Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées, Fr) - Automnes
.
El hombre que aprendió a ladrar
Para Raimundo representó un día de gloria cuando su ladrido fue por fin comprendido por Leo su hermano perro, y (algo más extraordinario aún) él comprendió el ladrido de Leo. A partir de ese día Raimundo y Leo se tendían, por lo general en los atardeceres, bajo la glorieta, y dialogaban sobre temas generales. A pesar de su amor por los hermanos perros, Raimundo nunca había imaginado que Leo tuviera una tan sagaz visión del mundo.
Por fin, una tarde se animó a preguntarle, en varios sobrios ladridos: "Dime, Leo, con toda franqueza: ¿qué opinas de mi forma de ladrar?" La respuesta de Leo fue escueta y sincera: "Yo diría que lo haces bastante bien, pero tendrás que mejorar. Cuando ladras, todavía se te nota el acento humano."
*
L’homme qui avait appris à aboyer
- « La vérité c’est que j’aboie pour ne pas pleurer.»
Toutefois la véritable raison était son amour quasi franciscain pour ses amis les chiens. L’amour, c’est de la communication, non ? Alors comment aimer sans pouvoir se communiquer ?
Raymond atteignit son jour de gloire lorsqu’il put en fin être compris par Léo, son frère chien et parvint, chose encore plus extraordinaire, à comprendre l’aboiement de Léo.
Depuis ce jour, Raymond et Léo se promenaient dans le square l’après-midi et, assis à l’ombre, échangeaient sur des sujets d’ordre général. Malgré son amour pour les frères chiens, Raymond n’avait jamais imaginé que Léo puisse avoir une telle vision du monde.
A la fin, un jour, après un échange de sobres aboiements, Raymond osa poser la question.
- « Dis-moi, Léo, en toute franchise, que penses-tu de ma façon d’aboyer ?
La réponse de Léo fut rapide, claire et sincère :
- « Je pense que tu te débrouilles pas mal, mais tu as encore une marge de progression importante. Quand tu aboies, tu le fais encore avec un fort accent humain.»
Mario Benedetti (Uruguay, 1920-2009)
*
Photo : Conte d'automne à Bagnères-de-Bigorre (65) : le site des Allées Maintenon, ainsi appelé car ce serait le chemin emprunté par Mme de Maintenon pour emmener le jeune Duc du Maine, malade, aux bains de Barèges.
*
Foto: Otoños.
Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées, Fr) - Automnes
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El hombre que aprendió a ladrar
Para Raimundo representó un día de gloria cuando su ladrido fue por fin comprendido por Leo su hermano perro, y (algo más extraordinario aún) él comprendió el ladrido de Leo. A partir de ese día Raimundo y Leo se tendían, por lo general en los atardeceres, bajo la glorieta, y dialogaban sobre temas generales. A pesar de su amor por los hermanos perros, Raimundo nunca había imaginado que Leo tuviera una tan sagaz visión del mundo.
Por fin, una tarde se animó a preguntarle, en varios sobrios ladridos: "Dime, Leo, con toda franqueza: ¿qué opinas de mi forma de ladrar?" La respuesta de Leo fue escueta y sincera: "Yo diría que lo haces bastante bien, pero tendrás que mejorar. Cuando ladras, todavía se te nota el acento humano."
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L’homme qui avait appris à aboyer
- « La vérité c’est que j’aboie pour ne pas pleurer.»
Toutefois la véritable raison était son amour quasi franciscain pour ses amis les chiens. L’amour, c’est de la communication, non ? Alors comment aimer sans pouvoir se communiquer ?
Raymond atteignit son jour de gloire lorsqu’il put en fin être compris par Léo, son frère chien et parvint, chose encore plus extraordinaire, à comprendre l’aboiement de Léo.
Depuis ce jour, Raymond et Léo se promenaient dans le square l’après-midi et, assis à l’ombre, échangeaient sur des sujets d’ordre général. Malgré son amour pour les frères chiens, Raymond n’avait jamais imaginé que Léo puisse avoir une telle vision du monde.
A la fin, un jour, après un échange de sobres aboiements, Raymond osa poser la question.
- « Dis-moi, Léo, en toute franchise, que penses-tu de ma façon d’aboyer ?
La réponse de Léo fut rapide, claire et sincère :
- « Je pense que tu te débrouilles pas mal, mais tu as encore une marge de progression importante. Quand tu aboies, tu le fais encore avec un fort accent humain.»
Mario Benedetti (Uruguay, 1920-2009)
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Photo : Conte d'automne à Bagnères-de-Bigorre (65) : le site des Allées Maintenon, ainsi appelé car ce serait le chemin emprunté par Mme de Maintenon pour emmener le jeune Duc du Maine, malade, aux bains de Barèges.
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Foto: Otoños.