Il ne suffit pas...
Le soleil s'affale sur la Place Gambetta. Je bois une bière avec l'ami Gilles. Un prénom comme tiré d'un roman de Drieu La-Rochelle. La comparaison s'arrêt-là, Gilles est communiste.
En coeur, on lève nos verres et on gueule : "à la tienne Cément !"
J'enrage... "Fuck ! Non, il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber... Encore faut-il dire lesquelles".
Wake-up Winston ! Y ne suffit pas de penser que la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres... Il faut se battre pour elle, grogner beaucoup... Sortir ses griffes...
Clément Méric, un jeune mioche, tout juste juché du haut de ses dix-huit piges sur ses premières certitudes d'adulte est mort... Juste après s'être relevé d'un cancer... Saloperie de monde cynique.... Salement tabassé par deux ou trois types dont les neurones devaient être à l'intelligence ce que l'astrologie est à la science. Pas de circonstances atténuantes. Porter de telles armes sur soit, c'est admettre aussi qu'on a envie de tuer.
Clément dans la vie de tous les jours, je suis sûr qu'il m'aurait agacé. Il devait être courageux malgré son allure frêle. Il était sans conteste intelligent. Mais, il devait aussi penser que l'action violente - contre la bête immonde - est la seule solution qui vaille... Je ne le pense plus. Alors, je me serais sans doute engueulé avec lui. Peut-être même qu'on se serait trouvé mutuellement "débile".
Pourtant, j'ai dû un peu lui ressembler. Je me souviens à son âge d'avoir flirté avec des groupes radicaux qui "cassait du skin"... C'était en Lorraine au début des années 90 après l'époque légendaire (à tous points de vu) des Ducky Boys et autres Red Warriors. Si les feufas avaient à peu près déserté la capitale, ils étaient déjà chez eux dans les terres de l'Est de la France... Alors, à Metz, à Nancy, ça bastonnait sévère entre Red-skin et fafs... Enfin, quand ça bastonnait. La plupart du temps, ça se limitait un show testostérone sans que ça n'aille plus loin que les invectives... N'empêche, la voie qu'on s'était choisit correspondait à celle de la violence.
On y était incité, faut dire.
Je me souviens de nos "chefs" de l'époque... Prétendus anars ou gauchos dont le corpus idéologique étaient aussi décharné que les chevaux de Nestor Makhno pendant la grande famine en Ukraine... Les idées tenaient en une ligne : casser du faf ! Ce faisant, on était pas loin de ressembler à ceux que l'on combattait. Après, on peu parler de codes de l'honneur, de baston respectueuse et tout le bla-bla habituel... Mais la réalité, c'est que nos trucs de sales mômes avaient aussi un côté un brin fascisant.
Je croyais que les choses changeraient avec le temps !
La mort de Clément prouve tragiquement le contraire. Il est temps de redresser la tête, retrousser les babines, montrer les crocs... Mais, on est pas obligé de mordre... Nos concitoyens savent déjà qui sont ceux responsables des heurts et des blessures... Ils ont par exemple été près de 75 % (selon les sondages) à détester les violences commises par les anti-mariage pour tous. Je suis sûr qu'ils sont aussi nombreux à penser que les groupes nationalistes et autres fachos n'ont pas de place dans cette république !
La gauche a une responsabilité collective afin que ne se développe en son sein des groupes similaires qui répondent à l'horreur de cette mort injuste par un coup de sang identique ! En mode talion, batte de baseball et victoire des rouges et noirs à la fin... Cela ne signifie pas pour autant de prôner le pardon. Seulement de penser que nous avons d'autres armes pour combattre les ennemis de la démocratie : la coercition des meurtriers, l'interdiction des factieux, l'ordre républicain.
Clément n'aurait peut-être pas été d'accord avec cela. Mais, on est tous les deux Bretons. Alors, on aurait peut-être pu s'accorder pour trinquer autour d'une mousse en parlant de Lou Andréas-Salomé, Buenaventura Durruti, Vladimir Maïakovski, toujours sans plus se soucier de Lénine... On aurait pu refaire un peu le monde à l'image de ce qu'on aimerait qu'il soit... Et puis, on aurait pu convenir que nous ne croyons d'évidence ni en Enfer ni en Paradis... et qu'il n'y a sûrement rien du tout après notre vie sur terre.
Mais, en écrivant ces mots, je dois bien convenir en parallèle que cette bière, nous ne la boirons jamais ensemble !
Cette perspective me remplit d'amertume... Une tristesse sourde.
Mon coeur souffre. La haine emphatique n'est effectivement pas loin. Difficile à contenir... Même si l'absurde pourrait bien venir en renfort. Car, au fond, j'ignore même si toi, Clément Méric, tu aimais ou non la bière...
Il ne suffit pas...
Le soleil s'affale sur la Place Gambetta. Je bois une bière avec l'ami Gilles. Un prénom comme tiré d'un roman de Drieu La-Rochelle. La comparaison s'arrêt-là, Gilles est communiste.
En coeur, on lève nos verres et on gueule : "à la tienne Cément !"
J'enrage... "Fuck ! Non, il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber... Encore faut-il dire lesquelles".
Wake-up Winston ! Y ne suffit pas de penser que la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres... Il faut se battre pour elle, grogner beaucoup... Sortir ses griffes...
Clément Méric, un jeune mioche, tout juste juché du haut de ses dix-huit piges sur ses premières certitudes d'adulte est mort... Juste après s'être relevé d'un cancer... Saloperie de monde cynique.... Salement tabassé par deux ou trois types dont les neurones devaient être à l'intelligence ce que l'astrologie est à la science. Pas de circonstances atténuantes. Porter de telles armes sur soit, c'est admettre aussi qu'on a envie de tuer.
Clément dans la vie de tous les jours, je suis sûr qu'il m'aurait agacé. Il devait être courageux malgré son allure frêle. Il était sans conteste intelligent. Mais, il devait aussi penser que l'action violente - contre la bête immonde - est la seule solution qui vaille... Je ne le pense plus. Alors, je me serais sans doute engueulé avec lui. Peut-être même qu'on se serait trouvé mutuellement "débile".
Pourtant, j'ai dû un peu lui ressembler. Je me souviens à son âge d'avoir flirté avec des groupes radicaux qui "cassait du skin"... C'était en Lorraine au début des années 90 après l'époque légendaire (à tous points de vu) des Ducky Boys et autres Red Warriors. Si les feufas avaient à peu près déserté la capitale, ils étaient déjà chez eux dans les terres de l'Est de la France... Alors, à Metz, à Nancy, ça bastonnait sévère entre Red-skin et fafs... Enfin, quand ça bastonnait. La plupart du temps, ça se limitait un show testostérone sans que ça n'aille plus loin que les invectives... N'empêche, la voie qu'on s'était choisit correspondait à celle de la violence.
On y était incité, faut dire.
Je me souviens de nos "chefs" de l'époque... Prétendus anars ou gauchos dont le corpus idéologique étaient aussi décharné que les chevaux de Nestor Makhno pendant la grande famine en Ukraine... Les idées tenaient en une ligne : casser du faf ! Ce faisant, on était pas loin de ressembler à ceux que l'on combattait. Après, on peu parler de codes de l'honneur, de baston respectueuse et tout le bla-bla habituel... Mais la réalité, c'est que nos trucs de sales mômes avaient aussi un côté un brin fascisant.
Je croyais que les choses changeraient avec le temps !
La mort de Clément prouve tragiquement le contraire. Il est temps de redresser la tête, retrousser les babines, montrer les crocs... Mais, on est pas obligé de mordre... Nos concitoyens savent déjà qui sont ceux responsables des heurts et des blessures... Ils ont par exemple été près de 75 % (selon les sondages) à détester les violences commises par les anti-mariage pour tous. Je suis sûr qu'ils sont aussi nombreux à penser que les groupes nationalistes et autres fachos n'ont pas de place dans cette république !
La gauche a une responsabilité collective afin que ne se développe en son sein des groupes similaires qui répondent à l'horreur de cette mort injuste par un coup de sang identique ! En mode talion, batte de baseball et victoire des rouges et noirs à la fin... Cela ne signifie pas pour autant de prôner le pardon. Seulement de penser que nous avons d'autres armes pour combattre les ennemis de la démocratie : la coercition des meurtriers, l'interdiction des factieux, l'ordre républicain.
Clément n'aurait peut-être pas été d'accord avec cela. Mais, on est tous les deux Bretons. Alors, on aurait peut-être pu s'accorder pour trinquer autour d'une mousse en parlant de Lou Andréas-Salomé, Buenaventura Durruti, Vladimir Maïakovski, toujours sans plus se soucier de Lénine... On aurait pu refaire un peu le monde à l'image de ce qu'on aimerait qu'il soit... Et puis, on aurait pu convenir que nous ne croyons d'évidence ni en Enfer ni en Paradis... et qu'il n'y a sûrement rien du tout après notre vie sur terre.
Mais, en écrivant ces mots, je dois bien convenir en parallèle que cette bière, nous ne la boirons jamais ensemble !
Cette perspective me remplit d'amertume... Une tristesse sourde.
Mon coeur souffre. La haine emphatique n'est effectivement pas loin. Difficile à contenir... Même si l'absurde pourrait bien venir en renfort. Car, au fond, j'ignore même si toi, Clément Méric, tu aimais ou non la bière...