Une petite famille d'ours - histoire de Pyros (en français)
Je viens d'apprendre que PYROS, le doyen de cette poignée d'OURS de souche des PYRENEES vient de mourir...
PYROS m'a inspiré ce petit conte.
*****************************************************************
Il était une fois dans une contrée lointaine au climat tempéré où soufflait souvent le doux zéphyr qui fait virevolter les jupons des filles, une petite famille d'ours.
Vivaient là dans une coquette petite chaumière, le papa au ventre rebondi, la douce maman revêtue en tout temps de son joli tablier blanc volanté et leurs deux petits diablotins, Chocolat et Cannelle.
Il régnait dans la maisonnée une agréable odeur de gâteau au miel ou de viande grillée et personne n'aurait pu imaginer à quels trésors d'ingéniosité devait se livrer le papa pour trouver de quoi chaque jour nourrir sa petite famille.
Parfois, on pouvait apercevoir le brave Pyros regardant par la fenêtre, les yeux perdus loin, loin vers la lisière de la forêt et encore plus loin vers les hauts sapins à flanc de montagne.
Ce soir il partirait, à la nuit tombée...
Car chaque soir Pyros partait en quête de nourriture et chaque soir la peur tenaillée au ventre de ne pas trouver suffisamment de nourriture pour sa chère Camille et ses deux amours qui grandissaient et, devenus adolescents, dévoraient.
Ce soir-là, il partit comme à son habitude, droit devant lui, en direction des montagnes. Son ondulement faisait ressortir son pelage brillant et doux aux longs poils soyeux.
Il n'avait pas encore pris la décision d'emmener avec lui son Chocolat; la petite Cannelle, elle, était bien trop petite encore. Mais Chocolat ... il retardait autant qu'il le pouvait la décision d'enseigner la chasse à son fils.
Ce choix le préoccupait... beaucoup.
Il savait bien qu'un ours doit savoir se nourrir seul et nourrir sa famille. Il savait bien qu'on n'élève pas ses enfants pour les garder auprès de soi leur vie durant. Il savait bien sur tout cela....
Mais il savait aussi que l'ours d'aujourd'hui n'était plus l'ours d'hier. Il savait que l'ursus arctos était devenu une espèce en voie d'extinction. Il savait que les quelques ours qui peuplaient la contrée était systématiquement montrés du doigt lorsque une ou quelques brebis étaient retrouvées égorgées dans les pâturages des estives. Il savait que des chasseurs peu scrupuleux bravaient les interdits et tuaient des ours, poussés par un orgueil mal placé assoiffés de virilité.
Ce soir là, il partit le cœur lourd...
Arrivés vers le pic d'Aneto, il se dirigea vers le lac d'Oô, se rabattit derrière une souche d'arbre et devant un petit bras du lac, se mit à guetter les mouvements de l'eau. Le jour commençait à peine à percer et la lumière jouait à cache cache avec les nuages.
Soudain, un bruit de feuillage discret se fit entendre. Léger, il se fit rapidement plus présent et plus proche.
Sur la plage caillouteuse du lac, apparut la silhouette d'un jeune ours ! Pyros écarquilla ses yeux et l'effroi se mêla à la colère lorsqu'il reconnut en ce jeune éphèbe, son Chocolat !
Il m’aura suivi à mon insu, pensa Pyros…
Immédiatement, il entendit un bruit plus fort, un bruit de pas rapides et un homme apparut.
Chocolat, inexpérimenté et candide, n'avait rien remarqué. Il s'était appuyé debout à un tronc d'arbre et se grattait le dos avec délice contre l' écorce granuleuse en grognant..
Devant cette scène aussi inédite qu'effroyable, en l'espace d'une seconde, Pyros bondit et vint se poster sur ses pattes arrière, devant son fils, faisant face à l'homme.
Chocolat n'avait jamais vécu pareille situation, protégé jusqu'à présent par sa famille, mais son instinct lui indiqua qu'il y avait là un danger…
L'homme comprit aussi la situation.
Afin de montrer qu'il ne voulait aucun mal aux deux ours, il s'accroupit lentement, évitant tout mouvement brusque ou tout bruit de nature à provoquer les ours.
Il resta ainsi, dans cette position peu confortable, un temps qui lui parut durer une éternité.... Aucun des 3 protagonistes ne bougeait.
Lentement, aussi lentement qu'il le put, comme un automate il ouvrit sa besace de grosse toile et en sortit sa canne à pêche télescopique. Aussi lentement, il se releva, faisant fi de la crampe qui lui tenaillait ses mollets durcis.
Les ours n'avaient pas quitté un instant du regard cet homme, ses mouvements lents, très lents...
Pyros ne connaissait que des humains qui couraient devant lui en l'apercevant, des humains qui criaient et gesticulaient dans tous les sens. Cet humain là était différent.
L'homme prit le parti de parler à voix haute. Il choisit de s'exprimer. Il se dit que peut-être son message serait entendu des deux bêtes splendides qui se tenaient près de lui.
Un son rauque et peu audible sortit de sa bouche. Il ne reconnut pas sa voix. Les deux ours étaient aux aguets, attentifs.
L'homme se racla très légèrement la gorge, nouée par le tract et il commença à parler...
Il se mit à raconter ce que son grand père lui avait raconté à lui lorsqu'il était tout petit. Qu'il y avait autrefois des ours dans les Pyrénées, de très nombreux ours dans les montagnes et que la cohabitation entre ours, troupeaux et bergers se déroulait harmonieusement. L'ours trouvait de quoi se nourrir dans la nature et se sustentait avec des produits de la pêche, des fruits, des bêtes nuisibles.
Maintenant, tout avait changé, l'Homme avait pris le pas sur la nature. L'ours n'avait plus de quoi se nourrir convenablement et l'homme le chassa et en fit des trophées; il en fit même, pour mieux le rabaisser et se mettre lui en valeur, des animaux de foire et de cirque, enchainés.
La voix de l'homme avait pris de la force et s'était chargée d'amertume en racontant ces malheurs...
Relevant la tête, il perçut un mouvement de tête chez Pyros et vit que les yeux de l'ours s'étaient teintés d'une infinie tristesse...
Il imagina, à tort ou à raison, que ses paroles avaient été entendues ...
Il regarda Pyros et avec tendresse, les yeux dans ses yeux, il raconta cette légende pyrénéenne où il se dit qu'avant l'homme, l'ours habitait les Pyrénées et que le premier homme pyrénéen est né d'un ours.
Il ne saura jamais si ces deux ours ont pu comprendre...
Il monta sa canne à pêche, mit sa ligne et ses appâts en place et s'avança vers le lac, suivi à distance par les deux ours. Il attrapa quelques belles carpes. Il lança quelques beaux spécimens en direction des ours. Prudemment les ours s'approchèrent des poissons et chacun en dévora 4 !
Pyros regardait l'homme fixement. La tristesse dans ses yeux avaient laissé place à de la curiosité et à un sourire délicatement esquissé.
Pyros se mit à avancer en direction de la forêt et se retourna vers l’homme, comme s’il voulait lui faire comprendre quelque chose.
Et l’homme comprit.
Il rangea son matériel de pêche, calmement mais plus détendu dorénavant et se mit à suivre les deux ours.
Après une très longue marche, ce petit groupe à la composition inattendue arriva devant la chaumière.
Pyros fit signe à l’homme de se rapprocher et de se joindre à eux.
Maman ourse demeurait bouche bée, incapable de penser. Cannelle regardait son grand frère, en poussant de petits grognements mignons, heureuse de le revoir.
L’homme posa son sac réfrigérant à terre et en sortit une grande boite bleue.
Tous les regards étaient tournés vers la boite bleue.
Lentement l’homme souleva le couvercle et apparurent 12 belles saucisses.
L’homme dit alors : prenez les, vous les méritez amplement, partagez vous les, vous pouvez en manger 3 chacun mais vous faites comme bon vous semblera, c’est tout ce que j’ai à vous donner, mais c’est de très bon cœur, sincèrement…
Pyros regarda l’homme avec un regard empli d’amour.
L’homme était ému et n’osait plus ni parler ni bouger.
Il reprit ses émotions, et laissant les ours entre eux, il sortit de la petite et coquette chaumière en se demandant s’il avait rêvé.. ou pas.
Un petit sourire aux lèvres, il reprit son chemin avec cette pensée qui lui vint à l’esprit : et si demain pouvait être beau !
Olympe
Une petite famille d'ours - histoire de Pyros (en français)
Je viens d'apprendre que PYROS, le doyen de cette poignée d'OURS de souche des PYRENEES vient de mourir...
PYROS m'a inspiré ce petit conte.
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Il était une fois dans une contrée lointaine au climat tempéré où soufflait souvent le doux zéphyr qui fait virevolter les jupons des filles, une petite famille d'ours.
Vivaient là dans une coquette petite chaumière, le papa au ventre rebondi, la douce maman revêtue en tout temps de son joli tablier blanc volanté et leurs deux petits diablotins, Chocolat et Cannelle.
Il régnait dans la maisonnée une agréable odeur de gâteau au miel ou de viande grillée et personne n'aurait pu imaginer à quels trésors d'ingéniosité devait se livrer le papa pour trouver de quoi chaque jour nourrir sa petite famille.
Parfois, on pouvait apercevoir le brave Pyros regardant par la fenêtre, les yeux perdus loin, loin vers la lisière de la forêt et encore plus loin vers les hauts sapins à flanc de montagne.
Ce soir il partirait, à la nuit tombée...
Car chaque soir Pyros partait en quête de nourriture et chaque soir la peur tenaillée au ventre de ne pas trouver suffisamment de nourriture pour sa chère Camille et ses deux amours qui grandissaient et, devenus adolescents, dévoraient.
Ce soir-là, il partit comme à son habitude, droit devant lui, en direction des montagnes. Son ondulement faisait ressortir son pelage brillant et doux aux longs poils soyeux.
Il n'avait pas encore pris la décision d'emmener avec lui son Chocolat; la petite Cannelle, elle, était bien trop petite encore. Mais Chocolat ... il retardait autant qu'il le pouvait la décision d'enseigner la chasse à son fils.
Ce choix le préoccupait... beaucoup.
Il savait bien qu'un ours doit savoir se nourrir seul et nourrir sa famille. Il savait bien qu'on n'élève pas ses enfants pour les garder auprès de soi leur vie durant. Il savait bien sur tout cela....
Mais il savait aussi que l'ours d'aujourd'hui n'était plus l'ours d'hier. Il savait que l'ursus arctos était devenu une espèce en voie d'extinction. Il savait que les quelques ours qui peuplaient la contrée était systématiquement montrés du doigt lorsque une ou quelques brebis étaient retrouvées égorgées dans les pâturages des estives. Il savait que des chasseurs peu scrupuleux bravaient les interdits et tuaient des ours, poussés par un orgueil mal placé assoiffés de virilité.
Ce soir là, il partit le cœur lourd...
Arrivés vers le pic d'Aneto, il se dirigea vers le lac d'Oô, se rabattit derrière une souche d'arbre et devant un petit bras du lac, se mit à guetter les mouvements de l'eau. Le jour commençait à peine à percer et la lumière jouait à cache cache avec les nuages.
Soudain, un bruit de feuillage discret se fit entendre. Léger, il se fit rapidement plus présent et plus proche.
Sur la plage caillouteuse du lac, apparut la silhouette d'un jeune ours ! Pyros écarquilla ses yeux et l'effroi se mêla à la colère lorsqu'il reconnut en ce jeune éphèbe, son Chocolat !
Il m’aura suivi à mon insu, pensa Pyros…
Immédiatement, il entendit un bruit plus fort, un bruit de pas rapides et un homme apparut.
Chocolat, inexpérimenté et candide, n'avait rien remarqué. Il s'était appuyé debout à un tronc d'arbre et se grattait le dos avec délice contre l' écorce granuleuse en grognant..
Devant cette scène aussi inédite qu'effroyable, en l'espace d'une seconde, Pyros bondit et vint se poster sur ses pattes arrière, devant son fils, faisant face à l'homme.
Chocolat n'avait jamais vécu pareille situation, protégé jusqu'à présent par sa famille, mais son instinct lui indiqua qu'il y avait là un danger…
L'homme comprit aussi la situation.
Afin de montrer qu'il ne voulait aucun mal aux deux ours, il s'accroupit lentement, évitant tout mouvement brusque ou tout bruit de nature à provoquer les ours.
Il resta ainsi, dans cette position peu confortable, un temps qui lui parut durer une éternité.... Aucun des 3 protagonistes ne bougeait.
Lentement, aussi lentement qu'il le put, comme un automate il ouvrit sa besace de grosse toile et en sortit sa canne à pêche télescopique. Aussi lentement, il se releva, faisant fi de la crampe qui lui tenaillait ses mollets durcis.
Les ours n'avaient pas quitté un instant du regard cet homme, ses mouvements lents, très lents...
Pyros ne connaissait que des humains qui couraient devant lui en l'apercevant, des humains qui criaient et gesticulaient dans tous les sens. Cet humain là était différent.
L'homme prit le parti de parler à voix haute. Il choisit de s'exprimer. Il se dit que peut-être son message serait entendu des deux bêtes splendides qui se tenaient près de lui.
Un son rauque et peu audible sortit de sa bouche. Il ne reconnut pas sa voix. Les deux ours étaient aux aguets, attentifs.
L'homme se racla très légèrement la gorge, nouée par le tract et il commença à parler...
Il se mit à raconter ce que son grand père lui avait raconté à lui lorsqu'il était tout petit. Qu'il y avait autrefois des ours dans les Pyrénées, de très nombreux ours dans les montagnes et que la cohabitation entre ours, troupeaux et bergers se déroulait harmonieusement. L'ours trouvait de quoi se nourrir dans la nature et se sustentait avec des produits de la pêche, des fruits, des bêtes nuisibles.
Maintenant, tout avait changé, l'Homme avait pris le pas sur la nature. L'ours n'avait plus de quoi se nourrir convenablement et l'homme le chassa et en fit des trophées; il en fit même, pour mieux le rabaisser et se mettre lui en valeur, des animaux de foire et de cirque, enchainés.
La voix de l'homme avait pris de la force et s'était chargée d'amertume en racontant ces malheurs...
Relevant la tête, il perçut un mouvement de tête chez Pyros et vit que les yeux de l'ours s'étaient teintés d'une infinie tristesse...
Il imagina, à tort ou à raison, que ses paroles avaient été entendues ...
Il regarda Pyros et avec tendresse, les yeux dans ses yeux, il raconta cette légende pyrénéenne où il se dit qu'avant l'homme, l'ours habitait les Pyrénées et que le premier homme pyrénéen est né d'un ours.
Il ne saura jamais si ces deux ours ont pu comprendre...
Il monta sa canne à pêche, mit sa ligne et ses appâts en place et s'avança vers le lac, suivi à distance par les deux ours. Il attrapa quelques belles carpes. Il lança quelques beaux spécimens en direction des ours. Prudemment les ours s'approchèrent des poissons et chacun en dévora 4 !
Pyros regardait l'homme fixement. La tristesse dans ses yeux avaient laissé place à de la curiosité et à un sourire délicatement esquissé.
Pyros se mit à avancer en direction de la forêt et se retourna vers l’homme, comme s’il voulait lui faire comprendre quelque chose.
Et l’homme comprit.
Il rangea son matériel de pêche, calmement mais plus détendu dorénavant et se mit à suivre les deux ours.
Après une très longue marche, ce petit groupe à la composition inattendue arriva devant la chaumière.
Pyros fit signe à l’homme de se rapprocher et de se joindre à eux.
Maman ourse demeurait bouche bée, incapable de penser. Cannelle regardait son grand frère, en poussant de petits grognements mignons, heureuse de le revoir.
L’homme posa son sac réfrigérant à terre et en sortit une grande boite bleue.
Tous les regards étaient tournés vers la boite bleue.
Lentement l’homme souleva le couvercle et apparurent 12 belles saucisses.
L’homme dit alors : prenez les, vous les méritez amplement, partagez vous les, vous pouvez en manger 3 chacun mais vous faites comme bon vous semblera, c’est tout ce que j’ai à vous donner, mais c’est de très bon cœur, sincèrement…
Pyros regarda l’homme avec un regard empli d’amour.
L’homme était ému et n’osait plus ni parler ni bouger.
Il reprit ses émotions, et laissant les ours entre eux, il sortit de la petite et coquette chaumière en se demandant s’il avait rêvé.. ou pas.
Un petit sourire aux lèvres, il reprit son chemin avec cette pensée qui lui vint à l’esprit : et si demain pouvait être beau !
Olympe