L’enlèvement.
Sculpture d’André Deluol . 1937. Rodez. Aveyron.
André Deluol ou la glorification de la pierre.
Si l’idéal du peintre n’est pas, lorsqu’il prend ses pinceaux, d’exécuter une fidèle photographie du modèle, celui du sculpteur n’est pas plus de dégager dans le marbre un éphèbe dont on devinerait battre le sang dans les veines.
Etre sculpteur, ce n’est pas prendre un bloc de porphyre et en faire un homme; être sculpteur, c’est donner à la pierre un regard de femme, lui donner un geste d’amour, un sourire heureux. C’est déjà très beau et très difficile. Le sculpteur doit en quelque sorte faire sortir la pierre de son indifférence minérale. Mais la pierre doit demeurer pierre pour que puisse alors se consommer l’incroyable mariage du vivant et de l’inerte, du règne minéral et de l’empire humain.
André Deluol sait tout cela; il n’est qu’à le voir regarder l’une de ses statues, caresser l’épaule qu’il vient d’achever pour comprendre son amour de la pierre. L’épaule qu’il effleure demeure une épaule de pierre. Mais l’équilibre est dur à conserver. Il est difficile de préserver autant la noblesse du matériau que la pureté des lignes du corps figuré. Deluol y est parvenu par l’étonnante alliance qu’il opère entre le classicisme le plus pur et les leçons enthousiasmantes du cubisme. Le cubiste qui est en lui laisse à la pierre son statut originel; des lignes vigoureuses, des courbes sûres et maîtrisées, une habile utilisation de larges plans viennent sans cesse nous rappeler la nature minérale de ses créatures. Néanmoins quand il modèle une jeune fille, jeune fille il y a car Deluol n’a pas oublié les canons de Praxitèle.
Mais les Grecs rêvaient à Pygmalion, à la statue de femme qui s’anime et devient femme, tellement femme que son auteur en tombe amoureux. Les Grecs rêvaient de dépasser la pierre et d’atteindre la chair. Ils n’aimaient peut-être pas leur marbre pentélique puisqu’ils le recouvraient de peinture pour mieux imiter la peau. Pour ma part, je ne peux voir la Vénus de Milo sans plaindre cette pauvre femme de ses infirmités.
L’aventure de Pygmalion ne risque pas d’arriver à A. Deluol; il est l’anti-Pygmalion même et, par son amour de la pierre, transformerait plutôt une femme en pierre que l’inverse. Nulle femme ne peut craindre que son mari aille admirer la dernière œuvre étampoise de Deluol. Aucun ne tombera amoureux de cette altière jeune fille. Aucun ne sera tenté de la prendre dans ses bras. On n’embrasse pas une pierre, fut-elle aussi noble et belle que celles que ce grand sculpteur, un des dernier en France à travailler «en taille directe».
En un mot, il magnifie la pierre en lui gardant sa minéralité, sa masse et sa force, tout en exprimant l’Homme et… autre chose… Quoi? Cherchons!... Oui, la joie, le soleil et la liberté du grand vent qui souffle en Provence.
Et ce n’est pas commode de faire onduler des cheveux de pierre, même au souffle du mistral…
Texte de Gabriel BARRIERE.
Un grand merci pour vos favoris, commentaires et encouragements toujours très appréciés.
Many thanks for your much appreciated favorites and comments.
L’enlèvement.
Sculpture d’André Deluol . 1937. Rodez. Aveyron.
André Deluol ou la glorification de la pierre.
Si l’idéal du peintre n’est pas, lorsqu’il prend ses pinceaux, d’exécuter une fidèle photographie du modèle, celui du sculpteur n’est pas plus de dégager dans le marbre un éphèbe dont on devinerait battre le sang dans les veines.
Etre sculpteur, ce n’est pas prendre un bloc de porphyre et en faire un homme; être sculpteur, c’est donner à la pierre un regard de femme, lui donner un geste d’amour, un sourire heureux. C’est déjà très beau et très difficile. Le sculpteur doit en quelque sorte faire sortir la pierre de son indifférence minérale. Mais la pierre doit demeurer pierre pour que puisse alors se consommer l’incroyable mariage du vivant et de l’inerte, du règne minéral et de l’empire humain.
André Deluol sait tout cela; il n’est qu’à le voir regarder l’une de ses statues, caresser l’épaule qu’il vient d’achever pour comprendre son amour de la pierre. L’épaule qu’il effleure demeure une épaule de pierre. Mais l’équilibre est dur à conserver. Il est difficile de préserver autant la noblesse du matériau que la pureté des lignes du corps figuré. Deluol y est parvenu par l’étonnante alliance qu’il opère entre le classicisme le plus pur et les leçons enthousiasmantes du cubisme. Le cubiste qui est en lui laisse à la pierre son statut originel; des lignes vigoureuses, des courbes sûres et maîtrisées, une habile utilisation de larges plans viennent sans cesse nous rappeler la nature minérale de ses créatures. Néanmoins quand il modèle une jeune fille, jeune fille il y a car Deluol n’a pas oublié les canons de Praxitèle.
Mais les Grecs rêvaient à Pygmalion, à la statue de femme qui s’anime et devient femme, tellement femme que son auteur en tombe amoureux. Les Grecs rêvaient de dépasser la pierre et d’atteindre la chair. Ils n’aimaient peut-être pas leur marbre pentélique puisqu’ils le recouvraient de peinture pour mieux imiter la peau. Pour ma part, je ne peux voir la Vénus de Milo sans plaindre cette pauvre femme de ses infirmités.
L’aventure de Pygmalion ne risque pas d’arriver à A. Deluol; il est l’anti-Pygmalion même et, par son amour de la pierre, transformerait plutôt une femme en pierre que l’inverse. Nulle femme ne peut craindre que son mari aille admirer la dernière œuvre étampoise de Deluol. Aucun ne tombera amoureux de cette altière jeune fille. Aucun ne sera tenté de la prendre dans ses bras. On n’embrasse pas une pierre, fut-elle aussi noble et belle que celles que ce grand sculpteur, un des dernier en France à travailler «en taille directe».
En un mot, il magnifie la pierre en lui gardant sa minéralité, sa masse et sa force, tout en exprimant l’Homme et… autre chose… Quoi? Cherchons!... Oui, la joie, le soleil et la liberté du grand vent qui souffle en Provence.
Et ce n’est pas commode de faire onduler des cheveux de pierre, même au souffle du mistral…
Texte de Gabriel BARRIERE.
Un grand merci pour vos favoris, commentaires et encouragements toujours très appréciés.
Many thanks for your much appreciated favorites and comments.