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Hameau des Gourniers

Situé à environ 1500 mètres d'altitude, le hameau des Gourniers est constitué de quelques maisons tout au bout de la D41 puis 241 qui monte depuis le pont de Savines (789 mètres). Il est rattaché à la commune de Réallon.

Depuis cette chapelle à la sortie du hameau, un sentier monte, souvent en surplomb, en suivant le cours du torrent, pour atteindre la chapelle Saint-Marcellin (1733m) perchée sur un petit replat dans un cadre somptueux. Plus haut le sentier vire à angle droit en traversant le torrent de Serre Reyna sur une petite passerelle de bois, et rejoint la cabane du Pré d'Antoni. Le pré est un peu en amont, mais ici la nature s'ingénie à peupler de fleurs les espaces entre les rochers, alors que gronde l'eau du torrent de Chargès qui bondit de cascade en cascade. Le sentier encore bien marqué mais plus étroit suit alors le cours de la rivière, Est-Sud-Est, avec dans l'axe le sommet enneigé de la Pointe de Serre (2909 mètres) qui contraste par son aspect presque hivernal avec l'adret, ses éboulis secs ou plus loin ses pâturages déjà couverts de fleurs. Traversé un ravin aux eaux bouillonnantes et aux multiples cascades sur une autre passerelle, le sentier s'élève rapidement en serpentant dans des prés magnifiquement fleuris -- ici les gentianes au bleu violacé constituent parfois un véritable tapis -- ; devenu une sente de terre il se glisse téméraire au sommet de grands rochers verticaux pour franchir des à-pic au-dessus du torrent de Chargès. Selon sa fantaisie mais globalement poussant à l'Est, la sente offre tantôt un coup d'oeil à bâbord sur les sauts impressionnants du torrent, et tantôt par tribord retrouve le plancher des vaches ou des brebis -- au sens propre -- et contemple les sommets du Mourre Froid (2993 mètres) qui semble maintenant très proche. Une dernière oblique sur le flanc d'un grand talus, puis on redresse alors que la pente calme son jeu sur un large replat herbeux en douce montée, et laisse apparaître la longue silhouette de la cabane de Chargès ; le toit d'abord, son large rebord peint dans un gris semblable aux roches de la montagne, puis les murs de grosses pierres solidement cimentées, étayés de contreforts musclés, les portes de bois ou de métal, les fenêtres tenues hermétiquement closes par des volets eux aussi métalliques. Appuyée contre le mur, faite de planches grossièrement assemblées, un peu asymétrique peut-être pour laisser couler les pluies, une niche montre encore un peu de paille défraîchie. De chien, point. De troupeau, point. Point de berger non plus. Seul un écriteau informe : "Cabane de Chargès 2206 m." Juste en-dessous : "Cabane pastorale" et cette injonction : "Respectez l'espace de vie du berger".

Au coeur austère de ce massif, si les fleurs basses s'empressent de s'épanouir en cette fin de mai, si certaines marmottes ont commencé leur terrassement, l'herbe est particulièrement rase encore, d'un vert tout neuf, qui attend un plus franc soleil.

Mais le soleil, précisément, se voile de grands nuages blancs aux contours de feu qui étalent leur ombre sur les neiges de l'ubak, les assombrit, rident le sourire de cette journée que la météo a prévue radieuse. Des sursauts de vent préviennent : il est temps de redescendre.

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Uploaded on May 31, 2019
Taken on May 30, 2019