Voltaire par Houdon
Le cœur de Voltaire : un secret bien gardé
Nathalie Buisson 1
BnF, département de la Conservation, laboratoire
1. Introduction
La statue de Voltaire, initialement située dans le Salon d’honneur de la Bibliothèque nationale
de France sur le site Richelieu (2e
arr.) renferme en son socle le cœur du philosophe. Lors de son
déménagement vers le palier du musée des Monnaies et médailles en prévision des travaux, une odeur
forte et inhabituelle a été remarquée par les déménageurs et l’ensemble des personnes présentes. Cette
odeur ayant persisté plusieurs jours, la responsable du projet Richelieu a saisi le laboratoire afin
d’étudier l’origine de cette émanation et d’effectuer un constat d’état du cœur de Voltaire.
La nécessité d’intervenir sur le mode de conservation du cœur de Voltaire a offert une
opportunité exceptionnelle de réaliser une étude archéométrique et historique.
2. Contexte : retour sur les faits
Voltaire meurt le 30 mai 1778 à quatre-vingt-quatre ans, dans l’hôtel de son ami le marquis de
Villette. A la suite de l’autopsie du corps, le cœur extrait par ordre du marquis est placé dans un coffret
en métal doré, rempli d’une préparation alcoolique et qui porte une inscription : «Cœur de Voltaire,
mort à Paris, le 30 mai 1778 ». Ce cœur est ensuite transporté au château de Ferney, où il reste exposé
dans une chambre dite « chambre du cœur de Voltaire » jusqu’à la Révolution. Dans cette pièce est
placé un mausolée pyramidal avec un petit autel détaché, et sur cet autel un coussin de velours sur
lequel repose le cœur. Aux murs sont accrochés quarante-et-un portraits d’amis de Voltaire veillant sur
son souvenir.
le propriétaire de l’illustre organe. A sa mort, en 1864, aucun héritier ne souhaite revendiquer
le cœur. Le notaire des héritiers les tire d’affaire, invoquant la loi du 30 mars 1791 qui avait ordonné le
transfert du corps de Voltaire au Panthéon, après avoir décidé que la dépouille de Voltaire était
propriété de l’Etat. Le notaire présente alors une requête à l’empereur Napoléon III, lui demandant
d’accepter le cœur.
Napoléon III veut placer le cœur à la Bibliothèque impériale. Victor Duruy, ministre de
l’Instruction publique, reçoit des mains du notaire le précieux organe le 16 décembre 1864. Le cœur
est placé provisoirement au département des Monnaies et médailles. Le projet initial était de présenter
le cœur de Voltaire avec le modèle en plâtre de sa statue par Houdon, les médailles frappées en son
honneur et les correspondances manuscrites et œuvres imprimées de l’écrivain. Cet ensemble devait
être installé entre les départements des Manuscrits et des Imprimés, au premier étage de la rotonde, qui
se trouve à la jonction des rues de Richelieu et Neuve-des-Petits-Champs (actuelle rue des PetitsChamps).
Ce projet ne fut que partiellement réalisé : seul le cœur et la statue ont été réunis, le premier
placé dans un coffret en métal conservé dans le socle en bois de la statue, avec cette inscription :
« Cœur de Voltaire remis à la Bibliothèque impériale par les héritiers du marquis de Villette ».
Plus de cinquante ans s’écoulent. L’administrateur de la Bibliothèque nationale, Pierre
Roland-Marcel remarque la statue couverte de poussière à l’entrée de la Réserve et la fait installer
après nettoyage dans le salon d’honneur, dit aussi salon Voltaire, qui donne sur la cour face à l’entrée
principale. En février 1924, il convie les personnalités du moment à venir voir si le cœur s’y trouve toujours (fig. 1) . Un serrurier descelle la plaque du socle d’où est extrait le coffret en bois. Le cœur est
découvert sous un morceau d’étoffe fanée. Le ministre de l’Instruction publique lit à haute voix le
procès-verbal, placé dans le coffret, lors de la remise du cœur en 1864. Un nouveau procès-verbal est
joint au premier et le coffret reprend sa place dans le socle.
La statue et son contenu resteront dans le Salon d’honneur jusqu’à leur déplacement en mai
2010.
3. Travaux en cours
Le dégagement d’odeur perçu au moment du déménagement de la statue laisse supposer que le
cœur était conditionné dans une solution de conservation et que le coffret de métal a pu fuir ou se
casser au cours de la manutention du socle. L’étude que nous menons actuellement a pour objet de
trouver une solution pérenne qui permettra de conserver le cœur de Voltaire. Le cœur et son
conditionnement initial sont en cours d’analyse au laboratoire du département de la Conservation du
site Richelieu. Des spécialistes du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’hôpital
Georges-Pompidou et de la société Useful Progress (spécialisée en imagerie médicale 3D)
interviennent dans cette recherche.
Voltaire par Houdon
Le cœur de Voltaire : un secret bien gardé
Nathalie Buisson 1
BnF, département de la Conservation, laboratoire
1. Introduction
La statue de Voltaire, initialement située dans le Salon d’honneur de la Bibliothèque nationale
de France sur le site Richelieu (2e
arr.) renferme en son socle le cœur du philosophe. Lors de son
déménagement vers le palier du musée des Monnaies et médailles en prévision des travaux, une odeur
forte et inhabituelle a été remarquée par les déménageurs et l’ensemble des personnes présentes. Cette
odeur ayant persisté plusieurs jours, la responsable du projet Richelieu a saisi le laboratoire afin
d’étudier l’origine de cette émanation et d’effectuer un constat d’état du cœur de Voltaire.
La nécessité d’intervenir sur le mode de conservation du cœur de Voltaire a offert une
opportunité exceptionnelle de réaliser une étude archéométrique et historique.
2. Contexte : retour sur les faits
Voltaire meurt le 30 mai 1778 à quatre-vingt-quatre ans, dans l’hôtel de son ami le marquis de
Villette. A la suite de l’autopsie du corps, le cœur extrait par ordre du marquis est placé dans un coffret
en métal doré, rempli d’une préparation alcoolique et qui porte une inscription : «Cœur de Voltaire,
mort à Paris, le 30 mai 1778 ». Ce cœur est ensuite transporté au château de Ferney, où il reste exposé
dans une chambre dite « chambre du cœur de Voltaire » jusqu’à la Révolution. Dans cette pièce est
placé un mausolée pyramidal avec un petit autel détaché, et sur cet autel un coussin de velours sur
lequel repose le cœur. Aux murs sont accrochés quarante-et-un portraits d’amis de Voltaire veillant sur
son souvenir.
le propriétaire de l’illustre organe. A sa mort, en 1864, aucun héritier ne souhaite revendiquer
le cœur. Le notaire des héritiers les tire d’affaire, invoquant la loi du 30 mars 1791 qui avait ordonné le
transfert du corps de Voltaire au Panthéon, après avoir décidé que la dépouille de Voltaire était
propriété de l’Etat. Le notaire présente alors une requête à l’empereur Napoléon III, lui demandant
d’accepter le cœur.
Napoléon III veut placer le cœur à la Bibliothèque impériale. Victor Duruy, ministre de
l’Instruction publique, reçoit des mains du notaire le précieux organe le 16 décembre 1864. Le cœur
est placé provisoirement au département des Monnaies et médailles. Le projet initial était de présenter
le cœur de Voltaire avec le modèle en plâtre de sa statue par Houdon, les médailles frappées en son
honneur et les correspondances manuscrites et œuvres imprimées de l’écrivain. Cet ensemble devait
être installé entre les départements des Manuscrits et des Imprimés, au premier étage de la rotonde, qui
se trouve à la jonction des rues de Richelieu et Neuve-des-Petits-Champs (actuelle rue des PetitsChamps).
Ce projet ne fut que partiellement réalisé : seul le cœur et la statue ont été réunis, le premier
placé dans un coffret en métal conservé dans le socle en bois de la statue, avec cette inscription :
« Cœur de Voltaire remis à la Bibliothèque impériale par les héritiers du marquis de Villette ».
Plus de cinquante ans s’écoulent. L’administrateur de la Bibliothèque nationale, Pierre
Roland-Marcel remarque la statue couverte de poussière à l’entrée de la Réserve et la fait installer
après nettoyage dans le salon d’honneur, dit aussi salon Voltaire, qui donne sur la cour face à l’entrée
principale. En février 1924, il convie les personnalités du moment à venir voir si le cœur s’y trouve toujours (fig. 1) . Un serrurier descelle la plaque du socle d’où est extrait le coffret en bois. Le cœur est
découvert sous un morceau d’étoffe fanée. Le ministre de l’Instruction publique lit à haute voix le
procès-verbal, placé dans le coffret, lors de la remise du cœur en 1864. Un nouveau procès-verbal est
joint au premier et le coffret reprend sa place dans le socle.
La statue et son contenu resteront dans le Salon d’honneur jusqu’à leur déplacement en mai
2010.
3. Travaux en cours
Le dégagement d’odeur perçu au moment du déménagement de la statue laisse supposer que le
cœur était conditionné dans une solution de conservation et que le coffret de métal a pu fuir ou se
casser au cours de la manutention du socle. L’étude que nous menons actuellement a pour objet de
trouver une solution pérenne qui permettra de conserver le cœur de Voltaire. Le cœur et son
conditionnement initial sont en cours d’analyse au laboratoire du département de la Conservation du
site Richelieu. Des spécialistes du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’hôpital
Georges-Pompidou et de la société Useful Progress (spécialisée en imagerie médicale 3D)
interviennent dans cette recherche.