Tricholoma grave Peck (A) / Tricholome lourdaud
YL2586, photo a (CMMF).
Récolté le 11 septembre 1995, à Sainte-Julienne (Lanaudière), par Franco Benetti (CMM), «à la base d’un gros chêne rouge, avec des hêtres et des pins blancs à proximité».
DIAGNOSE
Très gros tricholome à odeur d’abord fruitée, vite nauséabonde, et à pied distinctement radicant. Lames beige rosé à saumon, plus ternes avec l’âge. Sporée blanchâtre. Apparemment lié au chêne rouge.
APARTÉ
Notez d’abord qu’aucun des basidiomes des deux photos de la récolte YL2586 n’étaient à son maximum de fraîcheur. On aurait dit qu’il ventait fort lors de la cueillette. Le récolteur, Monsieur Franco Benetti, a apporté ces champignons pour l’exposition annuelle du Cercle des mycologues de Montréal (CMM). Cela s’est produit deux années consécutives, en 1995 et 1996. M. Benetti m’a affirmé qu’il avait eu besoin d’une truelle pour récolter chacun des champignons, à chaque année. Il a ajouté que les pieds pénétraient la terre d’une longueur d’au moins 5 cm et que le sol était si compact que cela rendait la récolte très difficile. De plus, toujours selon le récolteur, les pieds des champignons poussaient en près des chênes.
Voyez ci-dessous la photo des basidiomes plus jeunes de la même récolte.
DESCRIPTION
(FONDÉE SUR MES RÉCOLTES ET LES BASIDIOMES VUS EN FORÊT AU FIL DES ANS, DE 1995 À 2015, TOUJOURS DANS LA MÊME STATION)
MACROSCOPIE
CHAPEAU pouvant atteindre 23 cm de diamètre à maturité, orné de fibrilles innées, parfois guttulé, puis méchuleux avec l’âge vers le pourtour, beige jaunâtre à rougeâtre, se tachant parfois de saumon au froissement, à marge canescente dans le tout jeune âge (comme chez certains Clitocybe).
LAMES épaisses, espacées, très larges à maturité, saumonées puis beige rosé à brunâtres, beigeasses à maturité.
SPORÉE blanchâtre (B).
PIED atteignant 25 x 7 cm, radicant, parfois étranglé dans la zone apicale, solide, plein, à revêtement fibrilleux-squamuleux, blanchâtre, brunissant lentement en séchant ou à la meurtrissure.
CHAIR blanchâtre, ferme, fibreuse, brunissant dans les trous d'asticots.
ODEUR fruitée chez les tout jeunes dans les lames, vite nauséeuse et rappelant la viande avariée.
SAVEUR désagréable, ni âcre ni amère, mais allant de pair avec l’odeur.
MICROSCOPIE
SPORES 7,2-9,5 x 4,8-5,7 µm, ellipsoïdes, hyalines, lisses, inamyloïdes, non dextrinoïdes.
BASIDES tétrasporées, d’environ 40-45 µm de longueur.
TRAME LAMELLAIRE parallèle.
CYSTIDES non vues. (Éparses, de formes variables, illustrées par Jacqueline Labrecque ci-dessous.)
CUTICULE PILÉIQUE terminée par des hyphes étroites, incrustées, non bouclées.
NOTES
Peck (1890) a décrit Tricholoma grave à partir d'une récolte de l’État de New York. La description princeps est courte, mais on y trouve les caractères importants: «Chapeau de 20 cm, lames espacées devenant saumonées ou beige, pied radicant (“penetrating the soil deeply”)». Selon Murrill (1914), T. grave serait distribué dans le Nord-Est américain, dans les bois de pins et de chênes.
Deux ans après la publication de la diagnose de Peck de T. grave, Peck et Banning ont décrit Tricholoma magnum (1892 in Murrill, 1914). Ce dernier est semblable à T. grave (grande taille, lames “white then pale-salmon or cream-colored”), mais les auteurs disent du type “spores not present”. Alors ce taxon devrait être considéré comme un nomen dubium. De toute manière, T. grave serait prioritaire avant cette apparente synonymie.
Je n’ai trouvé aucune autre mention de Tricholoma grave dans ma bibliothèque mycologique qui n’était autre qu'une transcription de la description originale de Peck.
Le nom français dans le Cardex de Mycoquébec est «Tricholome lourd», car «grave» en latin peut se traduire par lourd, pesant. Mais il peut aussi signifier «à odeur forte». Comme Tricholoma grave est pesant et qu’il pue, le nom latin lui convient parfaitement!
Des études génétiques seraient très utiles pour mieux connaître la classification de T. grave, ne serait-ce que pour vérifier qu’il s’agit vraiment d’un Tricholoma. Pour l’instant, nul doute que ce genre l’accommode bien. Mais l’avenir nous réservera peut-être des surprises: T. grave pourrait se retrouver classé dans un autre genre, voire dans un nouveau genre.
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RÉFÉRENCES
BON, M., 1991. Flore mycologique d'Europe. 2. Les tricholomes et ressemblants. Tricholomataceae (Fayod) Heim — 1re partie. Doc. Mycol., Mémoire hors série no 2. Association d'écologie et mycologie, Lille, 163 p.
KNUDSEN, R. & J. VESTERHOLT (Éd.), 2008. Funga nordica. Agaricoid, boletoid and cyphelloid genera. Nordswamp, Copenhagen, 966 p.
MURRILL, W. A., 1914. Melanoleuca (Tricholoma). North Amer. Flora, 10: 3-32.
OVREBO, C. L., 1980. A taxonomic study of the genus Tricholoma (Agaricales) in the Great Lakes region. Ph. D. Thesis, Univ. of Toronto, 308 p. Non publié.
PECK, C. H., 1890. Annual report of the state botanist. (Tricholoma). Rep. New York State Mus., 44: 40-61.
RIVA, A., 1984. Tricholoma (Fr.) Staude. Fungi Europaei 3, Candusso, Stampato, 618 p. REMERCIEMENTS
Je profite ici de l’occasion pour remercier ma Douce, Louise Rocheleau, qui a récemment relu la plupart de mes textes descriptifs placés sous mes photos avant 2015. Je suis également redevable à Franco Benetti qui m’a fait connaître cette espèce ainsi que le bois où il pousse dans Lanaudière.
YL
Tricholoma grave Peck (A) / Tricholome lourdaud
YL2586, photo a (CMMF).
Récolté le 11 septembre 1995, à Sainte-Julienne (Lanaudière), par Franco Benetti (CMM), «à la base d’un gros chêne rouge, avec des hêtres et des pins blancs à proximité».
DIAGNOSE
Très gros tricholome à odeur d’abord fruitée, vite nauséabonde, et à pied distinctement radicant. Lames beige rosé à saumon, plus ternes avec l’âge. Sporée blanchâtre. Apparemment lié au chêne rouge.
APARTÉ
Notez d’abord qu’aucun des basidiomes des deux photos de la récolte YL2586 n’étaient à son maximum de fraîcheur. On aurait dit qu’il ventait fort lors de la cueillette. Le récolteur, Monsieur Franco Benetti, a apporté ces champignons pour l’exposition annuelle du Cercle des mycologues de Montréal (CMM). Cela s’est produit deux années consécutives, en 1995 et 1996. M. Benetti m’a affirmé qu’il avait eu besoin d’une truelle pour récolter chacun des champignons, à chaque année. Il a ajouté que les pieds pénétraient la terre d’une longueur d’au moins 5 cm et que le sol était si compact que cela rendait la récolte très difficile. De plus, toujours selon le récolteur, les pieds des champignons poussaient en près des chênes.
Voyez ci-dessous la photo des basidiomes plus jeunes de la même récolte.
DESCRIPTION
(FONDÉE SUR MES RÉCOLTES ET LES BASIDIOMES VUS EN FORÊT AU FIL DES ANS, DE 1995 À 2015, TOUJOURS DANS LA MÊME STATION)
MACROSCOPIE
CHAPEAU pouvant atteindre 23 cm de diamètre à maturité, orné de fibrilles innées, parfois guttulé, puis méchuleux avec l’âge vers le pourtour, beige jaunâtre à rougeâtre, se tachant parfois de saumon au froissement, à marge canescente dans le tout jeune âge (comme chez certains Clitocybe).
LAMES épaisses, espacées, très larges à maturité, saumonées puis beige rosé à brunâtres, beigeasses à maturité.
SPORÉE blanchâtre (B).
PIED atteignant 25 x 7 cm, radicant, parfois étranglé dans la zone apicale, solide, plein, à revêtement fibrilleux-squamuleux, blanchâtre, brunissant lentement en séchant ou à la meurtrissure.
CHAIR blanchâtre, ferme, fibreuse, brunissant dans les trous d'asticots.
ODEUR fruitée chez les tout jeunes dans les lames, vite nauséeuse et rappelant la viande avariée.
SAVEUR désagréable, ni âcre ni amère, mais allant de pair avec l’odeur.
MICROSCOPIE
SPORES 7,2-9,5 x 4,8-5,7 µm, ellipsoïdes, hyalines, lisses, inamyloïdes, non dextrinoïdes.
BASIDES tétrasporées, d’environ 40-45 µm de longueur.
TRAME LAMELLAIRE parallèle.
CYSTIDES non vues. (Éparses, de formes variables, illustrées par Jacqueline Labrecque ci-dessous.)
CUTICULE PILÉIQUE terminée par des hyphes étroites, incrustées, non bouclées.
NOTES
Peck (1890) a décrit Tricholoma grave à partir d'une récolte de l’État de New York. La description princeps est courte, mais on y trouve les caractères importants: «Chapeau de 20 cm, lames espacées devenant saumonées ou beige, pied radicant (“penetrating the soil deeply”)». Selon Murrill (1914), T. grave serait distribué dans le Nord-Est américain, dans les bois de pins et de chênes.
Deux ans après la publication de la diagnose de Peck de T. grave, Peck et Banning ont décrit Tricholoma magnum (1892 in Murrill, 1914). Ce dernier est semblable à T. grave (grande taille, lames “white then pale-salmon or cream-colored”), mais les auteurs disent du type “spores not present”. Alors ce taxon devrait être considéré comme un nomen dubium. De toute manière, T. grave serait prioritaire avant cette apparente synonymie.
Je n’ai trouvé aucune autre mention de Tricholoma grave dans ma bibliothèque mycologique qui n’était autre qu'une transcription de la description originale de Peck.
Le nom français dans le Cardex de Mycoquébec est «Tricholome lourd», car «grave» en latin peut se traduire par lourd, pesant. Mais il peut aussi signifier «à odeur forte». Comme Tricholoma grave est pesant et qu’il pue, le nom latin lui convient parfaitement!
Des études génétiques seraient très utiles pour mieux connaître la classification de T. grave, ne serait-ce que pour vérifier qu’il s’agit vraiment d’un Tricholoma. Pour l’instant, nul doute que ce genre l’accommode bien. Mais l’avenir nous réservera peut-être des surprises: T. grave pourrait se retrouver classé dans un autre genre, voire dans un nouveau genre.
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RÉFÉRENCES
BON, M., 1991. Flore mycologique d'Europe. 2. Les tricholomes et ressemblants. Tricholomataceae (Fayod) Heim — 1re partie. Doc. Mycol., Mémoire hors série no 2. Association d'écologie et mycologie, Lille, 163 p.
KNUDSEN, R. & J. VESTERHOLT (Éd.), 2008. Funga nordica. Agaricoid, boletoid and cyphelloid genera. Nordswamp, Copenhagen, 966 p.
MURRILL, W. A., 1914. Melanoleuca (Tricholoma). North Amer. Flora, 10: 3-32.
OVREBO, C. L., 1980. A taxonomic study of the genus Tricholoma (Agaricales) in the Great Lakes region. Ph. D. Thesis, Univ. of Toronto, 308 p. Non publié.
PECK, C. H., 1890. Annual report of the state botanist. (Tricholoma). Rep. New York State Mus., 44: 40-61.
RIVA, A., 1984. Tricholoma (Fr.) Staude. Fungi Europaei 3, Candusso, Stampato, 618 p. REMERCIEMENTS
Je profite ici de l’occasion pour remercier ma Douce, Louise Rocheleau, qui a récemment relu la plupart de mes textes descriptifs placés sous mes photos avant 2015. Je suis également redevable à Franco Benetti qui m’a fait connaître cette espèce ainsi que le bois où il pousse dans Lanaudière.
YL