Russula subrubescens Murrill / Russule subrougissante
Déterminé par la séquence ITS (J. Landry, 2022, comm. pers.).
= Russula 'maculatior' (Y. Lamoureux nom. prov.)
YL1747 (CMMF).
Saint-Bruno-de-Montarville (Montérégie), 11 août 1992.
Habitat: au bord d’un lac, sous chênes et hêtres, sur sol limoneux.
Deux basidiomes présents.
DESCRIPTION DE LA COLLECTION NO 1747
Basidiome de taille moyenne, charnu, peu fragile. Chap. 8-10 cm de diamètre, convexe puis étalé, largement et profondément déprimé, viscidule, versicolore, jaunâtre, brunâtre, rosâtre vers le pourtour, avec des plages verdâtres ou brun vineux par endroits, ponctué de brun-jaune ici et là; marge courtement striée-tuberculeuse à maturité; cuticule se détachant de la chair sur 1/3 du rayon. Lames adnées, serrées, un peu ventrues, assez larges, cassantes, fortement tachées de jaune brunâtre sur fond blanchâtre, puis de brun sur fond jaune à maturité; lamellules et fourches absentes. Pied 5-6 x 1,7-2 cm, égal ou un peu ventru, farci, glabre, taché de jaune-brun sur fond blanc, sans teinte rose. Chair cassante, blanche, brun-jaune au contact des asticots. Saveur très âcre. Odeur faible, non caractéristique. Sporée jaune orangé (G, 4a-c).
Cuticule piléique sans hyphes incrustées, comportant d’abondantes cystides noircissant fortement dans la sulfovanilline. Spores courtement ellipsoïdes, 8,5-10,5 x 7,8-9,5 µm, ornées d’épines d’en moyenne 1 µm de hauteur, isolées ou rarement soudées-caténulées.
Réaction banale au sulfate ferreux (lentement saumonée).
REMARQUES
Cette collection a été faite au lendemain d’une forte pluie, sur les rives du lac du Moulin (mont Saint-Bruno). Sur cette photo, le basidiome montrant les lames avait un chapeau teinté des mêmes couleurs que son voisin, en un peu plus foncé. Puisque ma collection ne comprend que deux exemplaires, et que je n’ai jamais retrouvé cette espèce, je ne peux décrire la couleur initiale du chapeau avec précision. Toutefois, cette russule possède suffisamment de caractères distinctifs pour être reconnue. Mon but en la présentant ici est justement d’encourager la comparaison avec d’éventuelles récoltes, ce qui permettrait de mieux connaître sa variabilité.
En 1992, j’ai choisi le nom «Russula adulterina (Fr.) Peck» pour désigner ma collection, parvenant sans hésitation à ce taxon européen dans la clé de Kibby & Fatto (1990). Ces auteurs suivent le concept de Shaffer (1970) qui re-décrit l’espèce friesienne s’appuyant sur des récoltes américaines en suivant le concept de Girard et Heinemann (1951). À la fin de sa description, Shaffer (op. cit.) débute tout de même ses remarques avec la phrase suivante : “The name «Russula adulterina» have been used in several senses”. Malheureusement, Sarnari (1998), dans sa description de Russula adulterina, cite «R. adulterina Fr. ss. Shaffer 1970» dans sa liste des «Esclusi», c’est-à-dire des taxons exclus car ils ne correspondent pas au concept moderne de l’espèce. D’ailleurs, la description de Shaffer est tellement longue et détaillée qu’elle semble s’appliquer à une espèce très variable, voire à un mélange d’espèces. Pour cette raison, il est très difficile de se faire une idée précise de son propre concept de l’espèce américaine.
En accord avec les mycologues européens, Sarnari (op. cit.) fixe le concept de cette espèce friesienne, photos à l’appui. Il s’agit d’une entité des conifères, à chapeau versicolore, foncé, dans les tons de brun-violet-verdâtre, à odeur fruitée ou de géranium, et ne brunissant pas avec l’âge. Aucun de ces caractères ne correspondent à ma collection. De plus, dans Sarnari (op. cit.), les taches brun-jaune de mes basidiomes rangent ma collection dans la série Maculata (sous-genre Russula, sous-section Urentes), et non dans la série Adulterina, qui comprend des espèces immuables et liées aux conifères. Je me permets de rappeler que la sous-section Urentes, parfois également nommée «Urentinae», regroupe des espèces âcres, à sporée ocre foncé à jaune vif, et à pilocystides présentes.
Compte tenu des arguments discutés ci-dessus, j’abandonne le taxon de Shaffer, difficile à interpréter et ne correspondant pas au concept moderne de l’espèce, et je nomme provisoirement ma collection «Russula maculatior». Cette espèce se distingue des autres russules de la série Maculata par ses spores à épines isolées de 1 µm de hauteur, sans connexifs, ni crêtes ni réticulum. Les autres espèces de la Série possèdent tous des spores soit connexées-crêtées, soit plus ou moins réticulées.
Dans le sud du Québec, la seule espèce commune de la série Maculata est R. betuletorum (décrite et illustrée dans FlickR). Celle-ci vient en montagne, près des bouleaux, et est surtout localisée dans les Laurentides, région de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, et dans la zone limitrophe de Lanaudière. R. betuletorum diffère de R. maculatior par son chapeau de couleur plus vive, d’un mélange de jaune, d’orangé et de rouge, et par ses petites spores à petites verrues connexées-subréticulées, ne dépassant pas 0,5 µm de hauteur.
Enfin, il ne faudrait pas confondre Russula maculatior avec les espèces de la sous-section Xerampelinae, à saveur douce, qui brunissent au toucher et dégagent une étrange odeur rappelant les crustacés. Celles-ci ont un pied qui devient verdâtre au contact du sulfate ferreux.
RÉFÉRENCES :
BURLINGHAM, G. S., 1915. «Russula». North Amer. Flora, 9: 201-236.
FATTO, R. M., 2002. «Some Russula of the subsection Urentinae». Mycotaxon, 84: 229-244.
GIRARD, R. & P. HEINEMANN, 1951. «Russula adulterina Fries sensu Melzer et Zvára. Ceské Holubinski, p. 114, 1927». Bull. Soc. Mycol. France, 67: Atlas, pl. 98.
KIBBY, G. & R. FATTO, 1990. «Keys to the species of Russula in northeastern North America». Kibby-Fatto Enterprises, Somerville.
KNUDSEN, R. & J. VESTERHOLT (Éd.), 2008. «Funga nordica. Agaricoid, boletoid and cyphelloid genera». Nordswamp, Copenhagen, 966 p.
SARNARI, M., 1998. «Monographia illustrata del genere Russula in Europa». Tomo Primo. Associazione Mycologici Bresadola, Trento.
SHAFFER, R. L., 1970. «Notes on subsection Crassotunicatinae of and other species of Russula». Lloydia, 33: 49-96.
Révisé par Louise Rocheleau.
YL
Russula subrubescens Murrill / Russule subrougissante
Déterminé par la séquence ITS (J. Landry, 2022, comm. pers.).
= Russula 'maculatior' (Y. Lamoureux nom. prov.)
YL1747 (CMMF).
Saint-Bruno-de-Montarville (Montérégie), 11 août 1992.
Habitat: au bord d’un lac, sous chênes et hêtres, sur sol limoneux.
Deux basidiomes présents.
DESCRIPTION DE LA COLLECTION NO 1747
Basidiome de taille moyenne, charnu, peu fragile. Chap. 8-10 cm de diamètre, convexe puis étalé, largement et profondément déprimé, viscidule, versicolore, jaunâtre, brunâtre, rosâtre vers le pourtour, avec des plages verdâtres ou brun vineux par endroits, ponctué de brun-jaune ici et là; marge courtement striée-tuberculeuse à maturité; cuticule se détachant de la chair sur 1/3 du rayon. Lames adnées, serrées, un peu ventrues, assez larges, cassantes, fortement tachées de jaune brunâtre sur fond blanchâtre, puis de brun sur fond jaune à maturité; lamellules et fourches absentes. Pied 5-6 x 1,7-2 cm, égal ou un peu ventru, farci, glabre, taché de jaune-brun sur fond blanc, sans teinte rose. Chair cassante, blanche, brun-jaune au contact des asticots. Saveur très âcre. Odeur faible, non caractéristique. Sporée jaune orangé (G, 4a-c).
Cuticule piléique sans hyphes incrustées, comportant d’abondantes cystides noircissant fortement dans la sulfovanilline. Spores courtement ellipsoïdes, 8,5-10,5 x 7,8-9,5 µm, ornées d’épines d’en moyenne 1 µm de hauteur, isolées ou rarement soudées-caténulées.
Réaction banale au sulfate ferreux (lentement saumonée).
REMARQUES
Cette collection a été faite au lendemain d’une forte pluie, sur les rives du lac du Moulin (mont Saint-Bruno). Sur cette photo, le basidiome montrant les lames avait un chapeau teinté des mêmes couleurs que son voisin, en un peu plus foncé. Puisque ma collection ne comprend que deux exemplaires, et que je n’ai jamais retrouvé cette espèce, je ne peux décrire la couleur initiale du chapeau avec précision. Toutefois, cette russule possède suffisamment de caractères distinctifs pour être reconnue. Mon but en la présentant ici est justement d’encourager la comparaison avec d’éventuelles récoltes, ce qui permettrait de mieux connaître sa variabilité.
En 1992, j’ai choisi le nom «Russula adulterina (Fr.) Peck» pour désigner ma collection, parvenant sans hésitation à ce taxon européen dans la clé de Kibby & Fatto (1990). Ces auteurs suivent le concept de Shaffer (1970) qui re-décrit l’espèce friesienne s’appuyant sur des récoltes américaines en suivant le concept de Girard et Heinemann (1951). À la fin de sa description, Shaffer (op. cit.) débute tout de même ses remarques avec la phrase suivante : “The name «Russula adulterina» have been used in several senses”. Malheureusement, Sarnari (1998), dans sa description de Russula adulterina, cite «R. adulterina Fr. ss. Shaffer 1970» dans sa liste des «Esclusi», c’est-à-dire des taxons exclus car ils ne correspondent pas au concept moderne de l’espèce. D’ailleurs, la description de Shaffer est tellement longue et détaillée qu’elle semble s’appliquer à une espèce très variable, voire à un mélange d’espèces. Pour cette raison, il est très difficile de se faire une idée précise de son propre concept de l’espèce américaine.
En accord avec les mycologues européens, Sarnari (op. cit.) fixe le concept de cette espèce friesienne, photos à l’appui. Il s’agit d’une entité des conifères, à chapeau versicolore, foncé, dans les tons de brun-violet-verdâtre, à odeur fruitée ou de géranium, et ne brunissant pas avec l’âge. Aucun de ces caractères ne correspondent à ma collection. De plus, dans Sarnari (op. cit.), les taches brun-jaune de mes basidiomes rangent ma collection dans la série Maculata (sous-genre Russula, sous-section Urentes), et non dans la série Adulterina, qui comprend des espèces immuables et liées aux conifères. Je me permets de rappeler que la sous-section Urentes, parfois également nommée «Urentinae», regroupe des espèces âcres, à sporée ocre foncé à jaune vif, et à pilocystides présentes.
Compte tenu des arguments discutés ci-dessus, j’abandonne le taxon de Shaffer, difficile à interpréter et ne correspondant pas au concept moderne de l’espèce, et je nomme provisoirement ma collection «Russula maculatior». Cette espèce se distingue des autres russules de la série Maculata par ses spores à épines isolées de 1 µm de hauteur, sans connexifs, ni crêtes ni réticulum. Les autres espèces de la Série possèdent tous des spores soit connexées-crêtées, soit plus ou moins réticulées.
Dans le sud du Québec, la seule espèce commune de la série Maculata est R. betuletorum (décrite et illustrée dans FlickR). Celle-ci vient en montagne, près des bouleaux, et est surtout localisée dans les Laurentides, région de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, et dans la zone limitrophe de Lanaudière. R. betuletorum diffère de R. maculatior par son chapeau de couleur plus vive, d’un mélange de jaune, d’orangé et de rouge, et par ses petites spores à petites verrues connexées-subréticulées, ne dépassant pas 0,5 µm de hauteur.
Enfin, il ne faudrait pas confondre Russula maculatior avec les espèces de la sous-section Xerampelinae, à saveur douce, qui brunissent au toucher et dégagent une étrange odeur rappelant les crustacés. Celles-ci ont un pied qui devient verdâtre au contact du sulfate ferreux.
RÉFÉRENCES :
BURLINGHAM, G. S., 1915. «Russula». North Amer. Flora, 9: 201-236.
FATTO, R. M., 2002. «Some Russula of the subsection Urentinae». Mycotaxon, 84: 229-244.
GIRARD, R. & P. HEINEMANN, 1951. «Russula adulterina Fries sensu Melzer et Zvára. Ceské Holubinski, p. 114, 1927». Bull. Soc. Mycol. France, 67: Atlas, pl. 98.
KIBBY, G. & R. FATTO, 1990. «Keys to the species of Russula in northeastern North America». Kibby-Fatto Enterprises, Somerville.
KNUDSEN, R. & J. VESTERHOLT (Éd.), 2008. «Funga nordica. Agaricoid, boletoid and cyphelloid genera». Nordswamp, Copenhagen, 966 p.
SARNARI, M., 1998. «Monographia illustrata del genere Russula in Europa». Tomo Primo. Associazione Mycologici Bresadola, Trento.
SHAFFER, R. L., 1970. «Notes on subsection Crassotunicatinae of and other species of Russula». Lloydia, 33: 49-96.
Révisé par Louise Rocheleau.
YL