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Lactarius agglutinatus Burl. (A) / Lactaire agglutiné

YL3061 (CMMF).

Montréal, 16 août 1997.

Trouvé par Philippe Dumont.

Habitat: sur sol plutôt sablonneux, sous chêne, caryer et tilleul.

 

Voici enfin une espèce très rare et pourtant facile à reconnaître grâce à son écologie et à ses caractères macroscopiques particuliers.

 

Il s’agit de Lactarius agglutinatus, espèce décrite de la Caroline du Nord par Gertrude Burlingham, en 1940. Hesler et Smith (1979) disent ne pas l’avoir vu à l’état frais, mais une belle photo se trouve dans l’ouvrage de vulgarisation «A field guide to southern mushrooms», de Weber et Smith (1985).

 

Ce lactaire se reconnaît avant tout par la belle couleur orange rougeâtre de son chapeau qui fait contraste avec la blancheur de sa chair, un peu à la manière des russules. De plus, le chapeau, non zoné, est couvert d’une épaisse couche glutineuse, beaucoup plus épaisse qu’il n’y paraît dans mes photos, car la majeure partie de la glu est restée collée au papier ciré lors de l’emballage.

 

Sous le gluten, le chapeau est glabre sauf à l’extrême marge chez les jeunes, où il est un peu fibrilleux sous la loupe (canescent). Autre caractère distinctif, il est entièrement et fortement ruguleux sous le gluten, ce qui lui donne une allure particulière par temps sec. Encore une fois, ce caractère est peu évident dans les photos.

 

Cette espèce a été trouvée au Québec, semble-t-il pour la première fois, en 1997, par Philippe Dumont (CMM), dans une très vieille forêt mêlée d’immenses chênes rouges, de caryers ovales et de tilleuls. Philippe et moi sommes allés cueillir le lactaire ensemble après qu’il m’ait décrit l’espèce par téléphone la veille; je savais déjà que c’était une rareté. Philippe insistait sur la couche glutineuse qui dégoulinait à la marge du chapeau lorsqu’il inclinait le champignon. Ça «sonnait» déjà assez étrange et attirant pour moi!

 

Le lactaire a repoussé pendant deux années depuis, toujours exactement au même endroit selon Philippe, en août et en septembre. Il demeure toutefois difficile à récolter proprement à cause de sa forte viscosité et du sol sablonneux où il pousse. Une photo sur le terrain permettrait sûrement de mieux rendre son importante viscosité et sa cuticule ruguleuse.

 

L’espèce est habituellement accompagnée par L. corrugis, L. volemus et L. luteolus selon Philippe, tous des lactaires rares chez nous. Beaucoup d’autres espèces rares ont été trouvés dans ce boisé au fil des ans, notamment par Renée Lebeuf et André Paul qui en ont poursuivi l’inventaire après mon déménagement en 2007.

 

Autres caractères descriptifs:

Le lait est blanc, immuable, de saveur âcre, et il tache lentement les lames de brunâtre à la cassure. Le champignon dégage une odeur nettement fruitée (de citrouille crue selon Burlingham). Le pied est crème ou teinté de la couleur du chapeau, maculé de quelques rares scrobicules ou de simples taches brunâtres par endroits. La sporée est presque blanc pur. Les lames sont plutôt serrées, de couleur crème puis teintées d’orangé (attention: elles sont un peu collapsées dans la photo B).

 

«Collapsé» tel qu’employé ici est un terme désignant le fait que certaines lames se sont collées par l’arête à cause d'un début de corruption ou de parasitisme. Ce phénomène survient assez souvent pendant ou peu après une pluie forte et abondante. Au microscope, le terme désigne des cellules en mauvais état à cause d’un basidiome trop âgé ou mal séché.

 

Compte tenu de l’habitat et de ses caractères macroscopiques, ce lactaire n’a pas de sosie au Québec.

 

Merci à Philippe Dumont pour sa perspicacité.

 

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RÉFÉRENCES

 

WEBER, N. S. & A. H. SMITH, 1985. «A field guide to southern mushrooms.» Univ. Michigan Press, Ann Arbor, 280 p.

 

HESLER, L. R. & A. H. SMITH, 1979. «The North American species of Lactarius.» Univ. Michigan Press, Ann Arbor, 841 p.

 

YL

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Uploaded on September 12, 2008
Taken on May 28, 2018