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Cortinarius vernalidistinctus / Cortinaire printanier

= Phlegmacium vernalidistinctum Bojantchev et al. 2023

= Cortinarius aff. subolivascens

= Cortinarius IUMQ487

= Cortinarius inopinatus Y. Lamoureux nom. prov.

 

Selon la séquence ITS, il est près de C. subolivascens A. H. Sm. (Jacques Landry, Mycoquébec).

Il s'agit vraisemblablement d'une espèce non décrite.

 

YL3601 (CMMF).

Chertsey (Lanaudière), 16 juin 2002.

Habitat: à l’orée d’un sapinière à bouleau, avec pruche.

Cueilli sous la pluie par Jean Després, deux semaines après une chute de neige de 10 cm. Basidiomes imbus et trempés, y compris les pieds.

Ceux-ci ont passé deux jours au réfrigérateur avant d’être étudiés.

 

Spores amydaliformes-citriformes, fortement verruqueuses, 8,5-10,5 x 5-5,5 µm (prélevées sur le pied d’un basidiome mature).

 

KOH 10 % sur chapeau trempé et sur chair gorgée: rose à rougeâtre (typique des Calochroi ss. stricto); réaction probablement moins forte à cause de froid et du haut degré d’imbibition.

 

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TEXTE ORIGINAL (août 2009, première identification à la date de récolte)

 

Inopiné, en effet… jugez-en par vous-même: le 16 juin 2002, Jean Després arpentait une forêt dans la région de Chertsey. Il était tombé 10 cm de neige à cet endroit deux semaines auparavant selon Jean, de quoi faire quelques trouvailles inattendues. À l’orée d'un bois mêlé de bouleaux, de pruches et de sapins, Jean trouve d’abord un beau Gyromitre bien frais. Un peu tardif, celui-là, mais la récente bordée de neige pouvait expliquer sa présence.

 

Mais, surprise, il trouve aussi, sous une grosse pruche… un Cortinaire! Plusieurs exemplaires en fait, et en bon état quoiqu’imbus. Excité par cette découverte, il en cueille immédiatement quelques-uns pour me les apporter.

 

Après quelques vérifications, il semble bien que la présence de ce «gros» Cortinaire printanier constitue une première mention pour l’est du Canada. Il existe des Telamonia printaniers (p. ex. C. vernus), et des espèces de Dermocybe du complexe-croceus qui peuvent pousser à la fin de mai ou en juin, mais il s’agit toujours de «petites» espèces. À ma connaissance, sa venue au printemps et son amertume le rendent unique à elles seules.

 

Cette espèce fait partie du groupe des Cortinaires visqueux, à pied sec, souvent terminé par un bulbe plus ou moins marginé (sous-genre Phlegmacium). Les lames, violacées dans le jeune âge, serrées et plutôt larges, aident à le caractériser. (Plusieurs sections sont possibles, la réaction rose-rouge à la potasse nous dirige vers les Calochroi).

 

De taille moyenne, plutôt trapu comme de nombreux Phlegmacium, le chapeau est grisâtre-violacé au début, visqueux, guttulé et orné de courtes stries aqueuses surtout vers le pourtour. Ce dernier vire au jaune puis au brunâtre avec l’âge. À la dessiccation, il prend une teinte vert olive.

 

Le pied est non visqueux, fibrilleux, pâle, teinté de jaune ou de violet par endroits. La chair est blanche et devient rosée au contact de la potasse. Ce cortinaire a une légère odeur de pâtisserie rance et possède une saveur nettement amère: ma Douce a comparé son goût à celui des élastiques!

 

En Europe, une seule espèce de Cortinaire bulbeux est connue pour pousser au printemps, Cortinarius inexpectatus (le Cortinaire inattendu). Mais notre Cortinaire inopiné, par son amertume et la couleur de son chapeau, est de toute évidence une espèce distincte de son cousin européen.

 

La prochaine fois qu’il neigera en juin, ne vous plaignez pas trop, cela pourrait vous apporter de belles surprises!

 

PS: Dans la photo, les lames paraissent fourchues; elles ne le sont pas! Elles sont plutôt collapsées à cause de la forte pluie dont les gouttes ont «rebondi» sous les chapeaux de manière à coller les lames les unes contre les autres, tout en mouillant les pieds. C’est un phénomène fréquent par temps pluvieux. Cela trompe souvent les mycologues non avertis qui «imaginent» alors des fourches dans les lames, même avec les basidiomes en mains.

 

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ADDENDUM, 25 JUILLET 2018

 

Le nom qui conviendrait le mieux à cette récolte, selon l’étude phylogénétique des cortinaires du Québec dirigée par Jacques Landry, serait «Cortinarius (aff.) subolivascens A. H. Sm.». Je ne connaissais simplement pas le taxon de Smith, bien «caché» dans un article très peu récent (Smith, 1944). Cette entité (ou une espèce cryptique) vient d’être signalée pour la première fois dans l’Est américain grâce à la génétique.

 

En lisant le texte ci-haut, on comprend que notre espèce est un Phlegmacium de la section Calochroi s. l., plus précisément de la section Glaucopodes dans CFP. Smith (1944) dit de son espèce qu’elle est proche de C. glaucopus. Le type de C. subolivascens, décrit de l’Ouest américain, a été aussi été récolté au printemps, caractère exceptionnel pour un Phlegmacium. Notre espèce est donc certainement endémique de l’Amérique.

 

La question demeure à savoir si l’espèce de l’Est diffère de celle de l’Ouest, décrite de l’État de Washington, d’autant plus que le type est également printanier et a été trouvé sous conifères, tout comme notre récolte. Les séquences ITS suggèrent qu'il s'agisse de deux espèces proches. Les caractères particuliers de ce cortinaire pourraient la classer dans une section différente des Calochroi. Il semble aussi proche des Caerulescentes par sa saveur amère.

 

Malheureusement, à la cueillette, Smith n’a pas noté la saveur. Et il a décrit l’odeur nulle. Cela dit, c’était en 1944, alors que Smith n’était pas «très expérimenté». Son travail était pourtant d'une grande qualité, surtout en comparaison avec ce qui se faisait ailleurs en Amérique à la même époque. Alors c’est même étrange pour moi de réaliser qu’Alexander H. Smith a déjà été un «débutant», comme s’il n’était pas «tombé dans la marmite fongique» à sa naissance!

 

Smith (1944) indiquent des spores de 9-11 x 5-6 µm pour le type de C. subolivascens, ce qui correspond bien à ma récolte (8,5-10,5 x 5-5,5 µm).

 

En Europe, il existe aussi un C. dibaphus, rappelant notre espèce par son amertume et ses couleurs (CFP, planche C26). Cette entité diffère de la nôtre entre autres par l’absence de guttules piléiques et par ses spores plus larges, de 5,5-6,5 (-7) µm selon Brandrud et al. (CFP) et Soop (2017). Il n’est pas connu pour pousser au printemps.

 

La même espèce que celle présentée ici aurait aussi été trouvée par Renée Lebeuf à Ste-Anne-de-Bellevue, selon l'étude phylogénétique de Jacques (HRL378 et HRL1088).

 

Une photo de basidiomes très semblables aux nôtres peut être vue à cette adresse:

mushroomobserver.org/observer/show_observation/156031

Celle-ci a été faite en Californie par Christian Schwarz, le 27 mai 2012. Vous pourrez voir d’autres photos de l’espèce, tout faites au printemps dans l’Ouest, sur mushroomobserver.org.

 

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OUVRAGES CONSULTÉS

 

BRANDRUD, T. E., H. LINDSTRÖM, H. MARKLUND, J. MELOT & S. MUSKOS, 1990-2012. «Cortinarius, flora photographica (version française), parties 1-5.» Publié par les auteurs.

 

CONSIGLIO, G., D. ANTONINI & M. ANTONINI , 2003-12. «Il genere Cortinarius in Italia, Parte 1-6.» A. M. B., Trento.

 

KAUFFMAN, C. H., 1932. «Cortinarius.» North Amer. Flora, 10: 282-348.

 

J. Landry, Y. Lamoureux, R. Lebeuf, A. Paul, H. Lambert et R. Labbé (2021). "Répertoire des cortinaires du Québec". Mycoquébec. org., Québec, 552 p.

 

SMITH, A. H., 1944. «New and interesting Cortinarii from North America.» Lloydia, 7: 163-235.

 

SOOP, K., 2017 (15e Éd.). «Cortinarius in Sweden.» Scientrix, Mora, 112 p.

 

YL

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Uploaded on March 9, 2009
Taken on July 25, 2018