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Nietzsche dit autrement les choses, car avec lui l’amertume se fait aridité ; mais la connivence avec les poètes est réelle : « Nous savons que la disparition d’une illusion ne crée pas tout de suite une vérité, mais un nouveau fragment d’ignorance, un élargissement de notre espace vide, un accroissement de notre désert. » Ni Saturne ni l’océan, mais le désert. «Notre » espace vide, « notre » désert : la singularité, le propre, se loge de façon imperceptible, et pas toujours plaisante. Il y a là encore du sujet, du soi, même dans ce vide, qui pourtant ne semble pas nous être adressé. Le fait même d’être inauguralement homme fait qu’il y a adresse néanmoins. Croire à l’adresse est une erreur, comme oublier que le sujet n’est qu’un point de parmi une infinité, sachant qu’il possède lui aussi quantité d’autres points de vue possibles sur ledit désert. Nous demeurons, pour nous-mêmes, la seule méditation du monde possible, du moins irréductible. On ne peut pas ne pas passer par soi. On invente des « on », des « soi », pour se distancier, à juste titre. On vise le soi disparaissant pour tenter d’approcher le réel et les autres, mais tout viatique est viatique du soi ; pour certains, telle est la triste réalité, pour les autres, celui-ci peut aussi être autre chose, la tentative de dépasser la « morale des esclaves », si l’on reprend le registe nietzschéen, en l’inscrivant dans l’héritage hégélien.

Ci-gît l’amer – Cynthia Fleury

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Uploaded on April 12, 2021
Taken sometime in 2021