L'entretien
Ygresil avait acquiescé, l’oeil malicieux et laissé partir le fils aîné d’Agnella. Il espérait beaucoup de ce jeune homme. Certes, il lui faudrait un peu de temps pour s’acclimater aux us et coutumes du royaume, mais si Jakob tenait ses engagements, nul doute qu’il ferait merveille pour les bals et réunions mondaines du palais. Ses pouvoirs en matière de musique semblaient illimités.
Peut-être le comte pourrait-il aussi s’en servir contre les attaques maléfiques dont il était régulièrement l’objet ? En tout cas, l’elfe était heureux de cette nouvelle recrue qui promettait beaucoup et qui serait d’autant plus reconnaissant qu’il parviendrait à obtenir l’aide de Smiroff.
Mentalement, Ygresil convoqua sa vieille amie, la sorcière Erminie, pour l’avertir de l’arrivée imminente de Jakob.
Il lui avait donné son adresse en ville, mais le jeune homme pouvait se perdre en chemin. Le quartier où vivait la sorcière était constitué de tellement de petites rues et de maisons semblables qu’il était très facile de les confondre. Autant faire en sorte qu’elle le trouve rapidement, si lui ne la trouvait pas.
Erminie, qui était à la fois sorcière et gouvernante du château, était en train de terminer la mise en sachets de tisanes bienfaisantes dans la cuisine de sa petite maison, lorsqu’elle entendit l’appel télépathique du gardien.
- Tiens tiens...si je m’attendais à toi, vieille branche ! Que me veux-tu donc à cette heure ? J’ai pourtant donné la potion que tu m’avais commandée à l’horloger. Et je peux t’assurer que depuis, il va beaucoup mieux.
- Je n’en doutais même pas, en me fiant à tes compétences, ma chérie.
- Hummm...quand tu commences par des roucoulades de ce genre, je sais immédiatement que tu as un nouveau service à me demander et pas des moindres. Je t’écoute…
- On ne peut décidément rien te cacher. Voici en quelques mots ce qui m’amène. Je t’envoie notre futur luthier, un nouvel artisan de premier ordre pour le royaume. Qui paraît humain mais qui n’est qu’une illusion fabriquée par la magie. La bonne magie évidemment, sinon, je ne l’aurais jamais fait entrer à Kalamine, tu penses! Mais il constitue une très belle illusion. De plus c’est un être charmant, sensible et un grand musicien. Il joue du violon avec une âme pure et sa musique sait pénétrer les coeurs les plus endurcis. Un peu jeune encore et timide, mais je te charge de terminer son éducation.
Je lui ai dit que tu lui fournirais logement et atelier. Mais je ne lui ai pas expliqué que tu avais le pouvoir de faciliter ses apprentissages et son intégration ici, à ta manière...
La vieille femme se mit à rire.
- Tu veux que je finisse de le former en dormant, comme je l’ai fait pour le cordonnier, la cuisinière en chef et le tailleur ? Tu crois vraiment qu’il mérite d’entrer dans le sérail du comte ?
- Oh que oui...Tu connais mes intuitions et tu sais qu’elles me trompent rarement. De plus, ce petit vient quémander l’aide de notre maître pour aider sa famille et son territoire féérique. Tant qu’à faire, autant que cette rencontre se passe dans dans les meilleures conditions. Et puis...j’ai des projets le concernant.
La vieille sourit :
- Ygresil, mon cher, tu as l’intonation d’un vieux renard. Ne me dis pas que tu as l’intention de le présenter à…
- Tututut...Il est encore trop tôt pour cela. Chaque chose en son temps. Mais oui...je pense que le jeune Jakob a toutes les qualités requises, bien plus que ceux que Smiroff a sélectionnés. Et je suis persuadé qu’après ta formation éclair, ces qualités seront encore plus...éclatantes, si tu vois ce que je veux dire.
Erminie éclata de rire.
- Tu es décidément incorrigible ! Tu n’as jamais perdu espoir d’unir humains et êtres féériques, n’est-ce pas ?
- Tant que cela se fait naturellement, sans contrainte et sans maléfice...Et puis, n’oublie pas que j’oeuvre dans l’intérêt du royaume. Toujours.
- Je le sais. C’est bien pour cela que je te fais confiance. Kalamine te doit beaucoup. Et c’est en partie grâce à toi que le royaume reste relativement protégé des malfaisants. Allons, tu peux compter sur moi pour aider ton nouveau protégé. J’ai justement reçu quelques très belles essences, il y a quelques jours.
Je pourrais commencer à tester ses capacités de fabrication d’instruments, qu’en penses-tu?
Ensuite, je l’emmènerai en forêt, pour voir comment il se débrouille pour choisir les arbres. Au besoin, je lui donnerai quelques trucs de grand-mère.
Cela me rappellera des souvenirs de jeunesse, n’est-ce pas ?
- Ah ma douce...si seulement j’avais encore la verdeur d’antan…Je nous revois encore sous les frondaisons de ces forêts paisibles, chanter et danser main dans la main…
A cette évocation, la sorcière se troubla et d'un ton plus ému qu'elle ne l'aurait voulu, elle gourmanda l'elfe:
- Ygresil, voyons...nous n’avons plus l’âge de ces batifolages. Tout juste pouvons nous orchestrer ceux des autres...Quand ton jeune luthier sera fin prêt, je te ferai signe. Et s’il en vaut vraiment la peine, je ferai en sorte de favoriser tes projets le concernant. Et tu sais que je n’ai qu’une parole.
Pour ça, le gardien de Kalamine le savait. Aussi, il sourit largement avant de couper le contact avec sa vieille complice. Et tout ému d’avoir évoqué leurs tendres souvenirs, il ne put que fredonner avec nostalgie :
« Forêts paisibles,
Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs.
S’ils sont sensibles,
Fortune, ce n’est pas au prix de tes faveurs. »
L'entretien
Ygresil avait acquiescé, l’oeil malicieux et laissé partir le fils aîné d’Agnella. Il espérait beaucoup de ce jeune homme. Certes, il lui faudrait un peu de temps pour s’acclimater aux us et coutumes du royaume, mais si Jakob tenait ses engagements, nul doute qu’il ferait merveille pour les bals et réunions mondaines du palais. Ses pouvoirs en matière de musique semblaient illimités.
Peut-être le comte pourrait-il aussi s’en servir contre les attaques maléfiques dont il était régulièrement l’objet ? En tout cas, l’elfe était heureux de cette nouvelle recrue qui promettait beaucoup et qui serait d’autant plus reconnaissant qu’il parviendrait à obtenir l’aide de Smiroff.
Mentalement, Ygresil convoqua sa vieille amie, la sorcière Erminie, pour l’avertir de l’arrivée imminente de Jakob.
Il lui avait donné son adresse en ville, mais le jeune homme pouvait se perdre en chemin. Le quartier où vivait la sorcière était constitué de tellement de petites rues et de maisons semblables qu’il était très facile de les confondre. Autant faire en sorte qu’elle le trouve rapidement, si lui ne la trouvait pas.
Erminie, qui était à la fois sorcière et gouvernante du château, était en train de terminer la mise en sachets de tisanes bienfaisantes dans la cuisine de sa petite maison, lorsqu’elle entendit l’appel télépathique du gardien.
- Tiens tiens...si je m’attendais à toi, vieille branche ! Que me veux-tu donc à cette heure ? J’ai pourtant donné la potion que tu m’avais commandée à l’horloger. Et je peux t’assurer que depuis, il va beaucoup mieux.
- Je n’en doutais même pas, en me fiant à tes compétences, ma chérie.
- Hummm...quand tu commences par des roucoulades de ce genre, je sais immédiatement que tu as un nouveau service à me demander et pas des moindres. Je t’écoute…
- On ne peut décidément rien te cacher. Voici en quelques mots ce qui m’amène. Je t’envoie notre futur luthier, un nouvel artisan de premier ordre pour le royaume. Qui paraît humain mais qui n’est qu’une illusion fabriquée par la magie. La bonne magie évidemment, sinon, je ne l’aurais jamais fait entrer à Kalamine, tu penses! Mais il constitue une très belle illusion. De plus c’est un être charmant, sensible et un grand musicien. Il joue du violon avec une âme pure et sa musique sait pénétrer les coeurs les plus endurcis. Un peu jeune encore et timide, mais je te charge de terminer son éducation.
Je lui ai dit que tu lui fournirais logement et atelier. Mais je ne lui ai pas expliqué que tu avais le pouvoir de faciliter ses apprentissages et son intégration ici, à ta manière...
La vieille femme se mit à rire.
- Tu veux que je finisse de le former en dormant, comme je l’ai fait pour le cordonnier, la cuisinière en chef et le tailleur ? Tu crois vraiment qu’il mérite d’entrer dans le sérail du comte ?
- Oh que oui...Tu connais mes intuitions et tu sais qu’elles me trompent rarement. De plus, ce petit vient quémander l’aide de notre maître pour aider sa famille et son territoire féérique. Tant qu’à faire, autant que cette rencontre se passe dans dans les meilleures conditions. Et puis...j’ai des projets le concernant.
La vieille sourit :
- Ygresil, mon cher, tu as l’intonation d’un vieux renard. Ne me dis pas que tu as l’intention de le présenter à…
- Tututut...Il est encore trop tôt pour cela. Chaque chose en son temps. Mais oui...je pense que le jeune Jakob a toutes les qualités requises, bien plus que ceux que Smiroff a sélectionnés. Et je suis persuadé qu’après ta formation éclair, ces qualités seront encore plus...éclatantes, si tu vois ce que je veux dire.
Erminie éclata de rire.
- Tu es décidément incorrigible ! Tu n’as jamais perdu espoir d’unir humains et êtres féériques, n’est-ce pas ?
- Tant que cela se fait naturellement, sans contrainte et sans maléfice...Et puis, n’oublie pas que j’oeuvre dans l’intérêt du royaume. Toujours.
- Je le sais. C’est bien pour cela que je te fais confiance. Kalamine te doit beaucoup. Et c’est en partie grâce à toi que le royaume reste relativement protégé des malfaisants. Allons, tu peux compter sur moi pour aider ton nouveau protégé. J’ai justement reçu quelques très belles essences, il y a quelques jours.
Je pourrais commencer à tester ses capacités de fabrication d’instruments, qu’en penses-tu?
Ensuite, je l’emmènerai en forêt, pour voir comment il se débrouille pour choisir les arbres. Au besoin, je lui donnerai quelques trucs de grand-mère.
Cela me rappellera des souvenirs de jeunesse, n’est-ce pas ?
- Ah ma douce...si seulement j’avais encore la verdeur d’antan…Je nous revois encore sous les frondaisons de ces forêts paisibles, chanter et danser main dans la main…
A cette évocation, la sorcière se troubla et d'un ton plus ému qu'elle ne l'aurait voulu, elle gourmanda l'elfe:
- Ygresil, voyons...nous n’avons plus l’âge de ces batifolages. Tout juste pouvons nous orchestrer ceux des autres...Quand ton jeune luthier sera fin prêt, je te ferai signe. Et s’il en vaut vraiment la peine, je ferai en sorte de favoriser tes projets le concernant. Et tu sais que je n’ai qu’une parole.
Pour ça, le gardien de Kalamine le savait. Aussi, il sourit largement avant de couper le contact avec sa vieille complice. Et tout ému d’avoir évoqué leurs tendres souvenirs, il ne put que fredonner avec nostalgie :
« Forêts paisibles,
Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs.
S’ils sont sensibles,
Fortune, ce n’est pas au prix de tes faveurs. »