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Entre ombre et lumière

www.youtube.com/watch?v=BupbWHRkP7s

 

 

Tania attendait le retour du nouveau prince vampire. Car maintenant que l’ombre avait gagné, la voleuse d’âmes savait que Jakob qu’elle convoitait depuis un moment, serait tout à elle. Abandonné par Marie, il ne pourrait que chercher l’affection auprès de la seule femme séduisante du royaume maléfique. Et cette femme, c’était elle.

Et puis, elle avait des questions à lui poser. Comment avait-il fait pour revenir dans ce monde alors qu’elle l’avait croisé dans un autre et qu’il l’avait vaincue ainsi que ses comparses. Si les maléfiques pouvaient voyager d’une époque à une autre et d’un univers à l’autre y compris quand ils étaient vaincus, les elfes fées n’étaient pas doués d’un pouvoir suffisant pour faire de même.

La jeune femme était prudente ; peut-être cet être étrange et fascinant disposait-il de pouvoirs spéciaux en lien avec l’anneau de feu. Des pouvoirs qui justement, dépassaient la notion de bien et de mal et permettaient de cumuler les pouvoirs féeriques et maléfiques.

 

Lorsqu’elle vit la silhouette du vampire blond apparaître, elle sourit avec ironie. Il paraissait triste, désespéré et humilié. Allons...elle se sentait l’âme d’une infirmière...elle saurait bientôt lui faire oublier cette petite sotte de Marie. Elle s’avança à sa rencontre et d’un air canaille lui dit :

 

Ma foi ! Pour venir de province,

Le tour n'est pas trop mal, oui-dà !

Et le mérite n'est pas mince

De débuter comme cela !

Vous avez perdu la partie,

Payez sans maudire le sort

Et dites-vous qu'en cette vie

Il n'est pire eau que l'eau qui dort.

 

Ah ! Ah !... Vrai ! Je m'en veux de rire

Quand je devrais y compatir,

Mais de voir un homme souffrir,

Lorsqu'on est femme, on a beau dire,

Ça fait toujours un peu plaisir !

 

Vous aurez une vicomtesse

Digne de vous, sans contredit,

Au prestige de la noblesse

Ajoutons celui de l'esprit !

Vous aviez peur qu'elle fût bête !

D'avance elle vous donna tort

En tournant prestement la tête

D'un homme qui se croit si fort !..

 

Ah ! Ah !... Vrai ! Je m'en veux de rire

Quand je devrais y compatir,

Mais de voir un homme souffrir,

Lorsqu'on est femme, on a beau dire,

Ça fait toujours un peu plaisir !

 

- Taisez-vous, Tania ! Vous ne savez pas ce que vous dites, la coupa Jakob sèchement. Vous ne comprenez pas que Marie est bien plus digne d’amour que toutes les femmes de la féerie et des royaumes de l’ombre réunies. Elle est humaine, certes. Mais elle sait que la véritable affection n’est pas dans l’illusion ni les apparences. Mais dans l’élan simple des coeurs et des âmes. Elle le sait depuis toujours et bien mieux que moi...C’est pourquoi je dois me rendre digne d’elle.

 

- Digne d’elle ? Mais quelle absurdité, par tous les diables ! Vous avez l’occasion unique et merveilleuse d’être à présent le souverain des mondes obscurs et vous voulez continuer à courir après cette petite dinde ridicule dont la famille est alliée depuis toujours à nos ennemis?

 

- Marie est loin d’être ce que vous dites. Je l’aime. Et elle m’aime aussi.

 

- Si elle vous aimait réellement, elle serait près de vous.

 

- Marie a toujours détesté les honneurs. Même ceux de la féerie ne l’intéressent pas. Elle préfère vivre à l’écart loin de tout ce qui ressemble à la vie de cour, de pouvoir et d’argent. Et je ne saurais l’en blâmer. J’ai vu à quel point le pouvoir et l’argent ont corrompu des âmes. Et je ne veux pas leur ressembler.

Mieux, je ne veux pas rester vampire. Cet état ne m’intéresse absolument pas. Même par amitié pour Ulf. Si le baiser que j’ai donné à Marie m’a transformé en être maléfique, il peut peut-être aussi me ramener à mon ancien état. Parce que contrairement à vous, je ne suis pas dans la haine ni dans le besoin de dominer, de tuer, de contrôler. Alors je dois pouvoir inverser ce sortilège. Et c’est ce que je souhaite de toute mon âme. Je ne fais pas partie de votre clan, voleuse d’âmes. Et je ne serai jamais vôtre. Jamais, hurla-t-il !

 

Vexée et goguenarde, Tania tourna les talons mais finit par répliquer en quittant les arènes :

 

- Vous dites cela aujourd’hui, prince, parce que vous êtes blessé et amer. Mais bientôt, vous aimerez votre nouvelle nature, en apprécierez tous les avantages. Qui d’ailleurs n’aimerait pas contrôler, mordre, tuer, jouir et vampiriser humains et êtres féeriques, s’abreuver à leur sang, à leur source de vie ? Je ne connais aucun être maléfique qui n’aimerait pas être à votre place. Et Oswald vous a laissé tous ses pouvoirs en cadeaux. Vous cumulerez ceux d’Abélard et de vos différents adversaires. Une fort jolie dot pour un être féerique passé du côté obscur de la force. Vous pourrez vous amuser à les tester ces dons, comme de nouveaux jouets. Et un jour prochain, parce que vous aurez épuisé tous les plaisirs de ces nouveaux pouvoirs et de la gloire et de la puissance qui y sont attachées, vous viendrez comme un chien quémander des caresses de ma part, je vous le promets, Roméo . D’ici là, vous aurez peut-être besoin d’une nuit noire de l’âme pour comprendre avec sagesse qu’il faut tirer un trait sur le passé, si tendre et réjouissant était-il. La comtesse de Kalamine n’était pas destinée à être votre épouse, cela s’est vérifié par la preuve éclatante du choix qu’elle a fait non pas pour vous mais contre vous, conclut-elle avec malice.

 

- Silence, prophétesse de malheur ! Et hors de ma vue ! Sinon, c’est vous qui serez ma première victime. Et je doute fort que vous appréciez ce genre de traitement dit Jakob en lui montrant ses crocs acérés.

 

La voleuse d’âmes fronça les sourcils en grimaçant, et se rappelant brusquement la façon dont l’elfe fée l’avait fait disparaître dans l’église, elle se dépêcha de sortir. Elle n’avait pas envie d’irriter le vampire tout de suite. Juste lui retirer l’envie de sa rivale. Pour mieux se l’accaparer. Il était encore trop tôt pour se glisser dans la place chaude et douillette dont bénéficiait Marie, mais Tania se promettait monts et merveilles avec le jeune homme. Et elle se disait qu’elle ferait en sorte qu’il ne puisse plus se passer d’elle.

La première chose qui se réveillait chez un vampire nouvellement créé était la faim du sang. Faim qui ouvrait d’autres appétits : de pouvoir, de puissance, de sensualité, de meurtre. Tania n’aurait qu’à attendre le moment bascule. Celui qui lui donnerait accès à l’âme sombre du prince vampire : lorsque la conscience dont il faisait encore preuve, disparaîtrait pour n’être plus qu’instinct primordial.

 

En attendant, la maléfique préférait se mettre à l’abri, le temps que le prince apprivoise sa nouvelle nature. Et quoi de mieux que son bel appartement scintillant de mica, creusé dans le granit rose de la forêt des ombres ? Discrètement, elle déposa sa carte et son adresse à l’attention de Jakob dans un énorme coquillage et disparut dans un nuage irisé. Ne laissant d’elle qu’un peu de parfum capiteux et quelques sequins argentés.

 

Resté seul, Jakob contempla Oswald, Abélard et toutes les créatures maléfiques endormies définitivement et se pétrifiant progressivement avant d’exploser en nuage de cendres, aussitôt balayées par un vent tournoyant, chargé d’éliminer la saleté des arènes. Les strapontins et fauteuils étaient presque vides à certains endroits. Et le lieu, déjà impressionnant, paraissait encore plus immense et désolé qu’auparavant.

 

- C’est simple, se dit le jeune homme. C’est comme si progressivement, j’absorbais leurs pouvoirs et leurs magies sans même l’avoir souhaité. J’ai l’impression d’intégrer des tas de choses que j’ignorais auparavant et qui m’ouvrent des compréhensions des forces maléfiques comme jamais cela n’a été possible. Finalement, cette transformation est peut-être une chance…

 

- Oui, d’une certaine façon, c’est une chance de faire la paix entre la féerie et le monde maléfique. Car qui peut le mal peut le bien aussi, murmura une voix profonde tout près de lui.

 

Jakob sursauta.

 

- Qui donc me parle ?

 

- Tu ne me reconnais pas ? Je t’ai pourtant formé et accompagné depuis que tu es fiancé et époux de Marie.

 

- Vous êtes...l’ange de l’anneau ? Mais votre voix n’a plus la même tessiture...que s’est-il passé ?

 

- Tu n’es plus sur la même fréquence vibratoire pour m’entendre comme tu le faisais avant. Mais je ne te laisserai pas seul. Jakob, profite de ce nouveau statut pour continuer d’apprendre et amener la paix dans ce royaume.

 

- Je voudrais bien, mais comment ? Oswald a détruit le miroir d’Amédée et je ne sais que faire sans Marie à mes côtés.

 

L’ange sourit.

 

- Marie et toi n’êtes pas séparés. Vous êtes unis et présents l’un à l’autre dans le silence, d’âme à âme. Elle est une part de toi et tu es une part d’elle où que vous soyez et quoi que vous fassiez. Votre union n’est pas remise en cause par ta métamorphose. Mais vous devez cheminer chacun séparément pour devenir autonome, ne pas rester dans la dépendance amoureuse qui deviendrait toxique et vous maintiendrait l’un comme l’autre dans la procrastination en l’absence d’un des deux. Chacun de vous a une tâche à accomplir que personne d’autre ne peut faire à sa place. En ce qui te concerne, tu dois te servir de l’anneau de feu pour réaliser l’harmonie entre le monde féerique et maléfique. Car l’ombre et la lumière se complètent, travaillent ensemble et comme Marie et toi, elles sont inséparables. Et chacun de vous doit accepter cela pour pouvoir vivre et régner ensemble de façon juste et équitable avec l’anneau. Trop de lumière et de chaleur écrase l’ombre et détruit progressivement tout ce qui participe à la vie. Et trop d’ombres étouffe progressivement tout ce qui permet à la vie de s’épanouir. Pour vivre et croître de façon harmonieuse, il faut un peu des deux ensemble et en alternance. L’ombre apporte la fraîcheur, le repos, maintient des zones humides nécessaires à la vie et au bien-être de tous. La lumière donne les couleurs et l’éclat, l’espoir et les vitamines qu’il faut aux êtres pour assurer leurs mouvements et leurs projets. Elle permet de se présenter sans masque, sans faux semblant.

 

Tu avais commencé à apprivoiser tes ombres à la tour d’Oswald. Ici, tu dois ramener ta part de lumière pour éclaircir, équilibrer, purifier et harmoniser ce qui doit l’être. Prends cette nouvelle étape comme un miroir inversé. Quand tu étais dans la lumière, tu devais travailler tes ombres. A présent, amène la lumière dans l’ombre et je te promets que tu pourras plus rapidement retrouver Marie.

 

- Mais je suis un vampire...comment pourrai-je trouver grâce à ses yeux à présent ?

 

- Marie sait qui tu es par delà les apparences. Et elle t’aime non pas pour ce que tu montres mais pour qui tu es véritablement.

 

- Mais...je ne sais plus qui je suis, ange de l’anneau. J’ai changé tellement de figure depuis mon départ de la Vallée Heureuse. Et j’ai dû changer de nom aussi...sans même pouvoir m’y opposer.

Depuis que je suis ici, j’ai encore endossé un autre visage, une autre identité. Et je me retrouve depuis ma victoire sur Sadia à intégrer des pouvoirs et des énergies dont je n’avais aucune idée ni aucune compréhension jusque-là. Je suis à la fois émerveillé par ces prodiges mais aussi complètement perdu…

 

- C’est pourquoi je suis venu te retrouver. Dans cette confusion, dans cette gloire qui tombe sur toi comme un manteau de pourpre, tu dois démêler le vrai du faux. Tu as certes vaincu Oswald et tes adversaires. Mais l’ombre maléfique a gagné un nouveau prince. Et ce prince désormais, c’est toi. Toi qui pourtant viens de la lumière et n’étais pas destiné à devenir souverain maléfique.

Alors tu as deux solutions, Jakob : soit tu endosses ce rôle comme une seconde peau et tu te prends au jeu du pouvoir, de l’argent et du contrôle. Soit tu choisis la lumière et tu tentes d’apaiser en douceur avec les principes féeriques et maléfiques que tu connais,ce mal qui ronge et détruit toute forme d’élévation et d’équilibre intérieur. L’anneau devrait t’y aider si tu le lui demandes. Mais c’est un chemin d’efforts et de travail…

 

Le jeune homme soupira et resta silencieux. Il se sentait épuisé. Et comme écrasé par une ombre étrange et menaçante placée au-dessus de lui. Si son âme comprenait bien la manipulation maléfique qui se jouait sur sa personne comme un marionnettiste le fait avec un pantin, son esprit tourmenté et égaré par tous ces changements refusait la proposition qui lui était faite. Tout ce qu’il voulait à présent, c’était juste un peu de paix. Dormir, oublier cette nuit affreuse, cette métamorphose qui le faisait monstre sanguinaire en lui faisant comprendre tant de noirceurs maléfiques et d’errances qu’il en était comme grisé par un mauvais alcool. D’ailleurs, la tête lui tournait. Il n’arrivait pas à rester digne face à l’ange. Et la seule pensée consciente qu’il avait pour se sortir de cet état étrange et nouveau, était de trouver de quoi se restaurer. Du sang, de la viande fraîche...il en avait vu dans les coupes et des plats au bar derrière les coulisses. Si comme l’ange le lui avait dit il était à présent maître du royaume des ombres, il devait pouvoir disposer de cette source de nourriture inespérée. Et qui lui éviterait de chasser une proie, ce qui le répugnait encore.

Une fois qu’il aurait mangé et bu, il réfléchirait. Ou il dormirait un peu. Il fallait qu’il récupère absolument des forces.

 

Comme un automate, Jakob répondit d’un ton presque indifférent à l’ange :

 

- Je suis trop épuisé pour décider quoi que ce soit maintenant. Revenez demain.

 

L’ange soupira. Il craignait que dans l’intervalle, le jeune homme soit de nouveau happé par les forces obscures. Mais conscient de l’effort qu’il demandait à Jakob, il acquiesça.

 

- Très bien, je reviendrai demain. Sois ici à minuit pour me donner ta réponse. Je t’attendrai sur ce bloc de marbre blanc. D’ici là, sois prudent et repose-toi. Le jour pointe à l’horizon, c’est l’heure de coucher des vampires.

 

Jakob sourit ironiquement.

 

- Pas avant de m’être restauré comme il se doit, dit-il en montrant les crocs. Et je crois savoir où trouver ce que je veux, ajouta-t-il d’un ton emphatique.

 

Aussitôt, il disparut aux yeux de son guide et se retrouva près du large réfrigérateur du bar où ses adversaires et camarades sirotaient et dégustaient des apéritifs. Il ouvrit la porte et avec satisfaction, vit de nombreux bocaux de sang et chair fraîche. Il allait pouvoir étancher faim et soif durant plusieurs jours, sans pour autant devoir tuer qui que ce soit. Il décapsula un premier bocal, saisit une paille et aspira le précieux liquide comme s’il s’agissait de nectar ou d’ambroisie. Loin d’étancher sa soif, le sang n’avait fait qu’aviver son appétit. S’il avait été moins fatigué, il serait allé chasser.

Mais l’épuisement conjugué à la prudence de ne pas périr sous le premier soleil, réussit à le maintenir suffisamment calme pour se contenter d’ouvrir encore deux bocaux de chair fraîche qu’il dévora en quelques minutes et qui le laissèrent encore plus fourbu et grisé qu’avant. Sous le poids de l’instinct vampirique qui se réveillait en lui sans que sa part elfique et féerique puisse lutter pour équilibrer les forces qui le gouvernaient à présent, il s’écroula de fatigue et se traîna en titubant jusqu’à une table de billard sur laquelle il bascula, presque ivre et s’endormit en quelques secondes.

Au-dessus de lui, l’ombre d’Osmond, Abélard et Oswald conjuguée en une seule et même force maléfique armée d’une large faux, le veillait avec un sourire presque paternel s’il n’avait été aussi cruel. Avec douceur, profitant du sommeil lourd du vampire, l’ombre fouilla les poches de son protégé.

 

- L’anneau...où est l’anneau de feu ? Maugréait le squelette. Tu dois l’avoir sur toi...ce n’est pas possible autrement siffla-t-il entre ses dents.

 

Mais l’ombre eut beau chercher, fouiller chaque vêtement de Jakob, nulle trace du bijou.

 

- Il l’avait pourtant à l’annulaire tout à l’heure ! J’ai vu cette bague scintiller à sa main gauche et je sais que ce n’était pas une illusion ni une hallucination.

Puis, elle a soudainement disparu...L’ange l’a peut-être emportée pour la mettre à l’abri...à moins que ce petit drôle l’ait dissimulée à nos yeux à l’aide de sa magie. Rrrrrrrrrrrrr...et nous qui pensions disposer promptement du bijou...grrrrrrrrrrrrrr…à quoi ont servi tant de peines et de sortilèges si c’est pour être encore une fois, bernés par la féerie et confinés dans cet état spectral sans pouvoirs autres que celui du monde des morts. Ne reste plus qu’à attendre la prochaine journée et guetter le moment où l’anneau réapparaîtra à son doigt. Car tant qu’il nous est inaccessible, nous ne pourrons contrôler ce jeune homme complètement. Alors dors, beau prince, dors...car demain, lorsque enfin nous serons maître de l’anneau, tu n’auras plus assez de temps pour cela, conclut l’ombre en ricanant.

 

Et d’un geste circulaire de son index osseux, l’ombre à la faux se fit fumée noire entrant par le nez et la bouche de Jakob endormi, tout en s’introduisant subrepticement dans ses rêves. Et dans celui que le jeune homme faisait, Marie, entourée de tous ses prétendants, jouait une drôle de musique, sorte de valse mélancolique, cynique et maléfique, comme pour se moquer de lui et attiser sa jalousie.

 

www.youtube.com/watch?v=GxXMGvRKWRY

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Uploaded on August 18, 2021
Taken on August 18, 2021