Back to photostream

Le siège de la SONACOTRA dans le 15ème arrondissement de Paris après sa destruction le 16 septembre 1979

mémoire2cité - Argenteuil. Le Parc, le premier foyer de travailleurs migrant bâti en France inauguré en 1959 mais commandé des 1 956 lors de la naissance de la Sonacotral, devenue Sonacotra puis, en 2007, Adoma. Alors que l'Algérie était encore un département français, la Sonacotral naissait. Sa spécialisation ? L'hébergement des travailleurs immigrés algériens déracinés, venus rebâtir et moderniser la France d'après-guerre.C'est à Argenteuil (Val-d'Oise), ville pilote, qu'a ouvert en 1959 le foyer de travailleurs immigrés hôtel du Parc, une première en France pour offrir des conditions de vie décentes à des hommes échoués à leur arrivée d'Algérie dans des bidonvilles ou chez des marchands de sommeil. Aujourd'hui, de nombreux retraités, surnommés les Chibanis, y vivent toujours. Et s'y voient même y mourir. Pour eux, Adoma (anciennement Sonacotra) a conçu dans ses résidences des équipements adaptés. « Pendant les Trente glorieuses, l'Algérie, qui est encore un département français, sera le plus grand territoire pourvoyeur de main-d'oeuvre pour la métropole, une main-d'oeuvre pas chère, recrutée dans les campagnes par le patronat français », souligne l'ex-ministre de la Francophonie Yamina Benguigui, réalisatrice du documentaire « Mémoires d'immigrés ». On déplaçait en fait des dizaines de milliers d'hommes seuls, souvent de la campagne, d'un département à un autre. Mais, contrairement aux métropolitains, ils n'avaient pas le droit d'emmener leur famille ». Au Parc, les travailleurs bénéficient enfin de chambres « en dur » d'à peine 8 m², avec cuisines et sanitaires collectifs. De quoi améliorer le quotidien de ces hommes qui travaillaient dans des usines et sur de grands chantiers de travaux publics et du bâtiment.

« Ces foyers sont l'oeuvre d'Eugène Claudius-Petit, ministre de la reconstruction et de l'urbanisme de 1948 à 1953, explique Jean-Paul Clément, le directeur général d'Adoma. Toutes nos structures font appel à des opérateurs sociaux pour accompagner les habitants dans leurs démarches administratives et leur parcours santé. Au gré des mutations de la société, notre mission et nos structures n'ont cessé de se multiplier et de se diversifier, en zone urbaine et rurale, avec la création de nouveaux types d'unités pour loger l'ensemble des populations en très grande difficulté sociale, travailleurs pauvres, femmes avec enfants, sans oublier les migrants, auxquels sont destinés 15 000 de nos places. ».Pour moderniser son parc immobilier, Adoma a, dès 1993, inventé un nouveau concept, les résidences sociales, avec de vrais logements transitoires de 20 à 33 m² destinés à permettre à ses occupants, durant deux à trois ans, de rebondir et de se loger à terme dans des habitations plus classiques. Là encore, en 2007, c'est Argenteuil qui a ouvert le bal sur l'emplacement du mythique foyer hôtel du Parc. « Actuellement, nous disposons de 16 000 studios de ce type, précise Jean-Paul Clément. D'ici à 2025, Adoma investira plus de 3 Mds€ pour rénover progressivement ces structures vieillissantes collectives et bâtir 66 000 studios en résidence sociale. Depuis l’expulsion de la jungle de Calais dans la semaine du 24 octobre 2016, plusieurs milliers de personnes ont été déplacées dans des centres d’accueil et d’orientation aux quatre coins de l’hexagonie. Ces structures temporaires sont vouées à fermer pour la plupart dans le courant de l’été. Le 28 septembre 2016, le ministère de l’intérieur lançait donc un appel d’offre pour la création de 5351 nouvelles places d’hébergement de courte durée, afin de poursuivre la politique de dispersion et de contrôle des personnes migrantes. Cet appel d’offre vient d’être remporté par la société Adoma, acteur bien établi dans le domaine de la réinsertion et du contrôle social. C’est l’occasion d’un tour d’horizon pas très réjouissant des perspectives de l’après-CAO. Des CAO aux PRAHDA

Relevant de l’article L. 744-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), le nouveau programme, connu sous le nom de PRAHDA (programme d’accueil et d’hébergement de demandeurs d’asiles) vise sur le papier à proposer de « l’hébergement temporaire », avec toutes les implications de ce mot en termes de précarité et de déshumanisation des résident.e.s. Mais en pratique, un peu comme les CAO, il est très probable que les personnes y resteront plusieurs mois voire des années, étant donné que le logement à long terme normalement assuré dans les CADA (centres d’accueil de demandeurs d’asile) est fortement dysfonctionnel [1].

En théorie, l’appel d’offre était ouvert aux acteurs habituels de l’hébergement d’urgence, notamment les associations à vocation charitable comme le Secours Catholique, la Croix Rouge, Emmaüs, etc. Mais selon l’Association pour la solidarité active du Pas-de-Calais, qui gère déjà un CADA, « Il n’y a eu aucune info ni concertation en amont avec les prestataires potentiels ni même avec les services décentralisés. Le fait que ça soit un marché public interdit toute concertation entre prestataires. Il s’agit de 12 lots régionaux indivisibles, donc ça sera des gros opérateurs dans chaque région. L’ouverture aux acteurs lucratifs pose aussi la question du sens de l’accompagnement puisque des marges de profits peuvent être réalisées ! » [2]

Le marché public ayant été clos début mars, il est certain que tous les lots ont déjà été attribués, sans qu’il n’y ait encore eu aucune annonce officielle du résultat. Mais en fouinant un peu sur Indeed, on découvre une importante vague d’offres d’emploi publiées courant avril par la société ADOMA, qui ne laisse plus aucun doute sur le fait que c’est elle qui a remporté le marché public PRAHDA dans toutes les régions (avec encore une incertitude pour l’Île-de-France).

m.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/il-y-a-60-ans-n... - De la Sonacotral à Adoma

Qu’est-ce donc que cette société Adoma, dont le nom inspiré du latin signifie « En direction de la maison ? ». On la connaît un peu à Toulouse puisque c’est elle qui gère déjà le CADA et le CAO des Pradettes, ainsi que le CAO de La Vache.

Son histoire commence en 1956 avec la décision de créer une « Société nationale de construction pour les travailleurs originaires d’Algérie », la Sonacotral, faite sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, peu après le début de la guerre d’Algérie (1954). Son but principal est de doter la police d’un instrument aussi efficace que possible de défense du territoire pour le contrôle des Algériens et notamment pour la majorité invisible et incontrôlable, les habitants des bidonvilles, une population à risques soupçonnée ou susceptible d’aider les fellagha Algériens et de constituer ainsi un front de guérilla urbaine en France.

La société d’économie mixte Sonacotral, s’octroie ainsi le double rôle de constructeur-aménageur et dès 1960 celui de gérant [3] [4]. La société impose ses propres lois. Elle ne concède pas le statut de Locataire aux résidents des foyers-hôtels : la société gérante est ainsi dans la catégorie particulière des hôteliers, et les logés, des clients d’un hôtel.

Dans les années 70, alors que suite à la fin de la guerre d’Algérie la société avait été renommée SONACOTRA (Société mixte de gestion des foyers de travailleurs immigrés), un important mouvement de grève des loyers a eu lieu, suivi dans beaucoup de foyers de travailleurs, qui a donné lui à une politique de répression et d’expulsions féroce, dont on peut avoir un aperçu dans ce reportage de l’époque : [cherchez sur IAATA, NdAtt.].

Le 16 septembre 1979, le siège de la Direction est détruit par des membres d’Action Directe. « Depuis plusieurs mois, la grève des loyers des résidents constituait le fer de lance de la résistance des travailleurs immigrés. Les jours précédents, plusieurs foyers avaient été évacués par les forces de l’ordre. A son tour, Action directe « évacuait » la direction de son siège. « Coup pour coup ! » » [6]. Après plusieurs années de mouvement, les « résidents » n’ont finalement jamais obtenu le statut de locataires qu’ils revendiquaient. Renommée Adoma en 2007, la société a étendu son champ d’action à différents secteurs du logement social, notamment l’hébergement des demandeurs d’asiles. C’est actuellement une filiale de la SNI (société nationale immobilière), elle-même contrôlée par la Caisse des dépôts et consignations, le bras armé financier de l’État.

Financer la machine à expulser

Le programme PRAHDA s’inscrit dans une politique plus large visant à créer des structures d’hébergement d’urgence d’un nouveau genre financées par des investissements privés mais fortement contrôlées par l’état à travers sa mainmise sur Adoma. En effet, la SNI, maison mère d’Adoma contrôlée par l’État, est en passe d’acheter au groupe touristique Accor 62 hôtels « Formule 1 », dans le but de les transformer au début de l’automne en centres d’hébergement d’urgence, et centres d’accueil des demandeurs d’asile. Une quinzaine d’hôtels « Première Classe » seront également achetés au groupe Louvre Hotels [7]. En tout Adoma disposera ainsi de 7000 chambres pouvant accueillir 10.000 personnes, la moitié en région parisienne, la moitié en province. Un décret est déjà prévu pour dispenser ces futurs « hôtels sociaux » d’équiper chaque chambre d’une kitchenette. Ce serait une dépense excessive selon Adoma. Si le groupe public tient cet agenda très serré, les premiers SDF, migrants ou familles monoparentales seront accueillis dès cet automne. L’achat des hôtels Formule 1 a commencé à attirer l’attention de la presse locale, à Séméac (banlieue de Tarbes), à Arnage (banlieue du Mans), à École-Valentin (banlieue de Besançon) et à Chasse-sur-Rhône dans l’Isère, dont le maire s’est déjà fendu d’une réaction assez désagréable. La fermeture des hôtels se traduit également par un nombre important de licenciements ou de « reclassement » du personnel.

Pour financer l’achat de ces hôtels, la SNI a créé un nouveau fonds d’investissement baptisé « Hémisphère ». Son patron André Yché promet aux investisseur.se.s un taux-plancher de 3,5%, un chiffre attrayant puisque le placement bénéficie des multiples garanties des filiales de la Caisse des dépôts. Le taux sera en outre amélioré en fonction d’un certain nombre de critères sociaux, préalablement établis : niveau de scolarisation des enfants accueillis, réussites en termes de relogement des individus et des familles… Le gestionnaire des logements est ainsi incité à ne pas se contenter d’un rôle de simple accueillant. » Hémisphère tend à montrer qu’il existe des moyens pour financer l’Etat providence autrement qu’avec de l’argent public « , explique André Yché, ancien membre du cabinet du ministère de la défense.

Le contrôle quasi-total de l’État sur ces centres d’hébergement par le biais d’Adoma permettra un durcissement de la surveillance des résident.e.s et renforcera encore l’opacité du système par rapport à une gestion par des associations à but non lucratif.

Le marché public stipule par exemple que les personnes relevant de la procédure Dublin pourront être assigné.e.s à résidence dans la structure : « [Adoma] signalera toute fuite du demandeur sous procédure Dublin aux services compétents et veillera au respect par l’intéressé de ses obligations de présentation. […] [Adoma] s’engage à communiquer à l’OFII et au préfet l’identité des personnes hébergées définitivement déboutées de leur demande d’asile en vue d’organiser leur retour et sans que ces personnes ne puissent être orientées vers des structures d’hébergement généralistes. […] Les personnes n’ayant engagé aucune démarche en vue de l’enregistrement d’une demande d’asile dans les 30 jours suivant leur arrivée en PRAHDA feront l’objet d’une décision de sortie prononcér par l’OFII et devront immédiatement quitter la structure. Les personnes placées sous procédure Dublin pourront être maintenues dans le lieu d’hébergement le temps nécessaire à la mise en oeuvre effective de leur transfert vers l’état responsable de l’examen de leur demande d’asile. » Ces missions de contrôle et de signalement sont contraires – la FNARS l’a signalé à plusieurs reprises – à la déontologie du travail social (notamment du principe de confidentialité) et au principe d’inconditionnalité. Elles sèment le doute quant à la vocation d’accueil et d’accompagnement de ces établissements [8].

Le renforcement de l’opacité est facilité par le contrôle du ministère sur les visites de médias dans les centres : « [Adoma] saisit le ministère de l’intérieur en cas de sollicitation de la part des médias, et s’engage à faire respecter ces obligations à l’ensemble de son personnel et, le cas échéant, à ses sous-traitants et fournisseurs. »

Ce qu’on sait sur les centres en construction

Plusieurs dizaines d’offres d’emploi ont été publiées courant avril sur le site du groupe SNI. Elles concernent trois types d’emplois : intervenant.e social.e, directeur.ice d’hébergement et directeur.ice d’hébergement adjoint.e. En compilant les localisations de ces différentes offres, ainsi que les quelques informations fournies, on peut déjà établir avec quasi-certitude l’emplacement de 3513 places ouvertes sur les 4773 prévues (hors Île-de-France) pour l’ensemble du programme PRAHDA. La liste des PRAHDA établie en analysant les offres d’emplois d’Adoma

Il est probable qu’une fraction importante des 1260 places restantes proviendra de la conversion d’une partie des CAO actuellement déjà gérés par Adoma en PRAHDA, mais cela reste encore à confirmer.

En ce qui concerne la temporalité ça reste mystérieux, puisque les emplois proposés commencent en mai alors que les nouveaux centres n’existent pas encore. Selon la presse, ceux qui seront situés dans les hôtels Formule 1 ne pourront pas ouvrir avant septembre. Pour les futurs employés, on peut soupçonner qu’une période de formation et de préparation du projet dans les locaux régionaux existants d’Adoma viendra s’intercaler. Par contre qu’adviendra-t-il des habitant.e.s des nombreux CAO qui étaient censés fermer avant l’été ? Leur hébergement sera-t-il de nouveau prolongé, assistera-t-on à une accélération des procédures afin de vider les CAO, ou bien l’État se lancera-t-il à nouveau dans une opération de déplacement massive de personnes visant à réorganiser l’occupation des CAO restants ? Ce dernier cas s’accompagnerait sans surprise de traitements dégradants propres aux opérations « logistiques » quand il s’agit d’humains à déplacer, et appelle à une grande vigilance de la part des personnes concernées et de leurs soutiens. attaque.noblogs.org/post/2017/05/07/adoma-remporte-le-mar... Adoma, naguère Société nationale de construction de logements pour les travailleurs (SONACOTRA), anciennement Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens (SONACOTRAL), est une société d'économie mixte française dont le capital est détenu par des acteurs publics (État, SNI…) chargée de construire et gérer un grand nombre d'habitats à vocation sociale (foyers de travailleurs migrants, résidences sociales, pensions de famille, centres d'hébergement, centres d'accueil de demandeurs d'asile, aires d'accueil de gens du voyage, etc.), au total plus de 71 000 places de logement en France. Le 23 janvier 2007, la Sonacotra change de nom et devient « Adoma » (nom construit à partir du latin « ad » qui signifie vers et « domus », la maison). Adoma possède et gère 450 établissements dans toute la France, ce qui représentait en 2004, 70 454 lits et un nombre réel d'occupants sujet à controverse mais supérieur au moins de la moitié à ce chiffre. Les résidents officiels sont issus de 80 pays différents et comptent 26 % de Français.

 

À la demande des pouvoirs publics, et pour faire face à la précarisation du logement, Adoma a développé ses activités dans divers secteurs du logement dit « très social » : aux foyers de travailleurs migrants et aux résidences sociales qui leur succèdent, s'ajoutent les centres d'hébergement pour personnes sans domicile, les aires d'accueil pour les gens du voyage, l'accueil d'urgence de réfugiés, des demandeurs d'asile (près de 5000 personnes en 2003) en accueil d’urgence (AUDA) ou en centre d’accueil (CADA), etc.

 

Fondée dans le contexte de la guerre d'Algérie, la Sonacotra s'est surtout développée de 1965 à 1975, en construisant et gérant des foyers de travailleurs migrants, habitats collectifs au statut particulier, destinés aux ouvriers masculins maghrébins employés dans l'industrie ou la voirie à Paris, puis de plus en plus aux Africains sub-sahariens du Sénégal ou du Mali. Son mode de gestion directe et le statut accordé aux résidents ont été souvent critiqués comme une survivance coloniale et le conflit qui a opposé les résidents à la société gestionnaire et à l'État français (qui procéda à des expulsions du territoire de grévistes) fut un des longs et des plus mobilisateurs mouvements de contestation dans les années 1970. Il est considéré comme le mouvement initiateur des luttes des immigrés en France.

 

Outil de l'État, Adoma a joué un grand rôle dans l'administration et la vie de l'immigration en France, alors que prévalait l’idée que les immigrants n’étaient qu’une population de passage, à l'opposé du rôle d'intégration qui est censé être le sien aujourd'hui. Son rôle s'est étendu aujourd'hui à l'ensemble de la population touchée par la précarité.Créée en 1956 pour régler le problème de l'habitat insalubre des migrants originaires d'Algérie, dénombrant à peu près 150 000 individus algériens (actifs ou non) sur tout le territoire français (bidonvilles, en particulier autour de Paris, cafés-hôtels) dû à la pénurie de logements, la Sonacotral (SOciété NAtionale de COnstruction de logements pour les TRAvailleurs ALgériens), a construit son premier foyer en 1959 à Argenteuil.

 

Son premier président, de 1956 à 1977, a été une personnalité importante de la politique de l'après-guerre ; ancien ouvrier venu à la politique par la résistance, Eugène Claudius-Petit, théoricien et militant de l'aménagement du territoire, fut le principal ministre de la reconstruction sous la IVe République, avant que son opposition à De Gaulle ne l'éloigne des fonctions gouvernementales. De nos jours, le PDG est toujours désigné par le gouvernement français et a le statut de préfet.

 

Devenue Sonacotra à l'indépendance de l'Algérie, l'entreprise se développe particulièrement à partir du milieu des années 1960, du fait de la demande en main-d'œuvre de l'industrie d'une part et, d'autre part, de la politique de l'État après le vote de la loi Debré en 1964 pour la résorption des bidonvilles. Si la Sonacotra loge aussi des familles, elle se spécialise dans l'accueil des travailleurs « isolés » (mais le plus souvent mariés avec une femme restée au pays) qui représentent 96 % de sa clientèle en 1973.

 

Jusqu'à la fin des années 1960, la situation faite aux travailleurs immigrés dans les foyers qui accueillent aussi maintenant de nouvelles populations originaires pour beaucoup d'Afrique sub-saharienne attire peu l'attention. Mais, dès le début des années 1970, les conflits se multiplient du fait du délabrement précoce des bâtiments, de l'autoritarisme de la direction, d'un statut administratif qui prive les résidents du statut de locataire et des droits afférents.

Un long affrontement La longue grève des loyers qui a opposé de 1975 à 1980 les résidents à la direction pour protester contre l'augmentation des loyers, obtenir un assouplissement des contraintes imposées dans les foyers, dénoncer la surveillance dont ils faisaient l'objet et obtenir la reconnaissance de comités de résidents élus a été une des luttes sociales les plus longues et les plus importantes de l'époque. Expérience fondatrice, elle a initié les mouvements de revendication des immigrés en France, notamment celui des « sans-papiers ». Si les « grèves des loyers » étaient récurrentes dans les foyers de travailleurs migrants depuis la fin de mai 68, celle portée par les résidents de la Sonacotra, rejoints par ceux d'autres associations, fut de loin la plus importante et la plus médiatisée. Le Gisti et la Cimade ont alors appuyé ces luttes, notamment en portant plainte.

 

La « grève des loyers » débute en janvier 1975 avec les résidents du foyer Romain Rolland de Saint-Denis, en majorité originaires d'Algérie avec une forte minorité issue du Mali et du Sénégal. À la suite de l'annonce de l'augmentation générale des loyers de 30 %, la plateforme de revendications du comité des résidents est reprise en septembre par un Comité de coordination des foyers en lutte qui ne sera jamais reconnu par la Sonacotra et le gouvernement. En l'absence de négociation le conflit se durcit (expulsions de résidents des foyers et même du territoire en avril 1976) et se politise.

 

Initiés par des résidents ayant acquis une expérience syndicale dans le cadre de leur travail, ces luttes trouvent des relais chez des étudiants africains et français à l'occasion notamment de cours d'alphabétisation dispensés dans les foyers par des associations bénévoles. Les grévistes bénéficient aussi du soutien d'organisations militantes, maoïstes en particulier, et de groupes autonomes.

 

Le meeting organisé par le Comité de coordination le 21 février 1976 à la Mutualité marque la politisation publique du mouvement, et l'expulsion de France de 18 grévistes délégués, les 8 et 16 avril 1976, l'implication directe dans le conflit de l'État propriétaire et commanditaire de la Sonacotra.[réf. nécessaire]

 

Une forte mobilisation se crée pour le retour des militants expulsés et le conflit culmine en 1977 et 1978 avec 30 000 grévistes. Mais si les comités de soutien obtiennent le retour des militants, ils se heurtent à un refus intransigeant de la direction qui fait procéder jusqu'en 1979 à l'expulsion de plus de 500 résidents des foyers.

 

Quand la grève a été arrêtée, la Sonacotra avait satisfait un certain nombre d'exigences des comités de résidents, en particulier la reconnaissance de comités de résidents élus et l'assouplissement de certaines règles. En revanche, les résidents n'obtiendront pas le statut de locataire, qui constituait un des enjeux essentiels de la lutte, pas plus que la reconnaissance du Comité de coordination.

 

Le 16 septembre 1979 la direction de la SONACOTRA a aussi subi le deuxième attentat revendiqué par Action directe.

 

Mise en cause dans des rapports parlementaires et critiques

Depuis les années 1980 des rapports parlementaires s'inquiètent de la présence dans les foyers d'étrangers en situation irrégulière (« sans-papiers ») et de l'existence de trafics illégaux (Rapport Cuq).

 

Attentats

En 1988, deux attentats à l'explosif sont perpétrés contre des foyers proches de Nice ; le deuxième fait un mort et douze blessés en décembre à Cagnes-sur-Mer. Le Parti nationaliste français et européen (PNFE), un temps mis en cause, est finalement innocenté en 1991 par deux non-lieux prononcés en faveur des dirigeants de cette formation[réf. nécessaire].

 

Du travailleur aux exclus

Cependant la population de la Sonacotra évolue. Si des foyers demeurent des établissements regroupant une population active et homogène, d'autres souffrent de la cessation des activités économiques qui avait justifié leur construction et une partie de la population d'origine vieillit sur place. Elle est de manière générale touchée par la précarisation et la Sonacotra est aussi appelée à répondre aux besoins d'une nouvelle population, composée à partir de 1992 aussi de Français.

 

Une difficile reconversion

Appelée à jouer un rôle d'intégration, la Sonacotra connaît en même temps une restructuration difficile.

 

Elle s'oriente vers le marché libre du logement et en juin 1990, plusieurs syndicats (CFDT, CFTC, CGC et FO) et le MRAP, relayés par plusieurs élus communistes, dénoncent la dégradation des conditions de sécurité et de vie dans les foyers du fait notamment d'importants licenciements de personnel (1 100 en deux ans)[réf. nécessaire].

 

Un rapport de la Cour des comptes mettant en cause la gestion de la Sonacotra, son PDG Michel Gagneux démissionne et la Sonacotra porte plainte contre lui, le 10 février 1993, pour « abus de confiance, abus de biens sociaux et abus de pouvoirs ». C'est donc dans des conditions difficiles que la Sonacotra doit faire face à ses nouvelles missions et à une situation sociale délicate.

 

En 1995 une étude révèle qu'un tiers des résidents SONACOTRA est au chômage, pour une population encore aux trois quarts ouvrière qui bénéficie de revenus parmi les plus faibles. Si les loyers sont de plus en plus pris en charge par des allocations publiques (APL), la Sonacotra reste depuis ses débuts subventionnée par des fonds publics, en particulier par le Fonds d'Aide et de Soutien pour l'Intégration et la Lutte contre les Discriminations (FASILD), établissement public issu du Fonds d'Action sociale pour les travailleurs musulmans d'Algérie en métropole et pour leur famille (FAS).

 

Le vieillissement des résidents retraités inquiète les pouvoirs publics et gestionnaires et fait l'objet de plusieurs rapports et d'une étude de l'Unesco. En 2004, Michel Pélissier, le PDG, reconnaît les problèmes d'intégration que posent l'habitat en foyer : « Nous nous sommes trompés. Ils ne sont pas tout à fait chez eux ici mais pas non plus au bled. Le seul endroit où ils se sentent à l'aise, c'est le foyer. Ils se sont installés dans une migration alternée. »

 

Cependant les foyers connaissent une évolution diverse et certains restent des lieux très actifs d'accueil d'immigrants, en particulier originaires d'Afrique subsaharienne.

 

De nouvelles missions

Pour assurer ses nouvelles missions d'accueil de personnes en grandes difficultés, elle a multiplié les partenariats publics et privés. Elle travaille au niveau national avec les restos du cœur et a aussi noué des collaborations avec la Fondation Abbé-Pierre et créé sa propre association pour gérer des centres d’accueil hivernal pour les sans domicile fixe (SDF), l'association Bleu Nuit.

 

Elle renforce aussi ses liens avec La Caisse des dépôts et consignations afin de répondre aux besoins en matière de logement d'urgence. En 2010, un apport, en compte courant d'actionnaires, de la SNI et d'Action Logement (ex. 1 % logement) et l'arrivée d'une nouvelle équipe dirigeante conduit au départ de plus de 250 salariés dans le cadre d'un plan de restructuration poursuivi en 20112.

 

En avril 2017, le groupe AccorHotels annonce qu'il vend 62 hôtels à bas coût à Adoma qui compte les transformer en structures d’hébergement et d’accueil pour les sans-abris ou les réfugiés. La fermeture des 62 hôtels est assortie de départs volontaires, portant sur 393 emplois3.

 

Dirigeants

1956-1977 : Eugène Claudius-Petit (président)

1979-1981 : Hervé de Charette (président)

1981-1986 : Ramón Casamitjana (président)

février 1986-1992 : Michel Gagneux (président directeur général)

février 1992 : Michel Roland (président), Bertrand Maréchaux (directeur général)

1995-1998 : Michel Desmet (président)

janvier 1996 : Dominique Bon (directeur général)

octobre 1998 : Michel Pélissier (président directeur général)

août 2008 : Pierre Mirabaud (président du Conseil d'Administration)4

décembre 2010, Bruno Arbouet (directeur général)5

juin 2015 : Jean-Paul Clément (directeur général)6.

Références

↑ Décret du 4 août 1956 créant la Société nationale de construction pour les travailleurs algériens

↑ Cour des comptes, « De la SONACOTRA à Adoma » [archive] [PDF], sur ccomptes.fr, février 2013 (consulté le 13 janvier 2016).

↑ Accor cède 62 hôtels F1 à Adoma pour les transformer en structures d'hébergement social : 400 postes supprimés [archive], miroirsocial.com, 14 avril 2014

www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT00... [archive]

↑ [PDF] « Bruno Arbouet nommé directeur général d’Adoma » [archive], Communiqué de presse Adoma, Adoma, 17 dévembre 2010 (consulté le 31 juillet 2012)

www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT00... [archive] Bibliographie

Marc Bernardot, Loger les immigrés. La Sonacotra: 1956–2006, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2008.

Marie-Claude Blanc-Chaléard, "Les quotas d’étrangers en HLM: un héritage de la guerre d’Algérie ? [archive] Les Canibouts à Nanterre (1959-1968)", Métropolitiques, 2012.

Jean-Philippe Dedieu et Aïssatou Mbodj-Pouye, "The First Collective Protest of Black African Migrants in Post-colonial France (1960-1975). A Struggle for Housing and Rights", Ethnic and Racial Studies, vol. 39, n°6, 2016, pp. 958-975

Michel Fiévet, Le livre blanc des travailleurs immigrés des foyers: du non-droit au droit, Paris, L’Harmattan, 1999.

Mireille Ginesy-Galano, Les immigrés hors la cité. Le système d’encadrement dans les foyers, 1973–1982, Paris, L’Harmattan & CIEMI, 1984.

Choukri Hmed, "Les immigrés vieillissant en foyers pour travailleurs ou les habitants de nulle part", Retraite et société, no 47, janvier 2006, pp. 138-159.

Choukri Hmed, "'Tenir ses hommes'. La gestion des étrangers 'isolés' dans les foyers Sonacotra après la guerre d'Algérie", Politix. Revue des sciences sociales du politique', vol. 19, no 76, décembre 2006, p. 11-30.

Choukri Hmed, Loger les étrangers isolés. Socio-histoire d'une institution d'État : la Sonacotra (1956-2006), Thèse de doctorat en science politique, Université de Paris-I Panthéon Sorbonne, sous la direction de M. Offerlé, 2 vol., 2006.

Abdelmalek Sayad, "Le foyer des sans-famille [archive]", Actes de la recherche en sciences sociales, no 32-33, 1980, pp. 89-103.

Collectif, préfacé par Cyrulnik PB (2003) Les enfants de l’exil. Synthèse ; [archive]Étude auprès des familles en demande d’asile dans les centres d’accueil [archive], étude commandé par l'Unicef et la Sonacotra (écrite sous les directions du Pr Marie Rose Moro et de Jacques Barou).

Demandeurs d'asile, entre rêve et oubli, éditions Somogy, 2003. Livre de témoignages de demandeurs d'asile, photographies de Benoit Schaeffer, paroles d'enfants, préface Boris Cyrulnik. Livre commandé par l'Unicef et la Sonacotra. Prix 2004 de l'Observatoire de l'Image.

2,953 views
0 faves
0 comments
Uploaded on December 28, 2018