Fin d'arabesque (E Degas)
Pastel, 67 x 38 cm, 1877, musée d'Orsay, Paris.
Dans l’imposant corpus de tableaux que E Degas consacre aux danseuses, le triomphe sur la scène n’est abordé que rarement. Même si la célébration de la danseuse y est constante, le peintre préfère des situations plus intimes. Cependant, le thème de la danseuse en train de remercier son public est un défi qu'il relève avec l’originalité qui lui est propre dans deux œuvres réalisées entre 1876 et 1877, Fin d’arabesque ou Danseuse saluant et L’Étoile ou Danseuse sur scène. Si elles figurent les artistes dans une pose à peu près identique, les deux toiles offrent toutefois des différences importantes.
Dans le tableau ci-dessus, la ballerine est en arabesque, la tête inclinée vers sa droite, et tient un bouquet dans la main droite. Son attitude, son bouquet et son tutu coloré, ainsi que les décors visibles dans le fond, laissent croire qu’il s’agit d’une représentation, mais, derrière elle, un groupe désordonné de danseuses en costumes de scène rose et bleu clair indique qu’elle participe à une répétition sur scène.
Dans le second tableau :
www.flickr.com/photos/7208148@N02/31367686065/in/album-72...
la danseuse au premier plan incline aussi la tête vers la droite avec grâce et sûreté. Dans le fond apparaissent quelques danseuses plus ou moins cachées dans les coulisses et la silhouette presque inquiétante d’un homme (probablement son amant) dont le costume noir contraste avec la clarté éblouissante du tutu de la ballerine principale.
La composition des deux tableaux permet une comparaison intéressante. L’Étoile se présente comme divisé en trois secteurs : deux trapèzes, celui du haut occupé par les coulisses et les figures, celui du bas occupé par le sol, et un triangle dans lequel s’inscrit la danseuse et dont sa main droite constitue le sommet. Le fait que la figure de la danseuse ne soit pas exactement au milieu de la composition ne diminue en rien sa centralité symbolique, mais donne plutôt du souffle à l’ensemble du tableau, effet qu’accentue encore la vue plongeante adoptée par E Degas.
En revanche, la composition de la Fin d’arabesque est étouffante. La figure du premier plan contraste par ses dimensions avec les figurines du fond, très éloignées d’elle.
La culture européenne du XIXème siècle se partage entre l’exaltation idéalisée et la marginalisation réelle des femmes, obligées de respecter les règles établies par une société d’hommes, lesquels créent cependant pour eux-mêmes des échappatoires et des justifications. Les personnages des ballets romantiques correspondent à cette double image de la femme, créature tantôt angélique, tantôt diabolique. E Degas n’adhère pas à cette mythologie et préfère peindre le monde réel des femmes sans le juger. Il exalte la danse féminine dans sa fatigue, ses triomphes, sa mélancolie, son quotidien. Ses "scènes de ballet expriment tout un univers, celui qu’habitent les danseuses, unique, spécifique, clos et consacré à la poursuite d’un idéal" (T Bentley). Dans le dur entraînement des danseuses, la fatigue qu’engendrent les exercices et les répétitions, E Degas ne voit-il pas le reflet de son propre labeur d’artiste ? (cf.histoire-image.org).
Fin d'arabesque (E Degas)
Pastel, 67 x 38 cm, 1877, musée d'Orsay, Paris.
Dans l’imposant corpus de tableaux que E Degas consacre aux danseuses, le triomphe sur la scène n’est abordé que rarement. Même si la célébration de la danseuse y est constante, le peintre préfère des situations plus intimes. Cependant, le thème de la danseuse en train de remercier son public est un défi qu'il relève avec l’originalité qui lui est propre dans deux œuvres réalisées entre 1876 et 1877, Fin d’arabesque ou Danseuse saluant et L’Étoile ou Danseuse sur scène. Si elles figurent les artistes dans une pose à peu près identique, les deux toiles offrent toutefois des différences importantes.
Dans le tableau ci-dessus, la ballerine est en arabesque, la tête inclinée vers sa droite, et tient un bouquet dans la main droite. Son attitude, son bouquet et son tutu coloré, ainsi que les décors visibles dans le fond, laissent croire qu’il s’agit d’une représentation, mais, derrière elle, un groupe désordonné de danseuses en costumes de scène rose et bleu clair indique qu’elle participe à une répétition sur scène.
Dans le second tableau :
www.flickr.com/photos/7208148@N02/31367686065/in/album-72...
la danseuse au premier plan incline aussi la tête vers la droite avec grâce et sûreté. Dans le fond apparaissent quelques danseuses plus ou moins cachées dans les coulisses et la silhouette presque inquiétante d’un homme (probablement son amant) dont le costume noir contraste avec la clarté éblouissante du tutu de la ballerine principale.
La composition des deux tableaux permet une comparaison intéressante. L’Étoile se présente comme divisé en trois secteurs : deux trapèzes, celui du haut occupé par les coulisses et les figures, celui du bas occupé par le sol, et un triangle dans lequel s’inscrit la danseuse et dont sa main droite constitue le sommet. Le fait que la figure de la danseuse ne soit pas exactement au milieu de la composition ne diminue en rien sa centralité symbolique, mais donne plutôt du souffle à l’ensemble du tableau, effet qu’accentue encore la vue plongeante adoptée par E Degas.
En revanche, la composition de la Fin d’arabesque est étouffante. La figure du premier plan contraste par ses dimensions avec les figurines du fond, très éloignées d’elle.
La culture européenne du XIXème siècle se partage entre l’exaltation idéalisée et la marginalisation réelle des femmes, obligées de respecter les règles établies par une société d’hommes, lesquels créent cependant pour eux-mêmes des échappatoires et des justifications. Les personnages des ballets romantiques correspondent à cette double image de la femme, créature tantôt angélique, tantôt diabolique. E Degas n’adhère pas à cette mythologie et préfère peindre le monde réel des femmes sans le juger. Il exalte la danse féminine dans sa fatigue, ses triomphes, sa mélancolie, son quotidien. Ses "scènes de ballet expriment tout un univers, celui qu’habitent les danseuses, unique, spécifique, clos et consacré à la poursuite d’un idéal" (T Bentley). Dans le dur entraînement des danseuses, la fatigue qu’engendrent les exercices et les répétitions, E Degas ne voit-il pas le reflet de son propre labeur d’artiste ? (cf.histoire-image.org).