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Cortinarius subrimosus A.H. Sm. & Hesler (A) / Cortinaire rimuleux

Un autre taxon fantôme ressuscité à l'aide de l'ITS!

 

YL3507 (CMMF).

Contrecoeur (Montérégie), 13 septembre 2000.

Habitat: sur sol sablonneux, dans une vieille forêt de chênes rouges, avec quelques pins blancs isolés.

 

J’ai découvert ce cortinaire très bien caractérisé pour la première fois en 1999. Cette année-là, les basidiomes étaient tous vieux, mais je savais tout de même que sa couleur blanc argenté et sa forte odeur de poire acidulée en faisaient une espèce "bien spéciale". Mais comme il n’y avait pas de jeune sur place, une étude critique était impossible, ne pouvant pas observer certains caractères importants comme la couleur des lames avant sporulation. Mon enthousiasme m’a donc encouragé à marquer l’endroit et à attendre une autre année pour l’étudier.

 

En 2000, je me suis rendu sur le site quelques jours plus tôt et j’ai eu la chance de faire la récolte illustrée ci-dessus. Il y avait des exemplaires à tous les stades de développement, ce qui est absolument nécessaire quand c’est le temps d’identifier une espèce que l’on ne connaît pas, et qui en plus s’avère être une entité apparemment non décrite.

 

J’ai alors pu voir que les lames des jeunes étaient brunes et faisaient contraste avec la couleur du chapeau, du pied, du voile général et de la cortine. De plus, certains basidiomes étaient imbus, ce qui m'a permis d’observer une certaine hygrophanéité, le chapeau devenant alors brun et la chair, marbrée de brun.

 

Les cortinaires du sous-genre Telamonia, trapus et peu hygrophanes comme celui-ci, peuvent être qualifiées de "subhygrophane", car le chapeau n’est jamais complètement translucide. On ne peut donc jamais y voir les lames par transparence (p. ex. Cortinarius traganus, C. armillatus, etc.).

 

Enfin, le gros bulbe marginé s’ajoute aux autres caractéristiques bien distinctives de cette espèce.

 

DESCRIPTION

Chap. atteignant 4-9 cm de diamètre, blanc à argenté, chatoyant, parfois brun par imbibition lorsqu’imbu (subhygrophane), fibrilleux, non visqueux.

Chair épaisse, ferme, blanchâtre, marbré de brun à entièrement brune lorsqu’imbue, surtout dans le haut du pied.

Lames plutôt serrées et étroites, adnexées puis sinuées, brunes puis brun rouillé par les spores, érodées et plus pâles à l’arête, interveinées.

Odeur forte dans les lames des basidiomes approchant la maturité, très agréable, fruitée, rappelant les poires non mûres (un peu acidulée), semblable à celle de C. traganus et de C. venustus.

Sporée brun rouille.

Pied atteignant 4-5 x 1-2,5 cm, ferme, blanc argenté, brun lorsque froissement fortement, terminé par un gros bulbe marginé pouvant atteindre 4,5 cm de largeur.

Voile général copieux, blanc argenté. Cortine concolore.

Le basidiome tout entier peut se tacher se brun au toucher lorsqu’imbu.

Sp. ovoïdes-lacrymoïdes, moyennement verruqueuses, 8-9 x 4,5-5 µm.

KOH 10 %: réaction grisâtre sur tous les tissus.

 

Nous avons la chance que cette espèce s’ajoute aux rares cortinaires faciles à reconnaître à l’oeil nu. Avec de tels caractères distinctifs, le fait que je n’ai trouvé aucun nom à mettre sur cette espèce suggère fortement qu’il s’agisse d’une espèce non décrite.

 

Alors j’ai décidé de lui assigner un nom provisoire en attendant qu’elle soit soumise à des études génétiques pour mieux connaître les espèces affines. André Jean a eu la gentillesse de me suggérer le nom latin «pyriolens» (à odeur de poire), ainsi que d’y attribuer un joli nom français.

 

YL

 

ADDENDUM

 

Grâce à l’obtention d’autres récoltes provenant de différentes stations au Québec, ce cortinaire est maintenant mieux connu. Ces récoltes ont toutes été faites sous le chêne rouge, autant dans la région de Montréal, de Sorel (Montérégie) que de Montebello (Outaouais).

 

Ce que nous avons appris est que les basidiomes de ce cortinaire peuvent rarement être teintés de violet par endroits: à la marge du chapeau, sur le voile général, dans les lames, dans le haut du pied ainsi que dans la chair.

 

Une étude génétique d’une des récoltes provenant du Québec en vue de la comparer avec le type d’une espèce européenne, Phlegmacium scaurotraganoides Rob. Henry. On sait maintenant qu'il s'agit plutôt de C. subrimosus A. H. Sm.

 

 

MERCI À:

 

- André Paul, Renée Lebeuf, Christiane Corbeil et Michel Corbeil, pour avoir fourni des spécimens et pour s’être occupés de la correspondance avec Tuula Niskanen, spécialiste des Cortinarius.

 

- Guillaume Eyssartier, pour avoir suggérer le nom “Cortinarius scaurotraganoides” après avoir vu ma collection sur Mycoquébec.

 

- Tuula Niskanen et Kare Liimatainen, pour avoir confirmé la présence de cette espèce au Québec, à l’aide de leur étude génétique permettant de comparer l’espèce américaine au type de Phlegmacium scaurotraganoides Rob. Henry.

 

- À Raymond Archambault, pour l’envoi d’un exsiccata de la collection ci-dessus à Michel Corbeil.

 

- À Jacques Landry, pour avoir trouvé "son vrai nom"!

 

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OUVRAGES CONSULTÉS

 

BRANDRUD, T. E., B. DIMA & G. SCHMIDT-STOHN, 2012. «Cortinarius species in acidophilous-eutrophic (but not calciphilous) oak forests of S Norway and Hungary». Journal des J. E. C.:14: 7-26.

 

HENRY, R., 1986. «Suite à l’étude des cortinaires». Bull. Soc. Myc. Fr., 102: 19-96.

 

J. Landry, Y. Lamoureux, R. Lebeuf, A. Paul, H. Lambert et R. Labbé (2021). "Répertoire des cortinaires du Québec". Mycoquébec. org., Québec, 552 p.

 

YL

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Uploaded on September 30, 2008
Taken on May 29, 2018