Château d'Anet
Parmi les édifices érigés par De l'Orme, le château d’Anet doit être considéré comme son œuvre majeure. Construit à partir de 1552 sur ordre de Henri II pour Diane de Poitiers, ce fut une création d'un seul jet, exécutée en toute liberté et sans restriction de moyens, comme l'avoue De l'Orme lui-même, et constitue de ce fait la meilleure pierre de touche pour juger de l'esprit artistique de son bâtisseur. En partie détruit lors de la Révolution, en partie dépouillé de ses ornements artistiques, il ne nous est plus reconnaissable dans sa forme originelle qu’à travers les dessins de Du Cerceau¹.
Anet est situé près de Dreux, dans une plaine traversée par l'Eure. C'était au Moyen Âge un domaine royal que Charles VII concéda à Pierre de Brézé. Le petit-fils de ce dernier épousa en secondes noces, en 1514, Diane de Poitiers, qui acquit par la suite une influence si considérable sur Henri II, de près de vingt ans son cadet. Le roi fit démolir la majeure partie de l'ancien château pour en faire ériger un nouveau, magnifique, par De l'Orme ; toutefois, l'architecte dut conserver certaines parties de l'ancien édifice, comme il ressort de ses écrits² et comme le prouvent les plans.
Le plan au sol (Fig. 63) démontre qu'il s'est acquitté de cette tâche avec une grande habileté, sans nuire à la clarté ni à la symétrie de la nouvelle construction. Le vaste ensemble est entouré de douves et de murs flanqués de bastions saillants aux angles. On accédait à l'entrée principale par un pont-levis ; celle-ci est conçue comme un imposant pavillon de portail, presque de type forteresse. Présentant un mur concave saillant, elle montre, entre quatre colonnes doriques largement espacées, deux petites portes latérales et un grand portail central, ce dernier étant couronné par une large niche cintrée dans laquelle était placée la célèbre figure en bronze de la Nymphe de Fontainebleau de Benvenuto Cellini¹. De part et d'autre, en revanche, les colonnes doriques sont reliées par l'entablement et les corniches, et couronnées par un parapet plein.
À la même hauteur se terminent les parties attenantes traitées de façon fortifiée, qui s'achèvent cependant par des balustrades à jour. La forme de ces dernières, composées de cordages entrelacés, est caractéristique du caractère de cette époque : le motif paraît sobre et en même temps arbitraire. Franchement laides sont les grandes cheminées s'élevant aux angles avec leurs couronnements massifs en forme de sarcophages galbés, dont les surfaces sont couvertes de cannelures sèches et de feuillages lourds entre des profilés excessivement grossiers. Leur couronnement par des frontons interrompus et enroulés en volutes est également assez baroque. Les sarcophages, que l'on retrouve sur toutes les cheminées du château et même sur la magnifique fontaine, sont sans doute une expression architecturale du deuil de la veuve, avec lequel cette « chaste Diane » a coqueté toute sa vie durant.
À l'étage supérieur, le corps central prend la forme d'une terrasse plate arrondie des deux côtés, de laquelle s'élève une partie centrale plus haute en guise d'attique. Celle-ci est habillée de longues volutes cannelées au lieu de pilastres, présente au centre le cadran d'une horloge, des niches dans les panneaux latéraux, et porte sur le sommet de ses volutes les figures de deux chiens de chasse regardant vers un cerf situé au milieu. Les chiens, comme le raconte De l'Orme lui-même¹, annonçaient les heures par des aboiements, et le cerf en frappant du pied. Aussi lourds et sobres, voire déjà baroques dans les détails, que soient ici les éléments, il faut reconnaître que l'architecte a réussi, par une composition originale et efficace, à rendre l'expression de clôture castrale qui sied à une telle porte extérieure. En outre, tout en se refusant une décoration plastique trop fine pour cette façade extérieure, il confère à son œuvre un caractère de splendeur authentique par l'usage d'une polychromie efficace, grâce à des plaques de porphyre, de serpentine et de marbre judicieusement placées, ainsi que du bronze au-dessus des portails, sur les frises, les attiques et les socles de la structure supérieure².
L'intérieur du pavillon d'entrée s'organise en un imposant vestibule à trois nefs, avec une haute allée centrale ouverte en arcades et des nefs latérales basses séparées de l'allée centrale par des arcades sur piliers. Dans les espaces latéraux se trouvaient d'un côté le logement du portier, de l'autre un local de service. La disposition et la division, ainsi que la construction intérieure de ces propylées, trahissent la main sûre d'un maître.
En progressant dans l'axe principal, on accède alors à la grande cour d'honneur, à peu près carrée, qui était entourée sur trois côtés par les bâtiments d'habitation. À droite et au fond, sur le côté faisant face à l'entrée, s'étirait au rez-de-chaussée une galerie d'arcades reposant sur des piliers couplés avec un entablement droit. L'escalier principal se situait à droite, à l'angle des deux ailes jointives ; un autre escalier était relié à l'entrée située au milieu. L'architecture de ces parties était simple et d'un bel effet. L'étage supérieur recevait sa lumière alternativement par des fenêtres larges et étroites, toutes divisées par deux traverses, les premières étant en plus dotées d'un meneau central montant et d'un fronton antique. Les lucarnes, peu nombreuses, sont couronnées de frontons cintrés reposant de manière baroque sur des entablements en saillie.
Avec un véritable sens artistique, l'architecte a su donner à son édifice un centre dominant tout l'ensemble. Face à l'entrée principale, dans l'axe du bâtiment, il a élevé un portail en forme d'arc de triomphe dont les deux niveaux inférieurs correspondent aux deux étages de la cour, mais qui s'élève ensuite, avec un troisième étage, bien au-dessus du toit. C'est le fragment aujourd'hui exposé à Paris, à l'École des Beaux-Arts (Fig. 64). Orné en bas de colonnes doriques, puis ioniques, et au-dessus de colonnes corinthiennes accouplées portant un entablement correspondant en saillie, il reçoit un riche décor de niches avec statues et de reliefs. La grande niche principale de l'étage supérieur renfermait, au lieu de l'Amour tendant son arc représenté sur notre illustration, une statue de Louis de Brézé, l'époux défunt de Diane, avec cette inscription caractéristique de la fidélité de la veuve...
Château d'Anet
Parmi les édifices érigés par De l'Orme, le château d’Anet doit être considéré comme son œuvre majeure. Construit à partir de 1552 sur ordre de Henri II pour Diane de Poitiers, ce fut une création d'un seul jet, exécutée en toute liberté et sans restriction de moyens, comme l'avoue De l'Orme lui-même, et constitue de ce fait la meilleure pierre de touche pour juger de l'esprit artistique de son bâtisseur. En partie détruit lors de la Révolution, en partie dépouillé de ses ornements artistiques, il ne nous est plus reconnaissable dans sa forme originelle qu’à travers les dessins de Du Cerceau¹.
Anet est situé près de Dreux, dans une plaine traversée par l'Eure. C'était au Moyen Âge un domaine royal que Charles VII concéda à Pierre de Brézé. Le petit-fils de ce dernier épousa en secondes noces, en 1514, Diane de Poitiers, qui acquit par la suite une influence si considérable sur Henri II, de près de vingt ans son cadet. Le roi fit démolir la majeure partie de l'ancien château pour en faire ériger un nouveau, magnifique, par De l'Orme ; toutefois, l'architecte dut conserver certaines parties de l'ancien édifice, comme il ressort de ses écrits² et comme le prouvent les plans.
Le plan au sol (Fig. 63) démontre qu'il s'est acquitté de cette tâche avec une grande habileté, sans nuire à la clarté ni à la symétrie de la nouvelle construction. Le vaste ensemble est entouré de douves et de murs flanqués de bastions saillants aux angles. On accédait à l'entrée principale par un pont-levis ; celle-ci est conçue comme un imposant pavillon de portail, presque de type forteresse. Présentant un mur concave saillant, elle montre, entre quatre colonnes doriques largement espacées, deux petites portes latérales et un grand portail central, ce dernier étant couronné par une large niche cintrée dans laquelle était placée la célèbre figure en bronze de la Nymphe de Fontainebleau de Benvenuto Cellini¹. De part et d'autre, en revanche, les colonnes doriques sont reliées par l'entablement et les corniches, et couronnées par un parapet plein.
À la même hauteur se terminent les parties attenantes traitées de façon fortifiée, qui s'achèvent cependant par des balustrades à jour. La forme de ces dernières, composées de cordages entrelacés, est caractéristique du caractère de cette époque : le motif paraît sobre et en même temps arbitraire. Franchement laides sont les grandes cheminées s'élevant aux angles avec leurs couronnements massifs en forme de sarcophages galbés, dont les surfaces sont couvertes de cannelures sèches et de feuillages lourds entre des profilés excessivement grossiers. Leur couronnement par des frontons interrompus et enroulés en volutes est également assez baroque. Les sarcophages, que l'on retrouve sur toutes les cheminées du château et même sur la magnifique fontaine, sont sans doute une expression architecturale du deuil de la veuve, avec lequel cette « chaste Diane » a coqueté toute sa vie durant.
À l'étage supérieur, le corps central prend la forme d'une terrasse plate arrondie des deux côtés, de laquelle s'élève une partie centrale plus haute en guise d'attique. Celle-ci est habillée de longues volutes cannelées au lieu de pilastres, présente au centre le cadran d'une horloge, des niches dans les panneaux latéraux, et porte sur le sommet de ses volutes les figures de deux chiens de chasse regardant vers un cerf situé au milieu. Les chiens, comme le raconte De l'Orme lui-même¹, annonçaient les heures par des aboiements, et le cerf en frappant du pied. Aussi lourds et sobres, voire déjà baroques dans les détails, que soient ici les éléments, il faut reconnaître que l'architecte a réussi, par une composition originale et efficace, à rendre l'expression de clôture castrale qui sied à une telle porte extérieure. En outre, tout en se refusant une décoration plastique trop fine pour cette façade extérieure, il confère à son œuvre un caractère de splendeur authentique par l'usage d'une polychromie efficace, grâce à des plaques de porphyre, de serpentine et de marbre judicieusement placées, ainsi que du bronze au-dessus des portails, sur les frises, les attiques et les socles de la structure supérieure².
L'intérieur du pavillon d'entrée s'organise en un imposant vestibule à trois nefs, avec une haute allée centrale ouverte en arcades et des nefs latérales basses séparées de l'allée centrale par des arcades sur piliers. Dans les espaces latéraux se trouvaient d'un côté le logement du portier, de l'autre un local de service. La disposition et la division, ainsi que la construction intérieure de ces propylées, trahissent la main sûre d'un maître.
En progressant dans l'axe principal, on accède alors à la grande cour d'honneur, à peu près carrée, qui était entourée sur trois côtés par les bâtiments d'habitation. À droite et au fond, sur le côté faisant face à l'entrée, s'étirait au rez-de-chaussée une galerie d'arcades reposant sur des piliers couplés avec un entablement droit. L'escalier principal se situait à droite, à l'angle des deux ailes jointives ; un autre escalier était relié à l'entrée située au milieu. L'architecture de ces parties était simple et d'un bel effet. L'étage supérieur recevait sa lumière alternativement par des fenêtres larges et étroites, toutes divisées par deux traverses, les premières étant en plus dotées d'un meneau central montant et d'un fronton antique. Les lucarnes, peu nombreuses, sont couronnées de frontons cintrés reposant de manière baroque sur des entablements en saillie.
Avec un véritable sens artistique, l'architecte a su donner à son édifice un centre dominant tout l'ensemble. Face à l'entrée principale, dans l'axe du bâtiment, il a élevé un portail en forme d'arc de triomphe dont les deux niveaux inférieurs correspondent aux deux étages de la cour, mais qui s'élève ensuite, avec un troisième étage, bien au-dessus du toit. C'est le fragment aujourd'hui exposé à Paris, à l'École des Beaux-Arts (Fig. 64). Orné en bas de colonnes doriques, puis ioniques, et au-dessus de colonnes corinthiennes accouplées portant un entablement correspondant en saillie, il reçoit un riche décor de niches avec statues et de reliefs. La grande niche principale de l'étage supérieur renfermait, au lieu de l'Amour tendant son arc représenté sur notre illustration, une statue de Louis de Brézé, l'époux défunt de Diane, avec cette inscription caractéristique de la fidélité de la veuve...