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Galerie François Ier détail auteur(s) : Rosso Fiorentino (1494 -1540), Le Primatice (1504 - 1570)

 

 

Galerie François Ier

détail

auteur(s) : Rosso Fiorentino (1494 -1540), Le Primatice (1504 - 1570)

technique : stuc et peinture à fresque

datation : vers 1530-1540

lieu de conservation : château de Fontainebleau

En quoi cette galerie sert-elle la politique du roi ?

Qu'apporte-t-elle de nouveau dans le paysage artistique français du XVIe siècle ?

 

La galerie du château de Fontainebleau est l’un des lieux les plus célèbres de la Renaissance française [ image principale ]. Elle est construite et décorée à partir des années 1530, sur commande du roi François Ier : les emblèmes, la salamandre par exemple [ détail b ], les devises et le chiffre y sont omniprésents. Comme les princes de la Renaissance, François Ier aspire à vivre dans un cadre majestueux, à posséder des collections d’œuvres d’art, à s’entourer d’artistes célèbres. Comme eux, ses regards sont tournés vers l’Italie. Il invite donc à sa cour les meilleurs artistes italiens du moment, comme Rosso Fiorentino et Le Primatice qui travaillèrent successivement dans la Galerie du château de Fontainebleau, sur le décor peint à fresque et sculpté.

Un décor au service du pouvoir

 

Revenu de captivité en 1526, François Ier doit redonner confiance à son peuple et reprendre sa place parmi les grands souverains d’Europe. Abandonnant ses anciennes résidences des châteaux de la Loire, il choisit une demeure proche de Paris : le château médiéval de Fontainebleau qu’il fait reconstruire selon les idées nouvelles de la Renaissance et dont le décor est destiné à servir sa gloire et sa politique. Les fresques de la galerie illustrent les différentes facettes du pouvoir. À l’est, du côté de la chambre du roi, étaient présentés les dangers qui guettent tout souverain dans l’exercice du pouvoir : la trahison, la vengeance, la mort... À l’ouest, les bienfaits de la monarchie.

 

Dans L’Unité de l’État [ détail c ], François Ier apparaît en empereur romain tenant une grenade [ détail d ] dans la main gauche. Cette peinture est généralement interprétée comme la représentation de la volonté du roi de centraliser et d’unifier l’État. La grenade, symbole d’unité, et la présence de différentes catégories sociales autour du roi permettent d’étayer cette interprétation. C’est donc un portrait allégorique du roi qui met en valeur son rôle positif dans la réforme des institutions. La composition même de la scène, structurée par les verticales très fortes des personnages et des bâtiments, donne une impression de stabilité, qualité essentielle d’un bon gouvernement.

Un art nouveau venu d’Italie

 

Les Italiens – Rosso qui conçoit le décor de la galerie et le Primatice qui lui succède – arrivent en France imprégnés des idées et des formes nouvelles inspirées de l’Antiquité, forts d’un savoir-faire dans certaines techniques que les artistes français ne possèdent pas encore. Le décor de la galerie où les fresques s’articulent avec des encadrements de stuc en relief d’une grande variété, en est une démonstration magistrale. Si le stuc est une technique connue depuis l’Antiquité, c’est aux artistes italiens de la Renaissance que revient le mérite de l’avoir réintroduit et diffusé en Europe.

L'influence de Michel-Ange

 

Dans les années 1530, les créations des grands artistes italiens, Michel-Ange et Raphaël, sont perçues comme des références. La nouvelle génération préfère étudier leurs œuvres plutôt que la nature. L'influence de Michel-Ange est manifeste dans la galerie de Fontainebleau. De part et d’autre des fresques, des nus apparaissent parfois dans des poses étranges [ détail f ] qui rappellent les ignudi (hommes nus) représentés sur la voûte de la chapelle Sixtine, peinte à Rome entre 1508 et 1512 [ image 1 ]. De plus, une fresque comme celle de Danaé par Primatice [ détail g ] est inspirée de Léda et le cygne de Michel-Ange, tableau aujourd'hui disparu que François Ier possédait dans ses collections. La célébrité de cette œuvre fut telle que de nombreuses gravures et copies circulèrent au XVIe siècle [ image 2 ].

Le maniérisme

 

Avec ce décor, Rosso et le Primatice contribuent à l’épanouissement de la Renaissance en France. Mais c’est une Renaissance dans une nouvelle phase de son histoire qu’ils importent d’Italie, phase que l’on appelle le maniérisme. Ce mouvement est né principalement de la volonté des artistes de s’éloigner d’une représentation objective du monde pour privilégier l’expression plus libre d’un style personnel (maniera en italien).

Des lignes et des courbes

 

Il se caractérise par des compositions complexes d’où le paysage est quasi absent pour privilégier les personnages. Les figures, aux membres allongés, y adoptent des postures souvent tortueuses. Partout règnent lignes sinueuses et couleurs stridentes.

Dans une fresque comme Le Naufrage, ou La Vengeance de Nauplius [ détail e ], qui représente un épisode de la guerre de Troie, Rosso multiplie les diagonales, déforme les visages et les corps, pour mieux exprimer la tension. L’atmosphère nocturne accentue le drame qui se déroule sous nos yeux : le naufrage des bateaux grecs, provoqué par Nauplius, désireux de se venger de son propre peuple qu’il rend responsable de la mort de son fils.

Une invention qui marque l’art français

 

La galerie de Fontainebleau n’est pourtant pas la simple transposition d’un décor italien en France. Rosso a aussi composé avec la tradition française, en intégrant dans la décoration de l’ensemble un lambris et un plafond à caissons [ détail b ]. Il livre ainsi un décor totalement inédit en Europe. On remarque en outre dans la galerie la présence d’un nouveau type d’élément décoratif : les cuirs. Leurs formes, aux volutes stylisées, rappellent en effet un morceau de cuir découpé qui s’enroule sur lui-même [ détail e ]. Ce motif décoratif, promis à un grand succès, deviendra caractéristique du maniérisme français.

De par sa forme, ses décors, son programme iconographique, cette galerie signe l’épanouissement en France des idées de la Renaissance venue d’Italie et le point de départ d’un style français baptisé la Première École de Fontainebleau. La gravure jouera un rôle majeur dans la diffusion en Europe de ce nouveau vocabulaire, bientôt adopté par tous les arts, y compris le mobilier, l' orfèvrerie, la céramique et les émaux...

 

Au-delà la Renaissance, la galerie François Ier constitue un jalon essentiel dans l’histoire du château français. C’est en effet à partir de là qu’elle devient une pièce essentielle et emblématique de toute résidence seigneuriale. En cela, la galerie de Fontainebleau prépare la voie à la galerie des Glaces du château de Versailles.

Cécile Galinier

 

Permalien : www.panoramadelart.com/galerie-francois-1er-chateau-de-fo...

 

Publié le 30/08/2011

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Uploaded on March 7, 2010
Taken on March 6, 2010