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« Dans la nature, disait Hobbes, seul le présent existe. » Même Hegel le reconnaît : dans la nature « le temps est maintenant ». Passé et futur « ne sont nécessaires que pour la représentation subjective, le souvenir, la crainte ou l’espérance », autrement dit que pour nous, point dans la nature ou en soi. La nature est la « toute-présente », écrit joliment Marcel Conche. Or il n’y a rien d’autre, pour un matérialiste, que la nature, donc rien d’autre que le présent. C’est ce que j’appelle le toujours-présent du réel : le perpétuel aujourd’hui du devenir. Considérons l’arbre vert de Frege. Il est vert en mai, roux en octobre, noir en décembre ou en janvier. Mais tout cela n’existe qu’au présent. Il reste vrai, en décembre, qu’il était vert en mai ? Certes. Mais cela n’existe que pour la pensée : c’est du vrai, point du réel. A le considérer du point de vue de devenir, c’est-à-dire dans sa réalité toujours changeante, il est vert, puis il est roux, puis il est noir… C’est l’être de Parménide : « Ni il n’était ni il ne sera, puisqu’il est maintenant .» C’est le devenir d’Heraclide : tout change, mais ne change qu’au présent. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais encore moins dans un fleuve passé ou futur. C’est toujours maintenant, c’est toujours aujourd’hui, et c’est l’éternité même.
André Compte-Sponville
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« Dans la nature, disait Hobbes, seul le présent existe. » Même Hegel le reconnaît : dans la nature « le temps est maintenant ». Passé et futur « ne sont nécessaires que pour la représentation subjective, le souvenir, la crainte ou l’espérance », autrement dit que pour nous, point dans la nature ou en soi. La nature est la « toute-présente », écrit joliment Marcel Conche. Or il n’y a rien d’autre, pour un matérialiste, que la nature, donc rien d’autre que le présent. C’est ce que j’appelle le toujours-présent du réel : le perpétuel aujourd’hui du devenir. Considérons l’arbre vert de Frege. Il est vert en mai, roux en octobre, noir en décembre ou en janvier. Mais tout cela n’existe qu’au présent. Il reste vrai, en décembre, qu’il était vert en mai ? Certes. Mais cela n’existe que pour la pensée : c’est du vrai, point du réel. A le considérer du point de vue de devenir, c’est-à-dire dans sa réalité toujours changeante, il est vert, puis il est roux, puis il est noir… C’est l’être de Parménide : « Ni il n’était ni il ne sera, puisqu’il est maintenant .» C’est le devenir d’Heraclide : tout change, mais ne change qu’au présent. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais encore moins dans un fleuve passé ou futur. C’est toujours maintenant, c’est toujours aujourd’hui, et c’est l’éternité même.
André Compte-Sponville