Gelitin fans in Paris Gelitin La Louvre Paris Du 1 mars au 30 avril 2008
Culture comme démarcation
Pendant exact de la massification, "l’undergroundisation" du rapport à la culture, "la branchitude" constituent un autre visage de notre rapport moderne à la culture. En réaction contre les cultures populaires, massives, consensuelles, commerciales, nombreux sont ceux qui veulent se distinguer. Snobisme, égocentrisme qui pousse à toujours rechercher les "avant-gardes", les inconnus géniaux, les créateurs à découvrir, les artistes maudits. Vaste coquetterie que cet effort perpétuel, finalement risible, massif lui aussi, vers l’anticonformisme. Effort qui devient un autre conformisme.
Et cette "branchouille attitude", ce rapport utilitariste à la culture comme marqueur d’originalité, comme pedigree de différence, de démarcation, par rapport au reste de la société, aux "beaufs", se répand. Il se diffuse dans la plupart des médias sous le concept de "news urbains", de "guide du fooding", ou du "clubbing", de plateau télé sur les "les nouvelles tendances", de guide d’achat "trendy" dans la presse féminine. Il n’y a qu’à feuilleter le journal gratuit distribué par la RATP, "A nous Paris", pour se rendre compte que le péquin de base, celui qui ne connait pas la "lounge music", qui n’apprécie pas nécessairement les "romans transgressifs", celui qui ne trouve pas systématiquement que le dernier film sud-coréen en date est un chef d’œuvre, celui-là, l’usager standard, l’homme du réel, n’y a pas sa place. Il n’a pas sa place dans l’acceptable urbain branché, connecté, tendance, créatif, "up to date".
Pour les "défricheurs de tendances" et leur caste, la culture est affaire de gens de métiers. Le public est invité à circuler, à se pâmer vite fait sur ordre, à ne surtout pas émettre d’avis : il n’y est pas légitime, il n’y est pas autorisé, il n’y est pas compétent. Ainsi ce journaliste qui, dans un article d'août 2009, s’effare, avec une touchante et quelque peu effrayante naïveté, d’entendre un visiteur d’exposition émettre un jugement : "Cézanne c’est vraiment nul !". Le triste journaliste s’offusque, tel le bourgeois balzacien, d’entendre une telle phrase, phrase que le journaliste "aurait cru imprononçable depuis un siècle". Bel aveu. Effectivement, les gens vont aux expositions sans comprendre Cézanne. Voire même sans l’aimer. Et ils font des phrases, les salauds ! Faut-il que ce journaliste n’ait pas entendu un avis critique depuis fort longtemps pour s’en révolter ainsi !
Gelitin fans in Paris Gelitin La Louvre Paris Du 1 mars au 30 avril 2008
Culture comme démarcation
Pendant exact de la massification, "l’undergroundisation" du rapport à la culture, "la branchitude" constituent un autre visage de notre rapport moderne à la culture. En réaction contre les cultures populaires, massives, consensuelles, commerciales, nombreux sont ceux qui veulent se distinguer. Snobisme, égocentrisme qui pousse à toujours rechercher les "avant-gardes", les inconnus géniaux, les créateurs à découvrir, les artistes maudits. Vaste coquetterie que cet effort perpétuel, finalement risible, massif lui aussi, vers l’anticonformisme. Effort qui devient un autre conformisme.
Et cette "branchouille attitude", ce rapport utilitariste à la culture comme marqueur d’originalité, comme pedigree de différence, de démarcation, par rapport au reste de la société, aux "beaufs", se répand. Il se diffuse dans la plupart des médias sous le concept de "news urbains", de "guide du fooding", ou du "clubbing", de plateau télé sur les "les nouvelles tendances", de guide d’achat "trendy" dans la presse féminine. Il n’y a qu’à feuilleter le journal gratuit distribué par la RATP, "A nous Paris", pour se rendre compte que le péquin de base, celui qui ne connait pas la "lounge music", qui n’apprécie pas nécessairement les "romans transgressifs", celui qui ne trouve pas systématiquement que le dernier film sud-coréen en date est un chef d’œuvre, celui-là, l’usager standard, l’homme du réel, n’y a pas sa place. Il n’a pas sa place dans l’acceptable urbain branché, connecté, tendance, créatif, "up to date".
Pour les "défricheurs de tendances" et leur caste, la culture est affaire de gens de métiers. Le public est invité à circuler, à se pâmer vite fait sur ordre, à ne surtout pas émettre d’avis : il n’y est pas légitime, il n’y est pas autorisé, il n’y est pas compétent. Ainsi ce journaliste qui, dans un article d'août 2009, s’effare, avec une touchante et quelque peu effrayante naïveté, d’entendre un visiteur d’exposition émettre un jugement : "Cézanne c’est vraiment nul !". Le triste journaliste s’offusque, tel le bourgeois balzacien, d’entendre une telle phrase, phrase que le journaliste "aurait cru imprononçable depuis un siècle". Bel aveu. Effectivement, les gens vont aux expositions sans comprendre Cézanne. Voire même sans l’aimer. Et ils font des phrases, les salauds ! Faut-il que ce journaliste n’ait pas entendu un avis critique depuis fort longtemps pour s’en révolter ainsi !