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Etampes ; Le donjon servi en effet à enfermer la Reine Ingeburge de Danemark pendant 12 ans, de 1201 à 1213, sur ordre de son mari Philippe Auguste

La tour ruinée (fig. 6) dont le vieux nom Guinette vient de guigner, guetter, n’est plus qu’un reste d’un important donjon roman, qui n’était lui-même qu’une partie d’un vaste ensemble fortifié. On en connaît plusieurs représentations peintes ou gravées, de diverses époques, dont la plus ancienne est une miniature des Très riches Heures du duc de Berry, exécutée vers 1410. Jointes à une description de Fleureau qui s’appuie sur un procès-verbal de 1543, elles nous donnent quelque idée de ce qu’était cette forteresse. Entourée de fossés de tous côtés, elle comprenait d’abord un premier mur d’enceinte, se raccordant plus bas à celui de la ville, et dans lequel s’ouvraient deux portes fortifiées; une seconde muraille, flanquée de tourelles et d’une chapelle dédiée à Saint Laurent, enfermait trois grands corps de logis, plu sieurs bâtiments de service, un puits couvert, une plateforme qui servait à la défense et enfin le donjon, protégé lui-même par un mur ou chemise carrée de deux mètres d’épaisseur dont les soubassements existent encore et qui était muni de quatre tours d’angle. Le donjon d’Étampes présente une forme originale ce sont quatre tours demi-cylindriques dont l’ensemble figure un quatre-feuilles, motif harmonieux, très fréquent au moyen âge dans l’architecture ornementale. Cette nouvelle conception remonte au milieu du XIIe siècle, après qu’on eut reconnu les inconvénients des donjons rectangulaires ou [p.102] simplement cylindriques, mais elle demeura exceptionnelle puis qu’on ne retrouve ce plan que dans un donjon de la Nièvre, à Langeron, et à Rhodes, où il fut reproduit plus tard, au XIVe ou au XVe siècle. Pour assurer un meilleur flanquement aux donjons, on construisit de préférence une tour centrale cylindrique ou carrée munie de quatre tourelles, forme moins heureuse que celle de notre donjon d’Étampes. Après avoir franchi la porte fortifiée de son enceinte, on y pénétrait par une chaussée diagonale, sur laquelle s’abaissait un pont-levis, qui aboutissait à une poterne ouverte entre la convexité des tours, un peu au-dessous du premier étage. On accédait ainsi à un petit vestibule situé à mi-étage, d’où partait à droite et à gauche un escalier voûté en berceau, pris dans l’épaisseur du mur, celle-ci dépassant quatre mètres. Par les degrés de gauche, on descendait dans la cave, faiblement éclairée par d’étroites ouvertures, où se trouvaient un puits et une fosse de latrines. Elle n’était pas voûtée, comme l’a cru Viollet-le-Duc, mais recouverte d’un plafond de bois dont les poutres reposaient sur une colonne centrale qui montait jusqu’au deuxième étage. A droite du vestibule de la poterne, on montait en quelques marches au premier étage. Ainsi l’assaillant, qui entrait brusquement par la poterne et se dirigeait naturellement en avant, tombait d’une hauteur d’au moins quatre mètres sur le sol de la cave, d’autant plus facilement que les défenseurs pouvaient se dissimuler sur les degrés de droite et le pousser vers cette fosse. Le premier étage comprenait une salle de dix mètres de hauteur, éclairée par quatre longues fenêtres; d’abord couverte d’un plancher comme la cave, au XIIe siècle, elle fut voûtée en pierre par huit branches d’ogives retombant sur la pile centrale, au milieu du XIIIe siècle; c’est de là qu’on tirait l’eau du puits dont la cage s’élevait jusque dans cette salle. Un petit corps de garde, juste au-dessus du vestibule de la poterne, permettait au moyen d’un escalier à vis d’accéder au second étage, qui avait treize mètres de hauteur; cette salle devait servir d’habitation au commandant de la garnison; éclairée par des fenêtres à larges embrasures intérieures, elle était lambrissée et contenait deux grandes cheminées et des latrines. Quatre colonnes engagées sont ornées de chapiteaux à feuilles plates, à volutes et à tailloirs garnis de rinceaux ou moulurés. Elles portent de forts arcs doubleaux diagonaux qui se recoupent comme des ogives sans voûtains: disposition très remarquable pour l’époque et qu’on ne connaît qu’à Étampes. Ces arcs étaient destinés à soutenir le plancher du troisième étage: en effet, ce dernier étage, étant uniquement consacré à la défense, avait à supporter la charge des projectiles amassés et des défenseurs, outre celle du comble central. Entre le deuxième et le troisième étage, on avait établi, dans les quatre lobes du quatre-feuilles, des sortes de tribunes dont les poutres et les corbeaux existent encore: on y descendait par des échelles [p.103] passant à travers le plancher du troisième étage et ainsi, le commandant, se tenant dans la grande salle, pouvait être vite averti de ce qui se passait au dehors, envoyer des défenseurs aux créneaux et leur transmettre facilement ses ordres. Le troisième étage, auquel on accédait par le prolongement de l’escalier en vis, était crénelé et pouvait être garni de hourds ou machicoulis de bois, en temps de siège. Enfin, il était surmonté d’une échauguette très élevée. Le comble était composé d’un pavillon central carré et de croupes coniques au-dessus des demi-tours. Si les dispositions intérieures en vue de la défense étaient fort ingénieuses, d’autre part, la construction est excellente la base de la tour, les pieds droits des fenêtres, les arcs et les piles sont en pierre de taille, un calcaire dur, et le reste de la maçonnerie est un moellon, lié par un mortier très résistant. Les sculptures des chapiteaux permettent d’assigner comme date à notre donjon le second quart ou le milieu du XIIe siècle.

 

 

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Uploaded on March 12, 2017
Taken on March 12, 2017