Le château de Sully-sur-Loire, Donjon : Il fut construit en 1395 par Guy VI de La Trémoille, seigneur de Sully et restauré en 1603 par le Grand Sully. Vaste bâtiment rectangulaire de 39 mètres sur 16, il est flanque que de 4 tours circulaires.
LE CHÂTEAU DE SULLY-SUR-LOIRE
LE MONDE | 03.09.1954 à 00h00 • Mis à jour le 03.09.1954 à 00h00 |
LOUIS MARTIN.
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Le château de Sully, sur lequel sa mise en vente judiciaire, dans les circonstances que nous avons récemment rapportées (1), vient d'attirer l'attention, est un des spécimens les plus typiques de l'architecture féodale.
Les vastes bâtiments actuels datent du quatorzième siècle. Ils remplacèrent la construction de bois, dont les fondations remonteraient à l'époque gallo-romaine. Les comptes du château de 1360 à 1363 - disparus avec les archives - mentionnent avec précision la date et les causes de cette restauration : " Aides que les villes et paroisses de la chastellie de Seuli ont fait à Monseigneur pour la réparation de son chastel de Seuli... lequel estoit chuz et abatuz par fortune du vent, l'an 1363. "
Un autre texte concerne, à la même date, l'édification de la magnifique charpente du don]"on (10 mètres de haut et 35 mètres de long), que Viollet-le-Duc considérait comme l'un des témoignages " les plus anciens et les plus complets de l'art de la charpenterie au moyen âge " : " Paié à Tévenon Foucher pour faire la charpenterie de la haute salle du chasteau tout à neuf, et pour faire le coronner des tours et du chasteau. "
Construit sur pilotis, le château fut bâti, à l'origine, dans le lit même de la Loire. En 1396 Raymond du Temple, " architecte du Louvre, maistre-maçon du Roy ", prit la direction des travaux.
La position géographique du château définit son rôle : le château de Sully (Soliacus, Soliacum, Solacense castrum) fut de tout temps un établissement militaire: " lieu fort ", " château fort ", qui commandait et défendait le nœud important de communications que formait la " tête de pont " de la Loire en cet endroit Tête de pont " stratégique " en raison non seulement du pont de pierre qui traversait le fleuve au pied même du château, de la proximité des voies romaines, mais du voisinage du " lieu sacré " de la Gaule, que les maîtres de la science historique sont unanimes à fixer à Fleury (depuis Saint-Benoît-sur-Loire), et de l'importante bourgade gallo-romaine de Bonnée, par l'antique chemin de laquelle les reliques de saint Benoît furent ramenées d'Italie à Fleury au septième siècle.
De La Trémoille à Sully
Par suite du mariage de Marie de Sully avec Guy VI de La Trémoille, la terre de Sully entra dans cette maison en 1383. Georges de La Trémoille en hérita. C'est à ce titre qu'il attira et retint à plusieurs reprises Charles VII à Sully ; on sait que Jeanne d'Arc dut venir deux fois l'y voir, en juin 1429 et en mars 1430.
Louis II de La Trémoille - le héros de Saint-Aubin-du-Cormier, qui devait être tué à Pavie - fit exécuter d'importants travaux. De nouveau bâtiments furent construits, des aménagements intérieurs effectués.
Les guerres de religion amassèrent ruines sur ruines. La collégiale Saint-Ythier, qui se trouvait dans la cour extérieure, fut détruite et la petite ville rançonnée. De nombreux habitants furent massacrés.
En 1563, sur l'ordre de Coligny, les capitaines de Boucart et Dampierre assiégèrent le château et la ville ; François de Guise envoya les capitaines Biron et Richelieu pour les délivrer.
En 1575 Henri de Guise, prince de Condé, tente vainement à son tour de reprendre le château. Dix années plus tard (12 mai 1585) le sieur d'Entragues, pour en faire l'assaut, dévastait la ville et ses faubourgs.
Le 25 juin 1589, après s'être emparés de Jargeau, Henri III et Henri de Navarre sommaient la ville de Sully de se rendre le gouverneur du château ayant répondu par une fin de non-recevoir, une délégation d'habitants se rendit à Jargeau pour faire leur soumission. Le château capitula
Le 15 juillet 1602 Claude La Trémoille, duc de Thouars, récemment converti ou protestantisme, vendait ses terres et seigneurie de Sully-sur-Loire à Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, grand-voyer et grand-maître de l'artillerie de France, moyennant la somme de 42 000 écus, soit 126 000 livres. Le 12 février 1606 Henri IV les érigeait en duché-pairie.
Sully allait conquérir d'emblée la première place dans la longue lignée des seigneurs qui l'avaient précédé. Le " paysan " qu'il resta toujours, selon la juste remarque de M. le pasteur Jacques Pannier, retrouvait là son milieu, son élément, ses aspirations : la terre, la terre du val de Loire, celle de la Sologne et du Berry, dans lesquelles il allait étendre son vaste domaine.
Dès son arrivée le château, le parc et les jardins qui l'entourent sont transformés en ruches bourdonnantes. Des centaines d'ouvriers s'y affairent. On bâtit et on laboure. On arrache, on démolit, mais or reconstruit, on plante, on transforme, on ouvre les vieilles murailles à l'air et à la lumière.
Le travail de chacun est indiqué et ordonné. Un marché notarié en a fixé les conditions. Le maître est le premier à s'y soumettre, comme il est le premier levé et le dernier couché. Rien ne lui échappe, depuis la construction et l'aménagement d'une nouvelle tour pour l'artillerie, la réfection du donjon, les dessins des plafonds à caissons de son cabinet de travail et de sa chambre à coucher, l'élargissement des douves, la protection de la ville contre les inondations, la reconstruction des halles et de l'église paroissiale, l'établissement d'une canalisation de 3 kilomètres de long pour amener l'eau potable dans son parc, jusqu'à l'aménagement d'une " garenne ", dont il dresse lui-même les plans.
En 1621, profitant d'une de ses absences, une troupe de huguenots se fortifie dans le château. Le prince de Condé accourt du Berry pour la déloger.
Le 7 décembre 1638 devant Pichery, notaire à Sully-sur-Loire, Sully passait un marché avec Jacques Bouquet, maître imprimeur à Auxerre, pour l'impression et la reliure, dans l'une des tours du château, de ses Mémoires, dictés et mis en ordre depuis 1625. Ceux-ci parurent à Sully en 1640 sous le titre ; les Sages et Royales Économies d'Estat, domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand.
Lieu d'asile des rois et des philosophes
Depuis la mort de Sully (22 décembre 1641) le château continua de participer étroitement à tous les événements heureux ou malheureux du pays, au point que l'un de ses historiens, M. Gustave Eyriès, a pu écrire que " l'histoire de France, depuis qu'il y a une France, s'est inscrite, page par page, sur chacune de ses pierres ".
Chassé de Paris par la Fronde, Louis XIV, enfant, s'y réfugie avec Anne d'Autriche, Mazarin et la cour, avant la bataille de Bléneau. Avant eux, depuis Pépin le Bref, la reine Berthe et le futur Charlemagne, dix autres rois de France, de Louis VII et Philippe-Auguste à Louis XI, François Ier et Henri III (contrairement à la légende Henri IV ne vint jamais à Sully), avaient franchi eux-mêmes les portes de la vieille demeure des " Seuli ".
Pour protester contre la misère et la frappe de nouvelles monnaies, deux mille paysans solognots, soulevés par les gentilshommes de la région, assiègent le château de mai à juillet 1658. Ils dévastent le pays, détroussent les habitants.
Accusé à tort, dit-on, d'avoir publié des libelles contre le régent, Voltaire est exilé à Sully en 1716 et 1719. La Fare, Chaulieu, Fontenelle, Génouville, Bussy, Courtin, l'y rejoignent. Au milieu du parc - dont " tous les arbres, a écrit l'auteur d'œdipe, sont découpés par des polissons ou des amants " - se déroulent les fameuses " Nuits blanches de Sully ", qu'agrémentent un essaim de jolies femmes : les duchesses de Sully, de La Vrillière, les marquises de Listenay, de Mimeure, sans oublier la belle Suzanne de Livry que, dans son aveuglement Voltaire allait faire siffler dans Artémire à la Comédie-Française.
À la veille de la Révolution La Fayette, retour d'Amérique, est reçu au château.
Les ravages de la guerre
À la fin du dix-neuvième siècle un puits artésien de 334 mètres, creusé à l'intérieur même de la salle des gardes, permet au châtelain de l'époque, le comte de Béthune-Sully, d'offrir gracieusement à la ville de Sully sa première adduction d'eau potable.
L'année 1833 est marquée par un événement solennel : profanées à la Révolution, les cendres de Sully et de sa seconde femme, Rachel de Cochefilet, retrouvées dans le cimetière de Nogent-le-Rotrou, sont transportées au château.
Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1918 un incendie détruit un corps de bâtiment déjà incendié sous Louis XV, ainsi que la charpente de la tour du portail. Les flammes montent si haut qu'on les aperçoit de la cathédrale d'Orléans, à 40 kilomètres de là.
Les terribles bombardements des 15 au 18 juin 1940 allaient compléter le désastre. Les bombes de l'aviation italienne et les obus de l'artillerie allemande abattirent l'aile des archives, crevèrent les toitures, brisèrent en plusieurs endroits la magnifique charpente du quatorzième siècle, rendirent les pièces intérieures inhabitables. On connaît la suite... Un dernier événement local, dramatique dans sa forme et ses conséquences, allait restituer au château, pour quelques heures, son rôle féodal de protecteur de la cité. En pleine déroute allemande, les 10 et 11 août 1944, un ordre impératif du commandant de la place enjoignait à toute la population, sans distinction, de se rassembler et de passer la nuit dans l'intérieur du château. Deux soirs de suite, mille cinq cents personnes s'entassèrent dans les pièces et les salles, qui auraient pu sans dommage en contenir le double. Sur la rive opposée de la Loire, face au château, des détachements de l'armée américaine avaient pris position. La ville était en état de siège. Au pied même de la vieille forteresse les mitrailleuses crépitaient ; des explosions incessantes se faisaient entendre dans le lointain.
Lorsque au matin du troisième jour les premiers " prisonniers " quittèrent prudemment et librement leur asile, ils eurent la stupéfaction de retrouver leur ville complètement déserte : les Allemands l'avaient évacuée clandestinement au cours de le nuit.
Le château de Sully-sur-Loire, Donjon : Il fut construit en 1395 par Guy VI de La Trémoille, seigneur de Sully et restauré en 1603 par le Grand Sully. Vaste bâtiment rectangulaire de 39 mètres sur 16, il est flanque que de 4 tours circulaires.
LE CHÂTEAU DE SULLY-SUR-LOIRE
LE MONDE | 03.09.1954 à 00h00 • Mis à jour le 03.09.1954 à 00h00 |
LOUIS MARTIN.
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Le château de Sully, sur lequel sa mise en vente judiciaire, dans les circonstances que nous avons récemment rapportées (1), vient d'attirer l'attention, est un des spécimens les plus typiques de l'architecture féodale.
Les vastes bâtiments actuels datent du quatorzième siècle. Ils remplacèrent la construction de bois, dont les fondations remonteraient à l'époque gallo-romaine. Les comptes du château de 1360 à 1363 - disparus avec les archives - mentionnent avec précision la date et les causes de cette restauration : " Aides que les villes et paroisses de la chastellie de Seuli ont fait à Monseigneur pour la réparation de son chastel de Seuli... lequel estoit chuz et abatuz par fortune du vent, l'an 1363. "
Un autre texte concerne, à la même date, l'édification de la magnifique charpente du don]"on (10 mètres de haut et 35 mètres de long), que Viollet-le-Duc considérait comme l'un des témoignages " les plus anciens et les plus complets de l'art de la charpenterie au moyen âge " : " Paié à Tévenon Foucher pour faire la charpenterie de la haute salle du chasteau tout à neuf, et pour faire le coronner des tours et du chasteau. "
Construit sur pilotis, le château fut bâti, à l'origine, dans le lit même de la Loire. En 1396 Raymond du Temple, " architecte du Louvre, maistre-maçon du Roy ", prit la direction des travaux.
La position géographique du château définit son rôle : le château de Sully (Soliacus, Soliacum, Solacense castrum) fut de tout temps un établissement militaire: " lieu fort ", " château fort ", qui commandait et défendait le nœud important de communications que formait la " tête de pont " de la Loire en cet endroit Tête de pont " stratégique " en raison non seulement du pont de pierre qui traversait le fleuve au pied même du château, de la proximité des voies romaines, mais du voisinage du " lieu sacré " de la Gaule, que les maîtres de la science historique sont unanimes à fixer à Fleury (depuis Saint-Benoît-sur-Loire), et de l'importante bourgade gallo-romaine de Bonnée, par l'antique chemin de laquelle les reliques de saint Benoît furent ramenées d'Italie à Fleury au septième siècle.
De La Trémoille à Sully
Par suite du mariage de Marie de Sully avec Guy VI de La Trémoille, la terre de Sully entra dans cette maison en 1383. Georges de La Trémoille en hérita. C'est à ce titre qu'il attira et retint à plusieurs reprises Charles VII à Sully ; on sait que Jeanne d'Arc dut venir deux fois l'y voir, en juin 1429 et en mars 1430.
Louis II de La Trémoille - le héros de Saint-Aubin-du-Cormier, qui devait être tué à Pavie - fit exécuter d'importants travaux. De nouveau bâtiments furent construits, des aménagements intérieurs effectués.
Les guerres de religion amassèrent ruines sur ruines. La collégiale Saint-Ythier, qui se trouvait dans la cour extérieure, fut détruite et la petite ville rançonnée. De nombreux habitants furent massacrés.
En 1563, sur l'ordre de Coligny, les capitaines de Boucart et Dampierre assiégèrent le château et la ville ; François de Guise envoya les capitaines Biron et Richelieu pour les délivrer.
En 1575 Henri de Guise, prince de Condé, tente vainement à son tour de reprendre le château. Dix années plus tard (12 mai 1585) le sieur d'Entragues, pour en faire l'assaut, dévastait la ville et ses faubourgs.
Le 25 juin 1589, après s'être emparés de Jargeau, Henri III et Henri de Navarre sommaient la ville de Sully de se rendre le gouverneur du château ayant répondu par une fin de non-recevoir, une délégation d'habitants se rendit à Jargeau pour faire leur soumission. Le château capitula
Le 15 juillet 1602 Claude La Trémoille, duc de Thouars, récemment converti ou protestantisme, vendait ses terres et seigneurie de Sully-sur-Loire à Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, grand-voyer et grand-maître de l'artillerie de France, moyennant la somme de 42 000 écus, soit 126 000 livres. Le 12 février 1606 Henri IV les érigeait en duché-pairie.
Sully allait conquérir d'emblée la première place dans la longue lignée des seigneurs qui l'avaient précédé. Le " paysan " qu'il resta toujours, selon la juste remarque de M. le pasteur Jacques Pannier, retrouvait là son milieu, son élément, ses aspirations : la terre, la terre du val de Loire, celle de la Sologne et du Berry, dans lesquelles il allait étendre son vaste domaine.
Dès son arrivée le château, le parc et les jardins qui l'entourent sont transformés en ruches bourdonnantes. Des centaines d'ouvriers s'y affairent. On bâtit et on laboure. On arrache, on démolit, mais or reconstruit, on plante, on transforme, on ouvre les vieilles murailles à l'air et à la lumière.
Le travail de chacun est indiqué et ordonné. Un marché notarié en a fixé les conditions. Le maître est le premier à s'y soumettre, comme il est le premier levé et le dernier couché. Rien ne lui échappe, depuis la construction et l'aménagement d'une nouvelle tour pour l'artillerie, la réfection du donjon, les dessins des plafonds à caissons de son cabinet de travail et de sa chambre à coucher, l'élargissement des douves, la protection de la ville contre les inondations, la reconstruction des halles et de l'église paroissiale, l'établissement d'une canalisation de 3 kilomètres de long pour amener l'eau potable dans son parc, jusqu'à l'aménagement d'une " garenne ", dont il dresse lui-même les plans.
En 1621, profitant d'une de ses absences, une troupe de huguenots se fortifie dans le château. Le prince de Condé accourt du Berry pour la déloger.
Le 7 décembre 1638 devant Pichery, notaire à Sully-sur-Loire, Sully passait un marché avec Jacques Bouquet, maître imprimeur à Auxerre, pour l'impression et la reliure, dans l'une des tours du château, de ses Mémoires, dictés et mis en ordre depuis 1625. Ceux-ci parurent à Sully en 1640 sous le titre ; les Sages et Royales Économies d'Estat, domestiques, politiques et militaires de Henry le Grand.
Lieu d'asile des rois et des philosophes
Depuis la mort de Sully (22 décembre 1641) le château continua de participer étroitement à tous les événements heureux ou malheureux du pays, au point que l'un de ses historiens, M. Gustave Eyriès, a pu écrire que " l'histoire de France, depuis qu'il y a une France, s'est inscrite, page par page, sur chacune de ses pierres ".
Chassé de Paris par la Fronde, Louis XIV, enfant, s'y réfugie avec Anne d'Autriche, Mazarin et la cour, avant la bataille de Bléneau. Avant eux, depuis Pépin le Bref, la reine Berthe et le futur Charlemagne, dix autres rois de France, de Louis VII et Philippe-Auguste à Louis XI, François Ier et Henri III (contrairement à la légende Henri IV ne vint jamais à Sully), avaient franchi eux-mêmes les portes de la vieille demeure des " Seuli ".
Pour protester contre la misère et la frappe de nouvelles monnaies, deux mille paysans solognots, soulevés par les gentilshommes de la région, assiègent le château de mai à juillet 1658. Ils dévastent le pays, détroussent les habitants.
Accusé à tort, dit-on, d'avoir publié des libelles contre le régent, Voltaire est exilé à Sully en 1716 et 1719. La Fare, Chaulieu, Fontenelle, Génouville, Bussy, Courtin, l'y rejoignent. Au milieu du parc - dont " tous les arbres, a écrit l'auteur d'œdipe, sont découpés par des polissons ou des amants " - se déroulent les fameuses " Nuits blanches de Sully ", qu'agrémentent un essaim de jolies femmes : les duchesses de Sully, de La Vrillière, les marquises de Listenay, de Mimeure, sans oublier la belle Suzanne de Livry que, dans son aveuglement Voltaire allait faire siffler dans Artémire à la Comédie-Française.
À la veille de la Révolution La Fayette, retour d'Amérique, est reçu au château.
Les ravages de la guerre
À la fin du dix-neuvième siècle un puits artésien de 334 mètres, creusé à l'intérieur même de la salle des gardes, permet au châtelain de l'époque, le comte de Béthune-Sully, d'offrir gracieusement à la ville de Sully sa première adduction d'eau potable.
L'année 1833 est marquée par un événement solennel : profanées à la Révolution, les cendres de Sully et de sa seconde femme, Rachel de Cochefilet, retrouvées dans le cimetière de Nogent-le-Rotrou, sont transportées au château.
Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1918 un incendie détruit un corps de bâtiment déjà incendié sous Louis XV, ainsi que la charpente de la tour du portail. Les flammes montent si haut qu'on les aperçoit de la cathédrale d'Orléans, à 40 kilomètres de là.
Les terribles bombardements des 15 au 18 juin 1940 allaient compléter le désastre. Les bombes de l'aviation italienne et les obus de l'artillerie allemande abattirent l'aile des archives, crevèrent les toitures, brisèrent en plusieurs endroits la magnifique charpente du quatorzième siècle, rendirent les pièces intérieures inhabitables. On connaît la suite... Un dernier événement local, dramatique dans sa forme et ses conséquences, allait restituer au château, pour quelques heures, son rôle féodal de protecteur de la cité. En pleine déroute allemande, les 10 et 11 août 1944, un ordre impératif du commandant de la place enjoignait à toute la population, sans distinction, de se rassembler et de passer la nuit dans l'intérieur du château. Deux soirs de suite, mille cinq cents personnes s'entassèrent dans les pièces et les salles, qui auraient pu sans dommage en contenir le double. Sur la rive opposée de la Loire, face au château, des détachements de l'armée américaine avaient pris position. La ville était en état de siège. Au pied même de la vieille forteresse les mitrailleuses crépitaient ; des explosions incessantes se faisaient entendre dans le lointain.
Lorsque au matin du troisième jour les premiers " prisonniers " quittèrent prudemment et librement leur asile, ils eurent la stupéfaction de retrouver leur ville complètement déserte : les Allemands l'avaient évacuée clandestinement au cours de le nuit.