Le temple d'amour abandonné / inspiré de celui du petit Trianon, par Paxton
Interdit au public et abandonné aux sangliers : Le mystérieux temple d'amour du parc à l'anglaise du château de Ferrières abritait une magnifique copie romaine ( la meilleure selon Adolf Furtwängler ) de la Vénus callipyge grecque. La sculpture du premier siècle avant J.C., connu, lors de la dernière guerre, à l'instar des autres objets d'art des Rothschild , le chemin de l'Allemagne et n'a jamais depuis été retrouvée. Les Nazis restèrent dans le chateau jusqu'en 1944 le pillant et vidant complètement.
Les colonnes de marbre avec ses chapiteaux composites du temple n'abritent plus aujourd'hui qu'un autel vide, plein du souvenir de la divine statue. On dit que les amoureux, les chaudes nuits d'été viennent ici sacrifier au culte de la déesse grecque et célébrer les mystères que les Grecs venaient adorer dévotement dans la statue, cette partie assez belle en un mot, qui sans aller chercher des exemples si loin, trouve tant d'adorateurs à Paris.. d'ailleurs d'après certains témoignages elle aurait été aperçue sous forme humaine en ce lieu même.... mythe ou réalité ?
Soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, les archives du Quai d’Orsay publient le catalogue de la collection d’œuvres d’art d’Hermann Göring, des premiers achats jusqu’à l’afflux de toiles pillées durant la guerre. Manuscrit, annoté, biffé, il se présente sous la forme d’un inventaire numéroté de 1 – une Vénus à mi-corps, de Jacopo de Barbari, achetée à Rome en avril 1931 – au numéro 1 376 – une figure en pied de Gerard Terborch, achetée à Berlin en novembre 1943. Hasard trompeur : le premier et le dernier tableau ont été acquis dans des conditions semble-t-il régulières. Mais, entre eux, les œuvres pillées abondent, prises dans des collections juives, aux Pays-Bas et en France essentiellement. Aux 1 376 tableaux et œuvres sur papier s’ajoutent 250 sculptures et 168 tapisseries.
Ce registre a été rapporté d’Allemagne par Rose Valland, conservatrice en poste au Musée du Jeu de paume, à Paris, sous l’Occupation et principale actrice française de la recherche des œuvres volées. Il entre en sa possession en mai 1945, quand, avançant vers Berchtesgaden, en Bavière, des unités américaines et françaises – 101e division aéroportée et 2e DB de Leclerc – trouvent, dans un tunnel, cinq wagons du train qui a transporté vers le « réduit des Alpes » les collections et archives de Göring depuis son palais de Carinhall, près de Berlin. Bien plus tard, en 1979, un an avant sa mort, Rose Valland dépose le registre, avec ses archives personnelles, à la Direction des musées nationaux.
Pendant très longtemps, les musées français n’ont pas cherché sérieusement à déterminer la provenance de ces œuvres
Il n’est plus inédit depuis longtemps – sauf en français. Le manuscrit a fait l’objet d’une copie dactylographiée en 1952, à la demande du Treuhandverwaltung von Kulturgut (fonds de gestion des biens culturels), administration fédérale chargée de rechercher et d’indemniser les victimes. A partir de cette copie, une première étude de la collection Göring a paru à Munich en 2004, signée de l’historienne Ilse von zur Mühlen. Mais rien de comparable en France. On pourrait s’étonner que Rose Valland ait conservé le registre chez elle plus de trente ans alors que son importance historique est évidente ; et que depuis 1979, il se soit encore écoulé trente-six ans avant qu’il soit publié. Ce n’est là qu’une preuve de plus, après tant d’autres, de la durable propension des administrations françaises à ne rien faire pour enquêter sur le pillage des collections juives entre 1940 et 1944.
Cette réticence – litote – explique pourquoi n’est toujours pas réglé, aujourd’hui, le cas des MNR (Musées nationaux récupération). Il s’agit d’œuvres retrouvées dans des caches en Allemagne, en 1945, et conservées depuis par les musées français sans que, longtemps, très longtemps, ceux-ci aient cherché sérieusement à en déterminer la provenance – et donc les éventuels héritiers. Richard Boidin, actuel directeur des Archives diplomatiques, fait allusion à cette extrême lenteur dans sa contribution au présent volume, en résumant la trajectoire du registre : après qu’il a été déposé à la Direction des musées de France, en 1979, il n’y a fait l’objet d’aucun travail – en tout cas d’aucun travail rendu public.
Mesurer l’étendue du pillage
Entre 1991 et 1992, le ministère de la culture le verse, avec les archives de la récupération artistique, aux affaires étrangères, où ces documents sont très peu accessibles jusqu’en 2008, date de la modification du code de patrimoine réduisant les délais de communicabilité et de la modernisation des Archives diplomatiques. « Aujourd’hui, la communication d’un carton d’archives se fait dans la demi-heure qui suit la demande », écrit Richard Boidin. Immense progrès par rapport à ce qu’ont connu les chercheurs jusqu’à une époque très récente. « Ce livre, poursuit-il, ouvrira de nouvelles pistes à la recherche (…). »
Il en ouvre en effet d’autant plus que Rose Valland n’a pas rapporté d’Allemagne le seul registre manuscrit, mais aussi une abondante documentation photographique : des tirages papier renvoyant à l’inventaire et 1046 plaques de verre, dont 765 sont des doubles des tirages papier. Il a donc été possible de rapprocher notices et images, et de les publier en vis-à-vis pour plus de la moitié des 1 376 pièces. Dommage néanmoins que les images reproduites soient, pour la plupart, de format timbre-poste. On aurait pu espérer du Quai d’Orsay et de l’éditeur un travail de meilleure qualité. Pourtant, même médiocrement réalisé, le volume permet de mesurer l’étendue du pillage et d’analyser ce qu’il faut bien appeler le goût de Göring.
Or, s’il n’y a aucune surprise sur le premier point, il n’en va pas de même du second. Sur la mégalomanie du Reichsmarschall, sa volonté de jouer les princes de la Renaissance et son absolu mépris de la vie humaine, il n’y a plus rien à apprendre. La mécanique du pillage des collections juives est aussi largement étudiée. En France, le Jeu de paume est le siège de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), qui accomplit l’essentiel des spoliations dans le pays, et donc le point de transit et de commerce des œuvres volées. Les émissaires et experts de Göring y opèrent en son nom, quand il ne vient pas lui-même choisir. Les œuvres sont expédiées vers Carinhall, à moins qu’elles ne servent à des échanges négociés avec des marchands. Ceux-ci savent naturellement l’origine des pièces qu’ils acceptent contre d’autres de leurs stocks, que Göring veut pour ses salons et chambres. Ses principaux partenaires allemands – Bruno Lohse ou Walter Hofer – sont connus, comme le sont les employés de l’ERR et les marchands français, italiens ou suisses qui participent à ce marché du crime.
Le catalogue regorge donc du récit, en creux, de vols et trafics. Un seul exemple : Maison au bord de l’eau, un Cézanne pris aux Rothschild, passe au Jeu de paume, rejoint Carinhall par l’intermédiaire de Hofer puis est revendu 350 000 Reichmarks, le 31 mars 1942, au marchand germano-néerlandais Alois Miedl. Les Renoir, Toulouse-Lautrec, Courbet ou Monet pris dans le coffre de banque de Floirac (Gironde), où le galeriste parisien Paul Rosenberg a cru cacher sa collection avant de s’exiler à New York, ont des destins comparables, que les notices permettent de reconstituer.
Accumulation frénétique
Elles permettent aussi de définir les préférences de Göring. Celles-ci sont pour partie prévisibles : il accumule frénétiquement tout ce qui touche à l’histoire de l’art allemand, vrais et faux Cranach par dizaines, Baldung Grien, Dürer, primitifs rhénans et danubiens – tout ce qui peut exalter l’histoire et le génie germaniques, conformément au nationalisme hystérique nazi. Par extension, tout ce qui est nordique l’attire : Memling, van der Weyden, Gossaert, la famille Breughel, Van Cleve ou Lucas de Leyde. Ils forment un contingent nettement plus dense que leurs contemporains italiens. Ce tropisme s’étend aux siècles suivants et Göring amasse ce qu’on lui dit être de Rubens, Rembrandt, Van Dyck, Ruysdael, Van Goyen, Hobbema, Steen ou Teniers – et de Vermeer évidemment. De ce dernier, il obtient un Jésus et la femme adultère en cédant à Miedl un lot important de toiles, en février 1944, alors qu’il s’agit d’un faux Vermeer exécuté par Van Meegeren. La section hollandaise occupe entre le quart et le tiers de la collection.
Jusqu’ici, rien d’inattendu. Ce qui l’est, c’est la part considérable du XVIIIe siècle français : Watteau, Nattier, Boucher, Greuze, Chardin, Lancret s’accumulent, pris aux Rothschild ou aux Wildenstein. Mythologies, allégories, scènes galantes : autrement dit, surtout des femmes nues ou demi-nues. Ce n’est certes pas original, mais Göring affiche ainsi sa prédilection pour les artistes français du siècle des Lumières – des origines géographiques et philosophiques très contraires à l’idéologie nazie. A l’inverse, le néoclassicisme, bien qu’antique et héroïque, le laisse indifférent, alors même qu’il est cultivé par les architectes et artistes officiels du IIIe Reich. Ceux-ci ne sont du reste guère présents à Carinhall, hors quelques toiles offertes par des courtisans.
Plus curieux : Göring ne refuse pas l’art dit « dégénéré ». Pour la Noël 1942, il offre à sa femme Deux tournesols, de Van Gogh, pris dans la collection de Paul Rosenberg. D’autres Van Gogh, des Corot et Monet sont accrochés à Carinhall, où passent aussi des Sisley, des Cézanne et des Renoir. Sa duplicité est évidente : tout en approuvant officiellement la dénonciation de la « dégénérescence » artistique, il s’empare d’œuvres impressionnistes pour sa résidence. Une photo prise au Jeu de paume, en 1942, le montre contemplant deux Matisse issus de spoliations. Or aucun Matisse n’est mentionné dans l’inventaire. Parce que ç’aurait été une provocation trop risquée ? Ou parce que l’inventaire n’est pas complet ?
À LIRE
« Le Catalogue Göring », ouvrage collectif sous la direction de Jean-Marc Dreyfus, (Commission des archives diplomatiques et Flammarion, 606 p., 29 €).
En savoir plus sur www.lemonde.fr/arts/article/2015/10/08/le-tresor-de-guerr...
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Par Philippe Dagen
Le temple d'amour abandonné / inspiré de celui du petit Trianon, par Paxton
Interdit au public et abandonné aux sangliers : Le mystérieux temple d'amour du parc à l'anglaise du château de Ferrières abritait une magnifique copie romaine ( la meilleure selon Adolf Furtwängler ) de la Vénus callipyge grecque. La sculpture du premier siècle avant J.C., connu, lors de la dernière guerre, à l'instar des autres objets d'art des Rothschild , le chemin de l'Allemagne et n'a jamais depuis été retrouvée. Les Nazis restèrent dans le chateau jusqu'en 1944 le pillant et vidant complètement.
Les colonnes de marbre avec ses chapiteaux composites du temple n'abritent plus aujourd'hui qu'un autel vide, plein du souvenir de la divine statue. On dit que les amoureux, les chaudes nuits d'été viennent ici sacrifier au culte de la déesse grecque et célébrer les mystères que les Grecs venaient adorer dévotement dans la statue, cette partie assez belle en un mot, qui sans aller chercher des exemples si loin, trouve tant d'adorateurs à Paris.. d'ailleurs d'après certains témoignages elle aurait été aperçue sous forme humaine en ce lieu même.... mythe ou réalité ?
Soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, les archives du Quai d’Orsay publient le catalogue de la collection d’œuvres d’art d’Hermann Göring, des premiers achats jusqu’à l’afflux de toiles pillées durant la guerre. Manuscrit, annoté, biffé, il se présente sous la forme d’un inventaire numéroté de 1 – une Vénus à mi-corps, de Jacopo de Barbari, achetée à Rome en avril 1931 – au numéro 1 376 – une figure en pied de Gerard Terborch, achetée à Berlin en novembre 1943. Hasard trompeur : le premier et le dernier tableau ont été acquis dans des conditions semble-t-il régulières. Mais, entre eux, les œuvres pillées abondent, prises dans des collections juives, aux Pays-Bas et en France essentiellement. Aux 1 376 tableaux et œuvres sur papier s’ajoutent 250 sculptures et 168 tapisseries.
Ce registre a été rapporté d’Allemagne par Rose Valland, conservatrice en poste au Musée du Jeu de paume, à Paris, sous l’Occupation et principale actrice française de la recherche des œuvres volées. Il entre en sa possession en mai 1945, quand, avançant vers Berchtesgaden, en Bavière, des unités américaines et françaises – 101e division aéroportée et 2e DB de Leclerc – trouvent, dans un tunnel, cinq wagons du train qui a transporté vers le « réduit des Alpes » les collections et archives de Göring depuis son palais de Carinhall, près de Berlin. Bien plus tard, en 1979, un an avant sa mort, Rose Valland dépose le registre, avec ses archives personnelles, à la Direction des musées nationaux.
Pendant très longtemps, les musées français n’ont pas cherché sérieusement à déterminer la provenance de ces œuvres
Il n’est plus inédit depuis longtemps – sauf en français. Le manuscrit a fait l’objet d’une copie dactylographiée en 1952, à la demande du Treuhandverwaltung von Kulturgut (fonds de gestion des biens culturels), administration fédérale chargée de rechercher et d’indemniser les victimes. A partir de cette copie, une première étude de la collection Göring a paru à Munich en 2004, signée de l’historienne Ilse von zur Mühlen. Mais rien de comparable en France. On pourrait s’étonner que Rose Valland ait conservé le registre chez elle plus de trente ans alors que son importance historique est évidente ; et que depuis 1979, il se soit encore écoulé trente-six ans avant qu’il soit publié. Ce n’est là qu’une preuve de plus, après tant d’autres, de la durable propension des administrations françaises à ne rien faire pour enquêter sur le pillage des collections juives entre 1940 et 1944.
Cette réticence – litote – explique pourquoi n’est toujours pas réglé, aujourd’hui, le cas des MNR (Musées nationaux récupération). Il s’agit d’œuvres retrouvées dans des caches en Allemagne, en 1945, et conservées depuis par les musées français sans que, longtemps, très longtemps, ceux-ci aient cherché sérieusement à en déterminer la provenance – et donc les éventuels héritiers. Richard Boidin, actuel directeur des Archives diplomatiques, fait allusion à cette extrême lenteur dans sa contribution au présent volume, en résumant la trajectoire du registre : après qu’il a été déposé à la Direction des musées de France, en 1979, il n’y a fait l’objet d’aucun travail – en tout cas d’aucun travail rendu public.
Mesurer l’étendue du pillage
Entre 1991 et 1992, le ministère de la culture le verse, avec les archives de la récupération artistique, aux affaires étrangères, où ces documents sont très peu accessibles jusqu’en 2008, date de la modification du code de patrimoine réduisant les délais de communicabilité et de la modernisation des Archives diplomatiques. « Aujourd’hui, la communication d’un carton d’archives se fait dans la demi-heure qui suit la demande », écrit Richard Boidin. Immense progrès par rapport à ce qu’ont connu les chercheurs jusqu’à une époque très récente. « Ce livre, poursuit-il, ouvrira de nouvelles pistes à la recherche (…). »
Il en ouvre en effet d’autant plus que Rose Valland n’a pas rapporté d’Allemagne le seul registre manuscrit, mais aussi une abondante documentation photographique : des tirages papier renvoyant à l’inventaire et 1046 plaques de verre, dont 765 sont des doubles des tirages papier. Il a donc été possible de rapprocher notices et images, et de les publier en vis-à-vis pour plus de la moitié des 1 376 pièces. Dommage néanmoins que les images reproduites soient, pour la plupart, de format timbre-poste. On aurait pu espérer du Quai d’Orsay et de l’éditeur un travail de meilleure qualité. Pourtant, même médiocrement réalisé, le volume permet de mesurer l’étendue du pillage et d’analyser ce qu’il faut bien appeler le goût de Göring.
Or, s’il n’y a aucune surprise sur le premier point, il n’en va pas de même du second. Sur la mégalomanie du Reichsmarschall, sa volonté de jouer les princes de la Renaissance et son absolu mépris de la vie humaine, il n’y a plus rien à apprendre. La mécanique du pillage des collections juives est aussi largement étudiée. En France, le Jeu de paume est le siège de l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), qui accomplit l’essentiel des spoliations dans le pays, et donc le point de transit et de commerce des œuvres volées. Les émissaires et experts de Göring y opèrent en son nom, quand il ne vient pas lui-même choisir. Les œuvres sont expédiées vers Carinhall, à moins qu’elles ne servent à des échanges négociés avec des marchands. Ceux-ci savent naturellement l’origine des pièces qu’ils acceptent contre d’autres de leurs stocks, que Göring veut pour ses salons et chambres. Ses principaux partenaires allemands – Bruno Lohse ou Walter Hofer – sont connus, comme le sont les employés de l’ERR et les marchands français, italiens ou suisses qui participent à ce marché du crime.
Le catalogue regorge donc du récit, en creux, de vols et trafics. Un seul exemple : Maison au bord de l’eau, un Cézanne pris aux Rothschild, passe au Jeu de paume, rejoint Carinhall par l’intermédiaire de Hofer puis est revendu 350 000 Reichmarks, le 31 mars 1942, au marchand germano-néerlandais Alois Miedl. Les Renoir, Toulouse-Lautrec, Courbet ou Monet pris dans le coffre de banque de Floirac (Gironde), où le galeriste parisien Paul Rosenberg a cru cacher sa collection avant de s’exiler à New York, ont des destins comparables, que les notices permettent de reconstituer.
Accumulation frénétique
Elles permettent aussi de définir les préférences de Göring. Celles-ci sont pour partie prévisibles : il accumule frénétiquement tout ce qui touche à l’histoire de l’art allemand, vrais et faux Cranach par dizaines, Baldung Grien, Dürer, primitifs rhénans et danubiens – tout ce qui peut exalter l’histoire et le génie germaniques, conformément au nationalisme hystérique nazi. Par extension, tout ce qui est nordique l’attire : Memling, van der Weyden, Gossaert, la famille Breughel, Van Cleve ou Lucas de Leyde. Ils forment un contingent nettement plus dense que leurs contemporains italiens. Ce tropisme s’étend aux siècles suivants et Göring amasse ce qu’on lui dit être de Rubens, Rembrandt, Van Dyck, Ruysdael, Van Goyen, Hobbema, Steen ou Teniers – et de Vermeer évidemment. De ce dernier, il obtient un Jésus et la femme adultère en cédant à Miedl un lot important de toiles, en février 1944, alors qu’il s’agit d’un faux Vermeer exécuté par Van Meegeren. La section hollandaise occupe entre le quart et le tiers de la collection.
Jusqu’ici, rien d’inattendu. Ce qui l’est, c’est la part considérable du XVIIIe siècle français : Watteau, Nattier, Boucher, Greuze, Chardin, Lancret s’accumulent, pris aux Rothschild ou aux Wildenstein. Mythologies, allégories, scènes galantes : autrement dit, surtout des femmes nues ou demi-nues. Ce n’est certes pas original, mais Göring affiche ainsi sa prédilection pour les artistes français du siècle des Lumières – des origines géographiques et philosophiques très contraires à l’idéologie nazie. A l’inverse, le néoclassicisme, bien qu’antique et héroïque, le laisse indifférent, alors même qu’il est cultivé par les architectes et artistes officiels du IIIe Reich. Ceux-ci ne sont du reste guère présents à Carinhall, hors quelques toiles offertes par des courtisans.
Plus curieux : Göring ne refuse pas l’art dit « dégénéré ». Pour la Noël 1942, il offre à sa femme Deux tournesols, de Van Gogh, pris dans la collection de Paul Rosenberg. D’autres Van Gogh, des Corot et Monet sont accrochés à Carinhall, où passent aussi des Sisley, des Cézanne et des Renoir. Sa duplicité est évidente : tout en approuvant officiellement la dénonciation de la « dégénérescence » artistique, il s’empare d’œuvres impressionnistes pour sa résidence. Une photo prise au Jeu de paume, en 1942, le montre contemplant deux Matisse issus de spoliations. Or aucun Matisse n’est mentionné dans l’inventaire. Parce que ç’aurait été une provocation trop risquée ? Ou parce que l’inventaire n’est pas complet ?
À LIRE
« Le Catalogue Göring », ouvrage collectif sous la direction de Jean-Marc Dreyfus, (Commission des archives diplomatiques et Flammarion, 606 p., 29 €).
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Par Philippe Dagen