Let's swing and rock!

La musique gracieuse et légère, marquée par le chant de Gontrand et l’énergie de Jakob avait fini par attirer du monde dans la petite église de bois. Les deux musiciens s’en donnant à coeur joie, le public transporté sifflait, dansait et jubilait en hurlant. Ulf, au sortir de la roulotte jaune, n’eut qu’à suivre le son et joua des coudes pour tenter de retrouver son camarade. Mais comme Gontrand et Jakob étaient toujours enfermés dans le réduit de l’harmonium, surplombant le choeur de l’église, Ulf hurla comme l’aurait fait un loup pour appeler son jeune ami:

 

- Eh, camarade Matthias ! C’est pas gentil de faire la fête sans moi ! En plus la musique est finie, pile quand j’arrive. C’est trop injuste !

 

- Tu veux qu’on en refasse une, histoire que tu nous montres ce que tu as dans le ventre et les jambes, ami Ulf ?

 

- Eh pourquoi pas, les gars ? Paraît que je suis le roi de la piste de danse,sans me vanter et je vous mets au défi de trouver meilleur que moi à ce jeu.

 

Gontrand et Jakob s’entreregardèrent et d’un clin d’oeil commun, entamèrent alors un nouveau morceau endiablé qui fit mugir la foule, déjà transportée par la précédente chanson. Et Ulf, ravi d’être au centre de l’attention, commença alors au centre de l’église, un déhanché explicite et s’empara de la main de plusieurs cavalières improvisées, qui épousèrent son rythme comme si danser allait de soi. Jakob et Gontrand, tout en jouant, s’amusaient énormément. Ils retrouvaient en duo et avec les instruments enchantés de l’elfe fée, cette unité familiale qui leur faisait tant de bien par le passé. Et si cela n’était qu’un rêve, c’était des retrouvailles si puissantes qu’elles réparaient des blessures et réunissaient leurs forces comme avant leur séparation. De fusionner cette énergie, redonnait de la vitalité à Gontrand, mais aussi lui faisait comprendre qu’il ne devait plus suivre aveuglément Tania ni la laisser lentement mais sûrement le détruire et le rendre esclave d’elle.

Il récupérait une dignité, une intégrité que sans s’en apercevoir, il avait abandonné. Et retrouver son âme, plus dense, plus forte, comme dégrisée de cet engouement mortifère, lui faisait comprendre qu’il était vraiment temps pour lui de rentrer à la Vallée Heureuse. Et pas seul. Mais avec Jakob...et Ulf puisque le vampire les suivait dans cette drôle d’aventure.

 

www.youtube.com/watch?v=TOPSETBUgvQ

 

Le morceau de plus en plus fort, de plus en plus puissant énergétiquement, avait fini par attirer toute la population du village. La foule dansait maintenant autour de l’église et le pauvre prêtre qui s’était couché de bonne heure, réveillé par tant de bruit, s’était joint aux villageois en liesse. Tito et sa bande de malfrats, alertés par le bruit, s’étaient eux aussi dirigés presque impulsivement vers ce spectacle improvisé. Un peu ahuris, comprenant qu’une magie extraordinaire avait pris le contrôle de la musique et de la danse, ressentant eux aussi des picotements dans tout leur corps, les brigands se mirent à tricoter des jambes, presque à leur insu. Le rythme était trop tentant, plus hypnotique même que la danse de Tania. Et justement, en parlant d’elle, la voleuse d’âme qui s’impatientait de ne pas revoir son amant et encore moins la proie promise, avait elle aussi été happée par la musique et sans même penser à mettre une tenue décente, ne gardant que sa combinaison blanche à parements dorés et des chaussures à talons, elle s’était glissée au dehors, tout en constatant que la porte de la roulotte de Tito était grande ouverte.

Quelque chose d’inquiétant l’alertait d’un danger malgré l’excitation qu’elle ressentait à l’idée de se joindre aux autres. Aussi, c’est presque timidement qu’elle rejoignit l’église, se faufila jusqu’au choeur de l’église et aperçut Ulf qui dansait à perdre le souffle. La musique avait métamorphosé le vampire comme jamais. Ce n’était plus le même être. Mais une sorte de flamme ne vivant que pour et par la danse. Tania en fut soufflée. Et plus encore lorsqu’elle remarqua qui en était responsable et d’où provenait la musique enchantée. Non content de lui échapper, le pianiste du saloon qui pourtant la poursuivait de ses assiduités et la suivait à chaque représentation, était installé dans le réduit de l’harmonium, jouant successivement d’instruments tous plus bizarres les uns que les autres. Et il n’était pas seul. Le jeune garçon qui accompagnait Ulf et qui avait tant intrigué et intéressé Tania, lui servait la réplique musicale dans un ensemble parfait. Comment une telle harmonie était possible entre eux ?

Cela voulait-il dire qu’ils se connaissaient ? Mais d’où et comment ? Leurs deux énergies assemblées étaient si puissantes qu’ils devaient partager un lien très particulier, par delà leur talent musical. Un lien de famille peut-être ? Se pouvait-il alors que le jeune garçon soit venu dans ce monde parallèle pour récupérer le pianiste et le sortir de l’emprise de Tania ?

 

Les questions ne cessaient de se bousculer dans la tête de la gitane blonde dont la colère grandissait au même rythme endiablé que prenait la musique. Mais alors que le morceau s’éteignait, Ulf s’aperçut de la présence de la jeune femme et hurla :

 

- Tania, mon ange...il ne manquait que toi à la fête ! Et tu as raté le meilleur.

Il faut que nous dansions ensemble, je suis sûr que tu vas adorer…

 

Et avec un clin d’oeil à la guérite de l’harmonium, il s’envola jusqu’à hauteur de Jakob et Gontrand pour relancer le même morceau, avant de redescendre élégamment par la rampe de la chaire jusqu’aux pieds de Tania.

Puis il enlaça la jeune femme pour un duo explosif, encore plus incroyable que ses prestations chorégraphiques précédentes :

 

www.youtube.com/watch?v=WcU_6cf65vA

 

Tania suivait sans broncher, dépassée par l’énergie et la vivacité de son partenaire. Tout ce qu’elle avait déployé comme tours et maléfices semblait réduit à néant dans ce swing imposé ou presque.

C’en était presque jouissif pour Jakob qui avait tant redouté l’emprise de la jeune femme et mesuré sa dangerosité.

 

Mais cela faisait moins les affaires de Tito et sa bande prêts à intervenir pour sortir leur amie des griffes et des bras de Ulf. Mais le vampire avait plus d’un tour dans son sac et dans un élan dont il ne se serait peut-être pas senti capable dans une autre circonstance, il se pencha sur Tania et lui donna un baiser tellement puissant que les chaussures de la jeune femme, tels des missiles aéroportés, s’encastrèrent sur la face de Tito et son frère cadet. C’en fut trop pour les brigands qui sautèrent à la gorge de Ulf et le séparèrent manu militari de sa partenaire. Avant de lever le poing et d’enclencher une bagarre mémorable dans l’église. Le prêtre vit donc bancs et chaises voler et s’écraser, les poings s’agiter et des cris, des cris qui supplantaient ceux des femmes affolées et les siens qui suppliaient :

 

- Mes enfants, arrêtez-vous ! Vous êtes dans la maison du Seigneur, pas sur un ring de boxe...je vous en prie, je vous en prie...

 

Mais c’était peine perdue. Partie comme l’était cette gigantesque bagarre, les cris du prêtres se perdirent dans la foule survoltée. Jakob et Gontrand, conscients des risques d’incendie et de destruction, firent cesser la musique et dans un long sifflet qui résonna dans toute l’église jusqu’à en faire trembler les murs, donnèrent le signal de la fin des réjouissances. Ce qui eut pour effet de statufier l’ensemble des participants qui levèrent les yeux sur les deux musiciens, et ne comprenant même plus la raison de la folie qui les avait pris, ils lâchèrent couteaux, poings, bâtons de chaise, ennemis et quittèrent l’église sans un mot. Tous, sauf Tito et sa bande qui comptaient bien régler son compte à Ulf et aux musiciens toujours enfermés dans leur réduit.

Le petit Juan, le plus agile de la bande, crochetait déjà la serrure pour aller les déloger, mais Jakob d’un geste, enchanta la porte qui aussitôt donna un violent coup à l’enfant qui fut projeté à trois mètres de la porte. Un peu sonné par la chute, le gamin tenta bien d’y revenir mais sans succès.

L’un des brigands lui succéda avec le même résultat.

 

- Par le diable, mais qui sont ces drôles, Tito ?

 

- Je ne sais pas, mais ils ont des pouvoirs étranges. Alors je crois qu’il est temps nous aussi de montrer de quoi nous sommes capables.

 

Et sur un signal, sans pour autant lâcher Ulf qui se débattait pourtant avec énergie, les bandits se métamorphosèrent qui en cobra, qui en vipère, qui en serpent à sonnettes, qui en boa, et garrottèrent Ulf en menaçant les deux musiciens qui du haut de leur perchoir, regardaient la scène avec effarement.

 

Tito, penché en avant vers le vampire démarrait une lente hypnose quand Tania crut bon d’intervenir :

 

- Arrête, ça ne sert à rien, dit-elle d’un air glacial. Celui-ci n’a pas d’âme, il l’a déjà vendue.

Tu n’aurais rien à gagner à le tuer et je ne pourrais rien en faire, ses pouvoirs de vampire sont plus gênants qu’appréciables. J’en perdrais ma beauté et une partie de mes charmes. J’ai eu ce que je voulais avec lui. Intéresse-toi plutôt à ses deux acolytes. Eux sont des prises de premier choix. Et il me les faut, tous les deux, ordonna-t-elle.

 

Les serpents alors lâchèrent Ulf et se tournèrent vers Jakob et Gontrand. Et pour mieux les atteindre, ils se mirent à grandir, grandir, jusqu’à atteindre la hauteur du balcon où se tenaient, tremblants les deux cousins. Puis lentement Tito s’avança en hypnotisant progressivement l’un et l’autre. Mais Gontrand, qui avait un peu l’habitude de ses tours, parvint à lui échapper. Hélas, il n’en fut pas de même pour Jakob qui malgré ses efforts, ne put résister à l’emprise du regard hypnotique de Tito et qui lentement, alla à la rencontre du bandit qui tendit sa queue pour l’attirer jusqu’à lui.

 

Gontrand, affolé, hurla :

 

- Non, cousin, s’il te plaît, ne lui cède pas. C’est un piège…

 

- Ne te mêle pas de nos affaires, pianiste obscur, siffla Tito entre ses dents, sans relâcher son hypnose sur Jakob. Le petit sait ce qui est bon pour lui et il a décidé lui-même de venir à moi.

 

- Ah ça non...Et je ne te laisserai pas ni toi ni tes frères, capturer cet enfant.

 

D’un geste, Gontrand sollicita ses instruments et tout aussi lentement que Tito tentait d’hypnotiser Jakob et d’enrouler ses anneaux autour de lui, il hypnotisa les serpents par l’enchantement de sa propre musique:

 

www.youtube.com/watch?v=5DURnuJLxrU

 

Les serpents se balançaient doucement, en rythme, sous l’oeil furieux et inquiet de Tania.

Et Ulf qui se tenait près d’elle, comprenant la gravité de la situation et le combat sans merci qui se livrait entre les jeunes musiciens et les brigands, retenait son souffle.

Voyant la gitane blonde concentrée sur la scène, le vampire déclencha sa magie d’invisibilité momentanée pour malicieusement, attacher ensemble les queues des serpents sans même qu’ils s’en rendent compte, trop absorbés par la musique de Gontrand. Puis il tira d’un coup sec, comme s’il sonnait à la porte d’une grande demeure.

Tito désarçonné en lâcha Jakob qui, réveillé de l’hypnose eut juste le temps de s’accrocher à la rambarde du balcon de l’harmonium pour éviter la chute. Tremblant, il se hissa à l’intérieur pour se mettre définitivement à l’abri sous les hurlements furieux de Tania.

 

- Par la peste, Tito...n’es-tu plus capable de m’attraper des âmes récalcitrantes ? S’emporta-t-elle.

 

Mais le serpent et ses amis ne répondirent pas. Tout assommés qu’ils étaient par la redescente sur le sol froid de l’église. Leur enchevêtrement ressemblait à un intestin géant, explosé de toutes parts. Et leurs yeux fixes et hagards témoignaient assez de l’état misérable dans lesquels ils étaient. Incapables de répondre à la voleuse d’âmes.

 

Ce fut Gontrand qui le fit. Manière de faire face enfin à sa maîtresse d’un soir et à l’ensorcellement qu’elle avait activé contre lui. Il se sentait capable de vaincre tout cela à présent. Il en avait la force.

 

- Ils ne pouvaient pas gagner, Tania, dit-il avec élan. Pas face à l’amour véritable ni à la musique du coeur. Tu as perdu tout pouvoir, sorcière. Tout pouvoir sur moi et mes amis. J’ai longtemps cru que tu étais celle que j’aimais enfant et qui a disparu un beau jour sans laisser de trace, et qu’au détour d’un concert chez les hobbits, j’avais retrouvée. Mais à te voir agir tout à l’heure, à voir la frénésie qui t’habite pour simplement te procurer mon âme et celle de mon cousin, je n’ai plus aucun doute. Tu n’es pas et tu ne seras jamais Angelina. Tu ne lui arriveras jamais à la cheville tellement ton coeur est noir et malfaisant. Incapable du bien, seulement préoccupée de tes intérêts égoïstes. Tu as toujours prétendu que j’étais un oiseau que tu apprivoiserais et que tu finirais par mettre un jour en cage. Mais tu t’es trompée, ma chère, je suis un oiseau libre. Libre de tes maléfices, de tes entourloupes et de celles de ton fielleux mari et sa bande de brigands...et je vais te le prouver à l’instant dans cette noble maison de l’Esprit Saint.

Ohla, gentes dames et damoiseaux, musiciens des alentours, je vous sollicite pour montrer la puissance de vos âmes pures contre les maléfices de Tito et Tarentula. Frères et sœurs, dans la paix du Christ qui nous regarde, venez, unissons nos forces et chantons, délivrons ce pays définitivement de ces malappris.

 

Aussitôt, comme surgis de nulle part, tout un groupe de musiciens rentra dans l’église, suivi progressivement par les habitants, curieux de voir ce qui allait se passer et comment allait se régler cette affaire. Guitaristes, bassistes, orchestre et public par prudence ne s’approchèrent pas des serpents toujours un peu assommés par leur chute vertigineuse, ni de la voleuse d’âmes près d’eux, mais s’installèrent derrière l’autel.

Ulf profita de leur intrusion pour récupérer une corde avec laquelle il fit un lasso bien solide qu’il utilisa pour rassembler et ficeler ensemble sa maîtresse, ses mari et beaux-frères, qu’il attacha ensuite au seul banc resté intact et presque au premier rang du spectacle.

 

- Décidément, toi aussi tu me trahis maugréa Tania au vampire, avec un regard noir et mauvais. Je n’aurais jamais dû t’accorder un regard...Tu n’es qu’un minable ! Tout juste bon à lécher les bottes de ses camarades et d’enfourcher la raison du plus fort, du moment qu’elle t’arrange.

 

- C’est fort possible, ma jolie, répliqua Ulf. Mais j’ai moi aussi quelques petits talents...et avec un peu d’aide…

 

Le vampire se concentra et fit apparaître entre ses mains une somptueuse guitare électrique. Puis il rejoignit les musiciens derrière l’autel et sur un signe de Gontrand, tous ensemble ils démarrèrent un morceau incroyable, presque sous transe. Gontrand chantait et jouait de l’harmonium reconverti en piano, dirigeait cet orchestre improvisé, Jakob à la basse, tandis que les énergies féeriques se créaient et s’assemblaient pour fusionner et irradier Tania et ses amis, tout en électrisant le public.

 

www.youtube.com/watch?v=qr3dWscslo8

 

Une ronde étrange faite d’étranges oiseaux blancs, encerclait la voleuse d’âme et les brigands qui avaient recouvré leur figure humaine et subissaient à présent le sort puissant que Gontrand et sa troupe leur faisaient endurer. Figés, hypnotisés par la ronde et l’énergie qui les cernaient, ils perdaient petit à petit pouvoirs et superbe et lorsque l’orchestre attaqua la conclusion en unissant d’une même voix leur élan, ils poussèrent un cri étouffé comme s’ils manquaient d’air et explosèrent en milliers d’étoiles noires, pareilles à une pluie de cendres, aussitôt absorbées par l’énergie blanche des oiseaux générés par la musique.

La foule, émerveillée par ce prodige applaudit à tout rompre et Ulf, n’en croyant pas son bonheur, en cassa le vibrato de sa guitare électrique. Mais il n’en avait cure. Le moment était si intense et si merveilleux pour lui, qu’à la fin du morceau, il s’exclama :

 

- Oh purée les mecs, y avait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle magie. Je ne sais pas comment nous avons fait et comment tu fais, dit-il à l’attention de Gontrand, mais alors, faudra que je te présente au boss, le seul, le vrai qui compte encore pour moi. Mon idole de toujours...et qui sans conteste a dû m’inspirer tout à l’heure...Parce que là, le set qu’on vient de se faire, mec, c’est du grandiose et ça me met une gaule ! Purée...Dommage qu’on ait supprimé la donzelle et sa bande de freaks parce que roulée comme elle l’était, je lui aurais bien redonné un petit coup de derrière les fagots, sauf votre respect ! Bon, d’accord...peut-être pas quand même, vus les risques pour vous deux mais...ahlala...quel pied ! Wouuuuuuuuuuuuuuuh !

 

Gontrand et Jakob s’entre-regardèrent malicieusement avant d’éclater de rire.

La magie de Gontrand n’aurait jamais été aussi loin sans l’énergie féerique de Jakob. A eux deux, en se retrouvant et conjuguant leurs efforts, même si Ulf les avait un peu aidés, ils étaient parvenus à détruire le pouvoir maléfique dans ce monde parallèle. Et ils se sentaient apaisés, à présent, unis tels des frères. Et comme l’énergie retombait, Jakob commença à sentir une drôle de sensation l’envahir, sa vision se troubler, et comprit que la dose de potion d’Oswald devait perdre ses effets sur lui alors il fit signe à Gontrand qui comprit, rassembla les instruments, les réduisit à la taille de jouets et les remit dans une large musette. Avant de redescendre et de prendre congé des habitants et du prêtre qui l’avait si gentiment accueilli :

 

- Vous me manquerez mon père, mais vous savez, je ne suis pas d’ici. Et mes amis non plus...nous devons rentrer chez nous à présent. Je n’ai que trop traîné mes guêtres dans ce drôle de pays. Mais avant de partir, je voudrais réparer les dégâts que nous avons commis dans la maison de Dieu.

Vous permettez ?

 

Le prêtre inclina la tête, tout ému.

Gontrand leva les mains et aussitôt, tout ce qui était brisé se répara et se remonta comme par magie, les bancs et chaises bien alignés, le choeur et l’autel impeccables de propreté et de tranquillité, une bonne odeur de cire et d’encaustique en plus. Et une paix douce enveloppa bientôt tout l’édifice.

La foule encore présente dans l’église, émerveillée, félicita Gontrand qui rougit jusqu’aux oreilles.

Et pour faire cesser sa gêne, il demanda à la foule de les aider à rentrer au pays.

Il avait en tête un mantra efficace, qui repris en choeur par les habitants, devait pouvoir les téléporter lui, Jakob et Ulf à nouveau dans leur royaume. Là où ils étaient juste avant d’arriver ici.

Mais il lui fallait monter une chorale. Alors il demanda à Jakob et Ulf de grouper les habitants en quatre parties, leur fit répéter le texte et la mélodie qu’il avait écrits rapidement sur l’arrière d’un menu du saloon. Puis il demanda au vampire et à l’elfe fée de diriger avec lui cette immense chorale improvisée.

 

- Ce soir, c’est une énergie trinitaire, qui nous habite leur dit-il. Nous l’avons testée tout à l’heure ensemble. Alors je sais que nous allons réussir à nouveau. Mais j’ai besoin de votre engagement. Ulf, je peux compter sur vous ? Je sais que c’est votre rêve et qu’ici finalement, vous sembliez trouver votre place...Mais vous savez aussi que nous devons rentrer n’est-ce pas?

 

Ulf baissa la tête.

 

- Ca me désole, mais je sens mes forces décroître et tout semble bizarre autour de moi depuis quelques minutes. Alors tu as peut-être raison...mieux vaut rentrer. Sans compter qu’avec le petit Matthias, on risque de se prendre une avoinée pour avoir désobéi à Oswald...

 

Gontrand fronça les sourcils et jeta un œil noir à son cousin, matière de dire qu’il lui devait une explication. Que Jakob lui souffla simplement par télépathie, sans même qu’Ulf puisse intercepter son message. Rasséréné, le pianiste posa sa main sur l’épaule de son cousin et dit :

 

- Alors nous sommes tous d’accord. C’est bien ! A présent, donnons-nous la main et répétons tous les trois le premier couplet de ma chanson. Et puis nous lancerons ensuite la chorale. Leur chant nous portera et créera un champ énergétique qui nous renverra d’où nous venons.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Et bientôt, montant comme des vapeurs d’encens, ils s’élevèrent au-dessus de la foule tandis que celle-ci entonnait à quatre voix cette superbe chanson :

 

www.youtube.com/watch?v=dfF4RSdaVmE

 

Et plus le chant montait, plus les âmes et les corps du vampire et des elfes-fées s’élevaient, jusqu’à devenir fumée blanche, tandis que leurs fantômes continuaient de diriger les chanteurs. Ce n’est que lorsque la dernière phrase mélodique résonna qu’ils disparurent aux yeux de ce monde étrange, comme s’évanouit la brume dans le soleil du matin.

 

- Mission accomplie, murmura Jakob. A bientôt, cher cousin ! Et cette fois-ci, plus de bêtise !

- Promis...On se retrouve après ta victoire sur Oswald ! Et si tu as besoin de moi d’ici là, tu sais comment et où me joindre, n’est-ce pas ?

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Uploaded on July 24, 2020
Taken on July 24, 2020