Mosaïque d'Alexandre le grand à Pompéi
Mosaïque (détail), 5,82 x 5,13 m, IIème siècle avant JC, musée archéologique, Naples.
La mosaïque d’Alexandre, découverte à Pompéi en 1831 et enlevée en novembre 1843, est doute la plus complexe jamais trouvée et représente l’affrontement entre Alexandre le Grand et Darius III, qui se serait déroulé en 333 av. J.C. à Issos. A partir du Vème siècle av. JC, l’empire Perse cherche à agrandir son territoire, notamment pendant les guerres Médiques. Philippe II, le père d’Alexandre, devient roi de Macédoine en 356 av. JC et hérite d’un petit pays, faible, désorganisé et cerné d’ennemis. Il transforme l’armée macédonienne en une force redoutable. Agrandissant considérablement son territoire, il invite à Corinthe, en 338 av. JC, l’ensemble des cités grecques afin d’élaborer un traité de paix et de coopération dont il se fait élire “hègémôn” (le chef) chargé de veiller sur cet accord, l'ennemi commun étant la Perse.
Philippe II, contrôlant dorénavant ses arrières en Grèce, projette de frapper rapidement Darius III, le nouveau Grand roi des perses et prépare en conséquance sa future expédition, mais est poignardé mortellement par Pausanias, un noble macédonien. Tirant avantage des conflits opposant les cités helléniques, les perses grignotent du terrain, s’emparent petit à petit des villes grecques d’Asie mineure et font progresser leurs frontières jusqu’en Grèce continentale.
Né à Pella (capitale de la Macédoine) en 356 av. JC, Alexandre a 20 ans lorsqu’il succède à son père, sa mère Olympias, fille du roi des Molosses, étant une personnalité violente, mystique et radicale. Elle faisait remonter les origines de sa famille à Achille et racontait avoir engendré son fils avec le concours de Zeus, ce dernier l’ayant fertilisée par la foudre. En 340 av. JC, Philippe partant en campagne, confie la régence du royaume à Alexandre qui n'a que 16 ans.
Avant d'aller combattre les perses, Alexandre confie la régence de la Macédoine au général Antipater, mais les troupes perses sont infiniment supérieures à l’armée d’Alexandre, qui ne compte en tout que 35 000 soldats. En conséquence, Darius ne juge pas nécessaire de mobiliser la totalité de ses forces lorsque les grecs attaquent Granique et ne se déplace pas. Mais il a sous-estimé la tactique, l’audace et la cohésion des effectifs d’Alexandre dont c'est la première grande victoire.
Engagé sur la côte nord de l’actuelle Syrie, le roi macédonien fait tomber un à un les ports de la Méditerranée orientale. Darius décide de le prendre à revers pour lui couper toute retraite vers les territoires déjà conquis. Prévenu de la manœuvre, Alexandre fait marche arrière et attaque l’armée du grand roi à Issos, dans une étroite plaine côtière fermée par la montagne et traversée par le fleuve Pinaros. L’endroit est stratégique, l’avantage numérique des perses étant inutile n’ayant pas l’espace nécessaire pour s'y déployer.
Avec le mépris du danger qui le caractérise, Alexandre traverse le fleuve avec ses compagnons sous une pluie de flèches et réussit à enfoncer le flanc gauche de Darius. A la suite de ce succès, les fantassins macédoniens peuvent à leur tour passer le cours d’eau et refouler leurs adversaires. C’est la débâcle pour l’armée perse. Darius abandonne son quadrige pour un cheval et s’enfuit à la faveur de l’obscurité naissante. Les grecs retrouveront son char dans lequel il a abandonné les insignes de son pouvoir, manteau bouclier et arc.
Pour tout dire, cette mosaïque pourrait représenter une autre bataille que celle d’Issos, les deux souverains s'étant affrontés deux fois, à Issos en 333 av. JC et à Gaugamèles deux ans plus tard, voire même les deux batailles à la fois. Mais les historiens penchent plus pour la première. La découverte de Pompéi nous a fourni des trésors inestimables, parmi lesquels la mosaïque d’Alexandre qui ornait le sol de la maison du Faune de 3 000 m² à la fin du IIème siècle av. JC.
Son exécution en revanche aurait été effectuée à l’étranger dans un atelier spécialisé, sans doute en Égypte à Alexandrie. Elle aurait été inspirée d’une peinture antique aujourd’hui disparue, datant du IVème siècle av. JC, c’est à dire contemporaine d’Alexandre le Grand. Si une majorité l’attribue à Philoxène d’Érétrie, d’autres spécialistes évoquent Apelle, illustre peintre antique proche d’Alexandre (seul peintre autorisé par le monarque à réaliser son portrait et également connu pour ne jamais reproduire fidèlement la blancheur de son teint, hâlé dans la mosaïque).
Quoi qu’il en soit, l’artiste mosaïste a copié scrupuleusement un chef d’œuvre antique et a utilisé pour cela la technique de l’opus vermiculatum (procédé permettant d’obtenir une grande finesse en employant des tesselles n’excédant pas 3 mm. La scène est en effet composée d’environ 2 millions de tesselles de calcaire et de seulement 4 couleurs : blanc, noir, jaune et rouge, avec 26 guerriers et 15 chevaux.
Après la bataille d’Issos, Alexandre le Grand affronta une nouvelle fois Darius à Gaugamèles pour une victoire décisive et définitive. Il poussa son armée jusqu’aux rives de l’Indus à l’est et jusqu’en Égypte au sud, se forgeant ainsi un empire démesuré. Mais sa mort prématurée à Babylone en 323 av. JC précipita ce royaume fraîchement acquis dans un conflit terrible pour sa succession : la guerre des diadoques, ses anciens stratèges. Et c’est très certainement l’un de ceux-ci qui commanda le fameux tableau à l'origine de la mosaïque, peut-être Cassandre, le fils d’Antipater, ayant éliminé Roxane, l’épouse d’Alexandre et son fils, né 3 mois après le décès de son père, ainsi qu’Olympias, la sulfureuse mère du héros ou peut-être aussi Ptolémée, autre compagnon d’Alexandre qui fonda notamment la dynastie des Lagides qui régna sur l’Égypte jusqu’à la mort de Cléopâtre IV en 30 av. JC. Mais quels qu’aient été ses commanditaires ou créateurs, la mosaïque de la bataille d’Issos témoigne de la postérité d’Alexandre le grand et de son souvenir persistant dans l’histoire (cf. arthisto.fr et merci pour la photo).
Pour voir la mosaïque en entier :
www.flickr.com/photos/7208148@N02/49098061803/in/datepost...
Mosaïque d'Alexandre le grand à Pompéi
Mosaïque (détail), 5,82 x 5,13 m, IIème siècle avant JC, musée archéologique, Naples.
La mosaïque d’Alexandre, découverte à Pompéi en 1831 et enlevée en novembre 1843, est doute la plus complexe jamais trouvée et représente l’affrontement entre Alexandre le Grand et Darius III, qui se serait déroulé en 333 av. J.C. à Issos. A partir du Vème siècle av. JC, l’empire Perse cherche à agrandir son territoire, notamment pendant les guerres Médiques. Philippe II, le père d’Alexandre, devient roi de Macédoine en 356 av. JC et hérite d’un petit pays, faible, désorganisé et cerné d’ennemis. Il transforme l’armée macédonienne en une force redoutable. Agrandissant considérablement son territoire, il invite à Corinthe, en 338 av. JC, l’ensemble des cités grecques afin d’élaborer un traité de paix et de coopération dont il se fait élire “hègémôn” (le chef) chargé de veiller sur cet accord, l'ennemi commun étant la Perse.
Philippe II, contrôlant dorénavant ses arrières en Grèce, projette de frapper rapidement Darius III, le nouveau Grand roi des perses et prépare en conséquance sa future expédition, mais est poignardé mortellement par Pausanias, un noble macédonien. Tirant avantage des conflits opposant les cités helléniques, les perses grignotent du terrain, s’emparent petit à petit des villes grecques d’Asie mineure et font progresser leurs frontières jusqu’en Grèce continentale.
Né à Pella (capitale de la Macédoine) en 356 av. JC, Alexandre a 20 ans lorsqu’il succède à son père, sa mère Olympias, fille du roi des Molosses, étant une personnalité violente, mystique et radicale. Elle faisait remonter les origines de sa famille à Achille et racontait avoir engendré son fils avec le concours de Zeus, ce dernier l’ayant fertilisée par la foudre. En 340 av. JC, Philippe partant en campagne, confie la régence du royaume à Alexandre qui n'a que 16 ans.
Avant d'aller combattre les perses, Alexandre confie la régence de la Macédoine au général Antipater, mais les troupes perses sont infiniment supérieures à l’armée d’Alexandre, qui ne compte en tout que 35 000 soldats. En conséquence, Darius ne juge pas nécessaire de mobiliser la totalité de ses forces lorsque les grecs attaquent Granique et ne se déplace pas. Mais il a sous-estimé la tactique, l’audace et la cohésion des effectifs d’Alexandre dont c'est la première grande victoire.
Engagé sur la côte nord de l’actuelle Syrie, le roi macédonien fait tomber un à un les ports de la Méditerranée orientale. Darius décide de le prendre à revers pour lui couper toute retraite vers les territoires déjà conquis. Prévenu de la manœuvre, Alexandre fait marche arrière et attaque l’armée du grand roi à Issos, dans une étroite plaine côtière fermée par la montagne et traversée par le fleuve Pinaros. L’endroit est stratégique, l’avantage numérique des perses étant inutile n’ayant pas l’espace nécessaire pour s'y déployer.
Avec le mépris du danger qui le caractérise, Alexandre traverse le fleuve avec ses compagnons sous une pluie de flèches et réussit à enfoncer le flanc gauche de Darius. A la suite de ce succès, les fantassins macédoniens peuvent à leur tour passer le cours d’eau et refouler leurs adversaires. C’est la débâcle pour l’armée perse. Darius abandonne son quadrige pour un cheval et s’enfuit à la faveur de l’obscurité naissante. Les grecs retrouveront son char dans lequel il a abandonné les insignes de son pouvoir, manteau bouclier et arc.
Pour tout dire, cette mosaïque pourrait représenter une autre bataille que celle d’Issos, les deux souverains s'étant affrontés deux fois, à Issos en 333 av. JC et à Gaugamèles deux ans plus tard, voire même les deux batailles à la fois. Mais les historiens penchent plus pour la première. La découverte de Pompéi nous a fourni des trésors inestimables, parmi lesquels la mosaïque d’Alexandre qui ornait le sol de la maison du Faune de 3 000 m² à la fin du IIème siècle av. JC.
Son exécution en revanche aurait été effectuée à l’étranger dans un atelier spécialisé, sans doute en Égypte à Alexandrie. Elle aurait été inspirée d’une peinture antique aujourd’hui disparue, datant du IVème siècle av. JC, c’est à dire contemporaine d’Alexandre le Grand. Si une majorité l’attribue à Philoxène d’Érétrie, d’autres spécialistes évoquent Apelle, illustre peintre antique proche d’Alexandre (seul peintre autorisé par le monarque à réaliser son portrait et également connu pour ne jamais reproduire fidèlement la blancheur de son teint, hâlé dans la mosaïque).
Quoi qu’il en soit, l’artiste mosaïste a copié scrupuleusement un chef d’œuvre antique et a utilisé pour cela la technique de l’opus vermiculatum (procédé permettant d’obtenir une grande finesse en employant des tesselles n’excédant pas 3 mm. La scène est en effet composée d’environ 2 millions de tesselles de calcaire et de seulement 4 couleurs : blanc, noir, jaune et rouge, avec 26 guerriers et 15 chevaux.
Après la bataille d’Issos, Alexandre le Grand affronta une nouvelle fois Darius à Gaugamèles pour une victoire décisive et définitive. Il poussa son armée jusqu’aux rives de l’Indus à l’est et jusqu’en Égypte au sud, se forgeant ainsi un empire démesuré. Mais sa mort prématurée à Babylone en 323 av. JC précipita ce royaume fraîchement acquis dans un conflit terrible pour sa succession : la guerre des diadoques, ses anciens stratèges. Et c’est très certainement l’un de ceux-ci qui commanda le fameux tableau à l'origine de la mosaïque, peut-être Cassandre, le fils d’Antipater, ayant éliminé Roxane, l’épouse d’Alexandre et son fils, né 3 mois après le décès de son père, ainsi qu’Olympias, la sulfureuse mère du héros ou peut-être aussi Ptolémée, autre compagnon d’Alexandre qui fonda notamment la dynastie des Lagides qui régna sur l’Égypte jusqu’à la mort de Cléopâtre IV en 30 av. JC. Mais quels qu’aient été ses commanditaires ou créateurs, la mosaïque de la bataille d’Issos témoigne de la postérité d’Alexandre le grand et de son souvenir persistant dans l’histoire (cf. arthisto.fr et merci pour la photo).
Pour voir la mosaïque en entier :
www.flickr.com/photos/7208148@N02/49098061803/in/datepost...