Nu sur une chaise longue (Balthus)
Huile sur toile, 72 x 92 cm, 1950, Tate modern, Londres.
Dans cette peinture à l'huile de plus d'un mètre de long, une figure féminine nue, vêtue seulement de chaussettes blanches jusqu'aux genoux et de pantoufles rouges, est allongée, maladroitement, sur une chaise longue, dans une pièce au mobilier épuré. Sa tête, les yeux clos, repose sur l'accoudoir droit du fauteuil, laissant ses cheveux noirs pendre librement. Le bras droit raidi de la jeune fille s'étire vers le sol et, le bras gauche levé, son corps forme une croix. Peinte dans des couleurs douces et terreuses, la pièce est éclairée par la droite, comme par une fenêtre invisible. Son torse et ses cuisses allongés sont baignés de lumière, mais son visage et les profondeurs de la pièce demeurent dans une semi-obscurité. Les yeux clos et la pose révélatrice et vulnérable de la figure font du spectateur un voyeur.
Nu sur une chaise longue fait partie d'un groupe de tableaux représentant l'intimité de la rêverie diurne et du sommeil, thèmes privilégiés de Balthus, notamment dans les années 1940 et au début des années 1950. Dans ces œuvres, une figure féminine, éclairée par la droite, est allongée sur une chaise ou un canapé placé à gauche de la composition. Par exemple, dans l'œuvre légèrement antérieure La Semaine des quatre jeudis (1949) (Centre d'art Frances Lehman Loeb, Poughkeepsie), une jeune fille vêtue d'une robe de chambre ou d'une chemise de nuit s'allonge sur une chaise et penche la tête sur l'accoudoir, les cheveux détachés. Le bras gauche levé, elle caresse la joue d'un chat. Le titre fait référence aux vacances scolaires et suggère la détente, et la pièce, peinte dans des tons jaunes dominants, est baignée d'une lumière vive provenant d'une fenêtre à droite. Une œuvre plus tardive, La Chambre (1952-1954, (collection particulière), qui mesure 2,7 mètres sur plus de 3 mètres, est nettement plus grande que La Semaine des quatre jeudis et Nu sur une chaise longue. Dans ce tableau, le contraste saisissant entre la lumière et l'obscurité, ainsi que la présence d'un second personnage menaçant à droite, qui tire le rideau de la fenêtre, créent une atmosphère sinistre.
Nu sur une chaise longue et La Chambre sont liés à un dessin de Balthus réalisé en 1949 dans lequel il expérimente la position du nu allongé. Si le dessin inclut la fenêtre et le second personnage qui apparaîtront dans La Chambre, la position finale du nu correspond à celle du personnage de Nu sur une chaise longue (Clair, p. 306). Cependant Balthus y remplace la méridienne rembourrée du dessin par une chaise longue rigide en bois, accentuant ainsi le contraste entre le corps de la jeune fille et la surface qu'il touche.
Les effets de clair-obscur de cette œuvre rappellent l'art de certains peintres du XVIIe siècle, tels que Michel-Ange Merisi da Caravaggio (1571-1610) et Rembrandt van Rijn (1606-1669). Son atmosphère érotique et envoûtante suggère les qualités gothiques d'images telles que Le Cauchemar (1781 (Detroit Institute of Arts) de Henry Fuseli (1741–1845) dans lesquelles la posture déformée et impuissante de la figure féminine endormie contribue à indiquer l'oppression de son rêve. Le modèle de Nu sur une chaise longue pourrait être Laurence Bataille (1930-1986), compagne de l'artiste de la fin des années 1940 au début des années 1950, que Balthus rencontra à l'âge de dix-sept ans. Il est probable que Balthus ait peint l'œuvre à Paris et l'ait conservée dans son atelier de la cour de Rohan, près du boulevard Saint-Germain. En janvier 1951, il la vendit à son marchand Pierre Matisse (1900-1989) (cf. Tate).
Nu sur une chaise longue (Balthus)
Huile sur toile, 72 x 92 cm, 1950, Tate modern, Londres.
Dans cette peinture à l'huile de plus d'un mètre de long, une figure féminine nue, vêtue seulement de chaussettes blanches jusqu'aux genoux et de pantoufles rouges, est allongée, maladroitement, sur une chaise longue, dans une pièce au mobilier épuré. Sa tête, les yeux clos, repose sur l'accoudoir droit du fauteuil, laissant ses cheveux noirs pendre librement. Le bras droit raidi de la jeune fille s'étire vers le sol et, le bras gauche levé, son corps forme une croix. Peinte dans des couleurs douces et terreuses, la pièce est éclairée par la droite, comme par une fenêtre invisible. Son torse et ses cuisses allongés sont baignés de lumière, mais son visage et les profondeurs de la pièce demeurent dans une semi-obscurité. Les yeux clos et la pose révélatrice et vulnérable de la figure font du spectateur un voyeur.
Nu sur une chaise longue fait partie d'un groupe de tableaux représentant l'intimité de la rêverie diurne et du sommeil, thèmes privilégiés de Balthus, notamment dans les années 1940 et au début des années 1950. Dans ces œuvres, une figure féminine, éclairée par la droite, est allongée sur une chaise ou un canapé placé à gauche de la composition. Par exemple, dans l'œuvre légèrement antérieure La Semaine des quatre jeudis (1949) (Centre d'art Frances Lehman Loeb, Poughkeepsie), une jeune fille vêtue d'une robe de chambre ou d'une chemise de nuit s'allonge sur une chaise et penche la tête sur l'accoudoir, les cheveux détachés. Le bras gauche levé, elle caresse la joue d'un chat. Le titre fait référence aux vacances scolaires et suggère la détente, et la pièce, peinte dans des tons jaunes dominants, est baignée d'une lumière vive provenant d'une fenêtre à droite. Une œuvre plus tardive, La Chambre (1952-1954, (collection particulière), qui mesure 2,7 mètres sur plus de 3 mètres, est nettement plus grande que La Semaine des quatre jeudis et Nu sur une chaise longue. Dans ce tableau, le contraste saisissant entre la lumière et l'obscurité, ainsi que la présence d'un second personnage menaçant à droite, qui tire le rideau de la fenêtre, créent une atmosphère sinistre.
Nu sur une chaise longue et La Chambre sont liés à un dessin de Balthus réalisé en 1949 dans lequel il expérimente la position du nu allongé. Si le dessin inclut la fenêtre et le second personnage qui apparaîtront dans La Chambre, la position finale du nu correspond à celle du personnage de Nu sur une chaise longue (Clair, p. 306). Cependant Balthus y remplace la méridienne rembourrée du dessin par une chaise longue rigide en bois, accentuant ainsi le contraste entre le corps de la jeune fille et la surface qu'il touche.
Les effets de clair-obscur de cette œuvre rappellent l'art de certains peintres du XVIIe siècle, tels que Michel-Ange Merisi da Caravaggio (1571-1610) et Rembrandt van Rijn (1606-1669). Son atmosphère érotique et envoûtante suggère les qualités gothiques d'images telles que Le Cauchemar (1781 (Detroit Institute of Arts) de Henry Fuseli (1741–1845) dans lesquelles la posture déformée et impuissante de la figure féminine endormie contribue à indiquer l'oppression de son rêve. Le modèle de Nu sur une chaise longue pourrait être Laurence Bataille (1930-1986), compagne de l'artiste de la fin des années 1940 au début des années 1950, que Balthus rencontra à l'âge de dix-sept ans. Il est probable que Balthus ait peint l'œuvre à Paris et l'ait conservée dans son atelier de la cour de Rohan, près du boulevard Saint-Germain. En janvier 1951, il la vendit à son marchand Pierre Matisse (1900-1989) (cf. Tate).