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Paris plan Mérian /Quartiers de la Bastille et le Marais au XVIIème siècle

 

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LE MARAIS de l'âge d'or au renouveau

 

LE MONDE | 05.12.1962 à 00h00 • Mis à jour le 05.12.1962 à 00h00 | JEAN COUVREUR

 

Un rêve... Si le Marais pouvait recouvrer sa jeunesse, comme ces quartiers ou ces monuments privilégiés que l'on entretient à grands frais ; si l'on pouvait rendre à ses demeures seigneuriales, défigurées par les enseignes commerciales, les entrepôts et les appentis que deux siècles de négligence y ont entassés, leur vrai visage, quelle surprise et, pour Paris, quel sujet de fierté ! On verrait apparaître, dans leur magnificence réelle, souvent insoupçonnée, ces hôtels que construisirent Androfief du Cerceau, François Mansart, Le Vau, Le Pautre, Bullet et leurs émules, avec leurs façades richement ornées, leurs cours bien proportionnées, leurs galeries de fêtes, leurs balustres, leur dais, leurs chambres à alcôve, leurs escaliers majestueux. Un rêve qui n'est nullement une chimère. L'exposition que Ton peut voir en ce moment à Carnavalet (1) retrace, avec l'histoire du Marais, les premières étapes de sa renaissance. En nous montrant ce qu'il fut, elle nous permet d'imaginer ce qu'il sera peut-être un jour, si on le tire de sa déchéance présente, si l'on veuf bien permettre au Marais de redevenir le Marais.

 

Première image du quartier : le baptême du Dauphin

 

Il faut ouvrir les vieilles chroniques pour retrouver - avec ces miniatures du baptême du Dauphin, en 1368, du cortège funèbre de Charles VI, en 1422, escorté de pleureurs et de cavaliers en cagoules rouges - les premières images, sans doute, du quartier. Charles V a transporté sa résidence à l'hôtel Saint-Paul, à l'est de la rive droite de la Seine, là où il n'y avait que des terrains humides et bourbeux. Mais l'hôtel va être abandonné à la fin du règne de Charles VI, et le domaine royal loti sous François Ier. Des rues sont percées à travers les vergers, les treilles, la fameuse ménagerie aux lions de l'hôtel Saint-Paul. L'installation des Templiers au Marais est à considérer, également, comme un des éléments de peuplement du quartier. L'enclos du Temple comprend une église et des bâtiments conventuels, une tour, un donjon, des jardins publics et privés - une petite ville, - dont on peut se faire une idée arec telles gravures et tels plans du dix-septième et du dix-huitième siècle.

 

La grande saison

 

Le Marais se couvre peu à peu de couvents, d'églises, de belles maisons, de parterres fleuris d'anémones et de tulipes, plantées d'arbres taillés en arceaux, d'orangers. Là, dans l'âge d'or du quartier, va s'installer une société brillante, éclairée, agitée, qui se pique de poésie, de science, tient fable ouverte, servie par une nombreuse domesticité, aime la conversation, le Jeu et le duel.

 

Là, le Théâtre du Marais, où seront données les premières de Corneille, va dresser ses tréteaux. Sous verre, deux affiches décolorées, annonçant pour le 3 et le 13 février 1660, à 2 heures, des pièces de Scarron, une danse de Scaramouche et la Farce de l'Usse-Tu-Cru, interprétée par " les comédiens du Boy, entretenus par Sa Majesté ".

 

Les portraits des Guise et des Rohan rappellent que ces familles furent des premières à venir habiter au Marais, dans le quadrilatère délimité aujourd'hui par les rues Vieille-du-Temple, des Francs-Bourgeois, des Archives et des Quatre-Fils. Le cœur du quartier, c'est la place Royale (place des Vosges), dont la création a été décidée par Henri IV. C'est l'esplanade carrée, de 140 mètres de côté, telle que nous la voyons encore, bordée de pavillons de briques à chaînages de pierre, surmontée de combles d'ardoises, dessinant un horizon en dents de scie. Nous la revoyons au temps de sa splendeur, lorsqu'elle est le centre des parades, des tournois et des carrousels, avec ces gravures et ces peintures familières aux visiteurs de Carnavalet. Qui ne s'arrêtera devant le cortège d'Alvise Mocenigo, ambassadeur de Venise, commençant son entrée à Paris, le 20 janvier 1709, par le four des arceaux de la place Royale, dans une longue suite de carrosses, de cavaliers en livrée, de soldats chamarrés, de trompettes et de hérauts ? Aujourd'hui, par comparaison, la même place nous paraît tombée en léthargie.

 

Les églises servent également de sépultures. Elles contiennent des tombeaux qui sont presque toujours des chefs-d'œuvre de la sculpture comme celui de Louis d'Orléans, aux Célestins, en marbre blanc, taillé par des artistes italiens, à Gênes, comme les monuments du cœur de Henri II et du cœur de François II, qui se trouvent aujourd'hui au Louvre. Enfin, le Marais a ses nobles résidences, ses hôtels qui rivalisent entre eux d'importance et de beauté. Ils firent longtemps sa gloire. Ils lui valent aujourd'hui de ne point périr et demain ils lui permettront peut-être de retrouver son éclat.

 

Nombre d'entre eux, pourtant, ont disparu, démolis sous la Révolution, au dix-neuvième siècle ou de nos jours. Ce fut le cas de l'hôtel Zamet et de l'hôtel d'Effiart, rasé en 1887, D'autres, comme l'hôtel La Bouthillier de Chavigny, rue de Sévigné, dont la partie subsistante a été transformée en caserne de pompiers, ont été tellement défigurés qu'on peut aussi bien les considérer comme perdus. Mais, heureusement, la plus grande partie a été sauvée.

 

Une utopie réalisée

 

La résurrection du Marais, traitée d'utopie il y a encore trente ans, a tenté depuis des esprits sérieux. On a entrepris, prudemment, lentement, de ranimer ce moribond, qui était aussi un misérable. Les premiers résultats soulèvent l'admiration. Il faut aller voir, rue Pavée, l'hôtel de Lamoignon, avec sa façade aux pilastres colossaux, ses hautes lucarnes, son fronton sculpté, où naquit Malesherbes, où Alphonse Daudet, nouvellement arrivé à Paris, écrivit en 1867 Fromont jeune et Risler aîné. Des gravures montrent les bâtiments au dix-septième siècle, quand l'hôtel s'appelait encore d'Angouléme ; des portraits évoquent Diane de France, qui entreprit leur construction, et le président Guillaume de Lamoignon, qui passa toute sa vie entre leurs murs. Il faut aller voir l'hôtel d'Aumont, rue de Jouy, récemment affecté au tribunal administratif de la Seine, dont il a fallu reconstruire une partie de l'aile sur la cour et les deux ailes sur le jardin. Ne parlons pas de l'hôtel de Sully, que tout le monde connaît. On vient de loin pour voir ses façades, remises en leur état primitif, et les murs lambrissés d'or de la chambre de Sully. Des gravures de Silvestre, de Marot, des photographies illustrent l'histoire de l’hôtel, qui n'embrasse pas moins de trois cents ans. Le voici à l'époque de sa construction, vers 1625, tel qu'il était avant sa restauration, enfin, tel qu'il se montre à ses visiteurs d'aujourd'hui.

 

De salle en salle, chemin faisant, nous rencontrons des hôtes du Marais, de Dangeau (peint par Rigaud), haut en couleur et en perruque, gras, puissant, volontaire, riche, ennuyé, ennuyeux, tout velours, tout soie, tout à fait l'homme de l'étiquette et de son Journal, aux enfants d'Henri-Louis Habert de Montmort (dont l'hôtel existe encore, 79, rue du Temple), peints par Champaigne, six garçons, une fille, bien habillés, bien dressés, sages, roses et souriants, à François II Couperin le Grand (peinture anonyme), qui tint l'orgue de Saint-Gervais de 1685 à 1723.

 

Depuis la fin du dix-huitième siècle. Le quartier a été livré d'abord au vandalisme des " bandes noires ", qui déménagèrent, pour les vendre à n'importe quel prix, lambris, statues, ferronneries, puis au vandalisme des démolisseurs, qui se firent une joie de jeter bas ses frontons à guirlandes, ses pilastres, ses escaliers royaux, ses plafonds magnifiques pour élever des immeubles à usage locatif. S'il est des cas où la destruction s'impose, comme une opération chirurgicale nécessaire, il en est d'autres où préserver, entretenir, reconstruire, même, est un devoir ou, pour parler le langage de l'intérêt, un placement bien compris. On peut voir, à la ferme de cette exposition, les plans dressés, à fifre d'exemple, par M. Albert Laprade, architecte coordonnateur pour l'aménagement du Marais, illustrant les méthodes envisagées pour la rénovation de quelques îlots d'un intérêt majeur.

(1) L'exposition a été réalisée par M. Jacques Wilhelm, conservateur en chef du musée Carnavalet, assisté de Mlle Madeleine Charageat, conservateur, M. Bernard de Montgolfier, conservateur adjoint, et M. Michel Gallet, attaché de musée. Elle est ouverte jusqu'au 28 février.

 

JEAN COUVREUR

 

 

 

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Uploaded on December 4, 2011
Taken on December 4, 2011