Les oeillets
A Kalamine, dans l’antichambre d’alchimie, Marie s’éveillait. Elle avait rêvé de Jakob, penché sur elle et embrassant son cou. Mais comme il était vampire, ce baiser l’avait comme brûlée à cet endroit. Si bien que sous le coups de la douleur, elle poussa un cri. Aussitôt, Urgande apparut.
- Marie, n’aie craintes, tout va bien !
- Mais où suis-je ?
- Dans le seul lieu du château où tu dois être actuellement, l’antichambre alchimique. Rappelle-toi ! Là où tes parents sont allés aussi avant de se donner l’un à l’autre.
Marie rougit, gênée.
- Attendez, vous voulez dire que derrière cette porte il y a…
- Une chambre nuptiale oui…alchimique bien sûr. Quand tu seras prête, tu pourras y retrouver Jakob.
Marie rougit une nouvelle fois et murmura :
- Je ne peux même pas l’embrasser sans risquer de le faire mourir alors...je crois inutile de me parler d’une union plus...complète avec lui.
- Détrompe-toi. Tu peux rompre ce sortilège qui t’interdit de le toucher et je vais te dire encore ceci : toi seule peux découvrir la clé pour ouvrir la porte de la chambre.
- Mais bien sûr...c’est une évidence, sourit la jeune fille en secouant la tête.
- Tu ne me crois pas ? N’aurais-tu plus foi en l’amour que tu partages avec Jakob ?
- Il ne s’agit pas de ça, vous savez très bien que je l’aime de toute mon âme, dit-elle en passant sa main sur la blessure faite à son cou.
- Alors tu trouveras la clé...Mais un conseil, ne cède pas au vampire qu’il est encore, même s’il tente une approche magique pour te posséder ironisa la fée en montrant la trace rouge du baiser dans le cou de Marie. Cela se retournerait contre vous deux. Mieux vaut que chacun se purifie de son côté et fasse ce qu’il doit faire pour équilibrer ce qui doit l’être. En attendant, allons jardiner avec cette tapisserie, veux-tu ?
Et d’un geste de sa baguette, la fée déroula sur le mur de l’antichambre un vaste panneau tapissier, rempli de fleurs et orné de quatre arbres : Un chêne, un pin, un oranger et le houx qui lui rappela immédiatement le chardon de la tapisserie de la danse. Instinctivement, Marie eut un geste de recul.
Urgande se mit à rire.
- Tu as peur ?
- Si vous voulez me faire cueillir du houx, je préfère m’abstenir.
- Rassure-toi, nous ne cueillerons que des fleurs...Le houx, tu ne le rencontreras que lorsque tu seras prête. Allez, rejoins-moi dans la tapisserie. Et prends ce panier.
Ne sens-tu pas l’odeur des violettes, des jonquilles, des oeillets, du jasmin et des roses ?
- Si...mais comment une tapisserie peut faire ça ?
- Je te l’ai dit, tout ce qui est ici est magique et alchimique. Viens...suis-moi !
Marie sourit et prenant le panier d’osier que lui désignait Urgande, elle s’approcha de la tapisserie. Aussitôt, celle-ci s’ouvrit et elle se retrouva prise dans un océan de fleurs douces et parfumées...même celles dont elle savait qu’elles n’avaient pas d’odeur comme les pervenches, dégageaient un parfum doux et presque entêtant.
- C’est incroyable...l’herbe est rouge et les fleurs si réelles…
- Ce sont les fleurs du désir...de ton désir d’union avec Jakob. Et l’herbe a la couleur de la passion qui vous anime. Tu peux les cueillir pour ta couronne féerique.
- Quoi ?
- Aujourd’hui Jakob est couronné roi du monde maléfique, toi tu seras couronnée reine du monde féerique.
- Mais je ne suis pas une reine…tout juste une apprentie comtesse.
- Tu es sa reine et tu incarnes la partie féerique de votre duo, Marie. Alors prends ta place. Tu désires toujours être unie à ton époux, non ?
- Oh oui...plus que jamais !
- Alors ferme les yeux et cueille ce qui sera ta couronne. Ne réfléchis pas ! Fais !
La jeune fille se pencha sur l’herbe rouge et fermant les yeux, elle se mit à cueillir et à remplir son panier, sans même savoir ce qu’elle cueillait. Au moment où elle se relevait, elle sentit une petite présence sauter dans le panier. Elle ouvrit les yeux et vit le petit singe s’emparer d’une rose et la porter à ses narines.
- Mais que fais-tu là, coquin ?
Le petit singe la fixa avec malice et agita la rose avant d’en lécher les pétales comme s’il s’agissait d’une friandise.
Urgande fronça les sourcils.
- Non non non...ce n’est pas encore le moment des réjouissances, tiens-le toi pour dit. La rose mystique ne se déguste pas avant les noces.
Marie et moi devons d’abord tresser sa couronne de fiançailles. Allons, jeune fille...que décides-tu de prendre pour la réaliser ?
- Vous m’avez dit que le blanc et le rouge étaient les couleurs alchimiques n’est-ce pas ?
- Après le noir...oui…le blanc est la couleur de la pureté de ton coeur et le rouge, celui du désir que tu assumes.
- Alors peut-être ces oeillets ???
- Joli choix, tu fais preuve d’engagement. Tu peux commencer à tresser ta couronne. Prends ton temps. Chaque fleur doit être bien entrelacée…Il en va de la sûreté de tes fiançailles.
Marie regarda Urgande sans comprendre.
- Avez-vous décidé de me parler par énigme ?
- Je pourrais...ici il y a tant de secrets...Mais regarde qui vient nous voir...
- Un petit agneau...qu’il est mignon !
- Il ne doit pas être né il y a longtemps, à caracoler aussi maladroitement.
- Et ces petits lièvres, qu’ils sont drôles…
- Humm...ceux-là voudraient hâter le mariage avant l’heure ! Mais non, mes jolis, le temps divin n’est pas venu encore. Il vous faudra attendre. Prends conscience de cette leçon, Marie : chaque chose arrive au bon moment pour toi, toujours. Même si c’est difficile parfois à admettre. Cueille chaque jour et savoure son parfum. Même si cela ralentit le processus d’union. Ce temps est nécessaire pour équilibrer tout ton être. Au fur et à mesure que ta couronne se fait, tu décides pleinement de vivre ce mariage d’âmes. Avec un coeur pur et conscient de ses possibilités. Le héron t’apportera sa sagesse et te permettra ces prochains jours d’oser te regarder telle que tu es vraiment. La pie te permettra de garder confiance, quoi qu’il arrive. Et regarde, l’amoureux fidèle s’avance...le chien est là...Le lion et la licorne aussi. Comme l’oeillet blanc et le rouge. Ils participent à ton bouquet de mariée, à ta couronne. Et je soupçonne le lion d’être affamé, ajouta-t-elle en riant.
- Je ne savais pas les lions herbivores.
- Le genre de fleur qui le tente n’a rien d’un oeillet, crois-moi. Mais fais comme la licorne, élève ton âme et l’amour que tu éprouves et tout sera pour le mieux. C’est ainsi que le lion ne se jettera pas sur la licorne pour la dévorer, mais restera le chevalier ardent à défendre sa cause et la tienne.
Apprends la sérénité. Tout se passera pour que votre union soit parfaite.
« Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
Car voici que l’hiver est fini ;
La pluie a cessé, elle a disparu…
La vigne en fleur exhale son parfum
Lève-toi mon amie, ma belle et viens ! ...
Montre-moi ton visage,
Fais-moi entendre ta voix… »
Ces mots parvenaient à Marie qui tressait sans relâche sa couronne et une musique douce, paisible l’enveloppait, comme si désormais, tout ce qui l’angoissait jusque là s’apaisait. Elle ne savait pas encore vraiment qui elle était, mais elle acceptait que tout vienne à elle au moment opportun, sans essayer de forcer les choses ni d’attendre. Juste faire, vivre le moment présent. Et espérer. Au fond, c’est ce que faisait aussi Jakob, elle le sentait intérieurement. Lui non plus n’avait pas de prise sur ce qui s’opérait actuellement en lui, ni sur sa métamorphose. Il devait juste agir, vivre et espérer. Alors la paix descendit sur elle comme un grand manteau bleu et sur sa robe rouge, se dessinèrent en creux, des motifs de grenade, fruits de la connaissance...La couronne d’oeillets tressée finie s ‘échappa de ses mains et vint d’elle-même se poser sur sa tête, sous l’oeil ravi d’Urgande, du lion, de la licorne et des autres animaux. Et les parfums des fleurs se firent plus sauvages et capiteux comme pour applaudir à ce couronnement qui correspondait au lâcher-prise nécessaire de la jeune fille. L’anneau de feu à son doigt se mit à briller d’un éclat surnaturel, comme s’il était en fusion, mais sans pourtant lui faire le moindre mal.
Marie sourit et inclina la tête pour remercier de cet enseignement. En espérant que celui qu’aurait Jakob soit aussi doux et bénéfique que l’avait été le sien.
Les oeillets
A Kalamine, dans l’antichambre d’alchimie, Marie s’éveillait. Elle avait rêvé de Jakob, penché sur elle et embrassant son cou. Mais comme il était vampire, ce baiser l’avait comme brûlée à cet endroit. Si bien que sous le coups de la douleur, elle poussa un cri. Aussitôt, Urgande apparut.
- Marie, n’aie craintes, tout va bien !
- Mais où suis-je ?
- Dans le seul lieu du château où tu dois être actuellement, l’antichambre alchimique. Rappelle-toi ! Là où tes parents sont allés aussi avant de se donner l’un à l’autre.
Marie rougit, gênée.
- Attendez, vous voulez dire que derrière cette porte il y a…
- Une chambre nuptiale oui…alchimique bien sûr. Quand tu seras prête, tu pourras y retrouver Jakob.
Marie rougit une nouvelle fois et murmura :
- Je ne peux même pas l’embrasser sans risquer de le faire mourir alors...je crois inutile de me parler d’une union plus...complète avec lui.
- Détrompe-toi. Tu peux rompre ce sortilège qui t’interdit de le toucher et je vais te dire encore ceci : toi seule peux découvrir la clé pour ouvrir la porte de la chambre.
- Mais bien sûr...c’est une évidence, sourit la jeune fille en secouant la tête.
- Tu ne me crois pas ? N’aurais-tu plus foi en l’amour que tu partages avec Jakob ?
- Il ne s’agit pas de ça, vous savez très bien que je l’aime de toute mon âme, dit-elle en passant sa main sur la blessure faite à son cou.
- Alors tu trouveras la clé...Mais un conseil, ne cède pas au vampire qu’il est encore, même s’il tente une approche magique pour te posséder ironisa la fée en montrant la trace rouge du baiser dans le cou de Marie. Cela se retournerait contre vous deux. Mieux vaut que chacun se purifie de son côté et fasse ce qu’il doit faire pour équilibrer ce qui doit l’être. En attendant, allons jardiner avec cette tapisserie, veux-tu ?
Et d’un geste de sa baguette, la fée déroula sur le mur de l’antichambre un vaste panneau tapissier, rempli de fleurs et orné de quatre arbres : Un chêne, un pin, un oranger et le houx qui lui rappela immédiatement le chardon de la tapisserie de la danse. Instinctivement, Marie eut un geste de recul.
Urgande se mit à rire.
- Tu as peur ?
- Si vous voulez me faire cueillir du houx, je préfère m’abstenir.
- Rassure-toi, nous ne cueillerons que des fleurs...Le houx, tu ne le rencontreras que lorsque tu seras prête. Allez, rejoins-moi dans la tapisserie. Et prends ce panier.
Ne sens-tu pas l’odeur des violettes, des jonquilles, des oeillets, du jasmin et des roses ?
- Si...mais comment une tapisserie peut faire ça ?
- Je te l’ai dit, tout ce qui est ici est magique et alchimique. Viens...suis-moi !
Marie sourit et prenant le panier d’osier que lui désignait Urgande, elle s’approcha de la tapisserie. Aussitôt, celle-ci s’ouvrit et elle se retrouva prise dans un océan de fleurs douces et parfumées...même celles dont elle savait qu’elles n’avaient pas d’odeur comme les pervenches, dégageaient un parfum doux et presque entêtant.
- C’est incroyable...l’herbe est rouge et les fleurs si réelles…
- Ce sont les fleurs du désir...de ton désir d’union avec Jakob. Et l’herbe a la couleur de la passion qui vous anime. Tu peux les cueillir pour ta couronne féerique.
- Quoi ?
- Aujourd’hui Jakob est couronné roi du monde maléfique, toi tu seras couronnée reine du monde féerique.
- Mais je ne suis pas une reine…tout juste une apprentie comtesse.
- Tu es sa reine et tu incarnes la partie féerique de votre duo, Marie. Alors prends ta place. Tu désires toujours être unie à ton époux, non ?
- Oh oui...plus que jamais !
- Alors ferme les yeux et cueille ce qui sera ta couronne. Ne réfléchis pas ! Fais !
La jeune fille se pencha sur l’herbe rouge et fermant les yeux, elle se mit à cueillir et à remplir son panier, sans même savoir ce qu’elle cueillait. Au moment où elle se relevait, elle sentit une petite présence sauter dans le panier. Elle ouvrit les yeux et vit le petit singe s’emparer d’une rose et la porter à ses narines.
- Mais que fais-tu là, coquin ?
Le petit singe la fixa avec malice et agita la rose avant d’en lécher les pétales comme s’il s’agissait d’une friandise.
Urgande fronça les sourcils.
- Non non non...ce n’est pas encore le moment des réjouissances, tiens-le toi pour dit. La rose mystique ne se déguste pas avant les noces.
Marie et moi devons d’abord tresser sa couronne de fiançailles. Allons, jeune fille...que décides-tu de prendre pour la réaliser ?
- Vous m’avez dit que le blanc et le rouge étaient les couleurs alchimiques n’est-ce pas ?
- Après le noir...oui…le blanc est la couleur de la pureté de ton coeur et le rouge, celui du désir que tu assumes.
- Alors peut-être ces oeillets ???
- Joli choix, tu fais preuve d’engagement. Tu peux commencer à tresser ta couronne. Prends ton temps. Chaque fleur doit être bien entrelacée…Il en va de la sûreté de tes fiançailles.
Marie regarda Urgande sans comprendre.
- Avez-vous décidé de me parler par énigme ?
- Je pourrais...ici il y a tant de secrets...Mais regarde qui vient nous voir...
- Un petit agneau...qu’il est mignon !
- Il ne doit pas être né il y a longtemps, à caracoler aussi maladroitement.
- Et ces petits lièvres, qu’ils sont drôles…
- Humm...ceux-là voudraient hâter le mariage avant l’heure ! Mais non, mes jolis, le temps divin n’est pas venu encore. Il vous faudra attendre. Prends conscience de cette leçon, Marie : chaque chose arrive au bon moment pour toi, toujours. Même si c’est difficile parfois à admettre. Cueille chaque jour et savoure son parfum. Même si cela ralentit le processus d’union. Ce temps est nécessaire pour équilibrer tout ton être. Au fur et à mesure que ta couronne se fait, tu décides pleinement de vivre ce mariage d’âmes. Avec un coeur pur et conscient de ses possibilités. Le héron t’apportera sa sagesse et te permettra ces prochains jours d’oser te regarder telle que tu es vraiment. La pie te permettra de garder confiance, quoi qu’il arrive. Et regarde, l’amoureux fidèle s’avance...le chien est là...Le lion et la licorne aussi. Comme l’oeillet blanc et le rouge. Ils participent à ton bouquet de mariée, à ta couronne. Et je soupçonne le lion d’être affamé, ajouta-t-elle en riant.
- Je ne savais pas les lions herbivores.
- Le genre de fleur qui le tente n’a rien d’un oeillet, crois-moi. Mais fais comme la licorne, élève ton âme et l’amour que tu éprouves et tout sera pour le mieux. C’est ainsi que le lion ne se jettera pas sur la licorne pour la dévorer, mais restera le chevalier ardent à défendre sa cause et la tienne.
Apprends la sérénité. Tout se passera pour que votre union soit parfaite.
« Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
Car voici que l’hiver est fini ;
La pluie a cessé, elle a disparu…
La vigne en fleur exhale son parfum
Lève-toi mon amie, ma belle et viens ! ...
Montre-moi ton visage,
Fais-moi entendre ta voix… »
Ces mots parvenaient à Marie qui tressait sans relâche sa couronne et une musique douce, paisible l’enveloppait, comme si désormais, tout ce qui l’angoissait jusque là s’apaisait. Elle ne savait pas encore vraiment qui elle était, mais elle acceptait que tout vienne à elle au moment opportun, sans essayer de forcer les choses ni d’attendre. Juste faire, vivre le moment présent. Et espérer. Au fond, c’est ce que faisait aussi Jakob, elle le sentait intérieurement. Lui non plus n’avait pas de prise sur ce qui s’opérait actuellement en lui, ni sur sa métamorphose. Il devait juste agir, vivre et espérer. Alors la paix descendit sur elle comme un grand manteau bleu et sur sa robe rouge, se dessinèrent en creux, des motifs de grenade, fruits de la connaissance...La couronne d’oeillets tressée finie s ‘échappa de ses mains et vint d’elle-même se poser sur sa tête, sous l’oeil ravi d’Urgande, du lion, de la licorne et des autres animaux. Et les parfums des fleurs se firent plus sauvages et capiteux comme pour applaudir à ce couronnement qui correspondait au lâcher-prise nécessaire de la jeune fille. L’anneau de feu à son doigt se mit à briller d’un éclat surnaturel, comme s’il était en fusion, mais sans pourtant lui faire le moindre mal.
Marie sourit et inclina la tête pour remercier de cet enseignement. En espérant que celui qu’aurait Jakob soit aussi doux et bénéfique que l’avait été le sien.