Back to photostream

"Mon loup..." [Partie 1]

La petite gelée nocturne donnait au canal, dans les premières lumières du jour, une atmosphère vaporeuse.

Il était tôt. Pas un chat, ou plutôt si, des colverts profitaient de l’instant, tout comme moi ; quel bonheur !

Je connaissais leur manège : débarquant de nulle part, amerrissage en douceur, quelques ronds dans l’eau et hop d’un coup de rein, sur le quai à se lisser les plumes. Quelques minutes plus tard, la tête disparaissait sous l’aile pour un petit somme.

Je les trouvais alors bien vulnérables ; il m’arrivait par jeu, sans bruit, d’en approcher à portée de main : «Gagné ! J’aurais pu t’avoir toi !»

Preuve que les canards du canal cohabitaient en bonne intelligence avec les Parisiens. Nous n’étions plus des prédateurs, apparemment.

Dans le silence matinal deux silhouettes venaient à ma rencontre : Le chien semblait disproportionné ; il était très grand ou sa maîtresse n’avait pas mangé assez de soupe dans sa jeunesse. En se rapprochant, la taille de l’animal, mais aussi son allure m’interrogeaient. Quelque chose m’intriguait sans être capable d’en trouver la raison.

Un colvert endormi sur le bord, faisait barrage et ne semblait pas avoir entendu nos pas.

Je m’écartais pour éviter le volatile assoupi et la femme fit de même quand son chien sans alerte déclencha une attaque, happa le canard, le secoua deux fois pour le lâcher raide mort. Sa maîtresse figée semblait sidérée.

Reprenant mes esprits, je remarquais que le « tueur » était calme, sans le moindre intérêt pour sa victime dont le cou désarticulé, lui donnait un air grotesque.

Et soudain, je réalisais ; je m’entendis crier : « Mais… C’est un loup ! »

- « Chut… Vous allez m’attirer des ennuis ! » Dit-elle, reprenant ses esprits et poussant délicatement du pied, la boule de plumes disloquée, dans l’eau. Un plouf à peine perceptible et la petite forme inerte prit lentement le chemin du port de la Bastille.

Elle acceptait de prendre un café pour nous remettre de ces émotions. Voilà comment je rencontrais Lou….

 

J’ai posé beaucoup de questions et je crus au début qu’elle se moquait de moi :

- Il s’appelle comment ?

- Je ne lui ai pas donné de nom. Je l’ai trouvé pendant une promenade en forêt de Rambouillet. Une petite boule de poil adorable. Je pensais retrouver ses maîtres. C’est quand il a commencé à grandir que j’ai compris. Alors, je l’appelle juste « mon loup »…

- Moi, c’est Jean et vous ?

- Lou.

- Ah naaan, vous vous moquez, ça fait trop là !

Elle jura ne pas mentir et je la crus. « Lou, mon loup… », J’ai aimé tout de suite. Ça sonnait bien…

Lou était préoccupée.

Elle s’était attachée plus que de raison à « mon loup ». Elle l’avait récupéré le jour où son petit ami lui avait dit que c’était fini. « Il n’a pas dit pourquoi, les hommes sont tellement lâches. »

En tous cas, « mon loup » lui avait permis de supporter la rupture en douceur.

Renseignements pris, détenir un loup demandait des autorisations administratives qu’elle comprit ne jamais obtenir : loger dans un vieil immeuble avec jardin mais 14 m2 mansardé au quatrième… ça ne passerait pas !

Et puis « mon loup » se comportait de temps en temps… comme un loup ! Il était très affectueux, « un nounours », mais des fois, sans prévenir, il tuait, comme ça, et c’était fini, jusqu’à la prochaine. Je venais d’en avoir une démonstration convaincante.

A mon tour, je lui confiais que j’avais dans mon « ancienne vie », possédé des chiens de travail, des setters anglais ; des fous de chasse avec un instinct incroyable qu’il fallait canaliser en douceur ; un peu « mon loup ».

Lou demanda s’il était possible de se revoir. « Bien sûr ! »

Mon loup, avec de la patience et mes connaissances, allait devenir le compagnon idéal…

A suivre...

 

470 views
8 faves
2 comments
Uploaded on November 15, 2025