonard, A.-G. Vermunt développe plus encore ce schéma et établit dans la partie opposée au château un vaste bassin qui sert de réservoir. L’architecte crée au croisement de la route et de l’axe transversal du château un rond-point bordé de grilles concaves qui évoque une place d’armes. Ces aménagements qui ont bien entendu une fonction plastique dans la composition de l’accès au château marquent également, par la prise de possession du chemin public, la puissance du seigneur. La composition de l’accès au château des Ormes (Vienne) montre cette même volonté d’exprimer le pouvoir seigneurial par le rapport du château à l’espace public. Le comte d’Argenson marque l’entrée de son domaine par un vaste bâtiment face au portail de sa propriété. L’ensemble monumental du relais de poste qu’il fait construire dans l’axe transversal du corps de logis est en tout cas un moyen sûr pour que les voyageurs les plus importants s’arrêtent chez lui.
39L’arrondi du portail du premier projet de maison de plaisance de J.-F. Blondel en est un autre exemple (ill. 47). L’auteur explique ainsi son parti :
74 J.-F. Blondel, De la distribution des maisons de plaisance, op. cit., t. I, p. 12.
L’entrée du château est située sur les bords d’un grand chemin planté d’ormes, qui conduit à une terre qui en dépend. J’ai donné une forme circulaire au mur d’appui qui ferme la grande cour B, afin de lui donner plus de longueur : une grille de fer posée dessus laisse à la vue la liberté de s’étendre et d’enfiler une avenue qui s’offre en patte-d’oie, vis-à -vis cet édifice. Il paraîtrait peut-être étonnant qu’un palais de cette conséquence n’ait point d’avant-cour qui en rende l’entrée plus respectable ; mais il ne m’a pas été possible de lui en donner une, parce qu’une partie des fondements du château étant déjà faits, il a fallu les conserver et qu’étant borné par le grand chemin, il ne m’a été permis que [p. 13] d’y prendre une portion circulaire qui donne une belle forme à la cour, laquelle a soixante-dix toises de profondeur sur cinquante de large74.
75 L. Hautecœur, Histoire de l’architecture classique, op. cit., t. III, p. 556
76 Le xviiie siècle voit se développer un conflit de compétence en matière de voirie entre l’intendan (...)
40Le débord des deux terrasses sur lesquelles l’architecte dispose l’orangerie et la cuisine en avant de la cour d’arrivée forme de véritables balcons sur la voie publique. Le grand chemin est même détourné afin de compléter la mise en scène de la séquence d’accès au château. L’autorisation de « prendre une portion circulaire » sur le grand chemin revient à s’approprier le domaine royal (le grand chemin) afin d’y établir l’entrée d’un particulier. Le cas est exceptionnel et, à notre connaissance, seule la marquise de Pompadour obtient un tel privilège pour agrandir son jardin de l’hôtel d’Évreux75. Le trésorier de France ou l’intendant en charge des alignements76 est en effet théoriquement peu enclin à accorder des privilèges aux particuliers aux dépends de la régularité. L’accord passé entre le seigneur et le responsable de la voirie constitue donc ici une marque patente du pouvoir seigneurial.
77 AN, N II Seine-et-Oise 17.
41Le cas du château de Bellevue apparaît plus explicite encore. Le plan d’acquisition des terrains nécessaires à la construction du futur pavillon de la marquise de Pompadour, sur lequel apparaît déjà le dessin en masse du corps de logis, indique la présence d’un « chemin de crête » qui permet de communiquer par le plateau du château de Meudon à celui de Saint-Cloud77. Quelle que soit la beauté du site choisi par la marquise de Pompadour, le fait qu’elle décide d’implanter sa demeure dans un lieu si sensible révèle le caractère pour ainsi dire politique de cette construction. En effet, l’unique voie de communication entre les deux châteaux royaux passe sur ses terres, et elle commande ainsi l’accès d’un lieu à l’autre. Le passant, quel qu’il soit, doit obligatoirement traverser la cour des communs du château par un étroit passage formé entre les bâtiments, puis par la cour d’honneur du château où il peut contempler le faste de la maîtresse de maison. Bellevue apparaît comme un lieu de représentation plus que comme une villégiature et la présence de la voie publique au cœur de la propriété confirme cette intention. Le flux des passants est cependant canalisé et madame de Pompadour se réserve des retraites. Le chemin est bordé de murs (ill. 101) et la cour d’honneur, espace public, est entourée de grilles du côté du corps de logis et de fossés vers le plateau. Les deux parties du jardin sont ainsi préservées du public. Passage obligé sur le plan topographique, la demeure de la maîtresse du roi fait écho à la position de la maîtresse de maison au sein de la cour, où son action dans le domaine diplomatique, dans celui des arts et de la politique en général en fait un personnage clé du système curial.
78 R.-L. de Girardin, De la composition des paysages, suivie de Promenade ou itinéraire des jardins d (...)
79 Ibid., p. 130.
80 M. Mosser, « Le rocher et la colonne. Un thème d’iconographie du xviiie siècle », RA, 1982-1983, n (...)
42À Ermenonville, où la route de Senlis au Plessy-Bellevue traverse l’enceinte médiévale du château, le parti que tire le marquis de Girardin de cette situation traduit la même attitude du seigneur du lieu. Comme à Bellevue, le chemin sépare le logis entouré d’un fossé du grand parc à l’anglaise et peuplé de célèbres fabriques78. L’entrée du village est commandée par deux tours rondes qui sont conservées lors du réaménagement du grand parc par le marquis de Girardin à partir de 1762. La valeur pittoresque de ces bâtiments explique pour une part seulement le choix de les conserver alors que le maître de maison s’emploie à faire disparaître la symétrie et les murailles qui entourent le château79. Ces tourelles marquent fortement la transition du monde extérieur à celui de la seigneurie, le chemin public devient chemin seigneurial et le passant est ainsi avisé qu’il pénètre dans un microcosme particulier, façonné par le maître des lieux. Ce rite du passage analysé par M. Mosser80 trouve à Ermenonville une résonance particulière. Le parc d’Ermenonville, dernière résidence de Jean-Jacques Rousseau, devient pour Girardin le sanctuaire de la philosophie, matérialisé par le temple de la philosophie moderne, mais surtout par le tombeau de Rousseau sur l’île des Peupliers.