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Maisons à pans de bois d'Auxerre

Sur les 530 maisons à pans de bois repérées à Auxerre, la plus grande partie se situe dans les quartiers de La Marine, de la Cathédrale et de l’Hôtel de Ville qui correspondent à l’ancien castrum gallo-romain. Ces maisons se répartissent en quatre groupes selon leur implantation sur le parcellaire : les maisons à pignon sur rue (128), à mur goutterot sur rue (294), sur cour (30, visibles de la rue) et les maisons d’angle de rues (79). Dans l’ensemble, ce sont des “maisons blocs”, sans aile ni saillie, rectangulaires, étroites et profondes pour celles qui ont pignon sur rue, peu profondes et de largeurs très variables pour celles qui ont le mur goutterot sur rue. La majorité des maisons ont un étage (365), un comble habitable ou non et une cave.

 

Il y a deux grands types de construction : les maisons mixtes en maçonnerie et pans-de-bois (117 en pans-de-bois visibles et 118 en pans-de-bois cachés) et les maisons entièrement en pans-de-bois (123 en pans-de-bois visibles et 169 en pans-de-bois cachés) dont la plupart ont un solin en maçonnerie. Sur les 240 maisons à pans-de-bois apparents, sont à remarquer cinq types de colombages : celui à colombes simples avec des écharpes de décharge (85), un autre à colombes simples et embrèvement (55), les colombage à croix de Saint-André (18) et à grandes croix de Saint-André (11) et enfin le colombage à épis (29), une seule maison présentant un colombage à losanges.

 

Les hourdis ou remplissage entre les pièces de bois sont de trois types, le torchis recouvert d’enduit, la maçonnerie de moellons liés par un mortier de terre et de chaux (le plus courant à Auxerre), parfois recouvert d’un enduit et la brique qui n’apparaît qu’au XVIIème siècle. Un des éléments les plus caractéristiques de la construction en pans-de-bois est l’encorbellement d’un étage sur un autre. À Auxerre, on dénombre 87 maisons à encorbellement dont 82 encorbellements du premier étage sur le rez-de-chaussée, 2 encorbellements du deuxième étage sur le premier étage et 3 double encorbellements aux premier et deuxième étages. Cet élément de construction est très intéressant pour la datation des maisons : un édit de 1607 interdisant la construction des maisons à encorbellement fait penser que, sauf non respect de la réglementation, la construction des maisons à encorbellement est antérieure à cette date. Au moins 16 % des maisons à pans-de-bois sont du XVIème siècle, voire peut-être pour certaines du XVème siècle.

 

Les maisons les plus anciennes ont un toit à double pente très pentu avec pour certaines une ferme débordante en pignon. Au cours du temps, apparaissent d’autres formes : le toit à double pente avec croupe en pignon à partir de la fin du XVIeème siècle et le toit en comble brisé aux XVIIème et XVIIIème siècles, avec une couverture est en général en tuiles plates. Le décor est en lien avec l’architecture : on le trouve souvent aux articulations majeures de la structure (encorbellement, poteau cornier) et sur l’encadrement des ouvertures. Peu de maisons sont décorées (45) et celles qui le sont reprennent souvent les mêmes formes et les mêmes motifs d’inspiration architecturale ou artisanale : moulures diverses, cordes avalées par des engoulants, motifs en relief (losanges, fleurs, animaux, outils, écussons...).

 

Si l’inventaire peut nous donner une idée de la distribution et de la fonction de la maison à partir des ouvertures (portes et fenêtres) et des éléments constituants restants comme les boutiques, les ateliers ou les cages d’escalier, il faut tenir compte des nombreuses modifications qui ont pu intervenir

 

Les maisons d’angle de rues, mise à part leur situation particulière (deux façades sur rues), ne sont pas tellement différentes des autres maisons à pans-de-bois. La mise en œuvre du bâtiment est la même que la maison, soit en angle de rues ou pas. Se retrouvent les deux grands types de construction : la maison mixte et la maison entièrement en pans-de-bois, la même structure pour les pans-de-bois, les cinq types de colombage, les mêmes hourdis et les toits en bâtière couverts de tuiles plates. En revanche, il y a assez souvent deux encorbellements, un sur chaque façade, qui déterminent un traitement de l’angle particulier. Lorsque l’encorbellement est au même niveau sur les deux façades, les poutres et les poteaux sont encastrés les uns dans les autres, les assemblages ne sont pas visibles et l’angle est souvent construit avec un poteau cornier ou avec un coyau et des aisseliers ; lorsque l’encorbellement n’est pas au même niveau sur les deux façades, l’angle est traité par superposition des poteaux verticaux et des poutres horizontales (sablières et sommiers) et les assemblages sont généralement visibles.

 

En ce qui concerne les rapports entre la maison, la rue et la ville, on retrouve les mêmes contraintes que pour les autres maisons à pans-de-bois : l’influence du quartier et du parcellaire sur la taille, la forme et le décor de la maison. Mais, cette situation à l’angle de deux rues leur confère un certain nombre d’avantages : une double orientation, des ouvertures plus nombreuses et plus variées qui leur assurent une meilleure aération et un meilleur éclairage, des boutiques ou ateliers pouvant ouvrir sur deux côtés... On les voit mieux : elles ont donc plutôt tendance à se donner encore plus à voir et de ce fait sont, dans l’ensemble, plus décorées que les autres (surtout lorsqu’elles ont un poteau cornier) ; elles peuvent aussi servir de repère pour se situer ou localiser des événements dans la ville.

 

L’élément essentiel dans la construction d’une maison d’angle de rues est le traitement de l’angle, angle qui peut être mis en valeur de différentes façons ou tout simplement ignoré. La forme la plus traditionnelle et sans doute la plus noble pour traiter l’angle d’une maison est l’utilisation d’un poteau cornier ; il permet de porter la structure, d’intégrer des assemblages sophistiqués grâce auxquels l’encorbellement est au même niveau sur les deux façades, de dissimuler tout ou partie de ces assemblages, de décorer la maison et d’animer la rue. Une variante que l’on retrouve plusieurs fois à Auxerre est le poteau d’angle simple, non élargi en partie haute mais accompagné d’aisseliers pour soutenir la structure. Dans ce cas-là, les assemblages sont souvent visibles, l’encorbellement n’est pas toujours au même niveau sur les deux façades, mais la maison est aussi bien décorée et la rue autant animée.

 

Enfin, il existe une autre possibilité, beaucoup moins courante à Auxerre et qui n’intervient que lorsque la construction comporte divers matériaux, c’est le “poteau d’angle” en pierre. Dans d’autres cas, la situation en angle de rues de certaines maisons n’a pas du tout été prise en compte ; l’angle est ignoré et la construction est menée comme si l’édifice était inséré entre deux autres bâtiments. Parmi les exemples que l’on a relevés, trois catégories se distinguent : les maisons dont une seule façade est mise en valeur, les maisons dont les façades sont traitées indépendamment les unes des autres et les maisons qui sont devenues des maisons d’angle par modification de l’urbanisme. Ce manque d’intérêt pour l’angle peut s’expliquer par un souci d’économie, par la volonté délibérée de privilégier une façade, par la localisation des bâtiments dans un quartier résidentiel, assez éloigné du centre, plus modeste...

 

Pour conclure cette synthèse sur le traitement de l’angle, il semble intéressant d’aborder une nouvelle forme que vont adopter les modes ultérieures (même si l’on sort du cadre médiéval) et que l’on rencontre à plusieurs reprises à Auxerre : c’est la mise en valeur de l’angle par un pan coupé.

 

Conclusion :

L’abondance des maisons à pans-de-bois conservées à Auxerre en fait un lieu privilégié pour aborder ce type de construction, avec un nombre significatif d’éléments, dans un environnement protégé. Parmi cet ensemble, les maisons d’angle de rues ont constitué un échantillon intéressant à étudier en détail. Si elles ont des caractéristiques générales identiques à celles des autres maisons à pans-de-bois, elles présentent néanmoins des particularités remarquables. Pourtant, elles ne sont pas différentes des autres maisons à pans-de-bois, mais ont des éléments en plus, sont souvent plus soignées, plus décorées, et appartiennent au même type de construction. L’habitat privé est un domaine mal connu, délicat à aborder, qui recouvre un patrimoine riche et abondant, malmené et en danger. Permettre de mettre en valeur cette architecture vernaculaire, faire prendre conscience de son intérêt, insister sur la nécessité de la préserver, peut inciter les propriétaires à la respecter et à la restaurer dans son intégrité, sans la défigurer (cf. Françoise Burguière-Labrunie).

 

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Uploaded on December 3, 2020