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La "Tête de Bénévent" ou la persistance de la tradition argienne Tête d'athlète vainqueur

Les fouilles d'Herculanum ont révélé cette exceptionnelle tête de jeune homme que l'on a crue longtemps provenir de Bénévent. Faite de bronze incrusté de cuivre rouge, elle couronnait vraisemblablement un pilier hermaïque et devait participer du décor de quelque riche demeure romaine ou de quelque palestre. Elle manifeste la persistance de la tradition argienne au Ier siècle av. J.-C., s'inspirant largement des figures athlétiques créées par le sculpteur Polyclète au Ve siècle avant notre ère.

La "Tête de Bénévent"

Le musée du Louvre a acquis en 1870 une exceptionnelle tête en bronze, conservée auparavant dans la collection du comte Michel Tyszkiewicz. L'œuvre est généralement désignée comme la "tête de Bénévent", bien que cette appellation ait été fondée sur un quiproquo depuis longtemps élucidé : le bronze provient non pas de Bénévent mais des fouilles effectuées à Herculanum, également en Campanie (Italie du Sud). La tête, qui avait été offerte au seigneur bénéventin par Ferdinand II, roi des deux Siciles, fut ensuite considérée - à tort - comme une œuvre découverte à Bénévent. Elle reproduit le visage d'un jeune homme à peine sorti de l'adolescence, les lèvres rehaussées de cuivre rouge et les yeux autrefois incrustés.

Décor d'une villa campanienne

Réalisée vers 50 avant J.-C., cette tête surmontait vraisemblablement un pilier hermaïque. Elle participait sans doute du décor de quelque riche demeure campanienne, ou bien ornait quelque palestre ou académie de la région de Naples dans lesquelles la sculpture décorative faisait souvent écho aux exercices physiques qui y étaient pratiqués. La couronne d'olivier sauvage dont est ceinte la tête du jeune homme rappelle d'ailleurs la récompense offerte aux athlètes vainqueurs aux jeux d'Olympie. Le thème de l'athlète s'inspire d'un type statuaire très en faveur dans la sculpture grecque classique, puis largement exploité à l'époque romaine sous forme de copies, de pastiches et de recréations.

Un écho des créations de Polyclète d'Argos

Le jeune homme "de Bénévent" perpétue le souvenir des créations argiennes du Ve siècle avant J.-C., en particulier celui des figures athlétiques sculptées après 450 avant J.-C. par le plus illustre représentant de cette école : Polyclète d'Argos. L'arrangement des cheveux est plus libre que sur les répliques des œuvres de Polyclète (telles que le Doryphore ou le Diadumène), mais il conserve le caractère soigné des mèches incisées et un souci similaire du détail ; le désordre des boucles qui foisonnent autour du front trahit cependant une approche presque pittoresque, étrangère à l'art du sculpteur. Le visage, quant à lui, est construit selon les principes de l'école argienne et témoigne de la persistance de l'influence polyclétéenne au Ier siècle avant notre ère. Le menton plein, le contour de la bouche, la forme du nez dont les ailes joignent les joues par de légères dépressions, manifestent l'héritage du maître argien.

Bibliographie

Polyklet. Der Bildhauer der Griechischen Statuen, Francfort-sur-Main, 1990, p. 646-647, n 177.

P. Zanker, Klassizistische Statuen, Mainz, 1974, p. 32-33, n 29, pl. 34, 36.

E. Michon, "Tête d'athlète", Monuments et Mémoires. Fondation Piot I, 1898, p. 77-84, pl. 10-11.

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Uploaded on October 22, 2013
Taken on October 22, 2013